25 mars 2004

A son tour, Jesus Maria Manzano
dénonce les pratiques de dopage

Récit d'un malaise lors du Tour 2003.

Eric Collier (avec AFP)

A 25 ans , Jesus Maria Manzano est déjà un ancien coureur cycliste. Un "ex" qui a beaucoup de choses à dire sur les mauvaises habitudes d'une partie du peloton : dix jours après les confessions de Philippe Gaumont (Le Monde du 16 mars), l'Espagnol, récemment licencié par son employeur, l'équipe Kelme, a dénoncé, mercredi 24 mars, dans les colonnes du quotidien sportif madrilène AS, les terribles pratiques de dopage qu'il aurait connues dans le peloton professionnel.

Jesus Maria Manzano raconte notamment les auto-transfusions sanguines. Quelques jours avant le départ du Tour de France 2003, "on est allés à Valence pour qu'on nous retire du sang", se souvient-il. "On nous prend un litre de sang dans deux poches d'un demi-litre. Après, on utilise une des poches de sang pour le début du Tour et une autre pour plus tard dans la course."

Il s'attarde longuement sur les conditions sanitaires dans lesquelles ces transfusions étaient pratiquées. "Une chose qui m'a semblé anormale, déplore-t-il, c'est que ces poches soient posées dans un bac en plastique sans aucune marque. (...) La première chose à faire devrait être de les marquer et de les placer dans une banque de sang pour les conserver. Nous ne sommes pas des chiens."

Après avoir évoqué l'existence d'une caisse noire, l'ancien coureur précise la marche à suivre pour suivre la cadence du Tour de France. Après la première semaine, "la récupération était normale, nous utilisions peu de produits".

Puis viennent les étapes de montagne. Le 12 juillet, sur la route de Morzine (Haute-Savoie), Jesus Maria Manzano se sent plus fort que d'habitude et se lance à l'attaque, dans les roues de Richard Virenque. Dans les lacets du col de Porte, il s'effondre. On le presse de mettre cet incident sur le compte de la chaleur. Il s'en explique aujourd'hui dans des termes qui n'ont plus rien à voir avec la météo : "Le matin, on m'avait injecté 50 millilitres d'un produit que je n'avais jamais pris."

Frissons en juillet
L'échappée devient soudain moins belle : "J'avais l'impression d'être au bout du rouleau, comme si mon guidon était mou. C'était très bizarre. J'avais les mains endormies. Au bout de 3 kilomètres, j'ai commencé à avoir des nausées. Malgré la chaleur de juillet, j'ai commencé à grelotter. (...) On m'a transporté à l'hôpital. J'avais le ventre serré, il me semblait gonflé comme une outre. Jusqu'à une heure du matin, je n'ai pas pu uriner."

A la fin du mois de juillet, une autre transfusion se passe mal : "Au bout de 125 millilitres, j'ai commencé à me sentir très, très, très mal. Je grelottais, comme si je me trouvais au pôle Nord. (...) D'après ce que j'ai compris, cette poche de sang avait voyagé sur le Tour et elle avait été mal conservée."

Vicente Belda, le directeur sportif de Kelme, a réagi en assurant que son ancien coureur "ne raconte pas la vérité". "Il ne peut pas mettre tout le peloton dans le même sac", a-t-il ajouté. La Fédération espagnole de cyclisme a annoncé son intention de porter plainte contre le coureur, estimant qu'il faut "protéger l'honneur de tout un collectif" et qu'il ne "faut pas donner pour généralisées des pratiques interdites". Jean-Marie Leblanc, le directeur du Tour de France, assure, lui, qu'il "prend tout cela avec prudence" et que " les propos méritent d'être vérifiés, authentifiés."


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