LE MASTODONTE

Il y a environ 3 millions d'années, le climat de la planète s'est considérablement refroidi; ce phénomène s'est particulièrement marqué dans les latitudes élevées où de véritables calottes glaciaires se sont développées, comme sur les Alpes ou la Scandinavie et l'Amérique du nord. Entre ces épisodes glaciaires on connaît plusieurs retours à des conditions climatiques chaudes que l'on nomme interglaciaires.

La végétation a subi de profondes modifications, en particulier dans les régions périglaciaires, et un paysage de toundra régnait sur les continents de l'hémisphère nord. Le monde animal a subi de profondes transformations, en particulier les grands mammifères dont il est question ici. Ces animaux, comme le mammouth, le mastodon, le rhinocéros à toison laineuse, le tigre à dents de sabre, le cerf géant, etc... se sont adaptés aux nouvelles conditions climatiques dans un environnement où la forêt, source de nourriture, avait disparu. Pendant les périodes chaudes, interglaciaires, la température était plus élevée qu'aujourd'hui et une faune chaude dont l'hippopotame et l'antilope, le buffle et l'éléphant antique ont été reconnus dans des dépôts interglaciaires du nord de l'Europe. Par contre, pendant les périodes froides, le lemming et le boeuf musqué ont migré depuis les provinces du nord (toundra arctique) jusqu'en Europe. La faune du Quaternaire est donc un mélange d'espèces nouvelles, en particulier adaptées aux conditions froides, et d'espèces ayant migré depuis une zone climatique plus froide (pendant les glaciations) ou plus chaudes (pendant les épisodes interglaciaires).

La plupart des grands mammifères, comme le mammouth et le rhinocéros à toison laineuse ont disparu tardivement au cours des temps géologiques, c'est-à-dire il y a une dizaine de miliers d'années. Pourquoi les espèces qui ont survécu à plusieurs glaciations pendant la période glaciaire ont-elles disparu à la fin de la dernière glaciation (dite du Würm)? Cette question n'est pas encore résolue.

Des études récentes, s'appuyant sur une chronologie plus précise (datations absolues au carbone 14) et la paléoécologie tentent de répondre à cette question mais soulèvent aussi d'autres interrogations. En particulier on peut se demander pourquoi les grands mammifères sont plus vulnérables que les petits, et pourquoi les niches écologiques sont parfois restées inoccupées? Parmi les facteurs à l'origine de ces extinctions sélectives, on distinguera:

  1. Les facteurs de stress internes. La compétition entre espèces à la suite de la diminution de l'espace écologique favorable commun en est un exemple. Les grands mammifères seront aussi plus touchés car ils demandent plus d'espace et de nourriture. Les grands mammifères ont une longue période de gestation ce qui limite leur nombre. Les mutations favorables sont donc plus rares. Leur maturité sexuelle est tardive et ils possèdent peu de générations. La possibilité de produire des jeunes à une période favorable de l'année est aussi parfois limitée chez certaines espèces alors que d'autres peuvent se reproduire à n'importe quelle période; c'est donc un avantage sélectif pour ces dernières.
  2. Les facteurs de stress externes sont liés aux changements d'environnement. Les événements catastrophiques dans ce contexte n'entrent pas en considération car les extinctions ne sont pas synchrones; elles apparaissent comme graduelles à l'échelle du globe. Par contre, les changements climatiques sont des causes d'extinctions et de migrations de faune, d'abord localement, puis à plus grande échelle.

Les conséquences sur l'environnement sont majeures, comme la présence d'une calotte glaciaire lors d'un refroidissement ou la submersion d'une portion de continent lors d'une période chaude, interglaciaire, suite à la fonte des glaces et à l'élévation du niveau marin. Ces changements peuvent être rapides comme les grandes sécheresses (cas de la ceinture sahélienne) ou les hivers rigoureux; ils ne causent cependant pas l'extinction totale d'une espèce mais une réduction des populations et une tendance aux migrations. C'est un premier pas vers une extinction totale qui peut être due ensuite à une autre cause. Les mammifères isolés (sur des îles) sont plus sensibles à ces changements car ils ne peuvent migrer. Cependant, la disparition de certains biotopes comme la steppe antique boisée remplacée par la toundra (sans la forêt) serait à l'origine de l'extinction du mammouth. L'équilibre proie/prédateur est aussi un facteur externe qui peut conduire à l'appauvrissement de populations, voire à l'extinction. Ainsi, le tigre à dents de sabre (Smilodon), aurait disparu à la suite de l'extinction des grands mammifères. Le mélange de deux populations après le rétablissement d'un "pont" entre deux continents, peut être fatal à une espèce mal adaptée.

Le rôle de l'homme sur les populations animales sauvages n'est pas toujours facile à distinguer des autres causes. Il a cependant contribué à réduire les populations par une chasse intensive, même après le développement de l'agriculture. Les débuts de l'agriculture sont aussi à l'origine d'importants changements de biotopes, en particulier la destruction des forêts et l'introduction d'herbivores domestiques. Bien que le mammouth ait été intensément chassé par l'homme au Paléolithique, il y a plus de 20'000 ans en Ukraine et en Pologne, il a encore survécu une dizaine de milliers d'années en Sibérie, où il n'était pas chassé.


fait par Phillip le 29 novembre 2002

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Mis à jour le 01 décembre, 2002