3 juillet 2005
La PERSONNALITÉ de la semaine La Presse

Marie-Hélène Prémont
C'était inscrit dans le ciel caniculaire : Marie-Hélène Prémont gagnerait cette course.
Médaillée d'argent aux Jeux olympiques d'Athènes, la championne canadienne
a remporté samedi dernier les honneurs en cross-country, la cinquième épreuve
de la Coupe du monde en vélo de montagne au mont Sainte-Anne.
Anne Richer
D'abord, elle était chez elle : elle est originaire de Château-Richer. Ensuite, il y avait sa famille réunie, son amoureux et des milliers de fans qui ont scandé son nom et applaudi à tout rompre.
Depuis longtemps elle espérait aussi mettre un terme à la suprématie de la vedette de cette discipline, Gunn-Rita Dahle, encore meneuse au classement, mais par seulement 130 points. Un beau défi. Les deux femmes ont roulé souvent roue contre roue jusqu'au quatrième et dernier tour de l'épreuve, où Marie-Hélène Prémont a su rassembler toute son énergie et devancer sa rivale par deux minutes 45 secondes. La Presse lui décerne son titre de Personnalité de la semaine.
De belles images
En dépit de la vitesse et de la concentration qu'il faut pour maintenir l'équilibre de l'engin à deux roues, Marie-Hélène Prémont a reçu tout le long du parcours des ondes positives « qu'elle n'est pas près d'oublier », a-t-elle avoué dès que sa victoire a été connue. « Une médaille d'argent à Athènes me laisse un souvenir extraordinaire, mais remporter une épreuve de la Coupe du monde à la maison, je ne l'oublierai pas de sitôt. Cette course, je l'ai gagnée pour moi, mais aussi pour mes fans », a-t-elle déclaré, émue, aux journalistes. Entre les deux victoires, il y a 10 mois d'écart. On constate qu'elle ne s'est pas reposée sur ses lauriers.
L'entraînement, la discipline n'empêchent pas la douleur, qui est surtout dans les derniers tours de roues. C'est alors une question d'endurance qui fait tenir et gagner. La température a failli anéantir plusieurs des concurrentes. « Au début, on ressent des frissons et des étourdissements, puis le corps s'habitue. » L'athlète de 27 ans est dans une forme remarquable, et elle mettra sans doute à profit les années qui viennent, les prochains Jeux olympiques notamment, pour remporter d'autres victoires puisque le vélo de montagne est d'abord un sport d'endurance.
Certaines athlètes de cette discipline ont même des enfants. Et le meilleur exemple est sans contredit Gunn-Rita Dahle, qui a 32 ans. Quant aux plus jeunes, au début de la vingtaine, elles savent que la route à parcourir est remplie d'espoir.
Croire à son rêve
« C'est une victoire dans ma cour », dit- elle. Son univers de toujours, c'est la côte de son enfance à Château-Richer, sa bande d'amis; et plus tard ses premiers exploits, ses premiers modèles. Elle assiste très jeune à des compétitions et se prend à rêver qu'un jour elle aussi pourrait être championne.
Elle s'amuse beaucoup depuis que son père lui a appris à pédaler. « J'étais un garçon manqué », dit-elle en riant. Et gagner devient, pour l'aînée des trois enfants Prémont, un plaisir qui s'ajoute à celui de pédaler. La piqûre fouette l'ambition personnelle.
Si elle est passée plusieurs fois par-dessus son guidon, au cours des 10 dernières années, sa plus grave blessure fut une fracture de la clavicule. Aujourd'hui, elle ne connaît pas la peur, mais elle connaît ses limites. Et poursuivre son rêve ne veut pas dire être téméraire. « Donner le maximum, tenter de dêpasser ses limites », c'est le message qu'elle transmet aux jeunes en ajoutant qu'ils doivent d'abord et avant tout avoir du plaisir dans leur sport.
Elle n'a pas négligé ses études au cours des dernières années. Un bac en kinésiologie, un deuxième bac commencé à l'Université Laval en pharmacie, qu'elle a poursuivi cette année. Depuis avril, le début de sa saison de course, c'est plus difficile. « Il faut un bon agenda pour faire les deux en même temps », concède-t-elle. Sa prochaine épreuve aura lieu au Nouveau-Mexique dans deux semaines. Ensuite, l'Italie.
Ses parents, sa famille immédiate font partie intégrante de son existence. « Je suis un livre ouvert, j'ai du mal à garder un secret », avoue la jeune femme, généreuse en sourires. Le sport est omniprésent, mais un jour d'autres joies viendront la combler. Elle réalisera un rêve d'un autre genre et temporairement mis en sourdine : celui de fonder une famille.
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