Sept ans après l'affaire Festina, le dopage continue à gangrener le cyclisme auquel il confère une image désastreuse
Eric de Falleur
BRUXELLES - À écouter certains protagonistes du milieu cycliste, on a vraiment l'impression que tout va très bien dans le meilleur des mondes. Le monde du vélo crie en effet souvent à la chasse aux sorcières dès lors qu'on évoque le dopage. Pourtant, le public n'est pas dupe.
On vient de vivre ces derniers mois une petite avalanche de nouvelles affaires impliquant bon nombre de coureurs. Rapporté au nombre de courses et de contrôles, le pourcentage est sans doute infime mais il démontre quand même que le dopage gangrène toujours le peloton.
Depuis 1998 et la tristement célèbre affaire Festina, le cyclisme a connu un peu partout de nouvelles révélations. En Italie, il y eut l'irrémédiable déchéance de Marco Pantani qui a conduit le Pirate au suicide, le Blitz de Sanremo au Giro 2001 ou l'arrestation de Dario Frigo et de son épouse, leur voiture étant bourrée de produits dopants, en juillet dernier. L'Espagne nous a apporté les révélations ahurissantes de Manzano à propos d'un dopage stupéfiant dans l'équipe Kelme mais aussi les contrôles positifs de Francisco Perez et Aitor Gonzalez. La France, que l'on croyait définitivement guérie, a eu son affaire Cofidis au début de l'année passée ou le démantèlement du trafic de pot belge à Cahors.
Et entre les révélations à propos des cas David Millar, Raimundas Rumsas ou Tyler Hamilton, celle qui a confondu Lance Armstrong il y a un peu moins de deux mois, ne fut certainement pas la moins révélatrice de l'ampleur prise par le dopage au plus haut niveau.
Même la Belgique, qui avait semblé un certain temps à l'écart du fléau, a, malheureusement depuis, comblé son retard avec les affaires touchant Vandenbroucke, Bruylandts, Meirhaeghe, De Clercq, Museeuw, Peers, Planckaert, Berden ou, plus récemment, Capelle...
Rogge n'est pas pessimiste
Il y a quelques jours aussi, un ancien médecin de l'équipe US Postal (en 1996), Prentice Steffen, accusait, sans pouvoir le démontrer, plusieurs équipes du Tour de pratiquer des autotransfusions avant le départ d'étapes importantes de la Grande Boucle afin de déjouer les contrôles sanguins. Une méthode dont la faisabilité a été jugée plausible par une spécialiste du dopage sanguin.
Pourtant, il reste de nombreux optimistes qui assurent que le cyclisme est sur le bon chemin, que si les cas positifs se multiplient c'est bien parce que les contrôles sont de plus en plus efficaces et la lutte contre les tricheurs engagée sans merci.
Ainsi, il y a une dizaine de jour, lors d'une réunion se tenant à Ostende, notre compatriote Jacques Rogge, le président du Comité international olympique, avouait qu'il n'était « absolument pas pessimiste » pour l'avenir du cyclisme, « ce sport magnifique », malgré les affaires de dopage.
« La perception du dopage dans le cyclisme est très forte, disait le Gantois, car c'est une discipline qui est très contrôlée. Les cyclistes sont parmi les sportifs les plus souvent contrôlés, plus que les athlètes par exemple. Au contraire, il convient de regarder les chiffres avec objectivité et se féliciter du combat que mènent les autorités du cyclisme pour lutter contre le dopage ».
Le même Jacques Rogge avait d'ailleurs invité les instances de la fédération internationale à enquêter sur les accusations à propos de Lance Armstrong et l'UCI a donc nommé, il y a peu, un expert indépendant, un avocat néerlandais, chargé d'enquêter sur les accusations de dopage portées contre le Texan.
« J'ai les mains libres »
On le sait, même si les traces d'EPO ont été décelées dans six échantillons B qui avaient été prélevés sur le coureur américain pendant le Tour de France 1999, son premeir victorieux, Armstrong ne risque sans doute aucune sanction car les échantillons A n'existent plus et aucune contre-analyse ne peut plus être effectuées.
« J'ai les mains libres pour conduire mon enquête », disait récemment Me Vrijman. « Je pense qu'il est dans l'intérêt des autres sports que nous nous penchions sur la question des contrôles rétroactifs et que nous nous assurions qu'ils soient faits dans les règles ».
Mais pendant ce temps-là également, l'UCI a interjeté appel auprès du Tribunal arbitral du sport (TAS) de la décision d'autoriser le coureur français Franck Bouyer (Bouygues Telecom) à utiliser un médicament (modafinil), figurant sur la liste des produits interdits, afin qu'il lutte contre la maladie du sommeil qui le menace de s'endormir à tout moment, y compris en course.
Est-ce bien la première priorité ?
Ce dopage qui empoisonne le vélo
Un sondage publié par nos confrères de L'Equipe, il y a un peu plus de deux semaines, démontrait que 79% des quelque deux mille personnes interrogées dans quatre grands pays européens (France, Italie, Espagne et Allemagne) estimaient que le cyclisme est le sport le plus associé au dopage. Faisant suite aux révélations du même quotidien sportif français à propos de Lance Armstrong et de la présence d'EPO dans ses urines lors du Tour de France 1999, ce taux très élevé (quatre personnes sur cinq) n'étonnera finalement guère. Sept ans après l'affaire Festina et le séisme que celle-ci avait provoqué sur le sport en général, le cyclisme en particulier, et alors qu'on a pu croire pendant quelque temps que le dopage appartenait de plus en plus au passé, la multiplication des cas ces dernières années, invite malheureusement à se poser à nouveau des questions. Déjà secoué par le grand bouleversement provoqué cette année sur ses structures mêmes, avec l'apparition du ProTour et les modifications générées par celle-ci, le sport cycliste est aussi attaqué de plein fouet par ce fléau des temps modernes qu'est le dopage. Aux instances fédérales et sportives d'y prendre garde car il y a un danger.
19 janvier : un trafic de produits dopants (EPO, hormones de croissance, pots belges) impliquant 25 personnes, dont plusieurs Belges ainsi que les ex-coureurs français Eddy Lembo et Laurent Roux, est démentelé à Cahors et dans le sud de la France.
2 mars : le directeur sportif Laurent Biondi (AG 2R) est inculpé pour possession de pots belges.
5 mars : Danilo Hondo (Gerolsteiner) est contrôlé positif (produit stimulant) deux fois sur le Tour de Murcie. Il est licencié et sera suspendu.
5 mai : Nuno Ribeiro (Liberty Seguros) est interdit de départ avant le Giro pour un hématocrite supérieur à la norme (50%).
1 er juin : des produits interdits, dont de l'EPO, sont découverts au domicile de Marc Lotz (Quick Step). Le Néerlandais avoue et son employeur le licencie.
5 juin : Isidro Nozal (Liberty) et Michele Scotto D'Abusco (Lampre) sont interdits de départ au Dauphiné (hématocrite trop élevé).
23 juin : devant la cour d'appel de Gand, Frank Vandenbroucke est condamné à une amende de 250 000 euros pour possession de produits dopants à la suite de l'affaire née avant le Het Volk 2002.
12 juillet : Le Russe Evgueny Petrov (Lampre) est interdit de départ avant la 12e étape du Tour de France à la suite d'un contrôle sanguin inopiné.
13 juillet : Dario Frigo (Fassa Bortolo) est interpellé puis inculpé avant la 13e étape du Tour. Deux jours plus tôt, les douanes françaises avaient découvert de nombreux produits interdits dans la voiture conduite par son épouse.
23 août : L'Equipe révève que six échantillons urinaires de Lance Armstrong au Tour 1999, ont présenté des traces d'EPO lors d'analyse effectuées fin 2004-début 2005 dans le cadre d'un travail scientifique. Le laboratoire annonce que six autres échantillons de ce même Tour 1999 et une quarantaine du Tour 1998 révèlent, eux aussi, une présence d'EPO.
26 août : Oscar Laguna (Relax) est interdit de départ à la Vuelta pour hématocrite trop élevé.
13 septembre : l'équipe française Bouygues exclut de la Vuelta puis licencie le coureur espagnol Unai Yus dans la valise duquel des produits ont été découverts par le médecin de la formation.
15 septembre : suite à un contrôle interne présentant des paramètres suspects, Santos Gonzalez est exclu de la Vuelta et licencié par Phonak.
22 septembre : deux Bulgares, Bogdan Stoytchev et Ivailo Gabrovski, sont interdits de participation aux mondiaux de Madrid, suite à un test sanguin.
23 septembre : deux jeunes Slovènes, Simon Spilak et Vladimir Kerkez, sont interdits de départ à la veille du mondial espoirs de Madrid.
30 septembre : la contre-expertise subie par Fabrizio Guidi ne confirme pas la présence d'EPO dans ses urines, à la suite du contrôle inopiné subi par l'Italien avant la HEW-Cyclassics d'Hambourg, fin juillet.
1 er octobre : la presse espagnole annonce qu'Aitor Gonzalez (Euskaltel) a fait l'objet d'un contrôle antidopage positif (anabolisant) durant la Vuelta, annonce confirmée ensuite par la fédération espagnole.
3 octobre : La Dernière Heure révèle que le Parquet de Courtrai demandera, le 11 octobre, le renvoi devant le tribunal correctionnel de Johan Museeuw et des autres anciens coureurs (Chris Peers, Jo Planckaert et Mario De Clercq) dans le cadre du dossier de dopage qui avait été mis à jour en 2003.
4 octobre : devant le tribunal correctionnel d'Anvers, une peine de trois mois avec sursis est réclamée à l'encontre de José De Cauwer, pour commerce et possession d'amphétamines, dans l'affaire concernant l'ex-coureur Ronny Vansweevelt en 1995 et 96.
5 octobre : la commission disciplinaire de la Communauté flamande suspend pour 18 mois Ludovic Capelle (Crédit Agricole) à la suite d'un contrôle positif (EPO) lors de la kermesse de Gullegem (8 juin). Le Namurois va en appel de cette décision.
5 octobre : Jan Kuyckx (Davitamon-Lotto) et Geert Verheyen (Crédit-Agricole-Colnago) sont entendus par la commission disciplinaire de la LVB après un contrôle positif lors de l'ElektroToer, en juin.
5 octobre : à Sanremo, six mois de prison sont requis à l'encontre de Dario Frigo dans le procès a été ouvert à la suite du Blitz du Giro 2001. Deux à quatre mois sont requis contre Giuseppe Di Grande, Alberto Elli, Daniele De Paoli, Giuliano Figueras, Giampaolo Mondini, Pavel Padrnos et Stefano Zanini.
5 octobre : Rabobank suspend l'Australien Rory Sutherland contrôlé positif lors du Tour d'Allemagne.
6 octobre : un ancien médecin de l'US Postal accuse, dans L'Equipe, des formations de se livrer à des autotransfusions avant certaines étapes du Tour.
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