Nino
Ferrer
(Gênes, Italie,15 août 1934 -
Montcuq, France, 13 août 1998)
Nino
Ferrer est peu connu. C'est le drame pour les
générations suivantes de ne connaître de lui
que la pièce "Le Telefon". C'est un
drame car sa contribution est plus vaste qu'un
simple single. Qui connaît Nino Ferrer, je veux
dire les gens de ma génération ? Bien peu.
Saviez-vous que Nino a flirté avec le rock
progressif ? En fait, vous avez une chance de le
connaître si vous connaissez au préalable
Jacques Higelin ou Paul Personne. "Que dalle
!" me direz-vous.
De
Nino l'étudiant à Nino Ferrer, la vedette.
Nino
Ferrer est d'origine italienne. Il est natif de
la même ville que le célébrissime
Christophe-Colomb, rien de moins. Hormis la ville
natale et leur nationalité, ils avaient un autre
point en commun: ils étaient des aventuriers.
L'un sur les mers, l'autre dans les arts, dans la
musique.
Nino
a fait des études supérieures à la Sorbonne,
décrochant tour à tour une licence ès lettre
en ethnologie, en histoire des religions, en
préhistoire, ainsi qu'en littérature et en
philologie italienne (1). Il a fait un stage au
musée de l'Homme, sous la direction d'André
Leroi-Gourhan. Mentionnons qu'il a fait partie,
pendant deux ans, du groupe théâtral
universitaire de la Sorbonne, Les
Théophiliens.
La
musique émerge chez lui grâce au jazz, vers
l'âge de quinze ans. Il devient musicien, un
bassiste, avec Richard Bennett. Puis, il
accompagne Bill Coleman et Nancy Halloway. Il
monte son premier groupe de rythm'n blues et
enregistre son premier disque en 1963. Il subit
alors les influence d'Otis Redding et de Sam
Cooke. Nino sera sur la scène de l'Olympia cette
même année où il participe au spectacle
d'Holloway. En 1964, il fonde un groupe gospel, Reverend
Nino and the Jubilees. Mais ils se séparent
avant même d'enregistrer .
En
1965, C'est l'année de "Mirza", un
titre qui mêle rythm'n blues et délire dans les
textes. C'est un succès. Le public apprécie.
Nino devient une vedette...
Dans
la foulée paraissent "Les Cornichons"
et "Oh! Hé! Hein! Bon!". Ces pièces
satiriques et rigolotes amusent le public. Pour
la seule année 1966, Nino Ferrer donne 195 galas
et participe à près de 30 émissions de
télévision !!! C'est l'année aussi du
"Téléfon", pièce qui fait encore
danser les baby boomers.
L'ère
métronome
À
partir de 1967, Nino écrit des textes qui sont
de plus en plus iconoclastes et politisés.
Jamais pour une note il n'abandonnera le mode
ironique de la création. Ses textes sont de lui,
ils sont à lui, et Nino accepte de les partager
avec le monde. C'est comme cela qu'il pense et
c'est comme cela qu'il vivra, de plus en plus.
Chantant
aussi bien en français qu'en italien, Nino
écrit ses textes de plus en plus en anglais. Sa
rencontre avec Mickey Finn est l'élément
déclencheur. Finn est un guitariste anglais qui
a fait ses classes avec T.Rex, Éric Clapton et
les Rolling Stones, rien de moins. C'est dire que
le rock a eu raison de Nino Ferrer, et non
l'inverse.
En
1972, sort "Métronomie". Nino le
considère comme son véritable premier album. Il
y reprend son tout premier enregistrement
"Pour oublier qu'on s'est aimé".
L'album n'est pas un succès commercial, sauf le
45 tours "La Maison près de la
fontaine", vendu à 500 000 exemplaires.
Mais l'album est un succès musical, riche en
progressif. "Métronomie" inaugure
l'autre vie de Nino, celle qui lui ressemble
véritablement.
Nino
Ferrer continuera de sortir un album presque tous
les ans ("Nino and Leggs", "Nino
and Radiah", "Suite en oeuf",
"Véritables vérités verdâtres"
etc.)
Les
années '80
En
1979, Ferrer rencontre Jacques Higelin et part en
tournée avec lui. Sa forte personnalité le
séduit. Au point où il reprend goût à la
scène. Il jouera au Bataclan avec le
groupe du futur Paul Personne...
Les
années 1980, qui s'amorçaient bien en
apparence, s'avèreront pourtant des années
"ordinaires". Ordinaires: de fin 84 à
86, il disparaît totalement de la scène
musicale. Il se retire chez lui. Il peint
beaucoup et fait quelques expositions. Ses deux
garçons, Pierre et Arthur, sont en âge de
profiter du savoir de leur père et Nino ne se
montrera pas avare de son savoir.
En
1986, il enregistre un album quasi inconnu du
public qu'il intitulera tout simplement
"13ième album". En 1989, la
municipalité de Montcuq le charge d'organiser
les cérémonies du Bicentenaires de la
Révolution française. Il montera un spectacle
dans lequel il interprète "la
Marseillaise".
Le
Sud...
Les
années 1990 sont l'occasion de renouer avec le
succès, même en Italie. En France, Nino fera un
retour avec la sortie d'une compilation et d'une
intégrale "L'Indispensable". C'est un
succès commercial, et Nino, comme dans les
années '60, tourne à nouveau dans les boîtes
de nuit.
Un
album méconnu du public suivra la sortie de la
compilation mais qui n'en demeure pas moins
intéressant: "La Désabusion". Un jeu
de mots construit avec "désabuser" et
"illusion".
D'avril
à juin 1995, il part en tournée, et ce, pour la
première fois depuis longtemps. Il renoue un
temps avec la scène. Mais Nino Ferrer est une
anti-star. Il le sait. Il retourne à la maison
pour retrouver sa famille, ses animaux, et aussi
Mounette, sa mère.
En
juillet 1998, Mounette décède. Son entourage
remarque chez Nino un désintéressement de la
vie qui va au-delà de son cynisme légendaire.
En fait, une partie de lui-même a disparu avec
la mort de sa mère. Un mois plus tard, le 13
août, Nino Ferrer se tire une balle dans le
coeur en plein champ de blé à quelques
kilomètres de chez lui (2)...
Tiens,
j'ai le goût d'entendre "Le Sud", pas
vous ?
Stéphane
Boutin
(1)
La philologie est l'étude d'une langue ou d'une
famille de langues, fondée sur l'analyse
critique des textes.
(2)
"Nino Ferrer a mis fin à ses jours, hier,
vers 13 heures, d'un coup de fusil de chasse, en
bordure de la route de Saint-Cyprien à Montcuq.
Toute une région pleure un compatriote simple et
attachant qui avait su si bien s'intégrer",
extrait de La Dépêche du Midi, journal
du 14 août 1998.
|