| Lundi . Je me traîne jusqu’au mur et je m’allume une cigarette. Elise me fait tout un cirque parce qu’il n’y a toujours pas de chaises et que s’asseoir par terre c’est sale. - La moquette est neuve. Je lui fait observer. En souriant. Je crois. - J’en ai rien à foutre moi de ta moquette neuve! Elle braille tout en pliant sa veste en quatre pour y poser son postérieur. - Ca sent la vaseline. Elle dit. - C’est le plafond. - Nan, c’est pas le plafond. Elle est chiante. Elle se penche en arrière et soupire l’air vraiment exaspérée. Je tente de me fondre dans le mur. Les murs sont froids. Les murs sont contre nous, je pense. Et puis d’abord, comment peut-elle savoir ce que ça sent la vaseline? Moi j’en ai aucune idée de l’odeur que ça a la vaseline. J’ai jamais eu besoin de vaseline! - Et comment tu peux savoir l’odeur qu’a la vaseline? Je demande l’air très fier d’avoir relevé ce fait surprenant. Elle m’observe sidérée et je perçois un rien de haine dans son regard. Silence exaspéré. Elle se redresse, ramasse sa veste, son sac et ses clés. Elle quitte la pièce sans même me regarder. J’ai pas assuré. Mardi. Rêve : je suis avec R à la terrasse d’un café. On discute de tout et de rien en riant de temps en temps quand soudain, alors que je lui raconte une blague nulle, il sort un énorme revolver et se tire une balle dans tête. Je reste plus surpris qu’horrifié, des morceaux de sa cervelle sur la figure. Mercredi. L’araignée sur le mur, le moustique sur l’écran du Mac et moi. Trois cœurs qui battent? Peut-être bien. De toute façon trois présences. Jeudi. Elise marche devant moi. Elle se débrouille toujours pour marcher devant moi. Elle veut que je mate son cul ou quoi? Ca me fout les boules parce que ses jambes sont très longues et ses talons aiguilles très hauts et que ça me file le vertige. Vendredi. Aujourd’hui à l’agence : le chien de Pierre-Yves Lacant a chié juste devant l’ascenseur. Une belle merde de forme classique, lâchée comme une bombe juste devant l’ascenseur. Pierre-Yves étant en réunion et personne ne souhaitant ôter la chose, cette œuvre est restée plantée devant l’ascenseur près d’une heure. Très distrayant d’observer la tête des gens arrivant à l’étage de la création. Le chien est plus tard retourné voir sa création à lui et a pissé un bon coup. Une belle marre d’urine juste à côté de sa merde juste devant l’ascenseur! Quel spectacle! Mais rien en comparaison à la tête de Pierre-Yves quand il est enfin revenu! Samedi. Autre rêve : R descend. Il descend et moi je lui tends la main pour le retenir mais il ne lutte pas beaucoup et se laisse happer par les courants alors je le vois s’éloigner et c’est moi que ça tue parce que c’est moi qui réalise ce qui se passe vraiment et je reste impuissant et je deviens cinglé. Dimanche. C’est toujours ou trop rapide ou trop lent. C’est jamais comme il faut. Jamais. J’ai trop d’adrénaline et pas assez d’autre chose alors je me démerde comme je peux, c’est à dire n’importe comment. Lundi. Aujourd’hui le déjeuner avec Carole a été un désastre. Non mais c’est quoi ce besoin que j’ai de toujours dire ce que je pense? C’est quand-même dingue! Il pourrait pas mentir de temps en temps? Oh mais non! C’est pas le genre de mooonsieur! Mooonsieur ne connaît pas le compromis! Ca n’a pas été inventé pour lui! Dans ce cas peut-être pourait-il apprendre à la fermer de temps en temps? Mais non bien sûr! Pas davantage! Mardi. X au téléphone. X pour ne pas le nommer. X par respect. X qui me raconte sa vie et bla bla bla et bla bla bli et ça n’en finit pas et il va m’avoir à l’usure pourtant je l’aime bien, c’est un type gentil. Et moi triple con qui ne réponds qu’avec des hum et des hum hum et lui qui finit par céder : «Tu veux peut-être que je te laisse?» Mercredi. Il y a des moments ou je me dis que si j’étais sûr qu’il y ait quelque chose de cool après la mort, je veux dire vraiment profondément convaincu, je me casserais d’ici plus vite qu’il ne faut de temps pour le dire. C’est tout. Je me dis ça et puis ça passe mais tout de même, ça fout les boules, c’est pas normal de penser des trucs pareils. Jeudi. Les gens bougent autour de moi. Les gens, ils bougent dans la peur du moment où ils seront obligés d’arrêter de bouger. Ils bougent parce qu’ils savent que s’ils s’arrêtent, ils regarderont en arrière et alors il y en a un paquet pour lesquels ça ne sera pas une partie de plaisir. Vendredi. J’ai passé la nuit comme un légume à siroter du soda et à grignoter des saloperies salées devant des séries américaines parfaitement stupides. C’était parfait! J’ai plongé au cœur de l’Homme! De l’humanité toute entière! Samedi. Il est 3h00 pile. Enfin, il est 3h04 pile. Eh bien aujourd’hui c’était pas mon jour! Pour commencer j’ai paumé mes clopes. Puis quand j’ai retrouvé mes clopes, j’ai perdu mes clés! Elles étaient sous un vieux t-shirt posé sur le lit. Tout content (et tout pressé) je pose mes affaires et fonce aux toilettes histoire d’être tranquille pour mon rendez-vous de dans vingt minutes pour lequel je suis en retard vu que je mettrais au moins quarante minutes à m’y rendre et encore, si je n’attends pas le métro, bref, je pisse un coup et devinez quoi? Impossible de remettre la main sur ces putains de clés à la con! Ca vous fait marrer n’est-ce pas? Eh bien moi ça ne m’a pas fait rire, mais alors pas du tout. "Putain de clés de merde à la con de fils de pute!" J’ai hurlé histoire de me soulager. Sauf que ça ne m’a pas soulagé du tout et que ça n’a fait que me rendre encore plus énervé. Et c’est là que vous n’allez pas en revenir : devinez donc chers amis où elles étaient ces connasses... Dans la putain de poche de mon pantalon! Nom de Dieu! Elles auraient été vivantes, je les aurait tuées! Dimanche. J’ai lu une belle phrase dans un bouquin. La phrase, c’était : "Et l’amitié comme une conne s’est pris une balle d’absence en pleine tête." Une belle phrase, assurément. Ca m’a ému. Je l’ai relu trois fois d’affilé. Lundi. - Humainement parlant, tu n’existes pas. M’a dit Carole en vidant sa flûte de champagne hors de prix sur mon pantalon tout neuf. J’ai écrasé ma cigarette dans son assiette pleine de carpaccio, et en essayant de la fixer droit dans les yeux : «Sexuellement parlant, tu n’as jamais existé.» Elle a éclaté de rire. Un sale rire nerveux. Puis elle a quitté le restaurant. Ca ricanait lourdement aux tables voisines. La vraie honte. Très digne, j’ai réglé l’addition et j’ai enfilé mon manteau. Je suis sorti en souriant, en souriant très fort, exprès. Quand je me suis retrouvé dans la rue, je me suis sentis très con. Et pas seulement parce que j’avais une superbe tache à l’entre-jambes de mon pantalon, mais aussi parce qu’elle n’avait même pas l’air fâchée en me disant ça. J’ai voulu marcher un peu et comme par enchantement il s’est mis à pleuvoir. Bien sûr je n’avais pas de parapluie. Je déteste les parapluies, presque autant que les tongs. Mardi. J’ai pris le métro aujourd’hui. Douze stations et deux changements. L’enfer sous terre. Les gens puent. C’est atroce. C’est pas une critique, je l’ai constaté, c’est tout. Elise dirait sans doute que c’est raciste de dire un truc pareil, mais c’est pas vrai. Le racisme, ça serait de dire que parce qu’ils sont différents les autres n’ont pas le droit de puer. Mercredi. A l’agence on a encore perdu un budget. Un gros en plus. Une marque de lessive. Fait chier. J’ai pris un café avec Cédric après le boulot. Il me demande si j’ai lu J’irais vomir sur tes restes de Ralph Lodger. Je lui réponds que je ne connais pas cet écrivain là et il hausse les sourcils comme pour me dire que de toute façon je ne connais rien à rien. Je le regarde et je me dis qu’il m’agace. Je suis sûr qu’il y a plein d’écrivains que moi je connais mais pas lui. Jeudi. Carole m’observe en souriant. Elle a le don de me mettre mal à l’aise. - J’espère que tu sais pourquoi je me suis énervée l’autre soir au restaurant. Quand je disait qu’humainement tu n’existais pas, c’était une façon de parler. Pour te faire réfléchir. Tu vois ce que je veux dire? Je hoche la tête, l’air de méditer, après quoi je me lève et vais aux toilettes. Quelqu’un n’a pas tiré la chasse. L’horreur. Je pisse un coup et quand je retourne à la table les cafés sont arrivés ainsi que l’addition. Je dépose ma carte de crédit sur la petite soucoupe et plonge un petit sucre dans ma petite tasse. Elle est heureuse. Elle se dit qu’elle a gagné. Une heure plus tard on baise comme si on allait trouver là le moyen de réduire l’autre en miettes. Vendredi. Allez savoir pourquoi j’ai repensé à la première fois que j’ai fait l’amour à une fille et ça m’a foutu ma journée en l’air. Je devais avoir treize ans. Elle avait trente ans. J’ai eu un mal de chien à trouver la force de retirer mes vêtements et de me glisser sous les draps. Vingt minutes plus tard, enflammé par l’émotion, j’ai dit tout fier : "Ca y est, j’ai fais l’amour." Alors elle s’est redressée et m’a dit avec une tendresse insupportable : "Non. Tu ne m’as pas fait l’amour. Tu t’es branlé en moi." Ah bon. Samedi. Oh putain sans mentir aujourd’hui j’étais en pleine forme! Comme on dit vulgairement, je pétais le feu! Dehors le soleil brillait. C’était pas nouveau. Ca faisait plusieurs jours que le soleil brillait. Non, ce qui était nouveau, c’est que ça m’a fait plaisir. |