17 avril 2004

Toc toc c'est le contrôleur...

Principal point abordé vendredi lors de la table ronde du cyclisme français sur le dopage, la possibilité de contrôler les coureurs à domicile, de façon inopinée.

Par Jean-Louis LE TOUZET

Après l'affaire Cofidis qui a fait tomber une fois de plus le vélo de sa chaise, les familles du cyclisme français se sont réunies hier au siège de la Fédération française (FFC) pour sonner le tocsin. Le vélo tricolore a une nouvelle fois son pantalon tout déchiré et il fallait d'urgence le repriser. Cette table ronde souhaitée par le président Pitallier s'est transformée en conclave. Durant six heures, les huiles du vélo ont proposé un certain nombre «d'axes de travail visant un renforcement et une adaptation des règles existantes».

A 71 ans, Jean Pitallier, qui a trouvé une vitalité insoupçonnée dans ce bras de fer qui l'oppose à Hein Verbruggen, président de l'UCI (Union cycliste internationale) et qui fait admirablement l'autruche, a lu un texte dans lequel il était question, entre autres, «de la réaffirmation du suivi médical longitudinal», et a précisé qu'il convenait, pour confondre les petits malins, des «dates aléatoires des examens biologiques».

«À la porte».
Le président de la Ligue professionnelle, Thierry Cazeneuve a, lui, insisté sur la demande faite par la majorité des coureurs auprès de lui-même «que les contrôles inopinés se déroulent à domicile. Or la loi interdit ces dits contrôles à la maison», a-t-il expliqué et terminé sur ce joli mot : «Frappons à la porte de la loi.» Roger Legeay, directeur sportif du Crédit Agricole, reprenait la balle au bond : «On saura qui aura laissé sa porte fermée...»

Certes. Mais elle doit être fermée dit la loi, alors que faire ? Contrôler le coureur dans la cabane de jardin entre la tondeuse et les binettes ? Philippe Raimbaud - qui vient de démissionner de la présidence de l'Association des groupes cyclistes français - était présent au titre de directeur de l'équipe La Boulangère, a opiné du chef et dit ce que chacun voulait entendre : «Allons de plus en plus vers le vrai inopiné !» Les jours du faux inopiné sont comptés.

Gérard Nicolet, qui représente les médecins au sein du comité directeur et qui fut ancien médecin du Tour de France, a lâché à la pause de midi : «C'était la première fois depuis 1998 (affaire Festina, ndlr) que la parole était vraiment libre. Chacun s'est exprimé comme il le souhaitait.» Philippe Raimbaud, qui doutait à la mi-journée des résultats des travaux («J'ai peur qu'on ne donne que quelques mesurettes à la presse»), semblait hier, en fin de journée, plus rassuré : «Il fallait réagir. Monsieur Verbruggen a entendu comme nous l'affaire du vétérinaire en Belgique et les révélations en Espagne de Manzano, non ?» Puis a conclu : «Chacun s'occupe de son troupeau et les vaches seront bien gardées.» Il a été demandé «que les stages de préparation soient effectués en France» dans le but de satisfaire à ces mêmes contrôles inopinés. Un intervenant ajoutant «que préparer le Tour de France, en France, cela tombait sous le sens».

«Ethique».
Puis fut évoquée «la mise à l'écart des personnels d'équipe impliqués dans des faits de dopage». Plus besoin d'être positif, être suspect suffirait ? «Cela ne me gêne pas que l'éthique soit opposé au juridique», a dit maître Mauriac, conseil de la FFC. Roger Legeay a même parodié André Malraux : «L'avenir du sport sera éthique ou ne sera pas.» Il fut applaudi. Jean-Marie Leblanc, le patron du Tour de France, très discret, a ajouté que la discussion s'était déroulée «dans un climat serein et constructif».

Enfin, le «système de rémunération lié au système de points» a été égratigné. De nouveau une lourde pierre dans le jardin de l'Union cycliste internationale, qui y tient. Nul doute que Hein Verbruggen devrait réagir, lui qui s'est fait tirer dessus vendredi soir comme le lion d'Afrique. Tout cela est très joli, mais ces mesures «doivent faire l'objet d'une étude approfondie au sein de trois groupes de travail chargés de formuler des propositions concrètes». Mais l'argent manquerait pour que ces mesures tiennent debout. Que faire ? «À vot' bon coeur», a fait le président Pitallier en haussant les épaules.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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