La présence en France de Cie Massey-Harris S.A.
Harry Ferguson de France S.A.
Massey-Ferguson
 
1887 - 1960
 

par Robert Brochier - 1998



Les fondateurs de Massey-Harris : C'est en 1847 qu'un canadien anglais Daniel Massey a acheté les installations de R. F. Vaughan de NewCastle dans la province de l'Ontario au Canada pour fabriquer des instruments agricoles. En 1857, un autre canadien Alanson Harris fit de même à Beamsville, en Ontario. Entre 1851 et 1881, Massey obtient des droits de fabrication et/ou des brevets pour la fabrication de faucheuses, râteaux, lieuses, moissonneuses de la Ketchum Mower, de la Walter A. Woods reaper and mower et de la Sharp's Rake. En 1867, la Massey Manufacturing Company présente ses machines à l'Exposition internationale de Paris et gagne deux médailles d'or. En 1872, A. Harris, Son & Company Limited déménage à Brantford, Ontario et en 1879, c'est la Massey Manufacturing Company qui déménage à Toronto. En 1881, Massey achète la Toronto Reaper & Mower Co. et en 1887 Massey ouvre des points de vente en Angleterre et en Australie.

Le 22 juillet 1891, la Massey Manufacturing Company de Toronto et la A. Harris, Son & Company Limited de Brantford fusionnent pour former la Massey-Harris Company en vertu des lois du Dominion du Canada.

 

La présence de Massey-Harris en France : En 1887, James S. Duncan Sr. a été nommé représentant pour la Massey Manufacturing Company puis pour Massey-Harris Company à Paris jusqu'en 1903 année où il a été nommé gérant pour une entreprise en partenariat la Société en nom collectif Massey-Harris. Cette entreprise agissait à titre de revendeur de matériel agricole qui était fabriqué au Canada. Son fils James S. Duncan Jr. deviendra le directeur général, puis le président de la compagnie-mère à Toronto après avoir remplacé son père en France et après avoir occupé des postes importants en Europe, en Amérique du Sud et finalement au Canada. C'est lui qui signera l'entente de fusion avec Harry Ferguson.

Au début des années 20, une baisse dans les ventes força l'entreprise à se questionner sur la possibilité de fabriquer plutôt que d'importer à cause des frais de transport, d'emballage et de douanes. Donc en 1925, la Société Anonyme des Établissements Industriels de Marquette vit le jour le 27 octobre et acquis en novembre de la même année, un grand terrain à Marquette-les-Lilles pour y construire une usine. Le nom de l'entreprise a été changé pour Massey-Harris S.A. le 26 janvier 1927 et cette entreprise assume dorénavant les fonctions de fabrication et de vente des produits Massey-Harris pour la France.

Selon Neufeld, la construction se termina à la fin de 1926 avec un investissement de 369 000$(can). On avait choisi ce site pour des raisons d'approvisionnement en matières premières, pour les salaires relativement bas et pour transport via le système de canaux. Avec l'arrivée de la Deuxième guerre mondiale, la compagnie-mère de Toronto a perdu le contact avec sa filiale française et à la fin de 1944, le président de la compagnie-mère fit une tournée d'inspection en Europe et fit les constats suivants: monsieur S. S. Voss directeur général de Massey-Harris Europe avec bureau à Marquette, avait été arrêté en 1942 et était décédé dans les camps de concentration ; les bureaux de Juvisy, Nantes et Lyon étaient détruits ; une partie de l'usine de Marquette avait été bombardée par la RAF. L'usine avait été utilisée par les Allemands pour fabriquer des lampes électriques. On avait enlevé certaines machines-outils. En 1945, on a réussi à fabriquer à Marquette 3 502 unités (faucheuses, râteaux, herses, lieuses, batteuses, épandeurs d'engrais, etc...) principalement des équipements tirés par des chevaux. En 1948, on a fabriqué 30 203 unités.

Les dirigeants de Massey Harris voulaient ouvrir une usine de tracteurs après la guerre. Ils auraient aimé construire des tracteurs de 20 forces. Le gouvernement français en vertu du plan Monnet s'est objecté puisque International Harvester en construisait. Massey-Harris a proposé un tracteur de 12 forces qui fut accepté. On a ajouté quelques bâtisses et investi dans une ligne de production et les premiers tracteurs fabriqués à Marquette ont été les MH Pony. On a fabriqué entre 1951 et 1961 quatre modèles de Pony à plus de 92 314 exemplaires. À l'usine de Woodstock au Canada, on a fabriqué 26 304 Pony MH11 et 74 Pony MH14 entre 1947 et 1957. Le MH Pony a été construit pour satisfaire le marché de la petite ferme et du grand jardin.

Année
(quant)
Modèle
Caractéristiques
1951-52
Poney MH-811
France
Moteur Simca OHV essence
1951-57
Poney MH-812
France
Moteur Simca OHV essence
charpente soudée
1957-61
Poney MH-820
France
Moteur Honomag diesel
1959-61
Poney MH-821
France
Moteur Honomag diesel
1947-54
(#26180)
1957
(#122)
Poney MH-11
Canada
Moteur Continental M290
1951-53
(#74)
Poney MH-14
Canada
Même moteur
charpente soudée

Les dirigeants locaux de Massey-Harris voyaient d'un mauvais œil l'arrivée du tracteur Ferguson que sa réputation précédait. Une ligne de production a été ajoutée et en 1953 et 1954 on a fabriqué à l'usine de Marquette 1009 moissonneuses-batteuses modèle MF890. Au moment de la fusion avec Ferguson, Massey-Harris occupait une place importante dans le marché de la machinerie agricole en France.

 

L'arrivée de Harry Ferguson : Harry Ferguson (1884-1960) était le fils d'un cultivateur irlandais. Tout jeune, il démontra qu'il possédait le génie de la mécanique. En effet au début de la vingtaine, il travailla pour son frère en tant que mécanicien et pilote de course puis, il conçut et construisit plusieurs monoplans qu'il pilota. Suite à ses recherches expérimentales sur des charrues et des tracteurs, il adopta une charrue au tracteur, modèle F, de la série Fordson. Le premier mécanisme conçu par Harry Ferguson était à ressorts et à leviers. En 1925, avec ses associés Eber et George Sherman, il fonda, aux États-Unis, la firme Ferguson-Sherman Inc. Cette firme produisit la charrue dotée du mécanisme "Duplex hitch" convenant au tracteur de la série Fordson. Le premier système hydraulique Ferguson qu'il conçut le fut pour son tracteur prototype Ferguson-Black dont le différentiel et la transmission avaient été réalisés par David Brown. En 1933, il fonda, avec ce dernier, l'entreprise Ferguson-Brown Co. où l'on fabriqua 1250 tracteurs Ferguson-Brown, modèle A, pourvus du système hydraulique Ferguson.

Lors de sa rencontre avec Henry Ford, en 1938, tous les deux scellèrent leur entente d'une poignée de main surnommée: "Hand Shake Agreement". De ce fait, Ford engagea sa renommée et une part importante de ses ressources dans la fabrication de tracteurs pourvus du système Ferguson. Pour sa part, Harry Ferguson y mit à contribution ses brevets d'invention et au moyen de l'entreprise Harry Ferguson Inc., il vendit tracteurs et pièces d'équipement dont plusieurs étaient fabriquées par la Ferguson-Sherman Inc. On y vendit alors les tracteurs Ford 9N (1939-1942) et Ford 2N (1942-1947). Puis, à la fin de l'année 1946, le petit-fils d'Henry Ford, Henry Ford II lui annonça que cette entente allait prendre fin le 30 juin 1947.

Dès l'arrivée sur le marché du tracteur Ford, modèle 8N, Harry Ferguson riposta, d'abord en actionnant Ford Motor et associés pour une somme s'élevant à 340,000,000$ puis en négociant avec la Standard Motor Co. pour qu'on y produise son tracteur modèle TE20 (Tractor England). Ce modèle était presque semblable aux tracteurs Ford, modèles 9N et 2N. En octobre 1948, à Détroit, fut construit le tracteur modèle TO20 (Tractor Oversea) dont le # 1 de la série fut conduit par Harry Ferguson. Les tracteurs modèles TE20 et TO20 étaient presque semblables.

En avril 1952, Harry Ferguson régla, hors cour, la poursuite qu'il avait intentée à la compagnie Ford. En 1953, Ferguson et Massey-Harris fusionnèrent et, ce faisant, créèrent Massey-Harris-Ferguson Co. qui devint, par la suite, Massey-Ferguson Co. Après la fusion, son entreprise Harry Ferguson Research développa un modèle d'automobile pourvue de quatre (4) roues motrices, des voitures de course de même que des tracteurs. Puis, en 1960, survint le décès d'Harry Ferguson.

 

La présence en France de Harry Ferguson : Le distributeur français des produits Ferguson était la COGEMA (Compagnie Générale des Machines Agricoles). Le 28 avril 1948, le Conseil d'administration de Harry Ferguson Ltd. a permis la création d'une compagnie française qui achèterait des tracteurs de Harry Ferguson Ltd. et qui fabriquerait sous licence les accessoires aratoires. Après maintes discussions, la Harry Ferguson de France S.A . a été formée en 1952 pour superviser la sous-traitance et la distribution des produits Ferguson. La Harry Ferguson Ltd. (UK) détenait 70% du capital-action le reste étant détenu par des investisseurs français. En 1953, la Standard Motor qui fabrique sous licence des tracteurs Ferguson à Coventry en Angleterre, acquiert 50% du capital de la Société Standard-Hotchkiss qui fabriquera les tracteurs Ferguson en France L'autre 50% était détenu par la Société Anonyme des Anciens Établissements Hotchkiss (Société Hotchkiss-Delahaye). Donc, la Société Standard-Hotchkiss a commencé en 1953 à fabriquer le Ferguson TE-20 le moteur étant fourni par la Société Hotchkiss-Delahaye. En 1953 et 1954, on a construit 6503 TE-20 à l'usine de St-Denis en banlieue de Paris.

 

La fusion : La fusion (*) a eu lieu le 31 octobre 1953 pour former la Massey-Harris-Ferguson. Au moment de la fusion, Massey-Harris apportait l'usine de tracteurs et de batteuses de Marquette, le siège social à Paris et le réseau de distribution Massey-Harris. Ferguson apportait 70% des intérêts de Harry Ferguson de France S.A., son réseau de distribution et surtout son système Ferguson. Pendant plusieurs années, il y a eu confusion avec le maintien des deux réseaux de distribution. La politique des deux réseaux de distribution s'est poursuivie jusqu'en 1957 et a causé des problèmes importants auprès des agents. En 1958, MHF a acquis le fabricant de moteurs diesel F. Perkins Ltd. of England et durant la même année MHF a changé son nom pour Massey-Ferguson. Le 31 août 1959, Massey Ferguson acquiert les actifs de la Standard Motor Ltd. à Coventry, UK et les usines de St-Denis et de Beauvais (construite depuis peu) de la Société Standard-Hotchkiss. Le 1 juillet 1960, le siège social était situé à Paris, le centre de formation était situé à Gif-sur-Yvette et le centre de distribution des pièces était situé à Athis-Mons.

 

(*) On parle de fusion mais il s'agit plutôt de l'acquisition du groupe Ferguson par Massey-Harris. En effet, c'est Massey-Harris qui a émis du capital-action en paiement des actions des entreprises de Ferguson, il y a eu un changement de nom de Massey-Harris en Massey-Harris-Ferguson (il n'y a pas eu réellement de création d'une nouvelle entreprise qui aurait regroupé les deux entreprises) et les postes clé de MHF étaient occupés principalement par des cadres de Massey-Harris.

 

Les modèles fabriqués en France : Entre 1953 et 1960, on a produit à St-Denis les modèles suivants : TE20, TO20, TEF20, FF30, MF835 et MF802. Durant la même période, on a fabriqué à Marquette : les Pony MH811, MH812, MH820 et MH821 et les batteuses MF830, MF890 et MF892. À Beauvais, on a construit durant ces années les modèles suivants : MF802, MF865, MF35-8, MF35X et le MF825.

Année
Modèle
Caractéristiques
1961-65
MF-825 et MF-30-8
(MF-25 en Amérique)
Le prototype était un TE-20 avec un moteur
Perkins diesel 4.99. Par la suite on a installé
des moteurs Perkins 4.107 (20-24hp)
1965-66
MF-130
Moteur Perkins 4.107

MF90 (semblable à MF890)

MF630 (semblable à MF830)

MH11 Poney canadien

TE20

 

 

 

MF25 (semblable MF825)

 

MF135

MF35

MF65 (semblable MF865)

 

 

Bibliographie:

A global corporation par E.P. Neufeld

Harvest triumphant par Merrill Denison

 

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Vous pouvez aussi accéder aux sites suivants:

Site non officielle de HARRY FERGUSON

Site non officielle de MASSEY-HARRIS

Site de AGCO

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