[ dimanche 30 juin ] [ 10:40 ]

De la certitude des évènements...
La réponse est venue dans une grande enveloppe marron, épaisse, prometteuse. Juste avant, je suis entre deux eaux. Je devine le départ, je devine toute une année devant mes yeux, mais je ne fais que deviner. Je suis encore là, je ne suis qu'officieusement de l'autre côté déjà, mais encore là, encore là avec tous mes possibles. Entre deux eaux. Je réenvisage mes plans, ou je m'en vais. Je réenvisage mes destinations, ou bien la destination est unique. Je pense à mon homme. Je m'imagine lui dire Ca y est, je suis là. Et puis je m'imagine le cas échéant, lui dire Il n'y aura pas de nous cette année, et pas cette année, celà signifie jamais. Alors bien sûr, elle me rassure, cette grande enveloppe que je ne veux pas ouvrir. Parce que dedans, il y a, c'est sûr, la moitié d'une preuve d'amour. Mon homme, c'est un peu pour toi que j'ai fait ça. Moitié pour moi, moitié pour toi. Pour que ça arrange tout le monde, toi, et moi. Il y a dans cette enveloppe la lumière qu'il y aura dans ses yeux lorsque je lui dirai je serai près de toi, un an et le temps que tu voudras. Mais je ne suis pas sûre de vouloir l'ouvrir, cette enveloppe de rien qui contient la réponse qui décidera du troisième chapitre de mon histoire d'amour, en même temps que le troisième round de ma vie d'étudiante. Tant qu'elle n'est pas ouverte, je suis encore la femme de personne, je suis encore dans ma douce indépendance, celle d'une fille qui a passé trois ans à huit cent kilomètres de celui qu'elle n'a pu suivre en premier lieu. Tant qu'elle n'est pas ouverte, je peux tout imaginer de ce que sera, plus tard, mon métier, ma vocation. Tant qu'elle n'est pas ouverte, on peut me demander tout ce que l'on veut à mon sujet, je peux dévoiler des dizaines de possibilités de vie plus ou moins certaines mais jamais assurées et parler de mois de bohème qui m'ont apportés plus qu'il n'y parait. Tant qu'elle n'est pas ouverte, je ne suis officiellement dans aucun système, n'ai aucun statut, suis encore pour un peu rien qu'une masse pensante, vivante, rien que ça, rien que ça. Sans fioriture. Rien qu'une signature sans aucun artifice pour me définir. C'était ça, ma vie ces derniers mois. Rien que des possibles et rien de concret. Rien que de l'abstrait, il faut croire que j'en avais besoin. De l'art de l'inutilité et de la non-identité. Et dans une minute, ou deux, je ne suis pas bien sûre, pas bien sûre de moi quant au moment où je vais le décider, celà aura changé. J'aurais une route à suivre. Je serai déjà dans les rails du futur, le train va repartir, attention au départ.
Et je me présente. Je m'appelle ... j'ai 23 ans, je serai étudiante à Aix-en-Provence à partir du 16 septembre 2002, je ne suis plus célibataire puisque j'aurai retrouvé mon homme et notre histoire vieille de cinq ans et demi et toujours fraîche puisqu'à l'habitude jamais consommée, j'aurai une vie de tous les jours et pas seulement à essayer d'imaginer le jour d'après sans jamais y parvenir, j'aurai une vie, j'aurai une vie, remplie. Remplie enfin. Actual facts. De faits réels. Monde réel. Faire partie de la foule, faire partie de la norme.
Je ne regrette pas ces mois en marge. Ils m'ont apporté la force, ils m'ont ouvert les yeux sur mes ressources face à l'ennui, face aux doutes, aux coups du sort, à la solitude, à l'indifférence et à l'insouciance des autres. J'en sors et j'en sors grandie. Avec une philosophie que le temps n'est rien, ou n'est pas tant que ce que je croyais. Je ne vais pas vieillir plus vite parce que j'ai passé un an dans le vide, dans les airs et entre deux eaux. Je ne vais pas cesser de courir parce que le vent a tardé à souffler. Keep moving. Dans les petits et les grands sentiments. Dans l'immobilité des jours et dans la mobilité de l'esprit. Keep moving.