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6 juin 2006


Le sprinteur Sébastien Moquin défendra son titre de champion des Mardis cyclistes de Lachine.
photo : Martin CHamberland

Un sprinteur atypique

Comme il faisait beau hier soir, Sébastien Moquin a enfourché son vélo après son quart de travail chez Outils Gladu, une entreprise de Marieville où il est technicien en génie mécanique. Il prévoyait compléter deux boucles autour du mont Saint-Grégoire avec des copains d'un club cycliste de Saint-Jean-sur-Richelieu, sa ville d'origine. Le coureur de 29 ans pensait franchir une cinquantaine de kilomètres, sans plus.

Voilà donc comment Moquin entendait se préparer à la veille du premier Mardi cycliste de Lachine de la saison, ce soir, 18 h 45, au parc Lasalle, où il enfilera le maillot jaune à titre de champion de l'année dernière.

« Je ne m'entraîne pas, expliquait Moquin, hier, en fin d'après-midi. Des intervalles, je devais avoir 20 ans la dernière fois que j'en ai fait. Donc, je ne m'entraîne pas, je fais plutôt des tours de bicycle. On roule, on jase... En fait, ma satisfaction, c'est d'essayer de performer en roulant au strict minimum. »

Il n'est pas rare pour Moquin de ranger son vélo dans la valise de sa voiture après un mardi et de le ressortir... le mardi suivant !

Arrogant, le sprinteur de l'équipe Sleeman Clear Énergie (l'ancienne Gypco Télé-Annonces) ? Pas une miette, vous diront ceux qui le connaissent. Devant la tournure que prend l'entrevue, Moquin s'en inquiète d'ailleurs un peu, précisant à quelques reprises qu'il ne veut pas « paraître prétentieux ».

Mais les faits sont là : il roule 3000 ou 4000 kilomètres annuellement et réussit quand même à faire la barbe à plusieurs des meilleurs sprinteurs québécois sur le parcours de Tino Rossi, promoteur des Mardis cyclistes. Son secret ? Il cache dans son pédalier un minuscule moteur électrique qu'il actionne juste avant le dernier droit...

En fait, Moquin possède une excellente pointe de vitesse et profite de la fraîcheur de ses jambes. Il s'appuie également sur un sens tactique très développé, qu'il dit tenir de nombreuses heures à lire et à regarder tout ce qui se fait sur le cyclisme de compétition. « Je connais le nom de tous les coureurs, les statistiques. Je suis bien plus un amateur de vélo que je ne pratique ce sport. »

II a commencé à courir à 15 ans, a connu un peu de succès dans les rangs juniors, mais quand est venu le temps de s'expatrier pour l'Europe, il a mis les flashers. Ses parents l'encourageaient à poursuivre ses études et il ne se voyait pas se séparer de son réseau d'amis.

« M'entraîner comme Dominique Perras le fait, ce n'est pas dans ma nature. Aussi, j'ai probablement choké. Je suis très proche de mes amis. Je ne suis pas un mégafêtard, mais j'aime sortir, me coucher tard. Je ne me voyais pas m'installer dans le nord de la France, où il pleut et il fait frette, à manger des tranches de pain au beurre de pinottes pendant que tes amis commencent à travailler et à faire de l'argent. »

Moquin a donc poursuivi sa carrière en dilettante au Québec tout en travaillant à temps plein. Mais en 2000, une année où il ne s'est particulièrement pas entraîné, il a décidé que son mode de vie boulot-bistro-vélo tirait à sa fin. Le dernier élément du triptyque devait évidemment être celui qui prenait le bord.

Pour la grande finale des Mardis de Lachine, il a donc convoqué parents, amis et collègues pour ce qui devait être sa dernière course. Il voulait finir ça « comme il faut » et a promis un podium à tout le monde.

Au bureau, il a dessiné le parcours sur des post-it, s'attardant à tous les scénarios. « À la course, j'étais tellement concentré, j'étais comme un tueur. Dans les cinq derniers tours, je ne sentais plus rien. Ça ne m'est jamais arrivé depuis. Dans le dernier virage, j'étais troisième derrière Charles Dionne et Yannick Cojan et je les ai passés comme une fusée ! »

Une semaine après sa première victoire aux Mardis cyclistes, Moquin a vendu son vélo et tout son attirail de cycliste. L'année suivante, il s'est acheté une raquette pour jouer au tennis avec sa blonde.

En fin de saison, Moquin a assisté à quelques courses à titre de spectateur, ce qui lui a redonné la piqûre. Il a fini troisième à Lachine en 2002 avant de remporter le titre l'année suivante. Il n'a pas couru en 2004, victime d'une blessure au dos... qu'il s'est infligé en descendant la voie Camilien-Houde à pied après avoir suivi la Coupe du monde féminine sur le mont Royal.

Moquin a connu sa meilleure saison l'an dernier, remportant neuf des 30 courses auxquelles il a pris part en plus de ravir le maillot jaune à Lachine.

Il se dit néanmoins « un peu anxieux » en prévision de la course de ce soir.

D'abord, Pierre-Olivier Boily, son habituel poisson-pilote, n'est pas complètement remis d'un grave accident de la route subi en janvier. Le coureur de 24 ans a souffert de multiples fractures (cheville droite, deux tibias, genou gauche, hanche droite et côtes), ce qui ne l'a pas empêché de revenir en course le 14 mai au Grand Prix de Brossard. « Il a mal aux vis quand il roule fort, mais il m'a dit que j'allais avoir de la misère à tenir sa roue ! » relate Moquin, ébahi par un tel retour.

Ensuite, Moquin constate que le niveau est plus élevé cette année et il ne sait pas encore où il se situe. Quelques jeunes loups voudront le dégommer, dont David Veilleux (Louis Garneau Optik), un « super moteur », et les frères Vives, Charles et Maxime (Calyon/Litespeed).

« Mais je leur réserve une petite surprise, prévient Moquin. Je me vois gagner. » Peut-être cache-t-il quelques post-it dans la poche arrière de son maillot.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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