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Bonjour John
Je suis d’accord pour t’écrire et pour te faire le récit de ce qui m’est arrivé en écoutant les cassettes que tu as laissées à notre compagnon Jean-Claude.
Voici le récit écrit de ma main, pour commencer, il faut que je te dise que depuis mon retour de la guerre du VietNam, je n’avais jamais trouver la paix intérieur.
Pendant vingt-sept années, toute ma personne a été habitée par la haine. J’ai détesté l’homme que je suis et à part quelques rares exceptions, j’ai haï tous les hommes rencontrés sur mon chemin. Je n’étais plus capable d’aimer et j’avais continuellement la rage au cœur, et ça c’était à cause de ce que j’ai vécu à la guerre du VietNam. Parce qu’à la guerre du VietNam, j’ai vu l’enfer et ça m’a convaincu que le monde est régi et mené
Par le diable et le mal. Ça m’a convaincu que tout ce qu’il y a dans le monde y compris moi-même était régi et mené par Satan et le mal. J’avais arrêté de croire au bien. Comment croire au bien quand tout autour et même en toi, tu vois seulement le mal?
Je n’avais jamais un bon mot, une bonne parole pour les autres et je n’avais aucune estime pour l’homme que je suis. C’était la même chose pour tout ce qui m’entourait, je maudissait tout. J’étais hostile à tout. Mon agressivité envers tout me laissait jamais de place à la douceur. J’étais plus bête qu’une bête. Et tout ça m’écoeurait. Tu ne peux pas savoir John comment j’étais écoeuré de la vie. J’étais une vrai bête enragée qui ne voyait rien d’autre que ma méchanceté et la méchanceté des autres. C’est-ça que la guerre m’avait appris au VietNam pour ce qui était de ma croyance, je croyais à l’existence de Satan et du mal étant donné que tout ce que j’ai vu dans l’enfer du VietNam. C’était le mal diabolique. Je l’ai vu continuellement et ce n’est pas en enfer que tu rencontres Dieu.
À force de toujours voir le mal diabolique et jamais voir la bonté divine, tu crois au diable et tu ne crois plus en dieu. Même si tu essaies de trouver Dieu en enfer, tu ne peux pas trouver rien qui lui ressemble. Ça fait que tu te dis que Dieu, c’est comme le paradis, personne l’a vu. Et des soirs où ça m’arrivait de penser à l’histoire de Jésus, je me disais que je voudrais bien le voir dans la jungle où on était, dans les mêmes circonstances, pour voir s’il aurait été capable de survivre à notre chemin de croix, parce que la misère qu’on vivait là c’était pas mal plus terrible que la misère racontée dans la vie de Jésus. Ça me faisait sacré de penser qu’un bon Dieu était venu arrêter une tempête sur un lac pour sauver une poignée de ses amis, il y a deux milles ans et qu’il ne serait jamais venu sauver la vie de mes gars en arrêtant le feu et le sang au VietNam. J’ai vu crever un après l’autre cent vingt et un des cent quarante jeunes gars qui étaient sous mon commandement dans la jungle, et je me disais que leur vie n’était pas moins importante que la vie d’une poignée de gars dans une barque sur un lac il y a deux milles ans.
Tout ça pour moi v’avait pas d’allure et je me disais que la seule chose qui existait vraiment, c’était celle que j’avais devant les yeux continuellement. C’était la cruauté, tout était cruauté, même la nature, la jungle était cruelle. Du moustique jusqu’au tigre, tout était cruel dans la suffocante humidité. Infection, maladie, tout était cruel. Puis il y avait les hommes plus cruels encore que tout ça, à l’image du maître de l’enfer, Satan
lui-même. On ne survit pas dans ça, si on croit en la bonté, la douceur. Pour survivre à ça il fallait être plus dur, plus cruel que tout ce que tu rencontrais et qui voulait ta peau. Et tu te dis que la vie c’est pas un cadeau, pas plus que la mort et que celui qui t’a placé sur la terre sans même te demander ton avis est lui aussi cruel. En plus comme si ce n’était pas assez, celui qui t’a placé sur la terre, il te réserve un autre enfer après ta mort si tu n’es pas adepte de la bonté et la douceur. Je ne sais pas John, si tu comprends dans quel état
d’esprit que je me trouvais à ce moment-là. Et c’est dans ce même état que je me trouvais
quand j’ai écouté les cassettes que tu as laissées à Jean-Claude. J’étais écoeuré, c’est pas disable et j’avais le mot destruction dans la tête. Destruction du monde et ma destruction.
J’avais tenu le coup toutes ces années mais là, je n’en pouvais plus. J’étais à bout de force, à bout de patience.
C’est là que Jean-Claude est arrivé dans le paysage avec les cassettes. J’ai écouté la première parce que j’avais confiance en lui et pas en personne d’autre. Quand il m’a dit que c’était ordinaire, je lui laisserais de me faire entendre ça avant de m’en retourner dans le fond du bois. J’ai écouté la première cassette et j’ai trouvé ça très beau.Ça m’a accroché tout de suite parce que je devenais paisible et calme en écoutant ça. C’était tellement reposant de devenir calme comme ça. Ça fesait tellement de bien que je n’en revenais pas. Et je me suis dit que quelque chose qui faisait tant de bien en dedans, ça ne pouvait pas venir du diable. Je voyais que c’était la première fois depuis toujours que j’entendais de quoi de bon, de beau. Et si c’était bon et beau, ça ne venait pas du diable, mais c’était doux et bon, comme était la description que j’avais entendu à propos de Dieu.
J’ai tout écouté la première cassette et j’ai été touché et impressionné, j’ai écouté une autre cassette et ça m’a tellement reposé et fait tellement de bien, je ne voulais pas que ça arrête, j’étais soulagé pour la première fois de tout ce qui m’habitais. En écoutant ça la haine, la rage et tout le reste s’en allait et la Paix et le calme prenaient la place. J ‘écouté les cassettes tant que je trouvais le moyen d’avoir une enregistreuse avec des batteries et ça m’a changé et transformé. Je ne suis plus fatigué comme avant. Je suis reposé et calme. J’écoute toujours les cassettes et je vois que le bien existe parce que ça fait du bien. Je ne pense plus à la destruction comme avant.
Je pense à celui qui a composé la musique des cassettes et je n’ai plus le goût de tout détruire. Je sais que c’est toi John qui a composé la musique et ça me donne confiance en l’homme qui comme toi construit de bonnes choses qui font du bien. Je ne croyais pas que ça pouvait se trouver sur la terre. Maintenant je sais que ça existe. Et si le bien existe ça ne vient pas du diable. Donc je crois que ça vient de Dieu et je découvre petit à petit qu’il me parle à moi. J’ai encore beaucoup à découvrir et j’en ai le goût. J’ai espérance que ça va bien allé maintenant. J’ai reçu des mains de Jean-Claude un évangile et psaumes et je trouve ça bien aussi. Ce qui m’arrive je n’aurais jamais cru ça possible. Je suis content de ça. Je ne retournerai plus jamais dans le monde d’avant. Je connais maintenant la Paix et le calme, loin du monde d’avant. J’écoute les cassettes et je découvre l’existance de Dieu dans mon coin tranquille.
J’aurais jamais cru ça possible. Tu sais John, des combats, j’en ai mené beaucoup. Mais celui-là, je l’aurais perdu si ça n’avait pas étét de tes cassettes. Si c’est pas ça un miracle, c’est quoi? Je te remerci beaucoup d’avoir fait cette musique. Tu sais John, c’est venu appaisé la terrible tempête qui rageait en moi et ça m’a sauvé la vie. Si tu fais le raprochement avec ce que je disais à la page à propos de la tempête arrêtée, tu vas comprendre ce que je ressens.
J’ai mis tout ça sur papier en espérant que ça pourrait te servir un jour. Tu peux en faire ce que tu voudras. Si tu veux t’en servir, ne te gênes pas pour corriger mes fautes et pour améliorer mes phrases et mon texte parce que j’ai écris ça comme ça venait dans ma tête.
Continues ton œuvre John et surtout ne laches pas parce que c’est important dans ce monde. Je t’admire
Gabriel Belliveau
VietNam Vet
À la mémoire de Gabriel décédé des suites de l’agent orange en décembre !998
Que Dieu le bénisse et lui donne cette Paix tant mérité par son courage et sa tenacité
Et par Sa Grâce le salut Éternel par la foi en Jésus. Amen.
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