Les nuits fauves... - I





Chapitre - I


           Elle est entrée. Le soir tombait. J´avais les lèvres collées à la baie vitrée du bureau et je regardait la rue Pompe en contrebas. Une moto démarra. Je vis la traînée blanche de ses gaz d´échappement s´ajouter à la polluition de la ville.
           La fille referma la porte. Je me retournai vers elle. Elle avait un casque intégral à la main, hésitait à avancer. L´assistent vers elle :

           - Vous êtes Laura ?

           - Oui.

           Elle lui serra la main sans le regarder. Elle avait tourné les yeux vers moi; au-delà de moi, à travers la baie vitrée, vers le ciel bleu foncé.
           Elle portait sur elle le froid du dehors, multiplié par la vitesse de la moto qui l´avait amenée. Le casque avait aplati ses cheveux; cheveux blonds et châtains mélagés; masque en équilibre, trouble beauté; contraires mélangés, masque d´emprunt. Elle était habillé de noir : perfecto, jean moulant, bottes, casque noirs. Elle n´était pas très grande. L´assistant dit :

           - On vous a expliqué au téléphone de quoi il s´agissait ?

           - Vaguement...

           - On va vous demander de faire un essai en vidéo. Le réalisateur du clip et le chanteur vont arriver.

           Elle ne l´écoutait plus, prit la pochette du disque de Marc sur la table, la tourna et la retourna dans ses mains. Je regardais ces mains et je pensais qu´elles étaient celles d´une femme de quarante ans. Elle dit :

           - C´est lui ?

           L´assistant, depuis qu´elle était entrée, était mal à l´aise :

           - Lui ?... Vous avez que âge, Laura ?

           - Dix-huit.

           Il fouilla dans un dossier où étaient classées des photos, retrouva celle de Laura, la lui montra.

           - Qu´est-ce que c´est que ça ?

           - C´est vous. Votre agent nous l´a donnée, je suppose...

           - Je n´ai pas d´argent.

           - Vous êtes bien commédienne ?

           - Ça m´est arrivé.

           - Vous savez qu´on prépare le tournage d´un clip, tout de même ?

           Je me décollai de la baie vitrée, m´éloignai du bleu, avançai vers la chaleur de la pièce et vers Laura :
           - François, c´est moi qui t´ai donné sa photo.

           Laura se tourna vers moi. François lui dit :

           - Je vous présente le chef opérateur du clip. Il nous rend le service de filmer aussi les essais.

           Elle me tendit la main en regardant vers le sol.

           - J´ai trouvé votre photo dans un carton qui traînait dans le couloir d´une production... Vous avez déjà dû faire des castings ?

           - Je ne me souviens pas.

           Elle me montra la photo de Marc sur la pochette du disque qu´elle tenait toujours en main :

           - Vous le connaissez bien ?

           Depuis quinze ans. On était à l´école ensemble.

           La porte du bureau s´ouvrit. Marc entra le premier, regarda Laura, la salua sans s´approcher, fit un pas de côté pour laisser passer Omar qui alla vers elle et lui tendit la main. Je dis :

           - Laura... Omar Belamri qui réalise le clip.

           Il lui sourit, me dit :

           - Mais on ne s´est jamais vus...

           Je pris la caméra à la main. Laura et Marc étaient l´un à côté de l´autre, contre un mur. Je me déplaçai, vins face à elle, Marc en amorce à gauche du cadre. Omar leur expliqua rapidement la situation et leur demanda d´improviser : Laura dans le rôle d´une jeune prostituée du port de Barcelone, Marc dans celui du mac. Elle regardait dans l´objectif; était-ce moi qu´elle regardait ? Marc parla le premier :

           - Qui c´est ce mec ?

           - Quel mec ?

           - Je t´ai vue.

           - Je le connais pas.

           - Tu le connais pas ?... Tu files de l´argent à quelqu´un que tu connais pas ?

           - Je lui ai pas donné d´argent.

           - Tu te fous de ma guele ou quoi ?

           Elle avait un air de petite gamine effrontée, mais je sentais sa peur. Elle se mordait les lèvres :

           - Mais non...

           J´avançais lentement sur elle avec le zoom électrique de la caméra, Marc continua :

           - Je t´ai vue filer de l´argent à ce petit con...

           - Quoi ?

           - Tu donnes de l´argent à n´importe qui ?

           - J´ai donné de l´argent moi ? J´ai jamais donné d´argent !

           Marc passa devant elle, prêt à la frapper. Elle fit un pas en arrière, soupira, enfant sournoise :

           - Qu´est-ce que tu veux que je te dise ?

           - Je veux que tu me dises pourquoi tu fais ça...

           - C´est pas ça...

           - C´est quoi alors ? C´est un ami ?

           - Je le connais pas.

           - Tu lui donnes de l´argent et tu le connais pas ?

           - Je fais ce que je veux de mon fric.

           - C´est pas ton argent.

           Omar me dit de couper la caméra. Marc et Laura se reposèrent un moment. Ils étaient assis face à face, de chaque côté d´une table basse. J´avais enlevé les gélatines bleues des projecteurs et mis la caméra en position " lumière artificielle ". Leurs visages étaient chauds, orangés; le froid de l´extérieur semblait plus fort encore, le bleu plus plein. Entre la lumière du jour qui déclinait et celle des projecteurs, la grande surface lisse de la baie vitrée. Omar lui dit :

           - Repartez sur la scène de tout àl´heure, mais maintenant c´est toi, Laura, qui repends le dessus. Tu vas le dominer...

           Marc dit tout de suite :

           - Je t´ai vue avec ce mec, ça va mal se terminer.

           - Qu´est-ce que tu veux ?

           Elle regarda l´objectif; encore une fois je pensai que c´était moi qu´elle regardait.

           Qu´est-ce que tu veux que je te dise ?

           La voix d´Omar :

           - Plus dure, sois plus dure !

           - Tu veux retomber dans la merde d´où ?sortie ?

           - Je trouverai bien quelqu´un d´autre.

           - Tu trouveras personne...

           Omar me chuchota à l´oreille :

           - Zoome sur elle.

           Mais Laura s´était arrêtée, bloquée; une fissure dans le temps. Elle leva la tête, regarda vers le ciel, dit :

           - C´est le chien-loup... puis se tut.

           Comment connaissait-elle cette expression ? De cette période entre le jour et la nuit, ce moment " entre chien et loup ", on dit dans le jargon du cinéma :

           - Chien-loup.

           Tandis que dehors la lumière baissait, je pensais à ces noms d´animaux qui annoncent la nuit : chien et loup. Je cherchai por plus tard, pour d´autres heures et d´autres gestes, pour l´obscurité achevée, un autre nom d´animal que je ne trouvais pas. J´avais quitté le bureau. J´étais seul, je voyais la ville par le viseur de la caméra avec laquelle j´avais filmé Laura. Stalingrad, un vieil Arabe immobile, la main sur la braguette, me regarda passer et monter dans ma voiture. La Chapelle, la station de métro et l´enchevêtrement des escaliers. De longs etlents travellings sur les boulevards de Belleville et de Ménilmontant où trionphait la nuit. La nuit comme une absence de lumière, mais surtout comme la densité plus forte d´autres lumières, d´autres couleurs. Un paquet de Malboro acheté au foyer africain de la rue Bisson. Le grand sac de toile de jute d´où le vendeura sorti le paquet. Mon regard oblique, décalé vers la gauche, vers un homme en survètement qui allait traverser devant ma voiture, micourant, mi-sautillant, une poussette d´enfant repliée sur son épaule qui montait et descendait au rythme de sa course. Sur ces images, mélangées par une régie invisible, se surimpressionnait le visage de Laura, femme-enfant dont j´essayais de deviner lesquels de ses fantasmes elle avait assouvis et combien d´hommes l´avaient déjà fait jouir.





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Chapitre - II


           Rue Belleville, j´entrai au Lao-Siam. Les serveurs et le patron me serrèrent la main. Je commandai une soupe Phö, une brochette de crevettes thaï et une Tsing Tao. A la table voisine, deux femmes de trente-cinq ou quarante ans et un type plus jeune, un peu ratatiné, le buste court au-dessus de la nappe en papier tachée de sauce au soja. Les femmes riaient sans cesse, le type écoutait, visage jeune poutant fripé. Une des deux femmes racontait qu´une de ses amies s´était fait emmener sa voiture en fourrière à deux heures du matin. Elles avaient été la rechercher plus tard, vers sept heures... La conductrice arrête la voiture à la sortie de la fourrière. La plaque d´immatriculation se décroche : la fille veut descendre, ouvre sa portière qui lui reste dans la main et tombe aux pieds du flic préposé à l´ouverture de la barrière. La tête du flic est indescriptible. Elle, en minu-jupe, très polie, l´air étonné, s´approche de lui :

           Vous pouvez m´indiquer un endroit pour réparer ?

           - Ma petite dame, vous entrez dans le premier garage que vous trouvez en sortant et vous me faites changer tout ça !

           Un bruit sourd venu de l´arrière de la voiture interrompt le flic. La fille se précipite, pousse du pied de pot d´échappement qui vient de tomber pour essayer de le cacher. Le flic renonce, ouvre la barrière et hurle :

           - Remontez dans votre poubelle et foutez-moi le camp !

           Les deux femmes parlèrent de l´ouverture du Palace :

           - Tu te souviens, on levait le petit doigt et les mecs reppliquaient ! Le type à leur table était toujours ratatiné et muet.

           J´imaginais Laura à treize ans, invitée par des hommes de trente ans, dansant jusqu´à six heures du matin, fumant des cigarettes blondes sur les marches rouges d´un escalier du Palace, les yeux cernés par la fumée et le dégoût.

           Je me réveillai en sursaut. La mort était là; dans la forme effrayante d´un tas de vêtements posés sur une chaise au pied de mon lit, distinguée des ténébres par un rayon de lune. Elle était là depuis deux ans, jour après jour, minute après minute; elle me séparait du monde. Cerveu liquéfié, obscurci, comprimé par une masse informe, par du mou bourré sous mon crâne, du poumon de boeuf sanglant accroché à ma nuque.
           Elle était là depuis que j´avais eu la certitude immédiate que la maladie serait un catastrophe planétairequi m´emporterai avec des millions d´autres damnés. Du jour au lendemain j´avais changé mes pratiques du sexe. Avant, je cherchais dans le soir des garçons qui me plaisaient; j´étais éxigeant. Je me faisais enculer. Là, je décidai qu´il n´y aurait plus de pénétrations, plus de nuits dámour dans un lit. J´allais dans la ville en cherchant mes semblables; ceux qui ne voulaient pas jouir à l´intérieur d´un corps, mais dont le sperme jailli d´eux-mêmes tombait dans la poussière des sous-sols.
           Les masturbations, rapidement, ne me suffirent plus. Les obsessions de mon adolescence renvinrent : les braguettes des pantalons serrés qui dessinent la forme des sexes, la pisse qui mouille les slips... Au collège, quand j´avais treize ans, j´entrais dans les vestiaires de sport déserts et je cherchais des shorts oubliés ou mal rangés par des garçons plus jeunes ou plus minces que moi. Je les prenais et les emportais à la maison. Devant le miroir de la salle de bains, je les enfilais. Je crois que je ne me branlais pas encore. Cett5e jouissance-là, de voir ma bite moulée par le tissu, pré existait à l´orgasme. Quand je parvenais à surmonter ma peur, je metttais un de ces shorts volés pour le cours de gymnastique; j´attendais, fièvrex, que le regard d´un garçon se potâtsur mon entrejambes...
           A ces obsessions adolescentes j´avais ajouté le cuir, les liens et la douleur. Dans la souffrance et la jouissance qu´elle me procurait, les tensions et la terreur de la maladie s´apaisaient. Régulièrement, dans la nuit pleine, j´allais vers un lieu saint avide de martyrs. C´était une grande galerie soutenue par des piliers de béton de section carrée, au bord de la Seine, sur la rive gauche, entre le pont de Bercy et celui d´Austerlitz. Comme dans la caverne de Platon, la lumière n´y était perçue que par reflet et les êtres par leurs ombres. Je cherchais des hommes vicieux, des sexes durs, des gestes humiliants, des odeurs fortes. Certains corps hésitaient, se tournaient autour, se parlaient ; pour moi il fallait que ce fût immédiat. Je disais mes goûts; si c´était non, je repoussais l´autre d´un geste brutal de la main; si c´était oui, je le suivai de l´autre côté du pont où je guelais mon plaisir sur les marches d´un escalier de fer.
           Souillé, martyrisé, au bord du fleuve après l´orgasme, j´étais bien; fluide e clair. Transparent.

           Laura n´avait pas été choisie pour le rôle de Maria Tereza. femme-enfant prostituée de Barcelone. Marc et Omar avaient hésité mais lui avaient préféré une commédienne connue dont le nom permettait à des sponsor de participer à la production du clip.
           Je fus probablement soulagé de n´avoir pas à éclairer le visage de Laura. J´avais imaginé que celui-ci aurait absorbé la lumière, corp noir brilant seulement de ses deux yeux clairs.
           Le tornage fut difficile. Le producteur qui ne s´etendait plus avec Omar ne vint pas à Barcelone et délégua une directrice de production très jeune et sans aucune expérience. Celle-ci se mettait à pleurer dès qu´un obstacle se présentait : sur les quais du port, dans les rues étroites et les bars gitans du Barrio chino, elle pleura beaucoup.

           J´aimais travailler avec Omar. Je l´avais rencontré dans un café des Halles; il tenait à la main un vieu cartable de cuir brun. Depuis, je n´avais jamais douté son talent. Pour lui et pour quelques-uns,j´aurais pu donner beaucoup, sans compter, sans être arrêté dans mon élan par la soudaine révélation d´une imperfection de l´autre, de son corps, de son visage ou de son esprit.
           J´avais conscience de m´enfoncer chaque jour un peu plus dans une tombe que je me creusais, une fosse aux parois de verre ou de boue qui me dérobait au monde. J´étais de moins en moins capable de communication, d´autres relations que celles du travail ou du sexe. Le talent, seul, provoquait encore ma générosité.

           Le peu que je savais du passé d´Omar me rapprochait également d lui. Famillede onze enfants, dérives inévitables, des frères délinquants, un autre épileptique, lui sauvé de quinze années dans le bidonville de Nanterre, de l´alcool et de la violence des bars du samedi soir. Fleur magnifique et dure, éclose dans les poubelles de la ville. Je savais que n´aurais jamais le désir de toucher le corps dÓmar. Mais si j´avais connu un de ses frères voleurs, j´aurais tout fait pour déviner son sexe sous l´étoffe du blue-jean, pour qu´il étale son corps et le déploie sur draps de mon lit, pour qu´il le referme sur moi avec une tendresse pressentie, l´enver fantasmé de l´éclosion de la fleur dure et magnifique.

           Omar avait achevé le montage de " Maria Tereza ". Il me téléphona. Je le retrouvai à L´Étoile verte. Il pensait depuis longtemps à un sujet de film et il me proposa de l´écrire avec lui.

           L´histoire se passe vers les années soixante-dix, dans le bidonville de Nanterre, autour de Farid et de sa famille. La guerre d´Algérie est finie depuis huit ans, mais régulièrement des descentes de police ont lieu. Les flics fouillent, cassent, bousculent. Ici, tout peut arriver; la tension se relâche rarement. Bien sûr, la vie dans le bidonville n´est pas qu´un suite de malheurs et de tristesses comme l´imagine celui du dehors qui, par humanité, pense à la vie de ceux de l´intérieur. Il y aussi de la légèreté, de l´humour, des moments de fête. Mais, quand les pluies viennent, que l´eau passe entre les tôles rouillées et que des fleuves de boue coulent entre les gourbis, on se demande dans quels chromosomes inconnus est allé se réfugier la mémoire du soleil par laquelle, malgré tout, les gosses replendidement d´un éclat particulier.
           A la lisière du bidonville, des homosexuels téméraires viennent draguer. Pour les jeunes Algériens c´est un jeu; pour les hommes qui désirent les corps musclés et les yeux sombres, c´est une tragédie sans cesse répétée.
           Farid et son copain Hassan ont quatorze ans tous les deux. Ils se lient secrètement d´amitié avec Jean, un garçon de vingt-cinq ans. Jean a d´abord connu Farid un soir qu´il traînait seul un peu à l´écart du bidonville; il l´abordé, un peu tripoté. Farida joui très vite, dans son pantalon. Jean lui a glissé un billet. Farid honteux, s´est enfui en courant. Jean revient; il revoit Farid, cette fois avec Hassan, mais il ne cherche pas à les caresser. Ils parlent. Jean leur dit qu´il travaille à la RATP; Farid e Hassan essaient d´obtenit de lui des cartes oranges gratuites.
           Un jour qu´ils ont rendez-vous avec Jean, Farid et Hassan le voient, de loin, entouré par une bande de " grands " d´une vingtaine d´année. Khaled, un des frères de Farid, est avec eux. Deux coups partent, ils frappent Jean qui tombe à terre, lui prennent tout qu´il a et le laissent inanimé, en sang, les vêtements déchirés. Farid et Hassan s´approchent de lui quend les grandsn son partis, le touchent du bout des doigts. Jean revient à lui. Il a le visage couverte de sang et il n´arrive pas à se tenir debout; sa cheville droite est déboitée et son pied pend, inerte, au bout de sa jambe. Les gosses ont peur, Jean leur dit que ce n´est rien, que ça s´arrangera. Il le sait parce qu´il est médecin. Il leur a menti quand il a dit qu´il travaillait à la RATP. Il rit : voilà pourquoi ils attendent encore leur cartes oranges !
           Jean demande à Farid de l´emmener chez ses parents pour qu´il se lave. Les gosses se regardent. Un pédé chez eux : " On va se faire tuer ! " Alors ils traînent Jean le long d´une route, le séposent près d´un passage de niveau, déclenchent le système d´alarme et courent se cacher. De leur cachette ils voient une voiture s´arrêter, le conducteur soulever Jean et l´allonger sur la banquette arrière. Plus tard, Farid essaie de parler à son frère Khaled, lui dit qu´il a vu avec ses copains casser la guele à un type. Khaled se marre :

           - Tu ne vas pas te mettre à défendre les pédés.

           Farid dit qu´il comprend le vol, mais que ça n´était pas la oeine de massacrer le type. Khaled s´énerve :

           - Tu le connaissais ce mec ?... Qu´est-ce que t´as fait avec lui ?

           Dans le bidonville, les mères voyaient avec angoisse leurs enfants contracter une interminable sucession de maladies; elles restaient à leur chevet durant les nuits de fièvres et pleuraient ceux qui étaient enterrés dans le cimetière près de là. Pourtant, les survivants acquéraient une immunité stupéfiante; fréquement, ces mêmes individus vivaient de dix-huit à quarante-huit ans sans connaître le moindre malaise, solides comme de rocs, capables de résister au froid, à la faim et à la malnutrition mais, à ce stade, ils étaient prématurément vieillis et mouraient aux alentours de la cinquantaine.
           Farid nie, dit qu´il ne connaissait pas Jean. Khaled le croit, puis avant d´aller rejoindre Marly, sa petite amie pour le dîner. Jean observa l´arrivée de la toumente. Elle sp abatti sur le lointaine côte occidentale avec une fureur effroyable, trandformant l´eau en l´écume blanche. Les nuages se déplaçaient si vite qu´il ne leur faillut que quelques instants pour traverser l´lieu, leur progression se devinait dans le déchaînement des lames rageuses. L´orage s´accompagna d´un véritable déluge; la pluie tombait obliquement en direction de l´est, et la traversé le bidonville ne lui demanda qu´un temps infime; alors, la tourmente atteignit toute la région, s´abattant sur lui avec une fureur qu´il n´avait encore jamais rencontrée. De grands éclairs zébraient le ciel, suivis d´assourdissants grondement de tonerre. Des vents d´une force extraordinaire déchirant la surface de l´endroit... Jean était sous une passage de niveau de la route et il fut heureux de constater qu´il n´avait été touché par la tempête.
           La porte du gourbi s´ouvre : Jean est dans l´encadrement, le visage couvert d´ecchymoses. Il salue la famille, dépose sur la table un carton rempli de médicaments, dit que c´est pour eux. Puis il s´approche de Farid, l´embrasse sur le front, lui dit qu´il ne reviendra pas : il prend l´avion le lendemain pour Damas. Il va offrir ses services à la révolution palestienne, soigner les feddayin blessés. Il dit à la famille de ne pas blâmer Farid : ensemble ils n´ont rien fait de mal. Un texte doit concluire le film, en caractères blancs sur le fond noir, juste avant le générique de fin : Le docteur Jean Valade fut fait prisonnier par les tcherkesses aux ordres du roi Hussein et torturé à mort dans une prison du royaume.

           Je n´avais jamais écrit de scénario. Mais Omar connaissait ma vie, mes amours, mes amitiés. Il avait vécu dans le bidonville et il avait été Farid. Il se doutaitque je pouvais lire dans les pensées de Jean, entièrement soumis à son désir pour les corps arabes, capable e tout leur pardonner et même de s´engager dans unede leurs révolutions : mais chaque geste de Jean, chacun de ses actes puaient le judéo-christianisme; c´était de mains arabes qu´il devait mourir, des mains arabes tuant d´autres Arabes. Quant à moi, je n´avais eu le courage de m´offrir à aucune révolution.




           Carol et Kader étaient les derniers vestiges de ma vie amoureuse passée. Je connaissais Carol depuis huit ans. Nous nous étions rencontrésdans une station de sportsd´hiver ; elle avait tout accepté en pensant qu´ainsi elle me garderait : mon désir pour les garçons ; mes premiers amants, éphèbes transparents; tous ceux qui avaient suivi, voyous arrogants; mes fantasmes sexuels que j´avais cru partagés par elle et qui lui avaient été en fait d´insupportables corvées. Son jeu était risqué, elle avait perdu : on ne se voyait presque plus et l´idée de la caresser ou de lui faire l´amour me dégoûtait. Kader était beau. Il était algérien, il avait dix-huit ans. Nous nous connaissons depuis plus de deux ans. J´étais sorti d´un cinéma de la place Clichy ; j´avais poussé la porte et il était derrière, sur le trottoir, souriant sous le soleil de juin. Il portait une chemise à fleurs. Il m´avait demandé l´heure. J´avais des beaux souvenirs avec Kader ; des nuits d´amour où il me prenait et où je criais mon plaisir ; des rochers près du port d´Antibes où nous avoins dormi sous les étoiles ; son corps luttant contr les larmes de fond de l´océan pendant que je l´attendais sur le sable de la Chambre d´Amour.
           Mais j´étais trop occupé à guetter le moment où je m´éloignerais de lui pour mesurer mon attachement. Au débout le sexe exaltait notre amour ; ensuite il se confondit avec lui. Puis vint la menace de la maladie. Je ne dis rien à Kader des terreurs qui m´obsédaient, mais, sans explication, je me donnais de moins souvent à lui. J´avais peur de le contaminer ; peur qu´il ne me contamine si ce n´était déjà fait.
           Notre amour lentement délité fut mis à l´épreuve du voyage. Je suivis Kader en Algérie. J´en revins sans amour; avec un amour rasé plutõt. démoli comme par le tremblement de terre les maisons d´El Esnam où nous avions habité.
           A Paris, le test di sida venait juste d´être commercialisé. On me conseilla d´aller voir un médecin qui consultait à l´hôspital Necker. Il palpa les ganglions à la base de mon cou et le long des veines jugulaires. Je regardai par la fenêtre ; le jour souriait, mauvais. Je tornai la tête vers le médecin et je vis dans ses yeux qu´il savait. Il dit :

           J´eus les résultats quinze jours plus tard : j´étais séropositif. Une vague blanche et glacée remonta le long de mes membres. Les mots apaisants du médecin faisaient dans la pièce une rumeur molle et lointaine. Quelques heures plus tard, j´étais presque soulagé. Ne pas savoir avait été pire que tout. Tout avait changé, mais tout restait exactement semblable. Je me demandais qui m´avait contaminé, que je n´en voulais à personne qu´à moi-même revoyais des visages brouillés, vite remplacées par l´image du vírus : une boule hérissée de pointes, un fléau d´armes médiéval.

           Omar avait trouvé le financement du film que nous avions écrit ensemble. Il me demanda d´en faire la lumière et de tenir la caméra. J´acceptai avec plaisir. La préparation commença. Kader fit des essais pour le rôle de Khaled, mais Omar ne le choisit pas. Il eut raison. Khaled, inventé par Omar et moi, était un exclu; sa violence était irréductible, il ne connaissait pas nos lois. Kader, au contraire, voulait s´intégrer, prendre sa revanche en pleine lumière. Je vis dans cette absence forcée de Kader l´occasion de m´éloigner de lui tout à fait.

           Je dînais avec Omar. Il avait les yeux dans le vague; une cigaretteau filtre mâché roulait, éteinte, entre ses lèvres. Il me dit qu´il ne trouvait personne pour jouer le rôle de Marly, la petite amie française de Khaled. Je n´eus pas besoin de réfléchir : une phrase sortit de ma bouche en une seconde :

           - Appelle Laura !

           Il avait mal entendu, me fit répeter :

           - Celle qui était venue au casting de " Maria Teresa " ?

           - Oui.

           Quelque chose d´horizontal, l´horizont artificiel du restaurant, bascula par saccades. Je revis les yeux de Laura, en très gros plan, dans le viseur de ma caméra vidéo; un visage pâle en noir et blanc, comme doré intérieurement par une brûlure permanente. Je pensai à la couleur fauve, associée à un autre mot qui n´était pas dévoilé. Laura non plus n´était pas dévoilée, encore couverte d´une etoffe noire à mes yeux seuls visible. Le bleu chez certains peuples est la couleur du deuil; l´étoffe noire, aussi, n´indiquait pas que la mort. Elle était absence d´image. Avec le visage masqué de Laura, c´était une de mes vies possibles qui était occultée.

           Omar téléphone à Laura. Elle lui demanda de lui envoyer un scénario. Elle ne donna aucune réponse. Il la rappela; je pris l´écouteur. Elle parut genée, dit qu´elle pensait qu´elle ne pourrait pas jouer le rôle de Marly. Omar insista. Finalmente, elle avoua que sa mère ne voulait pas :

           - Des Arabes et des pédés, ça fait beaucoup pour elle !

           Laura était donc mineure ; elle avait menti quand quand François lui avait demandé son âge et qu´elle avait répondu " dix-huit " sans hésiter. Je presentais ses dons pour le mensoge. Je me doutais qu´elle ne devait pas mentir pour en tirer un effet immédiat. Son mensoge était plus fou, plus global; c´était une variation autour de la vérité, une manière de travestir la réalité pour qu´elle fût moins terne. C´était aussi un moyen de rompre les équilibres et de mettre tout le monde, elle et les autres, en position instable. Le soir du dernier jour de tournage, le traditionnnel repas de fin de film eut lieu dans une pizzerie de Lavoillois. L´équipe tecnique et les comédiens étaient réunis autour de tables disposées en U. Éric, l´acteur qui avait joué le rôle de Jean, le médecin homosexuel engagé aux côtés d´Arafat, était en face de moi. Nos regards se croisaient souvent, pesaient l´un sur l´autre. Je me décidai à aller jusqu´à lui. J´approchai ma bouche de son oreille et dis :

           - J´ai envie de toi.

           - Je pensais la même chose.

           Je sortis de la pizzeria par la porte de derrière. Il y avait des escaliers, des galeries, des HLM tout autour de moi. Éric me rejoignit; baisers, étreintes. Nous roulons, serrés l´un contre l´autre, dans des cages d´escalier d´immeubles modernes, contre les carrosseries des voitures sous la lumière orange des lapadaires au sodium. Un amour entrevu, des minutes volées.
           Ensuite, ce ne fut une fois de plus qu´une suite absurde de geste et de mots qui contenaient leur propre perte.

           La première nuit d´amour ; un café bu près du forum des Halles avec Bertrand et Djemila, une copine d´Éric; les cartes postales achetées par Bertrand et sur celle qu´il me donna un garçon ?que pisse contre un mur, en chemise blanche et pantalons larges, une gapette sur la tête, le visage tourné vers l´objetif. Je pensais à ce prénom, Djemila. Je voyais la couleur orange d´un soleil couchant et la Kabylie peu à peu s´obscurcir ; un cliché de carte postale justement. Mais si je déchirais ce premier voile, je découvrais une autre vision bien différente ; une couleur dominante, le rouge sang, et des corps mutilés près de ville de Djemila au cours de l´histoire, rassemblés pour mon souvenir dans les ruines de Cuicul. Des corps tombés au ièmesiêcle sous les coups " combattants du Christ ", ces prolétaires des campagnes soutenus par les donatistes assoiffés de martyrs. D´autres corps, mutilés mille six centsans plus tard, le 9 mai 1945, dans les mêmes lieux ; des corps de colons assiégés par des Algériens ivres d´humiliations qui virent dans la fête de la victoire sur l´Allemagne l´occasion d´incurver l´histoire. Crânes défoncés, enfants au visages tailladés, femmes violées aux abdomens ouverts d´un coup de couteau debas en haut, organes génitaux coupés et enfoncés dans la bouche des hommes. Au quatrième siècle, les catholiques disaient " Deo gratias ! ". Les donatistes dissidentes, les puritains, les Maures pillards et les paysans anarchistes scandaient " Deo laudes ! " mais c´était un autre cri qui, déjà, en 1945, portait les jeunes révoltés : " El Djhad, la guerre sainte ! ". Puis d´autres corps, arabes ceux-là, dix fois plus nombreux, assassinés lors de la répression aveugle des massacres de mai 1945. Prémonition des premières embuscades de 1954 et de la guerre qui les suiivit. " Nous ne voulons pas de blé ; nous voulons du sang. " Mille fois répétée, cette phrase m´obsédant criée par les émeutiers aux émissaires du chef-lieu de la comune mixte de Fedj-M´zala, à huit cents mètres du village, près du pont su l´oued Bouslah. Je voulais, moi aussi. du sang frais, fluide et clair, lavé par un miracle nouveau du poison qui s´y multipliait.

           Éric me téléphonait souvent, passait àl´improviste me voir sur des plateaux detournage. Un jour que j´étais allé à Lille, je le trouvai à mon retour m´attendant à une terasse de café, en face de la gare du Nord, près de ma moto enchaînée à un poteau. Nous nous jetions dans les bras l´un de l´autre. Je croyais à notre amour jusqu`à en accepter les parcours convenus : la jetée de Trouville, le port de Honfleur, le bar du Grand Hôtel de Cabourg, la terrasse du casino de Houlgate le matin, sous le soleil de septembre.
           Mais, avec l´hiver qui s´approchait de la capitale, un ciel de métal allait nous vaincre ; un métal sans les brillances du chrome de septembre, seulemet gris et lourd, un ciel de zinc ou de fer-blanc prêt à rouiller à la première pluie. Mais, j´étais au Lao-Siam, ma terre de solitude. C´était un dimanche soir. Je pensais à Éric envolé pour Londres. A la table voisine un homme et une femme dînaient face à face. Il avait un mustache, des cheveux huileux, mais l´air plutôt sympathique. Elle était assez belle. Il lui parlait de sa femme, partie depuis trois ans avec un de ses amis. L´éternité de l´amour n´est donc que cela : des absences répétée ou des discussions dans des bars ou des restaurants chinois. Son ancienne femme était venue le voir pendant ses vacances sur la côte basque. Elle aimait un autre homme. Parlant de son ancien ami, elle avait dit :

           - Je l´ai viré en quart d´heure !

           L´homme avait hurlé :

           - Putain, j´ai failli me foutre en l´air cinquante fois en trois ans à cause de ce type et t´as le culot de me dire que tu l´as viré en un quart d´heure !

           Je me faisais peur. Je n´étais donc bon qu´à cela : travailler et le soir voler des bribes de conversations aux tables voisines. J´avais envie de rire, de légèreté. Pasd de cette gravité qui m´avait envahi ni de la torpeur qui me submergeait à l´idée que j´allais devoir faire l´effort de parler à quelqu´un. Je me demandais si Éric avait fait amour avec Djamila, masculin Djamel, des prénoms qui sous- entendent un combat et que sous-tendent des violences au repos. Le comabt d´Éric était d´une autre nature. Bien sûr, il voulait sa revanche; contre la misère, des parents quil´ont abandonné, un désert où paraît seul le visage d´une vieille paysanne de la Haute-Loire qui l´a élevé. Mais il voulait surtout séduire. Il était un parfait reflet de l´époque; vingt ans plus tôt il n´aurait pas été le même: et certainement pas acteur. Il confondait la satisfaction de son narcissisme et la création artistique. Je ne parlais pas à Éric du virus qui courait dans mon sang. Mais je ne risquais pas de le contaminer. Nous nous branlions; il ne m´enculait pas ; je ne l´enculais pas. Chacun caressait sur le corp de l´autre des traces de son adolescence perdue.

           L´eloignement d´Éric se fit, comme il se doit, par d´interminables discussions dans des cafés. Il voulait me convaincre qu´il n´y avait pas qu´une seule façon d´aimer. Il partait et je voyais sa silhouette parcourir le trottoir d´une démarche un peu raide, à pas un peu trop rapprochés. Au matin de la dernière nuit qu´il passa chez moi, il me demanda de le ramener chez; c´est-à-dire à l´appartement du type avec lequel il vivait et que j´avais déjà eu plusieurs fois en larme au téléphone. Je refusai ; l´idée d rapprocher Éric d´un autre corps que le mien m´était insupportable. Il enfila un bluson, tourna en rond.

           - Moi, si j´avais un moyen de locomotion, je te ramènerais, c´est tout.

           Il prit le téléphone, appela un taxi. Il ne me regardait plus, cria :

           - Tu me connais pas mon pote !

           J´essayai de l´arrêter : il sortit. La porte claqua.

           J´étais prêt à tout. C´est-à-dire à rien. Je n´avais plus un sou. J´aceptai m´importe quel travail. Je me retrouvai à Mulhouse pendant une semaine. J´y filmais des reportages pour la station régionale de FR3. Le premier soir, je m´allongeai sur le lit d´une chambre d´Hôtel et je vis une Bible posée sur la table de chevet. Je l´ouvris, la feuiletai machinalement. Sus les pages de garde, je trouvai une déclaration d´amour exaltée qu´un certain Armand avait écrite pour une Juliette qui, bien sûr, ne la lirait jamais. D´autres, comme moi, la lisent, destinataires hasardeux d´un trop-plein d´amour. Je pensai à Éric. Je dis à voix haute :

           - Tu ne m´attends pas, tu ne seras pas là quand je rentrerai. Mais, ce que tu ne seras pas et que je voudrais que tu saches, c´est qu´à chaque fois que tu me refuseras ton amour, je descendrai un peu plus bas pour m´assurer de l´inexistenxce des autres amours, de l´amertume des autres corps à corps.

           J´avais mal. Mais, avec la ville douchée de pluies orange et traversée de lignes métaliques brisées, la souffrance me rappelait que j´étais vivant ; la saleté recherché, collée, poissant ma peau m´indiquait une douleur préférable à l´étale. Mon corps éprouvé restait écartelé sur le béton du quai. Moi, échancré corps et âme. J´ai revu Éric. Nous sommes allés au cinéma sur les champs-Elysées. Dans le dialogue du film j´entendais des phrases que nous aviuons déjà prononcées.

           Quand nous sommes sortis il faisait nuit et une panne d´électricité avaitplongé d´avenue dansl´obscurité. Érics´approcha de moi, me frôla, regards, temps immobile. Je crusau retour de notre amour ou de ce qui en était l´illusion. Mais la lumière revint sur l´avenue et le charme futrompu. Éric s´assit derrière moi, sur la selle de la moto. Je le raminai à Montmartre. Pendant le trajet il posa se mains gantés. Au moment de le quitter, je voulu l´embrasser, qu´il m´embrasse. Prolonger cet instant. Ce ne fut qu´un baiser furtif :

           - Je te téléphone...

           J´essayai de le retenir :

           - Qu´est-ce que je peux faire ?

           - Moi je suis mieux depuis que je t´ai dit que c´était fini et ça ne changera pas.

           Il s´éloigna, traversa la place Blanche.

           Un dimanche après-midi. Éric sonna; je le fis entrer. Il se déshabilla, me déshabilla, s´allongea sur mon lit. Nous faisions l´amour. J´étais contre sa peau, mais également suspendu dans l´air au-dessus de nos corps enlacés. Je contemplais sans y croire cette scène dont j´étais l´un des deux partenaires. Au bout de mon oeil creux où vacillait le souvenir d´Éric. J´avais vissé une caméra qui, des nuits traversée, n´enregistrait que les plus fortes lumières. Opposée au noir grisaillant de l´image vidéo sous-esposée, la cocaine me semblait d´un blanc pur. Un trait acéré qui transperve les muqueuses nasales et se plante dans le cervau. A cette époque, je commençai à en prendre beaucoup. Je marchai dans la ville, toujours prolongé vers l´avant par ma caméra vidéo, les muscles de son dos et de mes épaules tétanisés. Mon coeur battait à cent seize pulsation par minute. Revenu chez moi, je continuait de prendre de la cocaine. Six heures du matin ; je fermai les volets et tirai le rideau de la cuisine pour ne pas voir la clarté du matin. Déjà je supportais mal cette lumière faible et sale. Elle me culpabilisait. Pour trouver le sommeil, je devais jouir d´abbord.




           Décharger dans mon corps. La même couleur blanche et grise que celle qui allait décharger sur mon corps ; le sperme de l´aube couler sur ma poitrine.

           Était-ce au bout d´une de ces nuits que j´ai inventé cette scène avec Éric, la dernière ? L´ai-je filmée, concentrant mes souffrances nouvelles au centre de l´image ? non : nous l´avons vraiment vécue. Je vois un muret qui surplombe la Seine et les voies express rive droite, entre les ponts du Garigliano et de Bir Hakeim. Su ce muret, Éric et moi, assis à côté. Nos visages l´un vers l´autre tournés, proches à se toucher, brûlés par les projecteurs des bateaux-mouches; mais infiniment éloignés aussi, séparéspar une buée froide et le bruit furieux des voitures qui roulent en contrebas. Je lui caressai le visage. Il eut un mouvement de recul. Mes doigts restèrent suspendus dans l´air, flèches sans cible. Il murmura :

           - Arrête...

           - je te degoûte ?

           - Recommence pas.

           - Tu as rendez-vous : Il t´attend ?

           - Je vis avec quelqu´un. J´habite chez lui... J´ai pris cette décision, tu peux la comprendre ?

           - Et moi ?

          - Tu fais comme moi, tu attends... Tu attends que ce soit le moment.

           - Dimanche, c´est toi qui es venu te coucher dans mon lit au milieu de l´après-midi. Je t´avais rien demandé.

           - Je voulais voir... Je comprends pas qu´il y ait plus rien... Je sais pas pourquoi... Je me suis dit que c´était trop bête. Alors j´ai essayé.

           - Et alors ?... Y a encore quelque chose ?

           - Je sais pas.


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Chapitre : III


           Le lendemain, la sonnerie du téléphone me réveilla. C´était Laura qui m´appelait pour me dire qu´elle connaissait un réalisateur qui cherchait un opérateur pour son court métrage et qu´elle lui avait donné mon nom et mon numéro de téléphone. Contre le corps d´Éric j´avais oublié le visage de Laura. Elle m´appelait le lendemain de ma rupture avec lui et je ne pouvais m´empêcher d´y voir un signe.

           Je rencontrai le réalisateur, ne compris pas pourquoi il se sentait la vocation de faire des films. Nos nécessités différaient. Plutôt, il n´en avait aucune : la mienne, ma seule nécessité, était d me trouver une nécessité. La réalité était ma drogue ; pour la transformer, la rendre injectable dans mes veines, la poésie était indispensable. Une phrase tournayait dans ma tête : " Les Panthères ont vaincu grâce à la poésie. " Je voulai m´offrir à une grande cause, sans savoir laquelle choisir ni comment le faire. Quelque chose m´empêchait, me taraudait. J´étais enchaîné, esclave des nuits ignobles. Dans quelle vie sera-je mercenaire ou poseur de bombes ?

           Il y avait peu d´argent à gagner et le scénario ne m´intéressait pas, mais le tournage devait avoir lieu au Marioc et je voulais partir, adorer le soleil, oublier Éric. J´acceptai la proposition du réalisateur. Une force trouble me poussait, à laquelle Laura n´était pas étrangère. Quelques jours avant mon départpour le Maroc, je fus invité dans une fête qu´organisait nu en société de production de films. Je sortais déjà de moins en moins, mais je me décidai à répondre à l´invitation.La fête avait lieu dans les locaux d la société, près de la place de la République. L´assemblée étaitcomme je l´avais imaginée : insectes divers plus ou moins parasitaires, "créateurs " chic, sales et mal rasés, crustacés de la mode convaincus de la richesse de leur univers intérieur et de l´inutilité d´essayer de la faire partager, plus quelques anciens militants trotskistes reconvertis dans la publicité ou le jounalisme. Je traversai lentement l´assistance et allai jusqu´à une grande table métallique qui servait de bar. Il n´y avait à boire, évidement, que de la tequila. Je me servis un verre et entendis quelques mots échangés par deux filles à côté de moi :

           - Je meurs d´envie de me le faire !

           - Arrête, Hervé est pédé !

           - Bullshit ! Stan répond ce genre de conneries parce qu´il a essayé de baiser avec lui l´année dernière à Londres et que l´autre n´a jamais voulu.

           - Il entretien un pleongeur pakistanais depuis deux ans.

           - Un nageur ?

           - Maisn non, pas un nageur ! Un môme qui fait la plonge dans un restaurant !

           - Tu espliques comment qu´Ariane ait passé une nuit dans son lit au Normandy ?... Apparement, elle ne s´en est pas plainte !

           Je me suis éloigné sans écouter la réponse. J´ai avancé vers le centre de la pièce où des danseurs s´agitaient. Je zigzaguais entre les corps compressés. Et tout à coup, dans le champ laissé libre par le déplacementd´un grand type en veste blanche, je le vis, ivre mort, dansantune sorte de pogo anémique ; petit, coutard, une belle guele de pute. Je fis semblant de ne pas remarquer Serge qui me fonçait dessus, oeil et manières de piranha, corps d sanglier :

           - Ciao bello... C´est Samy que tu regardes comme ça ? Conseil de pro : laisse tomber. Je connais par coeur, c´était un bon coup il y a trois ans. Il a dix-neuf berges c´est trop vieux... Quoiqu´il ait encore un beau cul, mais comme il s´habille avec des pantalons larges, on ne voit rien...

           Je repondis à Serge par quelques grognements; il essaya de me peloter. Comme d´habitude on ne savait pas ce qui, dans ce propos, était vrai ou inventé, pas plus qu´on ne savait quand il était dupe du personnage qu´il jouait et quand il se moquait de lui-même.

           - J´ai fait un film pour Renaut et ils m´ont filé une bagnole. Tu ne devineras jamais comment elle est immatriculée... Je sais plus combien FLN 75 ! T´imagines la cote que j´ai avecles beurs quand je vais draguer dans les banlieuses !... Au fait, je t´ai jamais emmené faire la tournée des caves ?... Tu savais pas que dans les caves des HLM autour de Paris ça baisait un maximum ? Il faut connaître les lieux et les heures, c´est surtout des garçons qui tirent des filles, mais quelquefois ils vont avec des mecs...

           Serge parlait, mais je regardais toujours Samy.

           - Il a vraiment l´air de te plaire. Je vais te le présenter.

           La soiré continuait, exactrement identique, mais pour moi éclairée par la rencontre de Samy. Ses yeux, mélange d´appel, d´ironie et de curiosité ; sa bouche charnue et dure, très belle. Répandue sur lui, j´imaginais la trahison. Nous avons bu et dansé. La tequila eszt un alcool à la fois transparent et métalique. Du métal, donc, filtré par notre sang et mélé à notre sueur, mouillait nos tee-shirts. Pour la raison, peut-être, que les particules métaliques accrochées par la lumière des spots se mirent à scintiller, j´eus l´impression qu´un mot s´imposait à moi, sorti du cortège de la langue, s´avançant seul, paré d´une auréole d´oe et d´ambre, le mot " fauve ". Samy était un fauve. Et l´auréole du mot suggérait la saintité.

           Je ne pensais pas aux grands fauves, hauts sur pattes; mes fauves sont petits, solides, musclés appuyés contre un mur, une jambe repliée, le pied à plat contre le béton, la tête en peu tournée, légèrement baissée, fixe, le regard vers le haut. Les filles, plus rares, sont en mouvement. Elle s´éloignent de moi, se figent dans leur marche, tornent la tête, et leur regard est saisi au travers des bouches de leurs cheveux qui remuent encore. La violence des fauves est contenue, bouclée, emmêlée, torsadée, repliée sur elle-même. Elle en est la crinière : là où l´on peut poser sa joue, là aussi où se devine leur force.

           Dans les vapeurs de l´alcool et le martèlement de la danse, par un effet poétique, j´associais le mot " fauve " àmes nuits d´abjection. Mes descentes aux enfers n´étaient que jeux d´ombres; les cils, les seins, les sexes, les ventres palpés n´appartement à personne. Les mots, surtout, étaient bannis sauf ceux, imperatifs, qui commandaient la satisfation immédiate d´un désir : pour moi, les autres sonaient faux, parodies des conversations de la surface. Pour nous y retrouver, ombres par miles ombres, il fallait qu´en plus de la finesse de nos sens tactiles, l´on distinguât où se trouvaient les corps dans l´obscurité du lieu infernal. Il fallait donc que les ombres de nos corps convoité que sa densité de noir faisait se détacher sur le noir moins plein de l´atmosphère la projection de son propre corps. Mais s´il y avait une ombre projetée, c´est qu´il y avait une source de lumière, là-haut, à la surface. Cette lumière, équivalente pour moi à celle du soleil, nous était donnée par les fauves. Samy et ceux de sa race rayonnaient. Héliogabale je les adorais. Quand les astres fauves se couchaient, qu´ils étaient fatigués ou absents, les nuits de perversion revenaient, cycliques. Mais eux, Samy et les fauves, avaient-ils aussi leur soleil, ou bien trouvaient-t-ils la chaleur dans la lumière qu´ils émettaient et que je leur refléchissais ? Y avait-il un point de fuite vers lequel ils marchaient, un apex vers lequel ils m´entraînaient ? Pour moi l´horizon n´était qu´une maladie. Sur cette ligne plate, je voyais une image de moi-même devenue microscopique. A l´horizon je n´étais plus qu´un virus.

           J´étais ivre. Je crus voir le fantôme de Gottfried Benn venir vers moi. Il me prit par l´épaule, murmura : " La poésie ne provient d´aucune signification et ne renvoie à aucune valeur. Il n´y a rien avant ni après elle. C´est l´objet qui est. " Je voulus lui faire lâcher prise, lui criai qu´il n´avait rien d´un poète, mais le spectre s´accrochait à moi : " La double vie dans le sens que j´ai théoriquement affirmé et pratiquement vécu est une scission consciente, systématique, tendancieuse de la personnalité. De la vie, je retirais un arrêt d mort. Le spectre me serrait contre lui. Je battai l´air pour échapper à son etreinte. Un visage entra dans le champ de mon regard et se pencha au creux de mon épaule :c´étais Samy. Il existait. Il me serra dans ses bras. J´habitais un studio au dix-septième étage d´une tour au bord du quinzième arrondissement. Je marchai avec Samy jusqu´à l´ascenseur. Nous nous soutenions l´un l´autre. J´ouvris la porte et allait tout droit m´écrouler sur le lit. Samy se déshabilla et je regardai les muscles de son corps magnifique. Il sentit mon regard sur lui :

           - T´aime les garçons ?

           - Y a qu´un pieu, mais tu peux te coucher, je ne te violerai pas !

           - Je me suis fait enculer à treize ans à Amesterdam par un conducteur de tramway... Je suis pas pédé, mais ça me fait pas vraiment peur.

           Nus, allongés, nous glissions peu à peu l´un vers l´autre. Samy était fier de son corps : d´abord il se laissa caresser. Il banda ; moi après lui. Puis nous nous embrassâmes et sa main bougea pour aller sur ma peau, ma queue, mon cul. Mes yeux se fermaient, mais je fis descendre mes lèvres sur ses seins, son torse, son ventre, son sexe. Il jouit dans ma bouche en criant.

           Au réveil, j´avais mal à tête. Je sortis du lit pour faire ma valise. Samy dormait encore. Il était allongé sur le ventre et les draps marquaient le creux de ses reins, la saillie de son cul. Je me demandais ce que ce môme était venu faire dans mon lit. Son corps, sa peau, ses gestes, sa bouche étaient forcément ceux d´un garçon qui préférait les femmes. Mais ce n´était pas en multipliant ma féminité que je le séduirais.




           Je savais que mon amour pour Samy, s´il se dévoilait, contiendrait son exacte condamnation. Mais cette impossibilité me fascinait ; ce qui mettrait l´amour en échec, cette fois, n´avait rien à voir avec les raisons habituelles, un geste, un mot, le tonde la voix, un détail du corps, la manière de se vêtir, la bêtise, l´avarice, chez les garçons l´homosexualité trop visible. Vouloir aimer Samy c´était une manière de participer à un combat en entraînerait d´autres, pour ces grandes causes pas encore trouvées mais tant désirées. A moins que je n´aie cru que ce combat, pas un mécanisme psychosomatique indéchiffrable, puisse fabriquer des gènes salvateurs, l´allèle de la blessure létale charriée par mon sang. Samy s´éveilla. Il me demanda de le ramener chez ses parents, dans la banlieue sud. Je lui dis que je devais prendre l´avion pour Casa blanca deux heures plus tard, que j´allais appeler un taxi et que je le déposerais Porte d´Italie. Il émit quelque grognements, mais ne parla plus jusqu´à ce qu´il ait avalé le café que je lui avais préparé. Dans le taxi, il donna des réponses évasives aux questions que je lui posai; quand il en descendit, je savais seulement quíl était revenu à Paris depuis deux mois après avoir fait son service militaire dans les chasseurs alpins. Il avait d´abord signé un contrat de cinq ans avec l´armée mais l´avait résilié au bout de six mois. Il était " TUC " à mi-temps à l´ópera Bastille; à moitié espagnol par sa mère, à moitié arabe par son père. Il vivait avec une femme de trente-cinq ans, journaliste dans un hebdomadaire de gauche. Il s´éloigna, j´allais prendre mon avion pour le Maroc. Je fus surpris d´avoir moins peur qu´avant dans un avion au décollage; la menace précise de la maladie sans remède relativisait mes terreur. Je pensais que la nuit précédente m´avait révélé d´étranges visions. Face à face, Samy et le fantôme de Gottfried Benn. Un corps simple, solaire et métissé, tendu de violences contenues. Contre lui, un esprit cynique, tortueux, insulté aussi bien par les naziz comme formaliste que par leurs ennemis, plus près de ceux-là pourtant, mais moins par son adhésion à la doctrine hitlérienne que parce que sa culture fut celle qui, dégénérrée, donna naissance au nazisme.

           Je retrouvais le réalisateur à Mohammedia. Nous commençâmes les repérages. Il ne savait pas ce qu´il voulait, mais son doute n´avait pas grand-chose á voir avec une incertitude créatrice. Il m´énervait prodigieusement et il me fallait faire beaucoup d´eforts pour qu´il ne s´en aperçût pas trop. Il tentait de faire croire que filmer était la continuation logique de la décadence de sa famille de grands bourgeois à l´agonie. C´était avec une suite de clichés qu´il allait remplir de champ vide de la caméra. Nous étions logés au Cynthia, un hôtel luxueux des années soixante-dix qui déclinait peu à peu. il était rarement plein, sauf quand des groupes de touristes l´assiégeaient. Il était triste, mais d´une tristesse différente de celle des vieux palaces déliquecents : il n´avait aucun passé. Une memoire vide comme l´immense trou du patio couvert autour duquel étaient distribuées les galeries où, sur deux étages, donnaient les portes des chambres. Les peintures caca d´oie et les moquettes orange, horribles, indiquaient le passage de l´homme dans un océan de tristesse qui le dépassait. Le vide de l´hôtel était quasi métaphysique. Je suggérai au réalisateur d´y tourner une séquence. Il était ivre au Boulaouane, hésita, finit par dire :

           - C´est pas prévu dans les cénario, et je suis pas venu au Maroc pour tourner dans un hôtel que j´aurai pu trouver à Paris ou à Hambourg.

           J´étais allongé dans un fauteuil de toile au bord de la piscine de l´hôtel. J´eus l´impression de traverser la vie comme ces touristes américains traversent les pays visités : au pas de charge, pour "faire " le plus l´aventure sur moi. J´avais eu la faculté de m´adapter àn´importe quelle situation; cela m´avait plusieurs fois sauvé la vie. J´étais revenu sans une égratignure d´endroits où j´aurais dû mourir; " revenu " comme on revient de l´enfer ou de l´au-delà : pour du sexe, l´illusion de l´amour, la réalité brute de vies différentes, pour voir, pour savoir je m´étais laissé glisser dans des abîmes jusqu´à oublier les références, pour voir, pour savoir je m´étais laissé glisser dans des abîmes jusqu´à oublier les références du monde. Comme un chien sent celui qui a peur et souvent le mord, les amants voyous reconnaissent celui qui n´est pas avec eux corps et âme, resté accroché à son monde par un geste, un mot, un regard, un vêtement, une certaine raideur du corps. " Corps et âme ": les mots sont malhereux; l´âme et le corps ne font qu´un. Quant Kader m´enculait, même et Al Esnam où notre amour finissait, il mpénétrait d´abord mon corps puis, au-delà mais à l´intérieur de lui, c´était mon âme que sda queue défonçait. Avant, j´étais capable de prendre le temps : me laisser aller dans la vie et, une fois l´expérience achevée, réfléchir sur elle. Mais j´étais déjà animé d´un mouvement perpétuel : les natifs du Sagittaire veulent toujours être ailleurs que là où ils sont. J´y voyais une sorte de morale de sauvegarde, me faisant fuir les gens et les lieux dès qu´ils étaient touchés par le conformisme ou l´ordre étable. Le pouvoir, exercé sur moi, me rendai fou; exercé par moi sur d´autre, il me semblait plus doux. J´étais mû par une frénésie, un besoin de nouvaté et, à force, je n´étais plus disponibles à rien. Cette morale du mouvement qui s´apparentait pour moi à un instinct de conservation, allait m´enfermer dans l´immobilité absolue : où aller quand on pense avoir épuisé tous les trajets ?

           Le tournage eut lieu et je n´en ai aucun souvenir. Des gens s´agitaient probablement devant et autour de la caméra, sur des paysages africains et contre un ciel tirant vers le blanc. L´équipe se dispersa, les Marocains rentrèrent chez eux, les Français à Paris. Je décidai de rester, de louer une voiture et de rouler. Trois jours plus tard je téléphonai au laboratoire : le developpement des rushes semblait n´avoir pas posé de problèmes. Une rayure, toutefois, avait marqué les négatifs de deux plans d´une séquence. Une fois de plus, et bien que la fabrication d´une image fût mon métier, j´étais terrifié de savoir qu´une poussière invisible, un grain de sable minuscule oubliés dans le couloir de la caméra pouvaient réduire à néant des scènes entières d´amour, de mort, de combats, de trahisons. Là où le peintre gomme ou déchirre sa toile et recommença sa représentation du monde, le cinéaste reste enchaîné par la lourdeur écrasante de son outil : des dizaines d´intermédiaires, d´ouvriers et de techniciens, des sommes d´argent considérables. Je roulais mais je me faisais l´effet d´un acteur américain jouant une scène d´intérieur de voiture dans un studio d´Hollywood. Je voyais défiler une route, un ciel, des paysages ; mais ils n´avaient pas plus de réalité que ceux des " pelures " projetées sur un écran derrière la custode d´une Plymouth 1950. Et puis ce fut l´Atals et tout changea. Le jour déclinait. Des nuages noirs s´amassaient au-dessus du Tizi n´Tichka vers lequel je montais. Je pris en stop un jeune vendeur d´améthystes. Je conduisais vite, il eut peur, s´accrocha aux bords du siège. Entre son silence angoissé et les hurlements d´un journaliste sportif qui, retransmis par l´auto-radio, comentait un mach du Mundial de foot-ball, il y avait tout l´espace du monde. Gravissant les marches d´un escalier qui menait au toit de ce monde, juste sous les nuages de plomb, j´eus la certitude que, sur l´autre versant de la montagne, des signes nouveaux m´attendaient.

           A Tamlalte, quand il fait très chaud, on voit du miel couler dans les anfractuosités de la roche. Des fleurs roses son écloses, été comme hiver. En juin les femmes travaillent aux champs; après, les hommes les remplacent. La population, lasse d´attendre que l´installation électrique fût faite par l´État qui, chaque année, faisait des promesses qu´il ne tenait pas, s´était cotisée par cheter un groupe électrogène. C´était dans la lumière faible qu´il donnait que j´ai descendu un soir les ruelles du douar, guidé par une musique lancinante. C´était le dernier jour du ramadan et, sur une petite place, on fêtait l´événement. Des garçons et des filles dansaient ; elles, bien habillées, maquillées, parées de bijoux; eux, frappant sur des tambours larges et plats ou sur des bidons ouverts en deux. Les danseurs étaient disposées en deux rangées paralleles, celle des filles face à celle des garçons. Ils avançaient et erculaient ensemble à petits pas puis, régulièrement, tournaient sur eux-mêmes. Des enfants qui ne tapaient pas en rythme furent mis à l´ écart. Une phrase ubnventée par un garçon était scandé par lui, puis reprise par tous les autres. Les filles, ensuite, la répétaient aussi. Dans les réponses, parfois, les chanteurs modifiaient un ou deux mots de la phrase initiale. Celle-ci était faire de mots simples; le garçon qui la trouvait y mettait sa vie, les petites difficultés quotidiennes, ses amours contrariées. Si deux garçons convoitaient la même " gazelle ", ils s´affrontaient : chacun chantait ses qualités et les défauts de son rival. J´avais cru les phrases inventées sur le moment. J´appris qu´en réalité il y avait une préparation. Non qu´elles fussent entièrement écrites à l´avance, mas elles ne pouvaient être prononcées par n´importe qui : les garçons qui les disaient avaient été choisis. Par ce choix les autres habitaient du douar leur accoardaient la qualité de poètes. Comme dans n´importe quelle ville du monde où le voisin du dssus vient cogner à votre porte parce que, un soir de fête, vous avez mis la musique trop fort, la danse fut arrêté par un vieux fou que le bruit dérangeait. Il monta sur un toit, dévissa la seule ampoule électrique qui éclairait la danse d´une lumière pâle, et la jeta par terre. Il y eut quelques cris, mais personne n´en voulut au vieux. Devenus ombres déux-mêmes, les danseurs se dispènserent. J´allai me coucher.

           En rentrant, à Casa, je m´arrêtai au Sanglier joyeux. L´hôtel semblait vide, presque désaffecté. Une Française d´une cinquantaine d´années, belle, les cheveux gris et longs, tricotait dans la salle àmanger déserte. Je lui demandai une chambre; elle leva les yeux, me dit que tout était libre et m´annonça un prix dérisoire. Un garçon maricain entra, s´avança vers la femme, derrière elle, et posa les mains sur ses épaules. Elle tourna son visage vers lui. Ils se regardèrent, se sourirent. Il était plus que beau ? son rayonnement emplissait la pièce vide. Leurs regards échangés, aussi, étaient magnifiques. Quel bonheur sacré né de quels interdits bravés étais-je venu troubler ? Dans ma chambre je m´allongeai et devant mes yeux s´enchaînerent des mouvements brouillés : le ballet des aiguilles à tricoter, celui des pattes d´un insecte escaladantuneduneet patinantsur les grains de sable qui se dérobent, celui des mains des musiciens de Tamlalte frappant sur leurs tambours. Je m´endormis et me réveillai à vingte heures. Je dînai seul, fixé par les yeux morts d´une tête de sanglier empaillée. Ce trophée de chasse, morceau d´un porc sauvage, me fit l´effet d´une ultime agression coloniale contre le monde musulman. C´était peine perdue : la France, d´ici avait été soufflée par une tornade, celle probablement de l´amour de la femme aux cheveux gris t du garçon marocain. Elle avait peris ma commande, l´avait indiquée à une femme arabe à peu très du même âge qu´elle, qui se tenait devant la porte des cuisines. Puis la Française, elle s´appelait madame Thèvenet, alla s´asseoir en face du jeune Marocain et continua de dîner. La femme arabe entra dans les cuisines. Iln´y avait plus rien de fraçais non plus dans les plats servis. Je mangeais une pastèque comme dessert quand la portes´ouvrit. Un homme d´une trentaine d´année entra, portant une valise et un sac de voyage. Il avait tout de l´homme occidental : sérieux, responsable, affichant son origine et son pouvoir, profondément ennuyeux. Il se dirigea vers la table où dînait la femme aux cheveux gris et le jeune Marocain, parla fort :

           - Maman, comment vas-tu ?

           Elle se leva, lui offri son visage à embrasser, répondit . répondit très doucement :

           - Bien merci et toi ? Tu as fait von voyage ?

           Il lui répondit d´une voix toujours portée. Pas un mot ni un regard pour le Marocain qui, bien qu´assis, l´écrasait de sa beauté et de son corps radieux.

           - Assieds-toi, Kheira va te préparer quelque chose.

           - Merci maman, j´ai dîné

           Il me salua de loin. Poussé par je ne sais quel élan stupide, alors qu´immédiatement je l´avais trouvé antiphatique, je lui parlai au lieu de lui répondre d´unj signe de tête :

           - Bonsoir, vous arrivez de Paris ?

           Ma phrase me sembla ridicule; dite comme si j´étais retranché au Sanglier joyeux depuis plusieurs semaines, aux limites d´une jungle du bout du monde, empêché de sortir par les combats d´une révolution t qu´il avait fallu que lui évitât les balles, traversât des champs de cadavres pour arriver jusqu´à nous.

           - De Paris, mon Dieu non ! Jamais je ne pourrais y vivre. J´habite la campagne près de Biarritz.

           En parlant il s´avança vers moi, se présenta :

           - Patrick Thèvenet.

           Je lui fis signe de s´asseoir à ma table :

           - Voulez-vous boire quelque chose ?

           Il demanda un Whisky. Kheira posa sur la table une bouteille poussièreuse.

           - C´est la première fois que vous venez ici n´est-ce pas ?

           - Au Maroc ?

           - Non, au Sanglier.

           - Oui.

           - Vous n´avez pas connu la grande époque.

           L´hôtel appartenait à mon père, Ronad Thévenet. Il a vu défiler tout Casa. On faisait la queue pour manger chez lui... Il y avait d ces bombes !... Mon père était une vraie figure vous savez.

           - Il est retourné en France ?

           - Il est mort, empoisonné par une conserve espagnole, quelque chos qu´il avait mangé sur la route en venant de France.

           - Je vous demande pardon...

           - Il est au milieu de nous. Ça l´a pris juste après son arrivée ici, nous maongions un couscous. On a appelé un médecin français, il n´a rien pu faire... Mon père est mort dans des douleurs atroces. Il disait que ses entrailles brûlaient à l´intérieur, que son ventre le dévorait...

           Pendant lesilence qui suivit, je surpris le regard de Kheira sur Patrick Thévenet. Voilée, j´y vis de la haine. Il parla encore, mais beaucoup plus bas :

           - Ma mère est restée... Vous avz compris pourquoi je suppose ?

           Il avait dit " pourquoi ", mais il pensait, j´en étais sûr, " pour quoi ". tant il était évident pour lui que le jeune Marocain n´avait aucun rapport avec l´humain, n´étant qu´un sexe bandé qui, la nuit, pénétrait sa mère.

           Plus tard, après plusieurs whiskies, Patrick Thévenet débita les phrases que j´attendais le lui : sa brillante carrière dans les travux publics, sa haine de l´Algerie " tombée aux mains des Russes ", les jardins du Palais-Royal défigurés par les colonnes de Buren, la décadence de la France... Une de ses amies regarde des coffres dans les souks de Marrakech. Pour faire cesser la discussion avec le marchand, elle dit que c´est trop cher. L´homme lui répond :

           - Vous faites partie des nouveaux pauvres d François Mitterrand ?... Patrick Thévenet conclu :

           - Avant, jamais un Marocain ne se serait permis une phrase comme celle-là. L´image de la France à l´étranger en a pris un coup n´est-ce pas ?

           Je me levai de table, saluai Patrick Thévenet et sa mère. Elle dit :

           - Kheita va préparer un couscous pour demain à midi. Si vous êtes encore là., déjeunez avec nous.

           - Je la remerçai, lui dis que je ne savais pas où je serais le lendemain àmidi. Regardé par Kheira et croisant son regard avec celui de Mustapha, je sortis.

           Je me désabillai, pris une douche. En m´essuyant, je vis un bouton mauve sur mon biceps gauche. Je murmurais :

           - Non, c´est pas possible, ça peut pas être ça...

           J´étais couché mais je ne dormais pas. Je sentais la mort s´approcher; non pas avec les yeux de Laura, mais comme deux images mélangées : la mort abstraite, unie et sur elle les yeux de Laura, incrustées. Et cette mort n´était pas la mienne, même et son odeur me rapelait qu´elle m´attendait bras ouverts, sexe offert. Une fleur d sang sous ma peau. Avec la sensation que quelque chose d´exceptionnel allait arriver. Laura revenait à ma mémoire; comme si elle tirait des fils invisibles, qu´elle écrivait mon destin. Je retais les draps, m´assis au bord du lit. J´enfilait un slip, un jean et un tee-shirt. Je bandais à moitié. J´hésitais àme branler, y renonçai. Je sorits. Je dis quelque pas sous les étoiles. J´entendis du bruit venant de l´arrière de l´hôtel. Je me cachai derrière une haie d´arbustes. Un forme sombre déboucha sur le parcking.
           Sous la lune je reconnus Kheira. Elle marchait vers la route. J´entendis une portière se refermer, un moteur démarrer. Je vis des phares s´allumer et une 404 bâchée s´éloigner. Je sentis des clés dans la poche arrièredemon jean. Je courus jusqu´à ma voiture, ouvris la porte, demarrai, suivis la voiture dans laquelle Kheira était montée. Nous roulions. J´étais guidé par les feux rouges de la Peugeot, les arbres défilaient. Nous traversâmes un village. Après les dernières maison, la 404 tourna à gauche, s´engagea sur un chemin en pente. Je la suivis en éteignant les phares de ma voiture. Elle s´arrête devant un petit cimetière. Je me garai aussi et coupai le moteur. Kheira descendit, le conducteur la suivit, lui aussi habillé de sombre, tenant une pelle à la main. Ils entrèrent dans le cimetière. J´avançai sans faire de bruit. Je les vis accroupis près d´une tombe. Puis l´homme se releva et commença à creuser la pierraille. Le cimetière était sur le versant arrondi d´une colline exposé au vent. Il était simple, les stèles rudimentaires : il enveloppait la mort d´habits de misère. L´érosion rendait tous les jours plus mince la couche d terre que recouvrait les sépultures : la poussière des morts se rapprochait de l´air libre ; elle s´approchai du ciel, mais que sont quelques centimètres dans l´infini de ce ciel ? J´avais du mal à croire ce que je voyais; l´homme qui avait conduit kheira et qui tenait la pelle creusait à l´endroit même d´une tombe, et ce fut la chair d´un corps que encontra l´acier de l´outil. Comme le prescrit le Coran, le mort avait été enterré directement dans le sol, simplement enveloppé d´un linge. L´homme mit le linge dans le trou creusé. Puis il reboucha la tombe. Il posa sa pelle. Ils prirent le mort, lui par l´aiselles, Kheira par les pieds. Ils le portèrent à la voiture et le déposèrent à l´arrière sur le plateau, sous la bâche. Kheira monta dans la voiture, l´homme s´éloignaet revint avec la pelle qu´il posa à côté du mort. Ils démarrerent, firent demi-tour, roulèrent vers l´hôtel. Je les suivis. Je laissai ma voiture au bord de la route avant l´entrée du parking et je courus vers l´hôtel. Je vis deux formes verticales et sombres porter une forme horizontale; je m´approchai. Kheira ouvrit l´entrée de service; un rai lumineux venu des cuisines frappa le mort éntendu à terre. Ils enportèrent le corps dans les cuisines. Je courus, courbé en deux, jusqu´à une fenêtre d´où e vis l´homme le déposer à terre. Kheira prit sur paillasse un grand plat remplit de semoule. Elle brassa la grainee, la roula entre ses doigts. Puis elle posa le plat à terre, près du cadavre. L´homme redressa un peu le mort et Kheira approcha encore le plat. Alors, ce fut avec les mains du mort que Kheira se mit à brasser la graine du couscous qu´elle allait nous servir à midi. Et, pendant que la semoule coulait entre les doigts raides, Kheira disait à voix basse des incantations où revenait souvent le même non : Patrick Thévenet. Tout à coup, elle tourna la tête vers la fenêtre derrière laquelle j´étais; elle avait senti ma présence. Je m´enfuis et je retai longtemps caché derrière les arbustres du parking. Je pensais qu´elle n´avait par eu le temps de me reconnaître.
           Kheira et l´homme chargèrent le cadavre à l´arrière de la 404 bâchée. Ils démarrèrent et roulèrent en direction du cimetière. Là, certainement, ils replacèrent le mort dans sa tombe. Je retournai dans ma chambre, me déshabillai et m´allongeai. L´aubre, heureusement, n´était pas encore levée. A Kheira aussi, pour agir, il avait fallu la nuit pleine et que tout fût fini avant sa dilution dans le début du jour. Le sommeil s´approchant, je pensais tout à coup qu´en allant au cimitière, Kheira et l´homme avaient forcément vu ma voiture garée au de la route. Ils avaient donc compris. Je m´endormis et je rêvai. Au révai. Au réveil il me restait des images d´hommes des collines du Rif qui, après, s´être longuement préparés, entraient en transes puis mangeaient des braises et des cactus entiers. Non que la douceur leur semblât divine, comme à moi-même quand les bourreaux de mes nuits resserraient les liens qui entaillaient mon corps et me ligotaient aux piliers de béton; la douleur, pour eux, n´existait pas. Je peris mon petit déjeuner dans la salle à manger. Madame Thévenet me le servit. Son fils dormait encore. Elle me demanda si je serais là pour le coucouc de midi. Je dis que oui. Une table était dressée juste sous la tête de sanglier empaillée. Cinq couverts étaient mis pour madame Thévenet, son fils, Mustapha, Kheira et moi. Patrick Thévenet et moi étions les seuls à boire un apéritif. Madame Thévenet nous demanda de nous asseoir. Kheira apporta une pastilla. Puis elle servit le couscous. J´étais l´invité et ce fut vers moi que fut tournée la grosse cuiller en bois plongée dans la semoule. Je la pris sans hésiter mais, avant verser son contenu dans mon assiette, je regardai Kheira. Ses yeux sur moi n´étaient qu´un défi et ce fut un autre défi qu je lui lançai. Mais nos regards et nos défis différaient : les siens indiquaient une mort certaine, mas pas la sienne; les miens une mort probable, mais la mienne. Je me servis de la semoule et je tournai alors la tête madame Thévenet. Elle avait vu notre échange de regards. Je pensai qu´elle avait compris, qu´elle savait, mais qu´en silence elle acceptait. Nous mangions le couscous. Patrick Thévenet se mit à tousser. Sa toux devint rauque puis s´arrêta. Il dit qu´il avait mal au ventre, que la douleur s´amplifiait très vite. Il se plia en deux, se mit à hurler que ce n´était pas supportable : à l´intérieur de lui une bête immonde lui arrachait les tripes, perçait les parois de son estomac et de ses intestins comme si elle voulait sortir de lui en faisant éclater son abdomen. Madame Thévenet alla téléphoner à un médecin. Je vis le regard de Kheira; il disait :

           - Ça ne sert plus à rien, c´est trop tard.

           Patrick Thévenet tomba de sa chaise, se débattit sur le sol en criant. Une flaque d´urine et d´excréments liquides traversa son pantalon et se répandit sur le carrelage. Une oddeur de pourriture envahit la pièce. Puis il cessa de gesticuler et se raidit. Il était mort. Le médecin entra. Kheira nettoyait le sol à l´endroit où Patrick Thévenet s´était vidé. Nous avions étendu le cadavre sur une table. Le médecin l´examina, dit qu´il ne savait pas; cela ressemblait à un empoisonnement, mais d´une violence qu´il n´avait jamais vue. Il téléphona à la police et à un hôpital de Casa, demanda que l´on vînt chercher le corps. Nous étions assis dans la salle à manger. Nous attendions l´arrivée de la police. Mustapha cherchait à consoler madame Thévenet; mais de quel chagrin ? Elle n´avait pas pleuré son fils, comme si sa mort immende avait été écrite et qu´elle fût parfaitement normale. Elle fixait la tête de sanglier accochée au mur : " Mustapha, s´il te plaît, mets-moi cette saloperie à la poubelle." Mustapha regarda le trophée de chasse :

           - Je peux pas toucher ça.

           - Si, tu peux, fais-le pour moi... Qu´il ne reste rien.

           Alors Mustapha monta sur une chaise, décrocha la tête et partit vers les cuisines. On entendit le bruit de la heure tombant dans une poubelle, immédiatement suivi de celui des vomisements de Mustapha. Son déguelis souilla les poils de la tête empaillée. Le soir, je mis mes affaires dans mon sac et je quittai la chambre. Je réglai la note et saluai madame Thévenet. Je dis :

           - Qu´allez-vous faire ?




           - Il me reste de temps. Quand Mustapha partira, ce sera fini.

           Je marchai vers ma voiture, ouvris la portière, jetai mon sac à l´arrière et m´assis. J´allais démarrer quand un visage se pencha à ma fenêtre : celui de Kheira. Je descendi la glace :

           - Je ne dirai rien.

           - Je sais que tu ne diras rien, mais moi j´ai des choses à te dire.

           Elle parlait français parfaitement. Elle fit le tour de la voiture. J´ouvris la portière de droite. Elle s´assit à côté de moi. Elle me totoyait toujours :

           - Tu devines comment Patrick thévenet est mort. Tu ne comprends pas, mais tu sais ce que j´ai fait pour qu´il meure. L´année dernière son père est mort de la même manière. K´avais juré que cet homme disparaîtrait et sa descendanceavec lui. C´est fait.

           - Et sa femme ?

           - C´est diférent, je l´aime; et à son âge elle n´aura plus d´enfant. Elle estle contraire de ce que Roland et Patrick Thévenet étaient. Maintenant je vais te dire pourquoi ils sont morts... Il y a deux ans j´habitais encore Aïn-Sebaa dans la banlieuse est de Casa. J´avais un fils de vingt ans. Il s´appelait Mounir; c´était mon seul enfant. Depuis plusieurs mois, une firme française voulaitconstruire une usine de transformation de phosphates sur notre quartier. Il fallait donc nous exproprier. C´est là qu´est arrivé Roland Thévenet. Le Sanglier joyeux avait toujours été une couverture. Thévenet était là du temps des français, mais il avait gardé des bonnes relations avec le gouvernement marocain; il servait d´intermédiaire dans des affaires immobilières et des trafics. On lui a demandé de résourdre le problème d´Aïn-Sebaa. Il fallait trouver une bonne raison pour que le gouvernement exproprie tout le monde: Thévenet l´a fabriquée. Il a payé des agitateurs qui ont poussé les gens du quartier à manifester de plus en plus violement. Une fois l´ordre menacé et l´émeute proche, il suffirait d´intervenir et de vider le quartier. Mounir avait compris : il avait ça dans le sang, les sens politique. Nous n´avoins pas d´argent, mais il avait réussit à continuer ses études et à aller à l´Université. Bien sûr, il voulait tout foutre en l´air, mais il savait que dans le quartier c´était faussé et que ça allait mal se terminer. Il parlait aux gens et il avait de plus en plus de poids sur eux. Les agitateurs étaient moins écoutés... Alors Roland Thévenet a eu une idée simple : une nuit ils ont emmené Mounir, ils l´ont torturé et tué. On l´a trouvé le matin à la limite du quartier, les organes génitaux dans la bouche. C´était un symbolo emprunté à l´histoire algérienne que tout le monde a compris. Les agitateurs ont fait courir le bruit que Mounir était un traître payé par les industriels français pour amadouer les gens du quartier. Du coup les manifestations ont repris, beaucoup plus violentes. Deux jours plus tard l´armé est arrivée. Les militaires ont encerclé le quartier et ouvert le feu à la mitrailleuse lourde. Il y a eu une trentaine de morts. Aucun agitateur évidement. Le quartier a été rasé, les gens évacués. La construction de l´usine française a commencé quelques mois plus tard.

           - Comment avez-vous su ?

           - Madame Thévenet est venue me voir après l´assassinat de Mounir. Elle savait; elle m´atout raconté. Elle m´a proposé de venir travailler au Sanglier joyeux. Je me suis vengée. Thévenet est mort, sa descendence avec lui.

           - Elle sait comment vous avez fait mourir son fils et son mari ?

           - Je ne lui ai rien dit, mais elle devine. Je sais des choses que tu ne peux pas comprendre et elle non plus. Elle ne fera jamais rien contre moi. Elle pense que c´était écrit. Mektoub.

           - Parce qu´elle aime Mustapha ?

           - C´est un signe... Que tu soies ici, que ´aies vue préparer le couscous et que je t´aie tout raconté est aussi un signé... Tu es ici à cause d´une femme, une jeune fille plutôt. Pas pour elle directement, mais à cause d´elle, par un enchaînement de faits. Tu as l´impression que les événements sont isolés, indépendants les uns des autres; moi, je vois entre eux des liens qsue tu ne vois pas.

           - Laura ?

           - Je ne connais pas son nom, mais toi tu ne peux pas te tromper, il n´y a qu´elle. Elle a un visage d´enfant. Elle a plusieurs fois croisé ton chemin, maintenat elle va s´installer dans ta vie. Elle aura du pouvoir sur toi; celui d´un amour démesuré. Elle te fera mal, mais elle t´obligera à toujours aller plus loin. Tu seras poursuivi par le sang arabe, par cette image de mon fils, Mounir, avec son sexe coupé dans la bouche. Tu cherchais une necessité, la voilà.

           - Je suis malade.

           - Ça n´a pas d´importance. Ce qui est écrit, ça n´est pas ta mort, c´est la proximité de ta mort, sonpoids sur toi chaque jour multiplié.


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Chapitre - IV


           J´ai roulé vers Casa, pris l´avion, atterri dans le gris d´Orly. J´ai acheté un journal : Jean Genet était mort la veille. Je me souvins de cette phrase de lui qui avait tourné dans ma tête : " Les Panthères ont vaincu grâce à la poésie." Il avait aimé les blacks Panthers, " la lame du couteau ". Le reste des Etats-Unis était le beurre. Je lus que Genet était né le 19 décembre 1910. Je suis né le 19 de décembre 1957. De cette coïncidence je ne tirais aucune conclusion sur la possibilité que j´eusse un quelconque talent. Mais je me dis par contre que, comme lui, il faudrait qu´un jour je me mette à agir. Mettre à feu un détonateur, dégoupiller une granade, presser la gâchette d´un fusil-mitrailleur. Portée par les lèvres de Genet, par sa face épatée et belle de bouledogue, il y avait cette phrase qui m´enivrait : " La violence seule peut achever la brutalité des hommes.

           De l´aéroport, je téléphonai à Laura. Sa mère décrocha. Laura habitait chez elle ; elle vint au téléphone. Je la remerciai de m´avoir indiqué ce tournage au Mroc. Je lui proposai de déjeuner avec moi deux jours plus tard. J´arrivai chez moi. J´écoutai les messages enregistrés sur le répondeur. Samy venait de téléphoner. Je le rapelai. Le soir, j´allai le chercher à son entraînement de rugby. Un stade à Pantin, chancre de lumière dans la ville ; les cuisses fortes des garçons prolongées par les crampons qui pénétraient la chair verte de le pelouse ; des cris et la buée sortant des bouches quand l´haleine des joueurs rencontrait l´air froid de la nuit.
           Dans les vestiaires, entre les bancs et les douches, les garçons faussement indifférents aux regards, sexes ballants, muscles exhibés. Je ne voyais que lui, Samy. Le stade appartenait à une association sportive de la police. Les entraîneurs parlaient fort, sûrs d´eux; des jeunes policiers grandset moustachus à l´accent du Sud-Ouest. Les joueurs se rhabillaient. Un entraìneur demanda qui voulait venir avec lui chez André. Les garçons hésitèrent ? frayeur et envie mélangées. Samy dit non ; il me désigna du menton : " Je dois bouffer avec mon copain. " Trois garçons acceptèrent. Ils montèrent avec deux policiers dans une R18 break banalisée qui sortit du stade. Nous roulions vers Paris. Je dis à Samy :

           - Qui est André ?

           - C´est un plan des flics. André organise des partouzes. J´y suis pas encore allé. Y paraît que ça vaut le déplacement.

           Nous avions rendez-vous dans un café de la rue Blomet ; l´ancien Bal nègre. J´arrivai un peu en retard. La chaleur du rencontre devient plus lourde et nos esprits embués commencent à predre la patience. Laura, m´attendait au Bar. Nos rgards se croisent. Nos sorrires se croisèrent aussi; elle dos au zinc, moi poussant la porte en verre. Nous nous somme assis à une table dans la salle des billards. Évidemment, elle n'est pas là. L'endroit est assez petit. Peu de monde pour un jeudi soir. Je commande un Martini. Je le sirote en observant les gens passer dans la rue. Mon attention est attirée par des éclats de voix dans mon dos, je me retourne : deux clients sont en train de s'engueuler. L'altercation semble pénible pour celui qui reste le plus silencieux. Il finit par ne plus rien dire, chassant d'un geste son interlocuteur, las et abasourdi. Je détache mes yeux de la scène, ça semble assez douloureux pour celui qui est resté assis là sans rien dire. J´étais troublé avec la présence de Laura. Mes yeux parlent et lui disent qu je trouve l´instant super érotique, que je brûle de l´intérieur, que je la désire, que je ne vais pas tenir longtemps. Cette fille comprend la langue des signes. Elle me fais oui des yeux. et le dialogue commence :



           - Que faites-vous alors ?

           - Je drague ouvertement des types dans les bars. Je les baise et puis je les tue pour éviter qu'ils ne parlent et ruinent ma vie.

           - Je suis candidat.

           - Ah bon ! Je n'aurais pas deviné !

           - Moqueuse !

           - Lassée de ces dialogues préfabriqués : varions les préliminaires.

           - C'est incroyable tout ce que tu as comme idées.

           - Tu n'as pas été trop choqué ?

           - Non, ça va. Pas trop.

           Nous étions face à face. Au-dessus d´elle passait la galerie qui, au premier étage, faisait le tour de la salle. Nous avons commandé des salades. J´ai peu de souvenirs, sauf ceux de vêtements et de couleurs. Je portais un jean court et serré dont le bas était effrangé; une ceinture couleur lie-de-vin; un tee-shirt rayé noir et gris. Elle avait des bracelets. Je me levai, allai vers les chiottes; elle regardait nos salades. Quand je revins vers la table, c´était moi, qu´elle regardait; mon visage d´abord, puis ses yeux glissèrent vers le bas, se posèrent sur ma braguette. Laura me troublait moins. Elle-même était moins mal à l´aise. Elle était douce, adolescente, séduisante. Ayant envie d´elle, j´avais envie d´une fille jeune, presque une gamine, et non d´un mystère ou d´un visage flou resté dans ma mémoire, toujours mélangés à des images de nuit ou de mort. Elle croisait et décroisait les jambes de temps à autre et j'entendais nettement le crissement caractéristique du nylon de ses bas. Je la regardai plus sereinement avec un petit sourire. Plus je la provoquais, plus il s'effaçait pour ensuite revenir encore plus proche. C'était troublant. Une réelle complicité s'instaurait entre nous comme si nous nous connaissions de longue date. Nos gestes se faisaient plus sensuels, plus érotiques, nous menions le même combat et nous savions tous les deux qu'il y aurait deux vainqueurs.

           - Puis-je vous revoir ? Que faites-vous en fin d'après-midi ?

           - Non, ça n'est pas possible.

           Elle me regardait, les yeux pétillants et avec ce petit sourire au coin des lèvres que je commençais à adorer, elle me chuchota :

           - Attendez-moi sur le trottoir.

           Puis brusquement, elle prit son sac sur la table, se leva et partit sans se retourner. Je restai un peu estomaqué, n'osant trop y croire, me demandant si je ne venais pas de sortir d'un rêve. Je me retournai, elle avait disparu. Je réglai les consommations et sortis dans la rue avec l'impression de marcher sur un nuage : elle avait dit oui. Nous sommes sortis sur le trottoir. Elle m´a demandé pourquoi j´avai ce sac bleu.

           - Je vais faire du sport.

Elle se tourna vers moi en souriant.

           - Alors, votre petit jeu ? Gagné ou perdu ?

           J´ai insisté pour la raccompagner en moto bien qu´elle habitât à cent mètres du café. On a eu du mal à se quitter; on a parlé pour ne rien dire, juste pour retarder le moment de la séparation. Pendant les deux mois qui suivirent, ce fut toujours moi qui applais Laura. On se voyait dans Paris l´après-midi ou le soir ; on se baladait. Dans une rue déserte de la banlieue de Paris, Laura marchait sans but précis à mon côté. Ses cheveux blonds ondulés bougent au rythme de ses pas, elle est habillée d'un chemisier clair, d'une jupe noire et de chaussures à talons.

           - Tu sais que tu es excitante quand tu t'habilles comme ça ? Où l'as-tu achetée ?

           - Quoi donc ?

           C'est un souffle chaud qui me cueille quand il arrive à ma hauteur et parle à mon oreille.

           - C'est très dangereux de me parler comme ça, petite salope ! Tu crois que je peux rester calme dans ces conditions ? J'ai vu ta tenue, tu es sortie pour allumer des mecs, ou tu as une idée plus précise de la suite des opérations ?

           De son côté, elle avait bien remarqué la bosse sur mon pantalon. Laura se sentait infiniment bien, elle se sentait femelle dans les bras d'un homme viril. Moi, qui allait devenir mon amant, car je n'en doutais plus maintenant, s'amusait à m'attirer pour me repousser dès que j'allais trop loin, ou plutôt trop près. Je me plaisais à ce jeu et me comportais de plus en plus comme une chienne en chaleur. Je passai mon bras derrière son cou et j'attirai sa bouche vers la mienne. Je posai mes lèvres sur les siennes et je glissai ma langue dans sa bouche en un baiser fougueux ; elle ouvrit ses lèvres et répondit très vite à mon baiser. Je fis durer le baiser, le temps pour moi de lui caresser les seins dont je sentis les pointes durcies à travers le soutien-gorge. Elle m'attrapa par le cou et enfouit son visage dans mes cheveux, me couvrant de baisers. J'ai crié avec enthousiasme :

           - Ça y est, mon amour ?

           - Oui !

           - Oh, c'est merveilleux. Tu as aimé ?

           - Oui, c'était formidable !

           Une appréhension la gagne alors qu'elle baisse le regard vers ses pieds. Ça me rappelait ma première fille, une copine de ma cousine de Fontaine bleau... J´ai quinze ans. Je suis encore puceau. On va la-bas avec Marc en mobylette. Il sort avec ma cousine, moi avec cette fille. Je ne fais pas l´amour avec elle. Elle s´appelle Laurence... J´avais dix ans de plus que Laura, mais c´était comme des flirts de gamins. Sauf que nos regards parfois fixés sur l´autre savaient traverser ses vêtements et deviner exactement les formes de son corps.

           - Tu aimes ?

           - Oui. Continuez !

           - Je n'avais jamais sauté une pétasse aussi facilement, et dans la rue encore !

           - Encore ! Encore !

           - Tu sens comme ma bite aime ta petite chatte de salope ? Elle te fait du bien hein ?! Mes couilles sont prêtes à exploser depuis des semaines et pourtant je sens que je vais te baiser longtemps...

           - Oui ! Oui !

           - Tu en veux encore hein ! On ne te baise pas assez à la maison ! Tu veux des queues, encore des queues pour ta petite moule de chienne. Oui, de chienne, de salope, de petite pute...

           - Ma chatte et mon cul veulent de la queue tous les jours...

           Samy venait de temps en temps dormir chez moi. Ons se branlait ; je le suçais et quelquefois lui aussi me suçait. Il me déchargeait dans la bouche et j´allais cracher son sperme dans le lavabo. Si j´allumais la lumière de la salle de bains et que je me regardais dans la glace, je ne voyais pas mon visage gris de Parisien déprimé et accroché au sexe comme un camé à sa drogue ; la peinture orange des murs lui donnait une teinte dorée. Mais, sur mon bras gauche, le bouton mauve grossissait. Je refusais d´y croire. On ne s´enculait pas. Mais c´étais plus par manque d´envie que parce que je lui avais dit que j´étais séropositif et qu´il fallait faire attention; il avait l´air de s´en foutre complètement. Samy s´ennuyait à mourir à l´ópera Bastille. Il remplissait des fichiers et classait des photos dans des boîtes. Il voulait changer de métier. Je le pris comme assistant pour le tournage d´un reportage en vidéo sur une classe de patrimoine dans les Pyrénées. Nous avons été à Perpignan en avion et nous avions continué en voiture jusqu´à Ville-franche-de-Conflent. J´ai filmé des gamins qui faisaient de la spéléogie et qui restauraient desvieilles chapelles en ruine. Nous étions dans la montagne et, à midi, Samy disparut. Je le retrouvai suspendu dans le vide, en train de faire de la varappe sur une paroi. Je guelai:

           - T´es complètement cinglé ! Mais je regardais ses biceps tendus, ses doigts accrochés à la pierre, et mon désir pour lui arriva d´un coup. Je me mis à bander.

           C´était vers la fin du mois de juin, le soir de la fête de la musique. Laura m´avait appelé la veille ; elle connaissait les musiciens de Taxi-Girl et me proposait d´aller les entendre jouer place de la Nation. Avant, nous sommes passés dans un café des Halles où il y avait une sauterie organisée par le ministre de la Culture. J´ai dit à Laura :

           - T´as éclarci tes cheveux ?

           Elle portait un jean, des bottes noires en tortue, un tee-chirt vert à manches longues, un bracelet en os. Elle était coiffée avec une tresse. A Nation, on est entrés derrière la scène. Le bassiste du groupe n´était pas là. Darc et Miewais ont joué sans lui. Je regardai surtout Laura; elle s´était assise sur une barrière mobile en métal. J´ai pensé qu´on allait faire l´amour. On roulait en moto sur le périphérique vers la porte de la Villette. Laura avait froid. Elle avait passé ses bras autour de mon ventre et se serrait contre mon dos. On est restés un moment au Zénit à voir des ringards chanter en play-back, puis on est allés dans un restaurant africain de la rue Tiquetonne. On a mangé du poulet au citron, j´ai enlevé mes chaussures et je lui ai dit :

           - J´aime aussi les mecs.

           On est restés un bon moment assis sur un banc. Il y avait une grande fresque peinte sur un mur enface de nous; taches de couleurs sur la pierre grise lézardée. Elle dit :

           - J´ai envie d´aller chez toi.

           - C´est pas terrible chez moi, c´est petit, tu t´en fous ?

           J´ai mis un vieux Cure, " Seventeenth Seconds " je crois, et on s´est caressés sur le lit. Elle me branlait à travers mon jean, j´ai sucé le bout de ses seins. Elle avait des poils courts, une chatte ferme. Elle a déboutonné ma braguette, a voulu m´enlever mon jean; je l´ai aidée parce qu´il était trop moulant pour qu´elle y arrive seule. J´ai aussi enlevé mon slip. Je n´avais pas été excité comme ça depuis longtemps. Doucement, j´ai lui dis :

           - J'avais envie de toi... je veux m'occuper de ton corps.

           - Oh oui.

           - Tu veux vraiment t'offrir ?

           - Oui.

           - Tu es humide ?

           - Oui je crois.

           Laura a glissé le long de mon torse, pris ma queue dans sa bouche et elle m´a sucé en ayant vraiment l´ai d´aimer ça. J´allais baiser cette femme. Elle me plaisait, je me sentais bien avec elle. Je retrouvais des désirs d´adolescent que je n´avais jamais eus avec Carol; l´envie d´une femme. En apparence c´était simple : je pouvais oublier les garçons, ceux que j´avais aimés, ceux juste entrevus de mes nuit fauves qui ne m´avaient laissé que leurs coups, leur sperme ou leur pisse. Je me souvins de la voix de Kheira ; sur le moment, je retins de ses prophéties que j´allais avoir avec Laura une longue aventure. Je ne pouvais pas risquer de tout foutre en l´air avant que ça n´ait commencé. De toute façon je n´avais pas de capote chez moi, et j´étais incapable de lui avouer que j´étais séropositif. Alors Laura sur le dos, je suis venu au-dessus d´elle; elle a guidé ma queue. On a fait l´amour longtemps; je comprenais pas pourquoi c´était si bon. Elle a joui en criant, griffes accrochés à ma peau. Je l´ai baisée encore, puis j´ai déchargé en gueulant d´une voix grave, en ayant l´impression de jouir comme jamais.




           J´ai roulé sur le côté. Je n´avais pas cette sensation de malaise, de quelque chose de gris et acide qui vient après l´orgasme, comme avec Carol. Je frottais, sachant que j´avais craché en elle mon sperme infecté par le virus mortel, mais pensant que ça n´était pas grave, que rien ne se passerait parce que nous étions au début de ce qu´il me fallait bien nommer " une histoire d´amour ".

           Le lendemain matin, je me levai et enfilait un tee-shirt University of California, un pantalon de Kimono et des pantoufles. Ça a fait rire Laura. Elle devait dire :
           - Mais qu´est-ce que c´est que ce mec ?

           J´avais rendez-vous avec Jaime. On est allés au cinéma tus les trois voir " Ruanaway Train ". On a diné à Hippotamus des Champs-Élysées; j´avais l´impression de me retrouver dix ou quinze ans plus tôt quand on se soûlai avec Marc dans les caféterias de Vélizy 2 de Parly 2. Laura appela sa mère à qui elle n´avait pas donné de nouvelles depuis vingt-quatre heures et qui s´inquiétait. Le ton monta. Laura dit :

           - Je t´emmerde ! et raccrocha.

           Jaime nous proposa d´aller avec lui chez un copain pour fumer des joints et sniffer de sa coke. Ça ne me disait rien, j´avais envie de baiser Laura. Je lui demandai de venir chez moi. Elle voulait rentrer chez elle, c´est-à-dire chez sa mère. Finalement elle dit :

           - Va pour une dernière nuit chez toi !

           - Je ne compris pas lesens de ses mots " une derrière nuit ", mais je ne dis rien, j´aime partit seul, je m´assis sur la selle de la moto. Laura se colla contre moi. On fit l´amour, plus lentement que la nuit d´avant. Je n´avais toujours pas le courage de lui dire que j´étais séropositif, mais comme je pensais à ça, je n´arrivais pas à jouir et c´était tant mieux. Après qu´elle eut joui, je me suis branlé et j´ai déchargé sur mon ventre.

           J´ai été voir le patron de Shaman Vidéo et je lui ai demandé s´il voulait recevoir Samy. Il la engagé comme coursier avec la promesse de le former pour qu´il puisse devenir assistant vidéo. Samy habitait chez Marianne, sa copine journaliste. Je la rencontrai un soir où je passais le chercher pour dîner. On s´est observés, chiens flairant le même os ; je l´ai trouvée belle, ses yeux d´un bleu proche du violet surtout. Elle avait connu Samy dans le métro quand il avait seize ans. Deux jours plus tard, ils faisaient du patin à roulettes ensemble sur l´esplanade de la tour Montparnasse et Serge; photos torde nu en short de cuir,films de vidéo-art où son cul était filmé sous tous les angles, émergeant des draps d´un hôtel londoniens ou moulé dans un blue-jean et moment l´amour avec le corps clinquant d´un flipper. Je savais que Marianne détestait Serge. Avait-elle compris que je couchais avec Samy : Serge s´était éloigné, mais je surgissais dans sa vie.

           - Putain, ces pédales peuvent ás me foutre la paix ! Tu veux venir avec vous ?

           - Je reste-là, j´ai du boulot. J´ai refermé la porte. Marianne est restée seule; elle rédigeait un article. J´ai dévalé l´escalier derrière Samy. On en allés au Pacifico.

           On buvait de la Tecate et du mezcal. Samy était ivre. Je réussis à le faire parler... Il est au service militaire; il part en permission. Marianne l´attend sur un quai de gare. Ses cheveux sont rasés; il est bronzé, ondulant. Elle guele de plaisir sous ses coups de rein. Il a dix sept ans, il entre dans la caserne. La première phrase du capitaine :

           - Merde, quel con ! Je vais m´enterrer là-bas parce que je sais plus quoi foutre, que j´ai un pédéqui me colle au cul, que je casse des apparts et que ça va mal se terminar, et cet enfoiré de gradé me demande si j´ai des intentions. Je coulais bien me battre, je voulais bien crever, ça suffisait pas ?

           Samy ne pensait qu´à se laisser glisser, qu´à dévaler des glaciers sur les talons; une glissa de depuis longtemps débutée... Il a neuf ans. Il revient de Cahors où il est en pension. Le train entre en gare de Toulouse. Ce sont les vacances de Noël. Il n´a pas vu ses parents depuis été. Son père va le soulever de terre; il va sentir la prise de ses mains fortes sur le haut de ses bras. Il imagine ses muscles se dessiner sous sa chemise. Il se lève de la banquette. Un type l´aide à descendre son sac de filets à bagages. Il sent l´ai froid et humide piquer son torse. Il ferme son blouson. Mais il a peur : il y a du noir sur la ville rose; un courant d´air noir. Son père n´est pas en bas des marches du wagon; sa mère non plus. Il y a sa soeur, seule. Elle a un visage dur, mais les yeux mouillés.

           - Pourquoi papa est pas venu ?

           Elle ne sait pas quoi dire. Il pouvait pas, il travaille aujourd´hui...

           - Et maman ?

           - Elle pouvait pas non plus.

           Ils montent dans un bus. Il commence à pleuvoir; derrière les traînées verticales des gouttelettes d´eau sur les vitres, Samy enregistre d´autres traînées, horizontales et roses, des lambeaux de façades comme des coups de gouache sur une toile. Il a froide. Il se sent menacé. Il se met à pleurer. Alors Lydia passe son bras autour de son cou et le serre fort contre elle. Elle sent la vanille. Elle a quatre ans de plus que lui, elle le regarde droit dans les yeux :

           - Les flics sont venus arrêter papa ce matin à la maison.

           - Je te jure, je me suis mis à peser lourd, très lourd. J´ai pensé que plus tard, quand j´aurai dix-huit ou vingt ans, l´âge que j´ai maintenant, je poserai lourd aussi. Mais ce serait le poid des muscles, comme ceux de mon père, pas le poids du chagrin...

           Dans le bus qui les emporte vers leur maison. et Samy ne parlent plus. Elle le serre contre elle. Il sent ses petits seins durs contre sa joue, et Lydia puis elle parle de nouveau. Elle lui raconte l´arrestation du père. Elle dormait; les cris de sa mère la réveillent. Elle court vers leur chambre, s´arrête sur le seuil. Les flics ont enfoncé la porte d´entrée, arraché les draps du lit, traîné le père sur le sol de la chambre. La mère se couvre avec le drap en hurlant et un jurant en espagnol. Le père bandait dans son sommeil. Une jeune flic voit sa queue tendue; il se marre: " Le petit coup du matin c´est pas pour toi l´arbi !" Des spasmes secouent Lydia. Plus tard elle boit un café au lait et elle va le vomir dans la cuvette des chiottes...

           - Tu vois, Lidia devait se taire, mais elle savait que je pouvait comprendre, alors elle m´a tout raconté... Ma mère est rentrée à la maison le soir, je regardai la télé, je me souviens, j´étais allongé sur le canapé, la tête posée sur les cuisses de Lydia. Elle m´a embrassé, m´a dit :

           - Ton père sera pas là pendant les vacances, il a trouvé un nouveau travail dans l´électronique, il voyage dans le nord de la France jusqu´en janvier. " J´ai regardé Lydia, j´ai souri, et puis j´ai dit :

           - C´est bien comme boulot ? Ça paye bien ?, et un peu plus tard, pendant le dîner :

           - Merde, il pourrait être là papa, pour une fois que je suis à la maison !

           Le pacifico était plein à craquer ; des rires, des frôlements, des déclarations d´amour, des histoires decul; du français, de l´anglais, de l´espagnol. On but encore des Tecate, je questionnai Samy sur son père, mail il ne voulut rien me dire de plus, pas même de quel pays du Maghreb il était originaire. Je le déposai devantl´immeuble où habitait Marianne. Leurs corps allaient se rapprocher; ça me faisait mal. Pourtant tout aurait pu être simple : j´avais Laura, un amour se dessinait. Pour combattre la douleur, il me fallait descendre vers l´abjection que régulièrement j´appelais à mon secours. Sous le pont de Grenelle, c´est l´allée des Cygnes; aucune blancheur pourtant n´y éclaire la nuit. Des formes humainess´y rencontrent; àmoins que ce soit des cysnes noirs, des cysnes d´Australie. Un garçon au crâne rasé, qui portait un pantalon de treillis et des rangers, me serra contre un pilier d soutènement du pont. Il m´enfonça son genou dans les couilles. La Maison de la Radio brillait en face à moi, quand le visage du mec bougeait et la démasquait. Il me cracha sur les lèvres. Je lui pissai dans les mains et il me barbouilla la figura avec ma pisse. J´oubliais.

           Mais je revenais pur vers Laura. Il est 2 heures du matin, Laura ne semble pas fatiguée alors que j´ai du mal à rester éveillé. Laura me tend un verre de vodka et me sert un petit scotch sec. Elle est assise en face de moi, son peignoir s'ouvre et laisse découvrir ses cuisses musclées, elle écarte les jambes, et passe sa main entre ses jambes, tout en buvant son scotch, elle se caresse entre les cuissesJ´aurais pu aller avec elle aux même extrémités du sexe qu´avec ceux de mes nuits et cela n´aurait rien changé. Sa respiration se coupe, elle relève la tête et s'exclame de bien-être. La sensation est pour moi presque inénarrable ! Ses fruits, délicats, menus, hypersensibles réagissent à la moindre de mes impulsions. Je les caresse, les masse, titille les mamelons durcis par tant de désir, tandis que Laura fait aller sa tête entre les oreillers, telle un balancier qui serait devenu incontrôlable. Dans la foulée, j'enlève ses escarpins, baisse son pantalon, et ne me contrôlant plus, lui arrache son string ! Avant même que je n'ai le temps d'admirer son minou, presque imberbe, elle me saisit la tête et la plaque violemment entre ses cuisses ! Sublime ! Divin ! Sa moule trempée frétille sous mes caresses buccales ; son clitoris, ses lèvres... tout semble remuer, vivre. Si bien que je me demande même si je vais avoir assez d'une langue pour la contenter ! Mais oui, je suis rassuré ! Laura gigote, transpire... jouit !

           - Ooooh ! mon amour ! Ooooooh ! Ouiiiiii ! Oh ! Arrête ! Arrête ! Je n'en peux plus ! C'est trop ! Ooooh ! Je mouille ! Je mouille !

           Et alors que je me repais de sa cyprine, elle m'arrache de son intimité et tire mon visage contre le sien. Je l'attrape par la taille, et je ne peux m'empêcher de la embrasser ses seins bien ronds, blancs, chauds sur ma bouche. Elle est belle, j´ai encore envie d'elle, elle me plait, je la désire encore plus.

           - Baise-moi, baise-moi, encore, oui, encore, je t'aime.

           Laura remue son corps et l'avance au bord de la table pour enfoncer la bite au plus profond de son con. Elle bouge, bouge sur ma bite, par à-coups vifs, elle glisse dessus, c'est qu'elle sait comment s'y prendre, sa chatte suce ma bite et je ressors ma queue entièrement pour la remettre aussitôt, plusieurs fois de suite. Laura glisse de plus en plus sur son bâton tout dur, elle aime ce mouvement. Laura contracte son vagin autour de ma queue, et je ne cesse d'aller et venir de plus en plus vite.

           - Baise-moi, allez comme ça, mets là profond, je veux la sentir.

           Laura sent mes couilles se cogner contre ses fesses, et ça lui fait un effet d'excitation. " Aaaaah ! Oui ! Ouiiiiiiiiiiii ! Oh ! Ooooh ! C'est bon ! Oh, mon amour, que c'est bon ! C'est bon ! Oh oui !..." Elle avait la bouche grande ouverte et les yeux fermés prête à recevoir une douche de sperme. Mais quelle ne fut pas ma surprise, et surtout celle de l'actrice, en voyant éjaculer le premier mec. En effet ce ne sont pas 3 ou 4 petites giclées de mon sperme bien visqueux qui se sont abattues sur le visage de la d´elle mais bien 6 ou 7 giclées très puissantes et très abondantes. Elle n'avait jamais vu j´ éjaculer de la sorte et encore moins un sperme de cette texture-là. De plus les quantités dépassaient de loin tout ce que j'ai déjà connu dans ma vie sexuelle pourtant déjà bien remplie. La boue, les crachats, la pisse, le sperme ou la merde se lavent avec de l´eau et du savon. Elle s'essuyait le visage de sa main comme si elle était sous sa douche pour en retirer le sperme qui lui coulait sur les yeux et ainsi pouvoir le rouvrir. « Oh my god ! » n'eut à peine le temps de s'échapper de sa bouche que le deuxième jouisement lui envoyait une première giclée en plein dans l'œil. J´aimais ses seins contre mon torse, ma queue dans sa chatte.




           Je l´embrassais peu; je détaillais mal son corps. C´était Samy que j´aimais caresser; c´était lui que je voulai embrasser, mais il aimait les femme. J´aimais Samy, j´aimais Laura, j´aimais les vices de mes nuits fauves. Suis-je né à ce point divisé ? Ou bien m´a-t-on coupé en morceaux peu à peu, parce que unifié, d´un deul bloc, je serais devenu trop dangereux, incontrôlable ? J´étais lâche: je croyais venir vers Laura lavé des souillures de mes nuits, mais je lui imposais en silence la pourriture de mon sang. Je crachais mon virus en elle et je ne disais rien. Ce silence me hantait. Quand je voulais lui parler, je ne pouvais pas, elle venait juste d´avoir faite son anniversaire, je ne voyais qu´une innocence abusée, une vie foutue.

           Le film que j´avais écrit avec Omar fut projeté au Centre culturel suisse. Un débat suivit la projection. La femme d´Omar venait d´accoucher d´une petite fille; il était à son chevet et m´avait demandé, d´aller au débat à sa place. J´emmenai Samy. Nous parlions en riant avant que la lumière de la salle ne s´éteigne. Une fille assise quelques rangs devant nous se retournait souvent. Elle nous souriait. Elle plus à Samy. Après la projection et le débat, je l´abordai dans la rue; Samy s´approcha, soudain timide. Elle était suisse de Lausanne, s´appelait Sylvie. A Paris, elle faisait des études de dessin. Elle avait une chambre à la cité des Arts, mais, elle dormait plus souvent dans l´appartement d´une amie. Il étai vide ce soir-là; elle nous y emmena. Deux grandes pièces avec des matelas posés à même le sol; de la vaisselle sale entassé sur un meuble en forme de comptoir devant la cuisine; un plat de spaguettis à la tomate rouges et froids; des dessins et des étoiles accrochés aux murs ou empilés par terre. Nous caressions Sylvie. Mes mains, parfois continuaient au-delà de son corps pour toucher celui de Samy. Lui aussi laissait aller ses mains sur mon corps. Elle s´étonna de nos caresses. Il la provoqua :

           - C´est mon mec !

           Je me pris à ce jeu, mais je sentais que Sylvie ne voulait faire l´amour qu´avec un seul d nous deux et qu´elle ne savait pas encore lequel. En même temps qu´il me caressait, Samy m´éloignait d´elle. Car il savait que mon désir pour lui était plus fort que pour elle, et qu´en m´excitant il m´attirait à lui et me séparait d´elle. En quelques minutes, ils furent enlacés, Samy bandant contre elle, moi à l´écart. J´allai dans la pièce voisine. Je m´allongeai. Le désordre, le matelas sur le sol, la saleté me firent penser au début des années quatre-vingt... Je reviens d Porto Rico, bronzé ivre de sexe et de soleil. Le taxi traverse ce gris français, s´enroule autour de Paris, et je porte encore sur moi les odeurs de mes trois amants de la nuit précédent; celle d´Edson qui conduit sans permis la Cadillac de Joe l´avocat et vend des queeludes dans les bidonvilles de Santulce; celle de Max qui dépouille les touristes sur Condado Avenue; celle d´Orlando, moustachu, doux et gentil, à qui je me donne simplement parce qu´il veut faire l´amour avec moi depuis des jours. Le taxi me dépose devant chez Marc. Je sonne à la porte de l´appartement qu´il partage avec un copain ingénieur dans une compagnie pétrolière. Marc est encore étudiant. Quelques mois plus tôt, j´étais moi aussi dans une école d´ingénieurs. Deux pièces dans l´appartement de Marc, les matelas par terre, les vêtements sales dans un coin, les moutons de poussière poussées par les courants d´air, la polluition qui graisse l´extérieur des vitres et les rebords des fenêtres, les odeurs incrustées des deux garçons et cellesplus éphpemères des femmes de passage. Toutes ces images retrouvées presque dix ans plus tard dans l´appartement où Samy baisait Sylvie et où, dans la pièce voisine, j´attendais le sommeil... Marc n´a pas de nouvelles de moi depuis plusieurs mois, mais qund il me voit dans l´encadrement dela porte, c´est comme si nous nous étions quittés la veille. Je ne sais pas où dormir, il me proposé de mettre un matelas dans le couloir qui relie les deux pièces. J´accepte. J´habite là un mois ou deux. Un soir, je rencontre au Trocadéro un jeune mec qui se dit prestidigitateur et assistant de Gérard Majax. Je l´emmène dans mon couloir. Je crois que Marc et l´ingénieur dorment. Je déroule le matelas, on se désabille, le mec m´encule. Je gueule de plaisir quand la porte de l´ingénieur s´ouvre : il est torse nu, en slip; il est obligé denous enjamber pour aller piser. Il nous regarde en sortant des chiottes et il a l´air franchement dégouté. Le prestidigitateur se marre. L´ingénier frappe à la porte qui lui dit d´entrer. J´aperçois une serviette de toilette posée sur la lampe de chevet et le dos d´une fille assise sur le Marc. L´ingénieur dit :


           - Je te dérange ?

           - Pas de tout ! Tu tombes bien, Arlette me demandait justement à quel stade de raffinage du brut on obtient la paraffine !

           - Excuse-moi...

           - Non, rien... Je t´assure, rien...

           Le lendemain, au petit déjeuner, l´ingénieur dit à Marc quíl quitte l´appartement et que je n´ai qu´à reprendre sa chambre. Je lui demande si s´est à cause du spectacle auquel il a eu droit pendant la nuit. Il dit oui, non. peut-être. De toute façon on lui propose un poste à Dubai. Il va partir là-bas pendant cinq ans : salaire triple, dont une partie qu´il trouvera sur un compte bloqué à son retour ça ne se refuse pas...

           Je riais tout seul quand Samy entra. Je me composai en une seconde un visage d´amant délaissé et il s´allongea à mes côtés. Il se serra contre moi, me fit quelques baisers dans le cou, se releva et repartit. Il fit deux ou trois allers et retours d´une pièce àl´autre, venant vérifier mon dépit et retournant faire l´amour à Sylvie. Tout au moins c´est ce que je crus jusqu´au lendemain, dormant mal, sans cesse réveillé par des cris de plaisir qui n´existaient que dans mes rêves. Le matin, nous buvions des cafés à un comptoir de l´avenue des Gobelins. Je demandai à Samy s´il avait passé une bonne nuit.

           - Je lui ai bouffé la chatte, elle m´a sucé en me foutant un doigt dans le cul, mais pas moyen de la sauter !

           - Si t´avais dormi avec moi, tu m´aurais baisé...

           Le temps me semblait fait de deux matériaux inconciliables : la fatalité et la discontinuité. Je vivais une histoire écrite par mon passé, la maladie et les prophéties de Kheira; mais je vivais aussi des multitudes d´histoires d´envies et de désirs, îlots d´événements jamais rélies les un uns aux autres. Vers 19h30, la sonnerie du portier de l'immeuble a retenti, je suis allé ouvrir, Laura était là. J'ai ouvert la porte, puis je lui ai serré la main avec un clin d'œil complice, elle me sourit. Je l'ai fait entrer, alors Laura était allongée sur le dos dans mon canapé, je pesais sur son corps. Je dis :

           - Tu sais, j´ai été avec beaucoup de garçons, pas toujours des canons, souvent juste pour dix minutes. Je voulais qu´elle comprenne sans que je lui dise.

           Laura avait mit une robe noire moulante assez courte, avec un décolleté qui laissait apparaître son entre seins, humm une partie de l'anatomie féminine que j'adore. Elle n'avait pas mit de soutien gorge, elle n'en avait pas besoin, ses seins tenaient tout seuls, elle avait enfilé un string noir, et était chaussée avec des mules à talons qui affinaient si besoin était encore plus ses jambes. Elle était divine.

           - Approche et ouvre la bouche, je veux que tu suces mes doigts.

           - Merci.

           - Mais de rien, au contraire, c'est moi qui vous remercie.

           - J´ aura fallu que j´attend 50 ans pour avoir un tel orgasme.

           - Je trouve ça super mais ce n'est pas de mon fait, c'est vous qui l'avez déclenché.

           - Comme quoi nous les femmes ne fonctionnons pas comme vous messieurs.

           - Il paraît.

           - Mon amour, mettez-vous debout devant le lit, et baissez votre pantalon et votre slip.

           Lentement Je dégrafe ma ceinture, puis fit descendre doucement le zip de ma braguette, pour laisser tomber ensuite mon pantalon au sol. Mon boxer blanc, avait du mal à contenir mon membre qui avait un début d'érection. Laissant jaillir mon sexe comme un diable de sa boite. Laura poussa un petit cri en voyant le sexe de ses rêves. Ca y était, elle prenait possession de ma queue bandée au maximum. Elle me branlait très lentement prenant tout son temps pour monter et descendre la peau sur mon gland. J'étais surpris de trembler et de gémir sans pouvoir me retenir : Laura était de plus en plus excitée et se tortillait doucement sur mon canapé, me regardant de temps en temps, avec un regard complice.

           - J´ai été avec plein de mecs, faudrai éut-être mieux que je mette une capote... Je n´osais pas lui dire. Ma lacheté me dégoûtait. Mais j´avais tant rêvé à un amour calme. Je fermais les yeux et le son de sa voix m'excitait. Ma queue était brûlante d'envie, quelques gouttes de sperme s'en échappaient. Je sortis la capote de son étui, la déroulai sur ma queue. La queue trouve la chatte, se frotte sur les lèvres mouillées, et glisse lentement à l'intérieur. Elle ferme les yeux pour mieux sentir la bite qui s'enfonce en elle… Laura ouvre la bouche, et se plonge dans son plaisir… Je commence à la ramoner, de plus en plus vite, et de temps en temps, elle me regarde, souriante, heureuse de m'offrir ce plaisir, et aussi heureuse d'assouvir enfin ses désirs. Je la bourre bien fort, maintenant, ce n'est pas très fin, mais bon, il se l'enfile comme un lapin. Les fesses claquent à chaque coup, et elle prend son pied.

           - Ne jouis pas chéri, attends encore, hooooooooo, qu'elle est bonne ta queue, tu sens comme tu me prends profond ?

           - Aaaaah ! Oui ! Ouiiiiiiiiiiii ! Oh ! Ooooh ! C'est bon ! Oh, mon amour, que c'est bon ! C'est bon ! Oh oui !...

           - Je vais exploser, haaaaaa, arrêtez, je vais jouir.

           - C'est bon de jouir, hein, vas-y, jouis, chéri, vide-toi les couilles, hummmm.

           Après l´amour nous étions d´accord pour dire que je ne mettais plus de capote : Laura voulait tout sentir d´elle. Nos vies culminaient dans cette pénétration : nous n´allions pas laisser un morceau de latex voiler le plaisir.




           Un dimanche, j´allai déjeuner avec Samy chez ses parents. C´était en balieuse sud. Sa mère était gardienne des locaux d´un institut de sondage. Son beau-père s´occupait des jardins; il était chilien, s´appelait Pablo. Les murs étaient en béton brut, les pièces carrés, très hautes. Des effluves de cuisine méditerranéenne imprégnaient le canapé, les fauteiuls, les tapis;les odeurs de l´ail, des tomates, du basilic et d l´huile d´olive. Samy avait vécu là; c´était un bocal; il avait aimé cette maison qui brisait l´élan de ses gestes désordonnés. Personne ne parlait du père, mais son absence pesait lourd. Dans cette béance, Samy était prêt à tout.

           Dans la voiture, au retour vers Paris, le regard de Samy était fixe, porté sur un horizon imaginairebarré par les immeubles et les voitures :

           - Mon père est encore très beau; il a travaillé longtemps avec Pable. Le Chilien manipulait les petits explosifs comme personne. Y avait pas un coffre qui lui résistait. Ils bossaient comme des dieux, c´était pas des petits casses de merde pour piquer trois cents balles à une vieille dans un fauteuil roulent. Ils réfléchissaient pendant des jours et des jours, ils préparaient leurs coups.

           Samy me faisait peur; son admiration était tendue et rigide; il ne réfléchissait plus. Un instant je vis en lui un fanatique. Je dis :

           - C´est lui qui a quitté ta mère ou c´est elle qu´est partie ?

           - Ça allait déjà mal entre eux, et il est tombé pour le casse d´une bijouterie, il a pris huit ans. Il a été balancé.

           Elle s´est mise avec Pablo ?

           - Plus tard. Elle est montée à Paris, elle a travaillé dans des bars à Pigalle. Le chilien est venula rejoindre. Ça a été bien un moment et puis elle en a eu marre, ils avaient pas de thunes : elle servait dans les bars mais elle refusait de monter avec les clients et lui il était rangé. Il bossait pas. Alors elle a été avec un Hollandais qu´était de passage à Paris, un boucheur rempli de fric qui buvait les rince-doigts dans les restos ! On l´a suivi à Amsterdam, j´avais treixe ans, je me suis fait enculer par un conducteur de train, ça je te l´ai déjà raconté. Au bout de six mois ma mère a craqué, on est revenus à Paris, elle s´est remise avec Pablo, ils ont trouvé la place qu´ils ont maintenant. On a fini l´après-midi et la soirée à boire dans des bars de Pigalle, avachis sur des tabourets hauts. Les filles nous regardaient.On parlait peu. Samy dit :

           - Si ça se trouve on va tomber sur une copine de ma mère qui m´a fait sauter sur ses genoux !

           Puis, plus tard :

           - A quel âge t´as couché avec une fille ?

           - Dis-sept, j´étais pas précoce.

           - Et avec un mec ?

           - Vingt un.

           - Moi c´est une amie de ma mère qui m´a dépucelé. Elle était venue pour nous garder ma soeur et moi, quand la petite a été endormie, elle est entrée dans ma piaule et elle m´appris à faire l´amour... C´était la femme du mec qui a fabriqué les faux billets de deux cents balles juste avant la sortie des vrais...

           Avec Laura je parlais moins. Elle réunissait pour moi des renseignements sur les musiciens africains qui vivaient en Paris. On m´avait demandé de les filmer. Mais le gouvernement avait changé : le ! métissage culturel " ne faisait plus recette : le projet fut abandonné. Entre nous, peu de mots et de caresses gratuites, mais des orgasmes inévitables. Nous partions pour Lyon. Rachid, le chanteur de Carte de Sejour, m´avait demandé de participer à une soirée de soutien à deux grévistes de la faim qui s´opposaient au projet de nouveau code de la nationalité. A la gare, Laura m´offrai un petit chien en peluche, le chien Hassan Cehef ! Dans les toilettes du train, elle me suça. A la Part-Dieu, nous cherchions un restaurant ouvert. C´était un dimanche soir, nous traversions des centres commerciaux déserts. La douler ne cessait pas : la veille, le dentiste m´avait posé quatre fausses dents. Le même sang qui me faisait bander pour pénétrer Laura, cognait dans mes gengives découpées par le bistouri électrique. Le médecin a regardé le bouton mauve sur mon bras gauche :

           - Ça ne ressemble à rien, mais faisons une biopsie on ne sait jamais...

           J´étais allongé sur une table d´examen de l´hôpital Tarnier, la dermatologue souleva mon bras, approcha une seringue remplie d´anesthésiant local. Elle fit plusieurs piqûre sous-cutanées autour du bouton mauve ; deux traits de bistouris en eclipseautour de la lésion. Elle enleva l´épiderme découpé, fit deux points de suture, pansa la plaie.

           - On va analyser la biopsie, vous aurez les résultats dans quelques jours.

           La nuit tombait, la colline de Meudon émergeait d´un halo orange. Le vent du sud-ouest portait jusqu´à mes fenêtres les effluves écoeurants sortis des cheminées de l´usine d´incinération d´ordures : moitié ail, moitié vanille. J´avais beaucoup de cocaine dans le sang. J´attendais Laura. Iggy Pop chantait`Real wild Child " . J´étais excité; la cocaine augmente le désir et recule l´orgasme : j´allais baiser Laura jusqu´à ce qu´en elle la douleur des chairs irritées rejoigne le plaisir. En me regardant dans le miroir de la salle de bains, je me touchais la queue à travers la braguette de mon jean moulant et déchiré. J´allumai la télé. Les informations : un gardien de prison a été frappé sept fois par la foudre; ses cheveux ont prix feu; il a perdu ses sourcils, un gros orteil; partis en fumée.Voilà : ma maladie st une prison sans gardien. Je pensais á Genet et je medis : " La maladie est mon bagne, ma Guyane, ma Cayenne. Un mond parallèle qui défie la société en première page des journaux et la rencontre parfois, quand le sang et le sperme font au virus un pont aérien. L´amour traverse aûrement les murs des cellules et, à la promenade, le moindre regard, le plus petit frôlement deviennent comme dehors, la plus fiévreuse des déclarations suivie d´un orgasme beau et clair. Avant, sous les tropiques maudits, l´assassin le plus dur attendait que le gosse élu lui montât son amour, les tremblements de son corps. Il pouvait, sans geste, désirer le môme jusqu´aux larmes ou au contraure, au premier instant tout lui prendre de force : le trou de son cul, ses lèvres fraîches de son âge regretté." Moi, j´attendais Laura ; de mon bagne aussi l´amour avait passé les portes. Je ne pouvais plus mentir, fermer les yeux sur la blessure de mon corps.

           Dans une rue déserte, une jeune femme marche sans but précis. Elle ne sait pas où elle est mais, ce qui est pire, c'est qu'elle ne sait pas non plus où elle va. Malgré tout, elle continue à marcher, espérant peut-être finir par arriver à un endroit qu'elle connaît. Ses cheveux blonds ondulés bougent au rythme de ses pas, elle est habillée d'un chemisier clair, d'une jupe noire et de chaussures à talons. Son errance l'amène à un carrefour, elle tourne au coin, c'est une voie sans issue mais une barrière permet d'entrer dans un grand parc arboré. Elle marche encore... Laura reprend sa marche. Heureusement pour elle, le sol est sec, car ses chaussures à talons ne sont pas très pratiques sur ce genre de chemin. Rapidement, des habitations réapparaissent, elle arrive alors sur une petite place au milieu de laquelle il y a bel et bien une fontaine, ce qui la rassure.

           - Ça y est, j'y suis arrivée. Mais je ne sais toujours pas où je voulais aller.

           Elle a sonné. J´ai ouvert. Laura était devant moi. Elle portait une longue robe noire, couleur qui mettait admirablement en valeur l'or de ses cheveux qu'elle avait laissé tomber en cascade sur ses épaules, ainsi que le vermeil naturel de ses lèvres et le bleu océan de ses yeux. Sur sa gorge, un collier argenté trônait avec beaucoup de goût sur un décolleté qui guidait le regard jusqu'entre ses seins. Plus bas, la robe moulait sa taille, sans la serrer, et descendait jusqu'à ses genoux, laissant nues des jambes fines et galbées et des chevilles dont la sensualité naturelle était rehaussée par l'élégance des chaussures ouvertes assorties. Je ne vois par de marque de lingerie sous sa robe rouge. Il faut dire qu'elle a un corps superbe... J´ai marché dans le couloirdevant elle: je l´ai entendue dire : "Il te va bien ce jean, il te fait un beau cul ! " On s´est embrassé. On s'étreignit à nouveau. Quand je la caressais j'avais l'impression qu'il avait plus que deux mains. J´ai pressé mon sexe contre le sien. Notre désir se fît sentir à nouveau. J'étais dans un état amoureux des plus féeriques. Tous mes sens étaient en éveil. Je sentais sa bouche à nouveau glisser le long de moi.

           - Tous près du ciel! A-MU-SEZ-vous!

           - Oh, je ... veux que mon chéri me dise que ce n'est pas grave, que ce n'est qu'un jeu !

           - Votre chéri ?

           - Oui.

           - Eh bien un seul mot alors : je t'adore bébé!

           - Vrai ? Vrai de vrai ? Sans remords ?

           - Vrai de vrai, sans remords, amour.

           - Ah! ... je ne sais pas ... on ne vit qu'une fois ...

           Je prends Laura dans mes bras et nous commençons à nous dandiner. Nos mains commencent à se balader sur nos corps. Tendrement, nous nous regardons et nous nous embrassons. Je retire alors mon pantalon et mon caleçon, mon sexe est déjà raide, en érection. Ne prenant pas le temps de retirer sa cravate, sa chemise et ses bas, j´entraîne Laura vers ma chambre.

           - Mmmmhhhh mon chéri, j'adore sucer ta queue ! C'est un régal. Et j'adore que tu me regardes dans les yeux quand je te suce. Mais dis-moi, répondis-je, pour un débutant, tu es une salope de première. Tu fais ça mieux que certaines qui se disent les plus cochonnes.            - Ooooooh... Chéri !

           - V-V-V-Vous aim-mez ? ?

           - Oh oui ! Oh oui ! Oh ouiiii !

           - Baise-moi, baise-moi comme une chienne ! Je te veux, je veux ta bite en moi, viens, prends-moi comme ta pute ! Vite !

           Je m´enfonça en elle avec une lenteur délectable, savourant ce moment unique qui avait failli lui coûter la vie. Elle se cambra pour mieux l´accueillir. Elle bouge son bassin à sa rencontre, comme pour en demander plus, mais lui fait en sorte de ne jamais trop la pénétrer. Son souffle est lourd et saccadé et c'est à ce moment-là qu'il décide d'aller un peu plus loin en elle.

           - Je vais venir... je vais venir... laisse-moi jouir... ne t'arrête pas... Aaaahhhhh...

           - AH ah ah ah AH AH AH AAAAAAAAAAAH salaud, AAAAAAAAH oui, baise moi, putain... ouiiiiiiiiii... fourre moi bien!!!!... comme une salope... je vais te vider les couilles... encore, encore, encore, de la queue, de la queue, je veux de la queue, plein........, partout... aaaaAAAAaaaaaaAAAAAHHHHHH...

           Du sperme commença à s'écouler en continu de mon ouverture laissée béante...

           - Oooooooh ! C'est trop bon… je veux pas que ça s'arrête ! C'est trop bon ! continue…

           Nous restons de longues minutes silencieux dans cette ambiance de sexe ; repus. Lentement nous émergeons de notre torpeur. Laura tira une longue bouffée de sa cigarette, leva le menton et souffla un jet de fumée entre des lèvres aussi minces que des lames de rasoir. Il s´interrompit, observant les doigts aux doigts écarlates écraser la cigarette à peine entamée dans un cendrier de verre vert. Puis les mains prirent le sac, l´ouvrirent et fouillèrent dedans.




           - J´ai soif, allons boire un verre.

           - Je vous offre une verre, proposa Francis.

           - Fruit de la passion ! commanda Laura.

           - Qu´est-ce que c´est ?

           - De la liqueur de Maracujá. Prenez-en aussi.

           J´ai l´ apportais deux grands verres pleins du liquide d´un rouge flamboyant sur de la glace pilée, qui semblait sorti tout droit de l´enfer.

           - Pas trop mal, dis-je, buvons la boisson.

           Alors, j´ai lui dit :

           - Laura, J´ai fait le test du sida, je suis séropositif.

           Elle avale la bête immonde de ms mots. Ça entre en elle sans qu´elle bouge, ni recul ni abandon. Puis, elle sanglote dans son lit, elle est submergée par la peur. Elle téléphone à une copine qui vient la voir des cassettes vidéos. Elles regardent " Un Tramway nommé désir ", serrée l´une contre l´autre. Le lendemain, elle me dit :

           - J´avais peur pour toi, pas pour quoi.

           Mais ses sanglots reviennent ; elle s´étouffe dans se larmes. Elle se calme un peu, dit :

           - J´ai pas cessé de repenser à l´histoire qui m´est arrivée avec toi.

           - J´avais dix-huit ans. Une nuit à deux heures du matin, Franck me téléphona, me dit qu´il est revenu à Paris, qu´il passe me chercher dans dix minutes. Je m´habille, m´enguele avec ma mère qui ne veut pas que je sorte. Je le retrouve en bas dans une BMW décapotable. C´était l´été, on a fait le tour des périphériques à fond la caisse et puis on s´est retrouvés je sais pas comment dans une chambre de bonne à Boulogne. J´avais envie de lui, on se déshabille, je commence à le sucer, et je sais pas ce qui s´est passé, je lui entaille la queue avec mes dents, le sang se met à gicler, ça ne s´arrête plis de saigner, j´en ai plein la bouche, sur le visage, ça me dégouline sur le ventre. On va dans la petite salle de bains, il y a une lumière glauque, il commence à se laver la queue dans le lavabo, mais ça saigne toujours, et puis tout d´un coup, il se tourne vers moi et il me dit :

           - J´ai le sida.

           Et moi je le crois, je me dis qu´il revient des États-Unis, qu´il l´a attrapé là-bas, que c´est pour ça qu´il arrête pas de saigner, qu´il est hémophile ou je sais pas quoi... Je me vois dans la glace, couverte de sang, je me mets à hurler et à pleurer et je peux plus m´arrêter, et lui me dit :

           - Mais c´est pas vrai, j´ai pas le sida, putain t´es montée en flèche ! Mais je continuer de crier et de pleurer, je lui dis de me ramener chez moi et je peux pas dormir de la nuit, je pense que je suis foutue, que je vais crever, et j´arrête pas de pleurer. Le lendemain matin, je raconte tout à ma mère.

           Laura me regrad et me dit :

           - Quand je pense que depuis que tu m´as dit que t´étais séropositif c´est pour toi que j´ai peur ! Je pense même pas à moi.

           Je téléphone à l´hôpital pour avoir les résultats de la biopsie. Je demande le médecin. Il dit :

           - Je vien du labo, ils ne sont pas très sûrs d´eux. J´ai regardé moi-même, il y a de forte chances que ce soit lésion kaposienne provoquée par le virus.

           Samy est chez moi. On prend de la coke. Laura m´attend en bas de chez elle avec sa valise. Demain on doit prendre l´avion pour aller en Corse. Je vais la chercher; pendant que je suis sorti, Carol t´téléphone. C´est Samy qui répond : " Il est parti chercher sa copine..." Je revien avec Laura. On prend encore de la coke. Laura et Samy plaisantent ensemble.Il met un disque de Bérurier Noir sur la platine et monte le volume à fond : " Oh ! malheureux renard, les miliciens t´on vu... Oh ! malheureux renard, ta rage n´est point perdue. Samy se met à gueder en même temps que le disque. Quand il a oublié les paroles, il hurle : " Voilà, c´est pour les Apaches de Tokyo, les Mohicans de Paris et les Redskins de Dijon !" Il se souvient tout d´un coup : " Merde, j´ai oublié nde te dire, Carol a appelé. " Je, m´énerve :

           - Putain, t´aurais pas pu lui direautre chose que : il est parti chercher sa copine ?

           Plus tard, Samy dit qu´il s´en va :

           - Je vais consoler Carol, je vais lui bouffer la chatte !

           - J´approuve dans une demi-conscience.

           - T´as raison elle est clitoridienne, Laura elle est vaginale, si tu veux la consoler tu lui mets une bonne queue bien profond ! Laura dit :

           - Quel raffinement !, mais c´est pour plaisanteur : les mots du sexe ne la choquem pas.

           Il y quelques semaines on a fait l´amour à trois avec Samy et Carol. Depuis il la revoit. J´ai dit que je ne voulais pas entrer dans ce jeu-là, que j´en avais déjà trop souffert. Je sais que ce n´est qu´un prétexte : Je n´ai plus envie de Carol. Si je pense à elle, c´est à une pieuvre qui me caresse avecses tentácules gluants. Samy prend son casque. Je dis :

           - T´as une bécane maintenant ? Tu l´as piquée où ?

           - T´occupe ! Je travaille, je suis un salarié honête !

           Samy est parti.On va coucher à Versailles, chez mes parents, dans la petite chambre du haut, sous le toit en pente. Je baise Laura. J´ai tellement de coke dans le sang que je n´arrive pas à dormir malgré l´orgasme. J´avale un Lexomil et deux Dolsom. Le lit est trois étroit. Le sommeil vient enfin.

           Le Fokker atterrit à l´aéroport de Figari ; Michel nous y attend. Il nous emmène à Porto Vecchio. Il est toujours facteur, il fait sa tournée le matin et après il est libre. Sa femme garde le domaine d´un type richissime du continent; elle élève des bergers allemands et les dresse ál´attaque. Michel s´entraîne tous les jours à tirer au 357 magnum sur des boîtes de conserve. Un jour il va finir par buter un touriste hollandais qui aura planté sa tente dans le domaine. On traverse le " village des débiles " où, paraît-il, les habitants ont tous des têtes de mongoliens à cause de la consanguinité. Michel nous dépose au port. Nous montons à bord du voilier qu´on m´a prêté, un trente-cinq pieds tout neuf. Ensuite, ce sont quelques jours dans l´oeil du cyclone. Nous naviguons, nos peaux se pigmentent sous le soleil. Laura est belle. Nous faisons l´amour : je la prend assise sur une marche de l´escalier de descente du cokpit, minijupe retroussée, slip arraché. L´eau de mer creuse la plaie de mon bras gauche, mais j´oublie les odeurs d´éther de l´hôpital, celles plus épices des nuits fauves, et même celle du corps de Samy.

           On se sépare à Saint-Raphaël ; je rentre à Paris. Laura s´arrête à Saint-Tropez. Elle prend le bateau pour traverser la baie. Elle pleure dans le noir, sous les étoiles. Je lui téléphone de Paris :

           - Tu me manques, j´ai envie de toi. J´appelle Samy; Marianne me dit qu´il est parti faire de l´escalade jusqu´à la fin du mois. Je rappelle Laura.

           Mais c´est le mois d´août. C´est Paris en creux, vacant, une ville aux entraille tièdes et offertes où je devine ds corps qui se frôlent. J´enfile un blue-jeans, un débardeur et un blouson, et je vais rejoindre ces corps mélangés. Un grand type brun, cheveux en brosse, pantalon de cuir; nos mains vont directement aux bragettes. Pas un mot. Il me serre contre un pilier de béton, me fais agnouiller, presse ma bouche contre sa queue bandée sous le cuir. Je glisse le long de ses jambes, m´allonge sur les dos, me roule dans la poussière. Il pése sur moi avec la semelle de sa botte, sur mes cuisses, mon torse, ma braguette. Je sors ma queue, me branle dans poussière soulevée par mes contorsions de plaisir, décharge sur mon ventre. Il jouit au-dessus de moi. Son sperme me tombe sur visage et dans les cheveux. Il s´éloigne, entre dans l´ombre. Je me relève et je marche le long du quai vers le monde de la surface.

           Laura revient de Saint-Tropez en voiture avec un type au sourire niais, genre manequin de publicité. Je n´arrive pas à savoir s´ils ont couche ensemble. Elle laisse exprès planer le doute. Je dîne avec elle dans une brasserie de l´avenue de la Motte-Picquet. Sous la table, nos jambes se croisent. Je touche ses seins à travers son tee-shirt; aux tables voisines,des têtes se tourment vers nous. Elle ferme les yeux, porte la main à sa tempe, rouvre les yeux, le désir nous entoure d´un hâlo moite, elle demande l´addition.Nous partons pour l´amour. Trois jours plus tard, Laura a rendez-vous dans un bureau des champs-Elysés. Elle y retrouve un type qui, un soir, dans un restaurant de Saint-Tropez, les a draguées, elle et sa mère. Ils passent prendre les affaires du type dans son appartement de l´avenue Foch, puis vont jusqu´au Bouget d´où ils décollent dans son avion particulier. Ils vollent vers le sud. La mère de Laura les attend àl´aérodrome de Saint-Tropez.

           Samy est revenu à Paris. Il m´a téléphoné. On se retrouve chez Jaime. On prend de la coke et on boit du J.B. Samy dit qu´il est passé voir son père à Toulouse :

           - Maintenant il travaille dans une boite d´électronique. On s´est baladés dans la Porsche de son patron !

           Jaime démarre sur son thème favori et j´assiste à la suite de la conversation sans dire un mot :

           - Un rebelle est marqué par le destin, sa dignité est à l´intérieur de lui, ton père il est comme tous les voyous, il croit que c´est l´aspect extérieur qui rend respectable, il fait des gestes et des actes gratuits.

           - Et toi c´est le genre voleur de grand chemin qui donne aux pauvres !

           - Y a plus que des autoroutes !

           - C´était la bonne époque... Et t´imagines pour faire l´amour : un jupon, deux jupons, trois quatre...

           - Et le cadenas de la ceinture de chasteté parce que son mec est parti aux croisades...

           - Si il crêve là-bas, t´imagines la fille... Est-ce qu´elle pouvait au moins se faire un doigt ?

           - Par le trou de la serrure !

           - Tu vois, Jaime, maintenant que je travaille, je prouve quelque chose à mon père, je lui ai dit : " Papa, je bosse dans la vidéo ", et il m´a pas traité de branleur, il m´a pas mis plus bas que terre commme il fait d´habitude.

           - Et lui il a prouvé quoi avec ses casses et huit ans de taule ?

           - Il est pas tombe tout seul, il a été balancé, ça c´est la frime, parler, toujours parler.

           - Tout ça c´est à cause du fric. Le fric, le fric !

           - J´ai toujours côtoyé des gens qui en avaient pas, ils en voulaient, ma mère elle a eu des dettes, elle les a toujours payées, même si on devait bouffer que des nouilles... Je suis fier parce que le mois dernier, j´ai pu lui prèter trois mille balles.

           - T´as une dette envers ton père et j´espère que tu paieras pas.

           - Quoi ?

           - T´avoir foutu ses idées dans la tête !

           Laura a trouvé du travail: elle vend des vêtements chers dans une boutique de la place des Victoires. Ça ne dure pas longtemps: la gérante supporte mal la voir recevoir les client sen mâchouillant un chewing-gum.
           Elle me téléphone :

           - Je me suis fait virer, ma mère veut plusque j´habite chez elle, elle me fout dehors demain matin.

           Je n´ai jamais été très doué pour répondre aux plaintes des autres; et c´est de pire en pire, je me sens le coeur sec devant ls constants d´échec. Au contraire, je lui dis que ça ne m´étonne pas qu´elle n´arrive pas à garder un travail : " Quand tu cherchais des informations pour moi sur les musisiciens africains, t´as fait le boulot de trois personnes pendant trois ou quatre jours, et puis tout d´un coup t´en as eu marre et t´as plus rien foutu. comment veux-tu que quelqu´un qui t´emploie comprenne genre de trucs ? " Elle se met àpleurer. " Tu t´en fous que je me retrouve comme une conne dans la rue ! " Je ne supporte plus les larmes ; ça me dégoûte. Surtout les larmes d´une fille,convenues, attendues. Celles d´un garçon, á la rigueur, si elles sont paradoxales, peuvent encore m´émouvoir. Je raccroche. Laura me rappelle. Ses larmes sont là, mais retenues maintenant, presque ignorées. Elle dit :

           - C´est bien, comme cadeau d´anniversaire : plus de boulot, ma mère qui me fout à la porte, mon mec qu´est séropositif qui me le dit pas et qui m´a peut-être refilé cette saloperie. Putain, mais tu te rends compte que j´ai dix-neuf ans ? Je suis une gamine, t´as dix ans de plus que moi, mais t´as pas le droit de te servir de ça pour me faire du mal.

           J´essaie dávoir quelques mots gentils. Mais ils ont du mal à sortir de moi, mes lèvres remuent à peine, ils butent contre une paroi lisse et verticale depuis trop longtemps érigée pour que le malheur de Laura suffise à la détruire. Je lui dis de venir dormir chez moi le lendemain soir. Dès que j´ai raccrochée, j´ai la nausée. Je me dégoûte; je suis une machine bloquée, sensuble seulement à ma poropre soufffrance. Encore faut-il que celle-ci soit créeartificiellement, selon des rites qui l´associent au plaisir. J´enfile un blouson et je sors. Je roule dans Paris. Je tien ma caméra vidéo de la main gauche et le volant de la main droite. La ville et la nuit ne sont qu´une suite de travelings latéraux, seulement interompus aux carrefours protegés par un feu rouge. Sur le terre- plein central de l´avenue René-Coty, un couple se déchire. L´homme prend la femme aux épaules, la pousse en arrière, elle recule,  avance seul, elle le rattrape, lui donne un coup de sac dans le dos. Il se retourne, la saisit par un bras; elle tombe sur l´asphalte; se tord un poignet en essayant d´amortir la chute, s´écorche un genou. J´arrête de fimer, je sors de ma voiture, je vais vers elle :

           - Qu´est qui se passe ?

           - C´est rien, laisse-moi.

           - Il vous emmerde ?

           - Foutez-moi la paix, tire-vous merde !

           Elle voit l´homme s´éloigner;alors elle se relève, regarde son genou, marche vers l´homme en boitent un peu. Elle l´appelle mais sans crier ; s´arrête; elle pleure àpeine, dit quelques mots d´une voix rauque, s´approche de lui lentement, comme si elle guettait un coup; elle ne va pas jusqu´à le toucher.Il repart; elle marche à ses côtés; elle tourne la tète vers lui, il regarde droit devant, l´horozon de la bêtise. Il sont ivres tous les deux, s´enfoncent dans un noir indéfini; celui de la nuit colorée par la lumière orange et verte des lampadaires filtrée par les feuilles desarbres. Je filme leur dos.




                                         ************************************


Chapitre - V


           Place d´Italie, boulevard Vincent-Auriol, le métro aérien; la descence vers le fleuve, le béton, l´odeur d´l´urine dans la fin de l´été. Des mains déboutonnent ma braguette, soulèvent mon tee-shirt, pincent et tordentles tetons de mes seins. Prolongeant ces mains qui martyrisent ma poitrine, il y a le corps d´un homme. Cette douleur m´appatient ; c´est un mal nécessaire. J´attirel´homme vers plus de lumière. vers une zone frappée par un rai lumineuse qui vient de la surface, traverse un soupirail et projette sur le mur la forme d´une grille. Nous allons jouir dans une cage fictive, une cellule aux bareaux seulement fabriqués par l´ombre et la lumière. Si j´entraîne l´homme vers cet endroit plus éclairé, ce n´est pas pour voir son visage; pour savoir s´il est beau ou laid, lisse ou déformé par la maladie. C´est pourque mon propre corps soit visible. Je m´exhibe mais, surtout, je suis voyeur de moi-même. L´homme porte un pantalon de latex. Sa peau est trempé; sous ses doigts devenus pinces, sous ses dents en tenaille, la peau de mes tétons se fendille et quelques gouttes rouges coulent. Perles de sang, perles rares.

           Depuis que sa mère l´a mise à la porte Laura. habite chez moi. Elle s´est incrite dans une école de cinéma. les cours sont chers, mais ses grands-parents de Cannes sont d´accord pour les payer. Quinze jours de calme à vivre dans la même pièce qu´une fille, je corois cela impossible. Je lui dis mon étonnement. Avec elle j´ai moins peur; je me sens bien. j´oublie souvent la menace de la maladie. Laura me semble forte; elle ne dit pas sa peur que je l´aie peut-être contaminée. J´aime ses goûts, ses jugments, ce qu´elle dit d´un film ou d´une chanson. Elle me paraît d´autant plus fort que je n´ai jamais été aussi faible. Laura est dans la salle de bains. Le téléphone sonne; je réponds, c´est Olivier. Il me demande si on peut se voir. On se donne rendez-vous pour le soir même. Olivier m´appelle une ou eux fois par mois; je l´invite à dîner, on rentre chez moi et on dort ensemble. Cela dure depuis quatre ans; quand je l´ai connu il avait seize ans, il vivait dans un foyer de semi-liberté à Ivry. J´avais travaillé sur un cour métrage dans lequel jouaient des garçons du foyer; c´était le premier film que je faisais comme chef opérateur. Après le premier plan, je tremblais. Je m´étais assis sur un banc et je répétais en marmonnant :

           - Putain je me suis gouré, je suis pas fait pour ce métier...

           Olivier jouait dans le film. Il était passionné de photo et rôdait tout le temps autour de la caméra pour voir comment je travaillais. A la fin du tournage, il m´avait demandés´il pourrait me revoir pour que je lui donne des conceils pour devenir assistant d´un photographe, je lui svais donné mon numéro de téléphone. Il m´avait rapelé une semaine plus tard, était venu chez moi. Je partageai l´appartementavec Marc. Olivier ne voulut pas rentrer au foyer, me demanda s´il pouvait dormir là. Il n´y avait qu´un lit dans ma chambre ; il se désahbilla et se coucha dedans. Il avait des parents arabes, mais il avait été élevé par des paysans bourguignons. Il me considérait comme son grand frère. Régulièrement, il me téléphonait, venait chez moi. Nous dormions ensemble, mais il ne se passait rien. J´attendais qu´il fasse le premier geste. Trois ans plus tard, il se blottit dans mes bras et il banda. Je dégraffais nerveusement son pantalon, baissais son slip pour découvrir un sexe en route pour l'érection. Je m'étais dit depuis longtemps que si je devais sucer une bite, je la souhaitais imposante, je voulais avoir la bouche remplie et non pas sucer du bout des lèvres. Il avait des grosses couilles que je commençais par soupeser, son sexe sentait bon et mes caresses commençaient à lui donner sa taille de combat. Mes mains parcouraient ses couilles et la longueur de plus en plus imposante, quand son érection fut maximale je le pris soudainement dans ma bouche pour l'avaler goulument. J'étais dans un état second comme attiré par cette queue qui me remplissait la bouche. Les couilles dans la main droite je pompais comme une professionnelle, enfonçant son membre toujours plus profond dans ma gorge. Lui, rallait de plus en plus, tenait ma tête, il imprimait des va et vient crescendo. J'adorais ça, c'était une vraie révélation, sucer une queue me procurait autant de plaisir qu'un cunnilingus. Soulagé par cette révélation interieure je le pompais à fond attendant le moment ou son sperme viendrait recouvrir mon visage. Pour cette première fois je ne voulais pas qu'il éjacule dans ma bouche. Je le caressai et le suçai. Il se laissa faire sans bouger. Il se branla et jouit. Ensuite, il osa me caresser.

           Laura sort de la salle de bains. Elle est nue, la peau encore humide. Elle vient contre moi. Je serre son cul dans mes mains. Je réaliseque j´ai dit à Olivier de venir et qu´elle est l`. Elle dit :

           - Qu´est-ce qu´on fait cet après-midi ?

           - Laura, y a un problème pour ce soir, tu pourras pas rester, j´ai dit à un copain de venir dormir.

           Elle a la bouche ouverte. Elle ne comprend pas. Elle se sent bien. elle est heureuse, et mes mots tombent entre nous comme un météorite enpoisonnée. Elle fait semblant :

           - Mets-lui un matelas par terre.

           - J´en ai pas, et c´est pas que tu crois.

           - Je crois rien, je suis là, c´est tout.

           - Et merde, je suis chez moi ici, je peux encore faire venir qui je veux, non ?

           Elle est livide. Elle enfile un tee-shirt et un jean, cherche son carnet d´adresses. Elle téléphone à une copine :

           - Je peux venir dormir chez toi ?... Y aura un mec dans le lit à ma place.

           Laura est partie. Ce soir Olivier dormira contre moi. Samy téléphone : demain ce sera lui. Je suis passif. Les événements s´enchaînement, je les subis.

           J´ai la tête contre le ventre d´Olivier. Il se branle, ma bouche frôle le bout de sa queue. Il me décharge sur les lèvres. Je m´essuie l visage, lui dis :

           - T´aimes ça ?

           Il ne me répond pas, allume une cigarette, remonte l´oreiller, s´appuie dessus,contre le mur : " A Ivry, y avait un mec, pour nous c´était un vieux il avait au moins vingt ans, il venait souvent au foyer mais il y habitait pas. Il avait une super-bagnole, une R 30 V 6, il la garait devant la grille et on venait tous mater sa caisse. Ce mec il trafiquait des magnétoscope sous les yeux des éducs. Il dealait de l´héro et personne lui disait rien. Je suis sûr quíl donnait du fric au foyer et que c´est pour ça que tout lemonde fermait les yeux. Il m´aimait bien, il me donnait de la dope et je l´envoyais à un pote qu´ était en taule en la collant derrière les timbres des enveloppes. Je te juer il se dégonfalit pas, un jour les flics ont voulu faire une descente au foyer, il était Lá, il est sorti, il s´est mis à hurler, il est monté sur le toit de leur bagnole en guelant, les gens autouront ouvert leur fenêtres pour voir ce qui se passait, les flic sont eu tellement les boules qu´ils se sont barrés... Ce mec, il s´appelait Mick, de temps en temps il passait la nuit au foyer. Il couchait toujours dans la piaule d`un môme timide qu´avait quatorze ans. Le môme avait l´air paumé et incapable de se défendre, mais personne le faisait chier parce qu´on savait que Mick le protégeait. Moi je crois qu´ils baisaient ensemble.

           Le lendemain, j´ai rendez-vous avec Laura au Newstore des Champs-Élysées. J´arrive en moto; Samy est derrière moi, les bras autour de ma taille. Laura est déjà là; elle nous voit à travers la baie vitrée. Je commande une bière irlandaise. Je pressens qu´on va à la catastrophe. Je cherche des mots pour Laura, mais n´en trouve aucun. C´est elle qui attaque :

           -T´as passé une bonne nuit ?

           - Ne commence pas, s´il te plaît.

           - T´énerve pas, qu´est-ce que j´ai dit ?... Putain, mais qu´est-ce que j´ai dit ! T´as le sens de l´humour, toi, ça fait plaisir !

           Je regarde Samy. Il est beau. Je repense à la nuit dernière : je ne supporte plus les dents d´Olivier. Laura pose sa main sur la mienne :

           - Pourquoi tu me regardes jamais comme tu regardes Samy ?

           - Oui ? Comment le trouves tu ?

           - Assez bel homme, même très séduisant.

           - Il a au moins 15 ans de plus que toi.

           - Et alors ?

           - Il t'a dragué ?

           - D'après toi ? Oui il m'a draguée.

           - Ca ne m'étonne pas de lui, dès qu'il voit une belle femme.

           - Peut être oui et il avait les mains plutôt baladeuses.            - Tu as aimé t'exhiber devant lui ?

           - Oui beaucoup, je suis très excitée tu sais.

           - Moi aussi ; veux-tu continuer et aller plus loin ?

           - Oui mon amour.

           - Tu aimerais qu'il te baise ?

           - Pourquoi pas ! C'est tellement loin.

           - Et qu'il te prenne avec son gros sexe ?

           - Oh !

           - D'accord. Question cul, j'aime les hommes musclés et virils. Je n'ai pas dit bien membrés quoique cela puisse être aussi un atout. Non, par « virils », j' entends résistant, le genre de type qui vous retourne dans tous les sens et vous baise de longues heures sans jamais fatiguer.

           Heureusement, c´est lui qui répond :

           - Tu délires, Laura. Il a son regard de chien battu parce qu´il est emmerdé, c´est tout.

           On est sur le trottoir, devant ma moto. La tension monte ; on ne sait pas ce qu´on va faire. Je ne peux pas emmener Laura et Samy derrière moi. J´ai pris ma moto plutôt que ma voiture por me forcer à choisir; et maintenant, au moment de le faire, j´en suis incapable, j´ai la nausée, les jambes molles, l´impression d´une fatigue immense. On tourne en rond, on a envie de rien. C´est moi seul qui ai crée ce malaise. Pour ne pas avoir à choisir, je fuis : " J´ai pas d´idée et j´ai pas envie d´en avoir, mais comme vous êtes pas foutus d´en avoir non plus, je me tire !" J´enfile mon casque intégral, je monte sur la moto et je démarre. Je connais Samy ; il va profiter de l´ocasion. Je ne me suis pas trompé : Samy a emmené Laura chez Marianne qui était partie en reportage en Pologne. Elle a pleuré; elle voulait sans cesse me téléphoner. Samy lui a dit de ne pas le faire. Il lui a préparé des tisanes.

           - Tu sais, Samy, moi ce qui me brancherais vraiment?

           - Non, quoi?

           - Ce serait de voir Laura se faire prendre par un autre devant moi.

           - Vraiment? Et elle, qu'en pense–t-elle ?

           - Je ne sais pas, je n'ai jamais osé lui en parler. Répondit-il le regard baissé.

           - Si tu ne lui en parles pas tu ne sauras jamais !

           - J'ose pas. Et puis imagine qu'elle dise oui, il faudrait trouver un mec qui accepte!

           - Ho ça, cela ne doit pas être le plus dur!

           - Ouais… mais c'est quand même pas si simple.

           - Tu n'es pas jaloux alors ?

           - Si! C'est justement ce qui m'excite. Et maintenant que comptes tu faire?

           - Ce que je compte faire?

           - Oui, avec son ami Samy.

           - Justement, il en aurait très envie, tu n'y vois aucune objection?

           - Si ça te fait plaisir, alors à moi aussi.

           Elle s´est allongée sur le lit posé à même le sol. Il a commencé à lui masser le dos et les épaules; elle a enlevé son tee-shirt; il était torse nu, en slip. Les mains de Samy sur le corps de Laura qui s´apaisait peu à peu. Avec un beau corps musclé et un sexe de très bonne taille, Samy, a caressé ses seins. Elle était toujours allongé sur le ventre et elle sentait la queue de Samy, tendue dans le slip, lui frôler le cul quand il se penchait contre elle pour lui masser la nuque. Laura s´est mise sur le dos.

           - Ben oui, je suis un peu nymphomane, quand un homme est excité je le sens, et parfois je ne peux pas m'empêcher de le provoquer...

           Samy a enlevé son blue-jean, a caressé sa chatte à travers de slip en soie. Il se sont glissé dans ledraps; il est venu contre elle et là elle a dit :

           - On fera l´amour Samy.

           Samy sort sa bite, vers la tête de Laura, et lui présente sa queue. Elle n'arrive pas à le sucer… Elle tiens la bite du jeune dans une main, et de temps en temps lui donne un petit coup de langue… La nouvelle bite est longue, un peu cambrée, elle me jette un regard et me demande, la voix saccadée par le plaisir :

           - Mon Amour, tu veux que je la prenne aussi ?

           - Si tu veux, ma Chérie, c'est toi qui décide. Elle te plait ?

           - Mon Amour, il me remplit complètement, il touche la fond de mon chatte ! C'est bon !

           - Vas-y mon Amour, vas-y, fait le jouir, prends ton pied, je te regarde, tu es belle !

           Il la pistonne, mais elle est tellement mouillée que sa bite sort quelques fois, il la rentre vite, pour retrouver la chaleur de cette fente divine… Les seins de Laura ballottent en cadence, et sa tête se perd dans la chevelure, je ne vois plus son visage… La sueur colle les cheveux, elle en a dans sa bouche… Je lui enlève délicatement, le la caresse et lui susurre des mots obscènes dans l'oreille… Elle se concentre, et joui d'un coup, violemment, avant que le jeune mec n'ait pu jouir aussi… Elle s'effondre à genoux, et le type se demande ce qu'il doit faire. Je le rassure, lui demande de rester. Laura halète, retrouve son souffle, se redresse. Elle fait face au mec, je la tiens par les épaules. Elle prend la tête de Samy, et je suis à dix centimètres de son visage et je regarde, je bande tellement que j'en ai mal. Laura me regarde, et me dit :

           - Amour, je voudrais que vous soyez toutes les deux dans mon moi…

           - Tu veux qu'on te prenne ensemble, demandais-je ?

           - Oui, ouiiiii, vite !

           Elle pousse le mec pour qu'il s'allonge par terre, la queue bien dressée à la verticale. Mary se place sur lui, me regarde en souriant, et descend lentement.

           - Oh ! Il va profonde, il me baise bien, regarde mon Amour, je me fais un mec devant toi !

           - Oui, mon Amour, je t'aime, prend ton pied !

           Et elle commence à monter et descendre sur cette superbe queue, je vois les lèvres se distendre, s'écarter, la mouille couler, toujours mélangée du sperme du premier type… Elle se penche sur le mec, l'embrasse fougueusement, et se cambre pour me présenter son cul, luisant, ouvert. Je glisse un doigt, puis deux dans son trou de balle, et je suis surpris de voir combien ça glisse facilement. Elle est vraiment excitée comme une chienne ! Je m'agenouille devant ce cul adoré, et je place le gland juste à l'entrée. Pas besoin de forcer, Laura bouge d'un coup pour s'empaler sur ma queue. Je sens la queue du Samy à travers la paroi vaginale. C'est elle qui donne le rythme, qui s'empale sur ces deux queues… Elle embrasse le mec, presque à l'étouffer, je suis jaloux de ce baiser…Elle lui dit des mots d'amour, comme avec moi, elle luit dit qu'elle l'aime, qu'elle aime sa queue, qu'elle la sent bien dans sa chatte, elle en veut encore plus… Elle bouge comme une folle…

           - Haaaaa, madaaaaaame, haaaaaaaaaaaa, oui, je jouiiiiiiiiiiiiis.

           Son plaisir monte, elle joui, elle crie, elle se cambre, se crispe de tout son corps… Le jeune ne tient plus et je sens les contractions de sa queue quand il jouit, inondant de nouveau la chatte de ma copine… Laura le laisse reprendre ses esprits, et lui demande de partir. Le type se glisse entre nous, se rhabille, et s'en va…

           – Ah ! Toi, je te reconnais : tu es une déterminée !

           – Mais toi, tu me l'avais bien dit ?

           – C'est vrai ! Laisse-moi te manger!

           - Je suis sale mon chéri!

           - Tu es pleine de sperme, cochonne!

           - Oui et j'ai honte! J'ai écarté ses mains.

           - Laisses moi te sentir ! Dis-moi, il t'a bien baisée ?

           - Oui, t´as vu, c'était merveilleux et puis il a une si grosse queue !

           Ça sentait fort les sécrétions d'amour. Les lèvres de sa fente étaient luisantes de mouille et du sperme d Samy. Les images allaient et venaient dans ma tête. je ne le désirais pas, tant au fond de moi-même, la nouvelle personnalité que venait de me dévoiler Laura me plaisait, et pour être tout à fait exact, m'excitait. Même sexuellement tout est parfait, un peu trop parfait même, tout est toujours bien huilé, lisse aussi, un peu trop lisse même. Parfois un peu de fantaisie y donnerait certainement le piquant qui nous manque. Des visions crues et perverses de ma gamine malmenée par mon ami ajoutaient à mon plaisir. Un orgasme fulgurant! Elle a crié et dans l'instant je suis parti aussi en longs jets brûlants, mêlant ainsi mon sperme à celui de son amant.Cette nuit, nous nous sommes révélés insatiables.




           Le dernier jour que Laura était chez Marianne, j´étais venu voir Samy vers huit heures du soir. Laura mettait ses affaires dans un sac; elle partait, sa mère avait accepté qu´elle revienne habiter chez elle. Nous nous étions croisés, silences lourds, fuite des yeux. J´avais dormi avec Samy. Nous n´avions pas fait l´amour, il prétextait qu´il était fatigué; je sentais qu´il regrettait l´absence du corps de Laura. A l´aube des bruits de serrure me réveillèrent : c´était Laura. Elle était habilée pour un jean moulant mettant en valeur son joli derrière et ses longues jambes furent rehaussées par de jolis escarpins nu-pieds rouges. Pour le haut, elle avait choisi un top blanc opaque bras nus avec un décolleté sachant rester correct tout en laissant apercevoir la naissance de ses seins. Ils étaient suffisamment fermes malgré leur taille (un joli 90 c) pour ne pas mettre de soutien-gorge. Le maquillage fut à la hauteur des habits, avec juste ce qu'il fallait de provocation. Elle me regarda comme un météorite écrasée dans son lit... Elle arrivait de Pologne en camion. Elle était partie faire un reportage sur les fractions armées de Solidarité et elle revenait avec un jour d´avance. Mais en plus, elle a un physique qui la fait paraître encore plus jeune, c'est donc avec bonheur qu'elle s'habille sexy. Oui, autant le dire tout de suite, j'adore quand ma gamine est habillée sexy.

           - C'est sympa de passer nous voir.

           - Oui. Enfin, le problème c'est que je ne sais toujours pas pourquoi je suis venue.

           - Ce n'est pas grave. Tu as dû avoir un trou de mémoire.

           - Peut-être.

           - Tu restes avec nous pour baiser ?... Eh bien, je voulais vous dire que vous avez illuminé ma journée et que vous êtes la plus belle femme que j'ai rencontrée dans cette ville.

           Elle baissa les yeux et, avec un petit sourire en coin, glissa :

           - Oh, je vous remercie, Samy, mais vous êtes un flatteur !

           Elle me regarda droit dans les yeux et de nouveau elle esquissa un petit sourire, au coin de ses lèvres... C'est vrai qu'elle n'était pas des plus jolies et qu'elle le savait sans doute. Les femmes savent ces choses-là. Mais elle était très distinguée et ça, pour moi, ça comptait beaucoup. Et puis, malgré tout, cela avait dû la toucher, tout de même. Elle prit une douche, se glissa sous les draps. Au cours de deux rencontres en ma présence, Laura avait éprouvé beaucoup de plaisir avec cet homme, grand, l'allure un peu austère. Elle avait joui sans retenue, et hasard de la vie nous avons de ses nouvelles car nous avions sans le savoir un amant commun... Tout en se branlant doucement devant elle, Samy la contemple un court instant, comme s'il voulait s'imprégner de la vision de cette jeune femme si belle et en même temps tellement indécente qui s'offre à lui. Il prend la tête de Laura et frotte contre sa joue le petit morceau d'étoffe de façon langoureuse. Elle se laisse guider, les mains dans le dos comme il lui a demandé. Son sexe dressé dépasse le slip, il le libère. Elle se retrouve à genoux devant la verge dressée, tendue d'un presque amant. Cette vision m'excite, ma belle est abandonnée à un amis sous mes yeux.

           - Il faut que tu aimes ce sexe qui va te prendre.

           Samy l´enlaça et lui fit l´amour, j´avais les yeux ouverts sur le plafond clair.

           - Ta bouche est bonne, je l'utilise comme je vais utiliser ta chatte, laisse que je la pénètre profondément.

           Ces mots fait monter ma tension, mon coeur bat.

           - Ecarte tes cuisses que je puisse admirer ton sexe.

           - Il faut l'ouvrir mieux que ça.

           - Ouvre toi largement pour que tes lèvres se séparent.

           J'arrive, je vois ma chérie complètement offerte les fesses relevées, la fente luisante et l'anus à la vue. Elle ne cache rien. Samy passe son pouce sur la fente et pénètre légèrement le vagin, il appuie la main sur la tête de Laura pour qu'elle se cambre mieux, il marque son autorité.

           - Ecarte toi bien, abandonne moi ta chatte dit-il plus fort.

           Il accélère sa masturbation, ses lèvres sont maltraitées, le clitoris aussi. Elle soupire et émet un son rauque de la jeune femme en rut, elle jouit.

           - Si je reviens, il faudra que tu abandonnes ta pudeur encore plus.

           - J'essaierai.

           Je sens que l'accouplement est proche. Samy a le sexe érigé, il se place à genoux derrière ma gamine, lui prend les hanches. Il la prend alors par les hanches et doucement entre en elle. Mon tendre amour gémit rapidement sous les coups de boutoirs qui se font rapidement de plus en plus violents. Puis sort sa queue et caresse le visage de Laura. Je suis devant un spectacle magnifique. Je n'ose plus me toucher de peur de jouir. Il se met encore dans le vagin et doucement il la pénètre en gémissant. Puis il commence ses va et vient, vigoureusement, le corps d'elle est secoué, des cris étouffés sortent de sa bouche.

           - Ohhh, tu es gros, mmmhh c'est bon, oh oui ! Aaaaaaah ! Ooooooooh ! C'est trop ! J'en peux plus ! Au secours ! Comme c'est bon !

           Il place son torse sur son dos, s'agrippe à ses épaules pour certainement faire corps totalement avec elle, la sentir au plus près. Il accélère, et d'un seul coup elle crie, sa jouissance éclate et Samy pousse un râle bestial. L'acte est consommé, il a souillé devant mes yeux mon amour de son sperme. Quand il se retire, la fente d´elle est toujours aussi dégoulinante d'un mélange de sa mouille et de sperme qui s'écoule lentement sur son cuisse. Je me lève et vois alors la chatte béante de ma petite d'où s'écoule un filet de sperme. Samy qui a vu mon regard me dit :

           - Approche toi et admire sa chatte bien ouverte !

           Épuisée par sa jouissance, elle ne parvient pas à bouger tandis que je lui apporte quelques essuie-tout pour qu'elle se nettoie ainsi qu'il le fait lui-même. Je parviens sans difficulté jusqu'au sexe abondamment mouillé de Laura. Elle me demanda de lécher son minou débordant de sperme pour que je puisse lui faire l'amour à mon tour. Je me penchais sur son sexe dégoulinant de semence. Après de compréhensibles hésitations, je plongeais ma langue dans cette mixture et pris un plaisir étrange à avaler les souillures de Samy.            - Oui, ouii, je te sens bien, oui, vas-y, encore, encore. Oh oui, suçe-moi fort comme ça, je t'aime, je t'aime, ouiiii, je t'aiiiime. Ah, ah, aaaaaaahhh...

           Mais épuisé par les émotions encore que sucer Samy ou me faire enculer par lui, ça ne me tente pas vraiment dans ce moment.




           Plus tard dans la maison... Elle ne portait plus qu'un T-shirt ras de fesses, sous lequel je pouvais voir pointer ses gros seins. Le T-shirt lui couvrait à peine les fesses. Elle s'était affalée dans un fauteuil en face de moi, m'avait fait des jeux de croisements de jambes rendant ridicule Sharon Stone…bref, elle a tout essayé. Je bous d'impatience... mais après ce qui s'est passé, je décide de laisser filer, d'attendre qu'elle revienne à moi, au moins qu'elle me fasse un signe. Je savais qu´elle était belle ; autour d´elle je l´entendais depuis longtemps dire à l´envi. Mais je ne lui connaissais pas cette coquetterie provocante. Je la regardais, son élégance, son allure me renversaient. Les jours passent. Rien, rien, rien... Agaçant, frustrant ! Savoir qu'elle est ici dans la ville, quelque part, avec quelqu'un, cette pensée me taraude, que ce quelqu'un la regarde, la désire... et là c'est insupportable ! Il me faut admettre que je suis tout bonnement jaloux, envieux et... Je pensai, quand elle fut partie, qu´elle avait une beauté, qu´elle avait un rire diabolique.

           Je n´ai pas vu passer l´automne. L´hiver est là, graset mouillé, tranchant quand même; des copeaux de plomb dansune fleuve de boue. Je ne travaille pas. Je dépense tout ce qui me reste pour acheter de la cocaïne. Le bouton sur mon bras gauche grossit un peu; sa teinte mauve foncé. Le froid a stérisé l´odeur des nuits; moins de corps dans les sous-sols de la ville; ceux qui restent sont engoncés dans des vêtements chauds. Une aiguille plongeré gulièrement dans la veine à la pliure de mon coude gauche pour aller y chercher mon sang vicié que l´on analyse; pour rien puisqu´on ne sait rien de la maladie. On en sait de moins en moins au fur et à mesure que l´on croit en savoir plus. Je suis fait de morceaux de moi-même éparpillés puis recollés ensemble n´importe comment, parce qu´il faut bien avoir l´apparence d´un corps. Je ne suis qu´un amas de cellules terroristes.

           Un lit, un autre lit, le fauteuil en skaï grenat sur l´accoudoir duquel je pose mon bras gauche quel´infermière va piquer, des appartements luxueux, des chambres de bonne, des murs rugueux où j´appui mon corps cassé, les lieux de l´amour et du sexe se mélangent,mais le repos n´existe nulle part pendant plus de quelques minutes volées. Je vais encore où la population n´est qu´ombres furtives, corps et regards croisés travaillant inlassablement à leur propre perte. De là, quand je laisse derrière moi le squelette d´une nuit fauve, l´ossature du miracle, je reviens le dos barré de lignes rouges, le torse marqué par des semelles derangers, les seins brûlants, le slip trempé, des crachats séchés sur le visages, les cuisses chatouillées par des dégoulinades de pise froide. Je parle d´un fauvisme aux couleurs passées. Pastels ternes et fuyants de blousons qui frôlent les piliers de béton, dégradés gris des visages fermés, lambeaux de bleu des jeans moulant culs, bites et couilles. La poussière, les taches humides, une larme sous la paupière; rien de tout cela n´est plus coloré que le bleu sombre de la nuit, le noir lisse du fleuve ou l´orange diffus des lampadaires au sodium de l´autre rive. Il reste des taches fauves sur la mémoires en noir et blanc des corps confondus; la couleur solaire de Samy et de ses semblables que n´éteint pas l´obscurité.

           La télévision est allumée, son coupé. Un disque tourne sur la platine : Clasch chante " Guns of Brixton ". Détruire, brûler la ville, mais je reste sans bouger. Un CRS casqué hurle : " tirez-vous y a rien à voir ! "; sauf le visage couvert de sang de Malik Ossekine assassiné hier. Les journaux parlent de " génération morale ", je ne comprends pas. Je vois une gération de l´angoisse qui se révolte dèsque les libertés individuelles sont manacés. Le téléphone sonne; c´est Laura : " On se voit ce soir ?

           - Je sais pas...

           Et à toutes les questions de Laura, je réponds. " Je sais pas " avec ce dégoût de tout qui l´exaspère. Je ne peux rien y faire, c´est plus fort que moi. je dis nímporte quoi, je dis :

           - Oublie-moi...

           - C´est pas sérieux... Mais j´ai pas envie de faire quoique ce soit, j´ai pas envie de te voir.

           - T´as tort.

           - Pourquoi j´ai tort, t´as un besoin urgent de quéquette ?

           - Entre autres... T´as pas envie de prendre ton pied ?

           - Je suis en train de crever, Laura.

           - Il ne t´arrivera rien, je sais qu´il ne t´arrivera rien.

           J´avais raccroché. Je ne pouvais pas remuer; ni sortir ni lire ni me branler. " Il ne t´arrivera rien. " Avec quelle sûreté de soi Laura avait dit cela. Une gamine de dix-neuf ans ne sait rien. Un instant, je la vois autrement; je vois sa beauté friable devenir laideur. Un visage de sorcière ; ses cernes bleus s´agrandissent, ses yeux dorés sont fixés, ses cheveux gras et remontés en chignon, ses joues se creusent et blanchissent. Voir une sorcière dans une femme c´est refuser la féminité. Je sors dans le couloir pour aller jeter un sac poubelle dans le vide-ordures. Ma voisine attend l´ascenseur; il arrive et les portes s´ouvrent au moment où je passe derrière elle. Elle pousseun petit cri : " Mince, j´ai oublié mes chaussures ! "se retourne vers moi et roucoule : " Vous voulez bien me tenit la porte, je reviens tout de suite ! " Je la regarde courir jusqu´à son appartement; elle est très belle, grande, avec des jambes qui n´en finissent pas. Je suis appuyé contre la porte coulissante de l´ascenseur pour qu´elle ne se referme pas et je me demande comment ça se fait que cette fille vive avec un type barbu et à moitié chauve, employé des Postes, qui essaie d´apprendre le violon dès qu´il a un moment de libre et n´arrache que des gammes fausses au malheureux instruments. Ma voisine referme la porte de son appartement, court vers moi en tenant une paire de chaussures argentées à la main et en disant :

           - J´ai un spectacle !

           - Où ça ?

           - A Juvisy.

           - Qu´est-ce que vous allez voir, j´y travaille... Je suis meneuse de revue !

           Elle me frôle en montant dans l´ascenseur. La porte se referme, elle me crie : " Faudras que je vous invite un jour.

           Ja vais jeter ma poubelle. Je regarde le trou noir du vide-ordure et je me dis : " Si j´étais aussi mince que la belle, je porrais sauter là-dedans, ce serait une bonne manière d´en finir... Je suis allongé et je n´arrive pas à dormir. On sonne la porte. Je me lève, enfile un slip, vais ouvrir : c´est Samy.Il est livide :

           - Je peux entrer ?... T´es pas seul ?

           - Si... Entre.

           Il s´ssoit au bord du lit, se relève, enlève son blouson, va dans la cuisine, boit un verre d´eau du robinet. Je ne l´ai jamais vu comme ça :


           - Qu´est-ce qui t´arrive, t´es malade ?

           - C´est rien.

           Il s´enferme dans les chiottes et je l´entends dégueler dans la cuvette. Il ressort, va se laver la bouche au lavabo. Je me suis rallongé, il vient près demoi; je lui caresse la nuque, il dit :

           - J´ai pas envie.

           Moi, j´ai envie de dire :

           - Merde, c´est pas un hosto ici !, mais je me tais et j´enlève ma main. Je dis :

           - T´as envie de quoi ?

           - Pas envie de baiser avec la soirée que j´ai passée.

           - Je peux te toucher sans que ça veuille dire que j´ai envie de baiser.

           Il se tourne sur le ventre, pleure dans l´oreiller. Je l´amène doucement dans mes bras, il se laisse faire, je dis :

           - Qu´est-ce qui s´est passsé, t´as trop bu ? Pourquoi t´es malade ?

           Je suis malade, je me fais gerber... Tu comprends : je me dégoûte tellement que ça me fait dégueuler !

           Alors, Samy me raconte. Il était à l´entraînement de rugby; dans les vestiaires, après la douche, les flics-entraîneurs ont proposé aux joueurs d´aller chez André. Il a dit oui. Il est monté dans la R 18 break banalisé et ils ont roulé jusqu´au seizième arrondissement. Ils se sont garés avenue Georges-Mandel et sont descendus de la voiture. Ils ont sonné a un interphone; une voix de femme a dit : " Oui, bonsoir..." Le type qui conduisait la voiture a répondu :

           - C´est les gars du rugby.

           - Ah ! Entrez, vous connaissez l´étage ?

           - Oui, merci.

           Une femme d´une cinquantaine d´années leur a ouvert. Ils l´ont suivie dans un grand appartement presque sans meubles. Une vingtaine de filles étaient nues, dans toutes les positions possible ; des types, nus également, en général plus âgés qu´elles, grands et musclés, les baisaient, seuls ou à plusieurs, passaient de l´une à l´autre, se faisaient sucer, se baladaient en exhibant des sexes de tailles impressionnantes. Les flics-entraînaurs et les joueurs qui étaient déjà venus commerçaient á se déshabiller. Samyn´arrivait pas à faire un geste. Le conducteur de la voiture lui dit :

           - Qu´est-ce que t´attends ? Desape-toi !

           Ils étaient six : deux entraîneurs et quatre joueurs. Samy avait un peu honte : il était le plus petit. Il est très musclé et il vourt vite, mais les autres faisaient tous deux fois son poids. Ledeuxième entraîneur était déjà entré dans la mêlée. Un de joueurs dit :

           - On peut y aller ?

           - Attends, c´est comme d´habitude.




           Et le flic expliqua pour Samy :

           - Monsieur André fournit les filles, tu vas pouvoir faire tout ce que tu veux avec celles que tu veux, mais avant y a un petit service à lui rendre... Venez avec moi.

           Ils marchèrent dans un vouloir sombre, arrivèrent devantune porte fermée. le flic frappa : " Oui ! " Le flic et les quatres joueurs entrèrent dans la pièce et refermèrent la porte. Un homme d´une quarantaine d´années, bien bâti, était debout au centre de la pièce, les chevilles prises dans les fers, les bras en V au dessus de la tête tenus par des chaînes accrochées au plafond. Il avait descheveux blonds presque blancs, coupés très court, un corps imberbe, pubis et jambes rasés. Un jeune mec en blouson de nylon noir, treilliset rangers fouettait l´homme enchaîné avec une ceinture de cuir; il s´arrêta quand il vit les autres entrer. L´homme dit :

           - Ah ! Les rugbymen, c´est ce que je préfère !

           Le jeune mec fit quelques pas en arrière. Le flic dit :

           - Monsieur André, y a un nouveau, c´est Samy, les autres vous les connaissez.

           Un homme était assis dans un coin de la pièce, près d´une table où étaient posés des fouets, des cordes, des harnais d cuir, des pinces à seins, des anneaux d´acier chromé, des bougies, des cagoules et des slips de cuir. Monsieur André lui dit : " Pierre, allez vous amuser un peu et revenez tout à l´heure." L´homme se leva et sortit en emmenant le jeune mec en treillis. André dit en suite :

           - A nous ! Je suis prèt...

           Le flic poussa un des joueurs dans les dos : " AllezThierry.

           Monsieur André ferma les yeux, Thierry vint derrière lui e donna quelques fessées; puis il ferma le poing et les fessés devinrent des coups : sur le cul, dans le dos, au creux des reins. Samy détourna les yeux, voulut sortir; le flic le retint : " Reste ici et regarde. " Samy vit que le flic commençait à bander. Thierry vint face à l´homme enchaîné, il lui balança un coup de genou dans les couilles, quelques claques au visage, un coup de boule dans le ventre et des dirests sur les seins. Monsieur André avait toujours les yeux fermés, un sourire sur les lèvres; il pendait comme un cadavre au bout des chaînes accrochés à ses poignets. Soudain, il ouvrit les yeux, regarda Samy, dit :

           - Je veux essayer le nouveau.

           Le flic dit :

           - Samy, va chercher tes fringues.

           Samy revint avec ses vêtements et son sac de sport. Monaieur André lui fit signe de s´approcher de lui et dit doucement :

           - Mets-toi ton short et en blouson et mets aussi tes chaussures à crampons.

           Samy s´habilla, André dit :

           - Viens... Tu peux faire ce que tu veux avec moi, tout ce que tu veux...

           Alors Samy vint tout près de lui et lui cracha au visage. Il eut un instant d´immobilité, puis sa violence éclata : coups de poings, coups de pieds. Ivresse. Pierre revint dans la pièce. Samy se servit des insturuments posés sur la table, puis détendit les chaînes et fit s´allonger Monsieur André. Il monta sur lui et marcha sur tout son corps avec les chaussures à crampons. Monsieur André se branlait de la main droite et le cliquetis des chaînes accompagnait les va-et-vient de son poignet. Il jouit, son sperme mélangé à la boue du terrain de rugby restée accrochée aux crampons des chaussures. Samy bandait. Pierre dit :

           - Pas mal pour un novice, t´as de l´imagination !, puis au flic :

           - C´est rare que ça fasse bander un mecla première fois.

           le flic acquiesça ; il dit à Samy :

           - C´est OK maintenant va voir les gonzesses.

           Samy recula vers la porte, sembla sortir d´un rêve, se cogna au mur, se déchaussa ouvrit la porte,s´engagea dans le couloir; il entendit la voix de Pierre :

           J´espère qu´on se reverra... Est-ce que tu connais l´alchimie ?...

           Il traversa la pièce où la partouze avait lieu, alla jusqu´à la porte d´entrée de l´appartement,l´ouvrit, se retrouva sur le perron, s´habilla à toute vitesse, descendit l´escalier. Il vacila sur le trottoir, fit quelque pas, regarda vers le ciel, y vit du noir sali par le halo de pollution, se pencha vers le sol, s´agenouilla et vomit dans le caniveau, au pied d´une Harley Davidson dont les chromes scintillaient. Il ne savait pas où aller. Il vint chez moi. Nous sommes toujours allongés côté à côté. Samy me dit :

           - Tu comprends pourquoi je me fais dégueler ?

           - Je ne réponds rien, je n´[ ai rien à dire; je ne sais même pas si je suis étonné. Je pense à mes nuits. Je pense à Laura : où s´arrêteront nos violences quand nous faisons l´amour ? Samy parle encore :

           - Putain j´ai fait ça... Et ça m´a fait bander, cést vrai que ça m´a fait bander.

           Je débranche le téléphone, je mts le répondeur en marche, j´éteins la lumière et nous dormons dos à dos, sans nous toucher, séparés par des abîmes de draps blancs salis par mon sexe et celui de Laura. Le lendemain matin. Samy se lève tôtpour aller travailler. Il se fait un café dans la cuisine; je suis encore au lit. Je ne lui parle pas de ce qu´il m´a raconté hier soir. Il téléphone à Marianne, s´engueule avec elle; elle voulait qu´il soit près d´elle cette nuit et il n´est pas rentré. Le ton de Samy est terrible, froid, sans vie. Il raccroche :

           - Elle me fait chiercette conne ! Il m´embrasse, me dit qu´il s´en va. Je dis :

           - On pourrait habiterensemble...

           - Ici ?

           - Non, je vais chercher un grand appart,

           - Pourquoi pas.

           Marianne veut se venger de Samy... Elle se maquilla légèrement mais passa sur ses lèvres un rouge plus soutenu que d'habitude afin de leur donner un peu plus de relief. Elle se coiffa et fixa un serre-tête en velours rouge. Nue, devant la glace de la salle de bain, elle contempla sa peau claire, ses formes pleines mais encore gracieuses ainsi que sa poitrine lourde que son mètre soixante cinq mettait en valeur. Elle lissa sa toison blonde et se passa pour terminer un lait adoucissant sur le corps. Nouvelle Marianne avait envie de se jeter à cœur perdu dans sa nouvelle vie sexuelle.
           L'endroit est calme et silencieux, totalement désert. Il n'y a autour d'elle que de grands champs plats et déserts. Elle continue à avancer droit devant elle sans but précis, sur un chemin de terre. La rue était sombre, le temps glacial et seuls quelques passants égarés venaient troubler la quiétude d'un quartier à la réputation bien fondée. C'étaient ce quartier, cette rue, le cadre de vie de Marianne, une jeune fille qui n'avait pas été gâtée lors des 22 premières années de sa vie. Pourtant, elle espérait, encore et encore, qu'au détour d'un chemin quelqu'un vienne la sortir de cette vie morne et sans avenir. Cette dernière n'allait pas tarder à prendre une tournure assez particulière... Rien de tragique à ça. Juste la peur de laisser passer la jeunesse sans avoir su sublimer les élans du corps. Les mots en sont le reflet le plus trompeur et le plus jouissif peut-être. Trompeur parce qu'on ne saura jamais d'où vient le frisson qu'ils donnent. Jouissif pour la même raison. Honteux ? Elle espère que non. Elle devenait savamment plus présente lorsque l'ondulation cadencée parvenait au zénith. Elle était précise et circonstanciée, naturelle et attendue, délicieuse et sophistiquée, audacieuse et déterminée. L'allure nonchalante à laquelle il était soumis avait fini par modeler un glorieux corps, d'une extraordinaire tenue, impétueux, gonflé par une irrésistible envie de croissance perpétuelle, irradiant une chaleur surnaturelle : dignement dressé, la tête haute, d'allure altière, le corps tendu par l'ivresse que cette agitation lui infligeait, l'entraînait vers un bouleversement consenti du réel.

           Quelque chose d'indéfinissable la mettait mal à l'aise . En fait elle se rendit compte qu´elle avait une envie folle de faire l'amour avec un inconnu. Son apparence était maintenant plus secrète et mystérieuse. Son désir était sauvage, irraisonné. Ici et ce soir là , la beauté radieuse qu'elle offrait à la vue, et le désir violent que s'imposaient à elle d'évidence. Marianne devait avoir été recrutée à l´amour sur la douceur de sa voie et ses capacités pédagogiques car tout était parfait en elle pour assurer ses fantasmes. Elle parie quand même que le mateur avait du être troublé également par son physique de femme-enfant. Elancée, cheveux blonds longs jusqu'au milieu du dos, petites fesses toujours bien moulées dans de jolies jupes courtes ou plus rarement dans des pantalons très serrés, elle possède aussi deux pieds très mignons souvent mis en valeur dans des escarpins vernis à talons ou des bottes noires en cuir très fines. Marianne est une vraie coquine très libérée et même si leur relation a été brève Samy l'attendait à ce que l'ambiance soit friponne. Cela ne l'inquiétait pas, il prenait plaisir à combler les moindres envies sexuelles d´elle et leur relation était particulièrement torride. Mais, maintenant il souhait rester avec moiun peu de temps. Marianne savait ce qu'elle faisait. Il y a une grande différence entre se retrouver « salope » par circonstance et s'assumer en tant que telle au point de demander ouvertement à des hommes d'assouvir ses envies les plus inavouables. Elle savait que son image en serait à jamais changée pour les invités mais elle s'était trop exposée pour faire marche arrière maintenant. Elle ne sait pas où elle est mais, ce qui est pire, c'est qu'elle ne sait pas non plus où elle va. Malgré tout, elle continue à marcher, espérant peut-être finir par arriver à un endroit qu'elle connaît.

           Et puis Marianne a envie d'une cigarette. Elle cherche des yeux un bar ouvert où elle pourrait en trouver un paquet à cette heure-ci. Demi-tour. Non, pas celui-là, elle se souvient qu'ils n'en vendent pas... Celui-là non plus. Marianne croise deux types dont l'un fume en marchant. À tout hasard, elle lui demande une cigarette. Il accepte. Tous deux sourient d'un air entendu. Dès le premier coup d'œil, Jérôme a adoré la robe moulante et presque transparente. Cette nouvelle démonstration des talents de la belle Marianne pour l'allumer et s'exhiber le conforte dans l'idée de tout tenter avec elle. Il la regarde s'avancer, s'intéresse plus particulièrement au haut de ses cuisses qui semble se dévoiler un peu plus à chaque pas. La démarche féline d´elle exprime le plaisir, l'envie d'être offerte aux regards. Elle l'invite à lever son regard d'un simple doigt sur son décolleté et affiche fièrement ses seins redessinés par le tissu fin et étroit. Ce jour, elle est provocante et, devant lui, elle le regarde en conquérante alors :

           - Vous êtes Parisienne, mademoiselle ? lui dit le premier.

           - Non, enfin si. Je vis ici, quoi.

           - Et vous sortez dans ces endroits ?

           - Ça m'est arrivé.

Soit ils sont lourds, soit quelque chose m'échappe... Tous deux en parlant de choses anodines me dévisagent d'un air entendu, vicelard et effronté. Il est rare que des hommes de leur genre, en pleine rue, soient aussi directs.

           - C'est dingue ! dit-elle.

           - Comme beaucoup de choses, ici.

           - C'est surtout moi qui suis dingue ! Je mouille !

           - Quoi ?

           - Tu sais à quoi je pense ? lui dit-elle.

           - Veux-tu vraiment ça ?

           - Approche !

           Elle s'approche de lui et colle ses lèvres sur les siennes pour l'embrasser comme elle sait si bien le faire. Son sexe fit un bond dans son pantalon ! Marianne se mord la lèvre inférieure et ferme les yeux lorsqu'elle sent deux paumes chaudes se refermer timidement sur ses mollets. Les deux mains remontent ensuite doucement pour atteindre les cuisses qu'elles se mettent à caresser d'un mouvement régulier et circulaire. Les doigts se referment pour saisir la peau douce et brûlante alors que la respiration de la jeune femme se fait de plus en plus sifflante.

           - T'as pas envie de me baiser ? demanda-t-elle d'une voix chaude.

           - J'ai toujours aimé les femmes perverses qui ne pensaient qu'à une chose, même si c'était la fin du monde : le sexe, le sexe et... le sexe. Te défoncer ta chatte, oui !

           - Et... si je te disais que j'en ai envie ? J'en envie que l'on fasse l´amour.

           - Quoi ? Toi ? Toi et moi ? Mais tu es folle ?

           - Non, ça fait un moment que j'en ai envie.

           - Quoi ? Toi ? Toi et moi ? Mais tu es folle ?

           - Non, ça fait un moment que j'en ai envie. Me prendre comme une chienne ?

           - Ma queue, au fond de ton cul !

           - Montre-moi ta queue, demanda-t-elle. J'ai envie qu'on se branle ensemble.

           Elle attaquait à son pantalon et sortit son sexe raide.

           De son côté, Irina s'était agenouillée devant lui.

           - Elle est belle, si grosse.

           Elle tira la langue entre les barreaux, bouche grande ouverte et occupée à lécher le gland de son amant. Maintenant, sans se servir de ses mains, elle happe sa queue dans sa bouche, enroulant sa langue tout autour. Quel bonheur de sentir une bite dure contre ses lèvres ! Sucer profondément, sentir l'excitation monter quand elle pompe ce sexe tout entièrement dépendant de ses mouvements.

           - Elle serait si bien au fond de mon minou, ta grosse pine.

           Il savait qu'une fois l'action largement engagée elle basculait dans un état second où elle oubliait toute inhibition et que ces paroles crues, loin de la choquer, l'excitaient davantage.

           - Oh... J'aime ça sucer des queues !

           - Hum, et particulièrement quand elles sont grosses.

           - Oui, grosse comme celle de mon amant.

           - J'aime que tu es comme ça... salope.

           - Hum... J'aime ta bouche. Oui, suce ma queue, petite traînée. Suce, suce, suce encore. Pompe-moi la bite ! Wouah ! Elle va me vider juste avec sa bouche, la salope !

           Après elle l'essaies, Marianne a jamais essayé une pompe à bite de cet acabit !

           - Oh oui, caresse-moi les boules pendant que tu suces ! Oui, petite pute, montre ce que tu sais faire, suce, suce encore !

           - Dépêche-toi, j'en peux plus de me branler en attendant, redresse-la que je puisse fourrer ma queue dans sa chatte !

           Traitée de la sorte, sur le pavé mouillé, elle aurait dû détester. Toutefois, quoique avilie par les mots, elle n'était pas forcée physiquement, et elle était au comble de la frénésie, excitée, prête à se faire prendre et reprendre encore, à même le sol, tant la situation lui transfigurait, l'avait chauffé les entrailles. Elle sentait son vagin presque béant tant il appelait la bite.

           Marianne sent son souffle dans son cou, son sexe qui la remplit, ses mains qui l'agrippent les hanches pour qu'il s'enfonce encore plus loin en elle si c'est possible, la moquette murale qui titille sa poitrine durcie, et petit à petit tout son monde se limite à ces sensations, elle sent le plaisir monter au fur et à mesure de ses va-et-vient de plus en plus rapides et profonds, pour d'un coup déferler en une vague puissante venant de son ventre et envahissant tout son corps. Elle ne voit plus, elle n'entend, plus, elle ne respire même plus. Elle n´est qu'une sensation de plaisir. Les contractions de son vagin autour de son sexe attisent ce plaisir et provoquent le sien... Et Ils se retrouvaient soudés l'un à l'autre, fusionnés dans un autre monde...

           - Ah!... que c'est bon... comme tu me baises bien...

           - Parle encore, tu m'excites...

           - Va plus fort, défonce-moi... Va plus fort avec ta grosse bite! Toi aussi tu m'excites...

           - Oh! que t'es bonne, t'es vraiment bonne à baiser!

           Chaque coup de rein la projette en avant, je bute contre ses fesses.

           - Ah oui, j'aime quand tu cognes au fond... Oh! là, là... mes nichons qui ballottent... Ooooh oui continue... Oh oui comme ça mec... Ooooh c'est divin... Aaaah c'est trop bon... Aaaaah oui... Oooooh non... aaaaaaah !

           Il jouit bruyamment. Un bruit dans le trottoir les ramène à la réalité. Il se redresse. Se rhabille à la hâte. A travers la fumée de ma cigarette, nervosité oblige, elle peut mieux l'épier pendant qu'il lui parle. La conséquence est fatale : pendant que l'on parle de choses et d'autres, ses pensées tournent toujours vers ses désirs.

           - Permettez-moi de vous offrir quelque chose à boire, si ce n'est pas abuser de votre temps ?

           - Mais, monsieur, je suis une femme respectable et je ne vais pas boire un verre avec n'importe qui.

           - Ecoutez, jusqu'à ce moment, ma journée était comme toutes les autres et je vous ai vue. J'ai tout simplement envie de prolonger un peu ce moment de bonheur et peut-être de vous le faire partager ? C'est tout simple. Mais vous avez sans doute des tas de choses à faire ?

           - Au revoir, mec...

           En fumant toutes les clopes du paquet tombé d'une veste, allongée sur le banc, la jupe toujours relevée, elle avait pensé à la meilleure façon de finir la nuit, d'offrir à ce corps ému une apothéose. Rien de très prémédité, elle voulait simplement le revoir sans tarder et elle n'avait pas trouvé de meilleure proposition. Comment se cacher une telle évidence ! Elle avait ressenti des sensations uniques que elle souhaitait revivre et approfondir.




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Chapitre - VI


           Quand Samy st parti, je vois qu´il a un " 1 " rouge sur le compteur de messages du répondeur. Je rembobine la bande et j´écoute : " C´est Laura, il est deux heures du matin, j´arrive pas à dormir, réponds-moi... réponds moi je sais que t´es là... je m´en dous que tu sois pas tout seul, allez réponds-moi... je sais bien que t´es avec un mec, je peux même te dire que t´es avec un Samy, je le sens, mais laisse-moi te parler... pourquoi tu fais ça ?... ça te servira à rien.../Signal de fin/. Lauras´était tue, et le répondeur est étudié pour raccrocher de lui-même après quelques secondes si le correspondant ne dit rien. Je visite un appartement dans le vigtième arrondissement en haut de la colline de Ménilmontant. J´aime ces noms, Villeville, places des Fêtes, Crimée, Jaurès. C´est exactement à l´opposé de l´endroit oùj´habite. L´immeuble appartient à une compagnie d´assurances. L´appartement est grand, au deuxième étage et au-dessus d´un Prisunic. C´est assez sinistre et bruyant, mais pour cent mètres carrés le loyer n´est pas cher. J´appelle la compagnie d´assurances. Je leur dis que je prends l´appartement, ils vont faire tout repeindre, mais pour le bruit ils ne peuvent rien faire : ce sera à moi de poser des doubles vitrages. J´appelle Samy et je lui dis qu´on pourra emménager de 1er janvier. Il dit : " Y a deux chambres ?

           - Évidement !... Je sais bien que t´es pas pédé !

           Jaime m´appelle. Il veut absolument me voir, me dis que c´est important, quíl préfèrene pas me parler au téléphone. Je ne conprends pas pourquoi il fait autant mystères. Je le retrouve dans le café qui fait l´angle de la rue Guy-Môquet et de l´avenue de Saint-Quen. Je l´y ai souvent attendu, en buvant des whiskies et un piétnant sous le comptoir les mégots, les crachats et la poussière des fins de journée; des minutes infernalesà me passer la main sur le front, less joues et le nez, et à regarder partout si je le voyais venir. Enfin il arrivait, il avait la coke, on alait monter chez lui et se faire une ligne, mais avant il buvait une bière, et ça durait, c´était interminable, pourquoi ne buvait-il pas plus vite ? On préparait deux lignes, on les sniffait. Trois quarts d´heure plus tard, on recommençait et ensuite de plus en plus souvent, toutes les demi-heures, tous les quarts d´heure, on ne s´arrêtait plus; on avait l´impression d´exploser. On parlait; on écoutait Chris Isaac et du flamenco, du pur et aussi Los Chungitos. On remettaitcinq fois de suite " Ay que dolor " par les HotPants et je devenais fou. Il y avait des posters de Brando, de Morrison et de James Dean surles murs de la pièce et Jaime disaitses espoirs déçus; les amitiés cassées, la taule, la boutiqude fringues aux Puces. C´était comme le flamenco ; la nostalgie, la fatalité, la tragédie passée, présente et à venir; mais jamais rien de sinistre, pas de grisaille, pas d´accablement, l´impression que nos vies ne finiraient pas. Nous redescendions au bar, nous buvions du gin ou du whisky pour temperer l´effet de la cocaïne. Cette fois, Jaime est là le premier.Il me raconte une histoire embrouillée, me dit qu´il fait absolument que je vienne avec lui à un rendez-vous à la Porte des Lilas.Il dit :

           - Demarre, je vais t´expliquer

           Il est sept heures du soir, la rue Championnet est embouteillée. Je râle.

           - Calme-toi, je t´assure que ça vaut le coup dáller à ce rendez-vous... Je suis assitant sur cette pub, je connais bien le réalisateur, il cherche un chef opérateur jeune qui comprenne ce qu´il veut. Les clients proposent des stars du métier, des Anglais, il les refuse tous, t´as tes chances. En remontant l´avenue Gambetta, on passe devant chez Jean-Marc, un ami scénariste. Jaime dit :

           - Arrête-toi, on monte cinq minutes, j´ai un truc à lui donner.

           Jaime appuie sur le bouton de la sonnerie, Jean-Marc ouvre, semble surpris de me voir, nous dit d´entrer. On le suit jusqu´au salon. Je m´arrête et je regarde la scène, vraiment stupéfait : dans la pièce il y a un buffet dressé et vingt ou trente personnes débout qui me disent bonsoir en rigolant; des amis réunis par Jean-Marc pour fêter la signature de mon contrat de chef opérateur pour le prochain long métrage de Louis P. qui doit se tourner à Lisbonne. Je mets plusieurs minutes à me remettre de la surprise, et je leur dis à tous que cela me fais vraiment plaisir. Il y a Marc, sa copine Maria, mes parents, Omar, beaucoup d´autres gens. Laura est venue avec Samy qui est passé la chercher chez elle.

           Je parle avec Louis. Une fois de plus il ne veut pas croire que je suis séropositif. Il me raconte qu´un attaché de presse parisien dit en zozotant : " Mais non il n´est pas séropositif. Il dit ça pour la pose, pourse donner un genre... De toute façon, c´est impossible, il n´est pas sexuel ! " J´éclate de rire. La première fois que j´ai participé à un tournage, c´était sur un film de Louis. J´étais deuxième assistant opérateur. Il m´a tout appris sans jamais parler se cinéma. J´ai écouté ses plaintes et ses coups de gueule d´ancien peintre déchiré, écoeuré par les modes, la bêtise, la camelote des années quatre-vingt et la démision des cinéastes français qui ne filment plusque des espaces désertés par l´émotion. Louis grogne dans ce désert et il construit son oeuvre et sa sagesse contre les conformisme. Il n´a pas d´enfants; plusieurs fois, pendant quelque seconds, j´ai eu l´impression d´être ce fils jamais venu au monde. Je sais qu´on rencontre peu d´hommes comme Louis dans une vie.

           Laura avait prit conscience de la faiblesse morale de moi. Elle s´était efforcée d´être une bonne partenaire, insouciance. Mais Samy retenait une partie infime de líntérêt de Laura et ses aptitudes, qu´elle se sentait inutilisée, comme un réservois de plaisirs de grande capacité privé de déversoir. C´était un sot ; à se demander quelque chose à apprendre ou inculquer quoi que ce soit. Ses idées étaient fregmentaires, ses respect chez moi, et n´avait que de faibles chances de conserver la direction de futurs embats sexuels.

           Un appartement plus qu'agréable. Des passions. Du temps. La belle vie. Oui mais voilà... Comment, avec ces envies troubles qui tenaillent, ne pas paraître jouer un pâle Belle de Jour ? Ça s'impose pourtant, car comment jouer autrement, sans se brûler, ce rôle qui n'entre pas dans le cadre. Une jupe en soie beige, ni trop courte ni trop longue mais laissant apercevoir ses jambes fines, et un joli petit pull noir assez moulant et décolleté. Ni trop sage, ni trop voyant. Laura a aussi fait attention à choisir des bottes à talons pas trop hauts, étant naturellement assez grande (1m75 environ). Même mes sous-vêtements ont été soigneusement réfléchis car, après tout, nos dernières conversations me font penser qu'il n'est peut-être pas indifférent à ma personne, alors autant être prévoyante. Elle a donc choisi son ensemble préféré, à savoir un joli soutien-gorge qui met sa poitrine en valeur, même si son 90B est loin d'être opulent, et un string assorti qui découvre mes hanches rondes. La glace me renvoie l'image d'une jeune fille assez mince, qui sans être un canon de beauté peut espérer plaire... Samy s'était également déshabillé. Il prit une pose d'athlète. Son corps était magnifique. Ses épaules étaient larges et bien musclées, sa poitrine durcie de muscles pectoraux sans un gramme de graisse, sa taille était fine et ses hanches étroites, ses fesses bien galbées. La seule ligne droite qui brisait l'harmonie était sa verge dressée... . L'excitation lui vient du fait que Laura souhaiterait tromper sans son assentiment, elle aimerait qu'il s'offre à un autre homme, qu'un autre homme prenne sa place et que ce dernier dirige son ménage et que ce ne soit plus son partenaire.

           La solution nous apparaît très vite : Laura et Ramy partent à la recherche d'une séance de cinéma commençant le plus vite possible. Les billets sont achetés pour la première séance qui vient. A peine les lumières éteintes, il revient à la charge. Cette fois-ci nous sommes à l'avant-dernier rang, seuls sur la rangée, seule une personne peut nous observer au dernier rang. Mais le film doit certainement la captiver. Le dialogue est ouvert, il se réveille enfin et s'enhardit. Il commence à déplacer ses mains dans son dos. Elle frissonne. Comme elle est passive il continue et ses mains se posent maintenant différemment. Elles sont sur ses hanches, puis il les déplace vers le bas de son dos, il palpe sa peau à travers le voile de sa robe, les laisse un moment, observant ses réactions. Elle se colle à lui, son ventre et ses seins sont déjà moites, elle lui transmet sa chaleur, il sent bien qu´elle lui cède. Elle décroisa ses jambes, se rapprocha de Samy, puis il posa sa main sur son genou. Ses doigts coururent sur la peau douce, puis remontèrent lentement sur la cuisse. Il remarqua que la respiration d´elle s'accélérait. Leurs visages se rapprochèrent. Il sentait le souffle chaud de la poupée blonde sur ses joues. Il attira Laura vers lui, leurs lèvres se frôlaient encore. Elles s'embrassaient maintenant : leurs langues se mêlaient. Il se délecta de cette bouche : il la découvrait et la dévorait. Il écoutait son amie gémir sous sa langue, elle embrassait son pistil et ses petites lèvres. L'orchidée s'ouvrait à sa bouche et parfumait ses narines. Elle a à peine le temps de comprendre ce qu'il l'arrive, sa robe est déjà retroussée. Il devient passionné, ses mains s'aventurent partout, sous ses vêtements, le long de ses jambes, jusqu'à son sexe... elle est presque allongée sur les fauteuils, sa poitrine est au vu de tout le monde, et pendant qu'il lui caresse sa bouche prend possession de ses seins... Elle perds pied. Un murmure essouflé dans son oreille :

           - Tu me rends fou... Je peux sentir son sexe en érection dans ma main... Mon envie a rarement été aussi forte, il faut que je lui dise.

           - J'ai trop envie, viens en moi, maintenant...

           Brusquement il se place au-dessus de moi. Laura ne pensait pas qu'il accèderait à ses désirs, mais elle en est absolument ravie. Et lorsqu'il vient en elle, il n'y a plus de film, il n'y a plus de spectateurs, il y a juste l'assouvissement de leur plaisir... et c'est tellement bon ! Ses caresses, le fait de le sentir si fort en elle, mais aussi la situation, l'ont tellement excitée que le plaisir est là, immédiat, fulgurant. Ils se rendent décents avant le rallumage des lumières... Blottie dans ses bras, Laura savoure son bonheur. Elle est bien, tout simplement. Le film est terminé, mais difficile de les quitter là-dessus... ils restent en délinquants pour la séance suivante. A peine les lumières éteintes, et de manière quasi réflexe, ses mains se remettent à chercher le plaisir de l'autre. Mais pas question de revenir à la situation précédente, qui manquait de praticité. Alors ils sortent dans le noir de la salle. Les portes battantes viennent de se fermer derrière eux, et la voilà violemment plaquée au mur. Sa main remonte sa jambe contre lui, et part à la recherche du haut de ses cuisses, libres des bas. Son désir reprend vie de plus belle, peut-être même plus encore que les fois précédentes. Ses baisers deviennent plus passionnés, sa robe est à nouveau retroussée à sa taille, et elle décide de rendre la pareille à son amant terrible et donc de lui ôter son pantalon. Accroupie devant lui, Laura prend son sexe dans sa bouche avec délice, tout en laissant ses mains caresser ses fesses, son ventre, son corps... Elle aime le sentir se crisper sous ses caresses, savoir qu´elle lui donne du plaisir. Elle aime caresser son corps, objet de tous ses fantasmes, et qui sait se donner tellement. Il se relève brusquement, et se retourne contre le mur... Elle sent son sexe en érection entre ses fesses, elle lui tends vers lui, Laura a trop envie qu'il lui prenne là comme ça, sans autre forme de procès. Mais il la fait attendre, se contentant de parcourir avec son membre le sillon de ses fesses, puis de descendre plus bas... Il est à l'entrée de son sexe, mais ne fait que l'effleurer, le caressant d'une manière qui lui rend complètement folle. Elle gémit, elle essaye de l'attraper en elle, et à chaque fois qu'il s'éloigne un peu d´elle c'est une torture pour son désir. Brusquement, il accède enfin à ses envies. Le voilà en elle, fort et imposant. Ses mains ne restent pas inactives et naviguent sur tout son torse, jusqu'à sa nuque.
           Un employé arrive. Ils se rhabillent rapidement, et sortent du cinéma sous le regard réprobateur du videur...

           - Viens maintenant, viens !

           Plus jamais Laura ne verrait un film au cinéma de la même manière. Et Elle n´est pas sûre de pouvoir un jour y aller avec son homme sans avoir envie de lui au simple souvenir de cette aventure... Celle-ci l'a aussi appris qu´elle se sent prête à tout pour lui, y compris à dépasser ses tabous et à faire abstraction de tout ce qui pourrait entraver son plaisir. Mais ceci est une autre histoire...




           La soirées´échappe, je vais de l´un à l´autr, je bois pas mal et je snife de la coke dans la chambre de Jean-Marc. Je regarde Lauraet j´ai l´impression qu´elle change à vue d´oeil. Elle parle avec Véro et elle pâlit. Marial´observe et la haine est dans ses yeux. Elle voit ma mère qui plaisante avec Samy, elle s´approche de moi et dit :

           - Ta mère ne m´aime pas, regarde-la, elle est plus proche de Samy que de moi, elle me tient à l´écart. Elle préfère que tu couches avec un mec plutôt qu´avec une fille, c´est ça ?

           Je lui dis de se calmer, qu´on fait le fête, que ce n´est pas le moment de voir des problèmes où il n´y en a pas. Samy est ivre; il m´entraîne dans le couloir, me fait entrer avec lui dans les chiottes. On referme la porte, on s´embrasse, on se colle l´un contre l´autre, je touche sa queue à travers le tissu du jean. On sort des chiottes en riant : Laura est devent la porte, elle ouvre la bouche, va crier, se retient, me dit :

           - T´es vraiemnt une salope ! et Samy :

           - Fous le camp petit con, t´es content dávoir foutu ta merde ?

           Il s´éloigne en rigolant, marmonne :

           - Ta gueule, espèce de tarée...

           Laura est dans la chambre de Jean-Marc, elle pleure. Véro essaie de la consoler, vient me chercher, me dit :

           - Ya que toi puisse faire quelque chose.

           J´entre dans la chambre, je la vois en larmes, je dis :

           Fallait vraiment que tu me fasses chier un soir celui-là ?

           - Pourquoi t´es comme ça ? Véro m´a dit que t´avais rendu Carol cinglée. C´est vrai ? Y para:it qu´elle a eu une maladie nerveuse et qu´elle est restée paralysée.

           - Qu´est-ce que c´est que ces conneries ? Véro recule vers la porte, je l´attrape par le bras : Pourquoi tu racontes ça toi ?

           - C´est bien ce qui s´est passé ?

           - C´est complètement faux ! Allez fous le camp !

           Laura me voit revenir vers elle, elle se calme un peu. Je n´ai qu´une envie c´est sortir de cette chambre, elle le sent, me regarde avec un air de défi, dit :

           - Tu sais ce que raconte Maria ?... Que c´est elle qui t´a montré ce que c´est qu´une femme, qu´avant de baiser avec elle t´en avais pas la moindre idée... Elle a trompé Marc pour ça ? Pour t´apprendre comme sauter une fille ?

           Il ne reste plus que Samy, Laura, Jaime, Marc et Maria, Sylvain et Véro. Jean-Marc commence à ranger. J´emporte des verres sales à la cuisine et Samy me suit. Il m´embrasse, je dévore ses lèvres, je tourne la tête : Laura nos regarde. Elle fait un bond en arrière, ouvre la porte d´entrée, dévale l´escalier qui craque sous ses pas, hurle comme une bête blessée, je cours derrière elle, la rattrappe sur le trottoir. Elle étouffe, hurle toujours, pas de phrases, les mots les plus urgent :

           - Pourquoi... Tu m´aimera jamais... Je suis fotue.. Tu préfères cette petite pute, je veux crever...

           Elle m´échappe, court vers ma voiture, donne un coup de pied dans un phare qui explose. Des fenètres s´ouvrent, des gens protestent. Elle crie encore. ar de police s´arrète au milieu du carrefour. Ils veulent l´embarquer. Jaime intervient, dit qu´elle a beaucoup bu, que ce n´est rien, que je vais la ramener chez elle. Je force Lauraà monter dans la voiture, je démarre, je laisse les autres au borddu trottoir, je ne leur ai même pas dit au revoir. Je la ramènechez sa mère. Elle se calme :

          - Excuse-moi, mais je peux pas supporter ça, tu t´embrassais comme tu m´as jamais embrassée... Tu pouvais pas faire attention, te débrouiller pour que je voie pas ça ?

           - Et toi, tu pouvais pas respecter cette soirée ?

           - Parce quetu croisque tu m´as respectée ce soir ?

           Je regarde Laura entrer dans l´immeuble. Elle ne trouve pas ses clés, appuie le bouton de l´intérphone, réveille sa mère.

           Elle n´arrive pas à dormir, vomit pendant toute la nuit : un peu d´alcool, les petits fours de la fête maudite, puis de la bile et encore de la bile; la seule substance qui emplit le vide de son corps. On a tourné seize heures suite, je suis crevé. Le patron de Shaman Vidéo a tenu parole ; Samy n´est plus coursier, il est devenu assistant. Il travaille avec moi. Il se se donne du mal; je le félicite. Je me dis que pour une fois j´ai fait une bonne action; il est mieux là qu´à cambrioler des appartements avec ses anciens copains de Stalingrad. On se sépare sur le trottoir, il rentre chez Marianne. J´avance vers l´entrée de la tour où j´habite. La cité est déserte, l´air piquant. Il y a du vent, les volets battent contre les murs. Je pends l´ascenseur, j´ouvre la porte, dans le noir, je vois le chiffre rouge sur le compteur du répondeur : huit messages. Je les écoute en me déshabillant; sur le dernier la voix de Laura :

           - Je pense que t´es pas là et que t´es en train de tourner alors j´en profite pour de souhaiter un bon anniversaire... voilà. Au revoir/ Siganl de fin/.

           Elle avait la voix cassée. C´est bon que Laura ne m´oublie pas. Le boulot, l´appartement, Samy, je pensais moins à elle. C'est dimanche, la journée s'annonce belle et ensoleillée, c'est le premier jour d'été, on entend les oiseaux chanter dans le jardin. Laura s'est levée de bonne heure, les enfants sont déjà dans la cuisine en train de prendre leur petit déjeuner. Elle porte une jupe blanche très légère jusqu'aux genoux, avec un chemisier blanc transparent agrémenté de magnifiques volants. Elle tient dans sa main une chaîne très fine avec un petit coeur de diamant que sa mère; elle ne s'en sépare jamais, elle le garde toujours soit dans sa poche, soit dans son sac, même encore aujourd'hui ce bijou représente pour elle cet amour qu'elle a enfoui à jamais au fond d'elle-même. Silence confus... Demain je lui téléphonerai. Une autre nuit de décembre.

           - Si tu veux nous pourrions sortir dîner ensemble ce soir, me dit-elle.

           - Pourquoi pas, je serais heureux.

           Quand je pense qu´elle était totalement nue quand elle a essayé cette robe, je m'imagine que Laura n'a peut-être même pas mis de culotte ? Elle porte également de beaux grands escarpins noirs qui complètent le tout à merveille. Elle a remonté sa longue chevelure en toc, laissant quelques mèches courir le long de son cou. Elle est vraiment resplendissante et il est normal que toutes les têtes se soient retournées pour la contempler. Ton corps dansait sous cette robe d'été légère qu'un rayon de soleil couchant rendait presque transparente Le repas fut rapidement avalé, le serveur vint souvent se poster derrière toi, observant à la dérobée ton décolleté lorsque tu te penchais sur la carte, ce qui ne manqua pas de me provoquer une érection complice. Je t'en ai fait part et tu fus ravie de nous exciter. Tu m'as surpris au dessert lorsque volontairement tu as fait tomber ta fourchette. Galant, notre serveur s'est baissé lentement pour la ramasser à proximité de ta cuisse dénudée en regardant discrètement sous la table. Ta main a serré la mienne, et j'ai senti tes jambes s'écarter pour lui montrer ton minou taillé. Tu étais heureuse de t'exhiber ainsi sans grand risque. Il s'est relevé, le visage tout rouge, et tu l'as gratifié d'un sourire complice. On échange des regards... Laura m'embrasse. Il a du mal à se contrôler ; il est à la fois spectateur et victime de nos actes, par notre acharnement à le faire bander... Dans la voiture, quand elle s'assied, sa robe passe entre ses jambes et je vois ses cuisses toutes bronzées. Nous avons reparlé de ce moment jouissif, ma main s'est glissée sous ta robe courte repliée au niveau de ton minou, j'ai pu constater combien tu étais mouillée de t'être ainsi dévergondée. De retour à chez moi, je l'ai embrassé sauvagement, fier de cette nouvelle expérience.

           - Tu es en érection ?

           - Oui, je repensais à vous. T´es vraiment très belle... et t´ as l'air de me donner beaucoup de plaisir.

           - Oui, tu est expert.

           - Je te trouve très séduisant, je crois.

           - Tu voudras que l'on fasse l'amour tous les deux ?

           - Oui, je crois que j'aimerais assez.

           - Vous pouvez regarder mes cuisses. J´adore ça. Elles te plaisent, non ?

           - Euh... oui, très belles.

           Laura offerte sur mon lit; je m'approche ensuite et embrasse son ventre, tandis qu´elle le caresse ses joues mal rasées et de ses cheveux. Cette fois, je la sentais câline. Alors de mon autre main, j'ai doucement massé ses seins. Je les ai soulevés comme elle aime, caressant délicatement les pointes qui se sont plissées d'un coup sous mes doigts, je sens le string de Laura s'humidifier de son désir, ma tête entre ses jambes. Je déchire son slip avec mes dents. Elle sentait de ma langue sur sa lèvre inférieure le trou glissant du vagin et sur sa lèvre supérieure le petit point dur du clitoris. Entre les deux lèvres intimes, sous ma langue, la chair chaude et douce de la fente ouverte, coulant en continu dans ma gorge. Leurs gémissements se mêlaient en un chant païen à deux voix qui allait crescendo. J´aurais pu avaler cette chair pendant des heures, pour se souder à en son point le plus chaud. Je dirige mes caresses buccales directement sur le gros clitoris qui émergeait à présent de son capuchon. J'enfonce mon doigt lentement et le fait bouger dans son minou brûlant. Je passe ma queue dans le trou de l´étoffe et je pénétre elle. Je suis sur le point de se faire jouir... Je ne veux pas me retenir, je me laisse aller. D' un seul coup, je me mets à crier très fort m'obligeant à interrompre les mouvement de va-et vient à elle. Je jouis très fort. Nous jouirons ensemble, noua vaons faites tout ce qu'il faut pour cela. Mon orgasme a été d'une telle puissance que j'ai eu comme une absence, une sorte de trou de mémoire de quelques minutes. Lorsque j'ai repris mes esprits, j´ai vu Laura pleurer de joie d'avoir connue un orgasme pareil.

           C´est après l´amour, dans la lumière bleutée qui baigne le studio. Laura allumeune cigarette, se lève, fait quelque pas. Elle voit des cartons pleins posés par terre :

           - Tu demarres ?

           Je flaire le piege, mais à quoi bon mentir ? Ma voix n´est pas très asumés:

           -J´ai trouvé un autre appartement, beaucoup plus grand.

           - Où ça ?

           - Dans le vingtième.

           - C´est loin.

           - Tu sais, je le prends pas tout seul, il me fallait quelqu´un pour partager le loyer.

           - Alors t´as pensé à Samy ?

           - Comment tu le sais ?

           - Je le sais pas, je m´en doute.

           De la fureur et dela terreur mélangées dans les yeux de Laura, elle dit :

           - Il a eu ce qu´il voulait, il est très fort, Samy... Plus fort que moi.

           - C´est quoi " ce qu´il voulait ? C´est moi qui lui ai proposé d´habiter avec moi.

           - Tiens, donc !

           - Je te considère une nymphomane comme une fille sûrement un peu folle qui, par son attitude, révèle, de façon terrible et inacceptable, que la gente masculine, nombreuse et porteuse d'une virilité tant manifestée et offerte, serait tellement incapable de satisfaire sexuellement une femme, qu' elle se tournerait, par dépit, vers les faveurs d'autres hommes.

           Un des derniers jours de décembre, froid mordant, ciel gris et jaune. Il va neiger. Je suis à Vanves chez un loueur de caméra. Je vérifie le matérial que je dois emporter le lendemain pour touner à Lyon. J´ai dîné seul. J´ouvre la porte de mon studio. Avant tout, avant même d´allumer la lumière, je regarde le nombre d messages sur le répondeur. Ça devient une obsession; je suis happé par le chiffre inscrit en rouge sur le compteur. J´attends des voix, des signes de l´extérieur, des mots de Laura, un point fixe, une bouée à laquele m´accrocher pour garder la tête hors de l´eau, pour surnager dans un océan de terreur. Quatorze messages. Je les écoute à vitesse accélérée jusqu´à entendre la voix que j´attends :

           - Allô, c´est Laura... / Signal de fin /.../ Signal de fin /.

           - Ouais, c´est encore moi, j´ai l´impression que t´es là... / Signal /.

           - Tu t´en fous vraiment quand je te dis que tu me manques. Je vais pas te fairechier, je sais que tu te réveilles tôt demain matin pour partir à Lyon, alors réponds-moi si t´es là. Peut-être que je me trompe et qu´en fait t´es pas là.../ Signal de fin /.

           - Je suis vraiment désolée d´appeler si souvent mais comme je peux pas t´avoir toi, je parle à ton répondeur, il est plus fidèle que toi, il décide pas d´habiter avec Samy, lui. Tu te rends compte de ta chance ? T´as une petite fille qu´est chez elle, qui t´appelle, qui pense tout le temps à toi et tu t´en fous. Y en a beaucoup qu´aimeraient être à ta place... Bon, c´est vrai que toi tu préféres les petits garçons, mais fait faireavec ce qu´on a !... Ça peut durer des heures, je parle à ta maquine, ça m´évite de me parler à moi-même. La prochaine fois je pourrais m´enregistrer sur une cassette et te l´envoyer, ce serait plus simples... Qu´est-ce que ja fais en ce moment ?... Je suis en train de lire " L´Extermination des tyrans " de Vladimir Nabokov. C´est très bien. Sinon, quoi d´autre ? Pas grand-chose en fait... J´attends de faire ma valise pour partir à Cannes chez mes grands-parents. Qu´est-ce que je fais dáutre ? Rien... Je fais rien d´autre... / Signal de fin /. Qu´es-ce que je fais d´utre encore ? Je fume beaucoup... Je fume pour oublier... que tu bois ! Npn, pas que tu bois, mais que t´es pas là... Ça devient une obsession, y a même plus d´envie, c´est dur ça... T´appelles, tu finis même par appeler comme ça, par habitude... Alors j´attends, j´attends et t´es pas là... Et puis même si t´étais là, qu´est-ce que ça changerait ? J´ai tellement peur... J´ai peur... J´ai peur de tout... J´ai peur du mal... / Signal de fin /.

           Je suis en slipsur mon lit. Le téléphone sonne ,je ne réponds pas. La voix de Laura sur le répondeur, je suis tétanisé, je l´écoute mais il ne me vient pas à l´idée de décrocher le combiné. Je me relève lentement et j´augment le volume d´e´coute du répondeur. A ce moment-là, Laura dit :

           - Alors tu vois, c´est l´histoire de quelqu´un qu´est toujours à la recherche de l´amour et un jour il le trouve et puis il a l´impression qu´il le perd, et il a peur de le perdre. Il a tellement peur de le perdre qu´il fait tout pour le perdre. Il attend, il se ronge les nerfs et la santé. Il attend, il attend que l´amour va revenir, alors il provoque, il demande, il offre et puis y passe rien, et puis un jour l´amour revient, très fort, il est content, il s´y attendaitp as, il est heureux et il fait tout pour que ça dure, parce qu´il sait qu´n il a tout a fait pour le perdre, cette fois il va essayer de le garder, malheureusement ça marche pas parce que plus il a envie de garder cet amour plus il s´en va, c´est normal. Mais ça devrait pas être normal, le bonheur ça devrais pas se payer aussi cher, alors il encaisse, il paye, il paye, il paye, il en souffre... et il paye tellement... Oh non !... Il pense qu´il va encore le perdre à force d´avoir tellement donné... Voilà, enfin ça peut durer des heures... une autre histoire : c´est quelqu´un qu´est à la recherche de l´amour et une fois qu´il l´a il en veut pas, parce qu´il sait pas ce que c´est vraiment que l´amour, il croit le trouver avec des gens, mais c´est pas ça... L´amour il peut être partout, il suffit de s´y intéresser, d´essayer de le capter vraiment, mais il faut en avoir envie, il faut se donner l´envie et lui il se la donne pas... Il l´a entre les mains, mais il le laisse tomber par terre, il le perd et après il le trouvera plus nulle part.../ Siganal de fin /.

           Noël en famille; mon père, ma mère et moi. Mon père a eu un infarctus après l´été. Artères bouchée et rendues cautchouteuses par le tabac, l´alcool, hérédité ; son père est mort d´artèrite après avoir été amputé d´une jambe. En septembre, mon père s´est fait opérer; la cuisse droite ouverte de l´aine au genou; plus de cigarettes, plus d´alcool, du repos. Il ne peut plus bander. Je sais qu´il ne suivra pas le ordres des médecins, il recommencera à fumer, à boire, à ne jamais prendre de vacances. Il nie. Il fait comme si rien de tout cela n´existait. J´ai dit à ma mère que j´étais séropositif; elle le lui a répété. Il a dit :

           - Et alors ?... Il ne lui arrivera rien.

           La même certitude de Laura. Est-ce de l´amour absolu ? Une fuite ? Un courage effrayant ? Je regarde mon père et je pense : " Le quel de nous deux va crever le premier ? " Ma mère pose une épaule dágneau rôtie sur la table et je croise son regard. Elle est au fond du gouffre; c´est comme si elle avait entendu cette question que je me posais en silence. Elle se la pose peut-être aussi, en d´autres termes. Elle est épuisée. Elle a abdiqué la vie qu´elle méritait et il faut qu´elle supporte cette double menace qui pèse sur son fils et sur son mari. C´est pire que si c´était elle qui était menacée. Pourtant elle doit être là, elle n´a pas le droit d´esquiver. Elle est là parce qu´il faut bien que quelqu´un dise :

           - Et alors, vous rêvez ? Claude, découpe l´agenau et servez-vous, ça va refroidir !

           Noël mur du silence, Nouvel An solitude : la fin des mots de décembre est une erreur du calendrier, un trou dans l´espace-temps. Chaque année c´est pire : de moins en moins de fête, de plus en plus de commerce, de la dinde et des bûches glacées entassées dans les estomacs, la ville décorée par des fonctionnaires de la guirlande. Laura est à Cannes chez ses grands-parents. Ça y est. Minuit est passé, c´est une autre année. Embrassades, cris, serpentins et cotillons, joie de papier mâché. Je m´engage en roulant lentement dans la rue Sainte-Anne. C´est un pélerinage. Il n´y a plus que des gigolos arabes camés ou malades ou les deux, et quelques travelos égarés. Pour moi, c'était la cible idéale, même si elle ne m'accorda pas un regard de ses yeux verts de rousse. Cheveux mi-longs légèrement frisottés, elle tenait un petit sac à main noir qui se balançait au rythme de ses pas. Je scotchai mon regard à ses jambes couvertes d'une fine matière noire très transparente, remontant des chevilles aux genoux et le doute n'était plus possible : elle portait des bas. Il y en a un qui me sourit, à l´angle de la rue des Petits-Champs. Je me gare. Alors , s´approche d´autres...

           - Pardon madame, puis-je vous dire un mot, s'il vous plaît ? tout en affichant un large sourire. Elle me toisa un instant.

           - Oui, je vous en prie.

           Il monte dans la voiture. Il est métis, avec des cheveux noits, longs frisés, des seins qui pointent sous le blousons en fourrure synthétique. On parle longtemps. Ma main ne s'arrêta pas là et je glissai rapidement vers ses cuisses ; je sentis à travers le tissu léger, le petit renflement au niveau des jarretelles et je posai ma main juste à la lisière de sa jupe, les doigts à l'intérieur de sa cuisse droite. Ce moment délicat est décisif, c'est là qu'on sent si une femme est prête à s'abandonner et la suite ne sera que littérature. Ma main s'aventura plus haut, effleurant les jarretelles au passage, glissant sous le haut du bas pour caresser la chair si délicate de la cuisse à cet endroit. Elle s'offrait complètement et j'avançai ma main jusqu'à son entrejambe, effleurant le tissu léger de sa culotte. Elle ouvrit très largement les jambes, complètement impudique, je me reculai un peu pour profiter du spectacle... Pendant ce temps, ses mains s'affairaient sur ma braguette, elle défit mon ceinturon et sortit mon sexe tout raide et gonflé de désir depuis un bon moment. Elle commença à me branler gentiment entre le pouce et l'index et prenant ma main avec sa main restée libre, elle me la posa sur la verge, m'incitant à me branler.

           - Mais tu n'y penses pas, tu imagines ?

           - Imagine quoi ?

           - La taille de ma queue.

           - Mais pourquoi tu ne m'en parles que maintenant ?

           - Quoi... ?

           - Branle-moi bien, tu es une pro !

           Elle me sourit et sortit de la voiture après en avoir allumé les phares. Elle était lui, un traveco... Elle me dit qu´elle s´appelle Harold, son membre magnifique dressé comme une flèche. Il se tint les mains sur les hanches, balançant son mandrin devant moi, à l'aise, alors, Je lui dis que j´ai soif, que je lui paye un verre. Il descend, me dit de le suivre. Devant moi son cul se balance, moulé dans une minijupe en cuir. Je me demande si je vais le baiser; je me moque de payer, mais je ne sais pas si j´ai envie de sexe : c´est l´accouchement de nos mémoires qui m´excite ; nos nostalgies mises à nu.




           Il entre à l´Anagramme.Je me dis : " C´est pas possible que ça existe encore ! " Je venais là il y a six ou sept ans, pour manger des spaghettis à la tomate juste avant l´aube. Ça n´a pas changé : laque noire, glaces, marqués des visages atténuées par les lumières douces, mélange de lourdeur t de légèreté, de pessimisme fondamental et d´énergie joyeuse. Elle accepta après une légère hésitation et ils se mêlèrent auc couples qui avaient envahi le bar... Le bar du Club était confortable et discret. Il y avait de petites tables, avec de larges fauteuils très confortables, quelques divans dans le fond de la pièce et une grande piste de danse, entourée sur trois côtés de tabourets et dont les murs étaient couverts de miroirs. Sur la droite de la piste, un corridor menait à une douche ouverte pouvant recevoir au moins 8 personnes, en face de cette pièce, un salon, avec un téléviseur géant, et juste derrière, j'ai aperçu une espèce de scène sur laquelle se trouvait des chaises longues couvertes de coussins, derrière cette scène se trouvait un grand sauna. La piste de danse était absolument vide alors que la musique battait son plein. Un savant mélange de disco et de rythmes plus actuels faisait vibrer mon corps. D´autre côté du salon, une belle blonde croisait et decroisait sans cesse les jambes. Il faut dire que sa robe est vraiment sexy, on ne peut plus près du corps et lui permet d'admirer au mieux ses longues jambes. Ses seins jouaient librement sous la soie du tissu. Je me demandais ce qu´elle cherchait réellement. De plus, je pense qu´elle doivait aimer et reluquer les hommes en costumes cravate.

           - Arrête de mater comme ça, tu vas finir par perdre un œil.

           - Et que fait une si charmante femme toute seule ici dans ce lieu de perdition ?

           Les choses se sont déliées, surtout lorsque, voyant la tournure des évènements... J'ai les yeux rivés sur elle. Les flashs des stroboscopes projettent un diaporama permanent de ses formes en mouvement. Elle rejette la tête en arrière en se passant les mains sur le corps. Ses gros seins ballottés se découpent sur fond multicolore, balayés par ses longs cheveux. La lumière des spots rend la femme encore plus sensuelle noirs. L'effet est saisissant. En contre-jour, on l'imagine sans peine à moitié nue. Je savoure longuement ces images, ce qui n'arrange en rien l'état de ma braguette.
           Je bois un Cointreau-tonic qui a une couleur blanche spectrale sous les lumières noires, lui, elle, Mia, trempe ses lèvres dans un whishy-Coca. La blonde croisait les jambes avec un air innocent, laissant la robe remonter largement, jusqu'à ce qu'il puisse entrevoir la partie la plus sombre de ses collants gris. Le piège fonctionnait à merveille, il poursuivait la conversation, mais elle me vit rougir et je lançais des regards de plus en plus fréquents vers le spectacle ma foi pas encore trop excitant qu´elle m´offrait. Je me tortillais sur mon siège, je devais voir le noir de sa culotte au travers du collant ! Elle sourit, amusée, devinant son trouble et choisit de faire comme si de rien n'était. Elle me parle d´un amant qui l´a fait voyager : " Il était piémontais, la plus grosse queue d´Italie, il tapait avec sur le comptoir des bars de Tanger ! " Un autre travesti entre dans le bar. Elle fonce vers notre table, moitié riant, moitié pleurant, embrassse Mia sue les joues et moi sur les lèvres en disant :

           - Salut chéri !

           Mia lui demande ce que ce passe. Elle dit qu´elle était dans un bar et qu´un mec, un vrai pas un pédé, la regardait. Alors, elle lui a rendu ses sourires et ils ont fini par se parler. Le type l´a emmenée chez lui, et là, il a soulevé sa jupe et a commencé à lui faire une pipe alors qu´elle s´attendait à des assauts de virilité. Elle rit, elle pleure, elle dit :

           - Tu te rends compte, avoir été pris depuis le début pour le contraire de ce qu´on veut montrer !

           Elle s'exhalait de tout ton corps une odeur troublante de sueur d'amour et de sexe, de sperme et de mouille, un cocktail affolant qui l'enivrait, l'affolait et lui donnait l'envie brusque de la prendre ainsi dans ses souillures. Il se leva à demi de son fauteuil.

           - Essaies-tu de me faire croire que tu ne couches pas avec Jack ?

           - Non. je dis seulement que je le fais gratuitement. Les putes savent se protéger, répondit-elle. Les putes savent se protéger de types comme vous, répondit-elle.

           Mais, Mia se demandait de quoi elle était la plus contente, de la robe sexy ou de son corps parfaite ? On l´avait beaucoup regardée dans les rues de la ville. Etait-ce la robe courte qu´admiraient ces regards ? La robe, révélant son cul d´une beauté marquante. Son rouge à lèvre était assez provoquant. Ses yeux pétillants, elle n´est pas très maquillée, elle n´en a d´ailleurs pas besoin. Ses sublimes fesses d´adolescente tendue vers le ciel, elle avait un postérieur absolument magnifique. Le sentiment profond d´être une source d´érotisme par cette femme frottait admirablement son ego. Elle était parfois surprise elle-même de certaines de ses réactions, de ses désirs, de la manière dont elle les assume, plus ou moins intensément, ou plus ou moins consciemment.



           La soirée avançait et notre état d'ébriété avec. Ben devenait égrillard, non par ses paroles, mais avec son regard. Je voyais l'étincelle du stupre au fond de sa pupille. J´étais né dabs un environnement qui ne facilitait pas son éducation des bonnes manières. En voulant terminer son baiser sur une note plus folle, je me penche en arrière, se retenant à elle en posant mes mains sur ses épaules. Mais un faux mouvement lui fait perdre l'équilibre. Elle me regarda avec intensité et ses yeux brillèrent. Je la connaissais, elle était excitée. Je l'ai serrée contre moi et l'ai embrassée. Pendue à mon cou, elle me toisa d'un air coquin. A un moment il me glissa à l'oreille :

           - Je crois qu'on avait aussi un peu peur d'être pédés, c'est pour ça qu'on n'avait pas très envie d'aller trop loin. Tu veux que je t´encule et Tu veux que tu soie mon premier client ?

           Elle me regardait avec intensité, cherchant à deviner mes pensées.

           - T´as un beau cul ? Tu as une belle bite ?

           - Un cul normal, une bite normale.

           - Et te veux me juté où ?

           - Par terre et sur le mur.

           Et tu en as envie ? T'as envie de te faire enculer ?

           - Oui, j'ai très envie d'avoir une bite dans le cul.

           - Petit vicieux, qu'est-ce que t'as un joli cul ! , je ne lui refuse jamais. J'aime par-dessus tout découvrir ce qui anime sa libido et ses fantasmes. A cette inclinaison naturelle pour les plaisirs de la chair et mon attirance pour les jolis gays.

           - Tu vais me baiser ?

           - Non...

           - Pourquoi, mec ?... Tu verras mon cœur ! Tous les hommes vont t'envier !

           Après avoir hésité un peu...

           - Je suis séropositif !

           - Oh non !... Bye bye.





           J´ai laissé quelques affaires et le répondeur téléphonique dans mon studio du quinzième arrondissement. Laura est encore à Cannes. Le téléphone sonne : c´est elle. Elle ne sait pas que j´ai déménagé. Elle me demande pourquoi je ne l´appelle jamais. Les minutes passent : dix, quinze, vingt. On ne se dit rien. Elle répète seulement qu´elle a " des choses à me dire ". Je ne supporte plus la conversation, je reagrde l´heure, je dis : " Laura ", j´ai un rendez-vous et il faut que je prenne un bain." On parle encore, je pense à autre chose qu´aux mots prononcés. Je sens une violence incontrôlable qui monte en moi et met mes nerfs à vif. Je me mets à hurler, je l´insulte. Elle se défend, crie :

           - T´as ce mec dans la tronche et tu peux pas penser à autre chose, est-ce qu´y te baise au moins, je suis sûre que non, tu dois être devant lui avec la langue pendante comme un clebs, à lui faire des yeux d´opossum en attendant qu´il veuille bien t´enculer une fois tous les quinze jours, putain c´est lamentable !

           Je hurle :

           - Tu me fais chier, espèce de sale conne ! et je raccroche.

           Le téléphone sonne tout de suite après.Jedis: " Oui ? ", j´entends la voix et j´raccroche. Ça, sonne de nouveau. Je décroche, hurle : " Putain mais qu´est-ce que tu veux espèce de connasse ? " et je raccroche. Je mets le répondeur en marche. Je fais couler de l´eau dans la baignoire. La sonnerie du téléphone, deux fois, le répondeur se déclenche. Je ne peux pas m´empecher de monter le son. J´entends Laura, sa voix déformée par la machine, mais exactement elle quand même, flottant dans la pièce; Laura épiant chacun de mes gestes, cherchant a précédermes pensées. Elledit :

           - Je te remercie une fois de plus de me rendre comme ça, est il faut que tu le fasses quand je suis loin. Hier j´ai été bouffer sur la plage, je regardais la mer et je pensais à cet été... voilà... et j´ai eu envie de t´appeler parce que je pensais à toi et puis j´ai réfléchi et je me suis dit que c´était vraiment fini, je sais pas pourquoi à cause de toi, à cause de moi, va savoir... Je me suis dit que c´était plus possible, que j´en avais marre d´aimer trop quelqu´un qui m´aime pas... alors voilà... j´ai voulu te le dire, mais tu t´en fous, parce que t´y crois pas, et moi j´aimerais ne pas y croire, je te jure çame fait des frissons, j´ai froid.../ Signal de fin/.

           Sonnerie, la voix dans le répondeur : " C´est encore moi, t´es pas obligé de répondre, je crois même qu´il vaut mieux pas que tu répondes, tu vas encore t´énerver parce que t´as pas envie de me dire des choses gentilles, alors reste dans ton bain... C´est vraiment du gâchis d´amour, de sexe, de tout, écoute je crois que je vais rester sur mes souvenirs et puis je vais essayer de changer de... d´érection !... de changer de direction !... et puis je vais refaire comme avant, rencontrer des mecs à droite à guache, ce sera plus simple, j´aurai plus rien dans la tête, j´attendai rien de personne... parce que quand tu penses que quelqu´un est capable de te donner plein de choses, t´attends, et si le mec te donne rien, rien, alors t´as l´impression que c´est parce que tu le mérites pas... alors on devient chiant, on se demande pourquoi, c´est toujours comme ça, au lieu d´aller dans le bon sens, tu recules, et puis tu tombes... Alors là, je me relève tout doucement, je suis pas encore debout, mais le jour où je serai debout, c´est-à-dire bientôt. dans une semaine ou dans un mois, je penserais plus à toi. Je vais pouvoir faire des choses et j´aurai pas cette culpabilité que tu me donnes, d´avoir l´impression de faire chier les autres, parce que je serai toute seule avec moi-même... Remarque, je suis déjà seule et la seule personne avec qui je me sente bien c´est toi, alors quand j´ai envie d´être seule, je pense à toi... J´ai plein de choses à apprendre, plein de choses à voir, mais j´arrive pas à trouver l´equilibre pour vivre normalement, je suis désaxée, je suis toujours avide de quelque chose, heureusement d´ailleurs, parce que c´est ça qui me sauve. Mais toi t´essayes pas de comprendre ce que j´ai dans ma tête../ Signal de fin /.

           Il neige. Les flocons fondent dès qu´ils touchent l´asphalte gras; puis ils résistent mieux, au bord de trottoirs, le long des caniveaux, et on pautage dans une soupe boueuse. A la fin du jour, tout est blanc, la couche de neige assourdit les sons. Nuit mate. Samy revient de son boulot.Il est crevé, une heure de métro le matin, une heure le soir pour rentrer c´est dur à supporter. Quand il habitait chez Marianne, il était tout près d l´endroit où il travaille. Il regarde la neige tomber, ouvre une fenêtre, se penche au-dehors. Il me parle de la montagne et ses yeus brillent. Je m´attache à lui et je sais que j´ai tort. Il n´a pas encore acheté de lit, sa chambre est vide, on dort ensemble et je m´habitue aux nuits répétée où son corps est proche, à portée d´un geste de ma main. Je sais que c´estcontre l´habitude que nous buterons. Samy a vingt ans, il veut tout et rien. Mais je ne suis pas plus lucide que lui; contrairement à ce l´on dit, c´est à vingt ans que l´on est réaliste; avec l´âge on compose, pon adoucit, on filtre. J´aimais ce réalisme-là, chirurgical, pornographique. Mais je n´ai plus vingt ans; cet éclat perdu ne me reviendra pas. Quelquefois, quand nous dînons avec Samy autour de la table ronde, et noire, je me dis que le temps pourrait s´arrêter là, que je n´espère rien d´autre que, plus tard dans la nuit, sa peau très douce contre moi. Tout s´est inversé : Samy est ma securité, Laura mon danger. Mais lui n´attend de moi que de l´imprévu, de la folie, du mouvement; se sécurité à lui c´était Marianna. La sonnerie stridente de l´interphone ; cést la mère de Laura; je lui ouvre porte d´en bas. Elle sort de l´ascenseur, s´agite en tous sens, dit : " Elle n´est pas chez toi ? " Elle entre, voit Samy, je suis sûr qu´elle pensé :

           - Putain, un coupe de pédés c´est à gerber.

          Je vois le mépris dans ses yeux. Laura l´a appelée, elle lui a demandé de venir la chercher, elle est dans le vingtième, elle s´est perdue, elle pleurait au téléphone, disait qu´elle voulait se tueur. La mère de Laura me dit qu´elle est venue en voiture avec un copain qui l´attend en bas, elle me demande de l´aider à retrouver Laura. Je dis :

           - Elle m´a dit qu´elle était dans un café près de métro.

           Il neige toujours, la rue est blanche. Le type a une R5 turbo. On monte dedan et on roule à dix kilomètres heures jusqu´à la place Gambetta. Je sors de la voiture et je fais le tour des cafés de la place. Laura est introuvable. Je dis qu´on ne vas pas faire tous les bars de l´arrondisement. sils s´en vont, je remonte l´avenue à pied. Le froid et les flocos frappent mon visage, je me sens fort; ou plutôt je sens ma force perdue, mon corps meurtri qui était fait pour une autre vie. J´aurais voulu être mercenaire. Je rêve de corps à corps, de sueur et de poussière, d´armes blanches et de crépitment de mitraillettes. Voilà le résultat : des corps croisés jamais retenus, le sida, le froid, la paresse de sortir de chez soi, le bruit étouffé de mes bottes sur la trttoir couvert de neige. Le lendemain matin, je descends dans la rue et j´appelle la mère de Laura d´une cabine téléphonique. Laura lui a donné des nouvelles : elle est chez Marc. Je lui téléphone, il dit : " Laura a dormi chez moi, elle m´a appelé hier soir, elle était paumée dans ton quartier, je lui ai laissé les clés parce que je devais sortir. Tu veux lui parler ? " Il y a un silence assez long, puis la voix de Laura est lente et cassée. Hier soir elle a téléphoné au studio que j´habitais avant, elle a eu le répondeur. Elle est partie de chez sa mère, elle est allée au studio, elle se doutait que je n´habitais plus là et que la pièce devait être vide, sans meubles, même pas un lit, mais elle voulait y dormir. Elle a sonné, sonné, cogné contre le battant. Personne. Elle a essayé de défoncerla porte, les voisins sont sortis dans le couloir : " Il n´habite plus là, il a déménagé le lendemain du Nouvel An. " Elle a erré dans la cité, dans les rues, a traversé l´héliport couvert de neige. Elle est entrée au Sofitel, a demandé une chambre. Ils ont refusé, lui ont dit qu´il fallait payer d´avance. Elle pleurait sans cesse, elle a titubé jusqu´à Balard, elle est montée dans un métro, descendu dans le vingtième, elle ne sait même plus à quelle station. De toute façon elle ne connaissait pas mon adresse. Elle s´est perdue, a téléphoné a sa mère, puis à Marc. Elle a repris le métro et dormi chez lui. Elle dit :

           -Je t´aime, je veux te voir.

           -T´es libre ce soir ?

           -Tu sais très bien que je suis libre, je suis toujours libre.

           - Arrête ce numéro de soumisson, tu veux.

           Presque trois semaines sans sortir, pour moi, c'est une éternité ! Là, maintenant, malgré le coup de massue que j'ai pris, ça me gêne un peu de sortir sans Laura ; mais je vais quand même être sage... Faut juste que je fasse attention à ne pas me laisser séduire une fois de plus par les trouvailles de Samy ; avec lui, tout est possible. Pour faire la fête, on est toujours les premiers, mais maintenant, c'est plus pareil... Et puis... Merde ! Est-ce qu'il va comprendre ? Si je lui dis tout... non, pas pour le moment. Mais alors, il va croire qu'elle ne compte pas, et là, il va se demander pourquoi je ne...Oh et puis zut ! J'improviserai... Elle m´attend devant la porte de l´immeuble où sa mère a son appartement. La rue Blomet n´est plus comme avant l´été. Je la vois autrement, mais c´est nous qui avons changé; nous sommes plus graves, plus tristes. Le plaisir à venir efface tout : nous faisons comme si rien ne s´était passé, comme si aucun mot n´avait été prononcé, mais, déjà nos regards se croisent moins facilement, il leur faut la pénombre pour s´affronter. J'avais déjà remarqué que ma compagne Laura, bien qu'elle affiche dans sa vie de tous les jours l'image d'une fille sage et élégante, aimait, dés qu'elle le pouvait, porter des tenues sexy, jupes courtes, corsages un peu transparents, vetements moulants, et qu'elle ne semblait pas fachée de sentir sur elle les regards des hommes. Elle avait gardé un corps de petite fille, des seins plutot petits (85b) mais très fermes avec de belles aréoles brunes, un ventre plat et de jolies petites fesses bien galbées. De taille moyenne, elle n'avait pas un kilo de trop. J'ajouterai qu'à ma grande satisfaction, elle avait un gout prononcé pour la jolie lingerie. Sans grande difficulté, je l'avais convaincue de se passer de slip assez souvent et, en tous cas, de ne jamais en mettre sous ses collants qu'elle choisissait sans démarcation. J'avais compris, après un petit échange verbal, que cette femme superbe, j´étais BI mais pas insensible aux charmes féminins. Je lui fais alors un très discret signe de la tête pour lui ordonner de me suivre. Ma respiration aussi se met subitement à s'emballer. Je suis envahi par un conflit inexplicable; j'ai envie de la massacrer d´amour, mais aussi de la prendre dans mes bras. Et je réfléchis, et je pense, et je cherche dans ma tête !
           On entre au Sofitel. Je demande une chambre le plus haut possible. Laura prend sa revanche sur les employées de l´hôtel; on marche vers l´ascenseur et elle a l´air d´une gamine qui sèche l´école. Je regarde le lit et je me dis que tout un monde que j´ai fui a couché dedans : ingénieurs, industriels, chefs d´entreprise, représentants de commerce, chargés de missions diverses; relents de beaujolais et de charcuteries, idées grises, certitudes assassines. Je commande à dîner.

           - Oui, je veux bien ! Quelque chose de fort si tu as...

           - Voyons... Whisky, vodka...

           - Vodka ! Avec de la glace, s'il te plait...

           Le garçon frappe, je lui ouvre en slip; mais ce n´est pas moi qu´il regarde, il pousse le chariot et louche vers Laura allongée torse nu sur le ventre, couverte par le drap jusqu´au bas des reins,ses cheveux longs en bataille, le visage vers lui. Il va vers la porte pour sortir de la chambre et se retourne encore vers elle. Elle avait toujours le sourire et des yeux pleins de malice, malgré un caractère bien affirmé, je souris en lui adressant un clin d'œil complice. Qui n´a pas révé d´emmener une écolière dans un hôtel de luxe pour lui faire l´amour ? Je n'avais jamais imaginé, ni même aspiré ou envisagé, partager ma partenaire sexuelle avec un serveur d´hôtel. Entièrement comblée par les rapports vécus avec mes amantes... Je ne pensais pas en tirer un avantage ou un plaisir quelconque. D'autant que lui même n'a jamais exprimé, ni manifesté, un attrait pour ce type de rapport. Ne la sentant pas vibrer totalement sous mes premières caresses, j'avoue avoir saisi l'opportunité d'utiliser mes attraits virils pour accroître son désir sexuel, le faire craquer, abaisser ses dernières retenues et la mettre totalement à sa merci. De mon côté, je constatai, non sans fierté, que Laura avait bon goût : l´employé était un fort joli garçon, qui paraissait à peine vingt ans, quoiqu'il en eût cinq de plus : blond, cheveux ondulés, très mince, quoique musclé, il avait incontestablement une allure féminine. Lui aussi fut, visiblement, surpris, bien qu'il s'efforçât de n'en rien laisser paraître. Il en entend comme un invite à un triolisme sexuel.

           - Ça ne vous embête pas si je reste à vous regarder ? Dit Laura.

           - Si vous voulez, vous êtes chez vous !

           - Dites moi, mec, je peux vous poser une question indiscrète : vous me trouvez à votre goût ?

           - Vous en avez de drôles de questions ? dit le serveur blond.

           - Et bien oui, maintenant que vous m'avez vue entièrement nue et, à en juger par ce qui déforme votre pantalon, je pense que je peux vous poser la question, non ?

           - Quoi ?...

           - Et ce que vous avez vu vous a plu ?

           Laura s'allongea nue sur le lit et, comme je restais afféré à mon voyerisme, elle lui demanda :

           - Eeeh, c'est que... vous ne m'avez pas laissé le choix, je n'avais qu'à ouvrir les yeux, la porte était ouverte.

           - Fermez la porte que la fête va commencer !

           - Heu oui si vous voulez.

- Non, maintenant tu vas m'obéir et te massturber devant nous, après je verrai si tu as le droit d'être caressé par notre invité et de venir la prendre. Comment trouves-tu mon amante ?

           - Très jolie !

           - Tu veux vraiment baiser avec ce mec ? demadais-je.

           - Bah écoute il me plait.

           - Franchement je ne le trouve pas terrible.

           - Moi je lui trouve beaucoup de charme.

           - Si ça se trouve, il en a une petite qui bande mou.

           - Bof, tu dis ça, mais je n'en suis pas si sûre, pour moi il en a une grande et grosse que je me mettrais bien dans ma chatte.

           - Tu penses qu'à ça...

           - Et toi donc ?

           - Ouais moi aussi j'aime les grosses queues, tu le sais bien.

           - Alors ? Je te dis, il en a une grosse.

           - On verra, tu me raconteras.

           Laura s'allongea face à lui, le dos appuyé contre deux oreillers. Ses cuisses largement ouvertes, ses deux mains écartaient ses lèvres. Son sexe était épilé et son clitoris gonflé par l'excitation de ce qu'elle entreprenait. Je trouvais extraordinaire le spectacle de ses doigts manucurés qui caressaient lentement son sexe, en prenant garde de m'offrir chacun de leurs gestes. Son annulaire et son pouce ouvraient ses lèvres, tandis que son index massait son clitoris. De son autre main, son index et son majeur s'enfonçaient en elle, en s'écartant l'un de l'autre, ressortant et plongeant aussi profondément qu'ils le pouvaient dans sa grotte déjà trempée.

           Il était face à Laura, à environ un mètre, son sexe a moitié bandé, mais qui avait déjà un volume important et une certaine rigidité. Le type bande comme un taureau, sa bite n'est pas énorme, mais assez trapue. Je contemple la scène de coté, et de mon coin, à un mètre cinquante, je vois parfaitement. Le regarde de Laura semblait avoir changé. Son sourire avait disparu et son regard était devenu plus profond.

           - Hoooooooooooo, mon dieu, que c'est bon ! J'aime que tu me regardes me masturber. Je veux que tu sortes ta queue sans la caresser, criait Laura... Haaa, j'aime ça, regarde comme je mouille, je sens que je vais jouir, j'ai envie de sentir ta langue caresser mon cul.

           - Fermez les yeux et ne les réouvrez que quand je vous le dirai ! dis-je.

           - Ça y est, que voulez vous que je fasse ?

           - Ouvrez les yeux maintenant et regardez mon cadeau.

           Les yeux fermés Laura se masturbe de plus en plus vite, ses doigts s'enfoncent dans son vagin et elle se titille toujours en rythme ; pendant que Romain garde les yeux sur son corps, sa queue se raidit, il la sent ferme, et a du mal à se contenir, elle lui fait mal. La paume de sa main couvre complètement sa chatte bien lisse, elle aime passer sa paume chaude sur sa vulve maintenant humide et se frappe légèrement, ses doigts remontent vers son clitoris qu'elle titille encore plus fort, et plus fort, ses gémissements se mélangent aux notes de musiques "I forgot my name" . A ce moment là, Laura ouvrit les yeux pour apprécier l'engin, un superbe pieu, décalotté. Mes mains le branlait à vive allure, serrant sa queue de toute mes forces. Mon autre main malaxait ses couilles. Moi je bandais dur, excité de la voir caresser un sexe devant elle. J´approcha son sexe de ma bouche et Laura ne dit "vas y suces la si tu la trouve belle". Là, je lui fais les yeux doux ; dans son regard, je ressens un mélange d'excitation, de gêne, de désir...

           - Elle est belle hein ? dis je,

           - Oui, très belle.

           - Elle te plait ma petite ?

           - Oui, beaucoup.

           - Oh chéri, je veux qu'il me prenne, je veux son sexe en moi.

           Elle est à quatre pattes, avec sa queue toujours plantée dans son cul… et il prit Laura par les hanches pour faire les va- et-vient. Elle gémissait, la bouche bien remplie.            - Tout comme toi, mon pervers de mari, je sens ta queue frétiller dans ma bouche, prête à juter. Regarde comme il me pilonne avec son gros engin. Enfin pas si gros que cela, mais comparé à toi c'est une différence notable.

           Je jouis très vite en elle. Il sent le sperme couler sur ses couilles, et il jouit.

           - Hoooooo, je jouis encore, vas-y, jouis mon salaud, lâche ton sperme, viens dans ma bouche.




           - Fais attention car je suis tout près de jouir et on risque de salir les draps du lit, dit le serveur.

           Mais, il lui remplit le cul de foutre…. Ce que je veux dire ? Que le sexe est bestial, présent au fond de chacun d'entre nous. Faire bien l'amour avec son corps c'est baiser comme un animal qui aurait un cerveau qui assumerait ses pulsions en allant les puiser au plus profond de ses origines. Faire l'amour avec sa tête c'est guider ce corps comme un outil de plaisir pour s'épanouir. Je pense que ce qu'il y a de plus excitant c'est la surprise. L'imprévisible. Ces moments ou nos pulsions nous guident et nous emportent. Quand on perd légèrement le contrôle et qu'il y a une part de risque dans l'acte. Mes fantasmes, ou plutôt mes plaisirs ? Sentir mon désir s'emballer sans contrôle ou voir cela chez la belle Laura. Simplement. Malheureusement, c´est plus un séropositif comme nous...





                                         **************************************


Chapitre - VII


           Sandrine, l´ancienne femme de Jean-Marc, s´occupe de la promotion d´un petit théâtre proche de la rue Saint-Denis. Elle me téléphone, m´invite à une représentation : " Le Mort " de Georges Bataille. Drôle d´idée. Marie seule, le mort que l´on devine : il raconte; l´auberge, la patronne, Pierrot, le nain, l´ivrone, le vin, le vomi, la merde, le foutre. Je voudrais voir couler de l´urine, mais ce ne sont que des mots. Après la pièce, je traverse la rue avec Sandrine et nous entrons au Dona Flor. Grande, svelte, des seins qui semblent fermes et plantés hauts, libres sous la robe. Le ventre est plat. Elle hésite parce qu'elle sait que sous cette magnifique robe qu'elle étrenne ce soir, elle est nue. Ni soutien-gorge, ni slip. Ce n'est pas qu'elle aime à se promener ainsi... On commande des battida de coco, du vino verde et des feijoada. On est peu ivres. Elle me parle du temps où elle vivait avec Jean-Marc. Ils allaient souvent au Carroussel et au Elle et Lui. Elle connaissait un travesti qui s´appelait Lola Chanel. Un soir, Sandrine avait parié avec Jean-Marc qu´elle ferait un strip-tease. Elle a demandé a Lola de trouver une boîte où ce serait possible. Elle a fait le strip avec une robe pas prévue pour, beaucoup trop serrée aux manches, et en plus elle était quasiment à poil dessous. Mais elle a réussi son coup et les gens ont applaudi comme desfous. Après, il ont bu et bu encore, elle a commencé à flirter avec Lola Chanel et elle est partie avec elle en plantant Jean-Marc dans la boîte. Elle a fait l´amour avec Lola qui jouait kes lesbiennes, encore plus femme qu´avec un mec. Lola vivait avec sa mère. A huit heures du matin Sandrine et Lola avalaient des spaghettis, attablées dans la cuisine et la mère de Lola est entré pour se faire du café. Elle l´appelait de son nom de garçon : Alfredo ou quelque chose du genre; Sandrine était morte de rire. Un ou deux mois plus tard, Sandrine n´avait plus d´argent et elle voulait absolument s´acheter des doubles rideaux. Elle en parla par hasard à Lola Chanel avec elle dînait. Lola lui dit que c´était facile : elle pouvait lui faire gagner cinq cents balles avec un micheton. Alors, la porte de la salle de bain était grande ouverte et recouverte, coté salle de bain, d'un miroir intérieur couvrant toute sa superficie. Celui-ci me renvoyait l'image d'un autre miroir, celui au dessus du lavabo. Ma vision était purement hallucinante. Je voyais Lola assise sur son bidet le peignoir largement ouvert. Je la voyais presque entièrement nue. Mon sexe commençait à gonfler à la vue de ses seins lourds et blancs et de ses cuisses ouvertes. Sa main caressait son sexe avec le savon et cette vue m'hypnotisait. Je la voyais se relever et écarter encore plus grand les cuisses pour se sécher délicatement. Soumise et désireuse d'en avoir plus, elle se mit à quatre pattes. L'homme fit pénétrer son dard dans l'anus dilaté de la belle Lola. Elle a adoré, la tige qui maintenant, l'empalait était de nouveau bien raide. Elle a pu tranquillement se préparer pour le final, en ne me épargnait pas les détails. De son bas-ventre s'échappaie. Elle lui plairait sûrement, elle n´aurait rien à faire, juste à regarder Lola se faire enculer par le mec. Sandrine refusa : si elle commençait, ou s´arrêterait-elle ? il est super gentil et terriblement sexy, par contre, Lola... Elle est grande, élancée, elle a de petits seins, mais un cul d'enfer. Elle a de quoi plaire aux mecs, mais c'est sa façon de me regarder que je n'aime pas, on dirait toujours qu'elle me drague !!!!

           On sort du Dona Flor. Je dépose Sandrine chez elle, à Montmartre, rue Tourlaque. Elle vit seule, mais il y a un type dans sa vie, un écrivain, elle va aller habiter avec lui dans le Marais. Elle me caresse la nuque, je l´embrasse et je frôle ses seins, elle me dit à bientôt et descend de la voiture. Je roule sur les boulevards extérieurs. Les routes sont toujours enneigées. A la porte d´Aubervillers, je tourne à droite dans la rue de Crimée, puis je prends la rue de l´Ourcq. Je passeau-dessus du canal et je regarde l´eau noire contre les berges blanches. A la sortie du pont, une vieille Volkswagen coccinelle débonde à ma gauche de la rue Thionville. Je freine, mais les roues se bloquent sur l´asphalte couvert de neige. L´avant de ma voiture s´écrase contre l´aile arrière de la coccinelle qui part en tête-à-queue et s´immobilise contre un trottoir. Pas de blessé, mais les deux voitures sont inutilisables. On remplit un constat. Je rentre à pied, en pataugeant dans la neige boueuse.

           L´appartement est vide, trop grand pour moi seul. Samy n´est pas là, il dort certainement chez Marianne; ils se revoient, font de nouveau l´amour ensemble. Inscrit sur le compteur du répondeur téléphonique, un nombre rouge ; 35. Depuis six heures du soir, Laura a téléphone trente-cinq fois. Elle voulait me voir ce soir; je lui avais dit que je n´étais pas libre, elle avait insisté. Les minutes passaient et elle ne voulait pas raccrocher. Elle n´admettait pas que son envie de me voir ne soit pas satisfaite. Je m´étais énervé, j´avais coupé la communication. Je savais qu´elle allait rappeler et rappeler encore. J´avais mis le répondeur en marche et j´étais sorti. J´écoute des bribes de la voix enregistré de Laura. Je me sersde l´avance rapide et la bande accélérée émet de sons suaigus. J´attends. N´importe quoi. Le retour de Samy, un coup de téléphone de plus de Laura. Rien. C´est l´ heure de la mort. Dans mon sommeil, les messages de Laura se mélangent. Des sonneries, des tionalités, les fils decuivre des lignses téléphoniques qui chauffent, portés au rouge par nos mots d´amour et nos insultes; ces fils brûlants qui entaillent ma chair quand, dans mon rêve, Laura me ligote, m´écartèle, garotte ma queue et mes couilles. La sonnerie du téléphone me réveille. Je pèse une tonne; l´idée d´avoir à mettre lepied par terre meterrifie. J´en ai mal au ventre. Chaque débout de sonnorie me fait un décharge, d´adrénaline. Une panique poisseuse m´accompagne jusqu´au téléphone :

           - Oui ?

          - Tu dormais ?

           - Je me suis couché tard. J´ai cassé ma bagnole et je suis rentré à pied.

           - T´as eu un accident ?

           - Oui, un mec qui venait de gauche à un carrefour, et avec la neige j´ai pas pu m´arrêter.

           - La voiture est foutue, mais tu n´as rien ?

          - Non, j´ai rien.

           - Je m´en doutais...

           - Pardon ?

           - Je veux dire, hier soir, quand tu m´as dit qu´on pourrait pas se voir, je t´ai appelé je sais pas combien de fois...

           - Trente-cinq...

           - C´est possible, et j´ai pas cessé de penser à toi, et j´ai su qu´il allait t´arriver quelque chose, mais que tu ne risquais rien.

           - Oh, merde ! Tu vas pas commercer à me faire chier à neuf heures du matin avec tes conneries, c´est un nouveau truc ça ? T´es voyante maintenant ? Putain va te faire foutre !

           Je raccroche, je vais à la cuicine, je prépare du thé. Dans un casserole, le calcaire deposé s´en va par plaques et nage dans l´eau qui chauffe. Samy n´est pas rentre de la nuit; je l´imagine, tête, bouche et langue entre les cuisses de Marianne. Le téléphone sonne, c´est encore Laura. Elle a changé de ton; ça n´est plus la petite fille qui parle; sa voix est autoritaire et cassante, je pense à ses mains de femme mûre. Elle dit :

           - Tu devrais te méfier de tes mots et de tes actes. Il y a des domaines dans lesquels tu ne sais rien et où tu es parfaitement incompétent, alors ça n´est pas la peine de pendre de grands airs. Oui, je me doutais qu´il allait t´arriver quelque chose, et non seulement je m´en doutais, mais j´ai tout fait pour qu´il t´arrive quelque chose... Quelque chose de pas grave, de matériel, c´est comme un avertissement. Il faut que tu saches aussi que depuis que tu m´as dit que tu était séropositif, je fais tout ce que je peux pour qu´il ne t´arrive rien, et pour l´instant la malade ne progresse pas, je peux aussi arrêter de faire tout ce que je peux, mais je peux aussi arrêter de faire tout ce que je peux, alors s´il te plaît, respecte-moi un minimum et ne me traite pas comme si j´étais la dernière des merdes qui passe après tous les petits minets que t´as envie de te faire. Et c´est elle qui qui raccroche. Je suis siderépar ces paroles sorties d´un trait comme des évidences. Une peur nouvelle, humide ei froid eme pénétre la moelle; des questions sans réponse. Je rappelle Laura, lui dis qu´il ne faut pas prendre les choses comme ça. Je veux en savoir plus, elle ne dit rien.

           - Qu´est-ce que ça veut dire ? Je fais tout ce que je peux pour qu´il ne t´arrive rien ?

           Elle ne veut pas répondre. Je dis qu´on pourrait se voir. Elle savoure sa victoire :

           - D´accord, quand ?

           - Si tu veux.

           - Tu viens chez moi ?

           - Je suppose qu´il n´y a toujours qu´un lit. Samy dormira par terre ?

           - Il sera peut-être pas là, il revoit Marianne. De toute garçon y a un canapé qui se dêpile, il pourra dormir dedans.

           - J´ai pas envie de venir chez toi, j´aime pas cet appart, je m´y sens mal.

           - Je serai chez toi à huit heures et demie ça te va ?

           En entrant chez Laura, j´ai l´impression d´entrer chez moi : elle s´est installée dans mon ancien studio. Les murs et le sol portent mon empreinte : poussière, sang, mots, geste répétés à l´infini dans le espoir de fonder des rites; images des corps, le mien et ceux des autres, emprisonnées dans la glace de la salle de bains; pisse et merde déversées dans la cuvette des chiottes à heures fixes. Je suis à l´intérieur d´elle, idéalisé par l´amour qu´elle me porte, et autour d´elle, comme les quattre murs du studio, enlaidi de toutes les faiblesses et de tous les vices d´un passé dont elle était absente. Laura prise en sandwich entre moi et moi.

           Mais, cette nuit comme toutes les fois où nous avons fait l´amour, mon sexe bande, son sexe pénétré réunissent ces deux parties de moi qui traversent le ventre de Laura à la recherche de son âme, tout au bout de son corps. Le soleil allume les dalles de la piazze di Santa Maria Novella de Florence. J´ai rejoint Omar dans cette ville; son film va être projeté dans un festival de jeunes cinéastes européens. Il a voulu que je sois invité; il dit que j´ai écrit le film au moins autant que lui. Des pigeons me frôlent, leurs battements d´ailes couchent l´herbe autour de la fontaine. Les volets de l´hôtel Minerva sont clos. Un car bleu électrique se détache dans le contre-jour laiteux. Un enfant vietnamien court dans l´océan d´oisseaux atterris sur la pelouse. Son père, assis sur un banc de pierre, se lève et va vers lui. Il le prend dans ses bras, il n´a pas d´âge, on dirait un adolescent;sur son visage glabe, au-dessus de la lèvre supérieure, une ombre de moustache, comme un gosse. Laura voulait venir avec moi. J´ai fait semblant de ne pas m´en apercevoir. Dans le train, j´ai rêvé a un voyage d´amoureux; ce serait si simple. Mais j´oublie mes propres pensées, elles ne m´appartiennent pas. Une autre place. Un petit homme moustachu veut phoyographer son bébé dans sa poussette. Il fait des va-et-vient entre le landau et l´endroit d´où il veut prendre la photo. Il redresse le bêbe sur son siège, lui parle, lui fait des mimiques, essais de le faire sourire, arrange son anorak, remonte sa capuche. Il s´apprête à prendre la photo mais n´appuie pas sur le déclencheur, recommence son manège, se remet en place, cadre le bêbe et n´appuie toujours pas sur cse bouton. On dirait un film comique du temps du muet. Finalement, l´homme va chercher un gros concombre gonflable, le plante entre les jambes du bêbê et part en poussant le landau. Quelques mots d´Omar, la lumière qui éteint, les premières images du film, les dernières, la lumière rallumée, les aplaudissements. On finit la nuit au Tenas : un hangar aménagé en boîte de nuit; des écrans de vidéo, des gros tuyaux de métal brillant. Je bois, je regare les jeune filles qui dansent et mouillent les cheveux dans les lavabos des chiottes. Là, je lui racontai ma passion pour les femmes distinguées, puis je glissai sur la qualité de ses vêtements et je lui avouai franchement le petit jeu auquel je me livrais et ma passion pour les frous-frous, et les bas.




           Je pars avec Giancarlo; il a l´air complètement ivre. A l´arrière de la voiture, une fille qui travaille à l´organization du festival se serre contre moi. J'exerçai une légère pression de mes doigts et, mes lèvres toujours collées aux siennes, je sentis ses cuisses s'entrouvrir très doucement au début, puis très largement, faisant remonter sa jupe haut sur ses cuisses. En même temps elle avança ses fesses sur le siège de la voiture pour mieux s'offrir. Elle se cambra, poussant son bassin en avant, ma main se retrouva plaquée contre son pubis. Toutes ses barrières étaient tombées et je lui caressai doucement l'intérieur des cuisses qu'elle ouvrit en grand : elle me regarda en souriant, puis elle ferma les yeux. Je remontai ma main vers sa chatte et passant prestement par le côté, j'écartai l'élastique du fin rempart de tulle et je recommençai à la doigter. Je sentais une douce moiteur contre mes doigts et je descendis doucement trois doigts sur sa chatte. Le fin tulle de la culotte retenait à peine son jus intime qui l'inondait. J'exerçai une pression plus forte sur sa chatte et en soulevant ses reins, elle vint à ma rencontre. Nos bouches se retrouvèrent et au moment où ma langue se glissait à nouveau contre la sienne, je passai mon majeur sur le côté de son slip et je l'enfonçai d'un coup dans sa vulve. Il fut aspiré plutôt que je ne l'enfonçai et elle se tortilla aussitôt sur mon doigt, sa respiration s'accélérant, elle agita les reins, se collant à ma main.

           - Continue, vas-y, tu me fais du bien ! Je sens que ça monte, je vais jouir sur tes doigts. Ahh, je jouis ! Murmura-t-elle.

           Je pivotai mon doigt de manière à frotter l'intérieur de la paroi avant de son pubis où, paraît-il se trouve le fameux point « G » ; en même temps, j'exerçai une pression et un frottement de la paume sur son mont de Vénus, et je me mis à la doigter doucement d'abord en frottant bien la paroi, puis de plus en plus vite, la sentant haleter et se tordre sous ma caresse. Cela ne fut pas très long et un jet de liquide chaud et gluant inonda bientôt ma main, sa culotte et le siège de la voiture. À ce moment, elle m'agrippa furieusement et, cherchant ma bouche, elle me donna un baiser des plus sensuels. Elle avait joui devant mes copains. Elle se rajusta un peu, tira sur sa jupe et me repoussant doucement, Je bandais comme un fou et je la vis se planter dans le faisceau des phares et me regarder à travers le pare-brise. Elle s´appelle Licia et ressemble un peu à Faye Dunnaway; je me dis que je vais la baiser et en même temps je pense au virus; le dire, ne pas le dire, mettre une capotes sans explication, la pénétrer mais ne pas jouir dans sa chatte ? c´est trop compliqué, j´ai sommeil et j´ai trop bu. Une aventure rectiligne des faubourgs, des immeubles sales, une porte. Giancarlo dit : " J´habite là. " Quand elle se tourna pour sortir de la voiture, je sus qu'elle ne portait pas de collants : les ciseaux de ses jambes s'ouvrirent en grand, me dévoilant de fines jarretelles roses et noires qui tendaient de très fins bas noirs sur ses cuisses. Cela fut très fugitif, mais j'enregistrai nettement l'image. Il y a plusieurs filles dans l´appartement, dont une qui revient de New York. Un type arrive, Licia lui fait câlins : c´est le mec de Paola, une autre fille qui n´est pa là. Ils étudient ensemble la littérature américaine du vingtième siècle. Le type fait une thèse sur un écrivain existentialiste améticain dont j´oublie le nom immédiatement. Il va chercher " Anatomie de la critique " et dit que c´est son livre de chevet.

           - Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu as l'air troublé.

           - Je ne sais pas si tu t'en rends compte, mais tu es toute nue.

           - Pas du tout, je porte un pantalon.

           - Mais tu ne portes rien en haut.

           - Toi non plus.

           Elle commence à s'inquiéter tout en essayant pudiquement d'abriter ses seins derrière ses mains. Ses seins sont gros, doux, à faire baver tous les hommes.

           On se glisse les draps froids et humides d´un vieux lit en bois verni. Licia a gadé son slip et un pull. Je viens sur elle, je ne bande pas, je caresse ses seins et Je tournai la tête et j'embrassai voluptueusement ses pieds, puis les posant sur mes épaules, je plongeai vers sa chatte et ses liqueurs d'amour que je mourrais d'envie de déguster.            - J'ai envie que tu me prennes. C'est le moment, vas-y, vite.

           Je fus aussitôt accueilli par son odeur poivrée de rousse et j'écartai doucement ses lèvres de mes doigts : je plongeai ma langue dans sa fente, puis mon nez, me perdant dans cette débauche d'odeurs, de mouille et de glissements tendres. Je fis aller et venir ma langue dans sa fente très lentement pendant un grand moment, puis je m'attardai sur son bouton d'amour et je le tétai goulûment.

           - Ben dis donc, pour un amateur de bas, tu sais aussi te servir de ta langue !

Elle gémissait de plaisir et se tordait sous les assauts répétés de ma bouche. Elle saisit ma tête et la pressa à deux mains contre sa chatte maintenant très largement ouverte et inondée de mouille. Je commençai un va-et-vient de plus en plus rapide de son clito à l'entrée de son vagin, glissant mes mains sur ses cuisses, les passant sous ses bas pour la maintenir vers moi. Elle gicla encore une fois un long jet de mouille dans ma bouche et s'effondra, terrassée par la jouissance.

           - Baise-moi, me dit-elle dans un souffle, en dirigeant ma bite vers son clito d'amour.

           Alors... Je me reculai et saisissant ma verge tendue, je la guidai vers sa chatte béante, tout en lui relevant les cuisses très haut. J'allai au fond de sa chatte sans effort, elle s'abandonnait et excité comme je l'étais par le cunnilingus... Elle geint, elle crie, elle jouit, et je vais et viens sans discontinuer, je ne tardai pas à jouir à mon tour au fond de sa chatte, j'oublie tout, je me fonds en elle, je m'unis à elle jusqu'à l'extase. Ce soir-là donc, notre union a été totale. À un moment, comblée de jouissance, elle m'a attiré plus fortement en un long cri d'orgasme. Je l'ai sentie tremblante sous moi. Ses orgasmes multiples et profonds me comblent. J´endors la tête sur son ventre.

           - Bon sang, je suis crevé.

           Je me réveille un peu plus tard, je m´écarte d´elle et je me rendors. Licia sortie du lit plus tôt que moi : elle a du travail. Elle s'était changée, exit le tailleur, elle portait maintenant un chemisier quasi transparent qui laissait voir la dentelle de son soutien-gorge très pigeonnant, poussant deux globes bien ronds sous mes regards. Elle avait enfilé un manteau assez long en une sorte de fourrure très fluide et légère, et surtout, elle avait troqué sa stricte jupe de tailleur contre une ample jupe très courte qui laissait voir une marque sombre sur ses jambes à mi-cuisses. Je vais à la cuisine et Giancarlo me verse du café dans un bol. La toile virée, la vieille cuisinière, la cafetière en fer-blanc, la peinture craquelée du plafond : je suis à Florence et en même temps dans d´autres cuisines exactement semblables : à Lille, dans un coron où j´ai habité pendant un an ; à Bruxelles, près du jardin zoologique, dans un appartement où j´étais logé pendant le tournage d´un court métrage sur lequel j´étais assistant opérateur. Sous une pluie fine, je marche vers le centre de la ville. Aux devantures des kiosques, des premières pages de journaux avec des gros titres sur le sida dans la région Toscane. Je retrouve Osmar à l´hôtel. Il a décidé d´aller à Rome pour voir une maîtresse; il va lui faire l´amour dans la nuit et demain ils iront à Ostie pour faire des photos. Il me propose de l´accompagner. Je refuse. Je rentre à Paris.

           Laura m´attend à la gare. Elle tient une boule de poils dans le bras. Je dis :

           - C´est Maurice.

           - Enchanté Maurice.

           - Je lui caresse la truffe et il gigote dans tous les sens. Il a les poils dressés sur le crâne façon punk ; il est un chien ce que l´iguanadon était un dinosaure. Je dis :

           - Quelle marque ?

           - Un abri.

           - Labris-bus ?

           - Un abri c´estun berger des Pyrénées, idiot !

           Odeurs de nos sexes,cris de nos orgasmes : Maurice assis au pied du lit est aux premières loges pous les cours d´éducation sexuelle. Il nous regarde avec des yeux ronds et noirs. La lumière refletée par les murs de la salle de bains est orange. Jem´essuye avec une serviette-éponge. Laura est debout dans le baignoire, le jet de la douche dirigé sur sa chatte. Elle dit :

           - Samy est passé ici quand t´était à Florence.

           - C´est pas croyable. Vous dites touus les deux que vous pouvez pas vous supporter et dès que je m´en vais, vous vous croyez !

           Brion est mort. Je ne suis pas allé à l´enterrement; non que la mort des autres me rappelle la possibilité que la mienne soit proche, mais parce qu´il y avait quelqu´un entre nous : Yvan qui me l´avait presenté et qui ne voulait pas que j´approche Brion de trop près. Chasse gardée : on n´apprivoise pas un mythe en quelques heures. Brion c´était Tanger, Kerouac, Burroughs, la machine à rêver, les peintures calligraphées, " Désert dévorant ". Un monde éteint qui m´avait transporté, auquel il survivait. Yvan était au service du mythe, mais était-il plus sincère que moi ? N´attendait-il p-as que le mythe le servît ? Moi, comme à mon habitude, je ne m´engageais pas; je vivais par la bouche de Brion des moments privilégiés. J´aimais vraiment le vieux gentleman qui buvait du Four Roses et fumait des joints toute la journée. Cancer du côlon, anus artificiel et sac à merde sous sa chemise impeccablement blanche. Brion était sur la scène du théâtre de la Bastilhe à soixante-dix ans pour chanter du rock. Je l´avais filmé. Puis on avait remplacé le sac à merde par un autre système avec lequel il devait se faire des lavements tous les trois jours. Cela avait transformé sa vie. Mais il ne pouvait plus baiser ni se faire baiser. Son opération : deux médecins, un devant et un derrière qui se serrent la main dans son ventre;une poignée de main qui coûte cher. Presque quatre ans plus tôt, nous étions dans un fast-food devant Beaubourg. Nous parlions d´hôpitaux et d´opérations. Brion disait avec son bel accent anglais:

           - J´ai un ami médecin qui conseille aux malades atteints d´un cancer incurable de se faire injecter des litres et des litres de sang neuf, comme ça tu peux tenir huit ou dix mois... Ils ne l´ecoutent pas,ils parcourent le monde, l´Amérique, l´Afrique du Suf, l´Australie, Paris, Londres, Vienne, Zurick, Tokyo, rencontrent tous les charlatans du cancer possibles et imaginables qui ne font rien pour eux, et ils crèvent trois mois plus tard dans des souffrances épouvantables. Hamburguers, frites, Coca, son regard clair posé sur moi, cherchant la faille, voulant déceler si j´essayais de prendre le train en route... Il dit encore : " Tu sais dans les hôpitaux anglais, il y a ce Brompton Cocktail, héroïne, cacaïne et morphine mélangées, avec un peu de gin, pour partir en douceur, sur du velours. On le pose sur la table de nuit, le malade peut le prendre ou ne pas le prendre... Celui qui ne le prend pas on le débranche !... A Noël, l´hôpital est plein de vieilles femmes qui meurent en silence et des râles d´hommes qui agonisent. A Pâques. om se réveille seul un bau matin, seul survivant, seul rescapé de l´opération de déblayage d´avant les fêtes... C´est là que Mike est entré dans ma chambre et m´a dit :The name of the games is : To Survive ! " Trois mois plus tard, Mike mourait d´un cancer à l´estomac. Je m´en veux de ne pas être allé à l´enterrement de Brion. Je suis friable, influençable, je me compromets. Je perds ma rageau contact de tous les pseudo-artistes du parsianisme. Nous sommes chez moi. Samy regarde la télévision. Laura tourne en rond. Maurice pisse par terre. Il n´y a toujours qu´un lit. La chambre de Samy est encombrée de cartons. Je tends à Laura un seau en plastique rouge ett une serpillière pour qu´elle essuie la pisse de Maurice. J´étouffe, je dis :

           - J´ai envie d´un mec !


           Laura déplie le canapé du salon :

           - Tape-toi quitu veux, moi je dors là !


           Samy doit choisir : mon lit ou le canapé du salon avec Laura. Évidement, il choisit Laura. Comme les heures peuvent paraître longues a certains moments de l'existence ! Ainsi que ce soir j'avais essayé d'occuper mon esprit passant de la télé a la lecture d'un bouquin. Mais je ne pouvais m'empêcher de vous imaginer des scènes torrides entre elle et Samy. J'éprouvais un plaisir morbide à vous deviner dans des situations obscènes. Je souffrais mais j'aimais ça à la fois. Ils se serrent l´un contre l´autre, se caressent un peu. Il lui touche la chatte, elle lui touche la queue. Il veut qu´elle enlève sa culotte, elle refuse. Si Samy pense que c´est pour lui signifier qu´elle ne veut pas aller plus loin, il se trompe : Laura adore faire l´amour en gardant son slip. En ce moment elle était nue sur le canapé cuisses écartées et sûrement qu'il doit lui manger le minou. Il connais bien ma femme elle adore se faire brouter et elle devait être fondante de mouille sous sa langue, il doit avoir enfoncé ses doigts bien au fond de sa chatte et elle doit onduler sous ces caresses. Ou alors c'était comme si je la voyais la bouche pleine de son gros chibre.

           Je me réveille d´une humeurmassacrante. Samy et Laura sont encore couchés; Maurice a pissé etchié sur la moquette du salon. Je secoue Laura, elle ouvre les yeux, je dis :

           - J´aimerais bien que tu te lèves... Je besoin de vous.




           - Je suis morte de fatigue !

           - Il t'a bien baisée !

           - Il m'a tuée !

           J'ai essayé de la prendre dans mes bras, mais elle m'a repoussé.

           - Non s'il te plait je suis lasse, prépare-moi plutôt un bain.

           - Ouiiiiiiii ! Continues ! Lèche son sperme mon chéri, mange la petite chatte de ta salope de femme qui s'est bien faite baiser !

           - Tu n'as pas honte de me parler comme ça

           - Non, tu l'as voulu, tu m'as poussée à m'offrir à son amis, je veux te faire sentir ta condition de cocu maintenant, j'adore çà et puis cesse de parler et lèche-moi !

           - Salope tu aimes bien çà, hein, la bite !

           Laura ondulait sur moi, j'allais venais et c'était trop bon. Je l'ai limée un bon moment comme ça, puis à un moment je l'ai retournée pour la prendre à quatre pattes.

           - Hé comme ça, il t'a prise ?

           - Oui comme une chienne et c'était trop bon !

           J'ai bien agrippé ses hanches, pour la fourrer comme un forcené. Quel magnifique spectacle que son cul cambré offert ainsi à mes assauts, ses grosses lèvres écartelées. Comme son amant avait du se régaler aussi de cette vision somptueuse !

           J'ai claqué ses fesses tout en l'insultant la traitant de cochonne de sale pute infidèle.

           - Tu m'as trompé salope hein ?

           - Ouiiii mon cocu chéri ! Elle était grosse et dure sa bite, il m'a défoncée ! Vas-y encore plus fort !

           Elle hurlait et geignait sous mes coups de plus en plus rapides ! Et soudain un énorme orgasme l'a secouée, je l'ai sentie s'échapper d'entre mes mains au moment même où je me déversais dans son vagin. Nous nous sommes effondrés sans force corps contre corps comme deux masses inertes et repues de plaisir. Sa franchise a été totale. Cà l'excitait de retracer dans les moindres détails sa nuit de débauche et immanquablement ma queue se redressait d'excitation et nous faisions alors l'amour avec une fougue toute nouvelle.

           Les bruits de la douche ont cessé. Laura pousse la porte de ma chambre.

           Je reçois un coup de fil de Carol. Elle me dit que Laura lui a téléphoné et qu´elles ont parlé pendant près de deux heures; voilà pourquoi Laura avait feuilleté mon carnet d´adresse. Carol dit :

           - Elle voulait me rencontrer, j´ai refusé. Tu as trouvé une nouvelle spectatrice ? Des nouvelles créatures ? D´autres sources d´inspirations ? En ce qui me concerne je n´ai plus de temps à perdre, je vous laisse la fiction. Surtout évite de m´appeler, je n´ai aucune envie de te voir.

           J´ai à peine raccroché que le téléphone sonne de nouveau; c´est Laura qui me dit qu´elle vient de parler à Carol :

           - Ça fait déjà deux nanas que tu fous en l´air, mais tu devrais te pendre mon vieux de rendre les gens malheureux comme ça... Et moi j´ai pas du tout l´intention de souffrir en silence. Je ne suis pas Carol.

           Pendant mon sommeil, Samy est parti travailler et Laura a téléphoné sans cesse. A mon reveil, le compteur indique onze messages en chiffres rouges. Je les écoute :

           - J´ai oublié dájouter une chose, c´est qu´il y a une solution à tout ça, mais il faut que ça soit toi qui la trouves, mon cher... et t´as intérêt à le faire, surtout pour toi... /Signal de fin ?.

           Après une nuit de drogue, les messages téléphoniques sont une autre drogue : les mots survolant la ville d´un arrondissement à l´autre, les tonalités stridentes des fins de messages, les menaces. Et si Laura avait raison ? Elle ose me dire ce que personne ne me dit. Mes amis me courtisent, me rassurent; elle voit mes faiblesses et me les crache au visage. Je l´ai trahie; elle a cru à l´amour, au premier amour de sa vie, je ne cherchais qu´une rédemption, des moments de calme et de sécurité. Je somre. Je porte la mort et elle m´appuie sur les épaules. Je bois la tasse. Je téléphone; longtemps,à n´importe qui. Puis à ma mère. Elle ne reconnaît pas ma voix. Je sui dis que je veux fuir mon appartement et ce téléphone. surtout ce téléphone qui décide de la vie et de la mort, qui annonce les ravages de la maladie, la multiplication du virus. Je ne vais pas bien; je glisse sur une mauvaise pente: Laura le sait, elle me l´a dit, elle a menacé de me laisser tomber. Et si elle le faisait vraiment ? Elle m´écoute. Je dis : " Qui m´écoute ? Toi tu m´écoutes ?

           - Viens déjeuner à la maison la te fera du bien de prendre l´air et de penser à autre chose.

           Le ruban asphalté est blanc : le soleil a séché le sel déposé sur les routes pour faire fondre la neige. J´ai mal aux yeux, je mets des Vuarnet. Je roule toujours très vite; c´est une bataille avec le temps. Les roues arrière de mon Alfa dérapent dans les virages en dévers de la descente qui traverse le bois de Fausses-Reposes. Entre les troncs c´est blanc et lisse. Vingt as plus tôt, je jouais dans le bois avec William.Nous avions appuyé nos velos contre des arbres. Un garçon s´est approché : il devait avoir dix-huit ou dix-neuf ans, mais pour nous il n´avait pas d´âge. Il était doux, il nous avait dit que son père fabriquait des slip chez Petit-Bateau. Il voulait savoir quelles marques de slips nous portions. Étions-mous d´accord pour le lui dire ? Oui bien sûr, mais nous ne le savions pas. Alors il fallut regarder les étiquettes : le garçon ouvrit nos braguettes et baissa nos pantalons et nos slip pour en voir la marque. Je portais un Éminence.

           Parler de quoi ? Faire semblant d´attendre de beaux événements libérateurs, des oeuvres d´art de la vie. Ma Mère avait été une très belle femme. A soixante-six ans, elle avait encore " beaucoup d´allure ", mais pour qui, pour quel public, pour quel amour, pour quelle exigence interieure ? La grande maison est vide. Vide comme toujours, comme depuis sa construction, comme depuis mon enfance. Et pourtant ma mère est chalereuse. Voilà : c´est un vide chalereux, une gaieté grave. Ma mère dit :

           - Mais qu´est-ce que tu trouve à cette fille pour te mettre dans des états pareils ?

           - Tu préférais que je sois avec un mec ?

           - Ça ne me regarde pas. On t´a toujours laissé libre !

           Après tout, la terre de l´esprit est peut-être plate comme l´oecumène des anciens géographes. en son centre, non pas Jérusalem, mais Laura, son amour, un virus, les fils qui me retiennent à la vie, inextricablement emmêlés; tout autour des " terrae incognitae " : vices obscurs, soleils dérobés, espoirs sans lendemain. J´avais fui mon appartement sachant quemon absence ne durerait que quelques heures, que j´ouvrirais la porte, que je courrais jusqu´au répondeur pour lire le chiffre rouge et entendre la voix qui déciderait la haine ou l´amour, le calme ou la tempête : ma météorologie personnelle. Pendant que je déjeunais avec ma mère, Laura avait appelé dix fois. Je m´asseois et j´écoute; elle imite une voix grave e garçon :

           - Alô, allô, ça fait une heure que c´est occupé !.../ Signal de fin !.

           Je dîne avec Samy au Pancho Villa rue de Romainville; bière mexicaine, tacos, enchiladas, mezcal. Le restaurant fait quatre mètres de long et deux de large; un comptoir des tabourets hauts, des sauces brunes et des haricots rouges dans des plats eb fer-blanc recouverts de papier d´aluminium qui mijotent sur des plaques électriques. Une petite dame à la voix très aiguë s´agite derrière le comptoir. Elle change la cassette dans le lecteur déglingué et c´est le chant de Chavela Vargas qui m´emporte vers des noms de villes inconnues, Oaxaca, Durango, le soleil vertical, la poussière blanches, un Colt 45 caché sous mon oreiller dans une chambre d´hôtel d´El Paso. C´est toujours le même chant universel, celui d Piaf, d´Oum Kalsoum, du tango ou du flamenco; les mots et les sons de la douleur et dela nostalgie arrachés à la réalité, mais purs et lancinants jusqu´au sacré. La souffrance n´est pas découragement. Les cris de ces chants portent les peuples vers l´avant ; ils leur insufflent des énergies vitales.




           Nous restons et il me semble que tout va de soi ; vivre avec Samy, dîner avec lui, se coucher, se caresser, faire l´amour. Mais Samy a vingt ans, il ne veut pas le loi; rien n´est jamais acquis. Je suis en manque; je mendie une nuit, une caresse, sa peau mate et douce. Je me prends soir après soir au piège que je voulais éviter à tout prix. Samy me dit :

           - Si tu veux qu´on dorme ensemble, c´est toi qui viens dans mon lit.

           Le téléphone sonne, c´est la mère de Laura; elle est au bord dela crise de nerfs:

           - Il n´y a que toi qui puisses faire quelque chose. Elle est revenue chez moi, elle ne dort pas, elle pleure tout le temps, elle crie, elle vomit, elle lance la vaisselle contre les murs, j´en peux plus, j´ai du travail, je peux pas rester là route la journée pour la surveiller, elle dit qu´il suuffirait d´un mot de toi pour qu´elle aille mieux.

           - Moi aussi j´ai du travail et j´en ai marre dávoir ma ligne téléphonique tout le temps occupée et quarante message de Laura de soir quand je rentre chez moi.

           - Séparez-vous, dis-lui que c´est fini une bonne fois pour toutes.

           J´entends un cri de Laura, assourdi :

           - Non, tais-toi !

           - Non, c´est pas fini, dis-moi que c´est pas fini !

           J´ai rien dit, c´est ta mère qu´à parlé de ça.

           Des yeux clairs de Laura coulaient des larmes sans discontinuer, avec toute la force de ses 19ans. La mère ne lui jetait au maximum qu´un vague coup d´oeil qui se souaiait de son chagrin ? Que faire... la voir pleurer entre se quatre murs, ce serait bien pire. Maintenant c´est la voix de sa mère qui est assourdie :

           - Et toi va donc avec un garçon normal qui aime les filles et pas avec un pédé qui passe ses journées à se faire enculer par des Arabes !

           Samy se lève :

           - Faites chier tous les deux, j´ai envie de dormir merde !

           Il claqua la porte de sa chambre. J´accepte la proposition de Laura pour abréger la conversation; nous déjeunerons ensemble demain avec sa mère et nous essaierons de parler calmement.

           Laura m´attend près de son école de cinéma, dans un café de la rue Faidherbe. Je me gare, une roue frotte contre le bord du trottoit. J´ouvre me portière, Laura sort du café, traverse la rue enneiger, avance vers moi. Fausbourg Saint-Antoine; Bastille, rue de Rivoli, nous ne parlons pas, nous sommes anéantis; trop de mots, la ville, la neige, les mêmes gestes toujours recommencés. Nous avons rendez-vous avec la mère de Laura dans un café de la place du châtelet. Discusion inutile, phrases sans fin.

           - Tu vois bien qu´il ne changera jamais, quitte-le.

           - De quoi je me mêle ? Je l´aime comme il est, je veux juste qu´il fasse un petit efort... Tu peux essayer de faire un effort ?

           Je n´ouvre plus la bouche et je les regarde s´engueuler. Le ton monte, Laura insulte sa mère qui se lève, jette un billet de cent francs sur la table et s´en va en disant :

           - Ne viens pas me demander encore quelque chose à propos de ce mec, j´ai autre chose à faire que de perdre mon temps avec vos conneries !

           On commende des gâteaux au chocolat écoeurants et mauvais. Je bois deux cafés et je me mets à trembler. On sort, c´est l´après midi gris clair, le ciel nous appuie sur le crâne comme un couvercle de fonte et on ne sait plus quoi faire. Samy râle : il ne se passe rien dans sa vie. Il voudrait de l´exception ; il pense à son père, aux braquages. Je lui dis qu´il faut choisir. Il en a marre du métro, deux heures tous les jours pour aller à Shaman Vidéo dans le quinzième arrondissement; marre du paternalisme de ceux qui l´emploient bien commode pour demander quinze heures de travail par jour mal payées; marre de dîner en face de moi sur la table ronde et noire en regardant la télé. Je dis :

           - Y a un an, tu classais des photos dans des boîtes pour deux mille francs par mois !

           De temps en temps, il revoit Serge qui lui répéte :

           - Pourquoi est-ce que tu fais ce boulot d´esclave ? T´es de la graine de star, si tu le voulais vraiment je pourrais te faire devenir quelqu´un.

           Je lui demandes´il continue à tomber avec délectation dans les pièges des pédés en chasse. Il dit :

           - Non, non, t´as raison.

           Avec un air d´enfant pris en faute. Et là cést moi qui en ai marre de jouer au sage :

           - Je suis pas ton père, merde.

           Samy sort. Il va traîner rue de Lappe ou rue de la Roquette, broiit du mezcal au Zorro jusqu´à ne plus tenir debout, se bat avec des skins, revient avec les cêtements déchirés et du sang séché sous le nez, dégueule dans la cuvette des chiottes, me réveille au milieu de la nuit, se couche dans mon lit et sonne, il faut que je lui répéte dix fois :

           - Samy lève-toi, tu vas être en retard ! pourqu´il sorte du lit.

           Je rentre tard. Samy pile de la coke sur une glace avec une lame de rasoir. Il a les yeux brillants. Il a été chez le coiffeur, il a les cheveux rasés sur les côtés, un peu plus longs sur le dessus du crâne. Il m'embrassa enfin. Je fondis sous son baiser. Sa langue chaude caressait la mienne et le temps paraissait s'arrêter. Puis, dit :

           - T´as été te faire sucer dans un parking ?

           - Je dînais avec Bertrand.

           Il fait deux lignes, en sniffe une, me tend la paille, j´aspire la coke, il dit :


           Moi je suis retourné chez André... C´était pas mal !

           Je lui demande des détails, combien de filles il a sautées, s´il a frappé Monsieur André ? Il ne veut rien dire. Il vient derrière moi, se colle contre mes fesses, je sens qu´il bande. Il me pousse vers ma chambre :

           - J´ai envie de te baiser, enleve toi fute.

           Je suis nu, je déboutonne son treillis, je baisse son slip. Je sentais s'électrifier l'atmosphère. Je balbutiais des paroles idiotes.

           - Je veux que tu sois la plus beau, mon amour ; et tu sais bien que je ne fais jamais les choses à moitié...

           - Tu es bien excitant, ce soir, tu me fais bander...

           Comme dans un rêve, je me suis libérant son sexe bien proportionné qui se dressa devant moi. Je saisis son sexe à pleines mains et je lui branlai fort en le regardant. Ma peau frissonne à son contact sur mon visage. J´harpais le membre ainsi offerte à moi, à pleine bouche j´ai commencé à lui imprimer un mouvement de va-et-viens. Tout en continuant à sucer j´émmetais un " mmmm " que seule ma bouche pleine me permettait. Ma langue léchant son méat... Je me retournais et frottais mes fesses contre lui, je finissais quasi à genoux dans une position équivoque... Je me mets à genoux sur le lit, dos plat, bras tendus, paumes contre le matelas; position de chienne. Samy est derrière moi, il crache dans sa main, enduit sa queue de salive; je crache dans la mienne, mouille le trou de mon cul. Je ne me suis pas fait enculer depuis deux ans. La dernière fois c´était par Kader à El Esnam, dans les décombres d´un ville ravagée. Je dis :

           - Mets une capote.

           - J´en ai pas.

           - Prends en une dans la salle de bains.

           - Non.

           - Tu sais que tu fais ?

           - Je te dis que j´en veux pas.

           J´ai senti qu´il se plaçait à l´entrée de ma rosette et délicatement, se frayer le passage. Il est douce et ce ne fut qu´une légèr brûlure que devint vite un plaisir. Il y a un éclatement blanc dans mes yeux fermés. Ce môme est cinglé; ou il m´aime; ou juste le risque, un appel du vide, un défi à l´habitude. Je suis restée sur lui très longtemps comme ça, presque immobile, collé à lui, son sexe enfoui profondément dans mon cul. Ma bouche grande ouverte, je le laissais entrer. Je crie mon plaisir. Je suis femelle. Je me retourne et je vois ses yeux demi ouverts. J´attrape ses épaules puis ses reins, je tire son corps plus profond en moi. Je sentais peu à peu une vague de béatitude qui prenait de la force. Nos corps balançaient lentement d'avant en arrière. Il y avait tellement d'énergie en mouvement dans nos corps ! Je sentais sa vie circuler et je suis sûr, nous n'étions qu'un. Il a giclé son jus avec force jusqu'au fond, contre mon petit trou. Je me branle.

           - Aaahhh, je jouis !

           Je dois retrouver Laura en fin d´après-midi à l´a l´aéroport de Genève. Elle a pris le train, je la rejoins en avion; je ne pouvais pas quitter Paris ce matin. Je l´attends pendant près d´une heure du côté français : elle est du côté suisse. Elle me dit qu´elle a failli rater le train. Le taxi qu´elle avait commandé n´est pas venu. Elle a erré dans des avenues d´Issy-les-Moulineaux à six heures du matin avecson sac de voyage et Maurice en laisse. Elle a fait du stop et elle a trouvé un type qui l´a deposée gare de Lyon. L´autocar roule vers Avoriaz. Des producteurs et des journalistes ont monté dans la situation une chaîne de télévision locale qui doit émettre pendant la saison d´hiver. On m´a demandé de concevoir la lumière du plateau où auront lieu des interviews, des informations et des jeux. Jaime a été engagé comme chef de plateau, c´est lui qui a proposé mon nom. Je dois remplacer un opérateur qui a été congédié au bout de deux jours. Je voudrais retrouver l´impression que j´avais eue en rencontrant Laura : me sentir bien avec une fille, avec une femme, avec une image de la féminité différente de celle que Carol a laissée en moi, faite de gémissements, de tristesse et de maladresse physique. J´ai pensé que nous devions partir de Paris. Dans le car nous nous caressons, mais plus nous approchons d´Avoriaz plus Laura semble s´éloigner; elle se recroville sur elle même, devient transparente. Nous sommes pris dans des enbouteillages. La nuit tombe. Le téléphone monte vers la station. Un traînautiré par un cheval nous emmène entre les immeubles piqués dans la neige comme desvais eaux spatiaux bon marché atteris par accident ; il nous dépose devant les locaux de la télévision ; je porte les sacs de voyage. Laura tient Maurice dans ses bras; elle le pose dans la neigefraîche et il s´y enfonce jusqu´au ventre, se roule dedans. Avec eux n´avait que des gestes de trendesse, un bras passé autour de la hanche, une main sur l´épaule, un baiser sur la joue. Il fallait la pousser à choix le candidat malhereux qu´en resterait à la chaste amitié. Je la regardais s'éloigner, ses hauts talons la contraignait à faire onduler ses jolies fesses rondes. Elle se retourna pour me faire un sourire en baissant les yeux avant de franchir la porte des toilettes. Elle paraissait à la fois exciter et gêner par son future geste. Lorsqu'elle disparut, je sortis de ma rêverie et constatais que quelques messieurs trop observateur...

           Le soleil vient de faire flamboyer l´horizon d´un rougeoiement resplendissent, juste avant de faire place à la nuit apaisante. Les derniers aboiements se font entendre. Les derniers battements d´ailes font librer l´air, au-dessus des têtes. Les pemiers hululements retentissent dans le lointain. Quelques chats commencent leur danse. La fraîcher nocturne déploie son doux manteau. Quelques étoiles s´illuminent au firmament, pendant que la lune éclaire, de sa lumière irrisée. Le lendemain matin je vais travailler sur le plateau. Laura m´y retrouve vers midi.Nous allons louer chaussures et des skis. Le soleil est blanc;Didier, un électricien du plateau, nous accompagne sur les pistes. Nous allons trop vite pour Laura qui reste bloquée au milieu de la pente. Je me retourne vers l´amont et je la vois minuscule et sombre, en contre-jour. Nous l´attendons dans un café au bas de la piste. Elle est furieuse, plonge ses lèvres dans une tassede chocolat. Je vais travailler sur le plateau, elle se promène avec Maurice. Je la retrouve dans le studio vert et blanc. Le soir, une fille me drague dans un buffet organisé par la chaîne de télé; elle est maquileuse; il n´y a aucun geste entre Laura et moi, à peine un regard de temps en temps, la fille ne peut pas comprendre que nous sommes ensemble. Elle se colle contre moi. Maurice joue avec le yokshire de sa soeur. Laura envoie des coups d´oeil assassins, me dit à l´oreille:

           - Elles sont aussi vulgaire l´une que l´autre !

           Et soudain elle s´approche de la maquilleuse et elle lui parle doucement. Puis elle se met à lui caresser le bras et la joue. La fille a peur : elle prend Laura pour une lesbienne. Elle s´éloigne en entraînant sa soeur. La standardite me dit que Samy m´a téléphoné vers vingt heures. Laura blêmit, elle serre les poings et ses ongles s´enfoncent dans ses paumes. Quand nous marchons vers le studio, elle ne peut plus se retenir :

           - Pourquoi Samy a appelé, il ne peut pas rester deux jours sans te parler ? Il a l´intention de rappliquer ici ?

           La neige assourdit ses cris. Dans le lit, Laura me parle, pose des questions, je ne veux pas répondre. Je ne veux pas lui faire l´amour. Elle se jette sur moi, déchire mon tee-shirt, je ne bouge pas, j´ai peur de mes gestes, j´ai envie de la tuer.

           Le lendemain, je termine la lumière du plateau. Les producteurs s´étonnent du peu de temps que j´ai mis. Le soir nous allons dans une boîte de nuitavc Jamime; pénombre, glaces, métal, je bois des gin-tonic et on parle pour ne rien dire, simplement pour avoir l´impression d´exister. Le corps de laura est assis entre nous, mais elle s´est échappée.




           Il faut bien finit par s´allonger entre les draps glacés. Laura ne peut pas dormir, elle se remet à parler. Je luis dis de se taire mais elle ne veut pas me laisser dormir. Elle ne veut pas rester seule les yeux ouverts. Elle nous regarde, mais c´est un ' nous " qui s´absente, pâlit, se dérobe. Alors je ne me contrôle plus : je la gifle, la frappe sur lecorps, la jette hors du lit. Elle roule à terre, je m´approche, je vais la massacrer, elle recule, s´accroupit au pied d´un mur, se protège le visage avec ses mains. Maurice pisse sur le moquette. Mais je vois Laura basculer à mes yeux ; elle a tellement peur qu´elle perd son pouvoir sur moi. Nous sommes deux bêtes blessées à bout de forces. Dans les draps déchirés nous finirons bien par trouver le sommeil. Nous mettons nos affaires dans nos sacs. Nous ne parlons pas. Nous prenons un petit déjeuner avec Jaime. Laura porte des lunettes de soleil pour cacher ses yeux rouges et ses cernes. Je pose ma tasse de thé, elle enlève ses lunettes, ses yeux sont pleins de larmes. Elle me gifle de toute ses forces. Jaime dit :

           - T´es folle ! et Laura.

           - Ça c´est pour la nuit que tu m´as fait passer !

           Nous allons en traîneau jusqu´au parking des taxis. Deux électriciens qui travaillaient avec moi sur le plateau rentrent à Paris. Nous roulons vers billet de retour par le train. Nous buvons un verre au bar de l´aéroport. Au moment de nous séparer, Laura dit qu´elle veut rentrer avec moi en avion. Je ne supporte pas l´idée qu´elle fasse un caprice :

           - Ne recommence pas à m´emmerder, prends ton train et fous-nous la paix ! Elle se lève brusquement, bouscule la table, un verre se renverse. Elle va vers le comptoir de Swissair en traînant Maurice terrorisé au bout de sa laisse. Je la rejoin, agrippe son épaule, l´emmène à l´écarte du comptoir :

           - T´as un billet de train pour le retour, tu vas prendre ce train, de toute façon t´as pas d´argent pour l´avion moi non plus alors ça suffit !

           - Vas-y frappe-moi. recommence comme la nuit derrière, défonce-moi la gueule, prends ton pied !

           Elle m´échappe, lâche la laisse de Maurice court vers le bar, se retourne vers moi, hurle :

           - Ça te suffit pas ce que t´as fait de moi ?

           Sa voix résonne dans le hall :

           - Qu´est-ce que tu veux de plus ?, le sol clair et lisse et brillant, une mer de glace à perte de vue, des têtes se tournent vers nous. Laura crie encore :

           - Je peux plus avoir de gosses à cause de toi, je pourrai plus jamais en avoir, ça suffit pas ?, les baies vitrées filtrent la lumière du dehors, le visage de Laura prend une teinte ambrée, à la table du bar les deux électriciens essaient de ne pas croiser mon regard, je suis blanc de rage et de peur, elle n´a pas le droit de parler de ça. Elle se fige, cesse de crier :

           - T´as les jetons hein ? Tu te fous de ce qui peut m´arriver, mais t´as les jetons qu[on sachece que t´as fait !

           - Tais-toi et calme-toi. Y a des places libres dans l´avion ?

           - Change pas de sujet, espece de lâche. Tu veux me traiter comme une merde ? Je te jure que la terre entière va savoir ce que t´as fait !

           Laura se met à pleurer, à hurler ses pleurs, elle regarde autour d´elle, elle suffoque, elle court vers la sortie, crie :

           Je me s´assois, les deux électriciens regardent leur verre, je dis :

           - C´est de pire en pire...

           Didier tu peux me prêter cinq cent balles pour que je lui achète une place d´avion ? Didier me tend les billets, je les mets dans ma poche, je marche vers la sortie. Après les portes automatiques, le chemin est entouré de hauts grillages, le sol est rouge foncé, le soleil brille. Je ne vois pas Laura mais au bout d´une cinquantaine de mètres, je trouve son blouson par terre, son pull un peu plus loin. J´accélère, le chemin tourne à droite. Elle est là, après le virage, assise par terre, contre le grillage. Elles´étouffe dans ses pleurs. Je m´accroupis à ses pieds, son visage est trempé contre le bleu du ciel et les dessins géométriques du fil de fer. J´essuie ses larmes et je la relève doucement. Je dis :

          - Viens, on va acheter un billet d´avion.

           Je la soutien; on avance à pas lents et maladroits dans le no man´s land entre la lumière et l´ombre. Je dis encore :

           - Pourquoi est-ce que tu dis que tu peux plus avoir de gosses ?

           - Tu sais bien pourquoi.

           - Tu crois que t´es séropositive, mais t´en pas sûre ?

           - J´ai fait le test... C´est positif mais je voulais pas te le dire. Un immeuble de plomb s´sffondre sur moi. Les mots n´ont plus de sens. Je dis, comme un réflexe : " Merde, c´est pas possible, tu le sais depuis combien de temps ?

           Paris. Le taxi s´arrête; Laura en descend, je la suis, on s´embrasse, elle est appuyée contre la carrosserie blanche, on se dit au revoir tendrement, elle marche vers les immeubles gris-vert, je remonte dans le taxi qui demarre. On se revoi lendemain dans un café proche de la place de l´Alma. On dit qu´on regrette. Je la frôle, quelque caresses du bout demes doigts sur son cou, ses mains,ses seins. Elle a pris une décision : s´éloigner, arrêter la chute; c´est déjà trop tard, mais avant que ce soit pire que trop tard, avant que même les souvenirs des très bons moments se soient effacés. On se tourne le dos. Elle descend vers le pont de l´Alma; je remonte l´avenue Marceau. Samy est allé à Toulouse. Il a montré à son père des cassettes de films sur lesquels il avait travaillé. Son père a emprunté la Porsche de son patron et ils ont fait le tour de la ville : Il lui a dit :

           - Tu n´es qu´un coq stupide !

           Je vais avec Jaime dans une soirée rue de Long-champ où tout le monde a pris de l´extasy. On nous vend une pilule à l´entré. Il y a une trentaine de personnes qui marchent dans le grand appartement sans meubles, dont quelques techniciens de la vidéo que je connais, des comédiens et deux chanteurs à la mode. Des particules accélérées dans un cycloton. Mais leurs mouvements se ralentissent peu à peu; les gens se touchent ; filles et garçons, filles ensemble, graçons ensemble. Rien de sexuel, des frôlements et des envies de contact. Je regarde Jaime et je lui demande si la drogue lui fait de l´effet :

           - Que dalle !

           Un type se déshabille, va chercher des pinceaux et des tubes de gouache. Il se peint le torse et le visage. D´autres reviennent de la cuisine avec des glaçons qu´ils se passent sur les joues en disant :

           - C´est beau, c´est tellement beau !

           Nous voilà en pleines années soixant-dix. Sauf qu´avec l´extasy, on ne peut pas faire l´amour puisque les garçons n´arrivent pas à bander : années psychédéliques revisitées sida et safe-sex ! Jaime me dis :

           - Cet été, il faut que tu vienne en Espagne. Je suis né près d´Alicante, j´ai tous mes copains là-bas, on aura ce qu´on veut, filles, motos, défonce... Je préfère quand même les années soixante-dix de Jaime à celles des blanchés de la rue Longchamp. Je ne sens toujours pas l´efet de la pilule; je me mets à boire bout ce que je trouve : brève, vin rouge, whisky, vodka; je termine par du Ricard pur dont Jaime m´enlève la bouteille des mains. Une demi-heure plus tard et je suis à genoux devant la cuvette des chiottes et je vomis pendant le reste de la nuit.





           Jaime me ramène chez moi. Evidemment Samy n´est pas là, il dort chez Marianne. Je suis malade comme un chien pendant les trois jours qui suivent.

                                         ***************************************


Chapitre - VIII


           Il faisait un temps merveilleux, divin, fantastique, incroyable. C´était une de ces journées ceintillantes comme un bijou comme on n´en connaît qu´une tous les dix ans à Paris. Le soleil indulgent et paresseux déversait un enchantement doré d´un ciel parafaitement bleu, sans nuages et sans brume. L´ennui s´évaporait avec les soucis, l´air était cristallin, aussi pur qu´une eau de source, pétillant comme du champagne. Dans toutes les rues les fenêtres s´ouvraient largement pour accueillir ce don précieux et le laisser chasser les odeurs et les aigres souvenirs d´un hiver gris. C´était une journée où découvrait un nouvel amour, où l´on se débarrassait d´un autre. Un jour pour compter mon argent, rire de mes craintes secrètes, se sentir certain de mon avenir.

           Quand il a su que j´allais revoir Karine, Samy est accouru. Nous roulons au hasard sur les bords de la Marne. Le soir tombe : c´est l´heure entre chien et loup, " quand l´homme ne peut distinguer le chien du loup ", dit un vieux texte hébraïque. Je pense à Laura qui, le jour où je l´ai vue pour la première fois, a prononcé ces mots. Ensemble, nous ne savons plus distinguer la lumière de l´obscurité, l´animal domestique de la bête sauvage. Nous dînons dans un restaurant près de l´eau où une véranda moderne a été rajoutée au-devant d´une vieille maison entourée de platanes. Nous buvons de vins rouge frais, nous rions, nous parlons fort; des mots obscènes et provocants qui font se tourner vers nous des visages dégoutés. Mais l´érotisme qui nous unit nous donne un sentiment de toute puisance. Karine est belle; longs cheveux blonds lèvres sensuelles, seins qui pointent sous son tee-shirt. Elle m'avait déjà maintes fois exprimé son attirance très limitée pour les hommes, son rejet viscéral pour leur coté macho et dominateur, leur manque de raffinement, de douceur, de finesse, d'harmonie et de sensibilité. Elle ne manque ni d´originité, ni de caractère. Elle est curieuse et intelligente et très pragmatique, serieuse à la fois bien sûr, mais non dénuée d´un grain de fantasie qui la prend parfois imprévisible, charmante. Ambitieuse et tenace, elle ne lâche prise, elle ne se décourage jamais et ne fait aucune concession tant quelle n´a pas attent son but et obtenu ce qu´elle convoîte. Elle sait qu´elle veut. A ses yeux, l´amour est une experience mystique. Du plus profond d´elle même elle aspire une fusion de l´âme et du corps, de l´amour et des sensations, spontanée et naturelle. Mais sa sensualité est, si subtile et raffinée, son imagination érotique si fort, elle aime comme elle repire, consacre son temps à une mission grandiose, une expérience hors decommun; offrir aux autres le meilleur d´elle-même.
           Elle mate un jeune homme qu´était près de nous. De plus en plus excitée, elle en rajouta dans la provocation en croisant si haut les jambes qu'une bande de peau nue séparait le haut de ses bas de sa jupe. Elle jeta un regard furtif pour jauger l'effet qu'elle produisait et ce qu'elle vit l'excita plus encore : le jeune homme avait le regard plongé sur ses jambes et bandait visiblement comme un taureau ; la jeune femme avait une main posée sur la cuisse de son compagnon et regardait la bosse énorme qui déformait son pantalon. Elle sentit une liqueur brûlante couler de sa chatte. Elle décroisa les jambes et les desserra légèrement, juste assez pour que le couple profitât de sa belle culotte en mousseline de soie transparente qui voilait à peine sa chatte fraîchement rasée.

           - Je ne comprends pas où tu veux en venir.

           - Je dis que tu peux joindre l'utile à l'agréable et de te jouer une petite drague gentille.

           - N'y pense même pas. Tu me vois séduire ce jeune homme. Tu sais que cela m'excite et me ferait plaisir. Je connais mes penchants pour l'exhibitionnisme, quoique je n'aies pas beaucoup l'occasion de le pratiquer, mais demain c'est le moment ou jamais.

           Plus tard nous sortons d la guinguette et nous pousson des hurlements dans la rue. Samy me plaque sur le capot de la voiture, m´embrasse à pleine bouche; nous roulons à terre, sur le bitume, devant les roues. Karine s´est allongée à l´arrière de la voiture, elle a les pieds contre une glace latérale; Samy vient sur elle. Je m´asseois au volant et je démarre. Je roule très vite; les lumières de Paris se rapprochent et la nuit s´éclaircit. Nous sommes chez moi. Elle ressemblait à une héroïne Hitchcockienne, c´était sans doute cela qui me la rendait étrangement familière. Je tentais de chasser, de mes pensées, le souvenir de Laura. Karine sent tout en long du couloir mon regard sur ses fesses , elle en accentue automatiquement le balancement, elle deviant folle. La cuisine est plongée dans une demie pénumbre, qui entretient une agréable fraîcheur. Maintenant, Karine est penchée sur l´évier lavant la vaisselle du déjeuner. La position lui fait tendre la croupe. Samy est derrière elle, tout proche, hypnotisé par son cul sumptueux comme il n´en a jamais vu. Nous nous étions promis une nuit, une seulle nuit pour nous donner l´un à l´autre et nous braver l´interdit. Mais le démon de mon envie me rendait de plus en plus humaine et je renoncais à lutter. On met les matelas de nos deux lits côte à côte dans la chambre de Samy. On se déshabille et on s´allonge. Karine entre nous deux. Mais Samy se relève ; il va dans la salle de bains, prend un rasoir et commence à se raser les poils des aisselles et du pubis : " C´est le premier stade de la purification, avant de commencer l´oeuvre au noir..." J´échange avec Karine un regard inquiet. Il se plante devant la glace dela salle de bains, jambes écartées, buste très droit; puis il se taillade méthodiquement le torse, les bras et les cuisses avec le couteau. Il prend une bouteille d´alcool à 90º et verse du liquide sur les sillons rouges creusés dans sa chair. Il dit :

           - Fais-le, c´est pas du bidon... C´est trop bon !

           Samy bande; j´ai envie de vomir, je retourne dans la chambre et je m´allonge à côté de Karine. On éclate de rire, elle dit :

           - Arrête-le !

           - Je peux pas voir ça.

           Samy vient s´allonger aussi. On ne fait pas l´amour. On se caresse un peu et on s´endort. Le lendemain matin, je suis réveillé par des bruits dans l´entrée; je me souviens tout à coup que c´est le jour de la femme de ménage. Je ne bouge pas et fais semblant dormir. La porte de la chambre de Samy où nous dormons est ouverte; entre mes cils presque joints, je vois la silhouette plus large que haute de la femme de ménage s´y encadrer. Elle regarde les deux matelas, les trois corps et le sang sur les draps avec un air horrifié, puis s´enfuit comme si elle avait vu le diable. Samy et Karine dorment encore. Karine est en forme, elle s´étire dans les draps de soie, une véritable chatte. Je me fais du thé; la femme de ménage a disparu pour de bon. Je vais dans le salon. Il y a un message sur le répondeur : " C´est Laura, juste un mot pour te dire que toi aussi tu me poursuis. Ce matin j´ouvre le journal et je vois ta guele dedans, avec celle de cette salope de Karine Sarlat ! Ça va au moins me donner la satisfation de mettre le journal par terre pour que Maurice pise dessus !... Alors t´es acteur maintenant ? C´est à cause des scènes de plumard avec elle que t´as changé de métier ? Elle est mieuxque moi, elle a un boulot, du fric, elle est pas jalouse ? Tu la baise bien ? Tu lui as dit que t´étais séropositif ? Karine entre dans le salon, je coupe le répondeur brutalement. Je ne sais pas sis elle a entendu la dernière phrase de Laura, mais elle me regarde comme si c´était déjà trop tard pour qu´il se passe quelque chose entre nous. Quand Karine est partie, je téléphone à Laura. Elle n´est pas là, j´entends sa voix sur son répondeur; pour une fois c´est moi qui laisse un message. Je lui dis de ne pas souffrir sans raison, qu´il ne s´est rien passé entre Karine et moi; je lui dis que j´ai envie de la voir, qu´elle pourrait venir dormir chez moi ce soir. Laura ne m´a pas répondu. J´attends Samy qui a dit qu´il rentrait pour dîner avec moi. A la télé, sur un vieux document rayé. Piaf chante " Les Amants d´un jour".

           Samy n´est toujours pas là. Je regarde par la fenêtre mais il ne vient pas. Je sors de l´appartement, je prends l´ascenseur, je traverse le parking souterrain et je monte dans ma voiture; béton et néon. D´autre murs : ceux des immeubles de la place de Fêtes. L´asphalte mouillé brille, je descends la rue Belleville. J´entre au Lao-Siam. Le patron me dit bonsoir; on dirait que sa main est en acier, il pourrait me broyer les doigts sans effort. Je l´imagine en héros d´un films de karaté tourné à Hong Kong; je pense aux films avec Jackie Chan que j´allais voir dans une banlieuse populaire de Tunis. A la table voisine, deux femmes rien aux éclats. J´ai l´impresssion de les avoir déjà vues. L´une des deux racontequ´elles´est fait arrêter en voiture par de CRS pour un contrôle de sécurité. Elle était avec une amie; elle mangeaient des poulets frits. Un CRS demanda les papiers de la voiture; la conductrice les lui tendit, couverts de graisse de poulet. Ça lui a donné l´idée de préparer une blague pour un prochain contrôle: " Bonjour Madame, Vos paiers s´il vous plaît. Vous transportez quelque chose dans votre coffre ?

           - Oui, deux poulets et une bombe .

           Les CRS ouvrent le coffre l´arme au poing : à l´intérieur, deux poulets rôtis et une bombe d´équitation. Les deux femmes éclatent de rires. Plus tard, je marche sur les traces sans cesse éffacées des passagers du sexe. Une demi-lune voilée des nuages éclaire les toits des péniches. Poussière et graviers confondus. Sur quelques centaines de mètres parcourus vers l´horizon d´un désir immédiat, je suis libéré des éreintements et des pouvoir. Je me sens seigner et maître.

           Trois Harley Davidson sont garées en face de l´entrée de mon parking, devant le petit bar arabe. Je vois des silhouettes en cuir et treillis, crânes rasés, accoudées au comptoir. Je gare ma voiture et je monte dans l´appartement. Il y a des messages de Laura surle répondeur. J´ai sommeil et j´hésite à les écouter. Finalement je rembobine la bande et je le fais défiler. " J´ai eu ton message, j´envie de croire ce que tu me dis, ce serais trop beau qu´il ne se soit rien passe entre Karine et toi, et j´ai aussi très envie de te voir, et c´est cette envie-là que je ne veux plus avoir. Et il y a autre chose qu´il faudrait que je te dise et je sais pas si j´aurai le courage. Je sais pas non plus si je t´enverrai la lettre que je t´ai écrite, j´aurais voulu que tu sois près de moi au moins une fois encore... mais je sais que t´en as pas vraiment envie; même si tu m´as téléphoné ce matin pour me dire de venir chez toi.../Signal de fin/.

           Quand les deux flèches chromées du réveil marquèrent dix heures trente, j´ouvris les yeux, prêt àaffronter le monde avec une remarquable bonne humeur. Une brise délicieusement tiède gonflait le voilage blanc devant la fenêtre ouevrte. Je pense d´abord en Laura et à la gravité de ses problèmes, puis à la solution brillante et diabolique qu´il avait imaginée. " Bon Dieu, quelle inspiration ! Je ris tout bas, je me redresse et balance mesjambes hors du lit. Je ris encore en se levant, les jambes écartées pour compenser le poids de mon ventre. J´enfile une robe de chambre bleu marine passe poilée de blanc et serra la ceinture en glissant ses pieds dans mes pantoufles. En passant devant la cuisine pleine d´un joyeux bruit de casseroles, je remercie les saints de m´avoir accordé une jeune et belle femme de ménage. Elle s´exhibe sur l´escalier à moi toute souriante dans un mini-short d´enfer...





           En souriant de bonheur, j´entre dans lesalon en traînant mes savates. A côté de la grande baie inondant lapièce de soleil mon fauteuil de cretonne àfleurs étaitplacé, le dos à la lumière, les journaux Le monde, Paris Soir et Le Nouvel Observateur soigneusement empilés sur le siège. Quand je fus bien installé dans le fauteuil, les journaux sur ses genoux, ma jeune femme de ménage apparut, avec une tasse de café raisonnable. Elle la posa sur une petite table à côté du fauteuil et s´en alla sans avoir prononcé un seul mot raisonnable. Je songe pendant quelques instant à ma chance et à mon bonheur. Puis je pris la tasse, chasse calmemment mon sprit toutes les pensées vagabondes, et me mis à lire, colonne par colonne, tous mes journaux, jusqu´àu dernier mot, en savourant mon café. A midi et demi, les journaux gisaient en tas autour de ses pieds. Au moment où je jetais la dernière page, ma jeune femme de ménage m´apporta un plateau : des oeufs au bacon, un toast et une autre tasse de café.

           Maintenant, j´entends des cris dans la rue. J´arrête le répondeur, je m´approche de la fenêtre. Je vois les trois types rasés en treillis qui entourent un vieil Arabe ivre mort, adossé contre le mur vert clair, à la sorite du petit bar. Il y a quatrième type avec les trois rasés; je me dis que je rêve : je reconnais Samy. Il insulte l´Arabe avec les autres. Un des types sort un couteau de la poche de son treillis ; la lame se déplie automatiquement. Le type attrape l´Arabe par les revers d sa veste et le secoue en approchant la lame de son visage. La tête de l´Arabe cogne contre une pancarte où est inscrit " Chambres meublées, gaz électricité. " Le type fait glisser la lame le long du torse de l´Arabe jusqu´à sa braguette. J´ouvre la fenêtre. J´entends le type qui lui dit :

           - Alors crouilla, je vais te couper les couilles et te le faire bouffer... C´est bien comme ça que tu faisais aux Francaouis à Sidi Bel Abbès ?

           Le vieux est tétanisé, sa cuite disparaît avec sa peur, il répéte :

           - Non, non...

           Les autres rasés rigolent. Sami parle au type qui tient le couteau pour le calmer :

           - Laise-le ce vieux bique, y a mieux à faire non ?

           Le patron du café sort sur le pas de la porte, dit quelques mots en arabe au vieux, le rasé referme le couteau, le vieux rentre dans le café et disparaît au fond de la salle. Les trois types montent sur leur Harley et démarrent les moteurs. Samy serre la main à deux d´entre eux et fait une accolade à celui qui tenait le couteau. Les motos s´éloignent. Samy traverse la rue et rentre dans l´immeuble, Je referme la fenêtre. Samy s´affale sur le canapé,à moitié ivre, méprisant, les yeux dans le vague, absorbés par le mur blanc. Je dis :

           - T´as des copains sympathiques.

           - Pardon ?

           - Je dis que tes copains fachos ont l´air sympathiques.

           - C´est pas des fafs, c´est des alchimistes !

           - C´est amusant ! Tu te souviens du nom que tu portes ? Du nom de ton père ?

           Samy marmonne une réponse incompréhensible, va dans sa chambre et claque la porte.

           Je téléphone à Laura; je la réveille. Je suis agressif malgré moi :

           - T´es complètement cinglée ? Je t´appelle pour te dire de venir chez moi et tu me laisses de messages en me demandant de ne pas te laisser seule, ça va la tête ?

           - Tue me revailles à cette heure-ci uniquement pour me dire des méchanchetés ?... Vas-y dis-le-moi que tu me veux plus, que tu m´aime pas, même si tu sais pas, dis-le-moi, je t´en supplie, j´ai besoin que tu me le dises, même si tu ne le penses pas...

           - Et merde, c´est ça: disparais et cessedeme faire chier, je veux plus jamais t´entendre ni te voir !

           Je raccroche. Trentesecondes plus tardle téléphone sonne; j´écoute les premiers mots de Laura :

           - T´as pas le droit de dire ça ! Tu peux pas me laisser comme ça !... et je crie : " Ça suffit ! " J´écrase le combiné sur son socle, je débranche la prise du téléphone et je coupe le répondeur. J´avale des tranxène et je me couche. Le lendemains matin, je vais à l´hôpital pour une prise de sang. On me des exames tous les trois mois. Le virus se multiplie tranquillement; les lymphocytes T4 agents des défénses immunitaires diminuent lentement. J´ai de la chance; j´aurais pu tomber sur une forme plus foudroyante de la maladie. Quand je sors, Laura est en bas de l´escalier de l´hôpital, appuyé contre une colonne de pierre qui soutient le portique de l´entrée. Elle porte un manteau long bleu marine et des lunettes noires. C´est le premier jour de soleil du printemps. Je passe devant elle en disant :

           - Qu´est-ce que tu fous là, toi ? et sans m´arrêter. Elle me suit :

           - Je savais où te trouver. Jusqu´à hier tu me disais tout ce que tu faisais non ?

           Je ne la regarde pas, je marche vite vers ma voiture. Et alors ?

           - Que dit la science ? tu crèves à petit feu ?

           - Ça vas, merci...

           - T´inquiète pas, maintenant que je vais m´occuper de ton cas, ça va aller nettement plus vite.

           - C´est-à-dire ?

           - C´est-à-dire que tu vas payer pour ce que t´as fait. Je t´ai déjà dit que je pouvai arrêter tout ce que je faisais pour toi et que je pouvai aussi accélérer ta mort. Tu veux pas y croire, mais tu vas être forcé d´y croire parce que tu vas le voir de tes propres yeux. Tu vas voir la ruine de ton corps. T´as foutu ma vie en l´air, tu m´as refilé de sida, je pourrai plus jamais aimer quelqu´un d´autre alors on va crever ensemble. La dernière fois, c´étais des menaces que j´ai pas mises à exécution mais cette-fois-ci je te jure que je vais le faire.

           Je vacile. J´ai mal au coeur. J´ai vu des milliards d´étoiles blanches quand l´infirmière a enfoncé l´aiguille dans la veine à la pliure de mon coude. Elle m´a donné un sucre imprégné d´alcool de menthe pour me ramener su terre. Tout çan´est qu´un mauvais rêve. Mais Laura dit : " Ouvre-moi. " Machinalement je monte dans la voiture et j´ouvre la portière de droite. Elle s´assoit à côté de moi, dit :

           - Maintenant on va chez toi, tu vas me baiser une dernière fois.

           - Quoi ?

           - Tu vas m´emmener chez toi et mettre ta queue dans mon ventre une dernière fois. C´est la seule chose qui marchait entre nous, pas vrai ? Alors je veux pas rester sur la mauvaise impression d´Avoriaz ou t´arrivais même plus à me baiser tellement tu pensais aux mecs !

           Je roule, mais pas vers chez moi, vers le bout du quinzième arrondisement. Laura dit :
           - Où vas tu ?

           - On va chez toi, je préfére. Chez moi y a Samy.

           - Il travaille plus ?

           - Pas aujourd´hui.

           Je me gare en double file devant la grille de la cité. Je dis :

           - Maintenant tu descends !




           - Et toi ?

           - Je rentre chez moi !

           - Je ne bougerai pas.

           - C´est-ce qu´on vas voir ! J´ouvre la portière de droit et je pousse Lara dehors. Elle hurle, donne des coups de piedsdans la carrocerie, je referme la porte et je démarre.

           Quand j´arrive chez moi, Samy dort encore. Il y a sept messages sur le répondeur. Je ne les écoute pas. Le téléphone sonne, c´est Laura :

           - T´as écouté mes messages ?

           - Non.

           - Tu devrais, c´est très instrutif ! Bon, je vais venir chez toi, je vais sonner et tu vas m´ouvrir.

           - Ah bon...

           - Je vais te résumer ce que j´ai dit à ton répondeur: c´est que tu m´a poussée à bout, tu m´as fait mal et je vais te le rendre parce que j´en veux pas, je veux pas qu´il rentre en moi et c´est ça qui me rend méchante. J´ai qu´une envie c´est d´être méchante avec toi, de te faire mal, alors je vais m´occuper de ta santé puisque t´as refusé mon amour et il y a aussi une chose que tu dois savoir c´est que je connais pas mal de gens autour de toi, tes amis, tes relations, les productions qui t´emploient et un coup de fil c´est tellement facile à savoir que tu vas bientôt crever du sida et que t´as prévenue que t´étais séroposit la première fois que tu l´as baisée...

           Je dis à Laura que je l´attends chez moi. Je redescend dans le parking. Je monte dans ma voiture. La porte en tôle bascule et, em haut de la rampe, la lumière blanche du dehors rencontre la pénombre de l´intérieur. Je suis au centre de ce choc, incapable de me défendre, la nuque dans le noir, les yeux éblouis. Laura avait peut-être naïvement voulu faire le bien, me faire du bien. Dans son supplice, elle s´est mise à confondre la douleur et le mal. Quant à moi je crois n´être plus relié à la vie que par le fil de nos souffrances. Je roule sur les boulevards extérieurs; Porte d´Aubervilliers, les entrepôts Ney; tout près, la rue de Crimée et le parking 2000 où je répétais au doigts engourdis par le froid de l´hiverou le corps trempé par l´humidité de l´été. Des beaux souvenirs de môme déchu. Je m´arrête devantune cabine téléphonique et j´appellema mère. J´ai un cerveau d´enfant dans un corps vieillis, je lui dis tout en bloc : la contamination de Laura, son amour bafoué à ses yeux, son chantage, qu´elle va tout raconter à ceux qui m´entourent; et surout qu´elle peut accélérer la progression de ma maladie comme elle l´a ralentie jusqu´à present. Ma mère n´en revient pas :

           - Pas toi, pas avec les études que tu as faites et l´esprit logique que tu as ! Tu ne peux pas croire à desconneries pareilles !

           J essaye de lui expliquer qu´il n´y a pas à croire ou à ne pas croire, c´est entré en moi et je suis sans défense. Elle me dit de venir me voir. Mon père est dans son bureau, dans l´aile droite de la maison. Voix calme, posée :

           - A un moment ou à un autre, tu devras cesser de céder au chantage quelles qu´en soient les conséquences... Je suis bien placé pour le savoir...

           Je pense à cette nuit où j´étais rentré tarde; j´avais dix-huit ans, j´avais ouvert la porte d´entrée d cette maison et j´avais buté sur des plantes vertes tombées à terre, des meubles renversés, de la vaisselle brisée. Ma mère état à la montagne, mon père et sa maîtresse dans la maison; ils s´étaient battus; ils portaient le même prénom : Claude; il essayait d dormir dans une chambre; elle somnolait sur une banquette du salon. J´avais remis les meubles debout, nettoyé les dégâts. Elle s´étais réveillée, m´avait demandé de la conduire à l´hôpital; elle prétendait qu´elle avait le bras cassé. Mon père se déplaçait difficilement; on venait de l´opérer pour un claquagem de tendon d´Achille. Il était quatre heures du matin, j´avais fait monter la femme dans la R 16 de mon père, j´avais roulé dans Versailles désert et je l´avais déposée au service des urgences de l´hôpital Richaud. Elle avait tout essayé pour les garder : travailler avec lui, téléphoner à ma mère, faire de moi son allié puis dire à mon père qu´elle avait engagé des types pour me flinguer. Il avait été prisa u piège; des mois, presque des années, et il avait décidé, dit-il, ne ne plus céder, elle avait su qu´elle allait le perdre, ils s´étaient battus.

           Le téléphone sonne. Ma mère répond. C´est Laura qui lui dit qu´elle va me faire un procès parce que je lui ai transmis le virus du sida. C´est un gouffre sans fond; c´est le cauchemar sans image, seulement l´impression d´être au centre d´un cercle dont le diamètre diminue peu à peu, et le cercle en se rétrécissant m´étouffe. Ma mère dit à Laura ?

           - Tu as raison, fais ce que tu veux !

           Je téléphone chez moi; C´est Samy qui répond :

           Je lui dit de ne pas la laisser seule dans l´appartement, qu´elle est capabledetout casser. Puis je dis :

           - Attends-moi, j´arrive.

           Tout en Laura transpirait le sexe. À partir du moment où ses formes généreuses se sont épanouies, elle a pris de plus en plus de plaisir à montrer le galbe de ses cuisses, la rondeur de sa croupe, l'arrogance de ses seins. Elle est très fière de son corps, et aime l'offrir aux regards des autres... Sa manière de se vêtir, notamment. Alors qu'elle s'approchait de Samy, il vit qu'elle portait ce jour-là une minijupe gris perle sur un chemisier blanc. L'échancrure de ce dernier laissait largement entrevoir une poitrine d'une fermeté exemplaire pour une jeune femme de 20 ans. Les talons aiguilles dont elle se parait chaque jour la grandissaient d'au moins 10 centimètres, ce qui lui permettait de franchir allègrement la barre de 1,75 mètre. Et quand elle franchit le seuil, non seulement l'impatience et la joie de la revoir faisaient cogner son cœur dans sa poitrine, mais de plus Samy était particulièrement troublé par la sensation de voir son sexe à l'air libre sous sa jupe trop courte. Sous les chemisiers, les seins en liberté pointent audacieusement et se balancent. Les amants se découvrent tout à la joie de se retrouver encore ensemble et de s'aimer d'une belle amitié voluptueuse et libertine, sans interdit. Parvenue à ses côtés, cette jeune femme d'une somptueuse élégance m'adressa un sourire désarmant et lui lança de sa voix délicieusement rauque.

           Samy était surprise de ce choix : ils se voyent si rarement et pour des moments si brefs, qu´ils préféraient toujours ils se retrouver directement dans un endroit discret. Samy s'était demandé s'il avait quelque chose de spécial à lui dire, quelque chose de désagréable peut-être. Comme toujours Laura avait choisi sa tenue avec un soin infini, hésitant pour chaque détail, elle aurait voulu être irrésistible. Samy neensait pas qu'il avait la moindre idée des efforts qu´elle faisait pour ça. Laura est presque nue, elle a juste enfilé un négligé de soie précieuse qu'elle a trouvé dans la garde-robe. Il ne lui appartient pas, mais elle s'est dit que s'il se trouvait dans la garde-robe, c'était pour qu'elle puisse l'utiliser. Elle ne s'est pas étonnée qu'il soit si transparent qu'on devine ses formes au travers du tissu, et si petit qu'elle peine à le refermer sur sa poitrine généreuse : elle commence à soupçonner l'ambiance qui règne dans l´appartement.

           - Votre amis, mais ça revient au même. J'ai perdu toute illusion à ce propos.

           - Indifférent ?

           - Non. Enfin si, un peu. Ça m'étouffe, c'est tout.

           - C'est vraiment étonnant !

           - Quoi donc ?

           - Qu'une jeune femme aussi ravissante que toi soit encore... Comment dirais-je... Libre ! Heu... Disponible !




           Sur un ton félin, presque douloureux.

           - Bandante, tu es bandante, Laura !

           Il finit par ouvrir sa braguette, elle mets sa main dedans et tente de sortir son sexe tendu. Mais ça ne passe pas, il faut défaire aussi la ceinture pour sortir le beau braquemart qu´elle tient. Leurs langues se mêlent, se cherchent et ne font qu'une, leurs salives se mélangent... Elle enlaça son pénis, reprit ses lèvres et commença un va-et-vient vertical, lui pompant le sexe avec tout son sexe bien lubrifié. Laura saisit ses fesses par-dessous pour l'aider dans son mouvement et à ce rythme, Samy sentit qu´il ne tiendrait pas très longtemps. À chaque fois qu'elle redescendait, il sentait le bout de sa queue buter contre sa matrice, comme si une bouche l'aspirait encore.

           - Suce-le bien, ma salope, tu aimes, hein, les grosses queues !

           Et elle le branlai aussi, frénétiquement.

           - Bouffe-moi ses couilles !

Elle accéléra la cadence et fit en même temps des mouvements du bassin vers l'avant pour frotter son clito plus fort encore. Je sentais mes couilles pleines sur le point de cracher leur jus et je me laissai aller : il giclait un grand jet de foutre juste au moment où elle s'empala à nouveau sur lui. Elle le sentit et se mit à trembler en accélérant encore ses mouvements. IL se laissait aller en arrière et il sentit qu'elle prenait à nouveau ses lèvres. Ils restent un long moment soudés l'un à l'autre, puis elle se dégagea.




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Chapitre - IX


           Je n'ai pas dormi de la nuit, j'ai passé toute la nuit à réfléchir sur la situation que je vivais. Je l'avais cherché, Laura m'avait prévenu et je n'avais rien fait pour l'en empêcher, bien au contraire. Je l'imaginais dans les bras de Samy, mon partenaire. Je l'imaginais dans ces toilettes le suçant avec la fougue que je lui connaissais et je pouvais, malgré la jalousie, sentir l'excitation monter en moi. J'aurais tellement voulu être là, la voir, elle, si belle, son corps parfait, sa bouche sensuelle ouverte à un autre sexe que le mien. Mais je n'étais pas présent et n'avais que ce mail comme exutoire. Le lendemain matin je suis parti, la maison silencieuse. La matinée s'est passée et c'est encore après le déjeuner qu'un mail de Laura est arrivée.

           Il ne pleuvait pas, il tombait des hallebardes. Il était tard. Les essuie-glaces luttaient vaillament pour écarter les cataractes qui se deversaient sur le pare-brise. J´étais fatigué mais, tout à coup, je me rends compte qui j´avais un creux. À peine une heure plus tôt, j´avais téléphoné pour annuler le dîner prévu avec une amie... Karine a encore un corps de rêve. 20 ans, mince, un minois d'ange avec un sourire parfait, des petits seins aux mamelons arrogants, elle a de grandes lèvres qui dépassent. Cette dernière vision me trouble toujours.

           Elle ne manquait pas d´attirait mais, à la longue, je m´étais rendu compte qui je m´ennuyait tous les jours avec Laura. Sur le coup d´une impulsion, je m´engagea dans un Boulevard et je gare ma voiture. J´entre dans un Bar. Gagnant l´intérieur en forçant sous la pluie et m´installe sur une banquette dans un coin. Je commande un sandwich au poulet et du café. Puis de déplier mon journal et se plonger dans la rubrique sportive. Lorsque la serveuse vint apporter ma commande; j´étais confortablement avachi. J´avais besoin de me détendre après une longue et dure journée. Soudain, une voix criarde s´éléva :

           - Mais voilà mon fumier !

           Étonné, je leve mes yeux de mon journal et regarde Laura furieuse plantée devant une table, bras croisée et jambes écartées. Ses yeux lançaient des éclairs.

           - Tu te rappelles pas de moi, heim ?

           - Non, pourquoi ?

           - Pourquoi... pourquoi ! Ah, l´enfoiré !

           J´ai posé mon journal.

           - Dis donc toi, tu sais à qui tu parles, au moins ?

           - Un peu ! À un sale flicard !

           J´ai commencé à sentir la moutarde me monter au nez.

           - Et je te connais, moi ?

           - En tou cas, tu devais, cracher la jeune fille. Grâce à toi, je me suis fais malheureuse pour deux ans.

           Je m´efforce de ne pas rire. Laura piquait une crise de colère désespérée. Il vallait mieux ne pas jeter d´huile sur le feu. Elle était en train d´attaquer un homme. Je ne pouvais entendre, mais elle semblait crier. L'homme lui tendit la main comme pour l'aider à se relever. J'avais le cœur qui battait la chamade. Je me revis alors à cet instant de ma vie de baroudeur où il tomba amoureux pour la première et seule fois de ma vie, mon rencontre avec cette jeune fille un peu étrange qui disait être de passage mais qui s'était installée dans sa vie à un moment où jamais je n'avais vécu une telle complicité avec quiconque, une telle communion d'esprit et de corps. Son esprit rêveur et aventurier avait achevé de me séduire. Elle semblait avoir énormément voyagé, racontait parfois des choses exotiques lorsqu'elle lâchait des bribes de son passé. Son tempérament avait quelque chose de pur, et son corps l'était également. Elle m´avait invité à partager sa vie et ses voyages en mer vers le froid, la neige et les glaciers. Elle accepta mon projet de vie ensemble avec joie, comme quelque chose de normal et de naturel.

           - Allons, dit-il, c´était pour ton bien.

           - Et mon cul, c´est du poulet ? grinça Laura.

           Puis, elle vient vers moi contre toute attente. Elle était vêtue d'une robe en coton à manches longues d'une jolie couleur brique qui lui arrivait à mi-cuisse. Elle portait des sandales à talon lui découvrant de façon harmonieuse le cou-de-pied et les orteils. Un petit sac de toile complétait sa tenue. Sa démarche chaloupée avait la souplesse et l'énergie de la danseuse exercée aux rythmes chauds de la salsa. À chaque pas, sa cuisse nerveuse faisait tressauter l'une et l'autre de ses fesses rebondies, et le rythme se communiquait à sa robe légère. Elle s´assit et déclara :

           - On m´a payé un lapin, alors tu pourrais peut-être me payer un jus.

           - Tu veux casser la croûte, aussi ? propose-je.

           - Mmmourais, grogna-t-elle comme si elle me faisait un honneur insigne en acceptant. La même chose que toi.

           Le serveur s'approcha et contempla le reflet de ses tétons qui tendaient le tissu de sa robe, transparente sous la lumière. Durant la conversation, je vois qu'elle lève les yeux pour voir si je lui portais attention. Je me fais surprendre et elle sourit de satisfaction. Elle sait que je suis très attentif à chacun de ses faits et gestes et elle va en profiter. Je réalise qu'elle flirte avec le barman. J'admets qu'il est quand même assez beau garçon, de toute façon elle ne le fait que pour me rendre jaloux (du moins...). J´ai passé le commande. Alors, son sandwich arriva et elle se jeta dessus avec une voracité de fauve. Avant de porter sa tasse à ses lèvres, elle croisa ses jambes qu'elle tenait genoux serrés jusque-là. L'ampleur de son geste dévoila la plus grande partie de sa cuisse. Les volumes ciselés de ses muscles souples vibraient sous la peau veloutée et dorée. Je l´observais, soudain, je réalise que ma place n´était pas là, assis à table avec Laura, vite, j´ai demandé l´addition.

           - Où tu vas ? s´informa-t-elle.

           - Je rentre, répondis-je. Enfin, si ça ne te dérange pas trop, ajoutais-je, un peu sarcastique.

           - Qu´est-ce qui te fait croire qu´on va dans la même direction ?

           Je cherchais alors ses yeux, et y lus une certaine malice que je ne pus m'expliquer. Elle se leva, et en me passant amoureusement les bras autour de mon cou, m'embrasse.

           - Écoute, si ça t´embête pas, jette-moi à une station de bus.

           - Allez, enfile ton manteau.

           - J´en ai pas.

           - Avec le temps qu´il fait ?

           - Bien, quoi...

           - J´ai décroché mon imperméable, et j´ai posé sur les épaules de Laura.

           - Allez, viens.

           Ils coururent vers la voiture. Laura, distancée, fonçait en poussant de petits jappement sous la pluie torrentielle.

           - Allez, grimpe, criais je en ouvrant les portières.

           Elle se pelotonna sur le siège comme un chien mouillé. Malgré l´imperméable, elle était trempée. Je demarre. Elle alluma la radio et chercha de la musique disco.

           - T´as un clope ?

           - J´ai arrêté répondis-je, grincheux. Tu devrais bien en faire autant.

           - Ouais, c´est ça... La vie est tellement souriante pour moi, je vois pas pourquoi j´ai besoin de m´accrocher aux clopes.

           Je la regarde.

           Je braque à droite et arrête la voiture en bordure de trottoir.

           - Tire-toi ! ordonais-je d´une voix cassante.

           - Qu´est-ce qui te prend ? gémit Laura.

           - J´ai dis tire-toi !

           - Mais pourquoi ?

           Je me penche en travers du siège et ouvrit la porte du passager. Des raffales de pluie s´engouffrèrent dans la voiture.

           - Tu vas vraiment me jeter comme ça ? demanda-t-elle, la voix chevrotante. Pourqioi tu veux plus me laisser à un arrêt de bus ?

           - Parce qu´il n´y a pas arrêt sur ma route et que tu es une petite embobineuse. Allesz, dégage !

           Elle sortit avec réticence sous la pluie battante. Je claque la portière et j´ai reparti. Laura avait quand même du topet. Puis, j´ai réfléchi. Elle lui en aurait à mort s´il avait fait ça. Elle saurait se débrouiller. Fulminant, je rentre chez moi, me gara au parking souterain et pris l´ascenseur jusqu´à mon appartement. J´étais sous une bonne douche chaude lorsque je me frappe le front. Elle avait gardé son imperméable ! Je dus m´endormir car un martètement insistant m´évéilla en sursaut. L´oeil encore mi-clos, je me traîne vers la porte en me demandant qui povait bien me déranger à deux heures du matin. Lorsque j´ ouvre, un spectacle piteux s´offrit à moi. Laura était trempée jusqu´aux os. Des gouttes d´eau ruisselaient jusqu´au bout de son petit nez camus.

           - Il vaudrait peut-être mieux que tu rentres.

           Un vaste sourire lui éclaira le visage lorsqu´elle enchaîna :

           Un instant, dis-je, un peu raide.

           J´entre dans la salle de bains et j´enfile un peignoir. Lorsque je revins dans la salle de séjour. Laura était debout près de la télévision et dégoulinait sur son tapis. Autant de mauvais conseillers qui vous conduisent systématiquement sur la mauvaise route et vous font faire les mauvais choix. Autant de sentiments qui ajoutés les uns aux autres vous conduisent inexorablement vers le désespoir, dernier purgatoire avant les abîmes de la dignité humaine. Le silence s'installe à nouveau entre eux. Des sentiments très divers envahissent le cœur de Sébastien. De la tendresse, certes. De la sympathie aussi, pure, sans trace de pitié, juste l'envie de l'accompagner dans son chagrin. Nous aimons jouer de la séduction, nous surprendre, nous étonner, nous perdre parfois, pour mieux nous retrouver, nous désirer, nous aimer...

           - Bon, dis-je un peu irrité, je vais te donner quelque chose à te mettre sur le dos pendant que tes vêtements sécheront. Ensuite, je t´appellerai un taxi.

           - Pour aller où ? geignit-elle.

           - Chez ta mère.




           - Non, répondit-elle, entêtée.

           - Allez, va dans la salle de bains et enlève ces vêtements avant d´atrapper une pneumonie.

           Elle hocha la tête avec soumisson. Je l´indique la direction tout en me demandant ce qui j´ allais faire d´elle.Un instant plus tard, je l´ai entendi appeler.

           - Est-ce que je peux prendre une douche ?

           - Tant que tu y es, répondis-je avec mauvaise grâce. Envoie-moi tes vêtements. Je vais essayer de les sécher.

           Il alla à la cuisine brancher la bouilloire électrique puis je ramasse les vêtements de Laura sur le sol et les etala sur un radiateur. Elle reparut dans l´ accoutrement ridicule que je l´avait prêté. L´eau bouillait. Je lui en verse une tasse dans laquelle j´ajoute un sachet de de thé et deux sucres. Elle s´assit à la table de la cuisine et se mit à boire avec reconnaissance.

           La situation avait évolué. Le chemisier était maintenant largement ouvert, laissant clairement apparaître les seins et leurs tétons pointés. La jupe était remontée sur le haut des cuisses.

           - Et maintenat ? demanda-je. Qu´est-ce que je dois faire de toi ?

           La réponse fut rapide comme un éclair.

           - Laisse-moi coucher sur ton divan. Je me tire demain matin à la première heure.

           Je me decide rapidement. Tant pis, qu´elle couche sur le divan. Au matin, je la conduirais chez sa mère. J´allais chercher des couvertures, un oreiller, dans le placard de l´entrée et je les donne à Laura. Je ferme la porte de ma chambre et me mit au lit, et m´endormis. L´orage éclata vers trois heures et demie. Éclairs hallucinants. Coups de tonerre titanesques. Je dormais. Rien me dérangeais. Laura se réveilla aussitôt, drapa une couverture sur son corps nu et se mit à trembler. Les furieux grondements et les feux du ciel la terrorisaient. Elle quita le divan et se précipita vers ma chambre. Je dormais sur le dos en ronflant, comme si rien n´était. Elle souleva doucement les couvertures et se glissa près de moi. Je ne bougea pas. Elle se sentit irrésistiblement attirée par cette bouche entr'ouverte et, comme hypnotisée, y colla ses lèvres et ferma ses yeux. Il se produisit alors en elle un chamboulement terrible. Quelque chose pénétra en elle, se fondit en elle, et c'était moi, elle se sentait comblé. C'étaient ses pensées, ses émotions, sa peur et son désir qui pénétraient en elle. Elle pouvait lui parler en silence, dans sa tête, et il lui dit, ou plutôt pensa avec émotion... Elle me serra. Mon corps massif lui apporta du réconfort. Je m´agite un peu, grogne, puis je balbutie quelque chose.

           - Tu dors ? murmura Laura.

           Elle m´encastra dans le creux de son dos, posant les mains sur sa poitrine. J´étais à nouveau calme et respirais profondément. Elle parcourut ma poitrine velue et trouva les tétons. Elle avait appris par expérience que les attouchements à cet endroit faisaient autant d´effet aux hommes qu´aux femmes. Du bout de ses doigts courts et larges, elle mit à les titiller les seins. Elle sentit bientôt les pointes se raidir. Laura aventura les mains plus bas, trouva l´ouiverture du pyjama et s´empara du pénis dressé. Avec une grande douceur, elle commença à le manipuler de haut en bas. Des mouvements lents et régulièrs, qui arrachèrent à moi un râle de plaisir, sans m´éveiller.

           - Jean… ?

           - Oui ? Lui dis-je d'une voix endormie.

           - Tu m'aimes très fort ?

           - Bien sûr, pourquoi me demandes-tu cela ? laisse-moi dormir.

           - Parce que j'ai un truc délicat à te dire.

           - Grave ?

           - Je ne sais pas… peut-être... en fait ça dépend de toi.

           - C'est à dire....

           Laura tenait cet homme dans sa bouche, elle suçait, pompait. Elle lui faisait une de ses fellations intenses. Elle savait y faire, la garce, me pompant bien profondément, jouant de sa langue et de ses doigts sur mon membre bien dur, mais aussi sur mes couilles...

           - Ohhh, tu es gros, mmmhh c'est bon, oh oui !

Elle sentit que le moment approchait. Elle intensifia la cadence. Et plus elle suçait et plus il en redemandait. Puis le gros pervers gicla dans sa bouche. Laura sentait chaque secousse et elle adorait. Je plie de plaisir, les pulsations de ma queue dans cet endroit chaud et humide le rendaient fou. Le sperme chaud et collant coula sur la langue délle. Laura suça le bout de sa queue dans l'espoir d'avoir une dernière goutte de ce jus qui la laissa avec de belles pommettes rouges.

           - La meilleur pipe de ma vie ! murmurait-elle.

           Laura se colla contre son dos et sombra dans le sommeil. Quand elle s´évéilla, l´orage était passé depuis longtemps. L´aube pointait et je ronflais sereinement près d´elle. Pourquoi n´aurais-je pas été serein ? Elle m´avait donné ce que j´adore. Ce que tous les hommes voulaient. Prudemment, elle sortit de son lit et, tous en surveillant d´un oeil sa silhouette inerte, prit son sac sur une petite table et sortit de l´appartement.




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Chapitre - X


           Une sortie de métro à Paris... Comme à mon habitude, mon coeur m'y attend. Me voyant émerger des profondeurs de la terre, telle une taupe sur un escalier roulant, mon visage s'illumine. Puis, je marche dans le centre-ville et je me dis que c´est la seule ville que je connaisse où je ne sais pas lever les yeux vers ce qui m´entoure. Je voudrais voir mieux, être ému; mon regard est horizontal ou dirigé vers le sol, à peine impressionné par le gris des trottoir. Il se détourne parfois sur le côté, pour suivre un visage ou une silhouette qui m´échappent et c´est un éternel recommencement. Pour certains regards, certains gestes dont je sais pourtant que la sincérité n´existe que pendant les quelque seconde mes acts ne prend un sens que parce que je suis imprégné de la certitude de mon immortalité; mais je sais également que le temps m´est compté, plus qu´à d´autres. Je vois justementune belle brune, alors âgée de 23 ans a peu-près. Tout le charme de n'est rien comparé au sien. Ma préférence est toujours allée aux femmes qui font passer leurs cheveux derrière les oreilles. C'est sans doute du fétichisme et je l'assume, mais les oreilles féminines me séduisent particulièrement. Les cheveux bruns mi-longs de Louise tombent délicatement sur ses épaules. Son doux visage est illuminé de deux grands yeux invariablement tristes. La nature masculine étant ce qu'elle est, cette tristesse sonne comme un appel à la consolation, et lui donne un charme irrésistible. Elle doit mesure approximativement 1,75 m, avec des talons elle est un peu plus grande que moi. Cela ne me dérange pas. Quelque peu dérangés par le passage des gens sortant du métro... J'avais déjà remarqué ses traits réguliers et son nez fin qui marque un léger retroussis avec des ailes presque diaphanes. Ses lèvres sont délicates. Jamais fardées, elles ne sont pas pour autant négligées ou abîmées par les rigueurs des frimas. Les pommettes un peu saillantes et un menton volontaire, elle est mignonne mais pas belle. Ses doigts, fins et soignés, eux non plus ne sont jamais ornés de bagues ou de vernis, lui donnent un air distingué et nonchalant. Elle lève rarement les yeux vers les autres promeneurs et son air absorbé semble faire fuir ceux qui chercheraient un bout de banc pour se reposer ou passer le temps.

           Je dîne avec Marc et nous comparons nos lassitudes, nos élans brisés. Durant le dîner, nous discutont surtout des choses étranges qu'ils avaient découvertes récemment au cours des pérégrinations, et se passionnèrent une fois de plus sur les surprises que la nature révélait. Notre amitié résiste au temps; seize ans. Il me parle du nouveau disque qu´il enregistre. Maria l´a quitté; des filles défilent dans son lit. Les femmes ne l'intéressaient plus depuis longtemps. Après avoir subi une grande peine de cœur, il avait bien fait l'amour à quelques-unes ici et là, juste parce qu'il voulait se rassurer sur ses capacités à susciter du désir, et aussi bien entendu parce qu'il avait envie de ressentir cette crampe délicieuse qui envahit le bas du ventre au moment où on vide ses bourses dans un trou chaud et profond. Mais il s'était fermé aux sentiments et ne s'était jamais engagé sur le long terme vis-à-vis des femmes qu'il courtisait.


           Je pars pour l´Afrique mais c´est encore une fuite; je vais tourner un reportage à Abidjan. J´ai pris Samy comme assistant. Le producteur et le régisseur voyagent avec nous. Nous changeons dávion àl´aéroport de Madrid, trois heures d´attente. J´ai les yeux à moitié fermés. Je vois une silhouette connue; beauté du visage et du corps mais démarche un peu raide, un peu trop rapide : Éric. Il avance entre les sièges de plastique mauve sans me voir. Il n´a pas changé depuis notre rupture dans les projecteurs des bateaux-mouches. Il est toujours ce projectile naïvement lancé à la recherche du succès. Je l´appelle, il me tombe dans les bras, me reproche de ne jamais lui téléphoner et de ne pas répondre aux messages qu´il laisse sur mon répondeur. Il a des regards et des gestes d´amour, comme si nousne nous étions jamais quittés, comme si le temps s´était arrêté. Je lui dis que ce n´est plus le moment :

           - Je t´ai laissé assez d´ocasions de revenir.

           Samy nous regarde avec un air amusé.

           Le taxi orange fonce sur le boulevard Giscard d´Estaing vers le centre ville, feux rouges brûlés,coups de klaxons. A Abidjan, les chauffeurs de taxi son tellement nerveux qu´on les appelle ! cafés noirs ". Alpha Blondy a chanté le sang qui coule toutes les nuits sur l´artère qui va vers le Plateau : " Boulevard Giscard-d´Estaing, boulevard de la mort... " Nous sommes logés à l´hotel Wafou. C´est luxueux; çes chambres sont dans des paillotes sur pilotis au-dessus de la lagune. Samy et moi sommes dans la même, deux grands lits côte à côte. Je dois tourner un reportage sur le gnama-gnama. C´est une danse, une sorte de capoeira, de kung-fu chorégraphié pratiqué par les loubards d´Abidjan. Une bande d´un quartier rencontre une bande d´un autre quartier et ils dansent face à face au lieu de se battre. J´ai rendez-vous avec Siriki à la terrsse d´un hôtel de Cocody. Il est petit, jeune, le front dégarni. Il est malin, parle peu et doucement. Il a déjà travaillé avec des Européens sur des tournages publicitaires. Il dit au producteur :

           - Je suis plus cher que les autres mais vous pouvez me demander n´importe quoi, je le trouverai !

           Le producteur hésite, je lui dis de l´engager. Le lendemain Siriki m[´a déjà organisé une entrevue avec deux chef de bande de Treichville et d´Adjamé. Nous nous retrouvons dans un " maquis " proche de Wafou. Nousnous metions d´accord pour organiser une rencontre entre les deux bandes trois jour plus tard, à la gare routière de Treichville. Ils danserons le gnama-gnama, je filmerai. En attendant, je filme la ville, la misère contre la richesse, les toits de tôle ondulée des bidonvillessous la tour de l´hôtel Ivoire. J´interviewe les chefsde bande, des danseurs, des jeunes voyous qui parlent entre eux l´argot nouchi. Ils disent la violence, les immigrés pauvres du Burkina-Faso qui volent pour survivre et que les gens du quartier punissent eux-mêmes en leur enfonçant de très longs clous dans la crâne dont ils plantent les extrémités dans des poteaux électriques en bois. C´est le débout de la saison des pluies, je roule sous des trombe d´eau dans une vieille Datsun noire très longue, louée par la production du film. Samy est à côté de moi; il parle peu, regarde le ciel sombre. Un obstaclesinvisible s´installe entre nous; Samy a changé; moi aussi peut-être. Il travaille moins bien qu´avant; je veux lui apprendre des choses de son métier, il me semble qu´il s´en moque. La nuit, nous entrons sous les draps des grands lits jumeaux, un baiser sur la joue, quelquefois simplement " bonne nuit ! " Samyfeint d´ignorer que j´ai envir de lui, comme s´il voulait me signifier qu´il est là pour travailler, et non parce qu´il est ma putain. Les deux bandes de danseurs se retrouvent à la gare routière de Treichville. Muscles, couteaux, machettes, nunchakus, lunettes de soleil profilées; tout un attirail qu´il agitent devant l´objetif de ma caméra. Ils paradent, certains sourient mais je me demande si ce n´est pas avec l´intention de m´égorger dans la minute qui suit. Je ne parle qu´aux deux chefs de bande, Bono et Max. Siriki m´aide à mettre les danseurs en place; je suis le seul Blanc au milieu des violences de leurs corps noirs. J´aime cette impression; savoir que si je fais un getste déplacé ou si je dis un mot de trop, l´équilibre fragile peut se rompre et qu´ils dévasteront le quartier. Le producteur est terrorisé, il reste enfermé dans la cabine du groupe électrogène. Les danseurs de Treichville se mettenttorse nu, ceux d´Adjamé restent habillés. Ils se préparent face à face; je fais tourner la caméra. Ils dansent, coups de pieds et coups de poings qui frôlent l´adversaire sans le toucher, visages tendus, mentons levés, beauté absolue.







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Auteur: Ivan Ribeiro Lagos

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