photo : Karl Tremblay


Bel espoir québécois en vélo de montagne, Vincent Tremblay, 17 ans, est aussi ceinture noire de karaté, en plus d’être
très talentueux en course à pied «cross-country». Jean-Claude Tremblay affiche un moral à toute épreuve malgré
l’état de santé de son fils. Il lui lit l’histoire de Lance Armstrong, ce qui a contribué à les rapprocher encore plus.
photo : Karl Tremblay

Trois vertèbres brisées et deux autres disloquées : le premier diagnostic des médecins est sombre, mais Vincent Tremblay, courageux athlète de Stoneham, refuse tout simplement d’y croire. Il se battra jusqu’au bout.

Immobilisé sur un lit d’hôpital, le jeune de 17 ans a de la difficulté à croire ce qui lui arrive. Ce dernier a vu sa vie basculer à la suite d’un grave accident de vélo de montagne survenu le 19 juillet.

Un peu après 20 h, alors qu’il revenait d’une sortie d’entraînement sur la rue de l’Église, dans le secteur de Notre-Dame-des-Laurentides, près de Québec, l’adolescent a violemment percuté une automobile qui a soudainement fait un virage à droite devant lui.

La voiture venait à peine de s’engager sur la chaussée dans la même direction que le cycliste. Le conducteur, un homme de 54 ans de l’extérieur de la région, ne l’aurait tout simplement pas vu.

Malheureusement, c’est le cou du jeune athlète qui semble avoir encaissé le choc. La pédale au fond, Vincent « rentrait en malade » comme il l’a mentionné à ses parents.

Dans les minutes qui ont suivi le tragique impact, ce dernier est demeuré conscient des événements, allant même jusqu’à donner le numéro de téléphone de ses parents alors qu’il était au sol.

Incertitude
Au département de traumatologie de l’hôpital de l’Enfant-Jésus, Vincent est décidé à se battre. Malgré les tiges vissées à son crâne, il affiche un sourire révélateur et des yeux déterminés.

Sans savoir encore s’il pourra marcher à nouveau, il parle avec passion de son sport et de ses parcours d’entraînement préférés dans la vallée de la Jacques-Cartier. Le moral semble bon. Dans sa chambre, une grande photo de lui en action et une autre des membres de son équipe.

Espoir
Son plus grand souhait ? Remonter sur son vélo le plus rapidement possible. « Je veux recommencer à m’entraîner. Je peux déjà bouger les bras », dit le sportif, qui fréquente l’école secondaire du Mont-Saint-Sacrement. Selon Michel Leblanc, entraîneur de l’équipe canadienne, Vincent est un bel espoir qui progressait bien. Dans l’histoire de la Fédération québécoise des sports cyclistes, ce serait l’accident le plus sérieux.

« Nous avons mis cartes sur table. C’est ça qui va faire qu’il se battra encore plus. Pas de casque, on n’en parlerait même pas. C’est un méchant coup de poing sur la gueule », affirment ses parents, Jean-Claude Tremblay et Doris Bouffard.

Accident bête
Cette dernière a pu discuter au téléphone avec l’automobiliste mêlé à la collision. « Au moins, il n’était pas chaud, j’ai été polie. » «C’est un accident bête, ça ne sert à rien de virer mer et monde», ajoute M. Tremblay, qui souhaite concentrer ses efforts sur la réhabilitation de son fils.

«Il a un caractère fort. L’âge joue en sa faveur. Nous on vit, lui il subit. On essaie d’être positif avec lui. Je lui fais des massages et je lui fais la lecture du livre de Lance Armstrong pour l’encourager. Ça nous a rapprochés », termine le père.

4 août 2005


photo : Karl Tremblay

La médaillée olympique Marie-Hélène Prémont et le cycliste Charles Dionne ont tenu à apporter leur soutien au jeune athlète et à sa famille dans le dur combat qui les attend.

Jean-François Racine

La championne de vélo de montagne est arrivée à l’hôpital de l’Enfant-Jésus avec une affiche autographiée et un message d’encouragement pour le coureur de Stoneham qui vit à la fois d’espoir et d’incertitude. Afin que ce dernier puisse le voir, le poster a été épinglé au plafond juste au-dessus de son lit. Si Marie-Hélène Prémont a brisé le lourd silence en s’approchant spontanément de Vincent, Charles Dionne est demeuré un peu en retrait en raison de l’émotion trop intense.

Tous deux stupéfaits par la gravité de la situation, le duo québécois a réalisé que le danger est omniprésent tous les jours sur leurs parcours d’entraînement respectifs. Sourire aux lèvres malgré tout, l’athlète olympique de Château-Richer a tenté de réconforter l’adolescent du mieux possible en lui parlant d’efforts et de volonté. Ensemble, ils ont ensuite discuté des traitements quotidiens et de l’équipe de spécialistes qui tentent actuellement d’aider le jeune homme.

Lutte acharnée
« C’est sûr que ça me touche. Avec 30 000 kilomètres d’entraînement, on est toujours sur la route. Je lui ai dit qu’il commençait la plus longue et la plus difficile course de sa vie. Cette bataille-là, ce n’est pas médicalement qu’il la gagnera », affirme Dionne.

« C’est lui qui a battu Lance Armstrong (au Grand Prix de San Francisco en 2002), ce n’est pas n’importe qui ! », a laissé tomber Vincent après le départ de Charles Dionne. En juillet 2003, l’Australien Nathan O’Neill, un ex-coéquipier de Charles au sein de l’équipe Saturn, avait subi un grave accident presque identique à celui de Vincent. Il avait deux vertèbres fracturées. Certaines personnes ne croyaient pas qu’il marcherait à nouveau.

Après des semaines d'immobilisation et quelques mois de réhabilitation, le cycliste professionnel de 30 ans a effectué un incroyable retour à la compétition. Il a pu reprendre sa carrière dès janvier 2004, six mois après son terrible accident. Il était même présent au Tour de Beauce en juin dernier.


Serge Lavertu, président du club cycliste Durand Sport, et Johanne Bergeron ont déjà organisé
plusieurs activités pour soutenir et venir en aide à Vincent et à sa famille.
photo : Karl Tremblay

Un fort courant de sympathie

Rubans à la poitrine, bracelets symboliques et messages d’appuis tatoués au mollet, des centaines de passionnés de vélo de montagne de la région affichent présentement leur solidarité envers Vincent.

Jean-François Racine

Serge Lavertu, président du club cycliste Durand Sport, à Québec, a déjà organisé plusieurs activités pour soutenir et venir en aide à Vincent et à sa famille. Depuis deux semaines, les gestes d’appuis se sont multipliés.

« À une compétition régionale, nous avons donné 180 rubans que les gens portaient à la poitrine. Puis, à la Coupe du Québec, la semaine dernière, au Massif-du-Sud, nous avons distribué 512 bracelets jaunes avec le nom de Vincent. Nous en avons manqué », dit M. Lavertu, qui a lui aussi un fils qui fait de la compétition.

Du départ à la ligne d’arrivée, des amis ont inscrit « Courage Vince » sur le mollet. Les gens peuvent aussi envoyer leurs bons mots par courriel à serge.lavertu@videotron.ca

« N’oublie pas de prendre ton temps ».

Un petit coup de pédale à la fois. N’abandonne jamais. LIVE STRONG, you can do it » peut-on lire sur l'un d'entre eux.

Ces articles du journaliste et coureur cycliste Jean-François Racine
ont également été publiés dans le Journal de Montréal du 4 août.

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