La laideur et Bourdieu

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Au fond, qu'est-ce que la
laideur?

Avant Hume, les
philosophes étaient
souvent accusés d'être athées.

Je suis tombé sur un article de Richard Millet qui a écrit un livre, Le goût des femmes laides. «Pas possible!» me suis-je dis, «voilà où on en est rendu!» Je ne me rappelle plus pour quelle la raison, mais je n'ai pas lu l'article. Pourtant le sujet était "hot" car j'étais justement en train de discuter avec un internaute qui suggérait avec insistance que la beauté est une affaire de goût et qu'elle est absolument relative. L'individu concerné possède une capacité de raisonnement qui m'a séduit. Dans le même souffle, je rajouterai que les vues en question n'ont rien d'originales, c'est commun depuis belle lurette, je dirais depuis aussi loin que les philosophes sont

devenus ouvertement athées. Faites-vous une distinction entre la laideur et la beauté? Sartre, n'attirait-il pas de belles femmes malgré sa laideur? Au fond qu'est-ce que la laideur? «C'est ce qui ne me plaît pas.» Une réponse subjective auquel il répond instantanément qu'«il existe une beauté objective. Il ne faut pas se voiler la face, même si le "politiquement correct" essaie de nous faire croire que tout le monde est beau. . . »

«Il y a un malentendu avec ce livre: ce que je raconte: Je n'ai pas de sœur, je ne suis pas journaliste. Et les femmes je les préfère belles.» Si aujourd'hui, à 52 ans, il ne se trouve pas forcément laid, cet ancien professeur de français avoue toutefois ne pas se supporter, physiquement.

*Lire septembre2005

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Hume est le premier à l'avoir avoué. strong>

 

Femme africaine: vive les rondes!
Prétendantes au titre de Miss Gala Benz.
Femme africaine au gala «Ce soir, on célèbre la femme africaine comme on l'aime: ronde, souriante et avenante!» La salle applaudit. Sanvi Panou, dans son documentaire, Beauté grandeur nature, lève le voile sur une culture contaminée par l'Occident: «alors que notre ossature et notre cambrure ne cadrent pas du tout avec les critères de beauté européenne.

Pour dire que même les «rondes» ont une conception de la beauté dont la valeur est plus ou moins élevée et primée.
 

 

Bob Dylan chante Chelsea Hotel

Toi que je me rappelle à ce Chelsea Hotel
Tu étais connue ton coeur était une légende
Tu m'avais dit encore que tu préférais les beaux hommes
Mais que pour moi tu ferais une exception
Et serrant ton poing pour ceux qui sont
Comme nous opprimés par les images de la beauté
Tu t'es décidée tu as dit: Bon ça ne fait rien
Nous sommes laids mais nous avons la musique.


Fox Matthew avec Evangeline Lilly dans "Lost"

Matthew Fox :
"Les femmes vous diront qu'elles veulent un garçon doux, disponible et sensible, des qualités très féminines, alors qu'en réalité elles sont attirées par le côté violent, intense, animal des hommes."

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Le livre, "Révolte consommée" -Le mythe de la contre-culture de Joseph Heath et Andrew Potter, Ed. Trécarré

Joseph Heath est philosophe
agrégé au département de philosophie de l'université de Toronto

Bourdieu: ce que j'en pense. . .

Pierre Boudieu« Avez vous déjà remarqué à quel point les masses n’ont absolument aucun goût ? Admettez-le » Nous dit Joseph Heath. Plus loin encore, il écrit « L’opinion populaire du jugement esthétique est dominé par ce que le sociologue Pierre Bourdieu appelle l’-idéologie du goût naturel et inné-. Selon ce point de vue la différence entre la beauté et la laideur, le bon goût et le mauvais, l’élégance et la vulgarité résident dans l’objet. L’art mauvais est vraiment mauvais, mais seules les personnes possédant un certain niveau de culture et d’éducation sont capables de le reconnaître. Pourtant, comme le souligne Bourdieu, cette capacité de détecter l’art mauvais est répartie d’une façon qui coïncide presque miraculeusement avec les divisions de classes. En fait, seul un minuscule pourcentage de la population le possède. Et comme le soutient Bourdieu, documentation exhaustive à l’appui, cette capacité est presque entièrement concentrée chez les classes supérieures de la société. Les classes inférieures aiment uniformément l’art de mauvais goût, tandis que les classes moyennes ont sans équivoque des goûts ‘intellectuellement moyens‘.[---]

Akiles: Là, je me gratte la tête. . .

Bourdieu soutient que le jugement esthétique est toujours une question de distinction –qui consiste à séparer ce qui est supérieur de ce qui est inférieur. Ainsi, le bon goût est, en grande partie, défini négativement, en termes de ce qu’il n’est pas. « Les goûts, dit Bourdieu, sont sans doute avant tout des dégoûts, faits d’horreur ou d’intolérance viscérale (c’est à vomir’) pour les autres goûts, les goûts des autres.»
[---]
Parce qu’il est ancré dans la distinction, le jugement esthétique joue un rôle extraordinairement puissant dans la reproduction des hiérarchies sociales. Le goût ne se limite pas à l’appréciation de ce qui est de bon goût, c’est aussi une désapprobation de ce qui est vulgaire (et, il s’ensuit, de ceux qui n’ont pas la capacité d’établir de telles distinctions).

Le bon goût confère à celui qui le possède un sentiment de supériorité presque inattaquable. Voilà la principale raison pour laquelle, dans notre société, des gens de classes sociales différentes n’interagissent pas librement les uns avec les autres. Ils ne peuvent pas supporter le goût des autres. Plus précisément, les gens qui occupent les échelons supérieurs de la hiérarchie sociale méprisent carrément tout ce qu’apprécient les gens qui leur sont inférieurs (le cinéma, les sports, les émissions de élévision, la musique, etc.).

Dans une lettre à Wagner,
Baudelaire

Deux femmes aux corps laids
 
«L’intolérance esthétique, nous rappelle Bourdieu, a des violences terribles. L’aversion pour les styles de vie différents est sans doute une des plus fortes barrières entre les classes: l’homogamie est là pour en témoigner.»
[---]
Parce que le goût est ancré dans le sentiment de distinction, il s’ensuit qu’il n’est pas donné à tous.
[---]
Ainsi, le «bon goût» s’oriente vers des styles plus inaccessibles, moins familiers. Le bon goût, en d’autres termes, est un bien positionnel. On ne peut le posséder que si beaucoup d’autres ne l’ont pas.
Dans une lettre à Wagner,
Baudelaire écrit à propos de sa musique :
« J’ai senti toute la majesté d’une vie plus large que la nôtre. Autre chose : j’ai éprouvé souvent un sentiment d’une nature assez bizarre, c’est l’orgueil et la jouissance de comprendre, de me laisser pénétrer, envahir, volupté vraiment sensuelle, et qui ressemble à celle de monter dans l’air. . .»
 
«L'Imagination,
inquiète et débile,
Vient rendre nul en eux
l'effort de la Raison.
Leur plan de vie étant
dessiné ligne à ligne
Par la logique
d'une influence maligne.»

Comment réagir à ces propos? Un peu bizarre, non? Si je devais appliquer ces définitions à mon cas, je serais assez embarrassé. Brièvement; mes parents étaient illettrés. Je n'ai jamais connu ce que l'on appelle la culture car ma famille n'en possédait pas les moyens, et aujourd'hui, encore, je trouve que pour y avoir accès, une bourse bien remplie est nécessaire. Le seul moment où je me suis abreuvé de littératures, avec beaucoup de curiosité spontanée, c'était vers 17 ans, c'était pendant une période de deux ans, dans la maison d'un de mes oncles, en Algérie; il possédait une immense bibliothèque. Plus tard, mes voyages m'ont tant absorbé dans la culture et les traditions des peuples anciens que plusieurs décennies se sont déroulées sans être conscient des productions culturelles en Occident. D'ailleurs, ayant été influencé par les idéaux hippies, j'avais rejeté beaucoup de ses valeurs.

Par contre, ce que je souhaite réitérer ici, comme je l'ai souvent fait ces dernières années, récemment encore dans à propos de Reza Yasmina, c'est le fait que le web, qui est un concept idéalement démocratique, du moins ainsi avait-il été conçu à l'origine, et on peut affirmer que les forums de discussions qui champignonent sur la toile, et où la parole est libre et diversifiée, prouvent par conséquent que ce domaine de libres expressions est un champ digne de l'effort civilisationnel. Or, c'est ce que je répète: les intellectuels et les penseurs qualifiés sont étrangement absents de la scène virtuelle. Tant et si bien qu'un type comme moi, engendré par la plèbe, sans aucune formation intellectuelle, se retrouve pratiquement seul à commenter sérieusement, par intérêts culturels et pour le plaisir de la connaissance, de l'art et du progrès, les articles qui lui tombent sous la main et qui traitent des sujets chauds de la condition humaine présente.

Mais bon sang! où donc est passé l'esprit démocratique que l'on défend à cor et à cri!?! Que des aristocrates, des bourgeois ou des snobs ne fréquentent pas ces forums populaires, je le comprends. Mais qu'en est-il de ces professeurs, écrivains, philosophes, sociologues compétents, etc., qui revendiquent l'égalité et l'éducation gratuite tout en partageant sympathiquement, dans un esprit d'éducation et de fraternité, leur savoir avec la masse des internautes? C'est une question. . .

Donc, pour en revenir aux notions d'esthétiques de Bourdieu, je prendrai deux films que je viens de voir ces dernières semaines. Ma femme m'avait emmené à la projection de Va, vis et deviens. A la fin, les gens ont applaudi. Bien que j'avais souvent les larmes aux yeux, j'ai trouvé ce film mal tourné, un peu long, le récit rocambolesque, sentimentale, le point de vue historique manqué et la facture pour l'ensemble de la production très hollywoodienne. Bref, c'était raté, à mon goût, alors que le sujet était original, exotique et explosif.

L'autre film, c'était Crash. Il met en perspective de façon assez équarrie les préjugés raciaux et leurs conflits dans une ville comme L.A. Tout y est : la peur, le luxe, la folie, la famille, la délinquance, mais rien n’est dit si ce n’est que ce chaos social crée des heurts dont personne ne peut être directement mis en cause puisque nous ne sommes que des poupées de chiffons de cette énergie matérielle qu’est le monde. Crash fait de la pédagogie à deux sous en nous montrant qu’un « bon » devient généralement une brute violente si les circonstances, indépendantes de sa volonté. . . ) l’y conduisent. Il tombe ainsi dans un pattern du conditionnement humain qui engendre l’hypocrisie, l’incurie, l’indifférence, l’individualisme, l’injustice, le fanatisme et toutes les plaies du monde. Par-dessus le marché, le film est construit de scènes absolument infantilisantes comme celles, entre autres, où la petite fille à « Montage d'Akilesla cape magique » ouvre la porte et court vers sa mort! (C’est du Wagner qu’il nous aurait fallu là pour le pathos!)
Des histoires. Ce film est constitué d’une trame d’histoires. Des histoires de danger et de protection, comme dans les contes, d’accidents et de sérénité, où les névrosés pathologiques deviennent, par la divine providence, des illuminés, et les fous, des prophètes. Un film que j’ai, cependant, regardé jusqu’au bout, ce qui correspond chez moi à un indice d'intérêt.

 

Juillet 1873, Paul Verlaine est transféré en voiture cellulaire en prison.
Il y écrira certains de ses plus beaux poèmes de Sagesse. Il se met à lire le catéchisme dont les pages sur l’Eucharistie le transportent. Un mois plus tard, après une nuit de méditation, le poète
se confesse, communie et se convertit:

"Seigneur, j'ai peur, mon âme tressaille
Je vois, je sens qu'il faut vous aimer:
mais comment?
"

Encore un mois s'étant écoulé, il envoie son poème "Jésus m’a dit" et termine sa lettre
d’une violente diatribe contre sa femme dont
il a déjà essayé de brûler les cheveux alors
qu’elle était enceinte.

Comme dirait Kundera dans son livre Le rideau : « La scène de son célèbre tableau, La Liberté guidant le peuple, Delacroix l’a recopiée du rideau de la préinterprétation: une jeune femme sur une barricade, le visage sévère, les seins dénudés qui font peur; à côté d’elle, un morveux avec un pistolet. J’ai beau ne pas aimer ce tableau, il serait absurde de l’exclure de la grande peinture. Mais un roman qui glorifie de pareilles poses convenues, de tels symboles usés, s’exclut de l’histoire du roman. »
J’en pense de même pour le cinéma. Akiles

Par contre, j’ai mieux apprécié Mon ami Machuca, une histoire qui se passe au Chili et qui raconte, à travers les yeux d’enfants, qui jouent très bien leurs rôles, les évènements de septembre 1973: un dépucelage de l’enfance face à la stupidité des hommes et de leur violence construit sur un montage cinématographie où l'art du cinéma fait partie intégrante du récit et donne à ce film une sensibilité absolument réaliste.

Edward Norton dans Fighting Club
Pour terminer, je voudrais aussi mentionner et ainsi faire pièce au genre esthétique et moral qu'est Crash. Il s'agit de Fighting Club que j'ai reloué et vu comme si c'était la première fois. C'est un film surréaliste, d'une qualité interprétative et visuelle passionnantes, et qui s'attaque aux idéaux farfelus et dangereux des Révoltés de la société comme on en découvre souvent la psychologie chez une grande partie des membres de nos sociétés, et pas uniquement chez les intégristes musulmans.
Akiles, le 25 avril 2006

L'Unabomber vivait en ermite dans une minuscule cabane au Montana. Il n'avait pas d'électricité cultivait son jardin et chassait le lapin. C'est ici qu'il confectionnait ses bombes artisanales.

Au cours des années 1980 et 1990,
l’Unabomber devint célèbre aux États-Unis
en expédiant des colis piégés à d’éminents chercheurs scientifiques, ingénieurs et lobbyis-
tes industriels, responsables de la reproduction des «fondements» technologiques de la société.

La révolution extrême

La révolution industrielle et ses conséquences ont été catastro-phiques pour la race humaine. Elles ont accru l’espérance de vie dans les pays «avancés», mais déstabilisé la société, entraîné l’aliénation, soumis les êtres humains à des humiliations, permis l’augmentation de la souffrance mentale (et de la souffrance physique dans les pays du tiers-monde) et infligé de terribles dommages à la biosphère. Le constant développement de la technologie ne fera qu’aggraver la situation. La condition des hommes et de la biosphère continuera à se dégrader; le chaos social et les souffrances mentales s’accroîtront, de même, peut-être, que les souffrances physiques, notamment dans les pays «avancés».

Par conséquent, nous préconisons une révolution contre le système industriel. Cette révolution pourrait recourir à la violence; elle pourrait être soudaine ou s’étaler sur plusieurs décennies. Nous ne pouvons le prédire. Mais nous présentons de manière très générale les mesures que ceux qui haïssent la société industrielle devraient prendre pour préparer la révolution contre cette forme de société. Il ne s’agit pas d’une révolution politique. Son objectif n’est pas de renverser les gouvernements, mais de détruire les fondements économiques et technologiques de la société actuelle.

Ces lignes sont tirées des premiers paragraphes du «Manifeste de l’Unabomber».

 

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« Dans la vie, les deux aspects jouent leur rôle un point c'est tout, naturellement si on n'est pas trop plein de clichés. »

C’est de cet « aspect » que je parle, puisque tu lui reconnais un rôle. Je suis frappé par le nombre de gens qui dénigrent cette valeur comme une peste alors qu’elle est un des moteurs de ce monde. "Moteur!" ai-je dis, quelle image prosaïque. La beauté est l’excellence même de ce monde, surtout si elle est accompagnée de ses qualités vertueuses. Vertueuses ! Arkh ! Encore un autre mot vil !





 

 

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