La Bataille de Rocroi  19/05/1643  Victoire Française (Tactique)



 Comentaires sur le Mythe de Rocroi (Dec 2003)


 
Armée Française
Comandant: Louis II de Bourbon, Duc d’Enghien
Infanterie : 16 000 h

Cavalerie: 6 000  h
Artillerie : 14 pièces

Pertes*: 4 000 - 4500 h

Armée des Flandres
Comandant: Francisco de Melo
Infanterie ~ 14 000  h 
        (Tercios espagnols ~ 5 500 h)
Cavalerie ~  5 000 h
Artillerie : 18 pièces

Pertes: 7 300  h (3 826 prisonniers)

* En tenant compte des pertes de la veille

Situation Stratégique
: Afin de soulager la pression des armées française sur le front de Catalogne et de prévenir une invasion de la Franche-Conté, le Duc Francisco de Melo décide d’assiéger la forteresse de Rocroi et d’entrer en Champagne. Les espagnols regroupent rapidement leur force et  12 mai arrivent en vue de la forteresse et commencent aussitôt les opérations de siège. L’idée de Francisco de Melo est de prendre rapidement Rocroi et de de ce fait refuse de construire une ligne de circonvallation, pour se protéger d'une armée de secours.
Pendant ce temps le jeune Duc d’Enghien (le futur Prince de Condé) assoit son autorité sur l’armée française de Champagne et de Picardie et décide de secourir la garnison. Par un mouvement audacieux et rapide, le Duc d’Enghien arrive le 16 mai à Maubert-Fontaine à une dizaines kilomètres au sud de Rocroi. Le 16 et 17 mai, les Français envoient un avant-garde de cavalerie et parviennent à renforcer la garnison avec 150 mousquetaires.
Le 18 mai, en fin de matinée, les troupes françaises débouchent du bois des Potées et se forment en batailles sur le plateau de Rocroi.  En apercevant les éclaireurs français, Francisco de Melo ordonne aux troupes espagnoles d’abandonner le siège et de se former en  batailles sur une colline à 2 km au sud-ouest de Rocroi. Vers 18:00, les deux armées ont achevé leurs déploiements et  M. de la Ferté pousse une partie de sa cavalerie vers Rocroi, découvrant de ce fait l’aile gauche française. Devant cette bévue, le Duc d’Enghien rappelle l’officier français et parvient  à rétablir l’ordre, sans que les espagnoles ne bougent de leurs positions. En fin d’après midi, les deux armées entament un bombardement mutuel qui tourne peu à peu à l’avantage des espagnoles (les français perdrons plus de 500 hommes dans ce bombardement). L’objectif du Duc d’Enghien est de forcer la bataille pour le lendemain, avant l’arriver des renforts espagnols commandés par Jean de Beck qui dispose de plus de 1 000 cavaliers (30 compagnies) et  plus de 3 000 fantassins dont le Tercio espagnol d'Alonso de Avila y Guzman).
 

Les français disposent :
-    Sur le flanc droit,  15 escadrons (esc.) de cavalerie qui sont commandés par le Duc d’Enghien et M. de Gassion: 1°ligne: Raab-Chack (2 esc.), Gardes (1 esc.), Royal (2 esc.),  Mestre de Camp Général (2 esc.), Lenoncourt (1 esc.), Coiselin (1 esc.) et Sully (1 esc.); 2° ligne : Roquelaure (1 esc.), Menneville (1 esc.), Sillart (1 esc.), L’Eschelle (1 esc.)  et Vamberg (1 esc.).
-    Au centre nous avons 15 bataillons (bat.) d'infanterie, commandée par M. de Espenan, sont répartis sur deux lignes : 1° ligne: Picardie (1 bat.), La Marine(1 bat.), Persan (1 bat.), 2×Molandin (2 bat.), Biscara (1 bat.), Rambure (1 bat.) et Piedmont (1 bat.); 2° ligne: La Prée - Vervins (1 bat.), Vidame (1 bat.), Watteville (1 bat.), Gardes Ecossaises (1 bat.), Von Roll (1 bat.), Brézé -Langeron (1 bat.) et  Guiche-Bussy (1 bat.).
-    Sur l’aile gauche nous avons 13 escadrons commandés par M. de l’Hospital et M. de la Ferté: 1° ligne : La Clavière (1 esc.), Beauvau (1 esc.), La Ferté (2 esc.),  Guiche (2 esc.) et Fusiliers (2 esc.) ; 2° ligne : Nétaf (2 esc.), Marquis de Marolles (1 esc.), Heudicourt (1 esc.) et Harcourt (1 esc.).
-    La réserve est commandé par le Baron de Sirot et elle comporte 3 bataillons d'infanterie (Royaux*, Watteville, Harcourt) et 4 escadrons de cavalerie (Sirot, Gendarmes Condé -Guiche, Gendarmes Angoulême-Vaubecourt, Chârost). Le duc d’Enghien a également intercalé une douzaine de manches de mousquetaires (autours de 1000 hommes) entre les escadrons de cavalerie de  première ligne.

note: Royaux n'est pas un régiment mais un groupement de 8 compagnies de milices royale recrutées par des nobles
note: bataillons amalgamé avec les régiments de Harcourt, Aubeterre et Gesvres

 
 Voici l’ordre de bataille provisionnel de l’Armée des Flandres :
-    Sur le flanc droit, nous trouvons la cavalerie de l’armée d’Alsace, commandée par le Conte d'Issemburg, composée en 1°ligne des régiment de  Bucquoy (3 esc.),de Doncke (2 esc.), et de Pierre de Brouck (2 esc.), soutenue par les croates de Neygb Ystuan (1 esc.) et en 2°ligne les régiments de de Vera (1 esc.), du Sieur de Savary (2 esc.), et de Carlos Padilla (2 esc.)
-    Au centre nous trouvons 18-19 bataillons d'infanterie aux ordres du Conte de Fontaine: en 1°ligne*, nous avons une avant-garde de 4 tercios espagnols; Jorge Castelvi (1 bat.), Conte de Garciez (2 bat), Duc d’Alburquerque (1 bat) et Conte de Villalba (1 bat.), suivit sur la gauche de la bataille avec le tercio espagnol de Antonio Velandia y Guzman (1 bat.) des 3 tercios italiens; delli Ponti (1 bat.), Visconti (1 bat.) et Strozzi (1 bat.) soutenues par le tercio bourguignons** de Saint Amour (1 bat.). En 2° ligne, dernière la bataille nous trouvons 4 régiments allemand, Giulio Franguipani (1 bat.), Ottavio Cuasco (1 bat.), Baron d’Hembise (1 bat.) et Baron Von Rittberg (1 bat), qui sont suivit sur la gauche de 5 tercios Wallons*** ; Prince de Ligne (1 bat.), Baron de Ribaucourt (1 bat.),  Conte de Baucignies (1 bat.), Conte de Megten (1 bat.),  et Seigneur de La Grange(1 bat.).
-   Sur le flanc gauche nous avons les 12 escadrons de la cavlerie ordinaire de Flandre aux ordres du duc d’Alburquerque avec : en 1ºligne: Bonifaz (1 esc), Borja (1 esc), Toraldo (1 esc), Butron (1 esc), Ulloa (1 esc) et Orsini (1 esc) et 2ºligne: Morón (1 esc), Barraquin (1 esc), de Rojas (1 esc), Bentivogli (1 esc), Mascarenhas (1 esc)  et Baron de Gramont(1 esc).
-    Pour finir les espagnols ont une petite réserve de 4 compagnies de cavalerie regroupées dans le gros escadron du baron de Saint André et ont placé les 18 pièces de  leur artillerie sur le front de l’infanterie. Dans la nuit du 18 au 19 mai les Espagnols placent un détachement de 500 mousquetaires, dans un fourré pour couvrir l’espace entre cavalerie des Flandres et les bois. Au début de la bataille Francisco de Melo se trouve sur la droite avec Issembourg.

* La 1° ligne n’est pas rectiligne mais forme un V.
**  la présence de ce Tercio à Rocroi est discutable….
***  Il est possible que ses bataillons intègrent des compagnies du Tercio wallon du Seigneur de Conteville.

.

Suivant le baron de Sirot, les français vont  subire, tout au long de la nuit du 18 au 19 mai, un bombardement mortifère qui causera des pertes importantes dans leurs rangs. De même Sirot indique que les premiers mouvements de troupe commence vers 4 heures du matin (heure solaire).

Première phase

A): Sur le flanc droit, les Français aux ordres de Gassion et d'Enghien lancent une attaque sur les Espagnols, et dispersent les mousquetaires espagnols retranchés dans le fourré. En contournant cet obstacle, les escadrons de cavalerie française arrivent désorganisés en face de la cavalerie espagnole qui les chargent. Les Français résistent mollement et se retirent pour se réorganiser.

B): Pendant ce temps sur le flanc gauche, M. de la Ferté renouvelle l’erreur de la veille en s’écartant du centre et en chargeant de trop loin. Son attaque est facilement repoussée par la conte-charge de la cavalerie d'Alsace. Les cavaliers Français sont dispersés et prennent la fuite.

C): Poursuivant son avance, la cavalerie espagnole d'Alburquerque attaque les bataillons d’infanterie française et suisse qui suivaient le Duc d’Enghien. L’infanterie est percée et les Espagnoles s’emparent de quelques pièces d’artillerie.

D): Après avoir réorganisé leurs escadrons de cavalerie, Gassion et Enghien attaquent de nouveau les Espagnoles qui se trouvent aux prises avec l'infanterie française. Nullement soutenue, par l'infanterie espagnole qui n'a pas bougé de ces positions, la cavalerie d'Alburquerque se replie en désordre.

E): Sur le flanc gauche, la cavalerie alsacienne pourchasse les français et commence à piller  les vaincus. Issemburg regroupe une partie de ses hommes, attaque l’artillerie française en lui prenant 7 pièces et ensuite la 1°ligne d’infanterie française (Piémont, Rambure et Biscara).


Deuxième phase
 
F): Le duc Enghien regroupe le gros de sa cavalerie et avec le soutien de quelques bataillons d’infanterie attaque les Tercios espagnols et les Tercios italiens. Après un bref combat, les français sont repoussés avec de lourde pertes, même si les espagnols et les italiens subissent également des  pertes, en particulier celle probable du Conte de La Fontaine et du mestre de Camp  Antonio Velandia y Guzman.

G): Sur le flanc gauche, le corps de réserve de Sirot intervient fort à propos et se lance sur la cavalerie d'Alsace. Après un bref combat les hommes de Sirot dispersent les cavaliers alsaciens qui battent en retraite, la plupart abandonnant le champ de bataille.

H): Apres avoir réorganisé une partie de ses escadrons, le duc d’Albuquerque charge de nouveaux les français, mais après un sucée initiale il doit se replier face à la supériorité des cavaliers de Gassion. Voyant le replie de leur cavalerie, les Tercios Italien  abandonnent le champ de bataille en bon ordre.

I): Voyant que les Tercios espagnoles sont bien organisés, Enghien attaquent les Tercios wallons puis les régiments allemands. Ceux-ci résistent comme ils peuvent mollement soutenue par les derniers cavaliers espagnols. Les Français réussissent à briser ces bataillons qui se replient en grands désordres.

J): Réorganisé par le Baron de Sirot, le gros de l’infanterie française avance enfin sur les Tercios espagnols qui ont subi peu de pertes jusqu'à lors. En même temps la cavalerie de Sirot repousse une dernière contre attaque de la cavalerie alsacienne.

K): Gassion, attaque les derniers escadrons espagnols d’Albuquerque et se positionne pour surveiller la possible arrivée des renfort de jean de Beck. Les vieux Tercios espagnols sont seuls.

L): le Duc d’Enghien va concentrer toutes ses forces sur les bataillons espagnols et essayer de les détruire avant l’intervention de Beck. Les Français vont lancer plusieurs attaquent et arriveront à détruire 3 des bataillons, tout en subissant de lourde pertes. Avec les Tercios de Garciez et Alburquerque et les survivant des autres unités, les Espagnoles forment deux gros escadrons que les Français attaqueront en vain. Avec une armée épuisée et sérieusement diminuée Enghien contemple avec désarroi qu'il ne peut entamer la résistance des derniers espagnols. Craignant l'arrivée de Beck à tout moment, Enghien prend alors l'initiative de négocier la capitulation de ces escadrons. Après une courte négociation les Espagnols du Tercio de Garciez acceptent de capituler avec la promesse d’être rapatrier en Espagne, ceux du Tercio d’Alburquerque capituleront un peu plus tard avec des termes moins généreux. Il est dix heures du matin la bataille de Rocroi est finie.


Bilan: Le corps de réserve de Beck recueille les survivants de la bataille, Francisco de Melo décide de revenir en Flandre sans chercher à reprendre le combat. Les pertes espagnoles sont lourde elles s’élèvent à environ 3 500 tués, blessés et déserteurs et 3 826 prisonniers en y incluant une partie des soldats qui ont capitulé (ceux du deuxième escadron);. Les Tercios espagnoles perdront environ 3 000 hommes (1 000 tués et  2 000 prisonniers). Les Français, admettront la perte de 4 000 hommes (dont 2 000 – 2500 tués). En fait il semble que l’armée de du Duc d’Enghien ait perdu plus de 5 000 hommes (tués, blessés et déserteurs) entre le 17 mai et le 15 juin.
La bataille de Rocroi sera habilement exploité par la propagande française dans le but de renforcé le gouvernement vacillant de la régente et de donner plus de prestige à la maison de Condé. Pour les Espagnols il s’agit d’une défaite sans trop de conséquence, vue qu’ils frustreront le projet des français de s’attaquer à la franche conté et que le gros de leurs efforts est en Catalogne (Prise de Lérida en 1644).


Principale Bibliographie
Juan Luiz Sánchez Martin, Dragona n° 3  Madrid 1993
Juan Luiz Sánchez Martin, Researching & Dragona n° 5, 12, 16, 20, 21, Madrid 2001 – 2003
Henri d’Orléans, Duc d’Aumale: Histoire des Princes de Condé, Tome 4, 1895 (collection BNF)
Hardy de Périni, Batailles Française Tome 4, (collection BNF)
Mémoire du Baron de Sirot, de Victor Cousin, Mme de Longueville Tome 1 p532-577 (collection BNF)
Leon Thiebault “Mémoire sur la ville de Rocroy et sur la bataille remporté ……” Archives historique de Vincennes .
Lettres de Hugues de Montbas (collection BNF),
Nicolas Stratigos, Rocroi: Le triomphe du duc d’Enghien, Vae Victis nº11, Paris, 1996
Luis-Felipe Ragel, El sombrero de Rocroi, Edition Cálamo, Madrid 2001
Francisco Barado: Museo militar. Historia del ejército español, armas, …... Barcelona 1886



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