Princesse Louise de Grande-Bretagne, Duchesse d'Argyll (1848-1939)
Rentrer Reine Victoria
Traduction francaise par Madelayne Robitaille
par Jesús Ibarra
Version Anglais
English Versio
n
Princesse Louise, Duchesse d'Argyll
Le 18 mars 1848, la reine Victoria donna naissance à son sixième enfant; c'était une fille qui fut prénommée Louise Caroline Alberta. Le prince Albert avait choisi tous ses prénoms: Louise en l'honneur de sa mère au destin tragique, Caroline en l'honneur de la mère de sa belle-mère morte récemment et Alberta pour se faire plaisir à lui-même. Alors qu'elle était très jeune, la personnalité de Louise commença à évoluer à l'opposé de celle de sa soeur Helena qui était plutôt terne et silencieuse. Louise elle, était rebelle et sarcastique, elle avait en plus divers talents. C'était la plus jolie et la plus radieuse des filles de la reine Victoria. Elle eut moins la chance que ses soeurs aînées Vicky et Alice de profiter des temps libres de son père car pendant son enfance et le début de son adolescence, le prince Albert était constamment occupé à l'accomplissement de ses devoirs dans le royaume de son épouse. Malheureusement, Albert mourut alors que Louise n'avait que 13 ans. Elle eut peu de contact avec son père pendant les derniers jours de sa vie parce que la reine Victoria la trouvait trop jeune et qu'elle avait peur qu'elle ne contracte la maladie dont souffrait son père. Albert mourut à 10:45 le soir du 14 décembre 1861. Le matin suivant, Louise fut réveillé par la nouvelle de la tragédie. Elle s'écria: 'Oh, pourquoi Dieu ne m'a-t-il pas prise? Je suis stupide et ne sers à rien' . Pendant le mois qui suivit le décès du prince Albert, Louise fut celle qui aida sa soeur Alice à accomplir la tâche difficile qui consistait à supporter la reine terrassée par le chagrin.
Louise était la plus indépendante des filles de la reine Victoria, cette dernière savait donc que jamais sa fille ne deviendrait la compagne de ses vieux jours. Toutefois, quand la princesse Helena se maria, ce fut au tour de Louise de s'occuper de sa mère en attendant que Beatrice, la fille cadette soit en âge de le faire.
Pendant cette période, la reine s'ennuya de la docilité et des manières douces d'Helena car Louise était impertinente et indiscrète. Louise de son côté, souhaitait désespérément échapper à l'atmosphère de deuil qui entourait sa mère afin de pouvoir prendre part à la merveilleuse vie sociale à laquelle elle imaginait que ses frères et soeurs mariés participaient. Son frère aîné, le Prince de Galles, l'invita plusieurs fois à assister à des bals que lui et son épouse Alexandra donnaient à Malborough House mais, la reine lui défendait d'y aller, elle ne revint sur sa décision que quand Louise eut 17 ans.
Louise possédait un véritable talent artistique. Bien que Albert, Victoria et leurs enfants aient tous été doués pour le dessin, les aptitudes de Louise étaient de loin supérieures et, elle allait les développer beaucoup plus que ses frères et soeurs. Edouard Carbould, le professeur de dessin des enfants, devint l'un des meilleurs amis de Louise. Elle allait plus tard le décrire comme: 'un de mes rares vrais amis sur lequel j'ai pu compter toute ma vie et de qui j'ai appris beaucoup en plus des arts'. Carbould montra à Louise comment dessiner ce qu'elle voyait en utilisant son imagination plutôt qu'une technique d'imitation. Il était fréquent de la voir avec ses instruments de dessin à la main. Le dessin était le seul intérêt que la reine partageait avec elle. La princesse était également très douée pour la sculpture. Pendant qu'elle sculptait un buste de sa mère, elle supplia cette dernière de lui donner la chance de porter son habileté à de plus hauts niveaux. La reine considérait que le devoir d'une princesse du XIXe siècle était de se marier et d'avoir des enfants mais, elle admirait aussi le talent de sa fille, sa réticence commença à s"amenuiser et, en 1868, alors qu'elle avait 20 ans, Louise eut la permission d'étudier à l'École Nationale des Arts de Kensington.
Ce ne fut pas facile pour Victoria de consentir à la requête de Louise puisque, à cette époque, la sclpture n'était pas considéré comme un art convenable pour les femmes. La princesse Louise fut la première fille d'un monarque anglais à être éduquée dans une école publique.
À l'École Nationale d'Art, Louise entra en contact avec l'homme qui allait avoir la plus grande influençe sur sa carrière artistique, le sculpteur hongrois Joseph Edgar Boehm, c'est ce dernier qui sculpta la statue équestre de la reine Victoria, ornement le plus populaire du Grand Parc de Windsor. La princesse avait l'habitude de fréquenter le studio de Boehm et, elle succomba au magnétisme de l'artiste. Pendant ses études au National, elle sculpta un buste de marbre de son frère Arthur, cette oeuvre fut sélectionnée pour une Exposition à l'Académie Royale. Son rang royal fut peut-être pour quelque chose dans cette sélection mais, il n'en demeure pas moins prestigieux pour elle que l'Exposition ait accepté sa sculpture. L'historien d'art Hilary Hunt-Lewis dit que le buste d'Arthur 'infusait la vie, la chair et le sang au marbre'.
La reine insistait toujours que le premier devoir de Louise était de se marier. Louise elle-même n'était pas réticente face au mariage. La Princesse de Galles proposa, comme candidat, son propre frère, le prince Frederick, héritier de la couronne du Danemark mais, la reine était fermement opposé à un autre mariage danois qui pourrait offusquer la Prusse. La soeur aînée de Louise, la princesse Vicky de Prusse proposa son propre prétendant, le riche et séduisant Albrecht de Prusse, le cousin de son mari. Vicky croyait qu'il était un candidat valable car il accepterait probablement de vivre en Angleterre. Louise se rendit à Berlin pour y rencontrer Albrecht mais, elle ne se sentit pas du tout attirée par lui, Albrecht de son côté, fit savoir, au grand désappointement de la reine Victoria, que jamais il n'irait s'établir en Angleterre. À son retour en Angleterre, Louise mit les choses au clair avec sa mère et lui assura que jamais elle n'épouserait un homme qu'elle n'aimerait pas vraiment. En raison de la rareté des prétendants de sang royal, une idée saugrenue et contreversée germa dans la tête de la reine: la possibilité pour Louise de prendre mari parmi les nobles britanniques qui n'étaient pas de sang royal. Ses autres filles avaient déjà faits de bons mariages royaux et, si elle permettait à Louise d'épouser un aristocrate anglais, cette dernière pourrait demeurer à ses côtés, la reine décida donc que ce serait la solution idéale pour cette fille hors du commun.
Vers la fin de 1869, la reine et sa fille étaient toutes deux tombées d'accord sur le fait qu'un tel candidat serait parfaitement acceptable, de plus, Louise avait exprimé le désir de rester en Angleterre pour prendre part à sa vie artistique. Le Prince de Galles s'objecta avec véhémence contre cette idée; il considérait que le sujet était parsemé de difficultés; aucune princesse anglaise n'avait épousé le sujet d'un souverain depuis que la fille cadette de Henry VII, Mary Tudor avait épousé le duc de Suffolk, de plus, l'aristocratie britannique se considérait de rang égal ou supérieur à celui de la famille royale et, si un de ses membres épousait une princesse, il serait forcé de donner préséance à sa femme, ce qui ne serait pas agréable pour lui et sa famille. Toutefois, la reine ne s'arrêta pas à ces obstacles et, elle entreprit une intense recherche à travers le pays pour dénicher un mari convenable pour Louise.
Sir John Alexander MacDonald
John Campbell, Marquis de Lorne et 9e Duc d'Argyll
L'heureux élu fut John Douglas Sutherland Campbell, marquis de Lorne qui, en 1869, était âgé de 25 ans. Ses parents étaient George Douglas Campbell, 8e duc d'Argyll et Lady Elizabeth Georgiana Leveson-Gower. Les Campbells constituaient l'un des plus importants clans des Highlands écossais et Lorne, comme on l'appelait, était l'héritier des vastes domaines de son père qui incluaient Inveraray Castle, la résidence familiale. Lorne était un membre libéral du Parlement, il était de taille moyenne, son visage présentait des traits agréables, ses cheveux blonds étaient abondants et sa voix, haut perchée. Sa grand-mère, Harriet duchesse de Sutherland était la maîtresse de la garde-robe de la reine Victoria et une amie intime de la souveraine. Elle descendait en droite ligne du roi Edward I à travers la lignée des ducs de Norfolk. Les Campbells étaient les descendants directs du roi James V d'Écosse par son fils illégitime James Stuart, comte de Moray. Lorne ne démontra pas un grand talent pendant sa carrière parlementaire mais, on le considérait comme un bûcheur à la Chambre des Communes. Le père de Lorne, le duc d'Argyll, rencontra la reine pour discuter avec elle de la possibilité d'un engagement entre leurs deux enfants, Louise, au désespoir de la reine montra peu d'intérêt pour ce parti qu'elle avait rencontré brièvement une seule fois. En raison de l'attitude de sa fille, Victoria dû dire à Argyll qu'elle n'était pas prête pour ce mariage et qu'ils devraient attendre qu'elle vieillisse un peu.
La reine continua sa quête d'un époux pour Louise qui ne pouvait se décider. Pendant ce temps, Lorne vivait une situation complexe: il ne pouvait chercher une autre femme tant que Louise n'avait pas pris sa décision; Victoria se sentait coupable envers lui et, elle préféra le libérer de toute obligation envers la princesse.
Un jour que Louise assistait à un déjeuner donné par le Premier Ministre William Ewart Gladstone, elle rencontra Lorne pour la première fois en dehors de l'orbite de la reine et, elle se sentit attirée par son charme sophistiqué. Cette rencontre encouragea Lorne à demander la princesse en mariage. Elle accepta et leurs parents bénirent cett décison.
Le frère aîné de Louise, Bertie, le Prince de Galles, s'opposait toujours à ce projet de mariage; son objection reposait sur le fait que Lorne, non seulement n'était pas de sang royal mais qu'en plus, il siégeait à la Chambre des Communes en tant que partisan de Gladstone, Bertie prétendait qu'un tel mariage dégraderait la couronne en l'abaissant au niveau des partis politiques. Selon lui, le problème serait résolu si Louise abandonnait son statut de personne royale.
La reine avertit Bertie que Louise demeurerait ce qu'elle était. Il écrivit à sa soeur: 'Ne pensez pas que je sois cruel, ma chère Louise, d'adhérer à ma position. J'espère seulement que ces nombreux aléas à propos de votre rang, etc.... qui sont venus à ma connaissance ne vous porteront jamais à regretter le pas que vous avez franchi' (Packard). Finalement, Louise et Lorne se marièrent le 21 mars 1871 à la chapelle St-George. Malgré ses objections, Bertie accepta de se tenir aux côtés de sa soeur pendant la cérémonie.
Les nouveaux mariés passèrent la première étape de leur lune de miel à Claremont House où, deux jours après leur arrivée, ils reçurent la visite de la reine Victoria. Ils avaient prévu continuer leur lune de miel par un voyage sur le continent mais Victoria tenta de les persuader de n'en rien faire en raison de la situation cahotique qui régnait en Europe après le conflit franco-prussien (l'empereur français Napoleon III était arrivé en Angleterre quelques jours avant le mariage de Louise après avoir été déposé et exilé). Lorne rejeta le conseil de sa belle-mère puisqu'il qu'il voulait profiter de l'occasion pour mieux connaître sa femme et les deux époux partirent en voyage. La lune de miel européenne fut l'un des moments les plus heureux de la vie de Louise. À leur retour à Londres, ils s'installèrent à Argyll Lodge, la résidence londonienne des Campbells.
Pendant les premières années du mariage de Louise, la reine Victoria offrit plusieurs fois de donner un duché à Lorne mais, il refusa toujours car il ne voulais pas quitter la Chambre des Communes, de plus, il croyait que son futur titre de duc d'Argyll était suffisant, peu importe combien de temps il l'attendrait.
Louise était incapable de concevoir des enfants. À l'été de 1873, elle alla en Allemagne pour y prendre des bains médicinaux qui auraient pu améliorer ses chances de devenir enceinte mais, en vain, Lorne ne la blâma jamais parce qu'elle ne lui donna pas d'enfant, il la traitai toujours avec sympathie et compréhension. Selon Jerold M. Packard, la cause probable de l'infertilité de Louise pourrait être un début de méningite dont elle souffrit quand elle était adolescente.
Une fois mariée, Louise commença à élargir son cercle social. Elle fonda la 'Ladies's Work Society' où les femmes de la classe moyenne pouvait apprendre diverses activités telles les travaux d'aiguille, la broderie ou la réparation d'objets d'art ce qui leur permettait d'obtenir un salaire décent. Elle parraina également la 'Girl's Public School Day Cie', laquelle aidait financièrement les parents de classe moyenne à faire éduquer leurs filles.
Lorne, de son côté, était attiré par la poésie et les arts littéraires. En 1875, il publia son premier recueil de poésie 'Guido and Lita, a tale of the Riviera'. On en vendit plus de 3,000 copies malgré les critiques qui qualifiaient l'oeuvre de désuète. Son livre suivant fut 'The Book of Psalms, literrally rendered into verse'.
À l'automne de 1877, alors que Louise et Lorne se trouvait à Inverary Castle, la résidence des Argyll, un feu éclata et faillit détruire la demeure. La mère de Lorne, qui venait de faire une attaque cardiaque, fut évacuée, au milieu des flammes, par Louise et Lorne. En mai 1878, la duchesse d'Argyll fit une hémorragie cérébrale et mourut quelques heures plus tard.
Cette même année, le Premier Ministre conservateur Benjamin Disraeli offrit à Lorne le poste de gouverneur-général du Canada. Selon Disraeli, Lorne et Louise, en tant que beau-fils et fille de la reine 'seraient d'une valeur inestimable en tant que représentants de Sa Majesté au Canada'. La reine n'était pas très enthousiaste à l'idée d'envoyer sa fille de l'autre côté de l'Atlantique mais, elle réalisa que celà affirmerait le prestige de Lorne au sein de la famille et au sein de la nation. Celà représenterait aussi une solution à son statut social embarassant vis-à-vis Louise, en tant que gouverneur-général, il aurait finalement quelque préséance sur sa femme. Lorne avait très envie d'accepter ce poste mais il craignait la réaction de Louise. Louise éprouvait quelque incertitude à l'idée de partir pour le Canada, elle allait terriblement s'ennuyer de sa famille et de son cercle social artistique de Londres; de plus, son frère Arthur allait épouser la princesse Louise Margaret de Prusse dans quelques mois et elle ne voulait pas rater cet événement; la santé de son frère Leopold l'inquiétait également. Elle avait toutefois conscience du désir de son mari d'accepter ce poste, ce qui vainquit toutes ses réticences. Lorne accepta finalement la charge à la fin de juillet. La reine le décora de l'ordre de St-Michel et de St-Georges en lui offrant la Croix de Chevalier ('Knight Grand Cross') et, le 14 novembre 1878, Louise et Lorne quittèrent Liverpool à bord du vapeur Sarmatian. La soeur de Louise, la princesse Alice, leur envoya une lettre portant ses meilleurs souhaits. Un mois plus tard, Alice allait mourir de la diphtérie.
À cette époque, la charge de gouverneur-général avait beaucoup à faire avec la politique; la personne en poste occupait le plus haut rang au pays. Le gouverneur-général était responsable constitutionnellement de la sucession des ministres comme l'était le monarque en Angleterre. Lorne et Louise allaient se trouver au sommet de la société canadienne et, il ne serait pas facile pour Lorne de chausser les souliers de son prédécesseur. Le comte de Dufferin avait occupé ce poste depuis 1872 avec beaucoup de succès et lui et sa femme étaient immensément populaires. Mais, Lorne et Louise disposaient de l'avantage indéniable que leur conférait leur appartenance à la famille royale.
À leur arrivée au port, l'absence du Premier Ministre canadien, Sir John Alexander MacDonald causa quelque inquiétude, celui-ci était venu d'Ottawa par train pour rencontrer le nouveau gouverneur-général mais, il avait trop bu pendant le voyage et, il ne peut recevoir Lorne et Louise.
Le Premier Ministre du Canada était second en rang derrière le gouverneur-général mais, il était politiquement plus puissant. En tant que Premier Ministre, Sir John MacDonald était la seule personne qui pouvait assure le succès de Lorne. MacDonald était un grand homme politique mais aussi un alcoolique. Il occupait son poste depuis 1867 alors que le Haut Canada et le Bas Canada s'étaient unis pour former une Confédération, MacDonald fut le premier Premier Ministre du pays. De 1873 à 1878, il dut abandonner son poste en raison des charges portées contre son gouvernement en rapport avec la construction du chemin de fer transcontinental mais, en 1878, ses conservateurs remportèrent les élections parlementaire avec une majorité impressionnante. MacDonald rencontra finalement Lorne à la gare d'Ottawa. Louise, qui était épuisée, n'assista pas aux discours officiels de bienvenue qui furent adressés à son mari par le Sénat.
Les premières semaines que Louise passa au Canada furent assombries par la nouvelle de la mort d'Alice à Darmstadt. Quand son chagrin devint moins intense, la première tâche qu'entreprit Louise fut la décoration de la résidence du gouverneur-général, Rideau Hall. Louise fut rapidement fascinée par l'hiver canadien, elle adorait se promener sur la glace en traîneau tiré par des chevaux, bien enveloppée par des fourrures de phoque. Ses plaisirs d'hiver n'allaient pas durer, ils deviendraient rapidement un risque pour sa santé.
Lorne et Louise ne s'entendaient pas avec MacDonald et son épouse. Le Premier Ministre considérait qu'il représentait le pouvoir suprême dans le pays (ce qui était vrai) et, il n'appréciait pas que Lorne s'impose dans les affaires canadiennes. Peu de temps après son arrivée, Lorne avait tenté de résoudre une situation problématique à propos de la nomination d'un gouverneur provincial sans consulter MacDonald, ce dernier en fut vivement contrarié. À partir de ce moment.Lorne décida qu'il agirait avec plus de diplomatie.
Louise et Lorne devinrent populaires parmi la communauté canadienne-française. Louise en serait la bienfaitrice puisqu'ils étaient plus cultivés au niveau des arts que les canadiens d'origine britannique. Un an après son arrivée, elle décida d'aller visiter sa famille en Angleterre. Elle y demeura quatre mois au bout desquels elle rentra à Ottawa. Les canadiens se demandèrent pourquoi elle avait éprouvé le besoin de retourner chez-elle après avoir passé si peu de temps dans son nouveau pays et, les rumeurs commençèrent à se répandre au sujet des problèmes du couple. En fait, leur mariage n'allait pas bien et vers 1880, leurs relations étaient plus axées sur la camaraderie que sur la passion amoureuse. Il semble qu'ils n'appréciaient pas les relations physiques et que celles-ci avaient probablement cessé avant leur arrivée au Canada. Un de leurs biographes explique ce fait en disant que Lorne était homosexuel mais, celà n'a jamais été prouvé hors de tout doute.
L'année 1880 fut mauvaise pour Louise. En février, elle et Lorne eurent un accident alors qu'ils effectuaient une promenade en traîneau de Rideau Hall au Parlement. Louise fut gravement blessée, autant physiquement qu'émotionnellement. Elle se heurta la tête et souffrit par la suite de fréquents maux de tête, l'accident la déprima tellement qu'elle se retira presque de la vie publique. Au printemps suivant, son frère Leopold vint la voir au Canada. Le frère et la soeur voyagèrent ensemble à travers le Canada et les États-Unis pendant 10 jours après quoi, Louise décida de retourner en Angleterre avec son frère offrant comme excuse le fait qu'il s'était blessé à la jambe alors qu'il pêchait et qu'elle souhaitait s'occuper de lui pendant le voyage de retour. Lorne ne s'objecta pas à la décision de sa femme mais les canadiens commençèrent à penser que celle-ci fuyait l'échec de son mariage ou alors, qu'elle n'aimait pas leur pays.
Louise allait demeurer longtemps en Angleterre. Elle voyagea aussi en Europe, passant son temps à dessiner et à peindre. Elle revint du Continent en octobre, tout le monde, en Angleterre et à Ottawa, s'attendait à ce qu'elle annonce son retour au Canada mais, Louise ne semblait pas pressée de le faire. L'attitude de Louise fit comprendre à la reine Victoria que quelque chose clochait dans son mariage avec Lorne. Elle écrivit à son beau-fils que Louise souffrait trop de maux de tête et de fatigue pour envisager un voyage. C'était vrai à ce moment mais, dès que les maux de tête disparaissaient, Louise était en excellente forme et avait une vie sociale très active. Sa façon d'agir fut à l'origine des rumeurs qui se répandirent au Canada et qui disaient que la princesse haïssait le pays et ses habitants et que son mariage avec Lorne était terminé. Lorne, de son côté, ne semblait pas inquiet de l'absence de sa femme. Il accepta le commentaire de la reine à propos de la santé de Louise même s'il savait que l'absence de cette dernière était dommageable pour son prestige vis-à-vis des canadiens. Louise réalisa finalement qu'elle devait rejoindre son mari et elle lui écrivit qu'elle serait de retour à l'été afin de l'accompagner dans un voyage au Manitoba. Mais, Lorne lui suggéra de rester en Angleterre jusqu'à ce qu'elle soit complètement rétablie. Il se rendit seul au Manitoba. Pendant ce voyage, il nomma officiellement Regina (le mot latin pour reine) la capitale de la Saskatchewan, celà en l'honneur de sa belle-mère. Il nomma aussi une province canadienne en l'honneur de sa femme mais, au lieu de choisir le prénom de Louise, il l'appela Alberta.
Le voyage de Lorne fut un véritable succès, il apporta des solutions à des sujets tels l'achèvement du chemin de fer transcontinental ainsi qu'à une dispute sur les limites territoriales entre le Manitoba et l'Ontario. Il présenta également au gouvernement de MacDonald un projet visant à résoudre les affaires des autochtones. À son retour à Ottawa, il trouva un message de félicitations de la reine qui l'informait également qu'elle ne souhaitait pas que Louise parte pour le Canada à l'approche de l'hiver. Lorne décida qu'il était temps de se rendre en Angleterre.
Louise reçut son mari publiquement à Liverpool ce qui fit taire les rumeurs qui supposaient qu"il y avait discorde dans le couple. Les Lornes entreprirent une série de visites aux membres de leur famille et disposèrent de peu de temps pour se retrouver seuls. Lorne se convainquit que Louise était trop malade pour rentrer avec lui au Canada et, en janvier 1882, il retourna à Ottawa accompagné seulement par sa soeur et son beau-frère. Louise savait que si elle demeurait plus longtemps éloignée du Canada, celà équivaudrait à une séparation définitive d'avec son époux. Elle décida quand même de prolonger son séjour en Angleterre jusqu'à ce qu'elle soit complètement guérie. Elle souhaitait aussi assister au mariage de son frère Leopold avec Helena de Waldeck et Pyrmont.
En mai 1882, le célèbre auteur Oscar Wilde visita le Canada. Il se montra très désappointé par le peu de culture artistique des canadiens et, il critiqua Louise parce qu'une si grande admiratrice des arts n'avait rien fait pour promouvoir ceux-ci au Canada.
Louise revint finalement au Canada avant le printemps. Son absence avait duré près de deux ans. La reine était inquiète de la sécurité de Louise car elle avait entendu des rumeurs qui parlaient d'une attaque possible des 'fenians' et d'une tentative d'enlèvement de la princesse (les 'fenians' étaient un groupe de révolutionnaires irlandais fondé à New-York au milieu du XIXe siècle). La reine ordonna à ses ministres de prendre toutes les mesures de sécurité requises. Le Premier Ministre canadien MacDonald, avertit aussi Lorne du danger représenté par les 'fenians'. Après l'arrivée de Louise, elle et Lorne passèrent l'été à la Citadelle, la résidence d'été du gouverneur-général, endroit jugé plus à l'abri d'une attaque potentielle des 'fenians'. À la fin de l'été, ils effectuèrent un voyage aux États-Unis. Le but principal de ce voyage était de se rendre dans l'Ouest du Canada qui, à cette époque, ne pouvait être atteint que par le chemin de fer qui passait par les États-Unis. Lorne et Louise se rendirent à San Francisco où ils s'embarquèrent à bord d'un vaisseau de guerre qui allait les amener en Colombie Britannique. Peu avant d'embarquer, ils reçurent un message des 'fenians', ceux-ci menaçaient de faire sauter le bateau aussitôt que le gouverneur-général et son épouse poseraient les pieds sur le pont. On ne trouva aucune bombe à bord et le voyage en Colombie Britannique fut un succès, le couple fut acclamé partout où il passait. Lorne et Louise passèrent 3 semaines en Colombie Britannique après quoi, ils reprirent le chemin des États-Unis. Ils visitèrent Monterrey, Los Angeles et Santa-Barbara. Lorne retourna à Ottawa en février 1883 pour l'ouverture des sessions parlementaires mais, Louise préféra prendre des vacances aux Bermudes où la température était nettement plus clémente qu'au Canada. Elle y demeura trois mois et rentra ensuite à Ottawa.
Louise et Lorne n'allaient pas demeurer encore longtemps au Canada. Il démissionna de son poste avant la fin de son terme. Il croyait peut-être que de retourner en Angleterre à ce moment sauverait son mariage. Il en était venu à aimer sincèrement le Canada. Il avait encouragé l'établissement de la Royal Society of Canada, de la Royal Academy of Arts ainsi que de la National Gallery of Canada. Il avait écrit plusieurs textes qui prouvaient sa profonde appréciation des splendeurs canadiennes. En octobre 1883, Louise et Lorne quittèrent la Canada à jamais. En dépit de son désir de retourner dans son pays natal, Louise exprima du regret quand vint le temps d'abandonner un pays qu'elle en était venue à admirer.
La situation du mariage de Louise et de Lorne ne s'améliora pas en Angleterre. Lorne était sans emploi, on ne lui offrit aucune autre charge de gouverneur-général dans une des colonies anglaises et, il ne put retourner à la Chambre des Communes. Il passait son temps à écrire. Il publia une biographie de Lord Palmerston ainsi qu'un autre livre intitulé 'The Governor's Guide to Windsor Castle'. Il écrivit ensuite quelques romans sans importance. En 1895, il parvint finalement à entrer à la Chambre des Communes comme représentant de South Manchester. Louise, de son côté, consacra son temps à sculpter un buste de sa mère, la reine Victoria. Elle le commença en 1887 et le termina en 1893, il fut alors installé dans le parc public situé en face de Kensington Palace.
Au milieu des années 90, une grande amitié naquit entre Louise et son beau-frère, le prince Henry de Battenberg, époux de sa soeur Beatrice. Cette amitié fut mal interprétée en raison de deux remarques que Louise fit à propos du prince Henry. Elle dit qu'il était presque le meilleur ami qu'elle ait jamais eu et, après la mort de celui-ci, elle avoua à Beatrice qu'elle avait été sa confidente. Ce commentaire ennuya Beatrice et ternit les relations entre les deux soeurs.
Le 24 avril 1900, le père de Lorne, le 8e duc d'Argyll mourut à 76 ans. Il s'était remarié deux fois après la mort de la mère de Lorne, la duchesse Elizabeth. Il avait d'abord épousé Amelia Anson qui mourut en 1894 puis, Ina McNeill. À la mort de son père, Lorne devint le 9e duc d'Argyll. Neuf mois plus tard, la mère de Louise, la reine Victoria s'éteignit à son tour le 21 janvier 1901 et Bertie, le Prince de Galles, lui succéda sur le trône sous le nom de Edward VII.
Pendant le règne d'Edward, Lorne continua à écrire sans succès et Louise, dont la santé était affaiblie, se consacra à empêcher son apparence physique de se détériorer. Elle suivit des diètes strictes et accomplit des séries d'exercices. Elle était décidée à ne pas devenir grasse comme ses soeurs Helena et Beatrice. Elle s'occupa de plusieurs réceptions et ventes de charité. Quand elle n'était pas affectée par des maux de tête, sa vitalité était extraordinaire même si, en 1913, elle approchait les 70 ans.
Lorne lui, se transforma en un homme obèse, excentrique et irascible. Sa mémoire commença à connaître des déficiences, probablement dues à la maladie d'Alzheimer. En avril 1914, il attrapa une pneumonie et mourut à 10:45 heures le soir du 21 mai 1914. Pendant la Première Guerre, sa veuve prit l'habitude de passer en revue les unités canadiennes qui transitaient par l'Angleterre avant de se rendre sur le front. À la fin de la guerre, son neveu, le roi George V l'éleva au rang de 'Dame Grand Cross' de l'empire britannique et la nomma colonel en chef des Highlanders Argyll et Sutherland.
À mesure que les années passaient, Louise étaient de plus en plus affectée par les maux inhérents à son âge avancé. Elle passa ses dernières années à décorer Rosneath, une des maisons appartenant aux Argylls, où elle vécut presqu'en hermite. Elle mourut de vieillesse le 3 décembre 1839 à Kensington Palace, elle avait 91 ans. Selon ses volontés, son corps fut incinéré à Golders Green à North London et ses cendres furent inhumées au Royal Cemetery de Frogmore.
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