n°25
Aveuglantes lumières
de Régis Debray
par Valère Staraselski

Il y a du Jean-Jacques Rousseau dans l'auteur d'
Aveuglantes lumières (1). Cette façon peut être de « prendre appui sur le troisième dessous » qui, quoi qu'on pense de ce qui est avancé et pour peu que l'on possède le sens humain, oblige à l'écoute, à la lecture.

«
La crise disait Gramsci, ou à peu près, c'est quand le vieux n'en finit pas de mourir et que le nouveau peine à naître ». En l'occurrence, voici ce qui est très voyant dans cette sorte de journal rédigé par Régis Debray entre janvier et juillet 2006. Que l'on partage ou non son humeur, ses opinions, il est vrai, très à contre-courant (à l'époque de la guerre du Kosovo, je les ai combattues), force est de constater que le regard de l'auteur, pétri d'expérience et de culture, est acuité.

En vrac : Diderot sur la traite des noirs ; la mise en pièce du très actuel système voltairien envisagé «
comme duel théâtralisé, dans un mélodrame où le preux fera mouche à tous les coups  puisqu'il a face à soi que des fantoches inconsistants ou des entités maléfiques : l'Intolérance, le Fascisme... » ; sur le besoin inhérent d'imaginaire : « dans la vie collective tout ce qui n'est pas fictif est factice » ;  sur l'utilisation anachronique des Lumières en notre début de siècle où « mieux vaut se plonger dans Dostoïevski que dans l'Esprit des lois » ; l'origine évidemment chrétienne des mêmes Lumières ; la pensée pointue et courte de feu Jean François Revel "faite pour la diffusion et non l'exploration"et enfin, dernier point mais non le moindre, ces « libertaires qui, jouant leur partie en solo, ont du mal à tenir la distance et le choc dans la bataille d'homme et d'idées ». Car le refus de l'organisation, autant dire de la hiérarchie et de la dépossession de soi, "se paye au comptant."

Oui, c'est vrai, on sent de la lassitude chez Régis Debray voire de la dépression. Cependant et fort heureusement, il a le tact de se donner tort à lui-même en nous relatant, par exemple, tout le bien que lui procurent ses rencontres avec Julien Gracq, ce grand monsieur de 96 ans de la littérature française. C'est ainsi qu'en dépit d'une chute beaucoup trop finale à Aveuglantes lumières, la vie donc le combat continue puisque en définitive tout ce livre le dit.

Valère Staraselski



(1) Aveuglantes lumières - Régis Debray - p. 200 - 17 euros - Ed Gallimard
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