n°25
Entretien

EPR
le point de vue de Jean Barra

Propos recueillis par
Jean Santon
Jean Santon : Depuis la publication du décret autorisant la création de la centrale de type EPR à Flamanville, le débat sur la production nucléaire a rebondi. Selon vous, quelles sont les principales différences entre une centrale EPR et celles actuellement en fonctionnement ?

Jean Barra : Il y a quelques années, la direction présentait l'avant-projet de l'EPR non pas comme un réacteur révolutionnaire mais comme un réacteur évolutionnaire. Je pense que là-dessus, il y a effectivement des améliorations par rapport aux réacteurs antérieurs en termes de sureté, de consommation de combustible, de réduction de production de déchets et une amélioration aussi de la disponibilité. Les caractéristiques globales n'ont pas changées, mais ce réacteur à eau pressurisée est un peu plus puissant et, pour une même quantité d'électricité, il consomme moins d'uranium et produit donc un peu moins de déchets. Il permettra aussi une légère amélioration des conditions de fonctionnement. C'est un peu comme lorsqu'un constructeur de voiture présente un nouveau modèle, ce dernier est sensiblement amélioré par rapport à l'ancien mais ce n'est pas pour autant que l'on passe d'une voiture à essence à un modèle électrique. La question du maintien des compétences dans la filière à la fois en termes de fabrication,  d'ingénierie, d'exploitation etc se situe dans un contexte ou tout le monde parle de relance du nucléaire dans le monde.

Jean Santon : En quoi cette relance de la  production d'énergie nucléaire se pose en force depuis quelque temps ?

Jean Barra : L'évolution des besoins en France  nécessite la construction de moyens de production supplémentaires. Mais nous avons vu aussi apparaitre avec beaucoup de force ces cinq dernières années deux phénomènes concomitants. Le premier est celui de la raréfaction des ressources fossiles, tout le monde le reconnaît, même si les échéances sont encore lointaines. Le second phénomène réside dans le fait que tout le monde s'est aussi rendu compte que le réchauffement climatique ce n'est pas une plaisanterie. Ces deux contraintes nécessitent d'abord un choix d'énergie susceptible de produire moins d'effets de serre et moins polluante au sens large dans les pays émergents et en Europe.
 
Jean Santon Quelles sont, selon vous, les mesures qui devraient accompagner cette mise en place de l'EPR ?

Jean Barra : Au niveau européen cette relance devrait aller de soi et la France a un rôle particulier à jouer en se basant sur ce qui a toujours fait la force de son secteur nucléaire. A savoir un pôle public extrêmement performant et une forte cohérence de la filière s'appuyant sur des industriels compétents, un exploitant doté d'une ingénierie et de services d'exploitation efficaces et aussi des autorités de contrôle extrêmement sérieuses et dont la compétence est reconnue dans le monde entier. Cela ne peut pas aller sans d'excellentes conditions de travail des salariés,  notamment dans l'exploitation. Il faut aussi relancer, dans le même temps, la recherche dans  tout ce qui concerne le démantèlement, les déchets et le cycle du combustible. Car le développement de la production d?énergie nucléaire ne peut se faire sans l'acceptation des populations et cette dernière ne peut pas exister sans la confiance.
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