Mouvement des Chômeurs - 1998 le début d'une aventure :
L'Assemblée Générale de Jussieu.

 

 

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L’impatience comme point de vue exclusif de l’actualité et volonté abstraite d’efficacité immédiate.

La discussion commencée vendredi 13 sur l’État est fondamentale. Non parce que jusqu’ici nous aurions oublié la place centrale qu’il occupe dans la société, mais parce qu’elle permet de parler et de préciser le sens de notre activité aujourd’hui dans cette société. Il n’y a plus de mouvement de chômeurs, s’il y en a jamais eu un, il y a surtout le repositionnement de l’extrême gauche, de l’ultra-gauche et de ceux qui veulent en finir avec cette société de merde sur le terrain de l’exclusion. La constitution, il y a quelques années, du DAL et d’AC ! en est une expression. L’isolement de la grande majorité des chômeurs aujourd’hui en est une autre. Après qu’en décembre la CGT eut poussé aux premières occupations d’ASSEDIC, avec l’occupation de l’ENS rue d’Ulm et l’Assemblée Générale de Jussieu qui a suivi, nous nous sommes engouffrés à travers la porte entrouverte par les calculs politiques de la CGT autour de la discussion sur les 35 heures. Tous, ils semblent vouloir constituer une espèce de syndicat de chômeurs, c’est-à-dire cloisonner la condition d’assisté et de chô-meur avec le misérabilisme afférent. Dès le début, nous, nous avons dit que « le problème du chômage, dans sa formulation présente, est aussi bien celui du travail et plus encore celui .de l’emploi de la vie même. 1/ (premier appel de Jussieu) Dans le texte discuté vendredi, « Nous sommes trop jeunes, nous ne pouvons pas attendre 1/, on peut lire : « Parler de transformation des rapports sociaux (un emploi différent de la vieil) sans poser la question de l’État signifie séparer un projet possible des conditions concrètes de sa réalisation voire contribuer à aménager ce qui existe. 1/ Nous ne pensons pas que cette citationait quelque chose à voir avec ce que nous avons entrepris. Parmi nous, personne n’ignore que derrière le travail on trouve l’appareil État et si nous ne posons pas la question dans ces termes c’est parce que chacun sait bien que dans un affrontement direct nous n’aurions même pas le temps de dire : ouf ! En fait, notre angle d’attaque est déterminé par les faiblesses de l’organisation sociale. Le pouvoir, pour posséder une « légitimité » est tenu d’assurer aux individus qui composent la société, les moyens de mener une vie « décente » et, aujourd’hui, il n’en est plus du tout capable. Du coup il ne peut pas se permettre de réprimer ouvertement ceux qui disent que cette situation ne va pas de soi. Nous évoluons dans l’espace créé par cette ambiguïté de État Il n’y a aucun doute sur le fait que, si nous persistons, nous serons confrontés un jour ou l’autre à une répression massive de État, mais le véritable problème est de savoir si à ce moment-là nous aurons tissé les liens permettant de passer à un stade supérieur dans la confrontation. D’autant que notre dynamique nous porte à une situation de double pou-voir et non à une confrontation, et surtout pas au leurre d’une confrontation avec le cœur de État Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs : il est complètement prématuré de dis-cuter dès maintenant de ce que nous mettrons à la place de État L’absence pratique de tout projet historique qui accompagne la modernisation de la domination, de même que l’en-semble des mutations de l’organisation sociale consécutives à la mondialisation de l’écono-mie, font que nous ne pouvons pas encore savoir sur quelles bases et dans quel cadre social les hommes peuvent se regrouper dans ce monde en pleine décomposition. La volonté de nous réapproprier nos vies est pour l’heure le maximum que nous puissions affirmer. L’approfondissement de nos positions et l’ensemble des rencontres que nous ferons avec des individus ou des groupes sur celles-ci, sont ce qui peut nous permettre de devenir une force et à partir de là de participer à l’émergence d’un mouvement social. C’est seulement dans le cours de l’extension de notre activité que peuvent apparaître les formes et les moyens du dépassement.

Marc, Pierre, 14/03/1998

Jussieu, le 13 mars 1998, sur l’État