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Le nouveau site du Bloc Marxiste-Léniniste est ici: www.blocml.be.


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A propos de “l'affaire du 5 juin”

1. Le blitz

Le 5 juin 2008, à 5 heures du matin, les commandos anti-terroristes ont défoncent les portes de quatre militants du Bloc Marxiste-Léniniste et du Secours Rouge : Wahoub Fayoumi, Bertrand Sassoye, Abdallah Ibrahim Abdallah et Constant Hormans, celles de plusieurs de leurs proches et celles de Pierre Carette et d’une militante du Secours Rouge également arrêtés. Les journalistes sont sur place et répercutent immédiatement la désinformation du parquet.
Celui-ci invoque deux dossiers distincts :
1° Quatre arrestations résultent d'une enquête visant à "vérifier si une cellule, qui aurait participé aux activités d'un groupe terroriste [le Parti Communiste Politico-Militaire italien], existait en Belgique et identifier les membres de celle-ci". Il s'agit des arrestations des quatre membres du Bloc ML et du Secours Rouge.
2° Deux arrestations résultent d'une enquête "ayant établi" (sic) que Bertrand Sassoye et Pierre Carette (anciens militants des Cellules Communistes Combattantes) n'avaient pas respecté leurs conditions de libération, ce qui sera démenti rapidement par le Tribunal d'application des peines qui relâchera Pierre Carette.
Deux heures après les arrestations, le Bloc ML et le Secours Rouge/APAPC rendent public le communiqué commun suivant :
"Ce matin vers 5h30 des perquisitions et arrestations de membres de Secours Rouge Belgique et Bloc Marxiste-Léniniste ont eu lieu à Bruxelles. Elles ont été menées avec la violence habituelle: policiers cagoulés, armés, gilets pare-balles, etc.
A l'heure actuelle, nous avons connaissance de deux arrestations, cinq perquisitions donc une à Paris (deux encore en cours).
Ce n'est pas la première fois, et ne sera pas la dernière non plus, que la répression du Système s'acharne contre les militants révolutionnaires, anticapitalistes, anti-impérialistes, antifascistes.
Lutter contre le terrorisme du système Capitaliste est légitime et nous ne comptons pas arrêter notre travail. Ses intimidations ne réussiront pas a arrêter le cours de l'histoire car l'histoire la font les peuples!
Nous vous appelons à diffuser ce communiqué le plus largement possible.

LA SOLIDARITÉ EST NOTRE ARME !

Secours Rouge Belgique

Bloc Marxiste-Léniniste "

En soirée, le Secours Rouge organise une conférence de presse où l'attaque contre la solidarité internationale est dénoncée. Car à ce moment, il apparaît que ce n'est pas le Bloc ML en tant que tel qui est visé, mais le Secours Rouge. Le fait que les membres du Secours Rouge arrêtés soient également militants du Bloc ML n'est pas étonnant. Les militants du Bloc ML ont des activités politiques dans des organisations de masse, dans des syndicats, dans divers comités de lutte. Les liens entre le Secours Rouge et le Bloc ML sont étroits puisque le tiers des membres du Secours Rouge sont également militants du Bloc ML. Le Bloc ML a toujours encouragé l'activité du Secours Rouge et essayé, dans la mesure de ses moyens, de contribuer au succès de son action de soutien envers toutes les personnes confrontées à la répression pour leur activité anticapitaliste, anti-impérialiste et anti-fasciste.
Le 8 juin, un cinquième militant du Bloc ML, également membre du Secours Rouge, Jean-François Legros est arrêté pour violation de libération conditionnelle. Il sera également libéré par le Tribunal d'Application des peines après une grève de la faim en prison.

2. Le choix du Bloc ML

Dès le moment où c'était clairement le Secours Rouge la cible de l'offensive bourgeoise, le Bloc ML s'est effacé pour consacrer toutes ses forces à appuyer le Secours Rouge, à l'aider à résister à l'attaque, et à contre-attaquer.
C'est un choix qui avait ses avantages et ses inconvénients.
L'avantage était celui de la cohérence : le Secours Rouge concentrait toutes les forces, proposait une stratégie et un discours unique. Et de fait, malgré plusieurs tentatives pour diviser les dossiers (en isolant le cas de notre camarade Wahoub, jugé plus "présentable" par des démocrates bourgeois), pour le dépolitiser, le Secours Rouge a réussi a garder la direction du mouvement de solidarité, sans nuire à son étendue, en plaçant correctement l'affrontement sur la critique de la justice de classe et son dernier "saut de qualité" : la législation anti-terroriste.
L'inconvénient était que le Bloc renonçait à son expression propre, forcément différente de celle du Secours Rouge, ou plutôt, postposait celle-ci.
Il nous est encore difficile de dire si le choix que nous avons fait était le bon. Nous savons ce que nous avons perdu en renonçant à une lutte spécifique, mais nous ne savons pas ce que nous aurions perdu en renonçant à faire du Secours Rouge le centre de la campagne pour les camarades emprisonnés.
Il est regrettable que tous n'ait pas cette prudence, comme en témoignent les critiques "définitives" du "Comité Solidarité-Liberté" dans son déplorable texte d'août dernier. On aurait pu d'emblée écarter ce texte en le signalant pour ce qu'il est : le triste règlement de compte de deux personnes ayant quitté le Secours Rouge il y a deux ans et qui se manifestent en tant que "Comité" (à savoir eux-mêmes et leur base sympathisante : leurs conjointes). Il est remarquable de constater que ce document est l'unique intervention du "Comité" dans toute l'affaire. Pas un texte de solidarité avec les militants emprisonnés. Pas une dénonciation de la répression et de la justice de classe. Non : uniquement une leçon ex cathedra de "juste ligne" dont on se demande quelle pratique et quel succès fonderait la légitimité (1). Passons donc sur la critique contre la discrétion du Bloc (car si le Bloc s'était manifesté, on aurait à coup sûr vu le "Comité " dénoncer "l'instrumentalisation de la solidarité" par le Bloc…) et fermons la parenthèse "Solidarité-Liberté".

3. Les choix du SR

Examinons dans quelle mesure le Bloc se retrouve dans la ligne adoptée par le Secours Rouge dans l'affaire du 5 juin.
1° Le SR a réussi à contrer toutes les tentatives extérieures pour dissocier le groupe des prisonniers. Il faut rappeler ici la manœuvre tentée par PTB qui, se cachant derrière un collectif de signataire (certains ne mesurant assurément pas le fin mot de la manœuvre), publia dans le Soir du 19 juin une carte blanche intitulée Wahoub Fayoumi : nouveau dérapage de la lutte antiterroriste. Cette carte blanche critique naturellement longuement les CCC ou le Secours Rouge (elle n'a pas PTB pour rien comme origine) et ne met en avant que le cas de Wahoub qui, comme "journaliste de la RTBF" et ancienne figurante importante du mouvement étudiant, était jugée plus présentable et récupérable que ses camarades (2). C'est dans le même esprit que, le 24 juin, quelques parlementaires rendent visites à la seule Wahoub en dénonçant une application "trop rigoureuse" de la loi anti-terroriste. Wahoub les a invités à plutôt rendre visite à Constant Hormans et Abdallah Ibrahim Abdallah qui, suite à des initiatives du directeur de la prison de Saint-Gilles, étaient dans des conditions de détention exceptionnellement dures (interdits de visite, de colis, etc.). Le SR a réussi à contrer cette manœuvre de dissociation et la réduire à néant, et cela bien avant que les prisonniers ne parviennent à surmonter les problèmes de la détention pour produire une déclaration commune. (3)
2° Le SR a réussi, sinon à créer, du moins à entretenir et amplifier, un large mouvement de solidarité allant bien au-delà de la base sympathisante des thèses communistes révolutionnaires. Et il a réussi ce travail sans s'effacer dans un mouvement sans ligne ni caractère ni stratégie. Le SR a su rester au centre de la campagne pour la défense de ses prisonniers et barrer la route à quelques tentatives de récupération.
3° Bien entendu, on pourrait discuter ligne par ligne des communiqués du SR, mot par mot des interventions de ses représentants, pour dénicher ici une manifestation de sectarisme, là une manifestation d'opportunisme. Mais si l'on considère les conditions de travail du SR (avec cinq militants en prison, tous les ordinateurs saisi par la police, l'adresse mail fermée par Hotmail, etc.), le SR a fait preuve d'une fermeté et d'une sûreté de vue remarquables. L'écueil principal était celui de "l'innocentisme". De la même manière que les prisonniers refusaient de donner quelque information que ce soit à la police, fut-ce pour se disculper, le SR n'avait pas à mettre en avant la thèse de l'innocence, puisque sa ligne consiste à soutenir tous les révolutionnaires emprisonnés, "coupables" et "innocent". Plus exactement, il considère (comme nous) que ce critère appartient à la justice bourgeoise. Il importe seulement au SR de savoir si la personne réprimée est, dans le cadre de la lutte des classes, dans le camp populaire/prolétarien ou dans le camp bourgeois/impérialiste. D'un autre côté, le fait que les dossiers visant les prisonniers étaient singulièrement vides n'étaient pas sans importance. Des arrestations sur base de tels dossiers constituent clairement un "saut de qualité" dans la répression de classe, et c'était une chose à mettre en évidence et à dénoncer. La frontière entre "l'innocentisme" et la dénonciation de ce "saut de qualité" incarné dans les nouvelles lois anti-terroristes est ténue et, même si son expression n'a pas toujours été sans défaut, le SR s'en est remarquablement tiré.
4° L'engagement du SR dans la construction d'un Secours Rouge International a porté ses fruits. Le SRI est certes en gestation et embryonnaire, mais il est intervenu de manière non négligeable dans la campagne pour la libération de nos camarades : accrochages de calicots à Magdebourg (22 juin et 21 juillet) et à Zürich (22 juin), manifestation devant les consulats de Belgique à Bâles (13 juin), à Berlin (25 juin) et à Istanbul (21 juillet), envoi de délégations (française, suisse, et italienne) à la manifestations de 19 juillet à Bruxelles, intervention dans une manifestation à Berlin (13 juillet), et rassemblement devant le Centre Wallonie-Bruxelles à Paris (26 juin).

4. Bilan et perspective

Considérant le remarquable travail fait par le SR et le caractère minime, marginal et accidentel des erreurs qui ont pu être commises, le Bloc ML ne voit pas de raison de changer sa ligne de conduite dans cette affaire. C'est dans le cadre du SR et par l'intermédiaire de ses militants également membres du SR qu'il répondra à l'offensive répressive de la justice de classe. Il est impossible de dire si il y aura ou non un procès contre nos camarades: cela dépendra de la décision d'une Chambre du Conseil qui doit se réunir… à une date non encore fixée. La réunion de cette Chambre du Conseil devra être l'occasion d'une large mobilisation solidaire pour arracher le " non-lieu " qui mettra un terme à l'affaire. D'ici là, la lutte pour la suppression des conditions mises aux libérations est d'actualité, tout comme la réunion des moyens qui sera nécessaire aux mobilisations futures.


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(1) C’est une remarquable habitude de ce " Comité ". On lit sur son site, à propos des campagnes de solidarité avec les 70 militants interpellés en février 2007, dont 17 sont actuellement en jugement : " En Belgique : nous faisons pour l’instant un travail d’information et de traduction (pour lequel toute aide est bienvenue ! Nous ne pouvons pas tout traduire, faute de temps). Nous attendons la fin de l’enquête et les éclaircissements qui se produiront pour organiser des initiatives concrètes d’agitation en Belgique. " Lorsque les camarades italiens auront passé l’examen du "Comité Solidarité-Liberté " (à la lumière de l’enquête de la police politique de Berlusconi), le "Comité" nous fera savoir si ils sont dignes d’une "initiative concrète d’agitation"… Cette absence de réalité militante solidaire du "Comité" dénonce l’imposture que constitue le parallèle qu’il prétend faire entre sa critique du SRE et la critique que le SR avait faite du CLEA. Le "Comité" oublie simplement que si le SR critiquait le CLEA, c’était sur base d’une authentique pratique solidaire avec les prisonniers également défendus par le CLEA. On est loin du compte avec ce "Comité"…

(2) Cette manœuvre se retrouve dans la presse de PTB, puisque le seul article consacré à l’affaire (paru dans Solidaire le 16 Juin) ne parle que de Wahoub. Il a pour titre : Justice : L’avocat Jan Fermon réagit à l’arrestation de Wahoub Fayoumi et pour sous-titre Le 5 juin, cinq personnes ont été arrêtées dont la journaliste de la RTBF Wahoub Fayoumi et un ancien membre des CCC. La journaliste est accusée de terrorisme. La première question de l’interview est : "Pourquoi Wahoub Fayoumi a-t-elle été arrêtée ? " et tout est à l’avenant.

(3) Certaines forces extérieures au courant révolutionnaire sont intervenues sur leur base politico-idéologiques (progressistes-démocrates-bourgeoises), mais en respectant l’unité des prisonniers. C’est le cas des signataires de la carte blanche publiée le 27 Juin par La Libre Belgique sous le titre : La bande a bon dos.






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