28 mai 2004

La justice italienne sur la piste
d'un vaste trafic de produits

Huit coureurs du Giro et le champion du monde de saut à la perche mis en examen.

Guillaume Prébois
Cles (Italie)

Dans la nuit du mardi 25 au mercredi 26 mai, entre 4 h 30 et 7 h 30, trois cents carabiniers et trois cent cinquante militaires dirigés par la brigade des stupéfiants (NAS) ont effectué 140 perquisitions sur mandat du juge romain Paolo Ferraro. Jamais une opération de lutte contre le trafic de produits dopants n'avait pris de telles proportions en Italie.

Cent trente-huit personnes ont été mises en examen : huit coureurs participant actuellement au Tour d'Italie cycliste, sept autres coureurs professionnels, soixante-dix-sept coureurs amateurs, sept athlètes - dont Salvatore Gibilisco, champion du monde de saut à la perche, et Nicola Vizzoni, vice-champion olympique du lancer du marteau -, neuf infirmiers, deux médecins, cinq pharmaciens et neuf dirigeants d'équipes amateurs, ainsi que neuf autres personnes.

Une situation alarmante
Le bilan de cette opération, menée dans le cadre d'une enquête sur le décès suspect d'un cycliste amateur romain en décembre 2002, est édifiant : les agents ont saisi 30 fioles d'hormones de croissance de provenance lituanienne, 22 seringues d'EPO, 80 boîtes d'hormone anti-vieillissement DHEA, des centaines de flacons contenant des anabolisants et du Nesp (EPO synthétique), des aiguilles pour transfusions sanguines et deux boîtes de médicaments dopants pour chevaux.

Selon le juge Ferraro, la situation est alarmante : "Un grand nombre de professionnels et d'amateurs recourent désespérément aux substances dopantes et s'y habituent rapidement", affirme-t-il. Les chefs d'accusation sont édifiants : trafic, recel et administration de produits dopants en provenance de structures hospitalières ou importés clandestinement ; exercice abusif de la profession de pharmacien ; prélèvement illégal, conservation et vente de sang humain et transfusions sanguines à des athlètes.

"Ils n'ont rien trouvé dans nos chambres", ont clamé les coureurs du Tour d'Italie qui ont reçu la visite des enquêteurs. Mais, d'après un enquêteur des NAS, il existe "des milliers d'heures d'interceptions téléphoniques et de vidéos tournées avec des microcaméras" qui constituent des "preuves écrasantes". "On ne perquisitionne pas à quatre heures du matin sans avoir de certitudes", ajoute-t-il.

Plusieurs des coureurs mis en examen appartiennent à des équipes qui devraient participer au Tour de France. Chez Saeco, la formation de Gilberto Simoni, on relève les noms de Danilo di Luca, Eddy Mazzoleni et Alessandro Spezzialetti. Ces coureurs ont confirmé leurs liens avec Carlo Santuccione, un médecin se trouvant au centre de l'enquête et qui a été suspendu cinq ans par la Fédération cycliste italienne à la suite d'une affaire de dopage. Mario Scirea et Alessandro Galletti, équipiers de Mario Cipollini chez Domina Vacanze, sont eux aussi impliqués, au même titre que Fabio Sacchi, coureur de la Fassa Bortolo, l'équipe du sprinteur Alessandro Petacchi.

"Le dossier est à la disposition de la police française, qui pourrait informer précisément Jean-Marie Leblanc de la situation", assure un enquêteur des NAS. Après avoir décidé de ne pas inviter la formation espagnole Kelme à la prochaine Grande Boucle, après les accusations de Jesus Manzano (Le Monde du 4 mai), le directeur du Tour de France risque de se trouver face à un nouveau cas de conscience.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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