5 septembre 2003

Anne Richer
« J'habite dans une côte. »
Aha! Pourrait-on dire. Ça explique tout !
Mais il y a des tas de gens qui habitent dans une côte et ne deviennent pas champions olympiques pour autant. Marie-Hélène Prémont a fait là, dans cette colline de Château-Richer, en banlieue de Québec, ses premières escapades, ses premières découvertes sportives.
L'athlète de 26 ans a remporté la médaille d'argent en vélo de montagne à Athènes. Elle en revient auréolée de gloire, et son sourire en dit long sur sa joie. L'un des plus jolis sourires olympiques, affirment les confrères journalistes. Une joie connue désormais du monde entier ? la ville de Québec n'en a plus l'exclusivité ?, mais plus importante encore dans le réseau tissé serré de sa famille.
Pour cet exploit, La Presse lui accorde le titre de Personnalité de la semaine.
Ils étaient 22
«C'est mon père qui m'a appris à pédaler», raconte Marie-Hélène Prémont. Bien qu'elle se souvienne surtout des exploits de sa soeur cadette, «de ses petites roues attachées à la roue arrière».
Elle est née le 24 octobre 1977, première d'une famille de trois enfants. Dans la rue, ils étaient 22. Des amis, filles et garçons du même âge, une «gang». Ils étaient tout le temps dehors, à courir, à inventer des jeux, même à 30 sous zéro. «Je passais des heures sur mon vélo. Mais c'était plus un jeu qu'une compétition.» Elle se représente enfant comme étant tomboy, avoue-t-elle en riant. Ce qu'elle ignorait sans doute il y a déjà 20 ans, c'est qu'elle portait déjà en elle le désir de vaincre. La petite graine du bonheur de gagner n'a pas été bien longue à se manifester. N'importe quel sport suscitait en elle l'invincible besoin de donner le maximum d'elle-même.
Jamais sans le plaisir, cependant. C'est le conseil qu'elle donne aux jeunes, du reste: « Pratiquez un sport pour vous. Pour avoir du plaisir. Et si vous avez un rêve, poursuivez-le ».
Dans la réalité, c'est la famille qui est la plus importante pour maintenir l'équilibre. «Financièrement, mais surtout psychologiquement», précise l'athlète, qui se repose encore sur la sienne.
Le fond et la forme
Elle ne connaît pas la peur. Dans le ton de sa voix, dans ce qu'elle traduit comme assurance, c'est clair qu'elle connaît ses limites. « Si c'est trop pour moi, je descends de mon vélo. »
Elle connaît d'avance, inscrites dans son cerveau et dans ses jambes, toutes les sections du parcours d'une importante compétition. Elle n'a plus qu'à se soucier de qui la suit, et surtout de qui la précède.
Marie-Hélène Prémont tient sa vie en équilibre. «Je dois songer à l'avenir», dit-elle. Malgré un entraînement intensif à longueur d'année, elle a réussi un premier baccalauréat en kinésiologie; elle est inscrite à un deuxième bac, cette fois en pharmacie, à l'Université Laval.
Celle qui l'a devancée de 59 secondes à Athènes, la médaillée d'or Gunn-Rita Dahle, a 31 ans. «Dans ce sport, il y en a qui ont des enfants. Chez la femme, l'endurance est plus grande avec le temps.» Le projet d'une famille bien à elle, elle le situe dans quatre ans ? on imagine bien, après les prochains Jeux olympiques.
Entre-temps, il y a le championnat du monde dans deux semaines, en France. Pas question de se reposer sur ses lauriers. Elle reprend l'entraînement.
« J'admire, chez ma mère, sa détermination. Chez mon père, c'est le côté rigoureux ».
Pas de doute, elle a hérité du meilleur des deux mondes.
page mise en ligne le 5 septembre 2004 par
SVP
Le vélo est sans doute l'un des premiers sports que pratiquent les enfants. Parfois ils nagent avant, mais la plupart du temps, pour un petit citadin de 5 ou 6 ans, la bicyclette est le premier cadeau reçu ou demandé.
Elle a eu aussi des modèles, des athlètes qui pédalaient ou couraient, ou dévalaient le mont Sainte-Anne sur une planche à neige, qui gagnaient et qu'elle voulait imiter. Dans les premières heures de sa passion pour le vélo de montagne, c'est-à-dire en compétition, il y a de cela près de 10 ans, elle a connu toutes les émotions, ce que c'est que d'avoir chaud et froid, que d'avoir à juger si elle doit ralentir ou aller plus vite. « Je suis passée plusieurs fois par-dessus le guidon. Mes jambes en portent encore les cicatrices. Il y a cinq ans, j'ai connu ma pire blessure, une fracture de la clavicule. Avec l'expérience, on apprend à bien tomber, à rouler au sol, à se protéger. »