Mikis Theodorakis

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Arcadia I - Poèmes

 

1 - JE SUIS EUROPEEN

Je suis européen, j'ai deux oreilles, l"une
pour entendre, I'autre qui reste insensible,
Qu'un Tchèque, qu'un Russe, qu'un Polonais
gémisse - et voici
Tout homme atteint, voici le ciel qui s'effondre!
Mais qu'un Noir, qu'un Grec ou qu'un Hindou
s'affligent,
Je m'en moque: c'est à Dieu d'y pourvoir.
Je suis européen, j'ai deux oreilles dont I'une
est seule receptive aux grincements d'Est.
Le fascisme peut frapper de nouveau à ma porte,
aucun de ses coups
Ne saurait me tirer du sommeil. J'ai deux oreilles,
l'une est immense et l'autre rabougrie.
A tout instant, dans la béatitude, je savoure ma civilisation.



2 - LOIN AUX NEIGES DE RUSSIE

Profondes sont les neiges de Russie sous les rafales des vents nordiques,
La race blonde peut venir à l'aide, l'esclave misérable attend.
On nous adresse des chants d'amour, des fleurs et des discours ardents,
Quant aux autres ils nous flanquent leur VIe flotte en rade du Phalère,
Les esclaves endurent et soupirent: une génération encore est foutue.
Tout le monde nous promet le paradis pour 1999!



3 - LA SOCIETE DE CONSOMMATION

Occident, tes oreilles sont bouchées, ta vue s'est voilée, Occident
La société de consommation étouffe ton ârne sous une lourde tunique.
Ruines fumantes que ta civilisation! Tes paroles bourdonnent comme des moustiques
Qui survolent les marais de la production industrielle
Porteurs d'épidémies, de mensonges et d'hypocrisie.
Cinq cent mille morts en Indonesie,
En Europe, de nouveaux camps de concentration,
A l'ombre de l'Acropole, on bannit, on déporte.
Tu ne vois rien, tu n'entends rien: à deux cents à l'heure
Tu files vers ta propre mort sur ta grand sport modèle 1969.



4 - MON FILS

Mon fils a neuf ans, mon fils a neuf ans.
Neuf hivers, neuf étés. D'un éclair nous chargeons son regard.
II retient les flots de ses deux mains.
Ils lui ont fait lever les bras, ils lui ont collé le dos au mur,
Ils mesurent le bruit de sa respiration, ils fouillent son petit coeur
Comme si nous habitions un ghetto juif
Entourés de gardes nazis de bêtes fauves.
Zatouna 1968: nous voici à vivre ma troisième déportation.
 


5 - O MONTAGNES !

O antiques montagnes, montagnes d'Arcadie,
Montagnes altières, insoumises, O montagnes loyales!
L'honneur est hors de prix, I'honneur est introuvable, I'honneur est mort.
Un enfant souffre - mon propre enfant -
En enchaîné
je regarde les sapins:
Je n'ai d'autre espoir que les arbres.

 

 

Arcadia VI - Poèmes

 

 

 

1. PÉAN


Les montagnes majestueuses étreignent
Rochers et précipices, hommes et sapins.
Elles ont vu les armées ottomanes et bien d'autres vainqueurs.
Elles ont recueilli les corps des héros
Les malédictions des braves.
Ils sont toujours là les arbres qui ont ombragé
Le sommeil de Perdicas
Et le coucou qui n'a pas entendu Kolokotronis
Est venu faire son nid à Zatouna.
C'est en vain que mes gardiens essayent
De mettre en cage sa chanson.
Les ravins le hissent sur leurs épaules
Pour le mener en hâte parmi les oliveraies
De quelle hauteur vertigineuse les montagnes d'Arcadie
Dominent les flots!
Et la flûte de Pan
Couvre les grognements de la caserne.
Boas orangs-outangs guenons
Portent des robes de juges
Tiennent des sceptres
Archevêques et Généralissimes
Crient «Aeral!»
Et derrière eux s'élèvent
Des ailes de poules.
Les héros pris de panique abandonnent les marbres
S'échappent des alexandrins des poètes
Trouvent refuge sur les rives du Loussios
Aux sources du mont Ménale
Se partagent les ombres avec l'alouette.
Montagnes dépositaires de ta bravoure, ô Patrie!
Votre rêve est le péan
Et votre chant est le fusil.


2. AU POÈTE INCONNU


Rigas Ferraios je t'invoque!

De l'Australie au Canada
De l'Allemagne jusqu'au Tachkent
Dans les prisons les îles ou les montagnes
Les Grecs vivent dans la dispersion.

Dionysos Solomos je t'invoque!

Détenus et geôliers
Tortionnaires et torturés
Oppresseurs et opprimés
Terroristes et terrorisés
Possédants et possédés
Les Grecs vivent dans la division.

Andréas Kalvos je t'invoque!

Le soleil le plus vif est incrédule
Incrédules sont les monts et les sapins
Les rivages et les rossignols.
Berceau de la Beauté, de la Mesure, ô ma patrie!
Aujourd'hui elle est un lieu de mort.

Kostis Palamas je t'invoque!

Jamais on ne vit tant de lumière se changer en ténèbres
Tant de vaillance en épouvante
Tant de force en faiblesse
Et tant de héros en bustes de marbre.
Patrie de Dighenis et de Diacos, ô ma patrie!
Mais aujourd'hui pays d'esclaves.

Nikos Katzantzakis je t'invoque!
Mais si les mortels semblent oublier
Où se parle encore la langue d'Androutsos
La mémoire loge derrière les chaînes et les repaires
La mémoire habite dans les pierres
Et fait son nid dans les feuilles mortes
Qui recouvrent ton corps, ô Grèce.

Angelos Sikelianos je t'invoque!
Toi l'âme même de ma patrie
O fleuve multiforme
Aveugle à force de sang
Sourd de mugissement
Malade de la grande haine
Et malade du grand amour
Qui se disputent ton âme en partage.
L'âme de ma patrie
La voici: deux menottes
Qui se referment sur deux fleuves
Et sur deux montagnes
Et qu'on a liées avec des cordes
Sur le banc de la terrasse.
La plaine d'Argolide
Qui se gonfle sous le fouet
Et l'Olympe qu'on fait pendre
Les coudes liés derrière le dos.
Au grand mât du porte-avions
Pour le faire avouer.
L'âme de ma patrie
C'est cette semence qui a poussé racine
Au coeur même du rocher
A toi seule tu es mère, femme, et jeune fille
Tu domines les flots et les monts
Et tu teintes secrètement de sang
Les oeufs rouges de la Résurrection
Que couvent les siècles et les hommes.
O que vienne dans mon malheureux pays
La vraie Pâque de tous les Grecs!

Poète inconnu je t'invoque!


1968

 

 

Dionysos

 

 

 

III.

UNE PRISON


Une prison
ma vie une prison
sans peine
sans juge
ma vie une prison

A Macriyianni - avant que tu puisses parler
la balle d'un Anglais - t'a mis à genoux
Tu nous regardais - d'un regard mélancolique
on aurait dit que tu pensais - que la journée avait été trop courte

Sur les places - un par un assis
tu as scellé
la solitude de notre destin
d'un regard meiancholique


IV a. LE FRIGO

Ne pose pas de questions,
coeur ne t'agite pas amertures et histoires
sont finies pour nous.

Sur ton cadran de téléphone
tous les numéros appartiennent
à une vie morte.

Si tu as des yeux qui voient
un coeur qui s'attendrit
dis-moi, comment tu peux supporter
une telle vie sans pleurer.

Tous ceux qui ont aimé s'étendent morts
tous ceux qui se sont inclinés sont chefs

Ouvre le réfrigérateur
mets toi dedans
pour rester frais, pour te conserver.


IV b. L'OURS

Il m’ont mis une chaîne au cou,
Je suis l’ours qui entame la danse des gitans.

Ils ont fait mon dressage dans les stades
pour adresser mon salut aux foules enragées.

Ils m’ont mis avec des singes,
pour rendre hommage aux foules enragées.

Des anges muets entrent dans ma prison,
la fin est là, mais non encore le commencement.

Adaptation: Guy Wagner


V. LE 10 DECEMBRE

Ils disent au revoir
à l'enfant
dans la gelée.
Il a les mains
sur sa poitrine
croisées
il n'a pas de nom
il n'a pas de famille
il avait sa jeunesse
au printemps vouée.

Le 10 Décembre
un cortège fantastique
garçons et filles
tués
passent au printemps
heureux
et le printemps couvre
de fleurs
des corps ideals
fraternels.

Comme je regarde
le garçon pâle
il commence, je me dis,
un voyage
différent
pour nous qui avons vaicu
en ce temps-là
et toutes nos croyances
sont restées enterrées.


VIII a. BELLES MONTAGNES

Mes belles montagnes violettes - habillées en nuages
pourquoi me regardez-vous sérieuses -l ourdes et tristes
je prends seul maintenant - le chemin de la vie
si bien que tu cherches tu ne trouveras pas - combien la douleur fait mal
et vous, jeunes solitaires - vous ne regardez pas le monde
vous avancez seuls - dans votre galerie secrète


VIII b. LE VOYAGE

Une enjambée de Petralona à Thissio
deux enjambées de Sygrou à Kessariani
Au fond des archives de mes souvenirs
le dimanche est toujours nuageux
Ne me regarde pas avec des yeux tristes
dans mon coeur je tiens bien cachés
tous nos rêves disparus.

De bon matin je me promènerai
j'irai loin
à mes amis dire au revoir
je me délasserai avant le soir
A mon voyage lointain
quand je serai resté seul avec la mort
je fumerai ma dernière cigarette.

 

 

État de Siège

Je me remets donc à composer et ... je pense à Marina. Lors de ma détention à la Sûreté, après mon arrestation, Marina se trouvait dans le couloir, en face de la cellule noI, avec une autre fille en pantalon. Plus tard elle devait être transférée dans le quartier des femmes. Quand je fis la grève de la faim, j'entendais sa voix qui hurlait à l'adresse du gardien.

C'est elle qui allait écrire un poème incomparable par sa beauté, sa force et sa vérité. Dès que j'en eus connaissance, chaque mot, chaque image, chaque signification m'entrèrent dans la chair. Me blessèrent. Me consolèrent. Me délivrèrent. C'était notre voix à tous. Tous ces espoirs, qui - selon une image du poème - "n'ont livré qu'une vendange pourrie". C'était notre colère. Notre amertume. Et notre force pourtant. Je pris d'abord la première partie du poème pour en composer d'un seul souffle, la musique.

Maintenant à Vrachati, on me fait parvenir la deuxième et la troisième partie. Du point de vue de la forme musicale, j'ai l'occasion avec cette œuvre, de confirmer la voie que j'avais ouverte avec Epiphanie-Averoff. C'était une nouvelle chanson-fleuve en trois parties. Primitivement le titre était : Prison des femmes Averoff , puisque le poème avait été écrit après la condamnation de Marina par le Tribunal militaire. Ce poème, Marina le déchira aussitôt après l'avoir achevé. On doit d'avoir pu le sauver à l'une de ses camarades de détention, Athina, qui veilla scrupuleusement à le recopier. Puis l'œuvre prend son titre définitif: Etat de Siège.

Extrait de: Journal de Résistance ~ Mars 1968

 

Données biographiques

 

 

Selection de Poémes Internationaux

 

 

 

 

 

 

 

Arkadia I - Gedichte

 


I.

O uralte Berge, Gebirge Arkadiens,
Ihr hehren, trotzigen, standhaften Berge!
Die Ehre ist unbezahlbar, unauffindbar, die Ehre ist tot.
Ein Kind muss leiden - mein eigenes Kind -
In Ketten starr' ich die Kiefern an:
Die Bäume sind nun meine letzte Hoffnung.

II.

Mein Sohn zählt neun Jahre, mein Sohn zählt neun Jahre,
Neun Winter, neun Sommer. Wir laden sein Auge mit Blitzen.
Er hält die Flut mit den Händen auf.
Sie haben ihn mit erhobenen Armen an die Wand gestellt,
Seine Atemgeräusche gemessen,
Sein kleines Herz durchwühlt,
Als ob wir ein jüdisches Getto bewohnten,
Von Nazis umzingelt, von reißenden Bestien.
Zatouna 1968: wir erleben meine dritte Verschleppung.

III.

Tief sind die Schneewüsten Russlands unter fegendem Nordwind,
Die blonde Rasse kann helfen, der elende Sklave wartet.
Man widmet uns Liebeslieder und Blumen und feurige Reden,
Die anderen fallen mit ihrer Flotte in die Bucht von Phaliron ein.
Die Sklaven dulden und seufzen: Eine weitere Generation ist erledigt.
Fürs Jahr 1999 verheißt uns jeder das Paradies!

IV.


Westen, dein Ohr ist verstopft und dein Blick ist verschleiert, Westen,
Wie ein schwerer Mantel erstickt der Konsumzwang die Seele.
Deine Kultur sind rauchende Trümmer,
dein Gerede summt wie die Mücken,
Die dem Morast deiner Hochindustrie entschwirren,
Seuchen verbreiten, Lügen und Heuchelei.
Fünfhunderttausend Tote in Indonesien,
Konzentrationslager, neue, im alten Europa;
Im Schatten der Akropolis wird verbannt, deportiert.
Doch du siehst nichts und hörst nichts:
Du braust mit zweihundert Sachen
Im neuesten Sportmodell deinem eigenen Tod zu.

V.

Ich bin Europäer und habe zwei Ohren. Eins dient mir
zum Hören, das andre bleibt taub.
Wenn ein Tscheche, ein Russe, ein Pole aufstöhnt
Nimmt jeder dran teil, der Himmel droht einzustürzen!
Doch wenn ein Schwarzer, ein Grieche, ein Hindu gequält wird,
Geht's mich nichts an. Gott wird den Leuten schon helfen.
Ich bin Europäer und habe zwei Ohren. Das eine ist nur
für das Zähneknirschen des Ostens empfänglich.
Der Faschismus klopft wieder an meine Tür.
Nun, mag er! Sein Klopfen
Schreckt mich nicht aus dem Schlaf.
Ich habe zwei Ohren, das eine gewaltig,
das andre verkümmert.
Selig und selbstgewiss schwelg' ich in meiner Kultur.

 

 

 

Arkadia VI - Päan

 

 

Majestätisch umschlingt das Gebirge
Felsen und Schluchten, Menschen und Bäume.
Es sah schon die Heere der Ottomanen und andrer Eroberer.
Es sammelte Heldenleichen
Die Flüche der tapferen Kämpfer.
Noch immer stehen die Bäume, die einst dem Schlummer
Eines Perdikas Schatten gaben
Und der Kuckuck, den Kolokotronis nicht hörte,
Baut arglos sein Nest in Zatouna.
Vergebens bemühen sich meine Wächter
Auch seinen Ruf in den Käfig zu sperren.
Die Felszacken heben ihn von Schulter zu Schulter
Um ihn rasch in Olivenhainen zu bergen.
Aus welch schwindelnden Höhen
beherrschen die Berge
Arkadiens
Die Meeresbrandung!
Und die Flöte Pans
übertönt das Kasernengeschimpfe.
Boas Orang-Outangs Affenweibchen
Tragen Richterroben
Halten Zepter
Erzbischöfe und Oberbefehlshaber
Schreien «Aeral!»
Und hinter ihnen erheben sich
Die Flügel von Hühnern.
Die Helden in Panik geben die Marmore auf
Entfliehen den Zwölfsilbern der Dichter
Finden Zuflucht an den Ufern vom Loussios
An den Quellen des Berges Ménale
Teilen sie die Schatten mit der Lerche.
Berge, Wächter deiner Tapferkeit, o Heimat!
Euer Traum ist der Päan
Und Euer Gesang das Gewehr.
 

 

 

Arkadia X

 

 

1. - ICH NENNE MICH KOSTAS STERGIOU

Ich nenne mich Kostas Stergiou
Vom Stamme der Wisigoten
Der Ostrogoten und Mavrogoten
Ich hause in modrigen Höhlen
Ich schnitze handfeste Knüttel
Und trinke aus Totenschädeln
Der Tod ist mein Gewerbe
Und ich diene stellvertretend
Dem Großen Menschenfresser
Der mich nach Arkadien befahl!
über der Haut trag' ich
Die Uniform
Auf den Achselstücken zwei Sterne.
Der Knüttel ist gut versteckt
Unter meinem Mantel.
Ich nenne mich Kostas Stergiou
Vom Stamme der Mamelucken
Der Mavrolucken und Soussolucken,
Ich bin eine Kreuzung
Von Neandertaler und Wolf.
Heut' aber habe ich Vollmacht
Im Jeep herumzufahren
Und Frauen und Kinder
Zu schrecken!
Das Schnüffeln ist meine Wonne,
Ich durchwühle die Kinderseelen
Und tränke sie mit Entsetzen!
Ich verkünde das Recht
Des Großen Menschenfressers
Der mich stellvertretend abkommandiert hat
Nach Arkadien!


2. - ICH HATTE DREI LEBEN

Ich hatte drei Leben
das eine nahm der Sturm
das andere der Regen
und mein drittes Leben
eingeschlossen in zwei Blicke,
das ertrank in Tränen.

Ich blieb allein
ohne ein Leben, ohne viele
das eine nahm der Sturm
das andere der Regen.
Ich blieb allein, ich mit dem Drachen
in der großen Höhle.
Ein Flammenschwert halt ich, ich halt einen Säbel.
Ich werd dich erdrosseln, dich töten
werd dich vernichten, dich zerfetzen
über meinem Leben.
Weil ich drei Leben hab,
eins um zu schmerzen,
das andere um zu wollen
und das dritte um zu siegen.

 

 

Lieder des Andreas - Gedichte

 

 

I.

DU BIST GRIECHE
ΕΙΣΑΙ ΕΛΛΗΝΑΣ


Das, was du einmal warst, wirst du einst wieder sein.
Du musst es werden, musst weinen,
damit deine Erniedrigung total ist,
damit die Unterwerfung bis an die Wurzeln der Berge reicht.
Du bist Grieche. Grieche bist du.
Du trinkst den Verrat mit der Milch.
Du trinkst den Verrat mit dem Wein.
Deine Erniedrigung muss vollständig werden,
du musst sehen, du musst werden,
was du einmal warst, wieder werden wirst.


II.
WIR SIND ZWEI
ΕΙΜΑΣΤΕ ΔΥΟ


Wir sind zwei
die Uhr schlug acht
mach aus das Licht, der Wächter schlägt
am Abend kommen sie wieder.
Einer vor - einer vor
und die andern folgen nach
mit der Stille und es folgt
dasselbe, das alte Lied.
Es schlagen zwei - es schlagen drei
tausendunddreizehn schlagen
du schmerzst, ich schmerze
doch wer schmerzt am meisten
es kommt die Zeit, die uns das sagen wird.
Wir sind zwei - wir sind drei
wir sind tausendunddreizehn
wir reiten gleichsam auf der Zeit
mit der Zeit, mit dem Regen
in der Wunde gerinnt das Blut
und zum Nagel wird der Schmerz.
Der Rächer, Erlöser
Zwei sind wir, sind drei
wir sind tausendunddreizehn.


III.
ZEIT ZU SEHEN
ΚΑΙΡΟΣ ΝΑ ΔΕΙΣ


Sie erzählten dir viele Lügen,
und morgen wirst du wieder Lügen hören.
Lügen erzählen dir deine Feinde,
aber auch die Freunde
verschweigen dir die Wahrheit.
Falschen Ruhm flößen die Lügner dir ein,
aber auch die Freunde
betäuben mit falschen Wahrheiten dich.
Wohin gehst du mit falschen Träumen, wohin?
Es ist Zeit stehen zu bleiben, Zeit zu singen,
Zeit zu weinen und zu leiden, Zeit zu sehn.


IV.
DAS SCHLACHTHAUS
ΤΟ ΣΦΑΓΕΙΟ


Sie prügeln im Büro am Mittag,
ich zähl die Schläge,
das Blut rechne ich auf.
Ein Stück Mastvieh bin ich,
sie sperrten mich ins Schlachthaus,
heute dich, morgen mich.
Auf der Terrasse prügeln sie abends Andreas
ich zähl die Schläge, den Schmerz rechne ich auf.
Und dann bringt die Wand uns wieder zusammen,
poch-poch du, poch-poch ich,
was in dieser Sprache ohne Worte heißt:
ich halte durch, halte aus.
Die Feier beginnt in unserm Herzen,
poch-poch du, poch-poch ich.
Nach Thymian duftet unser Schlachthaus
und unsre Zelle nach Himmelsrot.
 

 

 

"O Ilios ke o Chronos" - "Sonne und Zeit" - Ein Gedichtzyklus

 

 

 

I

Akropolis, grüß dich
Türkischer Hafen Bukarester Straße.
Der Polarstern
mit seinem Licht
zielt auf den Festpunkt der Welt.
Athen als Erste
in der Zeitalter Tiefe.
Durch ihr Glas
sehen die dich die nach Fischen tauchen.
Galeeren Autos versteckte Bordelle
die Geheimpolizei Mittelpunkt der Welt.
Der Polarstern
zieht seine Bahn.
Die Esse der Küche
mit ihrem Rauch
zielt auf den Festpunkt des Fimaments
die Plejaden Venus
Dina Sula Evi Rinio.
Fünf Millionen Lichtjahre.
Eine grade Linie
die durch fünf Millionen Milchstraßen zieht
fünf Meter
fünf Meter
fünf Meter nur
von meiner Zelle.


II


Die Zeit zerrinnt
im Augenblick
das Geringste wird
der größte Tyrann
eine Qual für frische Wunden
Lächeln und Versprechungen
für etwas anderes. Dieses Andere
ist was wir leben jeden Moment
im Glauben, ein anderes Leben zu führen
doch das Andere gibt es nicht.
Wir sind selbst unser Schicksal
das verstohlen uns anschaut Sphinx
die ihr Rätsel vergaß.
Uns bleibt nichts zu erraten.
Es gibt kein Rätsel
es gibt keine Flucht aus dem Kreis Feuerkreis
der Sonne und des Tods.


III

Sonne ich schau dir in die Augen
bis meine Augen ausgetrocknet
bis sie zu Staubkratern geworden
bis sie Mond sind oder Raum Rhythmus Regung
verlorene Sternschnuppen Äonen erloschen
verurteilt die Schreie der Menschen zu hören
den Geruch vermoderter Blumen zu atmen.
Der Mensch ist tot! Es lebe der Mensch!


IV

Auf der trocknen Erde meines Herzens
gedieh ein Kaktus
mehr als zwanzig Jahrhunderte schon
da ich träume von Jasmin
mein Haar duftet nach Jasmin
meine Stimme nahm etwas
von seinem feinen Aroma an
nach Jasmin riecht meine Kleidung
mein Leben nahm etwas
von seinem feinen Aroma an
böse ist der Kaktus nicht
nur weiß er es nicht und ängstigt sich
ich seh den Kaktus melancholisch an
wann vergingen schon soviel Jahrhunderte
ich werd nochmal so viele leben
die Wurzeln vordringen hören
in meines Herzens trockene Erde


V


Zwischen mir und der Sonne
existiert nichts weiter
als der Unterschied von Zeit
ich geh auf und vergeh
existier existier nicht
sie sehen mich
während ich mich nicht seh.


VI


Wenn die Zeit stehenbleibt
wird Monat um Monat
meine Zelle ausfülln
Monate Tage Stunden Momente
Zehntelsekunden
Zehntelsekunden
Zehntelsekunden
ein Schritt vor dem Chaos
ist Chaos
ein Schritt nach dem Chaos
ist Chaos
ich existier kurz davor kurz danach
im Chaos existiere ich
ich existiere nicht.


VII


Es atmen die Gefängniszellen
die Zellen oben
die Zellen unten
uns eint der Regen
und aufzugehn, Niko, schämt sich die Sonne
Giorgos ich halt mich
am Stengel einer Blume.


VIII

Die Sonne zerfleischt mich
hat keine Zähne
falsche
falsche Versprechungen geschrieben auf die Wand
weiße Farbe auf weißer Farbe
mit Schatten ohne Schatten
nur ich bleib reglos stehen
reglos im Licht und im Weiß
unverrückbar verharre ich oben
über dem Mosaik drüber schwebt
mein Denken wirbelt Richtung Erde
der Fallschirm öffnete sich nicht
die Erde jagt galoppierend auf mein Denken zu
die Sonne verdichtet sich offenbart die Leere
drei Leeren prallen aufeinander mein Denken die Erde die Sonne.


IX


Unten auf Erden zerstreut sich
das Gesetz des Gesetzes oh du Gesetz
das Gesetz prallt nicht mit der Leere zusammen
wenn es einen Helm trägt es raucht
Zigaretten mit Filter
es im Schlafanzug
aus Seide
es raucht nicht raucht nicht
es rauchen die Dörfer die Reisfelder Wälder
die Mütter rauchen nicht
die Soldaten rauchen bevor sie schlafen
schlafen bis zu zwei Jahrhunderten tief
ich rauche bevor ich sterbe
immer bevor ich sterbe rauch ich
Sertika-Zigaretten aus Lamia Mirodata aus Xanthi
süßer Duft kurz vor dem Ende
das Ende hat einen süßen Duft
Sertika-Zigaretten aus Lamia Mirodata aus Xanthi.


X

Die Zähne des Sonne sind ich
das was mich zerfleischt bin ich
ich bin das was will
das was nicht will bin ich
ich bin wenn du dich meiner entsinnst
wenn du mich vergißt bin ich
wenn ich nicht existiere bin ich
werd ich nicht existieren werd ich sein
aber du bist ich.


XI

Die Ägäis erhob sich sieht mich jetzt an
- Bist du's? fragt sie.
- Ja, antworte ich, ich bin's zusammen mit einem andern
kennst du ihn nicht?
- Nein, erwidert sie.
- Du kennst ihn nicht, doch dieser andre bist du.
Die Ägäis legte sich nieder
die Sonne hüstelte
ich blieb allein
ganz und gar allein.


XII


Nicht ganz und gar allein
dich will ich nicht
ich will dich so sehr
drum will ich dich nicht
die Platanen die kalten Wasser
Myrthe Myrthe Myrthe
ein Symbol ein Glaube Ideal
ich will dich so sehr
Zichorie staubig von Erde
Myrthe Myrthe Myrthe
drum will ich dich nicht
denn ohne dich
kann allein ich nicht sein
ganz und gar allein
sein.


XIII


Schießt auf die Zeit tötet die Zeit
die Zeit außerhalb des Gesetzes
ich will ihre Leiche aufbahren auf der Äolos-Straße
die Zeit wird verkauft zum Gelegenheitspreis
in Monastiraki
kauft die Zeit zum Gelegenheitspreis
sie ist frisch
wir jagten sie gestern erlegten sie gestern
gestern gestern gestern
vom Gestern zum Heute
das heißt unser Tun läßt zu wünschen übrig.


XIV


Du wirst nie aus dem Kreis treten können
du wirst nicht rauskommen aus dem Kreis
wirst drin bleiben
Du die Sonne die Zeit
deinen Gang regelt ein Mechanismus
nachts ziehst du ihn auf
tags läuft er ab
Verbeugung Lächeln Fluch Schrei
vom Hersteller
bereits festgelegt.


XV


Wer du auch sein magst
Meer Berg Frau Stier
wenn du Mensch bist
Baum Lied Steuer Tod
wenn du Mensch bist
lös die Handbremse langsam
leg den zweiten Gang gleich wenn's runtergeht ein
wer du auch sein magst
weniger wird's dich kosten
Bus LKW Citroen Dekawe
Margarita Myrthe Rose Theodorakis
wenn du Mensch bist
wird's dich weniger kosten
alte Erinnerung
alt wie heute
wie morgen
wie nie
wenn du Mensch bist
was immer du sein magst.


XVI


Sonne die Erste Athen die Erste
Mikis der Einmillionste.
Ihm folgen Hunderttausende
und abermals Hunderte
und weitere hunderttausend Unschuldige
und immer so weiter
bis ans Ende der Welt.


XVII


Nie nie nie
werd ich sämtliche Fahnen entrollen können
grüne rote gelbe blaue violette meerfarbene.
Nie nie nie
werd ich sämtliche Düfte einatmen können
grüne rote gelbe blaue violette meerfarbene.
werd ich sämtliche Herzen anrühren können
sämtliche Meere befahr'n.
Nie nie nie
werd ich dich die Einzige Ferne
Tanja kennenlernen.


XVIII


Als ich mich am Strand hinlegte
sprangen die Badeurlauber ins Wasser.
Als ich ins Meer ging kamen die Badeurlauber an Land.
Als ich ertrank gingen die Badeurlauber in's Haus.
Und als ich auferstand
war's schon sehr spät stiegen die Badeurlauber in' Auto.


XIX


Mein Idol bist du
meine Hand ist die deine
wenn ich sie balle ballt sie sich
wenn ich sie hochhebe hebt sie sich
nur dieses Gitter gehört mir
und das was sich spiegelt gehört dir
(das Gefühl von Privateigentum zu erhöh'n)
meins deins
das Gitter
aber unser
die Augen
die Lippen
und Hände.


XX

In den paradiesischen Gärten meines Schädels
reist eine gelbe Sonne auf den Flügeln der Zeit
es folgen Vögel mit hölzernen Flügeln
es fliegen Engel in Jets ihnen voraus
pompöse Prozession über den Bananenbäumen
Eukalyptusbäumen und Tannenbäumen die überschatten
meines Hirns linke Hälfte
meine rechte Nymphen und Himmelshuren
rote Eidechsen unter Jasmin
hören die Wasserfälle die verschwinden
in den Kloaken meines Rückenmarks
dort die Erde beginnt endet das All.
Plötzlich erstarrt die pompöse Prozession
sechs Uhr Nachmittag
genau um sechs
stoppen Prozession Sonne Zeit
nur die Vögel reisen
mit ihren Holzflügeln schlagend
und die Jets
ebenfalls engelsgleich.


XXI


Ich habe ein labyrinthisches Auto
ein Minotaurus-Auto zwölf Pferdestärken
suche gebrauchten Theseus zu gutem Preis
tausche japanisches Radio
gegen Ariadne wenn möglich verwitwet
noch unter vierzig Gehalt von Fünf an aufwärts
mit einem Mindestmaß an Zeit
einer Zehntelsekunde
in einer Zehntelsekunde
werd ich hinüber sein.


XXII

Elytis Gatsos der große Seferis
Tsarouchis Minotis Chatzidakis
Vera Dora Jenny
Kino Theater Musik
und so viele andre
die Dichter die Dichter
und so viele andre
und du du und du
der Freund der Feind der Gegner der Neider
schlaft ruhig
die Rechnung ist bezahlt
der Freund der zahlt
hat Geld.


XXIII

Himmlische Flüsse
Stromschnellen
unten im Erdreich tief
schießen glucksend hinab
Straße der Träume Einheit
Silva Es I El
Vau A
Filothei Chaidari
ihre Wasser blond
zwei Matratzen blond
zwei Matratzen grün
ich in der Mitte rote Zikade
Flügel harmonikagleich
Klänge aus Wasser
Eidechsen Monde
kopfüber ins Wasser und sinken ertrinken
Gitter
Gitter
Gitter


XXIV


Wenn du schreist
schlaf ich
wenn du schmerzt
gähn ich
wenn du erschreckst
kratze ich mich
September
sechzehnter Tag
der Schöpfung
Dionysos!


XXV

Im vierten Stock
schläft deine Mutter
Helena
ihre Traumbilder göttliche Musik
die Träume der Pepino di Capri
jenseits des Meers
weck sie nicht.


XXVI

Der Sonne Zahnradbahn
bedroht mich
das Gitter der Zeit
schützt mich
Jannis Iason
Viron Petros Alekos
hißt an den Masten
Zitronen Orangen hievt hißt
die Sandalen auf dem Sand
nackte Stimmen Nivea-Creme
Seepferdchen Patience Nescafé
teure Fahnen aus billigem Stoff
halten.


XXVII

Sechster September
morgens zehn Uhr
jetzt waschen sich die Vögel
in den Flüssen
an den Tannen reiben
die Nordwinde sich
des Türken Schuß traf dich
in Bisani
trinkst Kaffee
tropfst Gift
Liebe Liebe
die Sonne dörrt aus
die Traube
morgens
elf Uhr.


XXVIII

Suleiman der Große
Konstantin Paläologos
hört auf zu schreien.
Schmuggler Zuhälter Gauner.
Klingende Saiten.
Andreas Ilias Anthi
die Klage eines Tiers die Klage eines Menschen.
Heilige Sophia Barbarenhorde
griechisches Feuer
der Alte von Morias - ein Wurm.
Bei jedem Schritt stolpere ich.
Links Ungeheuer von Borneo
rechts die Flammen von Nagasaki
gerade vor mir Buchenwalds Öfen
hinter mir Makrijannis's Zehn
oben unten östlich westlich
Messer Speere Peitschen Horden
Horden von Heiligen Horden von Dämonen
Horden von Generalen.
Ich bin ein Löwenzahn in einen Krater gesät.
Leb wohl Sonne.
Leb wohl Licht.
Gute Nacht.


XXIX


Südlich des Sirius
ziehen vorbei blonde Regenschauer
halten gelbe Schirme
grüne Sonnenbrillen
tragen Miniröcke
die blonden Regenschauer des September
sie passieren den Mars
nächsten Mittwoch
treten ein in die Erdumlaufbahn
Hanoi Washington Moskau
die Sinaiwüste
Tositsastraße Athen
westlich von Chios
östlich von Korinth
drinnen draußen
Fichte tief eingeschlagen
Miniröcke
grüne Sonnenbrillen
halten gelbe Schirme
die blonden verfrühten Regenfälle
östlich von Sirius
westlich meiner Zelle
des September.


XXX

Wenn die Meteora Sirtaki tanzen
erkenn ich dich Heimat
wenn Acheloos durchmacht in den Tavernen
wenn das Weiße Gebirge durchs Wasser krault
wenn die Ägäis Lotto spielt
wenn Tsamikos tanzen die Rumelioten
wenn vergewaltigt die Milos vom Kretischen Meer
und wenn ich holprige Verse schreibe
dann erkenne ich dich
erkenne dich Heimat.


XXXI


Die neun Musen wohnen nicht weit von mir
uns trennen ein Flur
zwei Türen vier Wärter
Dora Maria Takis
Anna Tonia Russos
vielleicht kennen sie sich besser aus
mit Fakten Nummern Adressen
mit Stilrichtungen Schulen Museen
die Musen wohnen nah den Museen
die Musik wohnt nah den Museen
Musik Musen Museen
schließlich:
Mentalitäten Stile
werden geprüft
Regen Staub Sonne Lachen
ein riesiges Conservatoire
Klaviere Solfeggien Gesangsunterricht
es waschen sich die neun Musen
kämmen sich legen sich hin klopfen an
daß ihnen geöffnet werde
Pindaros Aischylos
Mozart Chopin
die Wächter führen
jeden einzeln
zur Toilette.


XXXII


Violette Stadt
schick deine Hand
mir übers Haar zu streichen deine Stimme schick
meine Träume zum Schweigen zu bringen
schick dein Gesicht
mich meine Größe gewahr werden lassen
meine Erhabenheit
du große Erhabene. Mehr als Ödipus
und als Andrutsos -
kein anderer
liebt dich
wie ich
 

 

Biographische Angaben

 

 

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