Ceci est le témoignage de Floyd Maddox, Que j’ai pris en note à Madera Canyon, Arizona



Pendant une bonne partie de la guerre du Vietnam, j’ai été prisonnier dans la jungle Laotienne.

Nous construisions la "Piste Ho Chi-Minh", de triste renommée. Sur le Grand nombre de prisonniers condamnés à cette besogne beaucoup sont mort de faim, de sévices et de maladies. Pour moi j’en porte encore l’empreinte. Celle de l’amertume et de la haine, celle de la violence. C’était un chantier infesté de moustiques et ravagé par les épidémies.

Nous n’avions pour toute nourriture qu’un maigre ration de riz par jour. Pas de médicaments pour les malades. Celui qui ne saluait pas les Sentinelles ou ne s’inclinait pas comme le voulait le règlement était battu sauvagement. Il suffisait de les regarder en face pour se faire assommer. Ces traitements, venant s’ajouter à l’épuisement et à la maladie, eurent bientôt raison de mon moral.

La construction de la piste demandait un effort que n’auraient pas supporté des hommes même robustes et bien nourris. Peinant de l’aube à la nuit, nous devions nous frayer un chemin à travers la jungle et la montagne construire le terrassement et apportant la terre panier par panier.

Nous travaillions tête et pieds nus par des températures atteignant 120 degrés fahrenheit au soleil. Nous dormions à même le sol et nous étions vêtus de haillons. Avec notre portion de riz dérisoire, pour tromper notre faim, nous faisions cuire des feuilles d’hibiscus ou d’autres plantes.

En quelques semaines, de solides gaillards furent réduit à l’état de squelettes à la peau desséchée et flétrie aux yeux creux. Nous étions presque tous couverts de ces ulcères des pays chauds, qui rongent les chairs, attaquent l’os et bien souvent nécessitent l’amputation du membre atteint. Nos plaies grouillaient de vers.

Même malade, aucun prisonnier n’était exempt de ce travail de forçat. Des hommes brûlant de fièvre se rendaient au chantier en titubant. Quand ils s’écroulaient on les laissait, la journée finie leurs camarades les relevaient et les transportaient au camp. Si quelqu’un tentait d’aider un malade tombé avant la fin de la journée, il était attaché tout nu à un arbre, battu à coups de crosse ou assommé avec sa propre pelle et restait exposé une journée entière aux morsures du soleil tropical et des insectes.

Comme quiconque l’eût fait en pareilles circonstances, un nombre d’entre nous se tournèrent vers la religion, appelèrent la délivrance dans leurs prières. Mais, faute d’être alimentée, la petite étincelle de foi que nous avions essayé de rallumer vacilla, puis s’éteignît, pour laisser place à l’amertume. Dieu lui-même paraissait nous avoir abandonnés. La moralité dégénéra d’effrayante façon. La haine devint démentielle. Nous ne connaissions plus que la loi de la jungle, celle du plus fort, du plus impitoyable. Des prisonniers volaient, pour les vendre aux laotiens, la nourriture, les vêtements ou les pauvres objets que leurs camarades avaient réussi à garder. Certains mêmes allèrent jusqu’à la délation pour se concilier les bonnes faveurs des gardiens. J’avais un compagnon qui appartenait à mon unité et qui était catholique. Moi j’étais protestant. Ce compagnon fut crucifié au sens exact du terme, par un officier vietnamien qui le haïssait pour sa belle âme que la torture n’était pas parvenue à briser.

Un jour, après plus de deux ans passés sur la piste Ho-Chi-Minh, je m’effondrai. Épuisé depuis des mois par le paludisme, la dysenterie amibienne, le béribéri et la gale, je contractai une diphtérie qui faute de soins, de généra en polynévrite. Paralysé à partir de la taille, je fus laisse dans une hotte abandonnée ouverte à tous les vents. Infestée de punaises, de poux et de scorpions. A demi-inconscient déjà, j’entendis les autres qui disaient que je n’en avais pas pour longtemps et que tout ce qu’on pouvait faire c’était de me laisser mourir là, "SEUL COMME UN CHIEN". Ensuite j’ai perdu conscience. Je ne sais combien de temps je suis resté dans cette hutte abandonnée.

J’ai fini par reprendre conscience et un vieux BONZE Laotien était penché au-dessus de moi. Il me sortit de peine et de misère de la hutte abandonnée, construisit une cabane de bambou où il me cacha. Il trouva dans la jungle des plantes médicinales pour me soigner. Il me soigna et m’aida à me nourrir en cachette pendant deux mois et demi. Ce vieux Bonze qui disant s’appeler Phan m’avait rendu à la vie.

Même si lui et moi nous ne pouvions nous comprendre a cause de la langue, nous connaissions ce qui s’appelle la solidarité de ceux qui sont marqués par la souffrance, et qui forment dans l’enfer que nous vivions des êtres à part, unis par des liens secrets.

Parfois je le voyais faire une prière à son Dieu, Bouddha, mais moi je ne priais plus. À Saigon, j’avais vu des Bonzes comme lui, qui s’étaient immolés par le feu et je n’ai jamais compris la raison, la signification de ces souffrances, ni la place qu’elles tenaient dans l’ordre des choses. "Comment peut-on trouver un sens à cette cruelle ironie ?

Un matin près de la piste, Le Vieux Phan fut abattu, je ne sais pour quelle raison, par les communistes qui ne flairaient pas les Bonzes Bouddhistes. J’ai fui par le fleuve Mékong dans des conditions abominables jusqu’en Thaïlande, où je me suis retrouvé avec une bande de déserteurs de l’armée. Tous Américains comme moi, et qui étaient devenus des trafiquants ou des contrebandiers redoutables. J’ai connu avec eux pendant des mois, une existence remplie de crimes de toutes sortes et aussi de violences terribles. Avec eux, j’ai tué plus de gens que sur les champs de bataille au Vietnam.

Certains d’entre eux sont morts comme ils ont vécu, dans cette violence. Restés là-bas a la tête de réseaux de trafiquants qui opèrent toujours. J’ai ramené avec moi cette violence, lorsque j’ai décidé de rentrer au pays du Kentucky mon état natal, jusqu’en Oregon en passant par le Colorado, j’ai continué à vivre du crime.

Mon existence n’a jamais été heureuse, ni paisible. J’erre maintenant depuis des années de place en place, sachant comment tout ça va finir. C’est ainsi qu’en passant par Pearl River Indian Reservation, dans le Mississipi, lors d’un "Honoring Our Veterans PowWow" . Au mois de novembre, j’ai fait la rencontre de "Skipjack", le Seminolle des Everglades, Florida, avec lequel j’ai ensuite fait la route des états du sud.

"Skipjack" est un vétérans qui lui aussi a connu un passé marqué par le crime et la violence. Dans la réserve Seminole de B. F. le nom du tueur J O a longtemps alimenté les conversations. Il est était devrais-je plutôt dire car il est mort "d’étrange façon" il y a longtemps. Mais ses fils lui ont survécu et ils "en ont Bavé". En faisant la route des états du sud, "Skipjack" et moi nous avons pris avec nous Ed Lee, "Chesty" et Everett, tous des vétérans errants eux aussi, qui comme nous en ont "Plein la Gueule". De cette existence misérable. Chacun possède son lot de souffrances et en a plus qu’assez de cette vie de plus en plus pénible.

C’est pourquoi nous avons décidé d’un commun accord d’en finir tous les six une fois pour toutes, le jour du "Memorial Day". Nous en avions parlés avec quelques autres vétérans, au cas où ils auraient voulus se joindre à nous dans la mort mais ils ont continué leur route, plutôt que de nous suivre. Tu connais l’un de ceux-là : Anthony. C’est lui qui t’a parlé de nous et qui t’a conduit à "Skipjack" dans S. A. T.

La longue route que tu as parcouru depuis le Canada pour venir à notre rencontre, la prière écrite pour nous les vétérans, les cassette, les nouveaux testaments, les cartes avec la belle pensée les sculptures, les trousses de survie et les cadeaux à notre intention nous ont surpris. Nous n’aurions jamais pensé que des gens du Canada s’intéressaient à notre sort et voulaient nous aider sans demander quoi que ce soit en retour. Voilà qui nous a fait réfléchir sérieusement.

Après avoir fait la route avec toi jusqu’ici dans ce Canyon, et bien pesé le pour et le contre de tes propos nous nos sommes venus à changer nos plans jugeant que ça en vaut la peine. "Skipjack" veut se rendre au L. O., F, "Chesty" veut que tu montres au W. avec lui, Ed, Lee, Everett et moi nous irons au L. M. à la Frontière du N. Peut-être ensuite nous rendons-nous dans la "M. R. Reservation" N, pour y voir un "Brother in Arms" Piaute. Maintenant que nous avons révisés nos plans il se peut qu’avec lui nous allions au "Q. R. I. R." sur la "F. McD. R. ", N.



Voilà, tu sais maintenant où j’en suis et d’où je viens c’est bien de t’avoir rencontré. Je ressens beaucoup moins de haine en moi. Merci salue les autres.

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