8 septembre 2005
| ÉDITORIAL |

Impudent comme seul lui peut l'être, Lancé Armstrong a annoncé qu'il pourrait bien quitter sa récente retraite pour boucler une fois de plus le Tour de France. « C'est le meilleur moyen d'emmerder (les Français) », a-t-il ajouté.
Une longue, pénible et coûteuse poursuite judiciaire n'aurait jamais pu réparer l'offense du journal L'Équipe qui, dans un reportage bâclé, a terni sa réputation le mois passé en l'accusant de dopage. Lynchage médiatique oblige, le cycliste répond donc aujourd'hui par la seule vole possible : l'affront.
Car le « scoop » de cette publication française a cela de tordu qu'il ferme au champion toute porte de sortie. « L'enquête » de L'Équipe malgré les graves accusations auxquelles elle mène, rend en effet impossible toute contre vérification scientifique !
Rappelons que le quotidien, dont le propriétaire est organisateur du Tour de France, a réussi à mettre la main sur les résultats d'une analyse récente d'échantillons d'urine et sur des documents qui, réunis, lui permettent d'accuser Armstrong d'avoir consommé de l'EPO en 1999.
Loin d'être concluante, cette enquête soulève de nombreuses questions :
• De l'aveu même de L'Équipe, il ne peut y avoir poursuite contre Armstrong puisque « les droits de la défense ne (pourraient) être respectés ». Comment donc justifier la publication de telles accusations ?
• Malgré une amélioration notoire des dispositifs antidopages depuis 1999, Armstrong n'a jamais été testé positivement. L'Américain n'aurait-il utilisé de l'EPO qu'en 1999 ? Le cas échéant, comment a-t-il pu gagner six autres Tours ? Le cas contraire, pourquoi cet athlète, l'un des plus testés au monde, n'a-t-il jamais été épinglé ?
• Lorsque des échantillons d'urine s'avèrent douteux, ils sont aussitôt contre vérifiés grâce à un second échantillon. S'il existe deux échantillons, cela implique qu'une erreur est possible. Comment donc, avec un seul échantillon existant, L'Équipe peut-elle ainsi crucifier Armstrong ?
• Les échantillons incriminants auraient été testés pour la recherche et non pour coincer d'éventuels coupables. Pourquoi, dans ce cas, les étiquettes permettant de retracer les coureurs étaient-elles toujours en place alors que le protocole, dans pareil cas, est de les éliminer ?
• Les résultats de l'analyse seraient « indiscutables » même si les échantillons ont près de six ans. Comment se fait-il que les tests en laboratoire de la grande spécialiste Christiane Ayotte démontrent que l'EPO se dégradent en l'espace de quelques mois à peine ?
• L'enquête a nécessité la complicité de bien des gens qui n'ont pas hésité à bafouer les plus simples règles éthiques, tant dans le monde scientifique que cycliste. Comment donc juger de l'authenticité des échantillons et, de surcroît, du lien fait avec Armstrong ?
Bien que le retour du Texan, l'an prochain, soit la seule réponse possible à ce qui ressemble à un règlement de comptes, on peut douter qu'il se réalise. Après tout, le maître de la provocation a déjà dit bien du mal du retour au jeu, après retraite, du joueur de basketball Michael Jordan.
Mais si Armstrong avait néanmoins le culot d'entreprendre une huitième chevauchée, il est certain, victoire ou non, qu'il gagnerait son pari : emmerder les Français.
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