Honnête envers Dieu : La Révolution par la Repentance et la Liberté en Christ

Henry Kriete le 2 février 2003

Copyright © 2003 Henry Kriete. Tous droits réservés. Utilisé selon permission. Peut être librement distribué en entier.

 

Quoi donc! le Seigneur, dans sa colère,
A couvert de nuages la fille de Sion !
Il a précipité du ciel sur la terre
La splendeur d’Israël !
Il ne s’est pas souvenu de son marchepied
Au jour de sa colère !

Le Seigneur a englouti sans ménagement
Toutes les demeures de Jacob;
Il a, dans sa fureur,
abattu Les forteresses de la fille de Juda,
Il les a jetées à terre;
Il a profané le royaume et ses princes.

 

Lam 2:1-2

 

Une lettre ouverte aux Anciens, enseignants et évangélistes dans notre famille d'églises.

 

Chers frères et soeurs - mes compagnons de service en Christ :

 

Grâce et paix.

 

Dieu a été très bon envers nous. Il a manifesté beaucoup d'amour envers chacun d'entre nous depuis le début de notre 'mouvement'. Des miracles innombrables, des signes et des prodiges se sont produits sous nos yeux et sous les yeux de nos fils et de nos filles. Dont beaucoup sont aujourd'hui des disciples. Des bénédictions inimaginables ont été déposées à nos pieds. Qui aurait pu imaginer tout ce qui a été accompli - les héros dans la foi, le sacrifice, les prières auxquelles Dieu a répondu, toutes les églises et tous ces pays! Vraiment, Dieu a répandu sur nous beaucoup de grâce et de puissance, ainsi que beaucoup de patience. Cependant, nous atteignons un moment clé dans la brève histoire de notre mouvement : je n'ai jamais été plus honteux et inquiet qu'aujourd'hui face à ce que nous sommes devenus. De même que je n'ai jamais été plus contrit et triste face au rôle joué par mes propres péchés pour aggraver nos problèmes actuels.

 

Tournant et situation de crise

Notre "mouvement" ne bouge plus. Contrairement à ce qu'on entend constamment, il ne s'agit pas seulement de difficultés ou maladresses liées à l'entrée dans une phase d'adolescence. Pratiquement chaque rempart que nous avons bâti, et chaque trophée dont nous nous sommes vantés - comme preuve à nos yeux et aux yeux du monde - que nous sommes "Le Mouvement de Dieu des Temps Modernes", se trouve aujourd'hui renversé . Les choses dont nous nous sommes glorifiées: notre croissance en nombre, notre proportion de personnes fidèles par rapport aux personnes tombées, la fidélité au Seigneur de nos enfants, notre Contribution Spéciale "dont les buts ne sont jamais ratés", notre sens du sacrifice dans les dons aux collectes diverses et maintenant, même notre unité -sans doute le constat le plus douloureux de tous- tout cela a été abaissé par la main de Dieu. Sur quelles bases prétendons-nous maintenant que nous sommes "Le Mouvement de Dieu des Temps Modernes" ? Quel fondement, aujourd'hui, nous permet d'en être sûrs ? Est-ce que Dieu est même encore "présent" aux côtés de certaines de nos églises et de nos dirigeants ? Tout ce dans lequel nous avions placé notre confiance a été emporté. Le "reste choisi selon la grâce" et le bébé sauvé de " son propre sang " ont bien grandi pour devenir une princesse sacrément fière ! Que faire maintenant ? Selon les termes du prophète, notre jupe a été relevée sur notre tête et notre honte exposée. Je pose donc de nouveau la question - est-ce que nous - "les Eglises du Christ Internationales", "LE ROYAUME", "LA SEULE VERITABLE EGLISE"'- sommes toujours le reste choisi selon la grâce? Ou cette affirmation à elle seule était-elle déjà plus que ce que Dieu pouvait supporter ? Je sais que c'est douloureux à entendre et vous pouvez être sûrs que je pleure avec vous.

 

Frères et soeurs, en tant que dirigeants dans le royaume, en tant que serviteurs de Christ - nous avons une raison légitime de faire une pause et de nous interroger, en profondeur. Nous sommes à un tournant, un tournant qui deviendra bientôt une crise si nous n'agissons pas avec courage. Des Anciens et des Evangélistes aujourd'hui tombés; d'innombrables autres dirigeants qui ont démissionné ou ont dû renoncer à leurs responsabilités -aussi bien des salariés de l'Eglise (ndt : membres du "staff") que des non salariés; des pratiques et des enseignements douteux; de sérieuses interrogations à propos de la gestion des finances; les cœurs blessés, la déception et même le dégoût exprimés par des disciples fidèles mais fatigués, que l'on autorise aujourd'hui à parler ouvertement (certains dans un état de colère avancé); les 250 000 personnes qui sont tombées; les dizaines des milliers de personnes qui ont préféré partir plutôt que de rentrer dans l'Eglise ou qui en ont été repoussées; et le nombre incroyable de personnes ayant rejoint le réseau de nos critiques, nous demandant  constamment des comptes (et soyons honnêtes, plusieurs d'entre eux sont sincères et intègres) - toutes ces choses et plus - ont altéré  notre propre intégrité, ont approfondi le fossé entre le 'clergé' et les 'laïcs' et ont donné du grain à moudre à de nombreuses personnes pour remettre en question notre autorité morale et même notre légitimité.

 

Je ne nie pas le bien et les choses miraculeuses que Dieu a accomplit, ou la foi et la sincérité du disciple "moyen" (ndt : ou disciple de base). Ni même votre amour pour Dieu, votre ardeur et les sacrifices que vous avez chacun consentis. Mais je suis plus que préoccupé par ce que nous sommes devenus en tant que mouvement - un "mouvement" qui ne bouge plus- et par les causes de cette situation. C'est ma question principale (ou ce que je pourrais appeler "le sujet de ma thèse") - pas ce qui nous est arrivé à proprement parler (bien que le constat soit vaste et grave ), mais plus profondément, pourquoi cela est-il arrivé et, encore plus précisément, pourquoi a-t-on permis que cela arrive ?

 

Le Bouleversement de Londres et du Royaume-Uni

Comme beaucoup d'entre vous le savent, nous sommes au milieu d'un cataclysme spirituel dans l'Eglise de Londres. J'oserais même appeler ça une crise ou un sac de nœuds qui se démêle (ndt : le terme employé dans le texte original, "unraveling" , est assez difficile à traduire). S'il vous plait, continuez à prier pour nous. Les églises de Londres et du ROYAUME-UNI ont un historique incroyable et nous leur devons beaucoup en tant que mouvement. Malheureusement, au fil des années, à cause de la dureté et du légalisme, ainsi que des problèmes systémiques (ndt : le mot anglais est très difficile à traduire; dans cet exemple et dans la suite du texte, l'adjectif "systémique" quand il est utilisé peut être définit comme "qui est intrinsèque, inhérent ou inévitable du fait des principes de base régulant l'organisation, les pratiques, les enseignements au sein des Eglises du Christ Internationales"; voir aussi la définition du dictionnaire donnée plus loin par l'auteur) sur lesquels je reviendrai un peu plus loin dans cette lettre, les églises ont souffert profondément. Les Templer (ndt : Mark et Nadine, dirigeants de l'Eglise de Londres depuis plusieurs années) ont maintenant démissionné à cause de la direction étouffante qu'ils ont imposée à l'Eglise. Pour citer la lettre rédigée par Mark, "l'église n'a pas porté de fruit spirituel et beaucoup de personnes ont été blessées. L'atmosphère générée par notre direction (la contrainte de rendre des comptes sur tout, la pression mise sur les autres dirigeants et la frustration souvent exprimée à leur encontre) n'était pas inspirante et Christ n'a pas été la concentration. Beaucoup d'âmes ont été sauvées. Mais beaucoup d'autres ont été perdues."

 

Pour faire écho, la réponse d'Adrian Hill (ndt : un des dirigeants principaux de l'Eglise de Londres), à cette lettre disait ceci : "Il est devenu évident aujourd'hui que Mark et Nadine Templer n'ont pas la confiance du personnel travaillant dans le ministère à plein temps. En raison d'un style autoritaire de direction et de la pression mise sur le fait de rendre des comptes sur tout, un environnement étouffant s'est mis en place. Nous félicitons les Templer pour leur prise de responsabilité par rapport à ce qui s'est passé."

Pourtant, et c'est un point essentiel, les problèmes qui sont soulevés par la crise que traverse actuellement l'Eglise de Londres, et la profondeur des choses ressenties (qui sont aujourd'hui exprimées sans retenue) ne concernent qu'en partie la direction des Templer. Ces problèmes sont la conséquence des 20 années d'histoire de cette assemblée, particulièrement les 15 dernières.

 

Dieu Dit 'Ca suffit'

Après des années au cours desquelles ont prédominé "l'absence d'écoute", l'insensibilité, les abus, la contrainte et le légalisme - de même que la lâcheté des dirigeants du ministère à plein temps quand il aurait fallu sortir du rang pour défendre la vérité -, un retour de bâton est en cours. Nous sommes en ce moment même confrontés à une franchise et à une douleur traumatisantes. La crédibilité d'une grande partie des membres du "staff" est maintenant remise en cause.

Des discussions, forums et tribunes libres sont organisés - et cela donne lieu au déversement d'années de souffrance, de questions et de doutes. Avec au milieu de tout cela, certains commentaires très hostiles; d'autres, marqués par une tristesse difficile à exprimer avec des mots; et sans aucun doute, des commentaires injustes. Chaque mot prononcé étant néanmoins d'une grande aide.

 

On pourrait résumer ainsi la situation : ce qui a été semé est aujourd'hui récolté et toutes ces pratiques et péchés qui sont systémiques à notre mouvement sont dévoilés par Dieu. C'est aussi simple que cela. Cette tournure dramatique des événements, la façon dont ils se sont révélés, leur vitesse et leur intensité ne pourraient pas avoir été orchestrées par un homme - c'est juste trop douloureux et déconcertant pour être d'origine humaine. Ici à Londres, la présence de Dieu est par moments accablante - la frayeur qu'elle inspire, aussi bien que la grâce qu'elle communique. Et bien que l'intensité des sentiments et douleurs exprimées se soit un peu stabilisée, il y a toujours des situations où les personnes continuent de mordre et de dévorer. Des coeurs continuent d'être brisés, et des coeurs continuent d'être écrasés. Même parmi les membres du "staff", la colère, les blessures et la méfiance ont pris le dessus. (Sachez tout de même que chaque situation est traitée avec sérieux et avec grâce). L'église a exigé plusieurs démissions et plusieurs ont été offertes. En fait, la majorité des membres du "staff" a proposé sa démission, dans l'attente d'un retour possible dans l'avenir; une confiance restaurée et exprimée à leur encontre par les membres de l'Eglise serait pour eux le préalable incontournable à un tel retour. Certains ont cependant dores et déjà abandonné de manière définitive leurs responsabilités.

 

Malgré tout cela, les Chrétiens se sentent libérés, émancipés même. Et malgré les blessures et la détresse, ils croient pour la plupart que Dieu est fidèle à Ses promesses, qu'Il est intervenu pour secourir Son peuple et lui donner les bergers qui Le craignent, qui aimeront Son troupeau plus qu'eux-mêmes, et qui ne vont plus dominer sur ce peuple avec force et rigueur. Selon moi, en réponse aux cris de beaucoup, Dieu répond avec la foudre. En clair : Il en a assez. Ses brebis sont maintenant secourues. Ses 'dirigeants' doivent maintenant rendre des comptes.

 

Épicentre d'une Révolution

Il n'est pas nécessaire de rentrer dans tous les détails des problèmes qui sont actuellement soulevés à Londres. Je veux simplement souligner que ce qui a été exprimé par les Chrétiens ici, est semblable en général à ce que beaucoup de nos critiques et "tombés" dénoncent depuis des années - la forme employée par certains chrétiens de Londres étant parfois aussi véhémente. Ce qui est tellement douloureux est que ces sentiments sont extériorisés par des chrétiens "fidèles", persévérants, ayant un cœur bon et noble, et même parfois par les meilleurs amis sur lesquels nous sommes censé avoir "autorité dans le Seigneur" (ndt : du fait de notre position ou de notre "titre"). Cela fait maintenant des années qu'ils ont ces choses sur le cœur. Mais c'est seulement maintenant, l'effet de groupe jouant, qu'ils ont le courage d'en parler. Et cela ne devrait être une surprise pour aucun d'entre nous.

 

À ma connaissance, c'est l'événement le plus significatif qui soit jamais arrivé dans une de nos églises. C'est beaucoup plus marquant que ce qui est arrivé à Indianapolis. En fait, il ne peut y avoir aucune comparaison faite avec quoi que ce soit depuis nos débuts (ndt : le début des Eglises du Christ Internationales, 1979). Je crois aussi que cela va avoir un impact mondial. Londres est l'épicentre d'un nouveau  "mouvement" de Dieu dont je suis convaincu qu'il aura des répercutions dans le monde entier. C'est pour cette raison très précise que je décris par écrit ce qui s'y passe. Dieu nous a ouvert une porte incroyable - un nouveau passage conduisant à la repentance et à la redécouverte de notre liberté en Christ. Mais je crois également que Dieu nous commande d'entrer par ce passage, il ne fait pas que nous le suggérer, sans quoi il renoncera à nous faire grâce et à prendre plaisir en nous.

 

Bien sûr, tout ce qui se passe est très personnel (ndt : dans les expressions et les manifestations des blessures, dans les critiques formulées), mais en réalité, ce ne sont pas des hommes en particulier qui sont dans la ligne de mire, mais bien davantage notre "culture religieuse". À Londres, le soulèvement  a pour cible les perversités  systémiques qui ont été trop longtemps protégées de toute analyse critique. La rébellion est toujours le fruit du conformisme et de la contrainte  et à juste titre -"Vous avez été achetés à grand prix; ne devenez pas esclaves des hommes ". Et "Tenez donc fermes, et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l'esclavage". Comme JFK l'a dit un jour : "Si vous rendez une révolution paisible impossible, vous rendez la révolution par la force inévitable".  Priez s'il vous plaît pour une révolution paisible.

 

Comment Cela a Commencé

Mark et Nadine sont de véritables héros dans le royaume et c'est mérité. Ils ont servi et ont sacrifié pour l'évangile bien au-delà de ce que la plupart d'entre nous oseraient faire. Je n'ai aucun doute que Mark et Nadine seraient prêts à mourir pour Christ, tellement ils l'aiment. Malgré leurs erreurs et leurs péchés, peu de personnes mettraient en doute qu'ils ont vécu et dirigé avec une conscience claire. Néanmoins, ils ont péché et sont tombés de haut – même s'ils peuvent se relever dans l'avenir. Nous croyons qu'ils veulent se repentir et qu'ils sont en train de le faire; nous pensons également que leur décision de démissionner est cruciale pour que la guérison des blessures occasionnées à Londres puisse progresser. Mark est un ami très cher et de longue date et cela rend encore plus pénible pour moi le fait de voir un autre homme de bien tomber de haut, entraîné par "les péchés de notre système".

 

Après la soi-disant Conférence de l'Unité de Los Angeles (ndt : sept 2003), Mark a sollicité un retour honnête de la part des membres du staff sur sa façon de diriger : il a alors fait face à une masse incontournable de blessures, de critiques et de craintes – parfois exprimées avec colère. Ce phénomène a persisté plusieurs semaines au cours de conversations individuelles. Le processus avait des conséquences destructrices pour Mark et Nadine, et a été très dur pour tout le monde. J'ai l'impression d'avoir été le témoin à cette occasion d'une des décisions les plus courageuses qu'un homme ait pu prendre, mais (ndt : étant donné la situation) c'était la chose juste à faire.

 

Mark a endossé la responsabilité de ses péchés. Maintenant le reste du "staff", qui a de son côté beaucoup souffert des abus d'autorité, doit faire face à ses propres abus (pression excessive et pratiques injustes) au cours de toutes ces années, l'ensemble du processus ayant un effet de dominos dans toutes les églises du ROYAUME-UNI. Qu'il s'agisse de délégation inappropriée, de négligence, de lâcheté, de fausse doctrine, ou d'irresponsabilité, - il était indispensable que nos péchés soient exposés et admis pour ouvrir la voie à la repentance et au pardon, ainsi que pour ramener une confiance cruciale (ndt : pour la suite).

 

Pourquoi est-ce que je vous parle de tout cela ? Plus précisément, pourquoi vous parler des péchés et des manquements d'un homme en particulier, Mark ? Parce que Mark est devenu un dirigeant de plus, parmi des centaines, sinon parmi des milliers, dont je fais partie, qui ont été ou sont actuellement pris au piège de la même catégorie de péchés. Et les mêmes dérèglements systémiques dans lesquels il s'est empêtré, ont également été une embûche pour des milliers d'entre nous. La nature même de notre hiérarchie rend cette réalité incontournable. Comme vous allez le constater, beaucoup des problèmes que j'aborde dans cette lettre sont une épidémie inévitable, vu la "culture" de notre mouvement - la corruption du pouvoir, l'ambition égoïste, le climat continu de crainte et de lâcheté, les fanfaronnades et l'hypocrisie de nos dirigeants "les plus haut placés". L'une des raisons pour lesquelles je suis tellement honteux et attristé est que je suis autant à blâmer que n'importe qui. Mais en vérité, il est hors de propos de se demander si j'ai été le plus fautif ou le moins fautif, parce que la quasi totalité d'entre nous s'est rendue coupable, à un degré ou à un autre.

 

Questions de Salut

Mes critiques et préoccupations ne sauraient concerner uniquement la façon de diriger particulière à un tel ou un tel, pas plus qu'elles ne peuvent être ramenées aux actes de quelques dirigeants peu scrupuleux ou d'évangélistes excessivement zélés et simplement immatures. Nous abordons ici des péchés et faiblesses que nous partageons tous – à l'échelle du mouvement. Il ne s'agit pas simplement de réactions épidermiques ou de reproches concernant nos méthodes ou quelques défauts aveuglants. En fait, j'en suis arrivé à croire que ce dont je parle est une question de salut –le vôtre et le mien- et (conséquence naturelle), une question de salut pour beaucoup de nos auditeurs également. Je suis attristé de dire ce qui va suivre et je choisis mes mots avec soin - mais l'intégrité de "notre évangile" est maintenant en jeu- la bonne nouvelle de la grâce de Dieu – de même que l'utilité et la puissance de nos églises dans le futur. Et de la même façon qu'à Londres, à moins qu'il n'y ait, a l'échelle du "Royaume", une admission de culpabilité et de la repentance quand c'est nécessaire, une dénonciation claire et peut-être plus pénible que tout, des excuses publiques sincères, je pense que seules quelques années nous séparent de l'hérésie complète.

 

Les Pharisiens

Les péchés des Pharisiens étaient communicatifs du fait de leur culture religieuse. Ce que je veux dire est que, une fois "intégré au groupe", il n'y avait aucune façon d'être immunisé de ses perversions. Il était tout simplement impossible d'y échapper "en restant à l'intérieur du système". Même si d'une façon ou d'une autre ils pouvaient conserver une certaine lucidité sur les travers du "système", ils ne pouvaient pas rester un Pharisien et se protéger de ses déviations. Les valeurs démoniaques et les influences malignes du parti des Pharisiens contaminaient jusqu'au moindre de leur membre, d'une façon ou d'une autre. Leur fierté et leur arrogance; leur exclusivité; leur élitisme; leur vanité, la mise en avant de leurs performances, leurs titres de respect, leur mandat et leur renommée personnelle; leurs lourds fardeaux qui écrasaient tant de gens; leur absence de scrupules à dévorer les maisons des veuves pour maintenir leur système en place; et leur cupidité "railleuse" - bien que cachée – autant de choses contre lesquelles aucun Pharisien ne pouvait être protégé s'il restait "l'un d'entre eux".

 

Les Pharisiens, ou "les séparés" (ndt : araméen "pericha" : séparé), avaient au départ des intentions nobles, même si elles étaient mal dirigées. Ils voulaient protéger la loi des transgresseurs de la loi et ont donc imposé un système religieux de règles, de prescriptions et de traditions destinées à devenir "une clôture" (ndt : une protection) autour de la loi de Dieu. Ils raisonnaient ainsi : "s'ils ne violent pas nos règles, alors ils ne seront pas en situation d'enfreindre la loi de Moïse." Nous savons tous cela. Et nous en connaissons tous le piteux résultat - la liberté niée; l'intégrité individuelle minimisée, le Sabbat qui devient une tyrannie, les sujets les plus importants de la loi –la justice, l'amour et la miséricorde- qui sont négligés, et en fin de compte, l'esclavage des hommes aux autorités en place.

 

Une fois leur système religieux solidement en place, il ne restait plus qu'à le stabiliser et à l'entretenir. Avec le temps, naturellement, les Pharisiens en tant qu' institution devinrent systémiquement pervertis. En conséquence, ce qu'ils en étaient arriver à représenter "en tant que groupe" -ce qu'ils étaient devenus- avait besoin d'être exposé et dénoncé vigoureusement par Christ. Quelle agression cela a du constituer ! En fait, le monde a-t-il jamais été témoin d'une attaque si soutenue et si implacable envers des dirigeants religieux ? Je ne pense pas.

 

Certainement, il a du y avoir des Pharisiens sincères - Paul en étant un. Et nous pouvons supposer qu'il y en a eu quelques autres en lisant les évangiles. Mais ensemble –en tant que système d'autorité religieuse - ils étaient "des fils de la géhenne", "des insensés", "des guides aveugles", "des sépulcres blanchis", "une race de vipères" et finalement, un barrage faisant obstacle à la vérité de la bonté et de la grâce de Dieu : "vous fermez aux hommes le royaume des cieux". Ils étaient des défenseurs et des enseignants de la loi; pointus, en vue et très respectés (au moins à leurs yeux). Ils étaient "assis dans la chaire de Moïse" et exigeaient donc qu'on leur obéisse. Ils étaient des hommes animés d'un zèle et d'une dévotion extrêmes - des missionnaires n'hésitant pas à aller dans des pays éloignés , "séparés" jusqu'au fanatisme de tous les péchés extérieurs (ndt : visibles). Néanmoins, malgré leur sincérité et leur zèle pour Dieu - chaque individu converti par les Pharisiens, devenait, selon les mots mêmes de Jésus, "un fils de la géhenne deux fois pire" que celui qui les avait convertis. Cela illustre à quel point un système religieux peut être puissant. Il conduit à ignorer la voix de la conscience, la voix de la raison et même la voix de Dieu.

 

A la lumière de tout cela, ne devrions-nous pas, en tant que dirigeants, faire une pause pour réfléchir sur les valeurs et doctrines qui caractérisent notre façon de diriger ? Ne devrions-nous pas nous humilier et même trembler devant Dieu quand nous comprenons vraiment l'ampleur prise par cette bataille entre Christ et les dirigeants religieux de son époque ? Pourquoi des dénonciations et des avertissements aussi sévères ? Pourquoi tant de discussions et d'échanges chauffés à blanc retranscrits dans les évangiles ? Pourquoi Jésus - qui était doux et humble- les aurait-il réprimandés publiquement, les aurait-il insultés, pourquoi aurait-il constamment exposé leur hypocrisie en pâture au déshonneur public ? Ma réponse est celle-ci - ils étaient destinés à être un exemple et un avertissement pour vous et moi, les dirigeants religieux de notre génération. Cette tendance démoniaque à l'orgueil et au contrôle, à l'exclusion et à la cupidité, peu importe le nom qu'on lui donne ou dans quel siècle elle se répand, continuera à faire la guerre jusqu'à ce qu'elle ait de nouveau infiltré et ruiné l'intégrité des dirigeants de Dieu. Et son plan est, à travers nous, d'infiltrer l'église.

 

Apostasie

L'apostasie (ndt : voir définition plus loin) est un mot que nous connaissons tous et dont nous avons peur. Nous nous sommes tenus en alerte les uns les autres au cours des années "seule une génération nous sépare d'une (ndt : possible) apostasie". C'est tout à fait vrai. En quelques années, toutes les églises de Galatie, une région géographique entière, étaient sur le point d'être déchues de la grâce. C'est pourquoi, dans sa lettre aux Galates, Paul est si alarmiste et même en colère dans sa défense de l'évangile et de notre liberté individuelle en Christ. Son autorité d'apôtre, et donc son évangile, était attaqué. En conséquence, leur salut (ndt : chrétiens de Galatie) et l'intégrité du "véritable évangile" étaient menacés. Les légalistes qui intoxiquaient les chrétiens étaient voués à l'anathème.

 

J'insiste, en juste quelques décennies, cinq églises sur sept situées en Asie Mineure avaient atteint ou étaient en train d'atteindre le stade de l'apostasie. (Apocalypse 2-3). Ca donne une idée de la rapidité à laquelle un mouvement religieux peut être corrompu ! Des témoins oculaires de la résurrection étaient pourtant encore vivants ! Des apôtres étaient même aux commandes (ndt : de ce mouvement) !

 

Pour la plupart, nous avons succombé en tant que "mouvement" à plusieurs maux qui sont systémiques - qui sont difficiles à admettre sans amertume (sans même parler de trouver une porte de sortie à ces péchés). Pour regagner ce qui a été perdu ou abandonné ou corrompu, nous devons faire preuve d'une honnêteté impitoyable et courageuse, de même que nous devons avoir un cœur brisé face à Dieu et Sa Parole. A moins que nous n'attaquions bille en tête notre culture religieuse toute entière, je crois que beaucoup de nos péchés et de nos pratiques vont continuer indéfiniment. Ou jusqu'à ce que Dieu frappe les bergers et disperse les brebis pour de bon. Nous devons, sans sentimentalisme, identifier ce qui relève de la perversité systémique, et ce qui constitue de fausses doctrines, pour ensuite les dénoncer publiquement - à la face de nos églises et à la face du monde si nécessaire.

 

"Notre Système"

D'une façon générale, en tant que mouvement, et j'entends par là la somme de nos congrégations mondiales, nous avons dérivé dans de sérieuses erreurs (ndt : de doctrine), si ce n'est pas même jusqu'à l'apostasie. Le diable a ses crocs profondément enfoncés dans notre cou et j'ai peur qu'à moins que nous ne nous repentions, beaucoup de nos églises et des milliers d'autres de nos Chrétiens seront dévorés.

 

Bien qu'il y ait quelques exceptions et seulement quelques-unes, nous sommes nous aussi devenus un "système" religieux. En tout cas c'est un mot que j'entends de plus en plus chaque année, peut-être cent fois durant le seul dernier mois - un mot qui m'effraie et qui m'écœure en même temps. Je le répète, le diable nous a menti, et pour je ne sais quelle raison, nous n'avons pas répliqué en nous battant bec et ongles. Nous sommes devenus fiers et aveugles, comme les Pharisiens. Et le fait d'être aveugle sans le savoir est l'aveuglement le plus effrayant de tous. Cette lettre est une tentative pour nous ouvrir les yeux avant qu'il ne soit trop tard. Mon but est non seulement d'amener notre cœur à être brisé, mais aussi, dans un certain sens, de nous donner une gifle (ndt : salvatrice).

 

 

Je refuse, pour ce qui me concerne, d'appartenir à un système; n'importe quel système qui n'est pas clairement d'origine divine. J'ai été baptisé dans un royaume et en union avec le Dieu/Homme, Jésus Christ, mais pas dans un système. C'est tout ce que j'ai toujours désiré. C'est tout ce dont j'ai besoin.

 

L'Échec n'est pas une option

L'Eglise de Londres étant une de nos premières implantations (ndt : faite par l'Eglise de Lexington/Boston après son début en 1979), avec tant d'évangélistes expérimentés qui sont venus diriger l'Eglise puis sont repartis, avec une situation tellement mise en avant (ndt : ou prise pour exemple, bon ou mauvais) et tant d'influences (bonnes et mauvaises) subies, Londres donc est à mon sens un microcosme de notre mouvement - une représentation du meilleur et du pire. C'est pourquoi le processus doit impérativement réussir, mais aussi pourquoi j'ai si peur qu'il puisse échouer.

 

À Londres, ça ne suffira pas de simplement changer les structures ayant permis de diriger l'Eglise depuis si longtemps, ou de simplement admettre les péchés spécifiques et les abus, ainsi que demander pardon pour cela, même si c'est sincère. Les Chrétiens méritent tellement plus, et ils exigent -à juste titre- tellement plus que cela. D'une façon générale, ils en ont marre, ils sont dégoûtés et en colère du fait des péchés et des abus commis de façon répétée et massive par les dirigeants. Ils ont même maintenant ce qu'on pourrait appeler, par l'Esprit, "un front dur comme la pierre". Impossible de revenir en arrière.

 

Voici l'élément primordial pour que nous réussissions : non seulement il faut se repentir des péchés et des abus (et il y en a beaucoup), mais plus important encore, les perversités de la structure qui a aidé à favoriser ces péchés doivent être exposées et dénoncées (ndt : Bible à l'appui). Je crains que sans cette étape primordiale, il ne survienne aucun changement profond ou durable; sans parler de véritable pardon et de totale guérison. C'est un moment très douloureux pour nous à Londres, mais cette douleur n'est rien comparée à celle qui surviendra si le processus est réduit au minimum, bâclé ou caché sous le tapis.

 

Cela étant dit, je ne crois pas que cela doive obligatoirement prendre longtemps pour nous remettre debout, si nous prenons la peine de descendre au fond des choses, de façon exhaustive. Bien sûr, tout ça risque de nous faire passer par des moments "effrayants", mais nous devons supposer que Dieu est en train d'accomplir une œuvre de purification pleine de miséricorde. Jésus dit , "Je connais tes œuvres" aux sept églises de l'Asie Mineure, et enchaîne aussi simplement en disant : "Repens-toi".

 

En modèle réduit, Londres est représentatif de nous tous. Notre mouvement religieux tout entier - notre culture et notre système de croyances, nos abus spirituels, la façon dont nous formons nos Chrétiens et nos mécanismes de contrôle sont tellement répandus et envahissants, qu'à moins qu'ils ne soient dénoncés publiquement de façon officielle et cohérente, ils continueront pour toujours. Le péché sous-jacent et les fausses doctrines peuvent être corrigés uniquement en s'y opposant après les avoir dévoilés. C'est cela qui devrait constituer l'ordre du jour urgent pour la prochaine "Conférence de Los Angeles" et peut-être que les cinq mois à attendre d'ici là sont bien trop longs face à l'urgence (ndt : du besoin). A l'échelle du mouvement, nous n'avons pas d'autre possibilité, hormis admettre et demander pardon, afficher et effacer, dénoncer et démanteler.

 

 

Excuse et quelques Définitions

Excuse

"Que Dieu soit reconnu comme vrai et tout homme comme menteur"

 

Avant que je ne poursuive, permettez-moi de préciser que je ne suis pas en train de démissionner ni même intéressé de près ou de loin par le fait de quitter notre famille d'églises. Je suis profondément amoureux de notre famille d'églises et suis reconnaissant envers Dieu pour tout ce qu'il a fait pour nous et à travers nous. Mais il faut bien comprendre que, pour ce qui me concerne, ce qui se passe va bien au delà d'un différent entre amoureux. J'ai été appelé à être un évangéliste : qu'il en soit donc ainsi. Je suis appelé à proclamer et à défendre les desseins de Dieu, peu importe les conséquences. J'ai donc choisi de me défendre, bec et ongles.

 

·         Je suis plus prêt que jamais à discuter, à débattre, à renoncer et à démanteler. Cela étant dit, je suis aussi tout à fait prêt à renier ce qui doit l'être, à être renié si les choses en arrivent jusque là.

·         La raison pour laquelle j'écris cette lettre est simple - personne d'autre ne l'a fait. Ou si certains l'ont fait, aucun changement significatif n'en est sorti. J'ai commencé à écrire cette lettre il y a 18 mois, mais l'ai laissée au placard parce que j'étais intimidé. Cependant, du fait des démissions récentes, du fait de l'échec (c'est mon avis) de la Conférence de l'unité de Los Angeles et du fait de la crise spirituelle qui est en train de se dérouler à Londres, le moment ne pouvait pas être mieux choisi. J'ai été renforcé dans ma détermination.

·         Je vous demande à chacun d'entre vous de peser mes mots avec soin. Si j'ai tort il n'y a rien à craindre. Si vous n'êtes pas d'accord, vous devez argumenter.

·         J'ai bien conscience que beaucoup d'entre vous ont des cœurs bons et nobles et que vous avez parlé et essayé de résister à ce qui était mauvais. Plusieurs d'entre vous sont vraiment des champions de la grâce et la liberté. Cependant, à un degré ou un autre, nous avons tous été atteints . C'est la nature même des perversions systémiques. Et seul un assaut massif de nous tous conduira à la victoire.

·         Mes commentaires sont basés sur l'expérience uniforme et universelle de milliers de Chrétiens, sur des centaines de conversations privées, sur des conversations "se prolongeant tard dans la nuit", ainsi que sur les déclarations publiques et les sentiments exprimés par des personnes faisant partie du staff aussi bien que n'en faisant pas partie.

·         Il ne sera pas facile de balayer mes paroles : nous (ndt : Marylin et moi) avons rendu visite à l'Eglise de Boston en 1981 (ndt : l'Eglise du Christ de Boston nouvelle forme a démarré en 1979) et nous avons décidé de nous installer à Boston au printemps 1982. Il me semble que nous avons été le troisième couple à faire ça (ndt : depuis les débuts de l'Eglise de Boston). J'ai été formé par chacun des hommes suivants : Bob Gempel, Kip McKean, Al Baird, Jim Blough, Mike Taliaferro, Mike Fontenot et d'autres. Douglas Arthur a été une influence majeure dans ma vie pendant plus de treize ans et Douglas Jacoby aussi. Avant de déménager à Londres (pour la  deuxième fois), nous avons servi dans le Secteur Géographique du Commonwealth américain, sous la direction de Douglas Arthur, ceci à partir de 1994 et jusqu'en 2001. Dans des rôles très variés, Marilyn et moi avons vécu et servi (ndt : l'Eglise) sur quatre continents, dans six pays, deux secteurs du monde, dix églises et environ 15 ministères différents. Je dis cela pour une raison précise : nous avons eu suffisamment d'expériences différentes, nous avons entendu suffisamment de personnes, nous en avons vu et fait suffisamment dans les vingt dernières années pour penser, la mort dans l'âme, mais avec une profonde conviction, que nous sommes empêtrés dans plusieurs perversions systémiques. Des perversions dont l'influence affecte l'ensemble de notre famille d'églises.

·         Je suis désolé pour la longueur (ndt : de la lettre) , mais j'ai estimé qu'il était essentiel que je prouve ce que j'avance. J'ai essayé de rendre ce document aussi organisé et lisible que possible. Bien que je les cite rarement en entier, je suis sûr que vous pourrez identifier la plupart des Ecritures que je mentionne. Il y a quelques écritures que j'ai citées en entier.

·         La vigueur et le nombre d'exemples n'ont pas pour but de submerger le lecteur, bien que je sois sûr qu'ils feront, mais bien de prouver d'une façon plus convaincante les choses principales que j'affirme.

·         Bien sûr tout ceci est ancré dans des situations extrêmement personnelles (ndt : impliquant des personnes précises), pour nous tous. Mais j'ai essayé de ne pas utiliser "d'exemples personnels" à proprement parler pour que vous puissiez vous concentrer sur les questions de fond soulevées, et pas sur les personnes.

 

Définitions de travail

"Or le seigneur, c'est l'Esprit; et là où est l'esprit du seigneur, il y a la liberté."

 

1. Liberté : Gk. eleutharia; liberté, générosité, indépendance. Une bénédiction spécifique du régime de la grâce, par opposition aux restrictions légales et règles de vie de l'Ancien Testament.

Contraire : deouleria; esclavage; état de dépendance; contrainte de suivre un chemin prédéfini.

 

2. Systémique : ' provenant de, relatif à, ou affectant le corps tout entier '

 

3. Endémique : "Répandu, spécifique à un domaine ou à un groupe de personnes en particulier". Exemple : les maladies endémiques aux tropiques.

 

4. Apostasie : "Abandon d'une Ancienne appartenance, dans le domaine de la foi"

 

Quatre Perversions Systémiques

S'il est vrai que les mouvements commencent dans des cavernes et meurent dans des cathédrales, alors voici les quatre piliers principaux dans notre cathédrale qui doivent être dénoncés et démolis :

1-       Notre hiérarchie corrompue

2-       Notre obsession des nombres

3-       Notre scandaleuse arrogance (la cause/le sous-produit de 1 et 2)

4-       Notre séduction par mammon

 

1. Notre Hiérarchie Corrompue

Malheur à la nation pécheresse,
Au peuple chargé de fautes,
A la race des malfaiteurs,
Aux fils corrompus !
Ils ont abandonné l’Éternel,
Ils ont méprisé le Saint d’Israël.
Ils se sont retirés en arrière…

Où donc vous frapper encore
Quand vous multipliez vos rébellions ?
La tête entière est malade,
Et tout le cœur souffrant.
De la plante du pied jusqu’à la tête,
Rien n’est en bon état;
Blessures, contusions, plaies vives
N’ont été ni pansées, ni bandées,
Ni adoucies par l’huile.

Esaïe 1:4-6

 

D'une façon générale, volontairement ou non, nous sommes devenus une hiérarchie religieuse qui a créé, encouragé et soutenu une culture amenant au contrôle, à la surveillance et à la dépendance envers les hommes, plutôt qu'à la liberté. En tant que dirigeants au sein de cette hiérarchie, nous sommes devenus un groupe de gens lâches, évitant les conflits à tout prix, cherchant à plaire aux hommes plutôt que plaire à Dieu. C'est la seule façon d'expliquer non seulement ce que nous faisons, mais pourquoi nous continuons à le faire.

 

Que nous soyons devenus une hiérarchie pyramidale ne prête même pas à débat. La vérité est que nous le sommes bel et bien. La question qui se pose est : pourquoi avons-nous choisi ce modèle et cherché à l'affermir, alors que l'église des apôtres ne donne pas un tel exemple. Même avec d'autres modèles disponibles dont nous aurions pu nous inspirer même avec tellement d'enseignants dans nos églises qui connaissent sans aucun doute de meilleures façons de faire, le fait est que nous avons choisi et systématiquement imposé ce modèle-là. La raison pour laquelle j'utilise le mot "imposé" est simple : nous sommes devenus ce que nous avons voulu devenir; et nous nous sommes assurés en chemin que nous étions en train de le devenir.

 

Comment cela est-il arrivé ? Je ne suis pas complètement sûr. Une question plus radicale serait : pourquoi l'avons-nous laisser arriver ? Nous avons commencé avec de bonnes intentions : nous structurer, nous doter d'un cadre pour notre message et notre mission, ainsi que favoriser l'unité et la coopération. Avec le temps, cependant, nous avons évolué vers une culture qui n'a pas respecté la dignité de la liberté humaine, mais qui, au lieu de cela, a cherché à contrôler la vie de ceux situés en dessous et autour de nous. Bien intentionnés ou pas, nous avons raté la cible : devenir un peuple qui plaise à Dieu. Je crois que Dieu s'oppose aujourd'hui à notre culte de la personnalité et à nos abus d'autorité spirituelle de la façon la plus vigoureuse possible.

 

Qu'est-ce que j'entends par une culture amenant au contrôle (ndt : à la surveillance) ? Considérez ce qui suit  : nous sommes une hiérarchie avec un homme à son sommet qui nous a dirigés. Nous avons eu "un fondateur", couronné d'une autorité s'exerçant individuellement et "à l'échelle du royaume", fondateur que nous étions supposés respecter et suivre. Nous avons eu des Dirigeants de Secteur du Monde et des Dirigeants de Secteur Géographiques - pour consolider la poigne  du pouvoir et établir un réseau mondial permettant de contrôler jusqu'à la dernière congrégation (ndt : du mouvement). Nous enseignons "une église, une ville", pas toujours dans le but noble de garantir l'unité, mais comme moyen de contrôle rigide.

 

L'autonomie des églises locales est vue dans la pratique comme une hérésie. Des déclarations menaçantes ont été faites pour nous tenir tous en ligne. On nous a demandé de "pousser nos conseils d'administration à s'aligner" (ndt ; l'équivalent pour la culture anglo-saxonne des représentants du bureau de l'Eglise, élus lors des assemblées générales), en sapant par la même l'utilité première d'un conseil d'administration. En tant qu' "évangélistes principaux", nous avons pris pour habitude d'obliger nos administrateurs à "rentrer dans le rang" ou à être "loyaux envers nous" – chaque fois que des plans, des programmes et des projets sont décidés à l'emporte pièce, suscitant la consternation de tous. Des administrateurs ont reconnu avoir été malhonnêtes au nom de la soumission et avoir fait jouer "écrans de fumée et miroirs réfléchissants" pour les finances. Les plus intimidés ont été impliqués dans une mauvaise gestion financière à grande échelle.

Nous avons partout calomnié nos critiques et essayé de protéger nos membres contre la lecture de la "pornographie spirituelle" (ndt : c'est sous ce terme qu'ont été systématiquement désignés dans le mouvement tout article ou site web critiquant ouvertement l'Eglise et ses pratiques; le but était d'associer la consultation de ces articles ou sites web à un péché comparable à la pornographie). D'autres documents sont également censurés et privés d'une large diffusion, avec parmi eux des articles brillants et perspicaces de certains de nos enseignants. Des documents qui vont à l'encontre de la ligne du parti.

 

Nous avons très régulièrement humilié et marginalisé ces membres qui osent élever la voix, les qualifiant de "critiques" et "déloyaux". Beaucoup de nos églises sont dirigées par des despotes. Nous donnons des avantages à ceux qui sont soumis et dociles, et des salaires plus élevés à ceux qui sont en haut de la hiérarchie. Nous récompensons ceux qui rentrent dans le moule, extérieurement en tout cas.

 

Les domaines sujets à un tampon "Officiellement Reconnu par le Royaume" incluent une Contribution Spéciale obligatoire chaque année, la collecte de statistiques mensuelles dans toutes les églises du monde, et la mise en avant de KNN et UpCyberDown (ndt : magazine vidéo et site Internet) comme nos sources "officielles" d'information.

NB : Certains de ces problèmes sont identiques à ceux soulevés par Ed Powers  (ndt : Ancien dirigeant de l'Eglise d'Indianapolis), sa démarche l'ayant amené à être exclu (ndt : du mouvement) et marqué par nous (ndt : en tant que source dangereuse de division). Bien qu'il ne soit pas question pour moi ici d'approuver les procédés qu'il a employés ou de faire des commentaires sur son intégrité, je me demande combien d'autres membres et dirigeants ont contesté les pratiques dont je parle ci-dessus ?

 

Nous avons aussi fortement chercher à "influencer" voire carrément à anéantir  les soupçons (ndt : exprimés) par divers moyens : "noyages de poissons" en tout genre, certains aspects volontairement maintenus opaques ou jugés selon "deux poids, deux mesures". Par exemple, nous sommes très ouverts sur les péchés de ceux qui sont "en dessous", mais pas sur ceux "au-dessus" de nous, parce que "ça risque de causer des dégâts dans l'Eglise".

Nous avons donné à nos évangélistes une autorité supérieure à celle de nos Anciens, alors qu'il est clair (ndt : bibliquement) que les prétendants au titre d'Ancien doivent remplir des pré-requis moraux et spirituels plus élevés du fait de leur rôle de "bergers du troupeau", des Hommes qui reçoivent la charge spécifique de protéger ce qui a été acheté par le sang de Christ. Comment une telle chose a-t-elle pu se produire ?

 

Et d'ailleurs, pourquoi avons-nous si peu d'Anciens parmi nous ? Je crois que ce n'est pas toujours à cause des attentes élevées vis à vis de leur rôle de chef de famille ou pour des questions de maturité, mais parce que nous n'avons pas réussi à trouver en quantité des hommes qui sont prêts à adhérer complètement à notre "ligne du parti", ou qui sont issus du moule du staff tel qu'il a été appliqué. Leurs églises locales leur feraient confiance et feraient leur éloge, mais nous, non. Ils n'ont pas prouvé qu'ils se conformeront au "système"', et donc nous ne pouvons être sûrs de rien (ndt : les concernant).

 

Nous avons perçu toute forme de critique envers le mouvement comme du péché. Nous accusons les gens d'avoir des cœurs mauvais ou d'être remplis de mauvaises attitudes ou animés d'un esprit "indépendant" , alors que très souvent, ils ont toutes les raisons de ressentir ce qu'ils ressentent. Quand quelqu'un quitte l'église, il est automatiquement catalogué comme "tombé". Mais pourquoi ça ? Plusieurs sont partis à cause de problèmes de conscience, ou après avoir été traité de façon insensible, ou parce qu'ils se sentaient coupables et pris au piège suite à la façon dont ils avaient été dirigés. Est-ce juste ou honnête d'annoncer qu'ils ont quitté Dieu parce qu'ils ont décidé de quitter nos rangs ? D'autres choisissent de rester, mais vivent dans la crainte constante d'être taxés de division ou qualifiés de "déloyaux" s'ils expriment un désaccord, et ils suivent très régulièrement des conseils, même mauvais, pour satisfaire au principe de la soumission. D'autres deviennent simplement engourdis, souffrent en silence, s'assoient dans le fond ou encore choisissent de se replier (ndt : sur eux-même) et de faire le mort.

 

Sur la Formation.

Nous avons supposé, à tort, que les brebis sont stupides. Nous leur avons appris à dépendre des hommes, de nous en fait, et pas de Christ. "Est-ce que tu as demandé conseil" signifie la plupart du temps "Est-ce que tu as eu la permission" ? Oui bien sûr, ils sont vulnérables et des proies faciles pour les attaques (ndt : de Satan), mais ils ne sont pas stupides. C'est nous qui avons été stupides, Bibliquement et spirituellement. Ne devrions-nous pas plutôt supposer qu'un véritable Chrétien, rempli de l'Esprit Saint, désire avant tout plaire à Dieu, plutôt que se rebeller ? Ézéchiel 36 : "Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau; j’ôterai votre cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai mon Esprit en vous et je ferai que vous suiviez mes prescriptions, et que vous observiez et pratiquiez mes ordonnances."

 

A travers notre enseignement sur les partenaires de formation, nous avons essayé, comme des Pharisiens modernes, de mettre une clôture autour de la loi de Dieu. Dans le but de protéger ou de surveiller les Chrétiens, nous avons violé de façon répétée leur liberté en Christ. Nous n'avons pas fait confiance aux disciples pour vivre selon leurs propres convictions et décisions (même en faisant des erreurs) et nous avons favorisé chez eux une dépendance malsaine, plutôt que la liberté de grandir et de mûrir. Nos directives et enseignements à propos de la formation ne sont souvent rien d'autre que "des préceptes humains", qualifiés par Jésus de "pesants fardeaux" et comme "favorisant le légalisme". Aucun dispositif de contrôle, ni aucune tradition humaine, ni aucune règle ou coutume "culturellement correcte" ne garderont fidèle une personne qui ne veut pas être fidèle du fond du cœur. Par contre, toutes ces choses créeront de la rébellion et génèreront des critiques chez des Chrétiens sincères et affranchis. Nous ne sommes pas devenus de nouvelles créatures pour être contrôlés par des hommes; bien plutôt  "c'est pour la liberté que Christ nous a libérés".

 

Sur l'Autorité des Églises

Dans le Nouveau Testament, il n'est pas fait mention d'une congrégation "au dessus" d'une autre, ou d' "églises pilier". Dans notre zèle inapproprié pour faire de certaines églises les plus grandes et les meilleures, nous avons pillé les rangs de congrégations sœurs. Cette recette concoctée et mise en œuvre par des hommes n'a rien de Spirituel (ndt : n'est pas conduite par l'Esprit Saint). Elle a abouti à de mauvais sentiments et au cynisme, chez ceux qui la subissaient en direct aussi bien que chez ceux qui se contentaient de l'observer. (Jacques 3)

 

Notre manque d'autonomie et de liberté a émoussé notre (ndt : capacité de) réflexion. Il y a très peu de pensée "hors du moule" dans les Eglises du Christ Internationales (ndt : en anglais, l'abréviation donne "ICOC"), peu de diversité, que ce soit pour ce qui concerne les structures dirigeant les églises, le rôle des femmes dans le ministère, la collecte et même notre enseignement (exemple : la série d'études "officielles"). Tous cela contribue au contrôle de nos membres (appartenant ou non au "staff"), et également à éteindre le feu de l'Esprit.

 

Sur les Pratiques et la Formation liées au Ministère (ndt : le "Staff")

Dans le Nouveau Testament , il n'y a pas de contrôle d'un dirigeant sur un autre (ndt : pas de dirigeant "au dessus" d'un autre). Nous n'avons pas de Directeurs ou de Maîtres. Jésus dit que c'est ce que font que les païens. Mais "il n'en sera pas de même parmi vous". La Bible dit que tous, depuis les apôtres jusqu'aux disciples ayant le moins de responsabilités, nous sommes libres dans le Seigneur. Mais nous n'osons pas demander des comptes à nos dirigeants !

 

 Pourquoi pas ? Dans le Nouveau Testament, les dirigeants étaient critiqués, abandonnés, on se permettait de ne pas être d'accord avec eux, de les remettre en question, de leur demander des comptes et leur mauvaise (ou leur bonne) réputation  se propageait. Ils étaient parfois mis en accusation par leurs propres ministères - et jusqu'à un certain point, cela était toléré de façon surprenante (Apocalypse 2). Assurément, la plupart du temps un ennemi était à la source de tout cela, mais les Chrétiens n'étaient pas systématiquement censurés (ndt : quand ils faisaient ce type de démarche) . Pourquoi l'auraient-ils  été ? Il y avait beaucoup de faux apôtres et des ouvriers trompeurs parmi eux et ils devaient être vigilants. Des dirigeants et des apôtres étaient (ndt : au milieu de tout ça) réellement mandatés par Dieu : ils demandaient, pour toute défense, qu'on examine leur vie et leur doctrine. Rien de plus. Personne n'aime les confrontations avec quelqu'un qui possède un fort caractère (encore plus s'il s'agit d'un frère en Christ), mais la soumission forcée, motivée par la crainte qu'on nous oblige à nous taire ou qu'on nous remette à notre place, est un mal tout aussi grand. Nous n'avons pas cultivé un environnement où les gens se sentent libres de remettre en question ,de demander des comptes ou de faire face aux dirigeants. Honte à nous.

 

Pour la plupart, nous nous sommes entourés d'hommes loyaux - pas nécessairement ceux qui sont loyaux envers Dieu ou envers leur propre conscience, mais loyaux envers nous – d'une façon très comparable aux souverains de certaines tribus. Ceux qui font des vagues ne sont pas tolérés.

 

Autre question : comment pouvons-nous être parfaitement honnêtes et vivre de façon intègre quand celui qui est au-dessus de nous, "notre meilleur ami et formateur" , est en même temps notre "patron" (ndt : employeur) ? Si, comme Paul, je crois à un moment donné devoir m'opposer à mon "ami", ou si j'estime qu'il faut fermement contester la direction dans laquelle mon "patron" veut s'engager, ce n'est pas juste mon travail qui est en jeu, mais toutes mes relations, mes amitiés, ma sécurité future et le bien-être émotionnel de ma famille, de même que leurs propres relations. Tous ces problèmes de loyauté et de conflits d'intérêt s'emboîtent les uns dans les autres pour former un énorme nœud – rendant très difficile pour quiconque d'être honnête et fidèle à ses propres convictions. C'est un autre aspect du contrôle, qui contribue au conformisme et , au bout du compte, à l'apostasie autant qu'à des consciences carbonisées.

 

La façon dont nous avons déplacé à volonté et changé les dirigeants de beaucoup d'églises est également contestable. Tellement de dirigeants sont changés ou remplacés parce que "ils ne vont pas bien" même quand leurs congrégations locales les aiment et les veulent à leurs côtés. A l'inverse, nous mettons régulièrement des évangélistes à la tête d'une congrégation sans même en consulter les membres, ou permettre à ces dirigeants de recueillir l'approbation de ceux qu'ils dirigent. Et nous nous attendons à ce que ces églises se soumettent à nos décisions sans question ou sans contestation. Par ailleurs, des dirigeants d'église sont aussi restés pour trop longtemps dans des situations où à l'évidence ils n'avaient pas le soutien de ceux qu'ils dirigeaient (membres et/ou "staff") – tout ça simplement parce qu'ils avaient l'appui et la bénédiction d'une autorité supérieure. Mais pire que tout cela, plusieurs de nos dirigeants parmi "les plus hauts placés" sont allés exactement là où ils le voulaient, faisant en sorte que les dirigeants en place soient enlevés du chemin pour qu'ils puissent prendre leur ville. Il est difficile d'imaginer Paul ou ses contemporains agir de cette manière.

 

Sur Notre Auto-Description

En une génération, (ndt : notre concentration) est passée de protéger le troupeau à préserver notre institution. Quelle  a été notre priorité, à part maintenir le contrôle sur nos congrégations ? Nous avons affirmé des choses incroyables à propos des Eglise du Christ Internationales, que nos critiques  reçoivent comme une provocation et qui nous permettent de garder nos membres "engagés". Nous nous sommes donnés le nom "Mouvement de Dieu des Temps Modernes" et avons affirmé que nous "définissons le Christianisme pour cette génération". Nous nous sommes identifiés avec "le Royaume" comme si nous étions une seule et même chose et pas seulement une partie du Royaume - un Royaume qui appartient à un Roi et que Dieu seul connaît. Dans notre arrogance à nous autoproclamer "Seule Véritable Église", nous communiquons plusieurs choses. A) Par implication, presque tout ce que nous disons doit être juste, puisque nous sommes la bonne église. B) Par conséquent  : soumettez-vous, ne posez pas de questions et n'envisagez pas un instant de partir. Où pouvez-vous aller ? C'est soi "nous" – soit les portes de l'enfer.

 

Que vous l'acceptiez ou pas - cette affirmation à elle seule est notre outil le plus puissant pour assurer la soumission et "l'engagement". Je ne suis pas en train d'adopter une doctrine "libérale" à propos du salut, ou de prétendre que "les autres" églises sont sauvées – il y a effectivement une seule église universelle et une seule façon de devenir Chrétien. Cependant, en nous appelant par ces noms et en les revendiquant avec une telle exclusivité et supériorité, beaucoup de nos disciples resteront "fidèles", mais continueront par ailleurs de vivre dans la peur et la détresse.

 

Nous sommes pour beaucoup conditionnés à approuver (ndt : les pratiques et enseignements du mouvement). En conséquence de quoi nous continuons à accepter sans discussion ni débat de plus en plus de dérapages vers des mécanismes de contrôle et des pratiques non bibliques. La raison (ndt : en est simple) : "être unis est plus important que d'avoir raison". Assurément, parfois,  mais être unis n'est pas plus important que d'être juste.

 

2. Notre Obsession des Nombres

·         "Christ ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour prêcher"
Paul

·         "Cette sagesse n’est pas celle qui vient d’en haut; mais elle est terrestre, charnelle, démoniaque. Car là où il y a jalousie et rivalité, il y a du désordre et toute espèce de pratiques mauvaises."
Jacques

·         "Ainsi, ce n’est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître."
Paul

 

Exposée ouvertement ou pas, mais utilisée à tort et à travers  : la croissance numérique, précisément les baptêmes, a été notre objectif numéro un – même si c'était aux dépens de la bonté et de la piété. Beaucoup de nos dirigeants sont devenus tellement obsédés par les nombres que cela les a fait reculer spirituellement, les a amenés a devenir névrosés, ou même idolâtres. Ce qui était au départ un effort authentique et intense pour évangéliser le monde dans une génération a rapidement tourné au vinaigre, du fait de mauvaises motivations et d'ambitions égoïstes. Les raisons pour lesquelles nous faisons ce que nous faisons sont devenues tellement tordues que j'ai bien peur que plusieurs soient incapables de s'en remettre. L'ambition égoïste et l'humanisme ont amené à des abus systématiques dans la collecte et l'utilisation des statistiques, dans la définition et dans la poursuite des objectifs. Un nombre incalculable de vies ont été ruinées dans le processus, qui a également endommagé notre intégrité et notre crédibilité en tant que pasteurs et dirigeants. Ce même processus a par ailleurs contribué à instaurer une atmosphère de manipulation, un climat de peur et (ndt : une concentration sur) le désir de plaire aux hommes. Les consciences de milliers de personnes ont été violées, en particulier les nouveaux (et vulnérables) venus au sein du "staff", les dirigeants fraîchement nommés de Discussions sur la Bible et de Groupes de famille. Et ils ont à leur tour obligés les autres à faire de même. C'est un phénomène systémique - qui touche tout le monde du sommet à la base. Cela ne peut pas être contesté.

 

"Les statistiques sont un outil", avons-nous dit. Je suis d'accord, mais quel genre d'outil ? Un marteau et un couteau - pour frapper et faire mal à ceux au dessus desquels nous sommes. Elles (ndt : les statistiques)  sont devenues le moyen de satisfaire les ambitions secrètes d'hommes sans scrupules. Elles jouent régulièrement le rôle de la carotte et du bâton, ou servent à apaiser la colère de ceux qui sont au dessus de nous. Nous les avons utilisées pour élever des hommes et nous vanter outrageusement.

 

Bien sûr, les statistiques en elles-mêmes sont seulement des parcelles d'information, rien de vraiment significatif, un peu comme des morceaux de bois ou d'argile. Ce qui m'inquiète, c'est la façon dont elles sont déformées et utilisées jusqu'à l'adoration. Combinez-les avec notre fierté et une structure pyramidale corrompue, vous obtenez quelque chose de  trop difficile à supporter (ndt : une occasion de chute) pour notre nature de pécheur.

 

Je suis tout à fait pour le fait de connaître mon ministère et les noms des brebis, et pour savoir si une brebis s'est égarée loin des 99 restées (ndt : dans le pâturage), et je suis pour la précision nécessaire pour bâtir et suivre un budget. Et je pense que certains types de recensements peuvent être très utiles pour des raisons diverses. Je suis même pour faire connaître les grandes choses que Dieu a faites ! (Actes 11). Vous savez que ce n'est pas ce que je veux dire.

 

Je parle de l'utilisation des statistiques pour mesurer notre valeur aux yeux de Dieu et les uns par rapport aux autres, je parle de prêcher Christ pour de faux prétextes, en utilisant les nombres pour établir des comparaisons et des rivalités, et pour gonfler l'ego impie d'hommes manquant de confiance et égoïstes. Considérez ci-dessous les ramifications presque universelles de l'accent mis sur ce sujet dans nos églises. Tous ces exemples, d'une manière ou d'une autre, sont le fruit de cette théologie erronée et de l'humanisme. (ndt : Lisez ces exemples) : ils correspondent à des choses que j'ai vues, entendues ou pratiquées au cours des 20 dernières années :

 

·         Je connais de nombreux cas dans lesquels les statistiques rendues avaient été falsifiées. Que ce soit pour nuancer ou gonfler des présences, ou pour être (ndt : volontairement) imprécis dans les statistiques de fin de mois (parce que "nous devons grandir ce mois-ci" ou encore parce que "il est hors de question qu'on ait une croissance négative !")

·         Je connais un évangéliste qui a "inventé" des baptêmes pour éviter de se faire durement reprendre (ndt : du fait de ses stats).

·         Quelque chose que nous avons pratiqué et même défendu (arguments théologiques à l'appui) : retrancher en masse des membres au nom de "l'émondage" (ndt : les sarments de Jean 15). Cette pratique (ndt : ponctuelle) est non seulement répugnante, mais elle est absolument sans aucun précédent dans la Bible. Jésus a ordonné –"Laissez-les" (ndt : allusion possible à la traduction anglaise Luc 13:8; parabole du figuier stérile)  et encore "Laissez le blé et l'ivraie croître ensemble"'. Sommes-nous plus forts ou plus sages que lui ? Quelle arrogance de notre part - c'est l'église de Christ que nous avons saccagée, son propre corps que nous avons mutilé !

·         Nous avons retranché, prématurément, ceux qui étaient très faibles ou très découragés, parce que nous voulons être "un navire étroit" (ndt : sens réel incertain; sans doute : "nous voulons être fidèles au concept de la porte étroite"). A cause de cette suffisance et de cette immaturité, des familles entières ont été dévastées. En résumé, nous avons massacré des innocents.

·         C'est presque une évidence que tout nouvel évangéliste qui reprend un ministère (ndt : commencera par) retrancher et purger (ndt : l'idée du texte original pourrait être traduite par : "faire le ménage"). Quelle est la vraie raison pour laquelle les choses se passent ainsi ? Nous le savons tous . c'est le besoin de faire bonne impression  dans "votre" nouveau ministère, ou d'éviter de possibles réprimandes dans l'avenir à cause de "leur" (ndt : les dirigeants précédents) ministère faible. Les gars, quand nous faisons ça, nous devenons des traîtres aux yeux des anges –des anges qui se sont réjouis devant la face de Dieu lors de leur conversion initiale (ndt : la conversion des personnes retranchées) ! Le serviteur semblable au Christ ne devrait-il pas (ndt : autre traduction possible : dans son désir d'être semblable au Christ, le serviteur ne devrait-il pas…) attendre la preuve divine évidente avant de prendre des décisions quand aux membres ? (ndt : répertoriés comme faisant partie de l'église); avant de donner des coups et de trancher ? (ndt : l'ensemble du contexte du point détaillé ici par l'auteur laisse supposer une allusion possible au mauvais serviteur décrit en Matthieu 24:49 et/ou en Luc 12:45)  Plus nous étudions les problèmes soulevés ici, plus nos perversions systémiques deviennent évidentes.

·         La majorité de nos baptêmes arrive quand la fin du mois approche. Pourquoi ça ? Certains d'entre eux, c'est très embarrassant, juste avant minuit. Et pourquoi donc est-ce qu'une énorme majorité des personnes baptisées (ndt : de la sorte) finit par "tomber"  ? (ndt : autre traduction possible : pourquoi est-ce que la majorité des personnes tombées ont été baptisées dans ces conditions ?)

·         Combien de fois avons-nous eu pitié de nous même quand un but (ndt : de nombre de baptêmes) n'était pas atteint au lieu de pleurer sur les gens perdus ? Il y a là un sacré problème. (ndt : littéralement : "quelque chose est gravement mauvais ici").

·         Sur la base des nombres, nous établissons des comparaisons et des classements permanents, dans nos cœurs et même ouvertement en public - notre foi, notre cœur, nos talents, notre sainteté, notre valeur, notre grandeur ou notre "incompétence pour  ce qui concerne le ministère" sont constamment évalués. Et la plupart du temps, tout cela est motivé par l'orgueil, la jalousie, le manque de confiance, la compétitivité ou la course aux galons . Franchement, est-ce que de vrais hommes de Dieu ont besoin d'être constamment menés par un système de carottes et de bâtons ? Ou devrait-on les motiver par quelque chose de plus substantiel, comme l'amour et l'obligation morale et les conséquences du rejet de l'évangile (ndt : par l'amour des gens perdus, l'obligation morale envers eux, et les conséquences de leur rejet de l'évangile) ?

·         Combien de Chrétiens avons-nous négligés quand ils sont arrivés dans nos ministères en provenance d'autres villes ? Pourquoi ça, honnêtement ? "Pour peu qu'ils soient faibles et que nous les incluions dans notre liste de membres, ils pourraient tomber et ça fera mauvaise impression". Génial, laissons les repartir de zéro et faire leurs preuves ! Bien sûr, il est tout à fait possible qu'ils finissent par tomber du fait de ces raisonnements mauvais et vaniteux - mais leur sang sera sur notre tête.

·         Si nos nombres sont "en dessous de la moyenne", nous manquons constamment de confiance, c'est encore plus net au moment des conférences et événements comparables, ou aux réunions du "staff".

·         Plus les baptêmes sont nombreux (ou plus les nombres servant de critère d'évaluation sont bons) - plus on a de gloire, de "droits" à la parole (ndt : l'auteur parle apparemment de la prédication publique), de respect.

·         Nous sommes passés de "peu importe le moment, l'urgence (ndt : du salut) s'applique de jour comme de nuit" à repousser des baptêmes au dimanche (pour encourager l'église !) ou aux cultes exceptionnels, pour lesquels le but est d'avoir cent baptêmes -ou un autre nombre très élevé- en un jour (pour encourager le mouvement !) Repousser des baptêmes pour en obtenir 100 la même journée – voire simplement viser ce but là-, ça n'a rien d'encourageant, c'est contribuer à dégrader l'évangile. Et ça éveillera toujours des soupçons. En voyant cela, les anges sont-ils inspirés ou consternés ? Au départ, nous devons absolument baptiser les gens avant la fin du mois, et ensuite, nous devons repousser leur baptême jusqu'au jour de notre culte exceptionnel ! Est-on oui ou non dans de l'orgueil et de l'hypocrisie purs et simples ? Voir même en pleine Schizophrénie ?

·         D'où sortent les appréciations "bien", "super" et "incroyable" (ndt : qualificatifs utilisés pour évaluer la présence aux événements évangélistiques) et quel est leur but ? Comment pouvons-nous tolérer cet humanisme et cette pression qui vont jusqu'à nous rendre idiots ? Il y en a même qui ont ajouté (ndt : le qualificatif) "minable" sur leurs feuilles de stats. A coup sûr, voilà qui doit encourager les stagiaires ! (ndt : futurs membres du staff). Est-ce que ce tout ça n'est pas un peu embarrassant ?

·         Le ratio Los Angeles. Qu'est-ce que c'est que ce truc ? (ndt : l'auteur fais sans doute allusion à la pratique consistant à prendre pour référence de toutes les Eglises certains calculs statistiques issus de l'Eglise de Los Angeles). Et si nous mettions en place un ratio Apôtre, ou un ratio Paul ou un ratio Antioche ? Est-ce qu'on serait pas cachés 6 mètres sous terre, tellement on se sentirait humilié ? Peut-être est-ce la raison pour laquelle on ne trouve même pas la plus petite allusion à quelque chose de ressemblant dans les Ecritures. Dieu nous aime trop.

·         Aux débuts du mouvement, nous avons "re-baptisé" des centaines de personnes et les avons affichées  sur nos feuilles de stats comme s'il s'agissait de baptêmes pour la première fois - comme si on essayait de duper tout le monde. Je sais que cette pratique a cessé, mais elle était un signe avant coureur de nos obsession et validation par les nombres.

·         Je me suis  trouvé à un moment donné dans une église où 95 % des membres du "staff" étaient en désaccord avec un but spécifique dont on s'attendait à ce "qu'ils soient derrière" et à ce qu'ils s'assurent que tout le monde (ndt : dans l'église) soit derrière également . Dans sa grande miséricorde, Dieu nous a permis d'échouer dans la poursuite de ce but - mais au milieu de tout ça, personne n'a ouvert sa bouche. C'est seulement plusieurs mois plus tard que les membres du "staff" ont été honnêtes avec les conflits intérieurs générés par cette situation. Comment est-ce que cela est possible ? (Cela m'amènera à parler du problème de la lâcheté un peu plus loin). Ceux qui ont effectivement parlé en privé se sont fait reprendre.

·         Nous avons un cas répertorié où presque tous les membres du "staff" d'une de nos plus grandes églises ont falsifié les stats associées à la présence aux cultes et au nombre de membres. Plusieurs ont été licenciés. D'où provient un tel comportement ? Cela pourrait-il venir de la culture religieuse que nous nous sommes créée ? Quelle "force" pourrait être plus puissante que la crainte de Dieu ? Notre culture qui pousse les gens à avoir peur et à chercher à plaire aux hommes !

·         Nous gardons les gens dans "nos" ministères parce que ça risque d'endommager nos stats. Même si leur désir exprimé est conforme à leur intérêt, ou les rapprochera de leur famille, ou sera une aide légitime pour leur carrière. "Epanouissez-vous là où vous avez été plantés, allez là où vous êtes envoyés". Comment pouvons-nous supposer connaître les intentions de l'Esprit ? En quoi le fait de changer d'environnement pose-t-il un problème ? Nous faisons ça tout le temps. Honte à nous.

·         Nous avons constamment estimé que les gens brillants ou talentueux avaient une plus grande valeur que les gens pauvres ou moins doués – du fait de ce qu'ils (ndt : les gens talentueux) peuvent accomplir "pour l'église". Jacques dit que nous sommes des juges aux pensées mauvaises (ndt : Jacques 2:4).

·         Beaucoup ont négligé les faibles parce qu'ils sont une distraction et prennent trop de temps sur le "vrai" ministère. Je vous demande pardon ? Nous ne courons pas chercher les égarés de tout cœur, mais nous courons après les nombres. La pression de bâtir bien (en s'appuyant sur la justice, l'amour, la miséricorde) ou de bâtir vite est un dilemme permanent chez les hommes de bonne conscience. Combien parmi nous ont construit sur du bois ou de la paille à cause des raccourcis et de la pression constante sur la performance ?

·         Nous nous vantons constamment de notre "fruit" , de nos "nombres" et de notre "impact" et ensuite, nous déclarons le plus sérieusement du monde "Et à Dieu soit la gloire ! "'.  En fait, le concept tout entier de "fruit personnel" tel que nous le connaissons et l'avons enseigné des milliers de fois est Bibliquement irresponsable.

·         Combien sommes-nous à avoir ignoré notre propre conscience et baptisé quelqu'un simplement pour atteindre un but créé de toutes pièces par un être humain,  ou éviter "qu'on nous crie dessus"' ou qu'on nous humilie en public, ou simplement pour plaire à un homme ?

·         "Si nous n'avons pas de feuille de stats mensuelle, comment allons-nous faire grandir le ministère ?"'. Comment faisaient-ils dans l'église du 1er siècle, qui était la plus formidable de toutes ? Tous les dirigeants avaient-ils un morceau de papyrus ?

·         Dans la plupart de nos églises, nos Chrétiens étudient généralement intensément avec nos convertis potentiels jusqu'à leur "baptême" et ne font ensuite presque plus rien en terme de suivi cohérent et mûr. Nous faisons des bébés et nous les laissons mourir par manque de soins parce que nous voulons faire encore plus de bébés ! Dans le monde, on nous mettrait en prison.

·         Des dirigeants de secteur ou de Groupe de Famille donnent régulièrement des conseils stupides, voire ahuris pour apaiser le "Dieu de la croissance" (ou le seigneur du Jour du Seigneur)  : "Ne va pas à ce mariage, ça va faire du tort à ton ministère";  "Je sais qu'on parle de ta famille (ndt : physique) , mais ici, c'est la famille de Dieu, reviens pour Dimanche"; "Bien sûr que tu peux partir en vacances, mais pas plus longtemps que telle durée"; "C'est toi qui a fixé ce but; a toi de faire ce qu'il faut pour qu'ils soient prêts à l'atteindre. Vas-y.."; "Est-ce que tu dois vraiment rendre visite à ce secteur ou à cette Eglise ? Parce que ça risque de faire chuter ta présence ?"

·         Pourquoi est-ce qu'on fait toujours le nettoyage parmi notre liste de membres en Décembre ? Est-ce qu'on ne serait pas ici "à côté de la plaque" du fait de notre concentration sur un calendrier humain plutôt que divin ? Tout ce que nous avons à faire est de suivre une sorte de question type "et pourquoi faisons-nous ça ?" pour connaître la réponse exacte.Ca ne peut pas être pour le nom de Christ ou pour sa gloire. Est-ce simplement parce que Janus, le Dieu des Romains, nous ordonne de le faire ?

·         Avez-vous jamais entendu ce qui suit : "Quand vous fixez un but (même si vous ne vouliez pas en avoir un) - vous devez l'atteindre" ? Evidemment qu'on doit l'atteindre, sans quoi nous en subirons les conséquences - ou au minimum nous nous sentirons stupides.

·         Admettez-le, même si c'est dur à entendre : nous allons même parfois jusqu'à nous sentir bien quand d'autres sont en train d'échouer dans leur ministère. Et la jalousie génère des pensées encore plus impies que celle-là.

·         "Si vous êtes un bon dirigeant et que vous savez ce que vous faites, vous devriez être capables de prévoir vos cibles avec précision, de 80 à 90 % du temps". De telles affirmations renforcent-elles notre humilité ou notre humanisme ? Ce type d'arrogance là peut-il aboutir à autre chose qu'a violer sa conscience ? Est-ce que ça fait réellement de nous  de "meilleurs dirigeants" ? Non, mais au moins, ça contribue à avoir plus de baptêmes avant la fin du mois !

·         Notre pratique de prendre les dirigeants d'autres églises, parfois par centaines, pour que nous puissions avoir l'église "la plus grande"' et la meilleure dans notre ville et ainsi satisfaire les exigences de ceux qui sont "au dessus" de nous a du mal à inspirer qui que ce soit. Au lieu de cela, elle a créé un manque de respect massif et de la division. Tout ça à cause des nombres. Rien d’autre.

·         Et finalement, un de nos évangélistes les plus expérimentés et respectés a admis "qu' il n'avait pas implanté d'églises parce que cela allait diminuer le nombre de membres de son église - et aussi qu'il a fait cela pour éviter que les dirigeants dont il dépend soient sur son dos à cause de ses nombres"

Je pourrais donner encore 100 exemples, facilement. Et vous aussi. Ce que je cherche à souligner ici, c'est que nous avons sacrifié sur cet autel non seulement notre amour-propre, mais peut-être même pour certains nos propres âmes. Ce n'est pas bâtir pour la gloire de Dieu, mais pour la gloire de l'homme.

 

Motivé par son propre amour pour les gens perdus, ce n'est pas nous que Dieu a bénis avec des conversions; il les a bénis eux, selon son propre dessein. Je crois qu'Il nous a utilisés - malgré notre ambition égoïste, tout comme nous avons utilisé d'autres personnes. Dieu a accompli Ses rêves "à lui" pour les gens perdus - même si beaucoup de cela s'est fait au travers de "nos" rêves pour nous même.

 

 Nous avons jugé, rivalisé, souillé manipulé et même utilisé les autres, pour satisfaire les désirs et les besoins nuisibles de l'orgueil ou du manque de confiance - et tout ça pour plaire à des hommes qui sont "au dessus de nous", et "au dessus d'eux" et "au dessus d'eux" etc... Nul d'entre nous n'a été protégé de cela. Et tout ça pour quoi ? La louange qui vient des hommes et non la louange qui vient de Dieu, la crainte des hommes et non la crainte de Dieu.

 

Nous avons transformé en un objet de gloire personnelle ce qui est aux yeux de Dieu l'acte le plus beau et le plus profitable pouvant être accompli par un humain pour un autre être humain – son union avec Christ –. Quand les véritables motivations de nos cœurs seront un jour exposées, que se passera-t-il ? Notre salut, et pas juste notre récompense, pourrait être menacé.

 

Selon mon expérience, beaucoup d'entre vous, si ce n’est la majorité, seront d'accord avec ce que je dis. Peut-être même jusqu'au dernier d'entre vous. Mais pourquoi alors n'avons-nous pas arrêté cette folie ? Pourquoi est-ce qu'elle continue alors que la plupart d'entre nous déteste ça ? Et que nos cœurs ressentent de la culpabilité, quand ce n'est pas de la honte ? Parce que "c'est la vie" ? Non - mais parce que voilà une autre perversion systémique, un autre pilier dans notre système de croyances qui doit être démoli.

 

La meilleure chose est que le plus d'âmes possibles puissent être sauvées, je suis d'accord - mais pour qui et pourquoi ? Une fois notre intégrité et nos intentions véritables aussi universellement exposées et salies – ça ne peut pas être pour la gloire de Dieu seul. Les deux sont antagonistes. Bien sûr, plusieurs d'entre vous ont pu mûrir et s'extraire de l'obsession de plaire aux hommes, vous avez sincèrement recherché ardemment à protéger vos cœurs et vous avez une "conscience pure" devant Dieu. Mais à l'échelle du Royaume, ce n'est tout simplement pas le cas.

 

La plupart du temps, je crois que la majorité d'entre nous a essayé de protéger le disciple moyen de notre obsession cléricale et "privée", et des pressions placées sur nos épaules par d'autres hommes. Mais d'une façon ou d'une autre, malgré nos efforts, elle s'est étendue à l'ensemble de nos églises. Cette poursuite des nombres - même aux dépens de la bonté et de la piété – est une pratique si répandue, si endémique à qui nous sommes,  que cela ne s'arrêtera jamais - jusqu'à ce qu'elle soit admise, confessée et publiquement condamnée. Pour ce qui me concerne, je n'enverrai plus jamais de stat mensuelle telle que nous les connaissons et les utilisons. Je me moque des répercussions, je refuse de le faire. Un autre évangéliste me disait, tout récemment, d'un air incrédule, "Mais il faut que tu le fasses, parce que Los Angeles les veut" – c'est exactement ce que je veux souligner.

 

3. Notre Scandaleuse Arrogance

Bons exemples :

·         "Je suis doux et humble de cœur"
Jésus

·         "Voici ton roi, il vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne"
Zacharie

·         "Lui dont la condition était celle de Dieu, il n’a pas estimé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu "
Paul

Mauvais exemples :

·         "Tu dis: Je suis riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien; tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu"
Jésus

·         "Vous êtes ceux qui se font passer pour justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs; car ce qui est élevé parmi les hommes est une abomination devant Dieu."
Jésus

D'une façon générale,  nous avons été extrêmement arrogants. Je dirais même que nous sommes devenus un pâturage idéal pour "l'élevage" d'hommes orgueilleux et arrogants. L'arrogance dans laquelle Moïse est tombé lui a coûté cher. Et la fierté de David a eu pour prix les vies de 70,000 Israélites. Sommes nous meilleurs qu'eux ?

 

Année après année et brique après brique, nous avons construit un portail si élevé qu'il ne demande aujourd'hui qu'à être détruit. Dieu est avec nous quoiqu'il arrive : c'est en tout cas ce que notre orgueil et notre détermination nous ont amené à croire, en plus de la certitude que Dieu approuve ou bénit chaque décision que nous pouvons prendre. Tout cela a sérieusement aveuglé notre appréciation de la réalité. Quand Moïse a péché contre Dieu en déclarant à Israël, "Combien de temps devrai-je encore vous supporter ", il a dit tout haut ce que beaucoup d'entre nous pensent tout bas (ndt : dans leur cœur). C'est exactement le type de mentalité qui nous gouverne. Notre arrogance se traduit par une façon de penser "moi et Dieu (ndt : sommes d'accord)" : à cause d'elle, nous avons frappé au visage des hommes mûrs (ndt : et adultes). Paul a repris les Corinthiens pour leur soumission à de tels dirigeants, mais c'est précisément à ce genre de coups que nous demandons aux autres de se soumettre. Et nous ne tolérerons pas les hommes qui veulent nous bousculer ou nous frapper en retour.

 

Paul déclare " Vous supportez qu’on vous traite comme des esclaves, qu’on vous exploite, qu’on vous dépouille, qu’on vous regarde de haut, qu’on vous frappe au visage. J’ai honte de le dire: nous avons été trop faibles à cet égard! " (ndt : 2 Cor 11:20-21, trad. Français courant). Nous aussi, nous avons traité comme des esclaves, exploité, regardé de haut et frappé au visage des hommes mûrs. Dans notre arrogance scandaleuse, nous avons forcé des hommes mûrs à se soumettre, même si cela allait contre leur conscience. Une chose que Paul ne ferait jamais. Une chose que Jésus n'a jamais faite.

 

Des preuves supplémentaires de notre arrogance ? Il y en a beaucoup, bien au delà de notre hiérarchie bien en place et de nos outils de contrôle : nous avons non seulement permis, mais nous avons entretenu le culte de personnalité. Nous avons créé et accepté des titres qui ont à leur tour créé des barrières et ont renforcé la mentalité clergé / laïcs. Cela a bien sûr abouti à propager la gloire des individus.

 

 Dans la lignée de "Là où la Bible ne dit rien, nous parlons" (ndt : credo du début des Eglises du Christ Internationales, par opposition à celui des Eglises du Christ Traditionnelles "Là où la Bible parle, nous parlons; là où elle ne dit rien, nous ne disons rien"), nous sommes régulièrement allés "au-delà de ce qui est écrit" (ndt : I Cor 4:6 => "…vous apprendrez ainsi, en nos personnes, à ne pas aller au -delà de ce qui est écrit").

 

Tout comme le Pharisien qui "rendait grâce pour lui-même", nous avons créé des monuments et des échéances concentrés sur nous-mêmes et pas sur la gloire de Dieu. Nous sommes sans arrêt en train de restaurer, mais jamais en train de renoncer - parce que nous ne pouvons faire aucune erreur. Nous avons saccagé et pillé d'autres églises à cause des aspirations et des souhaits d'hommes despotiques - qui doivent avoir les plus grandes et les meilleures églises parce que, "c'est un péché de ne pas être la plus grande église dans votre ville". Mais même après qu'elles aient été pillées, encore plus de briques sont exigées !

 

Nous dénombrons constamment l'Israël (ndt : le peuple de Dieu) : même un homme charnel comme Joab, commandant en chef de la sécurité nationale, trouvait ça répugnant ! Nous avons évolué vers une culture dans laquelle il est acceptable (voire dans laquelle ça devient la norme) de tyranniser et de mâter à la dure des hommes pieux. Dans laquelle on dit des choses comme "rentrez dans le rang, ou dégagez"; dans laquelle "atteint tes buts (ndt : en nombre) ou trouve-toi un autre travail" est une exhortation banale; dans laquelle l'exhortation "soumettez-vous ou mourrez", bien que jamais formulée (ndt : dans ces termes), est la représentation de l'exacte réalité. Il y a une bonne raison pour laquelle Dieu a fait en sorte de nous nommer dirigeants -on est sans aucun doute des hommes meilleurs que vous (ndt : au dessus du lot) – alors fermez-là et écoutez ! Nous avons émondé les âmes de certains hommes en les condamnant à l'enfer ! Ce n'est pas une simple liste de membres que nous tronçonnons, mais Christ lui-même. "Pourquoi me persécutez-vous ?" pourrait aussi bien être exprimé (ndt : à notre encontre) "Pourquoi m'émondez-vous ?". En agissant ainsi, nous avons joué le rôle de Juge au dernier jour, nous avons endossé des privilèges réservés à Dieu en personne (Jean 15). Nous avons enseigné que nous seul sommes "le vrai royaume", "les vrais disciples" et "la seule véritable Église". Et non seulement nous croyons dur comme fer à ces enseignements, mais nous en sommes d'ardents défenseurs - nous savons ce que nous faisons, nous avons restauré tel et tel truc, nous sommes le reste choisi selon la grâce, nous sommes la seule église depuis le premier siècle à faire ceci et cela…

 

Nous avons bâti une culture basée sur le contrôle et l'intimidation, qui ferme la bouche et met à l'écart les hommes et les femmes qui "ne sont pas d'accord". La mise en place de cette culture a résulté d'une volonté délibérée, la nôtre;  en tout cas, dans l'hypothèse la plus flatteuse pour nous, son maintien a résulté de notre volonté délibérée. Ces choses constituent des abus de pouvoir purs et simples, et une trahison totale de notre liberté en Christ. Dans certaines de nos églises, les dirigeants riches deviennent encore plus riches. Dans certaines de nos églises, les prophètes et les sacrificateurs dirigent de leur propre autorité (ndt : en imposant leur propre autorité). Dans certaines de nos églises, c'est "donnez ou partez". Dans certaines de nos églises, à commencer par Los Angeles, c'est "soit vous avez un partenaire de formation, soit vous partez". Mais pour aller où, si nous sommes "la seule véritable église"' ? A l'évidence, au diable. De l'arrogance pure et simple.

 

Notre récusation en masse des gens qui nous critiquent est épouvantable. Comment pouvons-nous être sûrs que Christ ne nous parle pas à travers eux ? Après tout, Christ Lui-même n'a-t-il pas été tellement offensé par l'arrogance de l'église de Laodicée qu'il n'était plus "au milieu" de leur congrégation - mais se tenant à l'extérieur et frappant à la porte ? Nous n'avons offert aucune excuse publique pour quoi que ce soit de significatif .

 

 En fait, nous n'écoutons en général même pas nos propres Chrétiens - parce que si nous le faisions,  nous ne serions pas au milieu d'une telle tourmente. Beaucoup d'entre eux (j'y inclus plusieurs critiques extérieurs) ont toujours su ce que la plupart d'entre nous ne peut même pas admettre ! Notre entêtement à "toujours entendre sans jamais écouter" a généré chez nos membres une frustration, une peur et une colère qui vont au-delà de ce que les mots peuvent exprimer.

 

Nous sommes constamment en train de tirer les membres (ndt : sens incertain; il peut s'agir de pousser les gens à faire ce qu'ils n'ont pas envie de faire) alors qu'il n'y a pas un seul exemple de cette façon de "commander" dans les Ecritures. Nous avons de façon systématique liés de lourds fardeaux et les avons placés sur les épaules des hommes. Plusieurs d'entre vous, je le sais, ont même pris à volonté "la brebis" d'un autre (ndt : allusion probable à 2 Samuel 12:4) ainsi que sa maison, sans son consentement et sans scrupule. Mais comme le conseil dirigeant juif, vous feriez n'importe quoi pour éviter que les Romains "prennent votre place et votre nation" (ndt : allusion probable à Jean 11:48). Dans le même ordre d'idées, nous avons régulièrement protégé ceux "au-dessus de nous"; raisons avancées : "et si jamais nos critiques apprenaient ça" ou "ce serait une occasion de chute pour les plus faibles d'entre nous". Ceci constitue une violation directe des Ecritures - même nos Anciens qui pèchent doivent être repris publiquement "pour que les autres en aient de la crainte" (ndt : 1 Timothée 5:20). À cause de ces péchés et d'autres semblables, nous avons reçu notre récompense, via des louanges du pouvoir, via "de longues robes et des salutations sur les places publiques". Mais dans le même temps, les fils et les filles de Dieu ont été broyés.

 

Il n'y a aucune Jérusalem ou Antioche du mouvement, ni aucun Jésus ou Paul du mouvement. Nous n'avons pas d'hommes ayant reçu "l'onction" comme David et aucun homme qui représente l'espoir (ndt : unique) de Dieu pour le monde (ndt : allusion claire à des déclarations diverses faites au fil des années lors de différentes conférences mondiales des dirigeants).

 

Ce type d'arrogance peut-il vraiment être issu d'un "reste choisi selon la grâce" ? ou est-on en face de quelque chose de plus sinistre ? Ou si, comme Paul, nous croyons que nous sommes ce que nous sommes "par la grâce de Dieu", alors pourquoi n'avons-nous pas agi en accord avec cette conviction ? Pourquoi parlons-nous comme nous le faisons ?

 

Ce type d'arrogance scandaleuse a été non seulement à l'origine de nos perversions structurelles mais elle les a également entretenues. À Londres, nous sommes en pleine récolte du fruit de ce type de comportement. Nous nous sommes imposés aux autres et maintenant ils s'imposent à nous. Nous avons frappé les autres au nom de Jésus et maintenant ils nous frappent en retour, et c'est tout à fait compréhensible !

 

Regardez-nous. En à peine plus de 20 ans,  nous sommes partis des "quelques bienheureux"' pour aboutir à une dénomination en pleine éclosion. Et même davantage, à une hiérarchie corrompue avec plus d'outils de contrôle des personnes que l'Église catholique moderne et avec plus de fanfaronnades que les Pharisiens eux-mêmes. Au moins ils étaient des tombeaux blanchis – la véritable ampleur de leur arrogance était invisible aux yeux des hommes, seul Dieu la voyait. La nôtre est devenue évidente aux yeux de tous.

 

4. Notre Séduction Par l'Argent

 

·         "Vous ne pouvez servir Dieu et l'Argent". Les Pharisiens, qui aimaient l'argent, entendaient cela et raillaient Jésus. Matthieu

·         "…vous demandez et vous ne recevez pas, parce que vous demandez mal, afin de (tout) dépenser pour vos passions. Adultères! Ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimitié contre Dieu ? "
Jacques

·         "Ce n’est pas, en effet, aux enfants à amasser pour leurs parents, mais aux parents pour leurs enfants. Pour moi, je ferai très volontiers des dépenses, et je me dépenserai moi-même pour vos âmes."
Paul

Quand Jean a prêché dans le désert, son appel à la repentance concernait tous nos "trucs matériels" et notre attitude envers eux : un manteau, le contentement, l'extorsion (ndt  : allusion à Luc 3:10-14). Autant de choses tournant autour du même sujet : l'argent. Nous sommes membres d'un royaume où une très forte exigence pèse sur nos finances personnelles,  et encore plus en tant que dirigeants.

 

Cependant, comme le démontrent presque tous les exemples connus de religion ou de dirigeant religieux, une fois effective la corruption par le pouvoir et par des intérêts égoïstes, il est tout simplement impossible de résister à la séduction de l'argent et du profit injuste. C'est une banalité que de le dire. Et nous ne faisons pas exception à ce constat. De même qu'aucun des membres de l'élite religieuse du temps de Jésus ne faisait exception à ce constat.

 

Je continuerai avec quatre autres citations :

 

·         "L'attitude que nous avons envers notre argent et nos biens découle de ce qu'il y a de plus profond en nous, à la source même de notre existence"

·         "Notre intendance raconte une histoire révélatrice et a des conséquences multiples. Elle façonne notre biographie. En un sens, notre relation à l'argent est l'histoire de nos vies."

·         "Qui peut-être plus cupide qu'un homme pour lequel Dieu n'est pas assez ?"

·         "La première responsabilité d'un dirigeant est de définir la réalité "

Si ces Ecritures (ndt : les 3 citées en tête de chapitre) et affirmations (ndt : ci-dessus) sont vraies pour des Chrétiens "ordinaires", alors à combien plus forte raison s'appliquent-elles pour des dirigeants dans le Royaume de Dieu – ceux  "pour qui la fin des siècles est arrivée" et qui vivent "dans les jours qui sont les derniers" ?

 

Assurément, ceux d'entre nous qui prêchons l'évangile à plein temps devraient gagner leur vie par l'évangile (ndt : 1 Cor 9:14) . Mais quel style de vie ? Ne devrions-nous pas suivre l'exemple de simplicité des apôtres, ou même leur recherche constante et presque embarrassante d'une bonne conscience (ndt : du point de vue de l'argent) ? Cela ne ferait-il pas plus pour encourager le sacrifice parmi les saints que n'importe quoi d'autre ? Ou pour rétablir notre crédibilité bien mal en point ? Ou pour imposer le silence et la honte à nos critiques ?

 

C'est un domaine des Ecritures que nous n'avons clairement pas réussi à restaurer. Et nous savons tous pourquoi. Depuis des années, la séduction exercée par l'argent et la capitulation face à cette tentation touchent de plus en plus de personnes, particulièrement aux Etats-Unis. La vie de Jésus et son exemple personnel étaient une réprimande sévère face à la cupidité des Pharisiens. Mais quand il a défié leur hypocrisie, ils l'ont raillé. Quelle a été notre réponse ? Avons-nous raillé ? A-t-on essayé de réduire l'importance des mots du Seigneur ? Sa réprimande est claire : "Vous êtes ceux qui se font passer pour justes devant les hommes, mais Dieu connaît vos cœurs".

 

Si nous sommes ceux qui "définissons le Christianisme dans cette génération", que définissons-nous en termes d'argent et de matérialisme ? Si nous acceptons le postulat que notre première responsabilité en tant que dirigeants Chrétiens est de définir la réalité, alors assurément, il n'y a aucune réalité du Nouveau Testament que nous ayons déchiquetée plus que celle-là.

La raison en est simple : l'argent constitue l'épreuve du feu pour notre sincérité et notre spiritualité - et nous n'avons pas obéi aux exemples capitaux et aux instructions pourtant présents en masse dans les Ecritures : encore une raison pour laquelle je crois que c'est un péché systémique, mais particulièrement endémique à l'occident. (Ne me défiez pas sur la cupidité et je ne vous défierai pas sur le matérialisme). Beaucoup d'entre vous sont bien sûr une noble exception à ce constat, Mark et Nadine en étant une. Et certainement aussi les centaines de serviteurs qui travaillent dur dans des pays étrangers, particulièrement dans le Tiers-Monde. Mais en règle générale, et en particulier en occident, notre crédibilité en tant que qu'hommes logés au ciel (ndt : le sens de l'expression du texte original, "heaven-ward men" est incertain) tombe à toute vitesse sur la terre.

 

L'argent n'est pas simplement un outil, ni même une drogue - c'est un dieu. Un dieu que l'on doit non pas adorer, mais mépriser - particulièrement de la part des serviteurs à plein temps du Seigneur. L'évocation par Jésus de Mammon (ndt : personnification du dieu de la richesse) en présence des Pharisiens devrait tous nous pousser à faire une pause pour fouiller dans nos âmes. Mais au lieu de la prudence et de la crainte, qu'est-il advenu ?

 

Il y a maintenant tant de questions sur les parachutes dorés, la collecte des missions, des indemnités de salaire, du gâchis dans les dépenses, et le détournement de certains fonds que ça en devient effrayant. En tant que "clergé", nous avons permis l'organisation de retraites et de projets incroyables (ndt : le sens de "pet projects" est incertain; "projets capricieux" est peut-être une possibilité) : nous avons eu des retraites dans des ports, des retraites à la montagne, des retraites dans des châteaux et des retraites Hawaïennes, des expéditions de pêche en haute mer, des hôtels cinq étoiles, des suites présidentielles et des choses semblables; nous avons acheté sans besoin réel des billets en classe Affaires et même des abonnements aux championnats de basket-ball; sans aucun doute, nous profitons de salaires confortables, de maisons et d'avantages divers. Le plus on s'approche du haut de la pyramide (plus le facteur "de responsabilité" est élevé) – le mieux on est traité : salaires plus larges, seuils plus élevés pour les frais annexes. Nous avons les meilleures voitures, le meilleur matériel hi-fi et électronique, les meilleures maisons, les meilleures écoles, les meilleurs voisinages, les meilleurs vêtements et les meilleurs avantages.

 

Nous donnons des parachutes dorés à ceux qu'on oblige à démissionner quand d'autres qu'on "laisse tomber", après des années de bons et loyaux services, ne sont parfois pas même mentionnés à la réunion du "staff" suivante, comme si on était gêné (ndt : embarrassé) par ce qui s’est passé (ndt : la façon dont la situation a été traitée). Je reconnais que nous avons respecté certaines contraintes légales, mais c'est l'argent de Dieu et non le nôtre. Certaines apparences (ndt : l'auteur parle sûrement des apparences données par les dirigeants du staff) autant que de réels problèmes de cupidité ont maintenant amené des milliers de disciples à trébucher et à mettre en doute notre spiritualité. Un ancien Dirigeant de Secteur Géographique a résumé ainsi la situation "voilà des hommes qui accordent plus de valeur à leurs chèques de fin de mois et à tous les petits bénéfices qui les accompagnent plutôt qu'à la voix de leur conscience : pouvons-nous vraiment attendre de la sincérité de leur part ?" C'est une observation honnête, dépouillée de tout sentimentalisme, faite par quelqu'un de profondément ancré dans notre système de choses.

 

Je suis tout à fait pour casser le vase d'albâtre de temps en temps et même pour honorer des conférenciers venus d'autres églises. Je pense que c'est juste. J'ai personnellement participé à beaucoup de retraites et la générosité dont j'ai bénéficié de la part des dirigeants qui m'accueillaient et de leurs ministères a été pour moi une source de rafraîchissement. Et pour dire la vérité franchement, une grande majorité de Chrétiens sont plus qu'heureux de "récompenser" de cette façon les membres du staff qui travaillent dur. Ils sont reconnaissants pour notre œuvre et comprennent les pressions auxquelles nos familles et nous-même sommes soumis. Mais est-il juste ou responsable de continuer (ndt : à faire ce genre de choses) quand autant d'accusations et d'inquiétudes sont formulées ? Est-il juste d'avoir des dirigeants riches au milieu d'une ambiance de soupçon ? Est-il juste de mettre une occasion de chute sur le chemin de qui que ce soit si nous sommes des serviteurs de l'évangile ? Si oui, alors Paul dit que nous n'agissons plus selon l'amour. Et franchement, les dépenses liées à ce type de retraites ont-elles été rendues publiques ? En détail ? Ou seulement au travers d'un "pot commun" apparaissant sur l'une des diapos d'une projection ?

 

Un lien sacré de confiance s'installe entre ceux qui demandent et ceux qui donnent - un lien qui doit être maintenu à n'importe quel prix. Chaque euro que nous recevons et dépensons est une question d'amour et de respect pour nos Chrétiens, particulièrement les plus pauvres d'entre eux. C'est aussi une question d'intégrité personnelle et de crainte de Dieu. Nous ne sommes plus aujourd'hui au-dessus de tout reproche. Je ne suis pas en train ici de jeter la pierre (ndt : à quelqu'un en particulier). Je suis moi aussi coupable. Je suis moi aussi profondément convaincu de péché.

 

Nous n'avons pas d'autre choix que d'ouvrir les livres (ndt : de comptes) et être complètement transparents dans nos dépenses, en particulier celles qui pourraient transmettre ne serait-ce qu'un soupçon de cupidité. Mike Taliaferro m'a dit un jour : "Si tu ne peux pas en parler (ndt : le contexte laisse supposer le sens "si tu ne peux pas parler de quelque chose relatif aux finances") devant mille personnes, ce n'est probablement pas juste". Bon conseil. Nous devons à nouveau nous donner beaucoup de mal non seulement pour faire ce qui est juste légalement, mais aussi ce qui est comme Jésus, et également honorable aux yeux des hommes et de Dieu. Rendre des comptes précis et transparents - pas fournir des camemberts évasifs en fin d'année : c'est ça et seulement ça qui nous permettra de regagner la confiance totale et la bénédiction des saints, et en même temps d'avoir une conscience exempte de reproches face aux plus pauvres parmi nos brebis, les mamans célibataires de nos congrégations, face à ceux qui luttent semaine après semaine pour nous soutenir financièrement, et face à ceux de nos critiques qui aboient pour du sang.

Ne sommes-nous pas alarmés quand nous découvrons qu'un dirigeant communiste a une belle villa ? Ou quand des mollahs intégristes sont les seuls de leur village à avoir l'eau courante et la climatisation ? A combien plus forte raison l'église devrait-elle être effrayée quand le style de vie de ses dirigeants s'approche du "sommet de l'échelle", ou quand ces mêmes dirigeants transmettent un amour pour le monde ou un double standard (ndt : l'idée est "deux poids, deux mesures") ? Est-ce qu'on ne parle pas ici d'au moins un des péchés des fils d'Eli ? (ndt : 1 Samuel 2:12-17)

 

Parvenir à ce que notre vie reflète les mots contenus dans les Ecritures est un défi, j'en suis conscient (ndt : le sens de l'expression "to flesh out the words of scripture" est incertain; traduite littéralement, cela donne "donner de la chair aux mots des Ecritures"). Mais nous devons y arriver. Nous n'avons plus le choix. Trop de choses sont dans la balance. Que ça corresponde ou pas à la réalité, beaucoup d'entre nous donnent l'impression d'être des mercenaires, des VRP (Voyageurs Représentants de Commerce; ndt : le mot d'origine peut être littéralement traduit par "camelot"), des sépulcres blanchis, ou des prophètes assis à la table d'Ahab. L'évangile est en train d'être discrédité : nous n'avons pas d'autre option que de changer.

 

J'ai moi aussi des enfants et je veux le mieux pour eux. C'est un instinct naturel pour des parents. Mais qu'est-ce qui est vraiment "le mieux" pour eux ? Et l'acceptation d'une vie de simplicité et d'économie (même pour nos familles) ne devrait-elle pas être une coupe de plus, que nous, qui entrons dans le ministère à plein temps, devrions (ndt : être prêts à) boire ? Autre suggestion encore plus radicale pour notre façon de penser, n'est-il pas exact que les femmes des apôtres les ont accompagnés et ont travaillé pour que leurs maris puissent prêcher ? (1 Cor.9.3-6) Et pourquoi ça ? Pourquoi avaient-ils refusé d'ajouter ne serait-ce que quelques deniers à la charge de l'Eglise ? À cause de leur crédibilité personnelle et de leur désir d'être au-dessus du tout reproche. C'est un modèle de ministère qui a à peine été exploré. Je laisse ça à la considération de nos enseignants.

 

Frères et soeurs, nous devons nous demander, honnêtement : Est-ce que je me sens gêné ? Accusé ? Défensif ? En train de chercher des excuses ? Fier ? Aurions-nous honte de nous tenir devant nos membres les plus pauvres, nos veuves et nos mères célibataires, ou même devant nos critiques, honte de faire venir dans nos maisons -n'importe lequel d'entre eux- et de justifier le style de vie que nous menons à leurs frais ? Que nos salaires et nos styles de vie soient justifiables ou pas, qu'ils soient un héritage du passé ou pas, qu'ils soient issus d'une gestion de qualité ou de quoi que ce soit d'autre : en tant que serviteurs d'un royaume éternel, si ces salaires ou ces styles de vie sont critiqués par d'autres personnes que quelques membres en colère, ou sont en quoi que ce soit une occasion de chute pour le membre moyen, nous avons quelques sérieuses décisions à prendre.

 

Nous devons nous demander, honnêtement : Quel est le raisonnement qui se cache derrière "plus la sphère d'influence est grande, plus le salaire doit être élevé" (ndt : allusion probable à une déclaration ou un écrit justifiant la grille des salaires appliquée au sein du mouvement) ? Ce n'est pas nécessairement que l'on travaille plus ou plus dur. Peut-être est-on exposé à plus de pression. Mais même dans ce cas, ce type de modèle de salaire va complètement à l'encontre de l'enseignement et de l'exemple des apôtres. Paul : "regardés comme n'ayant rien et nous possédons tout" (ndt : 2 Corinthiens 6:10). Pierre : "je ne possède ni argent ni or" (ndt : Actes 3:6). Que vous l'acceptiez ou non, si l'argent est ne serait-ce qu'une petite partie de nos motivations, Jésus a dit que nous avons déjà reçu "notre récompense".

 

En tant que dirigeants, ne devrions-nous pas donner un exemple de la spiritualité et des sacrifices dont nous appelons les autres à faire preuve; en fait, que nous avons même exigé des autres ? Je vous laisse compléter les écritures correspondantes (ndt : correspondant à chacun des points ci-dessous)

·         Dans les sacrifices que nous faisons (dons à la collecte et style de vie) ?

·         Dans notre désir d'égalité ?

·         Dans l'exemple de véritable justice que nous manifestons ?

·         Pour donner un exemple du contentement et de la joie qu'il y a à vivre simplement ?

·         Pour faire tout notre possible pour soulager les fardeaux qui pèsent sur l'église ?

·         Pour que rien ne soit gaspillé ?

·         Pour nous identifier aux pauvres, plutôt que de les insulter ?

·         Pour que "toute forme de cupidité ne soit pas même mentionnée parmi nous" ? (Un texte que nous appliquons sans pitié aux péchés sexuels, mais qui révèle notre hypocrisie flagrante quand nous devrions l'appliquer à la cupidité)
(ndt : l'écriture ci-dessus -Ephésiens 5:3- utilise des mots assez différents dans la traduction anglaise; la traduction française de l'écriture a été choisie ici pour aider le lecteur; l'ensemble du commentaire entre parenthèses est par ailleurs délicat à traduire en étant fidèle au mot à mot; l'idée et le ton véhiculés sont par contre sans ambiguïté, et c'est leur retranscription qui a été privilégiée dans la traduction choisie ici)

·         Pour prouver que,  nous aussi,  sommes avant toute chose des disciples ?

·         Pour "montrer" que nous appartenons à une nation meilleure ?

·         Pour illustrer comment un disciple peut résister à la gangrène du matérialisme et de la société de consommation ?

·         Pour enlever des munitions aux critiques et être vraiment au-dessus de tout reproche ?

·         Pour imiter la pauvreté /simplicité propre à Christ ?

·         Pour que nos vies reflètent les vérités "Je suis crucifié avec Christ" et "le monde est crucifié pour moi comme je le suis pour le monde" ?

·         Pour rétablir ce qui définit clairement l'esprit et la pratique des apôtres : "pauvres, et nous enrichissons plusieurs"; "nous ferons très volontiers des dépenses, nous nous dépenserons nous-mêmes pour vos âmes" (ndt : la traduction française de l'écriture -2 Cor 12:15- a servi de base à cette retranscription; la traduction anglaise de ce verset n'utilise pas exactement les mêmes mots); "Nous n'avons pas usé de nos droits";  etc… ?

Même si nous n'avions pas poussé si durement nos Chrétiens à donner de l'argent, Dieu accorderait encore une grande importance à ce sujet, mais pas plus importante que la place qu'il lui accorde aujourd'hui, à cause de la façon permanente dont nous sollicitons nos chrétiens et dont nous obtenons par la contrainte ce que nous demandons. Nous avons exigé des sacrifices financiers extraordinaires de la part de nos membres, mais en comparaison, il semble que nous ayons exigé tellement peu de nous-même. En tout cas, si l'on en juge par "ce qui reste" (ndt : après qu'on ait donné) plutôt que par "ce qu'on donne" (ndt : valeur du don dans l'absolu).

 

Jésus a démasqué les Pharisiens et les a maudit pour leur cupidité "extérieure" (ndt : "ouverte"), leur cupidité "cachée", le "démenti" de leur cupidité et leur double-jeu. Il appelle ça "la séduction des richesses et l'invasion des autres convoitises" (ndt : Marc 4:19). Il nous a commandé de nous méfier de "toute cupidité"', même si l'argent concerné provient d'une source légitime comme une succession (ndt : Luc 12:13-15). Réfléchissez attentivement à ce qui suit : la cupidité est un des rares péchés spécifiques nommés dans le Nouveau Testament comme motif d'exclusion de la communion fraternelle (1 Corinthiens 5); et pourtant, dans le pays le plus riche, berceau de la société de consommation la plus extrême ayant jamais existé (les ETATS-UNIS), avez-vous jamais entendu parler de ne serait-ce qu'une personne mise au ban de la communion fraternelle pour cause de cupidité ? La cupidité est une idolâtrie, la cupidité est mensongère, et la cupidité nous coûtera "notre héritage dans le Royaume du Christ et de Dieu" (ndt : Eph 5:5). On parle d'un truc vraiment puissant ici.

 

Tout ou rien

Tous ces péchés structurels/systémiques se croisent et s'entrelacent. Ils continueront à dominer dans nos églises jusqu'à ce qu'ils soient attaqués, de façon universelle et "officielle". Parce que notre culture religieuse est basée sur l'homogénéité et le conformisme, cela doit être tout ou rien. Mais si le choix devient "quelques éléments" au lieu de tout ou rien, nous aurons des problèmes majeurs à régler. Dans ce cas, le seul moyen d'échapper ou de fuir leur influence permanente (ndt : semble parler de l'influence des problèmes identifiés inévitables, si le scénario qui survient consiste à garder "quelques éléments") serait de pratiquer ou d'exiger l'autonomie Biblique. (Je reviens là-dessus plus loin dans la lettre).

 

Comme je l'ai déjà dit, si nous continuons à tolérer nos péchés systémiques et je dis ça en pesant mes mots, notre propre salut pourrait être menacé, sans parler de notre unité et de notre crédibilité personnelle. Nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre le luxe de croire que nous sommes une exception (ndt : le contexte semble indiquer que l'auteur utilise le terme "nous" pour désigner les dirigeants dans leur ensemble; cela serait confirmé par ses nombreux apartés reconnaissant que, ponctuellement, des individus peuvent constituer une exception à certaines des choses qu'il dénonce), vaccinés, ou dispensés d'obéIr aux lois et commandements de Dieu; peu importe à quel point Dieu nous a utilisés dans le passé. Cela constitue (ndt : l'attitude consistant à se considérer à part) un des fruits les plus spectaculaires de l'orgueil.

 

Quand nous refusons d'être nous-mêmes confrontés (ndt : à nos péchés), ou quand nous devenons suffisants ou rebelles quand les Ecritures nous défient - même quand ça pénètre jusqu'au cœur - nous sommes en grave danger spirituel. Et la boucle de notre hypocrisie est bouclée . Nous aimons les révolutionnaires, mais surtout pas si ça aboutit à nous renverser. Nous citons les Béréens en exemple pour avoir demandé des comptes à Paul, mais surtout pas si c'est à nous qu'on demande des comptes. Nous aimons l'esprit radical de Josias, sauf si c'est pour déterrer nos os et les exposer (ndt : 2 Rois 23:16-20). Nous voulons des dirigeants de convictions, mais pas si leurs convictions les poussent à s'opposer à nous (ndt : le texte anglais comporte un jeu de mots très difficile à retranscrire en français). Nous aimons accuser les Pharisiens aveugles, mais refusons de voir le Pharisien qui est en nous. Nous aimons la simplicité de Christ - "seulement une chose est nécessaire" et celle des apôtres - "pauvres, et nous enrichissons plusieurs" (ndt : 2 Cor 6:10), à moins que ça ne nuise à notre confort.

 

Il y a un temps pour être patient et même pour dîner avec les Sadducéens et les Pharisiens,  et il vient un temps pour la colère et le renversement des (ndt : tables dans les) temples. Je crois que ce moment est arrivé. Nos erreurs et nos péchés doivent être vigoureusement attaqués et renversés. Christ s'est posé en adversaire d'un système religieux à l'époque, et il se pose en adversaire de notre système religieux aujourd'hui. Trop de choses sont en jeu. Notre lutte n'est pas contre la chair et le sang, mais contre les démons et leurs forteresses. Ce n'est pas le moment d'être lâches. Ce n'est pas le moment de calmement délibérer ou d'allumer des bougies au lieu de maudire les forces des ténèbres. C'est le moment de jeter un feu sur la terre (ndt : Luc 12:49).

 

Nous devons faire des excuses. Plus d' atermoiements, plus de problèmes mis sous le tapis. Nous ne pouvons pas passer à la suite sans reconnaître notre passé. L'avenir ne peut être brillant sans plonger les regards dans les ignominies de notre histoire. Je sais qu'en ce moment même, beaucoup de changements ont lieu dans plusieurs églises à travers le monde, mais avancer sans reconnaître notre passé est une énorme erreur qui continuera à nous hanter. Pourquoi faire des excuses publiques ? Nous humilier, devant Dieu et devant les hommes. Nous aider à devenir brisés et honteux de nos péchés. Faire la preuve d'une repentance et d'une restauration véritables. Rendre témoignage devant nos disciples bien-aimés que nous "percutons" - et de cette manière, ouvrir une porte de sortie pour les Chrétiens blessés et amers. Propager toutes les critiques valables, même si elles sont implacables. Mais plus important que tout, plaire à notre Dieu et peut-être, c'est ma prière, ramener une fois de plus au bercail ceux qui ont été dispersés à cause des blessures ou des abus subis ou d'une conscience qui ne pouvait pas vivre au sein de "notre système".

 

Problèmes et Soucis à Grande Echelle

Voici d'autres soucis que je veux apporter au débat - et je suis loin d'être tout seul - avec également des questions pénibles mais honnêtes, ainsi que des points de théologie agréés (ndt : jusqu'ici) mais qui méritent d'être débattus. Dans aucun ordre particulier :

 

1. Nous avons eu bien plus de 250 000 hommes et femmes ayant quitté nos églises. Beaucoup sont tombés dans leur foi, c'est sûr. C'est peut-être le cas de la majorité d'entre eux. Mais des dizaines de milliers sont parties avec leur Dieu (ndt : ils n'ont pas renoncé à leur foi). Nous n'arrivons tout simplement pas à admettre ça. "Quiconque quitte nos rangs, quelque soit la raison, est tombé dans sa foi (ndt : quitte Dieu)" : nous avons répété cette affirmation avec insistance, de façon irréfléchie. Cela a blessé et consterné beaucoup de personnes. Cette affirmation ne peut pas correspondre à la réalité, et la vérité est qu'elle est à la limite de la malhonnêteté. Nous savons, même si nous ne le reconnaîtrons pas publiquement, que nous avons nous-mêmes "retranché" par erreur des centaines de personnes ! Non, tous n'ont pas quitté leur Dieu - ils ont simplement quitté notre congrégation pour continuer leur chemin de leur côté. Admettons la vérité : des milliers ont été mis à l'index, repris, incompris, se sont lassés, ou ont été obligés de suivre leur conscience qui les poussait à partir. D'autres ont été dispersés par une direction dure et brutale (Ezechiel 34)

 

2. En rapport avec ça, mais loin d'en être la seule raison : il y a maintenant une sous-culture entière d'ennemis et de critiques qui refuseront tout simplement de partir (ndt : l'idée est "qui continueront à s'acharner") tant que nous n'admettrons pas publiquement nos erreurs et nos péchés, excuses à l'appui.

 

3. D'une façon générale, la confiance dans les dirigeants du mouvement (aussi bien envers ceux "réputés être des piliers" que ceux immédiatement "en dessous d'eux") est très sérieusement compromise. Mais encore plus urgent, la confiance envers les dirigeants des églises locales est elle aussi extrêmement compromise, et plus il y a eu proximité (ndt : entre les dirigeants des églises locales et les dirigeants les plus hauts placés), plus ceci se vérifie  (Londres est à l'heure actuelle la démonstration la plus criante et la plus furieuse de ce constat)

 

4. Notre culte de la personnalité a finalement été exposé au grand jour (ndt : littéralement "a été attrapé"; référence possible à la démission de Kip McKean et de plusieurs autres dirigeants de secteurs du monde) et a trahi notre immaturité et notre tendance à rechercher la faveur des hommes. Pourquoi avons-nous attendu si longtemps pour dénoncer cela ? Et, pour poser les questions dans l'ordre, pourquoi avons-nous laissé se développer cela ?

 

5. D'une façon générale, nous n'avons pas dirigé comme des hommes de courage et de conscience. J'ai bien peur qu'aux yeux de beaucoup de Chrétiens blessés et trahis (ceux qui ont fait confiance à notre direction et s'y sont soumis), nous soyons maintenant perçus comme des lâches et des adeptes du copinage, cherchant avant tout à plaire aux hommes et colporteurs de l'évangile. (A nouveau, Londres fait la preuve en ce moment même que ces sentiments existent et sont partagés - mais vous voyez exactement ce que je veux dire). Il est vrai que nous avons reconnu nos abus, notre légalisme, notre insensibilité, et notre obsession des nombres; mais nous avons également dit, à notre grande honte, que nous ne pouvions pas faire autrement. Pendant encore combien de temps les fils et les filles de Dieu devront-ils supporter cette direction par des arrogants ? Ou la lâcheté de prétendus "hommes de Dieu" qui ne font rien pour sauver ses enfants ? Encore plus effrayant, pendant encore combien de temps Dieu le supportera-t-il ? Nous ne nous sommes pas levés pour défendre avant toute chose les droits et les besoins de "nos brebis". Et peut-être encore plus détestable que cela, nous sommes de façon presque systématique venus au secours de nos bergers d'abord, et pas de nos brebis. Honte à nous tous!

 

6. Malheureusement, trop de nos prophètes mangent à la table des rois et ne prendront simplement pas le risque de perdre leur confort, leur sécurité financière ou le doux plaisir provoqué par les compliments publics. Partout dans le monde, des chrétiens sont blessés et amèrement déçus que des hommes pieux n'aient pas l'amour ou la conscience nécessaire pour faire ce qu'ils croient être juste en faveur de ceux dont ils sont censés prendre soin. Mais comment peut-il vraiment en être autrement ? Notre propre personnel du "staff" (ndt : il semble être question ici, d'après le contexte, des dirigeants du "staff" situés en dessous des dirigeants principaux) souffre aussi; ils sont aussi les victimes de monarques égoïstes et d'abus depuis l'intérieur "du système". Ils sont pris en sandwich par les tirs croisés, ceux venant d'en haut et ceux venant d'en bas. Je sais que ça va sembler dur et injuste d'entendre ça, et dans une certaine mesure ça l'est, mais ils ne sont pas rares, ceux qui à Londres veulent que des membres du "staff" spécifiques soient mis à la porte- plusieurs vont même jusqu'à demander le départ de l'équipe dirigeante tout entière, simplement du fait de la frustration - je vous épargnerai leurs commentaires. Ils se sentent utilisés et trahis.

 

7. Nous supportons facilement dans nos églises les "super apôtres" et les dirigeants durs ou tyranniques - ceux qui aiment "nous frapper au visage" - simplement pour des raisons d'unité ou de loyauté mal placée. Ou plus troublant, parce que "nous n'avons personne d'autre à mettre à leur place".  Mais il est pourtant sûr qu'une église sans dirigeant (et consolée par l'Esprit) vaut mieux qu'une église avec un mauvais dirigeant (qui éteint l'Esprit) ! Peu de choses me fendent autant le cœur que de voir des hommes que j'aime et que je respecte prendre des décisions basées sur "la loyauté" , le fait que ce soit "plus pratique pour nous",  "les années de service" et "l'échange de bons procédés". Avec un mépris total de la morale ou de ce qui est agréable à Dieu.

 

8. La Conférence de Los Angeles prétendument axée sur l'Unité et la Direction était sans doute sincère et avait de grandes intentions : il est triste qu'elle n'ait de nouveau pas réussi à aborder nos réels problèmes du moment - nos péchés systémiques. Avant même que cette conférence n'ait eu lieu, un dirigeant de secteur géographique exprimait son ressenti ainsi :

Le mouvement aujourd'hui est devenu une farce. Les dirigeants les plus haut placés vont se retrouver dans une semaine pour discuter du gouvernement, alors que Rome brûle. Les âmes de 250 000 tombés poussent des cris contre la structure qui constitue le fondement même de nos églises, pourtant, si leur valeur globale (ndt : des 250 000 tombés) ne peut pas inciter à présenter des excuses officielles, une réunion des dirigeants mondiaux n'y parviendra pas davantage.

Plusieurs d'entre vous qui y avez participé (ndt : à la conférence de Los Angeles) le savent peut-être déjà – mais votre annonce publique après l'événement a d'ores et déjà été accueillie avec un degré de suspicion, voire même avec du cynisme. "Encore des remises à plus tard, pas assez de profondeur, pas assez de substance, qu'est-ce qui va réellement changer ? " "Pourquoi devrions-nous encore faire confiance à ces gars-là ?" "Ils ne se sont jamais levés quand il aurait fallu le faire, pour quelle raison devrions-nous croire qu'ils ont maintenant de l'intégrité et du courage ?". Notre manque d'unité et nos relations déréglées ne proviennent pas "d'un modèle structurel qui a pris le dessus sur les besoins spirituels de nos églises", mais constituent le fruit que génère aujourd'hui une hiérarchie corrompue, soutenue et contrôlée par notre nature de pécheur – orgueilleuse et égoïste. C'est aussi simple que ça.

Pourquoi ne parvenons-nous pas à le voir ? Tant que nos péchés systémiques ne seront pas analysés et exposés de façon impitoyable, en les confrontant à une théologie juste, même si c'est douloureux, nous ne serons jamais unis de nouveau. Ces péchés systémiques sont la chose qui nous divise et qui nous divisera toujours. Notre lutte n'est pas contre la chair et le sang, mais contre des forteresses démoniaques. Même les Pharisiens – un groupe en apparence unifié, ne furent jamais vraiment unis. Paul était un Pharisien parmi les Pharisiens. Mais selon ses propres termes "nous vivions dans la méchanceté et dans l’envie, odieux et nous haïssant les uns les autres" (ndt :  Tite 3:3).

 

La preuve : n'est-il pas vrai, soyez honnêtes, que plusieurs d'entre vous sont toujours en colère et médisants, veulent "la peau de un tel et un tel",  sont prêts "à abattre un tel et un tel" ? (ndt : la traduction française donne quelque chose d'assez violent, mais le texte d'origine transmet une intensité comparable). N'est-il pas vrai que beaucoup d'entre vous, soyez honnêtes, se battront toujours bec et ongles pour ne pas perdre votre "position" de dominant ou pour ne pas devoir renoncer à votre besoin de contrôler et de contraindre les autres à se plier à votre vision des choses ? Et n'est-il pas tout aussi exact que presque personne ne démissionne (peu importe ce que peuvent être ses problèmes ou depuis combien de temps ils durent) sans en avoir été "persuadé" par de sérieuses conversations ? Je sais que c'est la vérité. Pour certains, j'ai entendu vos propres voix sur mon téléphone. La question est : pourquoi est-ce que c'est vrai ?

Des changements structurels, plus d'autonomie pour les églises locales, la démission de quelques dirigeants haut placés, des réunions pour être honnête,  et des forum ouverts ne seront tout simplement pas suffisants. Nos problèmes sont tellement plus profonds que cela. Tellement plus profonds en fait, ils sont démoniaques et doivent donc être "exorcisés". Des perversions structurelles et systémiques nous ont étranglés, ont étranglé nos relations, notre intégrité et notre unité.

Pourquoi ne pouvons-nous pas voir ça ? Pourquoi refusons-nous de le voir ? Tout cela est douloureux et très décourageant. On est parti pour changer quelques têtes et réunir tous les 6 mois une session de travail "sur les problèmes et la coopération" : cette solution est très discutable (ndt : autre traduction possible : "cela prête à controverse".

 

9. Il y a, dans nos églises, un fossé significatif, et même gigantesque, entre "le clergé" et "les laïcs". Le "sacerdoce de tous les croyants" (ndt : 1 Pierre 2:5 et 2:9) est aujourd'hui sérieusement remis en question. Le manque de voix, l'incapacité à comprendre et à s'identifier avec "ceux qui sont dans les tranchées", le manque de représentation de non-membres du "staff" au sein des organes prenant les décisions, le manque de dirigeants disposant du "mandat légitime" de ceux qu'ils dirigent, le manque de transparence, les différences dans les grilles de salaire aussi bien que les styles de direction despotiques - et ces sièges du premier rang sans cesse raccommodés (ndt : le sens est incertain; il est possible que l'auteur fasse de nouveau allusion aux dirigeants maintenus en place malgré des péchés parfois évidents et répétés) – tout cela contribue à sans cesse accroître le problème (ndt : le fossé entre le clergé et les laïcs).

 

10. Comment se fait-il qu'un si grand nombre de nos dirigeants les plus haut placés aient mis aussi longtemps à se repentir ? Ou aient refusé d'être eux-mêmes formés alors qu'ils sont les têtes de pont d'un "mouvement basé sur la formation" ? Pourquoi certains ont-ils mis des années à se repentir ? Qu'a fait pendant tout ce temps le " groupe de formation" des Dirigeants de Secteur du Monde ? Pourquoi est-ce que nos Enseignants et Anciens du Royaume n'ont-ils pas davantage joué le rôle de prophètes ? (ndt : les termes "Kingdom Teacher" ou "Kingdom Elder" font référence à des titres d'influence accordés à quelques personnes uniquement, en reconnaissance de leur compétence et/ou de leur expérience; ces personnes sont censées donner un exemple et une formation à tous les enseignants et les anciens de toutes les églises du mouvement). Ou pourquoi nos groupes de formation de Dirigeants de Secteur Géographique n'ont-ils pas été plus courageux ? (ndt : ces groupes qui se réunissent à quelques occasions dans l'année, sont l'occasion pour les Dirigeants de Secteur Géographique de se retrouver sous l'animation/direction du Dirigeant de Secteur du Monde dont ils dépendent; ils sont censés être le siège d'une formation bi-directionnelle, entre DSG, mais aussi entre les DSG et leur DSM). Nos bons auspices systématiques et notre loyauté mal placée n'ont-elles pas encouragé, voire même récompensé l'auto satisfaction spirituelle (ndt : des DSM) ? "Mais tu ne comprends pas", "nous étions muselés", "impuissants", nous "avons essayé, mais il n'y avait rien que nous puissions faire", ''il fallait être présent pour bien comprendre la dynamique" et "Ne soit pas naïf ". Ces affirmations constituent contre nous un double acte d'accusation : la preuve est faite que nous sommes une culture religieuse qui utilise la peur et l'intimidation pour contrôler les gens; la preuve est également faite que nous sommes une culture de lâches qui évitent les conflits à tout prix – cela se vérifie jusqu'au sommet de la hiérarchie. Il y a quelque chose d'embarrassant dans nos standards à 2 vitesses et notre double jeu. Nous nous attendons à ce que les non Chrétiens changent de façon radicale (qu'ils abandonnent leurs familles, leur carrière, leurs relations et leurs dépendances en quelques semaines, voire en quelques jours, on exige même ça d'eux pour qu'ils puissent être baptisés) mais beaucoup de nos dirigeants les plus haut placés se voient accorder des années pour se repentir et pendant tout ce temps, ils gardent leur position d'autorité et continuent à nous lancer des défis pour qu'on transforme nos vies !

 

11. La lettre de démission du Kip, bien que sincère, n'est pas suffisante. Sa lettre était très émouvante (j'ai pleuré pendant deux jours), mais sa vie personnelle et ses échecs en tant qu'homme ne sont pas vraiment le problème. Tout le monde pèche. Beaucoup de dirigeants trébuchent et continueront à trébucher, y compris de grands hommes de Dieu. La vérité est que, de la manière dont nous avons structuré et soutenu les choses, la chute de Kip était Bibliquement inévitable. Le problème principal est que Kip ne s'est à aucun moment attaqué aux "péchés spécifiques de notre système". Il ne les a même pas mentionnés, sans parler de les condamner .

On ne parle plus ici de Kip ou de quelques démissions chez certains dirigeants haut placés, - l'avenir et l'intégrité de notre mouvement sont en jeu. Notre hiérarchie, notre structure de formation "formalisée", notre légalisme et nos abus systémiques doivent être admis comme ayant été un échec - peu importe à quel point c'est pénible pour n'importe lequel d'entre nous, y compris Kip. C'était une expérience religieuse formidable et sincère et Dieu a travaillé à travers nous, malgré nos erreurs et nos doutes, mais le vin nouveau implique des outres neuves.

 

12. L'enseignement et la croyance que nous sommes, ou que nous ayons jamais été, la "Seule Véritable Église". Cette affirmation est clairement arrogante et offense nécessairement (ndt : quiconque l'entend). Comment pouvons-nous savoir ça ? Au mieux nous sommes seulement une partie de la véritable église universelle de Christ, Son corps – la manifestation visible de Christ sur la terre. Nous sommes l'église, je suis d'accord. Et nous sommes la véritable église, je suis d'accord. Mais c'est une erreur de dire que la "Seule Véritable Eglise" est constituée par les membres des Eglises du Christ Internationales et par les frontières définies par leur organisation. C'est même une hérésie. C'est vrai, je n'ai pas personnellement pas eu l'occasion de rencontrer d'autres groupes à proprement parler "comme nous", mais même le prophète Elie était aveugle aux desseins élevés de Dieu dans sa génération - et il était réellement un homme inspiré. Ne pouvons-nous  pas être aveugles nous aussi ? Nous connaissons plusieurs groupes qui enseignent le même plan de salut - beaucoup d'entre nous viennent de ces milieux.

Bien que nous puissions nier en public que nous enseignons cela en tant que tel – en tout cas au moins en face de la Presse et de nos critiques - beaucoup d'entre nous, particulièrement le disciple moyen, s'accrochent à cette conviction au point d'en faire une question de vie ou de mort. Je ne cesse d'entendre cette affirmation encore et encore,  mais elle est impossible à prouver, elle est parfaitement arrogante, elle ne peut pas être théologiquement défendue et elle doit être répudiée. Pour que les choses soient claires, je ne suis pas en train de dire que "les autres églises sont sauvées" –parce qu'il n'y a toujours eu qu'une seule véritable église. Mais il sera toujours impossible de connaître ses frontières organisationnelles. Seul Dieu connaît ceux qui lui appartiennent (ndt : 2 Timothée 2:19). Et il nous réserve toujours plein de surprises. Récapitulons : Nous sommes l'église, mais nous ne pouvons pas dire que les Eglises du Christ Internationales sont la "Seule Véritable Eglise". Nous sommes uniquement des Chrétiens, mais nous ne pouvons pas dire que nous sommes les uniques Chrétiens. Notre liste de membres ne constitue pas la plénitude ou le mystère du corps invisible et spirituel de Christ.

 

13. Avec le temps, nous sommes devenus une dénomination. Nous sommes passés en à peine plus de 20 ans d'un "groupe de frères ambulants" aux Églises du Christ Internationales (ndt : en anglais, l'abréviation donne "ICOC"). Je sais que c'est dur à entendre, d'autant plus que nous condamnons ce même processus dans notre étude sur "La Parole". Mais ça n'en est pas moins vrai. Et je suis simplement en train de dire ouvertement ce que beaucoup d'entre nous pensent en privé. Nous sommes les "Eglises du Christ Internationales" et nous avons un fondateur reconnu, Kip (jusqu'à nouvel ordre, cette affirmation, répétée maintes fois sur KNN, n'a pas été abandonnée; c'est bien ce qui a été enseigné). "Je suis dans les ICOC " est maintenant une maxime parmi nombre de nos membres (ndt : le terme anglais ICOC est repris dans la traduction; la phrase à laquelle l'auteur fait référence a manifestement été utilisée uniquement par des chrétiens d'Eglises anglophones). Pour ma part, je trouve cette déclaration offensante, comme dans, "Mon Sauveur est J.C."; mais cela prouve ce que je souligne.

Nous avons une hiérarchie bien définie. Nous avons notre propre quartier général. Nous avons un vocabulaire et une terminologie qui nous sont propres. Nous avons une théologie unique en son genre et nous savons – très précisément - qui est et n'est pas sur notre liste de membres. Nous suivons dans toutes nos églises, à de petites nuances près, les mêmes modèles et traditions. Et les mêmes péchés systémiques sont sans aucun doute répandus. On n'a de communion "fraternelle" avec personne d'autre (ndt : compte tenu du contexte, l'idée est "en tant que mouvement") . Nous avons des sites Web "officiels", des publications "officielles", des organes d'information "officiels" et un panel de décideurs "officiels". Nous sommes bel et bien devenus une dénomination. Nous avons un éléphant rose sur la table du salon et la tête dans le sable. Ce qui n'est pas une bonne combinaison (ndt : on pourrait traduire bibliquement "ce qui constitue un attelage disparate").

Nous avions au départ un dirigeant implicitement reconnu par tous, nous étions une bande de frères en haillons, les balayures du monde et le rebut de tous (ndt : 1 Corinthiens 4:13), de l'appel à la valise unique (ndt : allusion au défi que se sont donnés, au début du mouvement, les premiers missionnaires partis vivre à l'étranger pour implanter des églises; quand il s'agissait notamment d'aller implanter une église dans un  pays du tiers monde -Inde par exemple-, les membres de  l'équipe missionnaire -au moins les dirigeants- s'obligeaient de plein gré à ne prendre avec eux pour tout bagage qu'une unique valise), nous avions des convictions personnelles et faisions des sacrifices volontaires, nous faisions des collectes exceptionnelles complètement spontanées et n'avions pratiquement aucun compte à rendre chaque semaine et aucune statistique à remettre en fin de mois, nous étions remplis de joie, de prière et de foi avec nos cartes à trois dollars accrochées au mur, jouant des coudes pour implanter des églises dans les pays étrangers; nous sommes aujourd'hui un mouvement, une famille d'églises, une affaire de famille, une société et maintenant une dénomination pure et simple. Qu'est-ce qui nous est arrivé ? Nous avons remplacé une direction de l'Eglise véritablement guidée par l'Esprit par quelque chose qui n'a rien de spirituel, mais qui flirte avec la direction monarchique exercée dans certaines entreprises.

 

14. Notre mouvement n'est pas "le Royaume". Le Royaume est plus grand que l'église ou que n'importe quel mouvement d'hommes. Nous sommes des Chrétiens, les citoyens privilégiés de ce royaume, mais rien de plus. Nous sommes baptisés dans le royaume et nous avons un Roi, mais le "royaume de Dieu" est infiniment et éternellement supérieur à un mouvement religieux ou à une liste de membres. Pourquoi est-ce que nos enseignants n'ont pas renoncé à cet enseignement ou au moins imposé un débat sur ce point ?

 

15. KNN, bien qu'extrêmement encourageant par moments, est de plus en plus considéré comme un outil de propagande pour imposer un peu plus nos pratiques "agréées" et nos systèmes de croyance. KNN est là pour affermir (ndt : les idées et pratiques déjà en place), par pour explorer (ndt : de nouvelles idées ou pratiques). KNN aboutit à un conformisme de façade et pas à une réelle unité. Il n'y a sans doute rien qui ait autant contribué à notre culte de la personnalité que KNN.

 

16. Le don par la contrainte est pratiqué, à très grande échelle. Bien sûr il y a beaucoup de disciples sincères et généreux qui aiment donner, mais le fait demeure : tous les mécanismes mis en place pour recueillir la collecte ne sont pas concentrés sur le coeur, ou sur le fait de faire des offrandes motivées par l'amour, ou encore sur un vrai souci des conséquences spirituelles que notre système "d'extorsion" a sur le Chrétien moyen (ndt : le terme extorsion est souvent utilisé dans un contexte de malhonnêteté ou de menace; pourtant la définition du Petit Robert indique pour le verbe "extorquer" : obtenir quelque chose sans le libre consentement du détenteur; c'est très exactement l'idée de l'expression utilisée dans le texte original, c'est pourquoi le terme "extorsion" a été choisi ici). Ce n'est même pas ce qui est le plus important. La concentration est sur les points suivants : rendre des comptes, vérifications minutieuses, suivi intense, et pression relayée par des hommes. Quand un Chrétien est réduit à "un multiple" (ndt : sens de l'expression d'origine incertain), pisté pour sa dîme, mis sur des feuilles de calcul officielles accessibles à tout le monde, pour que les dirigeants de secteur "puissent savoir ce qui se passe" (ndt : littéralement "puissent être au sommet") - tout ça pour maintenir en place des budgets que nous avons créés, c'est de l'extorsion. Que nos plans et la façon dont on dépense l'argent soient nobles ou pas, ce type de don (obtenu via de la manipulation et du contrôle ) est complètement étranger à l'esprit du Nouveau Testament. Vous le savez aussi bien que moi, mais pourquoi continuons-nous à pratiquer ça ? La façon dont nous "parvenons à obtenir l'argent " dont nous nous assurons "que les budgets planifiés soient atteints" est devenue une de nos pratiques les plus envahissantes et les plus destructrices en matière de grâce. Et ça a créé des mauvaises attitudes inexprimées.

À mon avis, Londres est devenu un des ministères les plus économes et responsables de notre famille d'églises, pour ce qui concerne l'intégrité dans le domaine des finances. Comparés à la plupart des dirigeants occidentaux, les membres du "staff" de Londres sont très économes et consciencieux pour ce qui touche aux apparences. Mais même ici, le retour de bâton (ndt : initié par les membres de l'église) à propos des finances a été brutal et implacable. Pour reprendre les termes d'un dirigeant de région, certains se voient investis "d'une mission divine". Pourquoi ça ? Nous avons principalement ici le résultat d'une part des manœuvres utilisées pour " leur faire donner leur collecte", et d'autre part de la pression exercée pour faire rendre des comptes de semaine en semaine, et de mois en mois, à l'opposé d'une collecte donnée dans la joie. Les dirigeants ici sont mis sur la sellette pour justifier leur style de vie sur le dos de l'église.

Ceux qui donnent avec joie pardonnent facilement, et n'en font pas toute une histoire, allant même jusqu'à défendre le style de vie et les dépenses de leurs dirigeants. Mais ceux à qui on a transmis le fait de donner leur collecte comme une obligation et un fardeau, ou qu'on a poussés à se sentir coupables de rater leur collecte vont réagir très durement à tout ce qui, pour eux, ressemble de près ou de loin à un abus dans le domaine des finances. Que cet abus soit réel ou non. C'est comme ça que les choses se passent - et c'est logique !

Prenez seulement les versets suivants, extraits de 2 Corinthiens 8 et 9 : (dans leur ordre d'apparition) " la grâce de Dieu qui s’est manifestée "; " leur joie débordante "; "de riches libéralités ";  "de leur plein gré";  " ils nous ont demandé avec beaucoup d’insistance la grâce de participer à ce service en faveur des saints "; " ils se sont d'abord donnés eux-mêmes"; "cette œuvre de grâce "; " je veux éprouver la sincérité de votre amour "; " l'empressement des autres"; " pour la gloire du Seigneur "; " Nous voulons éviter qu’on nous blâme "; " comme une libéralité ";  "la preuve de votre amour";  " des raisons que nous avions de nous glorifier à votre sujet "; " votre bonne volonté "; " votre zèle "; " votre libéralité "; " non comme un acte d’avarice "; " comme il l'a décidé dans son coeur " ; " sans tristesse ni contrainte "; " Dieu aime celui qui donne avec joie " etc... Avec la pression que produit les mécanismes que nous avons mis en place pour faire rendre des comptes, cette sorte de don profondément personnel et spirituel est impossible. Point final.

"Si on ne les aide pas a être responsables, ils ne donneront pas". Ainsi soit-il. Enseignons davantage, prêchons davantage, allons même jusqu'à rappeler des commandements quand c'est nécessaire (1 Timothée 6). Basons nos budgets sur ce qui résulte du don authentique, pas sur des prévisions que nous avons mises en place pour faire avancer nos propres priorités, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. Une fois que nos promesses de dons sont connues, nos budgets doivent s'y adapter, et pas l'inverse. Certains ont même eu l'audace de suggérer la possibilité de " taxer certaines églises" en cas de retard dans les collectes des missions ! Je crois que c'est comme ça que commencent toutes les révolutions.

 

17. Nous avons fait peser sur nos membres des buts de collectes exceptionnelles et des budgets qui pourraient être réduits de façon drastique s'il n'y avait pas autant de gaspillage, ou si nous arrêtions de faire des dépenses inconsidérées pour des choses dont nous n'avons pas vraiment besoin; autre élément qui irait également dans le sens de limiter les dépenses inutiles : impliquer des membres ne faisant pas partie du "staff" dans la gestion des finances, et soumettre nos dépenses à leur validation.

 

18. Il y a une grande injustice dans l'énergie avec laquelle nous cherchons à veiller sur les besoins de nos dirigeants Occidentaux par rapport à leurs homologues des pays du Tiers-Monde. Les soins médicaux, les salaires, la couverture sociale, les droits en terme de retraite auxquels ont accès nos pairs dans les pays du Tiers Monde n'ont rien à voir avec ce dont nous bénéficions nous (ndt : les dirigeants œuvrant dans les pays occidentaux). N'y a-t-il rien que nous puissions faire pour rectifier ce déséquilibre ? Où est la justice ? Où est l'égalité ? Où est le souci de leur situation ?

 

19. Conformisme et unité sont deux choses différentes. Prenez l'exemple de Jean le Baptiste et de Jésus – l'un chantait des complaintes, l'autre jouait de la flûte (ndt : Matthieu 11:17). L'un mangeait des sauterelles, l'autre buvait du vin. Ces deux monuments ont vécu à la même époque et se sont côtoyés : vous ne trouverez pas la moindre trace d'une tentative de la part de l'un ou de l'autre pour imposer un conformisme (ndt : pour obliger l'autre à se conformer à sa propre façon de faire). Mais ils prêchaient tous les deux le même message : repentez-vous. Ou prenez encore la controverse intense entre Paul et Barnabas (ndt : Actes 15:39) - là encore pas de conformisme forcé enttre ces deux-là; ni même entre quelqu'un qui était un apôtre inspiré  et quelqu'un qui ne l'était pas, Appolos (ndt : I Cotintiens 4:6; 16:12). Le conformisme n'a pas davantage été exigé entre Juifs et Païens, ou même entre apôtres et apôtres. En revanche, pour ce qui nous concerne, nous nous sommes obligés au conformisme et nous sommes ensuite vantés à la face du monde que nous étions unis en pensée et en esprit. La véritable unité ne peut être basée que sur la liberté. Elle est basée sur des rapports imprégnés d'amour et de respect mutuel, et pas sur des règles imposées ou sur un grade quelconque.

L'unité vraie, sincère et biblique est atteinte par la prière (Jean 17) l'humilité et l'abandon de chacun (Éphésiens 4), par le refus d'aller au-delà de ce qui est écrit ou de prendre le parti d'un homme contre un autre (1 Corinthiens 4) et par la crainte de Dieu. Cette unité-là est un commandement. Une telle unité est sans aucun doute bien plus difficile à atteindre, mais elle est authentique et pas artificielle ou forcée. La véritable unité se réjouit du don de Dieu que constituent nos différences, et se révèle quand les différences d'opinions et de styles de direction ne nous empêchent pas d'être des amis (ndt : qui prennent plaisir à être ensemble; le terme utilisé dans le texte d'origine fait référence à la communion fraternelle). C'est seulement par une unité de ce type que "tous connaîtront que nous sommes des disciples". Le conformisme forcé engendre toujours de la rébellion pure et simple. Et plus nous avons d'expérience, plus nous devrions comprendre cela.

 

20. Le concept de partenaires de formation, tel que pratiqué aujourd'hui dans la plupart de nos églises, a été un échec. Notre formation pyramidale, avec tous ses " petits chefs ",  a sans doute fait plus de dégâts, occasionné plus de cœurs meurtris et généré plus de critiques que n'importe quoi d'autre. Pour des dizaines de milliers de disciples sans formation (ndt : au sens sans préparation et sans expérience) et " pas spirituels ", des conseils sont devenu des permissions, des avis sont devenus des ordres et la dignité et le "droit" à la liberté que Dieu nous a donnés ont été niés. Dans beaucoup de cas, la nature de notre hiérarchie et notre théologie du "baptême à tout prix", se sont mélangées avec notre nature pécheresse pour donner des résultats désastreux. Paul a dit, " Je suis libre à l'égard de tous " (ndt : 1 Corinthiens 9:19) et, s'adressant aux Corinthiens, " Vous avez été rachetés à un (grand) prix; ne devenez pas esclaves des hommes ".  C'est un commandement de Dieu, pas juste un bon conseil. Paul a par ailleurs dit aux Galates, "' C'est pour la liberté que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme, et ne vous laissez pas remettre de nouveau sous le joug de l'esclavage "

Dans nos relations de formation, nous pouvons avertir, supplier, faire part de nos expériences, et bien-sûr ouvrir les Ecritures. Mais au bout du compte, chaque Chrétien doit  travailler "à son propre salut avec crainte et tremblement" (ndt : Philippiens 2:12). L'ingérence "au forceps" dans ce qui constitue des questions d'opinion est tout simplement inacceptable. Faire jouer un quelconque grade pour imposer sa façon de penser est un péché (ndt : le terme d'origine, "pulling rank", parvient à transmettre la même idée, avec beaucoup moins de mots). Un homme de Dieu cherchera des conseils, mais un autre homme de Dieu n'obligera jamais à suivre ses conseils. Bien sûr, certains vont trébucher et prendre de mauvaises décisions – voire même dans certains cas des décisions désastreuses - mais ça reste leurs décisions, pas les nôtres. Nous avons pris l'habitude de nous poser en juges de la liberté d'un autre homme; de la vie d'un autre homme. Mais qui sommes-nous pour juger ? L'Ethiopien met en pièces chacun des principes que nous nous nous sommes donnés pour la formation. Il a été laissé encore tout trempé et Philippe a été immédiatement enlevé. Sommes-nous plus sages que Dieu ? Ou plus compétents que l'Esprit de Dieu ?

Nous avions au départ de bonnes intentions, mais les péchés systémiques corrompent tout ce qu'ils touchent. Ce qui était au départ un désir sincère de protéger les brebis a dégénéré dans un mécanisme de contrôle. Il n'y a aucun doute là-dessus. La mise en place de relations de formation imposées est devenue tellement cruciale au maintien de notre système que le fait de dire " non, merci " a provoqué, dans certaines de nos églises, l'exclusion pure et simple. La phrase que Kip a prononcée un jour à Los Angeles est maintenant célèbre dans le monde entier (ndt : citation inconnue). C'est pourquoi un Chrétien sincère pourrait en venir à se poser la question " Est-ce que c'est un péché de ne pas avoir un partenaire de formation". Au fait, est-ce que ça en est un ?

Une grande proportion des conseils donnés depuis des années, certains d'entre eux assez effroyables, a simplement reflété les buts ou les " priorités " égoïstes de ceux qui les donnaient, ou de ceux "au dessus d'eux" dans le Seigneur. Cela a également été le reflet de la conviction que les Chrétiens sont en général incapables de plaire à Dieu sans l'interférence d'un autre homme ! Nous pouvons toujours essayer de nier ce point ou de noyer le poisson par des explications alambiquées  (ndt : le terme d'origine, "spin", parvient à transmettre la même idée, avec beaucoup moins de mots), c'est ce qu'une majorité écrasante de nos Chrétiens croient et pratiquent, parce que c'est ce qu'ils perçoivent comme étant la réalité.

Mais que disent les Ecritures ? Dieu " fera en sorte que nous suivions ses  presciptions " (ndt : Ezechiel 36:27). Nous sommes "un sacerdoce royal " (ndt : 1 Pierre 2:9), nous sommes " pleins de bonté " et " capables de nous avertir les uns les autres " (ndt : Romains 15:14), nous sommes " des hommes intelligents " qui devons " juger nous-mêmes " (ndt : 1 Corinthiens 10:15) et pouvons " éprouver ceux qui se disent apôtres, et ne le ne sont pas" (ndt : Apocalypse 2:2) et qui un jour " jugeront le monde" et "les anges" (ndt : 1 Corinthiens 6:2-3). Même les hommes "de peu de pouvoir ou d'importance" pouvaient , dans l'église (ndt : du premier siècle) susciter des controverses majeures entre croyants. Nous sommes rois, sacrificateurs et fils de Dieu, nous n'avons à dépendre d'aucun homme. Nous sommes remplis du Saint Esprit de Dieu et nous possédons la Parole de Dieu. Nous avons un Souverain Sacrificateur (ndt : Hébreux  4:14-15), un Médiateur (ndt : 1 Timothée 2:5) et un Avocat (ndt : 1 Jean 2:1) auprès du Père.

Je ne conteste pas la somme phénoménale de bonnes choses qui a été générée par des relations "de formation" selon Dieu - mais en tant que pratique imposée de manière formelle par l'autorité, elle est vouée à l'échec et doit donc être détruite. Pourquoi ? " Parce que là où est l'Esprit du Seigneur est, là est la liberté " (ndt : 2 Corinthiens 3:17)

 

21. La "Pax Americana" doit cesser (ndt : référence à la "Pax Romana" qui s'étendait au temps de l'Empire Romain; pour plus de détails, voir par exemple la page WEB suivante : http://his.nicolas.free.fr/Histoire/Panorama/Antiquite/GauleRomaine/PaixRomaine/PaixRomaine.html)

 

22. En général nous avons protégé le berger et pas les brebis. Je comprends le besoin de loyauté. Il y a des hommes qui m'ont fait des faveurs, qui m'ont tiré d'affaire, m'ont donné des deuxièmes chances, m'ont remonté quand j'étais au plus bas etc… Mais je ne parle pas des péchés personnels qui peuvent être le fait de n'importe quel dirigeant ou de ses défis familiaux (bien que ceux-ci puissent être sérieux), je parle de protéger et de garder en place des dirigeants qui sont destructeurs, tyranniques, brutaux, oppressants, qui humilient les autres, à l'ambition égoïste, orgueilleux et sur la défensive. Ou de simplement les placer à la tête d'une autre congrégation en guise de seconde chance, sans qu'ils se soient auparavant repentis. C'est inacceptable. Malheureusement, dans une large mesure, le rôle des anciens est devenu la protection de l'évangéliste plus que toute autre chose. Le Nouveau Testament dépeint toutes sortes de dirigeants, certains bons et certains mauvais. Tous ne doivent pas être formellement défendus. En fait, plusieurs ont fait l'objet (ndt : dans le Nouveau Testament) d'une dénonciation publique et nominative. Le soutien aveugle n'a rien de biblique. Dans le contexte du Christianisme des apôtres, au sein de la "seule véritable église" (ndt : celle du Nouveau Testament), il y avait beaucoup d'Antéchrists, des Diotrèphes (ndt : 3 Jean 1:9-10), des Hymanées (ndt : 1 Timothée 1:20; 2 Timothée 2:17-18), des "super apôtres",  des apôtres errants, des faux apôtres, des légalistes, des Judaïsants, quelques Pharisiens et une floppée de faux docteurs à l'horizon (2 Pierre 2:1). C'était le genre d'hommes qui se déplaçaient au premier siècle d'une congrégation à une autre, s'infiltrant dans la communion fraternelle. Cela ne peut-il pas être vrai au sein de notre famille d'églises aussi ? Ne devrions-nous pas nous aussi être sur nos gardes face aux loups affamés qui pourraient s'introduire parmi nous (ndt : Actes 20:29) ?

 

23. En général nous craignons les hommes plus que nous craignons Dieu; nous cherchons à plaire aux hommes, plus que cherchons à plaire à Dieu. La preuve ? Posez-vous la question : comment se fait-il que tant de péchés et, oserais-je le dire, de pratiques dignes d'une secte aient pu prendre le dessus sur le bon sens et la conscience d'hommes et de femmes de bien pendant aussi longtemps ? Je sais ce dont vous parlez en secret, au téléphone, avec un ami proche, avec votre femme et dans votre coeur. Vous avez les mêmes préoccupations que moi, mais pourquoi n'avons-nous pas parlé jusqu'à maintenant ? Ou pourquoi n'avons-nous pas insisté pour être entendus ? La crainte des hommes.

 

24. Tout ce que nous pourrons cristalliser, formaliser ou institutionnaliser, et qui ne peut être défendu sans ambiguïté par la Bible, sera toujours sujet à la critique et au débat de la part d'hommes ayant une bonne conscience – que ce soit les grades avantageux et les postes d'autorité, ou nos méthodes ou nos théologies ou nos usages culturels ou quoi que ce soit de ce genre. Cela ne devrait pas faire l'objet d'un barrage, mais au contraire être encouragé. Nous devons nous battre pour le droit que Dieu nous a donné, pour exercer son mandat, de toujours être en train de restaurer - particulièrement quand il s'agit de restaurer les libertés que nous avons en Christ.

 

25. D'une façon générale, notre prédication est concentrée sur les hommes, concentrée sur les œuvres, concentrée sur la mission, concentrée sur le devoir et concentrée sur la loi. Un évangile concentré sur les œuvres n'a plus rien à voir avec l'évangile (ndt : autre trad. possible : "une bonne nouvelle concentrée sur les œuvres n'a plus rien d'une bonne nouvelle") – un barrage permanent de " il faut, tu dois, vous êtes obligés de" sera au mieux fatigant, au pire criminel pour la grâce.

Quand la concentration est mise sur ce que nous faisons pour Dieu plus que sur ce qu'Il a fait pour nous, l'immaturité et l'insécurité vont toujours prédominer. Est-ce vraiment ce que nous voulons ? Dans trop d'endroits, nous sommes un groupe de brebis fatiguées, distraites, remplies de culpabilité. La joie et le plaisir d'une foi spontanée, et les réponses venant du cœur face à la grâce et à l'amour ont été enlevées . La bonne nouvelle et la grâce parfaite, qui sont le cœur de l'évangile, ont été noyées par ce type de prédication et d'enseignement.

Nous n'avons même pas besoin de nous convaincre nous même de cela : c'est manifeste partout autour de nous, dans presque chaque ministère. Et tout ça provient en grande partie de l'obligation de continuer à mettre la pression, pour obtenir des résultats, pour sans cesse plus de nombres, et des nombres sans cesse plus élevés. Mais où est la nourriture ? Où est le mystère ? Où sont la théologie et l'exposition systématique de la Parole ? Où est l'appel à la sainteté intérieure et à la prière par l'Esprit (ndt : 1 Corinthiens 14:15; Ephésiens 6:18; Romains 8:13; Galates 5:16; Galates 5:25;) Où est l'émerveillement poussant à rester bouche bée face à la gloire et à la majesté de Dieu ? L'amour de Christ ? La communion avec l'Esprit Saint ?

Le plus grand commandement n'est pas " Allez et faites de toutes les nations des disciples " mais bien " aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre pensée et de toute notre force". L'évangélisation est un commandement de Dieu et pas des hommes. Cette évangélisation devrait être le résultat de notre connaissance de Christ, et Christ crucifié (1 Corinthiens 2:2); elle devrait être notre réponse et notre obéissance face l'amour de Dieu. Mais dans de nombreux cas, nous avons usé et abusé de cet "appel à la mission", dans des manipulations destinées à en faire un sujet de gloire pour nous même, et nous avons au bout du compte blessé la foi de beaucoup.

Voici quelques paroles prononcées par un évangéliste ayant récemment démissionné, son regard sur notre famille d'églises,  le "fruit" de notre prédication et de notre théologie :

"Nous sommes un mouvement plein de gens ayant une vision d'eux-mêmes particulièrement déformée, dépendant de façon très malsaine du regard des autres plutôt que de celui de Dieu et le système très oppressant mis en place n'offre aucune solution.

La culture de notre église est basée sur le postulat que l'on ne peut pas faire confiance aux gens. Nous dépensons une quantité d'énergie grotesque pour les surveiller, nous introduisant dans chaque domaine de leur vie avec une autorité non soutenue par la Bible et des idées préconçues sur leur caractère.

L'activité est révérée par dessus tout. Aux yeux de ceux dont l'opinion compte, "faire" a plus de valeur que "ressentir", "penser", "sous-peser", "débattre", "lutter" ou que tout autre processus mental qui contribuerait à former le caractère.

Nos gens ont en réalité tellement peu de choix possibles : ils peuvent devenir engourdis, amers ou superficiels. Nous acceptons l'engourdissement, nous récompensons la soumission de surface et nous punissons l'amertume sans aucune considération pour ce qui l'a générée.

La mission est souveraine, même quand l'interprétation par l'homme de la façon d'accomplir cette mission finit par nuire aux gens mêmes que la mission cherche à sauver."

Un critique de nos églises a exprimé les choses ainsi : " ce que nous voyons pratiqué dans ce mouvement consiste à pousser, et non à conduire (ndt : et non à diriger, au sens de donner une direction). Ils guident les brebis de derrière. Ceci est fait par des hommes qui usent d'une sagesse terrestre pour accomplir ce qu'ils pensent être les desseins de Dieu"

 

26. Tant de milliers d'hommes ont été castrés avec efficacité  par le légalisme et la soumission à une direction autoritaire. Leur dignité en tant qu'hommes créés à l'image de Dieu a été étouffée. On a éteint leurs rêves, leurs convictions personnelles et " la sincérité de leur cœur " (ndt  : littéralement, leur cœur sauvage a été dompté). Tous les Chrétiens, y compris les frères doivent apprendre la soumission, bien sûr – c'est notre gloire - mais piétiner des rêves personnels, des sentiments et des convictions a provoqué un découragement généralisé. Ils ne sont pas rares les hommes qui ont perdu leur virilité dans le processus.

 

27. Comment se fait-il que les Anciens aient les qualités les plus élevées pour ce qui touche à la spiritualité, l'intégrité et l'expérience , mais soient eux-mêmes "surveillés" par ceux qui ne répondent pas aux mêmes exigences et n'ont pas la même autorité morale ? Recherche de la solution la plus pratique pour nous ? Ou manque de respect ? L'un ou l'autre.

 

28. Pourquoi avons-nous perdu tant d'hommes bons et loyaux ? Pour la plupart, pour des raisons de conscience et pas à cause du péché. Cela amène à une question que nous refusons de considérer par crainte des conséquences. Un Dirigeant de Secteur Géographique, aimé et respecté dans le monde entier, a récemment démissionné. Avant sa démission il a écrit ces mots dans son journal intime, à propos de sa femme et de ses enfants. Je lui ai demandé si je pouvais les citer. " Est-ce cela le mieux pour eux, que je ressente un tel conflit intérieur par rapport à ce que je fais pour gagner pour ma vie ? Qu'est-ce que je vais ressentir quand ils commenceront à voir les faiblesses qui entourent le mouvement et qu'ils n'auront pas d'autre solution que d'être d'accord pour protéger un travail ? Qu'est-ce que je veux VRAIMENT, au plus profond de mon cœur, pour leur vie spirituelle ? Est-ce que je veux qu'ils soient ce que je suis ? Est-ce que je veux qu'ils vivent ce que je vis ? Savent-ils et ressentent-ils déjà à quel point je suis déçu par ce que je suis devenu ? Que dois-je faire pour assurer que la superficialité (ndt : perpétuée par moi) dans leur vie s'arrête ?"

 

30. Nous avons besoin d'enseignants qui soient prophétiques aussi bien que savants.

 

31. Laissons tomber "les choses officielles". Pourquoi avons-nous besoin d'elles ? Elles renforcent seulement notre statut de dénomination. Vous ne parlez pas "officiellement" en mon nom, ni moi en votre nom. Jérusalem n'a jamais parlé "officiellement" au nom d'Antioche. Les Païens n'ont jamais parlé "officiellement" au nom des Juifs. Quand nous avons des positions officielles sur quoi que ce soit, ça met à l'épreuve la confiance et la crédibilité. Et encore, dans le royaume, c'est une violation de notre liberté. Dans nos villes modernes, personne n'accorde vraiment de crédit à un éditeur s'il y a seulement un journal - nous avons besoin de points de vue, d'arguments, de franchise, de débat et de dialogue. La liberté de ne pas être d'accord et de demeurer les meilleurs amis.

 

32. La pratique consistant à "retrancher" en masse doit cesser. Bien sûr, elle attirera la gloire des hommes (si c'est ce que vous cherchez) mais de façon aussi certaine, la colère de Dieu. Détruisez le temple de Dieu et Dieu vous détruira (ndt : 1 Corinthiens 3:17). Détruisez les enfants de Dieu et Dieu détruira vos enfants (ndt : 1 Samuel 15:33; Esaïe 47:7-8; ). Pensez-y.  Le même destin attendra chacun d'entre nous à moins que nous ne nous repentions de cette pratique constituant le produit pervers et tordu d'un humanisme mal dirigé.

La prétendue renaissance de Londres au début des années 90 -avec 450 à 500 hommes et femmes retranchés de l'Eglise- a laissé des traces profondes et rendu amers des centaines de membres jusqu'à ce jour. Sans parler de toutes les âmes qui ont été ruinées à cause de cette folie. Des familles entières, des amis chers et beaucoup "de mèches qui brûlaient" ont été déchirés et éteints à cause de cette méthode consistant involontairement à se prendre pour Dieu. Qui a élevé la voix contre ça ? Pourquoi est-ce arrivé ? Pourquoi cela continue-t-il ? Que Dieu ait pitié de nous.

 

33. Malheureusement, et je dis ça avec un cœur triste, mais la réputation de plusieurs de nos enseignants a aussi été dans une certaine mesure discréditée. Pour deux raisons simples : soit ils ont parlé Bibliquement de nos abus et de nos péchés systémiques et ont exprimé des préoccupations théologiques, mais leurs interventions n'ont pas été prises en compte. Dans ce cas, tous mes arguments concernant le maintien de "notre système" par des hommes sans scrupules sont validés. Soit (deuxième possibilité) , ils ont choisi de ne pas parler de façon prophétique contre l'hérésie, les péchés systémiques ou les abus par les dirigeants, mais se sont plutôt soucié de questions académiques moins urgentes. Dans ce cas ils ont été des lâches.

 

34. Jésus nous a commandé de ne pas avoir de titres qui séparent un frère d'un autre frère (ndt : Matthieu 23:8-10). Tous les hommes sont égaux. Mais dans nos églises, quelques hommes sont davantage égaux que d'autres. Nous avons permis et avons même aimé des titres comme ceux-ci, " Évangéliste des Missions du Royaume" , " Enseignant du Royaume",  "Dirigeant de Secteur du Monde", " Ancien de Secteur du Monde ", "Dirigeant de Secteur Géographique". Autant de titres bien plus conséquents que "Rabbi" (ndt : Maître, Directeur). Et beaucoup plus embarrassants, aussi.

Le pouvoir corrompt véritablement et l'orgueil précède toujours la chute (ndt : Proverbes 16:18). Et un rempart invite toujours à la destruction. Même Pierre s'est appelé notre "frère", notre "serviteur" et "camarade Ancien" (ndt : allusion à la traduction anglaise de 1 Pierre 5:1). Son apostolat était un poste de service, pas un titre. Paul a dit, " je ne suis rien ". Mais encore une fois, toutes ces choses sont la conséquence naturelle d'une hiérarchie qui a été corrompue par l'orgueil des hommes et la tromperie du diable. (1 Timothée 3)

 

35. Beaucoup dans le ministère à plein temps sont maintenant si endommagés, si immatures émotionnellement, si coupables, manquent tellement de confiance, tellement soumis et dociles, voire même tellement endurcis dans leur conscience, que j'ai peur que ça leur prenne des années pour entièrement récupérer. Certains parmi eux, ont également été castrés avec efficacité, écrasés. Ce sont là les dégâts cumulés d'une direction basée sur l'autorité, et pas sur le service. La guérison peut seulement démarrer quand ceux "au dessus", sans se défendre ou réagir, poussent à la franchise et sollicitent des retours critiques à cause des dégâts causés par le fait d'être "en dessous" d'un dirigeant autoritaire. Ceux "au dessus" doivent confesser spécifiquement leurs abus et leur ambition égoïste. Même en ce moment à Londres, au sein des membres du "staff" possédant une loyauté et une pureté de cœur reconnues, le sentiment d'avoir été trahis, utilisés, contraints d'agir contre leur conscience, est maintenant exprimé ouvertement.

 

36. Tellement de femmes dans le ministère ressentent un conflit intérieur. Elles ne sont pas équipées émotionnellement pour le type de culpabilité et de pression qui ont été placées sur leurs épaules. Dieu ne les a pas conçues pour ce type de fardeaux ou de tensions. Malheureusement, notre modèle occidental "de la femme libérée" a été de façon générale appliqué "au forceps" sur presque toutes les femmes travaillant dans le ministère à plein temps, dans presque tous les pays et toutes les cultures du monde. Et pourtant, le Nouveau Testament ne fait même pas mention d'un seul nom de femme d'apôtre ou d'évangéliste. Il semble presque que les femmes des Apôtres ont accompagné leurs maris pour le but précis de travailler pour les soutenir financièrement " Ou est-ce que moi seul et Barnabbas nous n'avons pas le droit de ne point travailler ? " (1 Corinthiens 9:6).  Je ne suis pas en train de dire que je crois que cela devrait se passer comme ça,  je dis seulement que nous avons exploré très peu d'autres modèles sous-jacents au Nouveau Testament pour ce qui concerne les dirigeants. Nous avons surélevé notre partenariat dans l'évangile avec les femmes jusqu'à leur donner, à bien des égards, le rôle de co-évangéliste et j'ai bien peur que ce modèle en ait écrasé plusieurs d'entre elles.

 

37. Des centaines et des centaines de dirigeants de groupe de famille et de discussions sur la Bible avec un bon cœur ont renoncé à leurs responsabilités du fait du découragement et de la fatigue. Pour la plupart, nous n'avons pas instillé en eux la conscience de la foi, de la joie et de l'obligation morale envers Dieu et nos réunions de dirigeants mettent rarement en avant la prière et l'adoration, mais insistent plutôt sur les comptes à rendre, l'atteinte des buts et le suivi forcé. Le résultat ? Pas un amour sincère pour les faibles et ceux qui sont perdus, mais des sentiments de culpabilité, de frustration et de honte. D'autres "détestent" tout simplement les groupes de formation. Combien de milliers en plus de ceux-là ne veulent plus entendre parler de toute forme de responsabilité (ndt : en tant que dirigeants), y compris de la possibilité de rentrer dans le "staff", à cause de ce qu'ils ont vu ou ont expérimenté de la part de  ceux "au dessus d'eux" dans le Seigneur ? Un des avantages de nous être déplacé autant et d'avoir été dans tant de ministères différents est d'avoir une vision plus large. Nous faisons face à une crise (ndt : dans ce domaine).

 

38. Le génie de l'autonomie locale (ndt : des églises) et les nombreuses formes de direction d'église assurées localement fournies par le Nouveau Testament, doit de nouveau être exploré et adopté. L'autonomie des églises locales est quelque chose de biblique. Notre choix d'un système hiérarchique de gouvernement - avec pour but un "contrôle" mondial de nos églises – a dû, par nécessité, écraser et saper le principe d'autonomie locale - même si "le mot autonomie ne figure pas dans la Bible" (ndt : citation d'un article rédigé de Kip McKean, et pris en référence pendant des années à travers le monde). Quelle qu'en soit la raison, sur ce sujet, nous avons fait le mort.

Mais un examen impartial du Nouveau Testament confirmera sûrement ce que je dis. La coopération oui, le contrôle non. L'unité oui, l'uniformité non. La fraternité oui, la brutalité non. Le don oui, l'extorsion non. L'autonomie biblique - ou "l'auto-gouvernement" - est une protection - contre la diffusion uniforme des hérésies. C'est un élément dissuasif face à la diffusion d'abus systémiques. C'est la première ligne de défense contre la violation de nos libertés. Cela permet à chaque église d'être convaincue par la vérité plutôt que contrainte par des hommes. Et cela permet à chaque église, à son tour, d'en persuader d'autres également. Il n'y a pas de directeurs dans le royaume. Il n'y a aucune église pilier prenant des décisions et obligeant d'autres congrégations à les appliquer. En fait, l'autonomie est la seule façon d'éprouver la sincérité de notre amour et de notre unité en tant que fraternité.

 

39. Des églises différentes en seront toujours à des stades différents de maturité et auront des besoins différents. Il semble y avoir plusieurs modèles de structure de direction et de surveillance (ndt : le sens du texte d'origine est "veiller" plus que "surveiller") des églises locales dans la Bible. Dieu n'a pas fixé une fois pour toutes, un principe inviolable sur ces questions - seulement que Christ est le Roi et la Tête et que nous sommes tous frères. On trouve bien (ndt : dans le Nouveau Testament) des organes de réflexion et le concept de veiller (ndt : sur d'autres églises). L'autorité (ndt : qui s'applique) dans la direction ne peut pas être niée. Mais les structures et les modèles de gouvernement semblent varier selon le besoin, les circonstances ou le stade de maturité, mais avec le but en fin de compte, d'aboutir à une pluralité parmi les "églises surveillantes" (ndt : là encore, le terme "veiller" serait plus approprié pour restituer l'idée du texte d'origine). Cependant, une chose que nous ne trouvons nulle part dans les Ecritures est  "une église dominant sur une autre". Une fois qu'une jeune congrégation tient debout , est remplie de l'Esprit et a des dirigeants "approuvés" – on doit libérer cette église, lui permettre de marcher, de fonctionner et même de chuter de ses propres ailes (Apocalypse 2-3). Quand Paul a dit, "Et maintenant, je vous confie à Dieu et à la parole de sa grâce, qui a la puissance d’édifier et de donner l’héritage parmi tous ceux qui sont sanctifiés", il a fait exactement ça. Il ne les a pas confiés à la surveillance d'une église pilier quelque part.

 

40. L'absence de contrôle centralisé est clairement biblique, il augmente notre dépendance envers Dieu, et pas envers les hommes. Les voies de l'Esprit sont mystérieuses et hors de portée pour la sagesse humaine (ndt : Esaïe 55:8-9). La nature surprenante de Dieu (Actes 9, Paul; Actes 10, Corneille), les mouvements non prévus des hommes, la conversion de l'Eunuque et son envoi vers l'inconnu, le déroulement surnaturel d'événements spectaculaires, la persécution de l'église amenant à la diffusion de l'évangile, tout cela a découlé non de mécanismes de contrôle humains, mais de Dieu. Un corps centralisé ralentit les choses et en fin de compte, éteint le feu de l'Esprit.

 

Et maintenant ?

Il n'y a pas de solution de facilité pour avancer. L'extraction des péchés systémiques sera douloureuse et sanglante – une sorte de Heb 4:12, appliquée à l'échelle du mouvement. Nous devons résister à la tentation de simplement avancer, en ignorant notre passé : le linge sale doit être exposé et la maladie identifiée et supprimée, ou elle continuera à s'étendre partout dans notre famille d'églises. C'est la nature de la lèpre (voir Lévitique) et de la gangrène. Essayer de changer sans reconnaître notre passé serait une erreur colossale. Cela peut être effrayant, mais, comme pour un plombage dentaire, tout doit être abordé de façon profonde et exhaustive. Les conséquences - ce que cela pourrait signifier pour certains de nos dirigeants, ou simplement la douleur que cela pourrait provoquer - ne peuvent pas être le facteur de décision. Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour guérir, rétablir et rallumer notre confiance gravement endommagée. Notre priorité ne doit jamais être de préserver nos emplois ou l'institution, mais de protéger le troupeau. Nous devons être capables de faire face à la vérité et de la dire - à nous-même et les uns aux autres - et aussi être capables de l'entendre de ceux qui seraient amenés à nous faire face. Soyons encouragés par la relation de Pierre avec Paul : la vérité nécessaire mais douloureuse a été dite, mais Pierre n'a entretenu aucune rancune. Voici certaines de mes suggestions et avis des choses tirées de notre expérience en cours à Londres.

 

A. NETTOYER LA COUPE

1. Procéder avec beaucoup de prière et de jeûne.

2. Inviter à la franchise et à la critique, sans se défendre ou réagir. Parvenir à accomplir cela demande beaucoup de prière, de courage et de prudence. Clairement, le diable essayera d'utiliser ce moment également, pour nous déchirer et nous diviser.

3. Appliquer Matthieu 18 en premier lieu, et étendre le débat aux forums publics pour des préoccupations de plus grande envergure. Attention aux paroles amères, qui pourraient causer des dégâts sérieux dans les relations. Choisir comme modérateurs, des hommes spirituels qui ont la confiance des membres et sont perçus comme impartiaux. (Hors "staff").

4. Ne soyez pas étonné de ce que vous entendez, ou par ceux qui le disent ! Les forums doivent être ouverts et honnêtes et doivent permettre d'évacuer une partie de la colère éventuellement accumulée. Cependant, ils ne doivent pas devenir injurieux et incontrôlés. Si les cultes "ouverts" des Corinthiens faisaient " plus de mal que de bien" , à combien plus forte raison un forum ouvert où les gens déversent leurs coeurs, souvent avec des sentiments de douleur et colère. Attention où on met les pieds ici.

5. Il doit y avoir de la confession publique venant du cœur par les anciens et les évangélistes. Ne pensez même pas à attendre de "percuter" pour (ndt : commencer à) faire ça, ou les Chrétiens seront encore plus irrités, déçus, ou même cyniques.

6. Les dirigeants doivent être tenus pour responsables d'abord, ensuite le troupeau. Nous avons dans le passé complètement inversé cela. Considérez presque chaque exemple de discipline et le jugement dans la Bible. " Tuez-les tous" - commençant par le temple. " Ceux qui enseignent seront jugés plus sévèrement ". Les dirigeants étaient les légalistes, le Judaisants, les hypocrites, ceux qui donnaient des gifles. À qui beaucoup a été confié, on demandera beaucoup.

7. Quelques dirigeants doivent avoir l'intégrité de prendre du recul (ndt : littéralement "se mettre de côté") et re-gagner la confiance des membres, pour vraiment recueillir de nouveau leur approbation. Nous ne devons pas penser que nous sommes indispensables : 250 des dirigeants de l'élite d'Israël ont été terrassés en une seule fois . (Nombres 16:35)

8. Pratiquez Matthieu 5, laissez  votre offrande à l'autel et recherchez ceux que vous avez blessé - n'attendez pas que quelqu'un ait d'abord à vous "démontrer que vous avez péché". Soyez complètement humble et doux.

9. Faites des excuses spécifiques, en privé et en public, autant que nécessaire

10. Supprimer la statistique mensuelle en tant que moyen de motivation. Laissez les choses se calmer  quelque temps, pendant que Dieu travaille profondément pour purifier et réconcilier les cœurs de tous. Enseignez l'AMOUR pour les gens qui sont perdus, par obligation morale devant Dieu pas devant les hommes. Quand était la dernière fois que vous, en tant que dirigeant, avez versé des larmes  pour les gens perdus, ou désiré que Dieu les sauve en échange de votre propre salut ?(ndt : Romains 9:3). Ce type d'amour ne se développe pas par une obsession des statistiques ou la fixation de buts, mais par la prière et par l'Esprit. (Romains 8 et 9)

11. Nous devons supprimer les relations de formation autoritaires. Tous ces " petits chefs"  n'ont pas été exempts de mauvaise théologie. Il devrait y avoir plus de prière, plus d'amour, plus de recherche de la volonté de Dieu. Tous les Chrétiens devraient être encouragés à chercher les conseils et à examiner les Ecritures, et cependant laissés libres de choisir un chemin ou une application en fonction de leur propre conscience.

12. Nous devons ré-examiner profondément la nature de l'évangile de la grâce de Dieu. (En commençant par Galates ?)

13. Si quelqu'un subit des répercussions injustes pour avoir été ouvert et / ou pour avoir exprimé ses blessures ou sa colère, laissez Dieu juger le dirigeant oppressant

 

B. REMPLIR LA COUPE

Une fois que la maison est exorcisée et balayée, et que l'intérieur de la coupe est lavé (ndt : Matthieu 12:43-45; Matthieu 23:26) remplissons-là de nouveau rapidement - avec l'amour, la grâce, la liberté et la crainte de Dieu. Soyons motivés par la Croix, avec toutes les bénédictions ET les obligations qu'elle implique.

 

1. Christ doit être la concentration écrasante de nos prêches, de notre enseignement et de nos conseils. Cela semble évident, mais c'est à peine pratiqué. Cela aurait peut-être pu empêcher beaucoup de nos problèmes d'apparaître. (Méditez sur 1 Corinthiens 1 pour comprendre ce point).

2. Faisons en sorte que nos cultes d'adoration, soient avant tout de l'adoration.

3. Nous devons diriger avec amour, grâce et humilité. Alors nous pouvons prêcher puissamment sur le péché, la justice et le jugement à venir (ndt : Jean 16:8; Actes 24:25).

4. Nous devons être sur nos gardes, de peur que les règles, le légalisme et les traditions humaines ne se réintroduisent insidieusement.

5. Dans nos prêches, nourrissons nos Chrétiens, répondant à leurs besoins, pas à nos ordres du jour à nous.

6. Restaurons l'autonomie des églises locales, et avec elle, la véritable unité, permettant aux dirigeants de répondre aux besoins de leurs Chrétiens locaux et d'exercer les dons et les talents du "sacerdoce royal" de tous les croyants.

7. Accueillons avec joie et cherchons activement à impliquer les chrétiens non membres du "staff" (ceux qui ont l'approbation des chrétiens) dans les processus de décision - les processus qui affectent tous les aspects de la vie de l'église. Des hommes qui sont remplis d'Esprit Saint et de foi. (Actes 6)

8. Nous devons apprendre à nos enfants à penser pour eux-mêmes et même, quand c'est nécessaire, à avoir un esprit "indépendant". Paul a dit qu'il doit y avoir des controverses parmi vous pour montrer qui a raison, qui est de Dieu (ndt : 1 Corinthiens 11:19). Personnellement, je veux que mes enfants mettent en doute tout que l'on leur apprend, en respectant les hommes bien sûr, mais en craignant et en suivant Dieu.

9. Le besoin du moment est une direction forte et courageuse, mais plus important encore, une direction juste et humble. Nous n'avons pas besoin de plus de tyrans et de directeurs, mais d'hommes et de femmes qui dirigent sur la base de leur cœur brisé devant Dieu et qui sont vraiment, au plein sens du terme, "des dirigeants qui servent"

10. Humilions-nous nous-mêmes collectivement devant Dieu et voyons s'il n'ouvrira pas pour nous les écluses du ciel (ndt : Malachie 3:10) jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place …

 

La Gloire et le Coût de la Liberté

La Gloire de la Liberté

L'abandon et la soumission seront réels et non contraints

Un véritable amour pour Dieu est exploré et mis en pratique

L'envoi d'églises missionnaires est plus spontané et plus rapide

La sincérité de notre amour est éprouvée

Nous sommes encouragés à être des amoureux de la vérité

La dévotion vient du cœur

Nous apprenons à accepter les faibles

La joie de motivations pures

Une véritable unité, pas un conformisme

Vaccination contre l'hérésie forcée de l'extérieur

Le don provient de l'amour et de la foi

Le don ne se fait pas à contre-cœur ou sous la contrainte

Le seul chemin pour vraiment mûrir

Nos différences sont un sujet d'émerveillement

Les controverses pointues sont autorisées

Montrer qui est vraiment de Dieu

La vraie maturité spirituelle est favorisée

La volonté de Dieu pour chacun est plus efficacement révélée

Une responsabilité plus grande pèse sur les enseignants

La lutte pour la vérité nous rend plus forts

Nous entretenons la relation avec les faibles à cause de l'amour et de la compassion

Une véritable  passion pour les gens perdus

Esclaves de personne

Esclaves de tous

Nous formerons le cœur et les motivations, pas les apparences extérieures

 

Le Coût de la Liberté est

De mauvaises décisions seront prises.

Des églises entières partiront.

L'hérésie fera son apparition

L'Ante-Christ fera son apparition

La doctrine de démons s'infiltrera

L'ivraie grandira avec le blé

Des ménages entiers seront détruits

Une autre église Corinthienne sera dans notre famille d'églises…

 

Mais au bout du compte, le libre arbitre, la soumission volontaire et l'amour sont la seule chose qui peuvent nous tenir debout, irréprochables et sans honte au jour de la visite finale de Dieu.

 

Une dernière pensée de Cecil Hook, un ancien pasteur ultra-conservateur des Eglises du Christ traditionnelles :

 

LE COURS D'EAU LIBRE

"Dans la découverte de son chemin moyen, un cours d'eau peut se dérouler de rive en rive. Bien qu'il reçoive des polluants constamment, le cours d'eau libre a tendance à s'épurer. Mettez lui un barrage, il stagne et devient le siège de toutes sortes de souillures et de boue. Le cours d'eau libre est dans un processus d'épuration constante bien qu'il ne soit jamais pur au sens le plus strict. Il en est de même avec l'église. On doit permettre aux disciples libres et autonomes d'aller et venir sans restriction imposée par des dirigeants terrestres. Les gens libres peuvent varier dans leur interprétation et leur compréhension (ndt: implicitement, de la Bible ou de la volonté de Dieu), dans des congrégations différentes et dans des générations différentes. L'église peut aller d'un extrême à l'autre en cherchant constamment à corriger son cours. L'église sera en danger constant d'impureté, donc elle sera toujours en train de se reformer, mais parce qu'elle est composé de gens faillibles, elle ne sera jamais entièrement sans défaut. Une génération ne peut pas cristalliser et crédibiliser un système pour garantir que ses concepts seront adoptés par la génération suivante pour assurer sa fidélité. Les efforts pour contrôler la génération suivante sont des tentatives pour forcer l'unité par le conformisme. Quand le cours d'eau est endigué en haut, il devient stagnant et commence à dépendre de la consanguinité intellectuelle, qui produit des monstres doctrinaux. (ndt : l'auteur conclut ici par un parallèle avec les unions co-sanguines, entre personnes ayant un lien parental; ce type d'unions donnent généralement naissance à des bébés mal formés)"

 

Copyright © 2003 Henry Kriete. Tous droits réservés. Utilisé selon permission. Peut être librement distribué en entier.

 

Un mot personnel de Marilyn (ndt : épouse de Henry Kriete) :

Beaucoup d'entre vous se demandent peut-être ce que je pense de tout cela. Je suis en plein accord avec le document que Henry a écrit et je l'ai aidé à corriger les premières versions. Nous discutons ensemble de ces problèmes depuis des années. Par tempérament, et peut-être à cause de ma perspective féminine, mon attitude au fil des années a consisté à moins confronter (ndt : les problèmes concernés) et à plus croire que, avec le temps, "Dieu réglerait les choses". J'ai toujours cru que nous étions le peuple de Dieu et que Dieu ne nous laisserait pas sortir complètement des rails. J'ai toujours cru qu'il y avait parmi nous des hommes et des femmes avec un bon cœur, qui s'efforceraient de se battre pour la justice et pour se repentir quand Dieu nous montre notre péché. J'ai vu et entendu des choses qui m'ont choquée et attristée, et je n'ai pas élevé la voix. J'ai essayé de vivre et de diriger de façon juste dans mon petit coin du royaume, en espérant que la plupart d'entre nous essayaient de faire la même chose. Aujourd'hui, cependant, à la lumière de la douleur, du mal et de la colère qui sont révélées et exprimées à Londres, je suis convaincue qu'il est temps d'arrêter de vivre en faisant l'autruche et de PARLER. Je suis pleinement consciente du risque que cela implique, mais ne pas parler serait le péché le plus grave (ndt : dans cette situation). Je crois que Dieu a mis ces fardeaux sur le coeur d'Henry et je suis fière de l'effort spirituel et de l'énergie que Henry a investis dans l'écriture de document. J'étais aux premières loges et j'ai vu l'angoisse et la douleur qu'il a vécues en luttant avec les Ecritures et avec son attachement à l'église qu'il aime tant (et aux gens qui sont dedans). Ces choses ont besoin d'être dites et je prie que beaucoup écoutent et ajoutent leur voix propre à la discussion qui doit être le préalable à un changement radical. MK