Lundi 6 Juin 2002

*17h02*

Ceux qui ont beaucoup à espérer et rien à perdre seront toujours dangereux.
- Edmund Bruke -

Voir ces gens que j'ai connus jadis, passer devant ma porte sans s'arrêter, surprendre au hasard, sans le chercher, sans le vouloir, leurs habitudes et leurs conversations, entendre leurs rires résonner, qui résonnent au fond de moi comme un écho infidèle. Alors moi le coeur battant, le coeur tapant comme un fou à la porte de l'insupportable, incapable de dire attendez-moi, soudain si muette et vaine, je sens surgir l'impulsion de mes 10 ans qui me faisait sortir les poings dans la cour de l'école, qui me faisait dire tout haut ce que personne n'osait penser tout bas, comment pouvez-vous être si dépourvus d'attention... Ca faisait longtemps, croyez-moi, celà faisait très longtemps que je n'avais eu à nouveau l'instinct aiguisé de recroqueviller mes doigts au creux de mes bras croisés, celà faisait peut-être quinze ans, je ne sais pas mais ça faisait très longtemps.
Trouver une alternative, puisqu'hurler je ne le peux pas, puisque pleurer n'est pas l'issue à cette colère-là, balancée par l'instinct de survie, trouver l'alternative aux débordements de ce trop-plein de foutage de gueule fusant de toutes parts devant mes yeux. L'alternative: Un jour j'aurai ma revanche, pas contre eux, pour moi. Et pour moi c'est déjà contre eux. Moi je marche vers un mieux, vers un meilleur qu'ici et maintenant, mieux que moi au présent, meilleur qu'eux tout le temps, je marche vers un mieux que ma solitude sur le rebord d'une fenêtre ouverte, et puisque j'en suis si certaine, mes doigts peuvent se détendre à nouveau sur les poignets de ma chemise. Et puis l'air est lourd et j'aime ça. Les jours d'été sans soleil où l'atmosphère pourrait bien vous faire un choc en vous tombant sur le coin de la tête. L'air est lourd et je pourrais bien aller bien. Je vais presque bien. A cet instant je suis bien. Tant que j'avance. Même immobile j'avance. Grâce à ce que je pense, grâce à ce que je ressens, grâce à la revanche qu'ils me font désirer de plus belle, j'avance, c'est un peu grâce à ceux qui m'aime, un peu aussi grâce à ceux qui ne m'aiment pas, j'avance pour moi et c'est tout ce qui importe.