Juin 2004
Il connaît intimement Jean-Marie Leblanc, directeur général du Tour de France. Jean-François Pescheux, directeur des compétitions de la Société du Tour de France, voulait absolument venir passer quelques jours avec lui lors de la dernière Coupe du Monde Cycliste Féminine de Montréal. Son nom ? Daniel Manibal, directeur général de la Coupe du Monde et du Tour du Grand Montréal.
Éric Ladouceur
Direction l’Europe
Peu connu ici, Daniel Manibal fréquente les dirigeants les plus influents du cyclisme international lors de ses nombreux voyages en Europe et aux États-Unis. Pour plusieurs, il figure parmi les meilleurs promoteurs qui ont permis la récente remontée du cyclisme féminin à l’échelle mondiale.
Son histoire est peu banale. Originaire de l’Abitibi – il habite maintenant Terrebonne –, Daniel Manibal décide un jour de partir en direction de Paris, où il fonde une entreprise de communications spécialisée dans le tourisme et les voyages. Grand amateur de vélo, il prend en charge, parmi ses nombreux mandats, une équipe cycliste féminine. « Une fois dans le milieu, je n’aimais pas comment les filles étaient traitées comparativement aux hommes. Je me suis alors donné comme mission de remonter le prestige du cyclisme féminin », explique Daniel Manibal.
Convaincu qu’il peut aider la cause des coureuses, il revient au Québec et décide de fonder sa propre équipe tout en persuadant plusieurs commanditaires de l’appuyer, dont Tourisme Québec, Air Transat et Hydro-Québec, qui acceptent finalement de le suivre dans l’aventure.
« Lucille Daoust était alors sous-ministre au tourisme. Pour que j’obtienne son soutien, elle m’a dicté trois conditions : garantir le budget, engager un organisateur d’expérience et apporter la course à Montréal, sur le Mont-Royal », précise-t-il.
La première course
En 1998, il organise sa première épreuve de Coupe du Monde Cycliste Féminine sur le Mont-Royal, compétition cycliste qui se classe parmi les plus importantes du genre au monde, et ce, après les Jeux olympiques et le Championnat du monde.
« Plus ta compétition est classée haute à l’échelle internationale, plus tout ce que tu fais est surveillé étroitement par les inspecteurs de l’Union Cycliste Internationale (UCI). Tout est inspecté à la loupe : la hauteur des barricades, le nombre de coureuses, le nombre de policiers, les logos des commanditaires, l’aménagement du podium; tout est sujet à une critique des inspecteurs de l’UCI. »
Daniel Manibal a d’ailleurs une anecdote à propos des inspecteurs de l’UCI. « Après une course sur le Mont-Royal où tout s’était super bien déroulé, un inspecteur est venu me voir pour me dire que la ligne de départ peinte sur la route ne respectait pas exactement les critères de l’UCI. Il me reprochait alors que les deux lignes n’avaient pas exactement un pouce et quart de distance entre elles », a-t-il raconté.
Les récompenses
Témoignage de son travail rigoureux et de sa très haute compétence, M. Manibal a obtenu la meilleure note de l’UCI pour la Coupe du Monde de Montréal de 2003 et celle de 2004.
Et sa compétence est reconnue, tellement que Jean-François Pescheux, le directeur des compétitions de la Société du Tour de France, a insisté pour venir observer son travail lors de la dernière Coupe du Monde de Montréal.
En passant, Jean-François Pescheux, c’est aussi celui qui a récemment refusé au Québec le droit de présenter des épreuves du Tour de France sur son territoire. Un homme très influent.
Le but de la visite de Pescheux consistait donc à colliger des informations sur le succès de Daniel Manibal, pour ensuite en importer les principales idées en Europe.
« Tout le monde veut venir à Montréal. La meilleure Coupe du Monde de cyclisme féminin, c’est au Québec qu’elle est disputée. Un journaliste de “Ouest France”, un des journaux les plus lus en France, était sur place pour rapporter notre succès en France », ajoute Manibal.
Difficile de le contredire. Depuis 1998, son succès est à la fois touristique, social et sportif. Touristique parce qu’il a remporté, en 2004, deux Ulysse, la plus haute récompense en tourisme au Québec. Social parce qu’il a mérité, en 2002 et 2003, deux trophées « Femmes et Sports », la plus importante distinction mondiale du Comité olympique international, récompensant ceux et celles qui travaillent à l’avancement des femmes dans les sports. Et, finalement, sportif parce que la compétition qu’il dirige a obtenu deux fois le titre de « Meilleure Coupe du Monde ».
Tour du Grand Montréal
Loin de s’asseoir sur ses lauriers, Daniel Manibal a aussi développé d’autres projets qui ont connu autant de succès. Parmi ceux-ci, le Tour du Grand Montréal, qui, depuis trois ans, permet à Terrebonne d’accueillir les meilleures coureuses au monde. Ce que peu de gens savent, c’est que Terrebonne était en compétition avec Montréal pour l’obtention d’une étape du Tour.
« Depuis 2000, la rue Crescent avait accueilli deux courses. En prenant compte de l’accueil chaleureux et du support promis par le maire, Jean-Marc Robitaille, et le conseiller Marc Campagna, j’ai décidé de rayer la course sur Crescent et de la remplacer par une étape à Terrebonne. L’étape finale de surcroît ! » indique Daniel Manibal, qui avoue d’emblée que plusieurs villes l’approchent chaque année pour obtenir une course sur leur territoire.
Avec tout cela, difficile de s’imaginer que l’organisation de la Coupe du Monde et du Tour du Grand Montréal se fait à partir du triplex de M. Manibal, à Terrebonne, avec l’aide de quelques personnes, dont sa fidèle acolyte, Jacinthe Lemire, directrice Marketing et communications.
Comment expliquer cette passion? « Le milieu du cyclisme féminin, c’est ma famille; c’est pour les coureuses que moi et Jacinthe, nous travaillons si fort. Oui, nous apprécions tous les prix que nous obtenons, mais la vraie récompense, c’est notamment de voir Jeannie Longo, qui, comme à Rigaud cette année, a souffert et bravé le mauvais temps pour terminer une course qu’elle voulait absolument compléter. Même chose pour Bessette (Lyne), qui était pratiquement en état d’hypothermie à la fin de cette même course, mais qui s’est battue jusqu’au bout. En fait, on ne peut pas s’imaginer à quel point ces athlètes sont exceptionnelles. De les aider à poursuivre leur rêve me procure une satisfaction incroyable, qui me pousse chaque jour à continuer à me battre pour leur offrir ce qu’il y a de mieux », conclut Daniel Manibal.
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