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5 septembre 2005

Les accusations qui pèsent sur l'Américain
sont-elles un avatar de la querelle transatlantique ?

Lance Armstrong remercie la France

Ted Stanger*

Comment ? Ces Frenchies osent mettre en doute la réputation de notre Lance Armstrong, en l'accusant de s'être dopé ?

Les relations franco-américaines, déjà aussi fragiles que la ville de La Nouvelle-Orléans devant Katrina, vont en pâtir de nouveau. On commençait à peine à vous pardonner sur l'Irak (car vous n'aviez pas tout à fait tort), et voilà que la France, cette même nation qui refuse systématiquement notre hégémonie, remue le couteau dans la plaie avec Armstrong... Franchement ! Vous renoncez à jamais à la paix avec la grande puissance outre-Atlantique ? Il faut le croire.

Certains d'entre vous, plus naïfs que la moyenne, me diront que le beau Lance sera vite condamné par son propre pays néopuritain pour prise de drogue et surtout pour mensonge. Et les menteurs, vu le calvaire de Bill Clinton, sont vite bannis. Las, les menteurs de gauche sont punis, mais les autres... L'occupant actuel de la Maison-Blanche a-t-il dit la vérité sur l'Irak ? Ne dispose-t-il pas d'un deuxième mandat ? Je vous laisse le soin d'y répondre.

En plus, Armstrong jouit d'une formidable arme pour sa défense : il est accusé par des journalistes français. Dans l'Amérique profonde de George Bush, cette nation de mangeurs de fromages au lait cru prend progressivement la place jadis occupée par l'Union soviétique. Un lieu marxisant de perdition, où le mensonge est roi. Ironsides saurait très vite convaincre les jurés populaires d'envoyer ces infâmes rédacteurs de L'Équipe aux oubliettes et de blanchir le noble Texan. Autre chose : les accusations portent sur 1999, un autre siècle. Les Américains ont un rapport difficile avec les cours d'histoire.

D'ailleurs, la performance «améliorée» est acceptée dans mon pays d'origine. Si les hommes américains peuvent se faire assister par le Viagra et les femmes par le bistouri, pourquoi pas les sportifs ? Vous pensiez peut-être que les biceps du bel Arnold étaient seulement dûs à une saine nutrition seulement ? Allez, un peu de sérieux ! Les produits dopants, c'est de la chimie, et la chimie c'est de la science, et la science, comme tout le monde aux États-Unis vous le dira, c'est le progrès. Pourquoi aller gagner autant de prix Nobel scientifiques pour en refuser les bienfaits ? Ça n'a aucun sens. Les Français, qui ne savent même pas appliquer les découvertes de Louis Pasteur pour le lait, n'ont rien compris, ces traditionalistes ringards.

Bref, la suprématie d'Armstrong serait donc aussi «assistée» que la beauté (menton siliconé) de Marilyn Monroe ou les prouesses de nos champions de base-ball, y compris Mark McGuire, le très anabolisé recordman du home run ? Pas grave.

En fin de compte, les Américains défendront leur champion car sa vie est un téléfilm, conforme à l'image d'Épinal du self-made-man : abandonné par son père, confronté très jeune à la pauvreté, frappé par le cancer, Armstrong est arrivé à tout vaincre (y compris les réticences de la chanteuse Sheryl Crow). S'il trouve son honnêteté désormais mise en question, ce n'est qu'une épreuve de plus pour lui. La saga Armstrong, made in Hollywood, continue. Sortez les mouchoirs, messieurs et mesdames les spectateurs.

Paradoxalement, l'offensive anti-Armstrong pourrait même finir par hisser la carrière postvélo de l'ancien coureur. Lors de son passage fin août sur Larry King Live, émission étoile de la chaîne CNN, Armstrong s'est montré, oui, peu convaincant en s'interrogeant sur la fiabilité des laboratoires français (tiens, j'ai opté pour la même tactique en ce qui concerne mon taux élevé de triglycérides dernièrement – j'aime le sucré). Mais le champion a su habilement tourner le regard de ses compatriotes vers l'avenir. Il s'accorde quelque temps de réflexion avant de se lancer ou non dans une carrière politique à la Schwarzenegger ou à la John Glenn. Comme l'ancien général Eisenhower, il évite pour le moment d'opter pour le camp des républicains ou des démocrates. Pour faire durer le suspense, bien sûr.

Mais une fois décidé, le grand Lance pourra ensuite espérer endosser le maillot jaune du sénateur ou même du gouverneur du Texas. Un poste qui, personne ne l'ignore, peut un jour déboucher sur une tout autre couleur, la blancheur d'une certaine maison à Washington.

Et là, Lance Armstrong pourra se dire pour la huitième fois, « Merci, les Français ! »

* Journaliste, ancien chef de bureau de Paris de Newsweek; auteur de Sacrés Français : le roman ! (Éditions Michalon) à paraître le 8 septembre.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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