27 juin 2004
PARIS (Reuters) - Le Tour de France, dont l'UCI rognait depuis 1998 une grande partie des pouvoirs, a repris la main par sa décision de ne pas accepter au départ de Liège, le 3 juillet, les coureurs inquiétés dans des affaires de dopage.
Le patron du Tour, Jean-Marie Leblanc, a exprimé l'état d'esprit des organisateurs de la plus grande course du monde - leur exaspération surtout - par une brève déclaration faite vendredi dernier sur fond d'affaire Cofidis/Millar.
"Nous n'autoriserons pas au départ du prochain Tour de France les coureurs se trouvant sous le coup d'une instruction judiciaire ou d'une opération policière. Nous avons reçu le soutien de l'Union Cycliste Internationale", a-t-il dit.
Cette déclaration relève d'une démarche éthique mais aussi politique.
Elle prolonge la prise de position du ministre français des Sports, Jean-François Lamour, qui avait annoncé, en mars déjà, que les sportifs mis en examen ne représenteraient plus la France dans les grandes compétitions internationales, Jeux Olympiques et Championnats du Monde notamment.
La décision de Jean-Marie Leblanc souligne combien 2004 est une nouvelle année noire pour le cyclisme français depuis la mise à jour au mois de janvier d'un trafic de produits dopants au sein de Cofidis, une des meilleures équipes françaises.
La France souffre
L'enquête menée par le juge d'instruction Richard Pallain a connu de nouveaux rebondissements la semaine dernière avec l'interpellation et la mise en examen de David Millar, chef de file de Cofidis et champion du monde en titre du contre-la-montre.
L'affaire Cofidis/Millar est d'autant plus dramatique qu'elle se déroule dans le pays qui a le plus oeuvré pour la restauration de l'image du cyclisme depuis l'affaire Festina en 1998.
Elle réduit à néant l'excellent travail fourni par les autres équipes professionnelles nationales (Fdjeux.com, AG2r Prévoyance, Crédit Agricole, RAGT Semences-MG Rover et Brioches La Boulangère).
Elle fait oublier l'état d'esprit des coureurs français qui, pour la plus grande partie d'entre eux, se sont remis en cause, quitte à renoncer aux bons résultats dans les grands tours ou dans les classiques de la Coupe du Monde.
Une statistique permet de mettre en lumière la difficulté croissante des Français : en 2003, ils comptaient 66 victoires, cette année ils en affichent seulement 26.
Si le cyclisme français souffre, celui du reste du monde ne va pas mieux.
La peur du gendarme
Le coureur espagnol Jesus Manzano a fait des révélations fracassantes sur les pratiques de son ancienne équipe, Kelme. Les soupçons grandissent sur la formation Euskaltel dont un leader, David Etxebarria, a été déclaré inapte au début du mois.
Pendant le dernier Giro, une nouvelle perquisition des carabiniers a permis de confondre une dizaine de coureurs de renom dont Danilo Di Luca, Eddy Mazzoleni, Fabio Sacchi et Mario Scirea.
Dans son travail, l'Union Cycliste Internationale a fait d'incontestables progrès. Ses procédures pour détecter l'usage de nouveaux produits sont reconnues de tous les autres sports.
Mais comment lutter contre l'entêtement de sportifs soucieux de construire palmarès et fortune en cinq ans, avec l'aide de médécins sportifs italiens et espagnols rémunérés pour améliorer la performance et non pour garantir la santé.
Le climat est de nouveau explosif et il était temps que le Tour de France, sans qui le cyclisme professionnel ne peut pas vivre, fasse entendre sa voix.
Contrairement à 1999 quand Jean-Marie Leblanc avait voulu ne pas admettre au départ du Tour de France Richard Virenque et Manolo Saiz, l'UCI a décidé de suivre les dirigeants du Tour.
Millar, Vasseur et les autres ne seront pas sur la ligne de départ à Liège dans moins d'une semaine et Jean-Marie Leblanc n'hésite plus à faire jouer la peur du gendarme.
Il y a trois semaines, il a ainsi prévenu les directeurs sportifs présents à la Classique des Alpes : "La police visitera le Tour de France en juillet."
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