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IV. Les conséquences de l'effet de serre 1. Un cycle naturel déséquilibré Considérant d'abord l'aspect purement scientifique c'est-à-dire géochimique du problème, il serait naïf et passablement erroné d'imaginer l'atmosphère comme un ballon plein d'air dans lequel on injecterait chaque année une certaine quantité de gaz carbonique. Il faut plutôt envisager la question comme un super problème de robinets : étant donné trois grands réservoirs naturels, l'atmosphère, l'océan et le "paysage" constitué par la végétation et le contenu organique des sols, sachant que l'atmosphère échange des flux de carbone très importants avec l'océan et avec le "paysage", trouver le taux de croissance de la concentration de gaz carbonique dans l'air résultant de l'injection de 5 à 6 gigatonnes de carbone supplémentaires dues aux activités humaines. Il est facile de deviner qualitativement comment le cycle naturel du carbone est déséquilibré par cette source artificielle supplémentaire. La teneur en CO2, atmosphérique augmentant, l'océan va commencer à pomper cet excès pour l'enfouir dans ses profondeurs. Toutefois son efficacité sera limitée parce que les hommes ont déjà relâché en moins de cent cinquante ans une quantité de carbone que l'océan ne pourra absorber complètement qu'en quelques millénaires. Nous allons donc vivre une période transitoire au cours de laquelle il y aura de plus en plus de gaz carbonique dans l'air. Lorsque les réserves de carburants fossiles seront épuisées, les injections artificielles de gaz carbonique dans l'atmosphère cesseront et l'océan continuera, à son rythme propre, de jouer son rôle épurateur (de puits, disent les géochimistes) pour l'excès restant dans l'air. Si le climat et la circulation océanique n'ont pas été complètement perturbés pendant cette phase transitoire, tout rentrera dans l'ordre. Malheureusement, nous ne pouvons pas nous satisfaire de cette prédiction rassurante, parce que celle-ci ne s'accomplira pas avant de nombreux siècles. D'ici là, les hommes auront dû faire face à bien des modifications de leur environnement.
2. Un monde végétal en plein bouleversements Le "paysage terrestre", d'un autre côté, ne peut pas être considéré comme un grand accumulateur de carbone, puisque la quantité de gaz carbonique de l'air absorbée par les plantes est presque exactement compensée par leur respiration et la décomposition des détritus végétaux en présence de l'oxygène de l'air. Les expériences de laboratoire montrent que la croissance des végétaux est favorisée par une augmentation de la concentration en CO2 dans l'air respiré par les plantes. Cependant il n'est pas évident que tous les autres éléments nutritifs nécessaires soient disponibles dans le milieu naturel et que la végétation devienne plus dense qu'elle n'était. Jusqu'à présent, il n'a pas été possible aux biologistes de démontrer une quelconque tendance des forêts à assimiler davantage de carbone car l'imprécision des mesures est énorme. En revanche, la déforestation artificielle ou, si l'on veut, le défrichement de nouvelles terres agricoles à partir (principalement) de la forêt tropicale correspond à un flux positif de l'ordre de 1 gigatonne de carbone par an vers l'atmosphère, s'ajoutant aux émissions industrielles. Les photographies prises par les satellites montrent très bien la pénétration humaine dans la grande forêt amazonienne, qui devient de plus en plus clairsemée. On estime à 460 millions de tonnes de carbone les pertes subies par cette forêt pendant la seule année 1980, d'après l'étendue constatée du " défrichement ". Mais il faut souligner que la marge d'incertitude de ces estimations est encore une fois considérable. On connaît mal l'étendue des zones reboisées et l'impact de la reforestation sur le cycle du carbone. On ne connaît guère mieux les effets de l'agriculture sur le contenu en carbone des sols, et les scientifiques sont loin de maîtriser en termes quantitatifs la biochimie de la végétation terrestre à l'échelle planétaire. Des erreurs de plusieurs gigatonnes sont parfaitement possibles.
3. Des prévisions de concentrations en gaz carbonique Si la nature est compliquée, les sociétés humaines le sont bien plus encore, ce qui explique la consternante fragilité de toute prédiction de nature économique ou sociologique. C'est pourtant sur ce genre de prédiction que l'on doit s'appuyer pour envisager l'évolution à venir de la consommation (combustion) des réserves de carburants fossiles de la planète, charbon, pétrole et gaz naturel, et par voie de conséquence la croissance ou la stabilisation des émissions industrielles de gaz carbonique. On peut se laisser guider en ce domaine par trois types de considérations : l'évolution historique de la consommation de carbone fossile au cours du développement de nos sociétés industrielles, la répartition de la consommation actuelle entre nations industrialisées et nations encore largement agricoles, et enfin l'ampleur des réserves disponibles. Commençant par l'histoire, on note que la consommation de carbone fossile a augmenté très régulièrement, au taux de 4,2 % par an, pendant la phase d'essor de nos sociétés industrielles depuis 1850 jusqu'à la Première Guerre mondiale (1914-1918). Après cette date, on observe des perturbations évidemment liées aux grands conflits mondiaux et à leurs séquelles, particulièrement la crise économique de 1930. Enfin, l'expansion ayant repris, la consommation s'est remise à augmenter de plus belle, au taux de 4,4 % par an pendant les vingt "années glorieuses" (1950 à 1970). Depuis la grande crise du pétrole de 1973 cependant, la consommation mondiale plafonne ou augmente lentement, aux alentours de 5,5 gigatonnes de carbone par an. La majeure partie des émissions de gaz carbonique provient pour le moment des pays fortement industrialisés, Europe, Amérique du Nord, URSS et Japon, qui comptaient en 1980 pour 80 % de la consommation mondiale de carburants fossiles, soit environ 4 gigatonnes de carbone par an. Le reste, environ une gigatonne, provient des nations en voie de développement, au premier rang desquels la Chine. Par ailleurs, l'examen des réserves mondiales connues et l'estimation des ressources exploitables du domaine minier font apparaître un confortable matelas. On en déduit qu'une éventuelle stabilisation de la consommation de carbone fossile, particulièrement du charbon, ne sera pas imposée par l'épuisement des réserves mais ne peut résulter que d'une volonté politique partagée au plan mondial. De nombreux gouvernements, notamment ceux des pays scandinaves, du Canada et des États-Unis, ont déjà manifesté leur "préoccupation" au sujet de l'accroissement de la pollution atmosphérique globale par les émissions de gaz carbonique et aussi par celles de bien d'autres espèces chimiques gazeuses qui ont en commun de contribuer à l'effet de serre de l'atmosphère (nous reviendrons sur ce point). Ce souci écologique, opportunément renforcé par le renchérissement du pétrole et des coûts d'extraction du charbon, a incité de réels efforts d'économie de l'énergie dont le résultat est une quasi-stabilisation des émissions de gaz carbonique par les nations développées. Il n'est pas évident que l'on puisse aller plus loin, du moins dans un avenir proche, car les économies d'énergie ont leurs limites et les sources d'énergie "alternatives", chères aux groupements écologiques, se sont révélées décevantes. Au cours du débat public sur les centrales nucléaires qui eut lieu en Suède en 1980, les militants nièrent avec la plus grande conviction que la fermeture des centrales nucléaires suédoises dût entraîner une consommation accrue de carburants fossiles. L'argument avancé était que l'abandon de l'énergie atomique serait compensé par les économies d'énergie et aussi par le recours à des sources nouvelles non polluantes comme l'énergie solaire, l'énergie éolienne ou la récupération de l'énergie d'oxydation des substances végétales. La réalité est que la Suède consomme aujourd'hui 35 % d'énergie de plus qu'en 1980 et que la production d'énergie électrique dans ce pays provient encore pour 45 % des réacteurs nucléaires, 50 % des centrales hydro-électriques, 5 % des centrales thermiques et seulement 0,004 % de générateurs solaires ou d'éoliennes. Peut-on dans ces conditions envisager un accord international pour limiter les émissions mondiales au niveau actuel de 5,5 gigatonnes par an ? Rien n'est moins sûr puisqu'un tel accord aurait un effet paralysant sur le développement économique des nations les plus défavorisées, qui sont aussi les moins capables de mettre en œuvre les technologies de fabrication sophistiquées et moins gourmandes d'énergie. On peut déduire de ces considérations qu'il sera bien difficile de stabiliser les émissions mondiales de gaz carbonique au niveau de 1988. Il est intéressant de noter que 80 % de la consommation mondiale de carbone fossile sert environ un milliard d'individus, c'est-à-dire un cinquième de l'humanité. On peut penser que l'existence d'une notable marge de gaspillage d'énergie dans les pratiques actuelles des nations développées et les progrès techniques à venir permettront, pour ces nations, la poursuite d'un développement économique satisfaisant sans augmentation de leur consommation de carbone fossile. Mais en ce qui concerne les pays en voie de développement partant d'économies peu industrialisées, un modèle d'expansion vraisemblable est bel et bien la croissance de leur consommation à un taux comparable à celui que les nations industrielles ont connu par le passé. Si tel était le cas, on verrait une augmentation très sensible des émissions de CO2 dans l'atmosphère qui passeraient de 5,5 gigatonnes de carbone par an actuellement à 9 gigatonnes en 2025 et 18 gigatonnes en 2050. A ce rythme, la concentration du gaz carbonique dans l'atmosphère atteindrait le double de sa valeur préindustrielle avant le milieu du siècle prochain. Nous estimons pour notre part que ce scénario de développement économique est exagéré et il nous paraît peu probable que la barre des 600 ppm de CO2 soit passée en l'an 2050, pour une variété de raisons dont l'une est la prise de conscience des dangers de l'industrialisation à outrance pour l'environnement. Mais le gaz carbonique n'est pas la seule substance en cause.
4. L'augmentation du niveau de la mer et la fonte des glaciers Il y a quelques années, l'Agence (américaine) pour la Protection de l'Environnement a obtenu un beau succès médiatique, à défaut du respect des scientifiques, en annonçant que le niveau général des mers allait s'élever de deux mètres d'ici à l'an 2100. Nul doute que cet avertissement ait retenu l'attention des pays où existent des installations humaines importantes dans des zones côtières basses. On pense naturellement à Venise, à la Hollande ou au delta du Gange, mais aussi aux îles Maldives (dont l'altitude ne dépasse pas deux mètres au-dessus du niveau actuel de l'océan Indien). Effectivement, un effet prévisible du réchauffement général de la surface de la Terre est l'augmentation du volume de l'océan global et la fonte accélérée des glaciers, l'un et l'autre processus concourant à l'élévation du niveau moyen des mers. Nous verrons cependant que le phénomène ne peut avoir l'ampleur catastrophique annoncée par l'Environment Protection Agency, du moins à l'échéance d'un siècle. En réalité, la tendance observée du niveau de la mer en un site particulier dépend très largement de facteurs régionaux qui résultent de la déformation en cours de la lithosphère. Par exemple la Scandinavie, dont le support n'a pas encore totalement récupéré de l'allégement soudain du fardeau de glace qu'il supportait il y a 18 000 ans, s'élève d'un demi-mètre par siècle et même du double dans le golfe de Botnie, de sorte que le niveau moyen des mers qui baignent ses côtes semble descendre d'autant. La plupart des autres régions côtières s'enfoncent au contraire, notamment l'Europe du Sud. A cela, il faut ajouter la variation éventuelle du volume total de l'océan. Ce volume peut augmenter soit par dilatation thermique résultant d'un réchauffement de la masse d'eau existante, soit par addition d'eau douce provenant de la fonte des glaciers terrestres. Bien entendu, la fonte de glaces flottantes, qu'il s'agisse de la banquise saisonnière des océans polaires ou d'icebergs détachés des calottes glaciaires, n'ajoute ni ne retranche rien au niveau de la mer comme nous l'apprend le principe d'Archimède ! Les estimations les plus soigneuses, fondées sur l'analyse des mesures du niveau de la mer en différents points du globe, indiquent une élévation de 15 cm du niveau de l'océan global au cours des cent dernières années (1880-1980), la variation s'accentuant plutôt dans la période plus récente (11 cm entre 1930 et 1980). Le volume total d'eau stockée dans les glaciers de type alpin formerait, s'il était étalé sur toute la surface des océans, une lame de 33 cm d'épaisseur. On sait par ailleurs que les glaciers de montagne, essentiellement stables pendant le XVIIe et le XVIIIe siècle, ont commencé à décroître rapidement à partir de 1850. Le retrait du glacier du Rhône, par exemple, est démontré d'une manière frappante par l'examen même superficiel des gravures représentant le paysage au XIXe siècle : l'énormité des séracs qui envahissaient la vallée à cette époque contraste avec la discrétion du glacier à la fin du XXe siècle. Il est certain que le taux d'accumulation de la neige aussi bien que la fonte de la glace sont sensibles à la température ambiante, pendant l'hiver dans le premier cas, pendant l'été dans le second. L'estimation globale de la perte de masse de l'ensemble des glaciers de type alpin au cours du dernier siècle correspond à une élévation de 5 cm du niveau moyen des mers, c'est-à-dire 30 % environ de la variation constatée depuis cent ans. En supposant un réchauffement global progressif de 2°C en 2050 et 4°C en 2100, J.Oerlemans a calculé que la contribution des glaciers de montagne à la montée du niveau des mers pourrait atteindre 10 cm en 2050 et le double à la fin du siècle. Le volume des glaciers alpins est évidemment minuscule vis-à-vis des deux grandes réserves naturelles de glace terrestre, les calottes glaciaires du Groenland et du continent antarctique qui correspondent, respectivement, à des lames d'eau de 7 m et 70 m d'épaisseur étalées sur toute la surface des océans. La calotte glaciaire du Groenland est à une altitude relativement basse et se comporte dans une certaine mesure comme un glacier de type alpin, c'est-à-dire que son volume est limité par la fonte de la glace. Qualitativement, on conçoit que ce processus ne peut qu'être accéléré par un réchauffement général du climat, de sorte que le retrait de la calotte glaciaire du Groenland devrait fournir, selon différentes estimations convergentes, une contribution à l'élévation du niveau général des mers de 0,5 mm par an et par degré de réchauffement global. Le comportement de la calotte glaciaire antarctique est tout à fait différent : sa température est de toute manière tellement froide que la fonte de la glace ne joue aucun rôle dans le bilan de masse. D'autre part, la calotte recouvre la quasi-totalité du socle continental : son étendue est déterminée, sauf adjonction d'une lame marginale de glace flottante dont l'avancée ou le retrait ne change rien au niveau de la mer. Le volume des glaces antarctiques ne peut donc changer qu'en raison des variations de l'épaisseur de la calotte, elle-même déterminée par les propriétés mécaniques de la glace (propriétés rhéologiques pour les spécialistes) et le taux d'accumulation de la neige sur le plateau glaciaire. Or le climat du continent antarctique est du genre " aride ". Même si les chutes de neige peuvent être abondantes sur la marge côtière, il ne tombe actuellement que 3 cm d'eau par an au centre du plateau. Ce faible taux de précipitation à l'intérieur du continent antarctique tient évidemment à la température très basse de l'air qui ne peut transporter, dans ces conditions, qu'une quantité minime de vapeur d'eau. Or ce processus est directement sensible à un réchauffement de l'atmosphère. Laissant de côté le problème du bassin antarctique ouest, qui n'est pas significatif à l'échelle d'une centaine d'années, on peut donc affirmer que la conséquence du réchauffement climatique prévu sera une augmentation des chutes de neige et donc une croissance de la calotte glaciaire antarctique conduisant à un abaissement du niveau moyen de l'océan. Il se trouve que cet effet, estimé à -0,5 mm par an et par degré de réchauffement, pourrait compenser assez exactement le retrait de la calotte glaciaire du Groenland. Globalement, la contribution des deux calottes glaciaires au changement du niveau des mers pourrait être quasiment nulle, dans la limite de précision de nos estimations, au moins tant que l'impact climatique de l'effet de serre demeurera modéré. Reste la dilatation, à masse constante, du volume total des océans qui résultera du réchauffement climatique. Le problème a priori paraît extrêmement complexe en raison de la multiplicité des régimes de circulation océanique et des échanges qui s'y déroulent. En réalité, un peu de réflexion montre que cet effet est simplement proportionnel au flux moyen net d'énergie absorbé par l'océan, toutes saisons et tous lieux confondus. Cette propriété résulte de l'uniformité approximative du coefficient de dilatation de l'eau de mer dans les couches superficielles de l'océan qui seront atteintes par le réchauffement climatique. Peu importe dans ces conditions que la chaleur reçue soit distribuée dans une couche épaisse ou mince : l'élévation de température sera inversement proportionnelle à la masse et donc à la hauteur de la colonne d'eau tandis que l'allongement, pour un écart de température donné, sera proportionnel à cette même hauteur. Les deux effets se compensent. Le flux moyen de chaleur (annuel et global) transmis à l'océan est un résultat assez direct des calculs de l'augmentation de l'effet de serre. Ramanathan avait estimé que ce flux pourrait atteindre 4 watts/m² pour un doublement de la concentration préindustrielle du gaz carbonique, en supposant que la température de l'océan n'a pas eu le temps de s'ajuster. En réalité, un ajustement de la température océanique doit se produire, qui aura pour effet de limiter le flux de chaleur net pénétrant dans l'océan. Pour cette raison, le flux de chaleur absorbé par les mers ne devrait pas dépasser 2 à 3 watts/m² pendant la période 1990-2050, et même probablement au-delà si la pollution de l'atmosphère globale ne prend pas un tour catastrophique. Nous calculons dans ces conditions une limite supérieure à l'élévation du niveau moyen des mers, due à la dilatation thermique, de 15 à 20 cm en 2050 et d'une quarantaine de centimètres à la fin du XXIe siècle. En rassemblant ces différents résultats, on trouve que le niveau moyen de l'océan doit continuer à monter à un rythme comparable à celui constaté pendant le siècle précédent, mais tout de même un peu plus rapide. Une estimation vraisemblable de cette hausse est 25 cm en 2050 et peut-être 60 cm à échéance de 2100. Il est évidemment inutile d'insister sur la marge d'incertitude importante qui pèse sur ces estimations mais on reste loin cependant des inondations " bibliques " imaginées par les consultants de l'Environment Protection Agency. Il faut tout de même garder à l'esprit que l'océan joue le rôle d'un accumulateur de chaleur de très grande capacité : même si l'effet de serre était effectivement stabilisé au XXIe siècle, le réchauffement de la masse océanique n'en continuerait pas moins à un rythme à peine ralenti pendant 100 ans ou plus, avec une hausse correspondante du niveau des mers. Ce phénomène restera donc un problème sérieux pour nos lointains descendants du XXIe siècle. Pour preuve, une partie importante de la plate-forme glaciaire Larsen B, dont la formation remonterait à 12 000 ans, s'est effondrée sur une période de 35 jours, a indiqué le 19 mars 2002, le Centre américain de données sur les neiges et les glaces (NSIDC). Situé sur la partie est de la Péninsule de l'Antarctique, Larsen suscite depuis plusieurs années l'inquiétude des scientifiques et serait victime des effets du réchauffement climatique. La zone qui s'est écroulée récemment représente 3 250 kilomètres carrés et contenait 720 milliards de tonnes de glace. Durant les cinq dernières années, cette étendue glacée a déjà perdu 5 700 km² et ne couvre plus aujourd'hui que 40 % de sa surface minimum antérieure. Depuis 1974 autour de la Péninsule, la superficie des sept plates-formes glaciaires a diminué d'environ 13 500 km².
5. Les conséquences sur la santé Chacun sait depuis Hippocrate que la santé humaine est à de multiples égards sous la dépendance des facteurs d'environnement en général, et du contexte climatique en particulier. Or, météorologistes et physiciens de l'atmosphère nous enseignent qu'à la variabilité naturelle du climat, qui a toujours existé et qui a toutes les chances de perdurer, risquent dans les prochaines décennies de se surimposer de nouvelles modalités de variation, largement imputables à l'action humaine. Dans l'hypothèse d'un quasi-doublement de la teneur de l'atmosphère en équivalents CO2, entraînant un renforcement de l'effet de serre, une élévation notable des températures pourrait se produire au XXIe siècle : c'est ainsi que l'on évoque couramment une hausse moyenne de 2°C sur la France, d'ici à l'an 2050. La tentation est donc grande d'établir un inventaire des conséquences sanitaires les plus plausibles d'une telle évolution du climat, à moyen ou long terme. Mais c'est là un sujet d'une redoutable complexité. D'abord, parce que l'évolution des températures ne serait pas identique partout à la surface du globe : les modèles font état d'un réchauffement beaucoup plus marqué aux latitudes élevées qu'en zone intertropicale. En deuxième lieu, parce que l'on connaît mal les répercussions possibles sur les autres éléments du climat, surtout si l'on exclut les précipitations. En troisième lieu, parce que le retentissement sur la santé serait éminemment variable selon le contexte socio-économique et le niveau de développement : on aura l'occasion d'y revenir. Enfin, parce qu'il convient de distinguer avec soin, parmi les effets possibles d'un réchauffement climatique, ceux qui s'exerceraient directement sur l'organisme humain et ceux qui se feraient sentir en façonnant des conditions écologiques plus ou moins favorables à la survie, à la multiplication et au développement de tel ou tel germe pathogène, ou encore de tel ou tel insecte hématophage vecteur de ce germe. Dans ce dernier cas, ce sont les maladies infectieuses et parasitaires qui sont concernées. L'exemple type est celui du paludisme, dont chacun sait qu'il se concentre aujourd'hui à l'intérieur de la zone intertropicale et sur ses marges subtropicales ; mais la question ne peut pas être éludée du risque de résurgence de la maladie aux latitudes moyennes... Il n'en reste pas moins que, dans l'aire d'extension des climats dits tempérés, c'est avant tout le stress thermique qui, par ses effets directs sur l'organisme humain, est susceptible de modifier de façon notable les taux de morbidité et de mortalité, notamment mais pas exclusivement en ce qui concerne les maladies cardiovasculaires et les affections respiratoires.
a. Les effets directs d'un réchauffement climatique sur la santé De nombreuses simulations ont porté sur le nombre des décès. On sait que le rythme annuel de la mortalité, hors des tropiques, est le plus souvent caractérisé aujourd'hui par une culmination principale de saison froide (renforcée en présence d'un hiver rigoureux) et par un maximum secondaire de saison chaude (particulièrement saillant durant les périodes caniculaires). Dans l'hypothèse d'une intensification de l'effet de serre, il faudrait s'attendre pour le siècle prochain à une diminution relative de la surmortalité hivernale, les maladies de l'appareil respiratoire (bronchites, pneumonies) et les cardiopathies contribuant le plus à cette amélioration. A l'inverse, les nouvelles dispositions thermiques détermineraient une assez franche surmortalité estivale, beaucoup moins du fait de la mise en échec absolue des mécanismes thermorégulateurs (hyperthermie, coup de chaleur, déshydratation aiguë) que par suite de la recrudescence de toutes sortes de maladies cardiovasculaires, cérébrovasculaires, respiratoires, métaboliques ou psychiques. Toute la difficulté est de savoir quelle serait alors la résultante des évolutions opposées caractérisant les saisons extrêmes. En France, si l'on extrapole les situations réalisées au cours des hivers les plus froids et des étés les plus chauds des cinquante dernières années, le nombre des décès pourrait reculer d'entre 5 et 7 % au cours du trimestre décembre-février, alors qu'il augmenterait d'entre 12 et 18 % au cours des trois mois de juin à août. Toutes choses égales par ailleurs, l'évolution climatique se traduirait donc, dans une classe d'âge donnée, par un renforcement inexorable de la mortalité et par une diminution de l'espérance de vie. Seraient alors spécialement touchées les catégories sociales les moins favorisées (dépourvues de toute installation de conditionnement d'air et souffrant souvent de polypathologies intriquées), ainsi que les femmes (lesquelles, au-delà de la soixantaine, règlent moins efficacement que les hommes leur température interne). Aux États-Unis, où les contrastes thermiques sont plus accusés, les calculs font état de répercussions encore plus préoccupantes, avec une surmortalité estivale au moins trois fois plus forte que la sous-mortalité hivernale - ce qui se traduirait finalement par une inversion du rythme annuel au milieu du siècle prochain.
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