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Ceci est le témoignage traduit en Français, de "Chesty" qui tout comme Floyd Maddox, vous autorise à en disposer comme bon vous semble. Il m'en donné la permission après que tout cela fut pris en note de ma main. Voici le récit de son expérience.
Maddox et moi, nous partageons certaines choses; une de ces choses que lui et moi nous avons en commun. C'est d'avoir connu la violence dès l'enfance. C'est ce qui m'a mené au Vietnam, dans cette maudite guerre qui n'a fait que
d'attiser ma haine et la rage en moi.
Très tôt dans la vie, "J'y ai Goûté" comme on dit. Mon père était un type irascible, toujours armé, un tueur endurci par ses séjours en prison. Je me souviens qu'il s'est déjà vanté que la police ne pourrait le reprendre qu'en le tuant dans son lit. Il était capable de commettre un crime sous l'impulsion du moment ou de monter un hold-up pour le prix d'une bouteille de bière. D'après ma mère, il était incapable de dominer sa violence. C'est un vrai "Dur"
Un jour après une bagarre une taverne où mon père s'était arrêté (nous étions toujours sur la route, sans domicile fixe) un certain type qui faisait la loi dans le quartier grâce à ses relations avec la pègre, fit soudainement irruption dans la place. Mon père qui avait rossé de coup l'ami de ce type demande au barman où est celui qui a battu son "Bras Droit ". Le barman lui répond qu'il peut lui faire une commission. Le type enchaîne en disant de lui faire savoir qu'à la première occasion, il en avait six là-dedans pour lui en sortant son revolver.
A ce moment, mon père sort à son tour son revolver de cailbre.38, tue le type et balaye la pièce d'une rafale, blessant grièvement d'autres gars qui voulaient s'en prendre à lui. En revenant vers l'auto où maman et moi nous attendions, mon père se braqua devant les gens qui s'étaient rassemblés en face de la taverne et leur cria : "Personne ne touche à F P sans en payer le prix". Puis nous sommes partis vers, d'autres cieux en vitesse.
C'est ce jour-là que mon père est devenu, pour le petit gars que j'étais, une sorte de modèle, un exemple à suivre pour ne pas s'en laisser imposer dans l'existence. C'était ça un "Vrai homme!" Par la suite, mon père me raconta en détail son évasion du pénitencier de G, P, il devait purger une peine de 20 ans ; son séjour dans un autre pénitencier d'état de P, où il fit la connaissance du célèbre Willie Sutton et avec lequel il s'évada pour se retrouver plus tard dans la prison, de H, comté de Pe, d'où il s'évada encore pour se rendre à New York, rejoindre ses copains, sa "Gang". J'avais une admiration, mêlée d'une crainte, pour mon père. Je voulais être comme lui, malgré tout ce que maman me disait. Je ne sais combien de gens mon père peut avoir volés ou tués au cours des nos escapades sur les routes avec lui. Mais j'avais choisi de suivre ses traces, et c'est ce que j'ai fait. J'ai hérité de lui sa violence incontrôlable : Je suis un dur. Comme lui, j'ai volé bien des gens et je ne m'en laissais pas imposer.
Mes vols et mes bagarres m'ont conduit souvent en prison. Un jour en cabale à L A, après une rixe avec "Bykrer" des Hell's de Californie, j'ai été conduit avec d'autres gars dans mon genre, là où on préparait les indésirables comme moi à la "Vrai Guerre". C'est ainsi que je me suis retrouvé au Vietnam, là où face aux Viets, tout m'était permis en matière de violence : là, je pouvais me bagarrer, tuer; c'était comme me l'avaient dit les recruteurs, la place qui me convenait le mieux en ce monde et j'allais même être payé pour tuer! En effet, j'ai pu laisser libre cours à ma violence, sans en être empêché ; au contraire, on m'en félicitait, on m'encourageait à continuer de "Casser du Viet" à tour de bras, ce que j'ai fait. C'est dans une "Street Fight" à Hue en 1968, que j'ai tué pour la première fois, et ça m'a mérité le "Purple Heart".
Je me souviens à ce moment-là avoir pensé au ridicule de la situation : Avoir fait la même chose au pays, j'aurais, comme mon père, été étiqueté "Criminel Dangereux". Mais tuer 15 types dans les rues de Hue au Vietnam, faisait de moi un Héros !
Ce fut le début d'une terrible escalade de "Boucheries" de toutes sortes, j'ai agi au Vietnam comme jamais mon père n'aurait agi, même si c'était un "Vrai Dur". Si mon père avait été à mes côtés au Vietnam, il en n'aurait pas cru ses yeux ; jamais mon père avait n'aurait été aussi loin que j'ai été dans tout ça. Le "Milieu" dans lequel se trouvait mon père avait un "code d'honneur à respecter". Certaines "Choses" ne se faisaient pas ; mais au Vietnam, tout ce faisait dans une atrocité démoniaque, infernale. Jamais je n'avais vu pareille démence et c'est dans ce "Carnage" que "J'évoluais". J'étais respecté, je montais en grade, je commandais et on m'obéissant, on me rendait les honneurs, on me faisait le salut qui m'était dû à cause de mon rang. J'étais "Quelqu'un" comme jamais mon père ne l'avait été, comme je ne l'aurais jamais été au pays : Et tout ça parce que je faisais bien mon "Devoir" au Vietnam, alors que la même chose m'aurait valu au pays la chaise électrique! C'était comme ça ..!
C'est là, à ce moment précis que j'ai vraiment compris ce que voulaient dire des mois plus-tôt, les recruteurs lors qu'ils m'avaient fait la remarque, que c'était dans le Vietnam sanglant qu'était la place qui me convenait le mieux en ce monde. C'était vrai; je le réalisais ma place était dans cet enfer de sang et de feu, dans cette violence. C'est à cette époque, qu'à Saïgon lors d'une permission je me suis fait tatouer l'avant bras, après une virée dans les bars…. Je me souviens des tatouages que portait mon père sur les avant-bras : "J.S"sur l'avant-bras gauche, "Anna" sur l'avant-bras droit. À Saïgon je me suis fait tatouer l'avant-bras droit ainsi "Born to be a Killer" suivi du chiffre 57, le nombre à ce moment-là de Viets dont j'avais les oreilles à ma collection… Et j'en étais très fier, tout comme j'étais fier des cicatrices ramenées de mes bagarre contre les Viets.
J'étais le gars à qui tu ne dois pas t'en prendre celui qu'on doit pas chercher. J'étais craint de tous et j'en étais aussi très fier. Mais j'étais aussi très seul. Et cette solitude me pesait lourd, très lourd. Jamais je n'avais aimé. J'étais haï et je haïssais. Sous mes airs de dur à cuir se cachait un cœur meurtri. Je me souviens, un certain soir dans une tranchée au front dans l'attente d'un combat, d'avoir pleuré en cachette. C'était la première fois que je pleurais dans toutes mes années de dur à cuire et je m'étais bien juré que ça serait la dernière fois. Mon père, lui n'avait jamais pleuré… À partir de là, j'ai ragé comme jamais je n'avais ragé avant ça. Parfois la rage était si forte en moi, qu'elle me faisait pousser un long hurlement qui terrifiait tous ceux qui l'entendaient. Ça faisait dresser les cheveux sur la tête ; c'est vrai, demande a Maddox lorsque tu le reverras… Il a entendu ça l'autre jour car ça m'arrive encore de pousser cet épouvantable cri de rage quand j'explose…
Je me souviens d'un jeune officier Vietcong que j'avais capturé et ramené au camp pour le torturer devant les autres. Il me suppliait d'une voix tremblante ; plus je le suppliciais. Je le trouvais lâche en horreur. Pendant que je le torturais un gars de mon unité m'a demandé si jamais dans ma vie, j'avais eu la moindre pitié pour quelqu'un. Pas le moindre instant, lui ai-je répondu. À partir de ce moment, ce gars-là ne m'a plus jamais regardé en face : Ma façon de lui répondre l'avait choqué. C'était vrai ; pas un seul instant je n'avais eu de la pitié pour quelqu'un. J'étais sans pitié pour les autres, comme on avait été sans pitié pour moi. Et les événements me donnaient raison ; Ce même gars-là, dont je préfère taire le nom afin que ses proches n'apprennent pas comment il est mort a payé cher pour avoir eu en instant de pitié. Trois semaines plus tard ayant vu une fillette qui marchait seule en pleurant sur le bord d'une route, plutôt que de l'ignorer comme moi et les autres les avions fait, lui il s'est dirigé au devant d'elle pensant pourvoir l'aider. La petite viet serrait contre elle une sorte de poupée de chiffon. Au moment où il arriva près de la fillette, "BOUM", une explosion lui arracha le côté droit. Il nous a fallu l'achever, ainsi que la petite viet dont la poupée était piégée. Quand j'ai dit aux autres, que ce gars-la venait d'éclater parce qu'il n'avait pas encore compris, personne n'a parlé, tous sont restés silencieux, muets comme des carpes. On ne me contre-disait pas et ça me donnait l'assurance que j'avais raison d'être impitoyable, sans merci, indifférent, cruel.
Après avoir traversé de tout ce qui s'est placé en travers de mon chemin à la guerre du Vietnam et en être sorti vivant j'ai eu la conviction que c'était ma façon de me conduire qui avait fait que j'en réchappe. Toi qui étais là-bas tu sais que dans la jungle il y a les prédateurs, carnassiers, carnivores; et il y a les proies. Les proies n'en réchappent pas, elles. L'impitoyable fauve de la jungle, la loi du plus fort. C'est cette loi du plus fort que j'ai continué d'appliquer à mon retour du Vietnam. La différence entre mon père et moi, c'est qui lui opérait avec "sa meute" tandis que moi, à cause de ce que le Vietnam m'a appris, j'étais un solitaire. J'ai mis les pieds dans les États américains. C'est ainsi que ça s'est passé pendant 27 ans années. Après mon retour de Vietnam.
Pendant tout ce temps la solitude continuait à me peser lourd. Pendant tout ce temps encore, jamais je n'ai aimé. Ma haine et ma rage occupent tout mon être. Le poids des ans lui aussi me pesait lourd. Comme le fauve qui sait qu'il n'en a plus pour longtemps et qui va se cacher pour mourir dans sa tanière, j'avais décidé de me rendre à un endroit choisi pour mourir. J'en avais Assez… J'ai donc pris la route et chemin faisant le hasard a voulu que je fasse la connaissance de Vétérans qui eux aussi, s'en allaient mourir. Tu connais la suite.
Ils m'ont fait part de leur intention et du plan fixé pour le Memorial Day. J'ai accepté de me joindre à eux et de les suivre pour en finir avec l'existence qui n'avait plus rien de bon. Ce n'était pas sur un "Coup de Tête" comme on dit. Ensemble, nous avons fait le tour de la question. Ces gars-là parlaient en connaissance de cause. En jasant j'ai pu savoir que nous avions bien des choses en commun. Maddox par exemple, comme je le disais, a eu une enfance semblable à la mienne, et son parcours d'après-guerre ressemble au mien. Tous, nous avions raison sur un point : notre temps était fait comme on dit, et il fallait en finir, avant que le système nous complique d'avantage les choses.
Puis, est venu le jour où tu es apparu dans tout ça. Au début, j'ai pensé à te tasser de mon chemin ; mais un vet qui part du Québec, Canada, pour venir me parler à M C, A, ça pique la curiosité. Là où j'ai "Accroché" comme on dit, c'est lorsque tu as dit que tu avais fait tout ce chemin parce plusieurs personnes m'aimaient et qu'elles me comprenaient, là-bas au Québec. Jamais je ne m'étais senti aimé ; comment se faisait-il que des gens vivant là-bas dans le Québec, m'aimaient et me comprenaient ? Pour chasser le doute j'ai pensé à te "Tester" à te mettre à l'épreuve : Je t'ai demandé de me conduire à B, W, afin que je puisse parler à ma mère malade au lit. Tu as tout de suite accepté, moyennant que je laisse tomber mon projet de suicide. Tu as fait l'aller-retour G-V, A, B, W, B, W, G-V, A avec moi, en me parlant de choses qui me réconfortaient qui m'encourageaient. Comme me l'a fait comprendre ma mère dans son lit d'hôpital, quelqu'un qui fait tout ça pour que je renonce à mourir, je me dois de lui faire confiance.
Voilà pourquoi j'ai décidé de suivre tes conseils : Je lis à chaque jour un chapitre du Nouveau-Testament que j'ai reçu en cadeau et aussi la prière des Vétérans. Aussi, je vais me faire un dé tatouage pour enlever de mon avant-bras droit l'inscription <> et le chiffre 57. Sur l'avant-bras gauche, je vais me faire tatouer le nom de Jésus en forme de poisson, comme celui sculpté dans de la corne et que j'ai reçu en cadeau.
À tous les jours, je remercierai celui qui s'est servi de vous au Québec pour me faire savoir que je suis aimé et que je peux moi aussi aimer. Je le remercierai lui de m'avoir aimé le premier malgré ce que je suis. JE lui ai demandé de trouver des paroles qui sauraient exprimer toute ma gratitude envers vous du Québec. J'ai ouvert au hasard le Nouveau Testament, et j'ai vu dans le dernier verset : Celui qui ramènera un pécheur de la voie où il s'était égaré sauvera une âme de la mort et couvrira une multitude de péchés.
Merci à vous tous au Québec. Pour la toute première fois, je me sens capable de dire, je vous aime, et ça fait du bien !
Un Vétéran bien loin du Québec
Qui vous estime ! "Chesty"
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