7 mars 2004

Leblanc estime que
"le vélo est indestructible"

Gilles Le Roc'h

PARIS (Reuters) - Paris-Nice donnait dimanche le coup d'envoi de la saison cycliste 2004 dans une ambiance morose, ternie une nouvelle fois par les affaires de dopage. L'organisateur de la "course au soleil", Jean-Marie Leblanc, les commente pour Reuters sans concession mais affirme une nouvelle fois son grand optimisme.

Q: Jean-Marie Leblanc, comment avez-vous vécu ce début d'année, ces nouvelles affaires touchant le cyclisme ?

R: Je dois dire que c'était pour moi inattendu. Je pensais que dans la foulée du Tour du Centenaire, on allait connaître un début de saison normal et voilà qu'éclate, non pas une affaire "Cofidis" parce que les informations et les confidences dont je dispose me font penser que ce n'est pas l'affaire d'une équipe, mais une affaire de quelques individus, la dérive d'une poignée de mecs. Alors c'est un électrochoc et tout de suite, je me suis dit "ça y est, ça recommence, bande de cons, ils n'ont rien compris..." Tout m'est passé par l'esprit. En fait cette histoire démontre que personne n'est à l'abri des méfaits, des agissements d'une bande de petits crétins. La flambée médiatique qui a suivi m'a accablé parce qu'on a vu réapparaître la chape de suspicion que nous avons connu il y a six ans, laissant accréditer la thèse que le cyclisme est pourri. Les journaux d'information générale, les humoristes, toute personne ne connaissant rien à rien sautant sur notre sport comme la vérole sur le dos du bas clergé et exploitant des pistes dont on se rend compte aujourd'hui qu'elle étaient prématurées. Ce ne sont pas évidemment les journalistes que j'accable mais le système dans lequel ils se trouvent, système de surenchère, de rapidité, de scoops.

Q: Cette affaire a été d'autant plus mal vécue que le Tour du Centenaire avait été une grande réussite ?

R : Je ne me sentais pas sur un nuage après ce Tour 2003 mais je veux croire que s'il y avait eu le moindre soupçon, les journalistes dans leur ensemble n'auraient pas été aussi enthousiastes à le faire vivre. Ce n'est quand même pas Monsieur Gaumont, dont j'apprends samedi qu'il était drogué, qui va nous contraindre à tirer un trait noir sur le Tour 2003.

Q: Dans la justification du dopage, le Tour de France est souvent mis en cause parce qu'il est pour tous, coureurs, équipes, sponsors, incontournable ?

R: J'ai appris depuis 1998 que ces petits jeunes gens impliqués dans des affaires de dopage n'ont jamais, ou trop tardivement parce que ça peut prêter à rentabilité sous formes de bouquins, ils n'ont jamais la franchise, l'honnêteté de dire "oui j'ai été stupide, je me suis dopé". C'est toujours la faute de quelqu'un, le sponsor, le Tour, la télé. Ensuite ils avouent mais affirment "je ne suis pas le seul, ils sont tous dopés". Ils essaient d'atténuer, de diluer leur responsabilité. C'est un manque flagrant de courage intellectuel. Alors, je répète que je ne me sens en rien responsable. C'est la faute d'un Tour trop médiatisé ? Non. J'entends que les policiers sont en train de dire que ces coureurs de l'équipe Cofidis se sont dopés parce qu'il y avait des primes de victoires. C'est remettre en cause le fondement du sport professionnel et affirmer que tous les sportifs professionnels de l'histoire se sont dopés. Le Tour se sent d'autant moins responsable que depuis 1998, nous n'avons cessé d'apporter une contribution: formation, prévention, assistance matérielle. Nous avons épousé l'ère du temps et réduit de 600 kilomètres la distance du Tour, il y a moins de montagne et parfois vous le déplorez.

Q: Cela ne montre-t-il pas que le cyclisme a perdu sa crédibilité: quand il fait ou dit quelque chose, personne ne le croit ?

R: Oui, c'est vrai. C'est hélas la situation dans laquelle il se trouve et cela mettra du temps pour s'inverser... Mais le cyclisme a cette chance d'avoir contre lui une liste d'une douzaine de contemplateurs que nous connaissons bien à présent et qui sont dans le carnet d'adresses de tous les journalistes d'information générale et en particulier dans l'audiovisuel. Je vais leur dire toutefois qu'ils n'auront pas le vélo parce qu'ils ont face à eux des millions de gens qui aiment ce sport, de leurs tripes et de leur coeur. Le vélo est indestructible. Je n'imagine pas une société sans musique. Je n'imagine pas en France une société sans courses de vélo. Ils auront beau faire, ils ne nous auront pas...

Q: Beaucoup de mesures sont annoncées en France, par l'UCI, le ministère des sports. Ne sont-elles pas prises dans l'urgence?

R: Depuis 1998, des progrès énormes ont été accomplis. On trouve de nouveaux procédés, on pointe le doigt sur les vraies causes du dopage. Le fruit de ce travail permet à l'UCI de développer les contrôles inopinés et ciblés et c'est une avancée considérable parce que cela peut donner un coup de frein aux dérives.

Q: Quand alors va-t-on se pencher sur le cas des médecins coupables, non pas ceux dans les équipes françaises qui pratiquent une médecine de l'effort, mais ceux, comme l'Italien Cecchini, qui pratiquent une médecine de la performance ?

R: Intuitivement, je me dis que les coureurs de 23 à 25 ans ne sont pas suffisamment compétents pour tout connaître des possibilités offertes par de nouveaux produits et il y a bien des personnes qui les assistent. Je me dis aussi que jamais aucun médecin n'a été traduit devant un conseil de l'ordre. Il y a deux manières pour ces jeunes de maîtriser ces produits: la filière des soigneurs à l'ancienne que nous essayons de régler en ce moment et puis les médecins qui ont prêté le serment de soigner. Pas de doper. Et curieusement, les concernant, il ne se passe pas grand chose. Dans le Tour nous allons essayer de mieux maîtriser les encadrements des équipes, voulant savoir qui se rend dans les hôtels notamment.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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