Cliquez sur >> à droite pour faire disparaître les annonces

7 juin 2005

« Prisonnier du Dopage » par Philippe Gaumont

Après Christophe Bassons, Erwan Mentheour, Willy Voet, Bruno Roussel, c’est au tour de Philippe Gaumont , ex-cycliste professionnel, de nous faire part de ses vérités.

Les fans de vélo vont sûrement crier au complot, aux mensonges, aux règlements de compte. Philippe Gaumont, 32 ans, coureur de 1992 à 2004 chez Castorama, Gan et Cofidis, explique le dopage et donne des noms (ce qui lui risque de lui coûter très cher !).

Le coureur français, tout comme son ancien coéquipier David Millar, faisait partie ,il y a peu encore, des coureurs qui criaient à la conspiration quand il était mis en cause dans une affaire de dopage (ce qui s’est passé 3 fois !). Depuis, Gaumont s’est fait « pincé » par les forces de l’ordre et a avoué. Il a avoué notamment que l’affaire « Festina » n’avait rien arranger améliorer à la vie de certains cyclistes.

Le site e-actualite.com reproduit des extraits du livre confession de Philippe Gaumont, « Prisonnier du dopage », édité par Grasset. Sans commentaire, sans jugement, chacun est libre d’apprécier la crédibilité des écrits publiés.

« Je les (NdlR : David Millar et d'autres coureurs anglophones de Cofidis) ai vus complètement défoncés. Ils avaient snifé des rails de poudre, obtenue en mélangeant des somnifères (du Stilnox) et des comprimés d'éphédrine (...). Ils s'amusaient à passer d'une chambre à l'autre, par le balcon, au huitième étage... »

« Je crois que Vezzani (un médecin italien engagé par Cofidis) est arrivé en mai 1998. Nous étions en pleine préparation pour le Tour de France et il s'est occupé des coureurs qui allaient le disputer. Il y avait, entre autres, Julich, Livingstone, Rinero, Desbiens et moi. Depuis l'Italie, il nous envoyait en colis express de l'EPO et des hormones de croissance, emballés dans des packs de glace... Nous recevions les produits (...), accompagnés d'un protocole. »

« Jo Planckaert m'a clairement déconseillé de me procurer de l'oxyglobine (NdlR : hémoglobine de synthèse, à usage vétérinaire) au printemps 2003, en me racontant qu'il en avait pris quelques semaines avant pour Paris-Roubaix. (...) pendant que Jean-Jacques (Menuet, le médecin de Cofidis) me faisait la perfusion, j'avais la trouille en me disant que c'était un truc pour les animaux. Pendant toute la course, j'ai eu mal au ventre », lui aurait dit Planckaert.

« J'ai ingurgité tout ce qu'il (un médecin) me donnait sans poser de questions. J'avalais tout ce qui était susceptible de me faire avancer plus vite. A aucun moment, en dix ans, je n'ai imaginé qu'on pouvait faire du vélo autrement.» «Pendant l'hiver ( 94-95), je m'allumais au pot belge. J'ai demandé aux anciens, si ça n'allait pas me griller... mais ils me rassuraient. (...) plus tard, j'ai commencé à prendre des amphétamines pour disputer la tournée des critériums (...) puis pour aller à l'entraînement. L'engrenage était terrible. » « Beaucoup de coureurs n'avaient plus de limites et abusaient dangereusement du produit (l'EPO). (...) En 1995, un des leaders de l'équipe Castorama avait failli mourir sur le Tour d'Italie. Son sang ressemblait à de la bouillie et un des soigneurs avait carrément dû le saigner... »« Ils (les coureurs étrangers de Cofidis en 1997) n'utilisaient des produits interdits que pour améliorer leur performances. Nous, Français, non seulement on se dopait, mais en plus, on se défonçait régulièrement à coups d'amphétamines et de pot belge... »

« Parfois, en voyant mon sang se mélanger aux produits, dans la seringue, puis remonter vers mon cœur, je me demandais quel effet cela allait produire, à l’intérieur de moi. »

Gaumont évoque aussi l’argent gagné en vendant ses services à un adversaire.

« ... Une fois, j'ai eu honte... C'était sur Paris-Nice, en 2003. Notre coéquipier kazakh Andrei Kivilev était mort deux jours plus tôt, des suites d'une chute (...) la course arrivait au Mont Faron (...) et Alexandre Vinokourov, meilleur ami de Kivilev, était bien placé pour prendre la tête du classement général. Une échappée était partie et dans l'oreillette, j'ai demandé à notre directeur sportif: Qu'est-ce qu'on fait? On aide les Telekom à rouler ? (...) Avec sa voiture, il est monté à hauteur de celle de Telekom puis il nous a dit dans le micro : C'est bon, allez-y, je vous ai négocié 3.000€ par jour (à diviser en sept) jusqu'à dimanche. On l'a fait, on a roulé pendant trois jours, sans se poser de questions, Vino a gagné Paris-Nice et nous avons empoché l'argent. Dans les journaux, on décrivait la beauté de notre geste... »

Victme consentante du dopage, « dopé à l’insu de son plein gré » comme dirait une marionnette, Philippe Gaumont clôture son livre par une réflexion sur lui même :

« Quelle punition pourrait être plus importante que la certitude que je ne saurai jamais (...) ce que je valais vraiment ? (...) Pendant toute ma carrière, j'ai cru que le bonheur sportif passait par la victoire, la gloire et l'argent... Je me suis dopé pour exister (...), pour toucher des salaires de plus en plus élevés mais j'ai beaucoup perdu. Maintenant (...), je réalise que je ne sais pas quel sportif j'étais vraiment... »


page mise en archives par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
Consultez notre ENCYCLOPÉDIE sportive