L'ÉPHÉMÈRE

 

 

Heptogenia Lateralis adulte
Adulte, c'est un petit insecte au corps très effilé et aux courtes antennes. Il possède deux paires d'ailes transparentes. L'éphémère passe la majeure partie de sa vie (1 à 3 ans), sous la forme de larve. Il se transforme en adulte pour s'envoler et vivre seulement quelques heures.

 

La Suisse: château d'eau de l'Europe... Et pourtant la santé de nos cours d'eau mérite qu'on s'y arrête. Un insecte aquatique permet justement d'en juger la qualité.

 

La santé d'un cours d'eau peut se mesurer par des procédés chimiques (acidité, quantité de phosphates et de nitrates...). Mais ces méthodes ont le défaut d'être ponctuelles: d'une mesure à l'autre, l'eau observée change. Mais grâce à l'éphémère, on peut aujourd'hui tester l'état de santé de nos rivières sur un plus long terme.

«Les larves d'éphémères occupent une position centrale dans la biocénose des cours d'eau et constituent un groupe important par leur abondance et leur valeur bio-indicative». Pour le rédacteur d'Insecta Helvetica, le livre faunistique sur les éphémères d'Europe centrale publié en 1992 par des groupes de recherche fribourgeois et lausannois* répondait à une urgence.

S'ils ne vivent que très peu de temps une fois qu'ils volent, les éphémères ont une longue durée de vie larvaire - environ une année. Et si l'entomologiste peut constater sur eux des malformations ou des pertes de fécondité, il peut suspecter des maux dans le cours d'eau étudié.

La faune des rivières suisses ne souffre pas tant des infiltrations chimiques que de la pollution agricole et des interventions dures de déviation du courant. Les tracés naturels donnent la diversité de sites nécessaire à la diversité des espèces.

Ces espèces ne vivent pas qu'à la surface de l'eau: «on peut trouver des insectes jusqu'à quatre mètres de profondeur dans le substrat, non seulement dans le lit, mais aussi sur des dizaines de mètres bordant la rivière», relève Peter Landolt, collaborateur scientifique et responsable du groupe d'hydrobiologie à l'Institut de zoologie. Et les modifications des trajets des rivières ont profondément changé l'habitat des éphémères à l'état larvaire: avec l'érosion des champs, par ex. de fines particules ont bouché les cavités qui permettaient aux larves de se loger l'hiver.

Liste rouge

En 1994, Peter Landolt et ses collaborateurs publiaient pour le compte de l'Office Fédéral de l'Environnement, des Forêts et du Paysage, une liste rouge des éphémères menacés en Suisse. Il ne s'agissait pas de faire la guérilla aux agriculteurs et aux populations qui désirent se protéger de crues dangereuses, mais de conserver certains endroits pour assurer l'équilibre écologique général. «En gardant des endroits protégés, on garde la possibilité de repeupler des rivières accidentées. Lorsque le Rhin a subi les pollutions chimiques de Sandoz, on croyait le fleuve mort. Or, les rivières voisines ont pu lui redonner vie». Pour P. Landolt, il est donc indispensable que certaines rivières gardent leur tracé naturel, soient préservées afin de servir à repeupler des rivières malades.

Pour évaluer l'état sanitaire des rivières, le groupe d'hydrobiologie de l'Université de Fribourg collabore avec d'autres équipes universitaires. Afin de modéliser les différents types de rivières, leur approche mêle chimie, physique et connaissance des populations des rivières. P. Landolt aimerait mener à bien, avec les macro-vertébrés, des synthèses semblables à celles qui furent menées pour les poissons. On aurait ainsi des renseignements sur la chaîne alimentaire en y incluant les poissons. Une chaîne alimentaire qui conduit à la nôtre, conférant ainsi à ces larves d'insectes aquatiques, qui provoquent la passion de ceux qui les approchent, un intérêt tout à fait direct.

Sensibilisation

Nos rivières regorgent d'une multitude d'espèces, d'un monde animal fabuleux. Dès qu'ils en ont l'occasion, les entomologistes fribourgeois essaient de sensibiliser la population à la vie de ces rivières. Ils installent leur matériel de récolte et d'observation au bord d'une rivière et invitent les promeneurs à découvrir les éphémères, parfois en collaboration avec Pro Natura. Ils proposent aussi des conférences aux associations de pêcheurs ou aux enseignants de sciences naturelles de niveau primaire et secondaire. D'autre part, ce groupe d'hydrobiologie est à l'origine de la Société Fribourgeoise d'Entomologie, fondée en 1995, qui a pour but d'initier le grand public au monde extraordinaire des insectes.

  • * Denise Studemann, Peter Landolt, Michel Sartori, Daniel Hefti, Ivan Tomka, Ephemeroptera, Fribourg, 1992

Encart:

Collaboration avec les chercheurs russes

Venus des quatre coins du monde, les chercheurs des éphémères et des plécoptères - insectes aquatiques - étaient réunis en 1995 à Lausanne, à l'invitation de Peter Landolt et de son collègue lausannois Michel Sartori**. Les résultats de ce congrès international sont présentés dans un ouvrage de 600 pages richement illustrées publié cette année à Fribourg.

Les organisateurs avaient alors fait un effort particulier pour donner la possibilité aux scientifiques d'Europe de l'Est de communiquer leur recherche - pour l'intérêt de tous, car peu de scientifiques occidentaux sont capables de lire des résultats publiés en russe. Une situation d'autant plus problématique que les chercheurs de l'Est se voyaient parfois frappés d'interdiction de publication dans des journaux internationaux par leurs gouvernements. Secrets! Depuis l'ouverture des frontières, ces chercheurs peuvent participer à la vie scientifique mondiale. Mais il restait à trouver les moyens financiers de les faire venir en Suisse. Le Fonds National a participé au financement du voyage d'une douzaine de chercheurs de Russie, Bulgarie, Pologne, etc. Et la collaboration continue: des résultats ont été publiés en commun avec des Russes, et les groupes d'hydrobiologie de Lausanne et de Fribourg mènent aujourd'hui des recherches en Hongrie.

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Fait par Gabriel

Le 5 décembre 2002

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Mis à jour le 13 décembre, 2002