Je suis Jacques L

Samedi 7décembre 1996

Monsieur Cassidy

Je suis Jacques L., vétérans de la guerre du VietNam. Il y a quelques mois, je vous écrivais un mot pour vous faire savoir que j'avais renoncé au suicide après avoir entendu une cassette sur laquelle vous jouez de très belles mélodies. Un frère d'arme, Jean-Claude C., m'avait apporté la cassette ici au Nouveau-Brunswick.

La semaine dernière encore ici au Nouveau-Brunswick, dans ma retraite près de Kedgwick où nous nous étions donnés rendez-vous Jean-Claude et moi, nous nous sommes revus et il m'a donné de vos nouvelles ainsi qu'un exemplaire du Nouveau-Testament qui me sera bien utile dans mon isolement. Il m'a aussi fait don d'une autre cassette venant de vous. Inutile de vous décrire la joie ressentie à l'audition de ces nouvelles mélodies célestes où Dieu me parle.

Ça m'a encore une fois fait un bien énorme. Jean-Claude m'a alors raconté que d'avoir mon témoignage vous serait utile pour venir en aide à d'autres vétérans qui sont dans cette terrible détresse où moi-même je me trouvais encore il y a quelques mois de ça. Je lui ai fait la promesse de penser à un moyen par lequel je pourrais exprimer ces choses excessivement pénibles à relater et j'ai choisi l'écriture plutôt que la parole, car par l'écriture mes sanglots passeront inaperçus…

Vous pourrez user de mon témoignage de la façon dont vous voudrez, l'enregistrer vous-même sur cassette ou le faire lire par quelqu'un d'autre. Si cela peut vous aider dans vos démarches, j'en serai bien content car j'ai une grande reconnaissance envers vous. Vous trouverez ci-après mon témoignage par écrit. Sachez qu'en le rédigeant, j'ai souvent pleuré à gros sanglots. J'ai eu très mal en dedans lorsque j'ai mis sur papier les premières pages. Je vous fais grâce d'un tas de détails qui sont trop morbides et j'écris seulement ce qui est nécessaire.

Tel qu'exigé par un règlement du chapitre des vétérans du VietNam auquel je suis rattaché et comme je l'avais fait pour le petit mot que je vous adressais, il y a quelques mois, je ferai transiter ma lettre et mon témoignage par le chapitre en question des vétérans du Vietnam au Québec où on se chargera de vous les faire parvenir par le courier. Ce règlement s'applique à tous les vétérans rattachés au chapitre en question a pour but de faire en sorte qu'on sache où se trouvent les membres inscrits au chapitre.

Il se peut donc que ma lettre et mon témoignage vous proviennent avec un certain retard. De plus, j'ignore si je vais me rendre à la poste la semaine prochaine. J'ai ma retraite à plusieurs milles dans les bois et d'habitudes je ne m'y rends seulement qu'au trois semaines. Il se pourrait aussi que j'attende le retour de Jean-Claude C. qui doit revenir me voir avant Noël. Dans ce cas, je lui remettrai ma lettre et mon témoignage et il irait à la poste en repassant par kedgwick, à moins qu'il les fasse transiter lui-même par le chapitre au québec.

Je profite de l'occasion pour vous adresser mes vœux les plus chaleureux ainsi qu'à toutes les personnes qui vous sont chères pour une bonne et heureuse année 97. Que la Paix vous accompagne tout au cours de l'année ! Joie, santé et bonheur. Puisse Dieu vous bénir abondamment. Merci de tout cœur pour l'aide que vous apportez aux vétérans de la guerre du Vietnam. Vous sauvez des vies pour les amener à Dieu.
Avec reconnaissance et gratitude,
Jacques L.

Témoignage :

Je suis Jacques L. vétérans de la guerre du VietNam. Ceci est mon témoignage par écrit, lequel je l'espère pourra donner un encouragement à tous ces frères d'armes qui souffrent jour et nuit le martyre dans leurs âmes consumée par le feu et le souffle brûlant des vents de guerre.

Mes frères d'armes, sachez que je reviens de très loin. Comme vous tous, j'ai ouvert les portes de l'enfer et j'ai été marqué par le feu de ses flammes. Là-bas, dans cet enfer du Vietnam des années 60 mes yeux ont vu beaucoup trop de choses abominables. Des scènes interminables d'horreurs indescriptibles qui sont à jamais imprimées dans ma tête. Les actes de barbaries les plus infâmes, les carnages les plus sanglants, les massacres les plus sordides, les comportements inhumains les plus morbides, mes yeux les ont tout vus. Et j'ai voulu devenir aveugle pour ne plus les voir. J'ai souhaité perdre la vue, j'ai envié mes compagnons d'armes qui blessés aux yeux par des éclats d'obus avaient perdu la vue. Mais je ne suis pas devenu aveugle et j'ai encore vu horreurs après horreurs, jours après jours. Mes oreilles ont entendu beaucoup trop de bruits infernaux. Des lamentations insupportables, des hurlements effroyables de douleurs, cris déchirant de désespoirs, tristes pleurs qui n'arrêtent jamais, plaintes continuelles des enfants brûlés par le Napalm, gémissements lugubres des vieillards agonisants dans les ruines calcinées, les râles affreux des femmes égorgées après avoir été violé, l'extrême ton violent de nos voix qui blasphémaient. Autant de bruits horribles qui font encore écho dans ma tête parce que je les ai tous trop entendus. Et j'ai voulu devenir sourd pour ne plus les entendre. J'ai envié mes compagnons d'armes qui avaient eu les tympans crevés par le tonnerre rugissant des bombes qui explosaient. J'ai souhaité devenir sourd et j'ai encore entendu jour et nuit des bruits affolants sans jamais pouvoir les étouffer par mes propres cris de rage. Mes narines ont senti beaucoup trop d'odeurs écœurantes. Des senteurs de putréfaction, l'air vicié, corrompu par les innombrables corps en décomposition, vents pollués par les abondantes pluies de la mousson qui faisaient glisser le terrain. Odeur nauséabonde du sang qui coulait à flot dans les rizières. Senteur répugnante des corps brûlés et de la chair humaine dépecée. Autant d'odeurs dégoutantes qui sont restées à jamais imprégnées dans mon nez tout comme l'est restée la senteur de la poudre de canons et des fusils. Mes narines les ont toutes respirées ces puanteurs et j'ai souhaité perdre l'odorat pour ne plus les sentir. J'ai envié mes compagnons d'armes qui ne pouvaient plus humer les odeurs après avoir eu les poumons et les voies respiratoires brûlés par des gaz toxiques. Mais je n'ai pas perdu l'odorat et j'ai continué à sentie ces odeurs insupportables jour et nuit. Mes mains ont fait beaucoup trop de mal. Tant de corps ont été mutilés par elle. Tant de gens ont été torturés et tués par elle. Tant d'incendies meurtriers ont été allumés. Tant d'enfants ont été égorgés par elle. Tant d'êtres humains ont été frappés par elle. À tel point que j'ai détesté mes mains. Et j'en ai eu peur ne sachant pas jusqu'où elles pourraient aller dans cette folie diabolique. J'ai souhaité perdre mes membres et mourir. J'ai envié mes compagnons d'armes morts au combat qui ne commettaient plus le mal et qui n'avaient plus à endurer tout ce que je vivais jour et nuit. Tant de choses inoubliables qui, si je les décrivais toutes, rempliraient des pages et des pages et feraient vomir celui qui les lirait. Je n'ai pas le cœur à en dire d'avantage, je suis encore assommé même après trente années.

Je n'aurais pas assez d'une vie pour faire tout le bien qu'il me vaille faire et accomplir pour effacer le dixième de tout le mal que j'ai commis lorsque j'étais derrière les portes de l'enfer. Je n'aurai jamais assez d'une vie pour arriver à me pardonner toutes ces actions abominables et tous ces crimes. Je n'aurai jamais assez d'une vie pour guérir mon être brisé par le monstre de la guerre du Vietnam. Cette guerre ne s'est jamais terminée et elle dure toujours dans ma tête.

Mais malgré tout, vous tous mes frères d'armes, sachez ceci : J'ai appris qu'il est quand même possible de mener une existence heureuse de vivre paisiblement avec tout ça dans la tête. J'avoue que, comme pour un très grand nombre de mes compagnons d'armes qui ont survécu aux terribles carnages de la guerre du Vietnam et qui désespérés ont fini par s'ôter la vie, j'ai moi aussi voulu me suicider afin d'en finir avec mon insurmontable calvaire. J'avais épuisé toutes mes forces et mon esprit guerrier était anéanti. Je n'en pouvais plus de me battre constamment contre ma conscience, contre mes affreux souvenirs, contre mes pensées et gestes si dérangeants pour la société dans laquelle j'existais. Ma vie n'avait plus aucun sens et mes réactions étaient intolérables pour ceux qui me côtoyaient.. Je ne m'endurais plus moi-même et je n'endurais plus qui que ce soit autour de moi. Je ne voyais qu'une porte de sortie dans tout ça et c'était le suicide. À trois reprises, j'ai planifié mon suicide mais à chaque fois, quelqu'un ou quelque chose venait contrecarrer mes plans suicidaires.

Je sais aujourd'hui que c'est la main de Dieu qui agissait alors. Je refusais à ce moment-là d'y croire. Finalement, dans le cours de l'hiver dernier, j'entrais dans les bois avec l'idée bien arrêté de me jeter sous la glace d'un lac. L'endroit était isolé et là, personne, ni rien ne viendrait déranger mon projet de me suicider; et personne ne trouverait mon cadavre. J'étais à des milles de toute habitation, tout était en marche pour mon suicide lorsque, à l'endroit même où j'allais en finir, j'ai vu des traces de pas sur la neige qui couvrait la glace du lac. J'ai laissé là la hache qui devait me servir pour casser la glace du lac et j'ai suivi ces traces de pas, curieux de savoir qui donc était passé en ce lieu si isolé. Ça m'a conduit sur la rive près d'un petit feu de camp où bouillait de l'eau dans un contenant qui devait servir à faire du café.

J'ai parcouru des yeux les alentours pour enfin apercevoir quelqu'un qui cassait des branches d'arbres. C'était un frère d'arme prénommé Jean-Claude rencontré un jour à St-John et que je n'avais pas revu depuis. M'ayant aperçu à son tour, il vint à ma rencontre et me dit alors : -salut mon frère, je te cherchais et je me doutais bien que tu sois dans ce coin perdu. Viens t'asseoir près du feu, j'ai fais du café chaud, on va se parler et je vais te faire écouter quelque chose sur une cassette qui m'a été donnée.

Comment savait-il que je me trouvais à cet endroit ça il n'a jamais voulu me le dire ! Je n'en avais pourtant parlé à personne, pour ne pas être encore une fois dérangé dans mon projet suicidaire. Arrivé près du feu il a sorti de la poche de son manteau un petit magnétophone à piles dans lequel il y avait une cassette qu'il a fait jouer pendant qu'il me parlait. Mon attention s'est aussitôt portée sur la musique qui sortait du petit magnétophone. Sans savoir pourquoi, j'étais fasciné par la mélodie que j'entendais. Cette musique m'a parue venir tout droit du paradis et c'était comme si Dieu me parlait par ces notes de musique. J'entendais Dieu qui me disait : - Je t'aime Jacques L., tu as beaucoup de prix à mes yeux. Ne commets pas l'irréparable, tu peux vivre une paisiblement ta vie si tu m'écoutes.

Et en même temps, Jean-Claude m'expliquait qu'il me faisait cadeau du magnétophone et de la cassette. J'ai écouté toutes les mélodies de la cassette encore et encore avec mon frère d'arme jusqu'à ce que j'en oublie complètement mes idées suicidaires. Je voyais avec l'écoute de cette musique la vie calme et paisible dans la création qui m'entourait. J'avais cessé d'envier les morts. Mes yeux si fatigués, tout à coup trouvaient du repos et de la joie en voyant toute la beauté de la nature pure et intacte qui était là tout autour. Je louais Dieu de ne pas avoir perdu la vue. Mes oreilles si fatiguées, tout à coup trouvaient du repos et de la joie en entendant les chants des oiseaux, le vent murmurant dans les arbres et le son apaisant de l'eau qui coulait sous la glace d'un RUISSEAU PRÈS DE LÀ. Je louais Dieu de ne pas avoir perdu l'ouïe. Mes narines trouvaient tout à coup plaisir à humer les parfums agréables des conifères, les cèdres, pins, sapins et épinettes qui m'entouraient. Et je respirais à pleins poumons cet air frais et si pur. Je louais Dieu de ne pas avoir perdu l'odorat.

Puis mes mains qui avaient fait tant de mal se sont jointes pour louer le Créateur d'être encore en vie pour goûter à toutes ces belles et merveilleuses choses. Malgré toutes mes blessures intérieures, tout ce qui m'habitait depuis mon affreuse expérience au VietNam, je pouvais quand même au bonheur et à la paix. C'était encore possible! Loin des humains et de leurs jugements, dans cette nature qui me racontait l'amour de Dieu pour moi, j'avais trouvé l'endroit où je pouvais mener une existence paisible et heureuse. Et c'est à ce moment-là que j'ai pris la décision de vivre dans les bois. Non pas comme un animal sauvage, mais plutôt comme un enfant de Dieu qui sait que son Père céleste lui donne l'ouvrage de ses mains avec amour. Ce Père aimant, qui savait bien qu'à cause de mon état je ne puisse pas survivre parmi le monde, me donnait sa belle et paisible nature comme refuge et son amour comme raison de vivre. Voilà qui donnait un sens à ma vie.
Vous tous mes frères d'armes, comprenez bien ceci : Ne désespérez jamais quoi qu'il arrive. Qui que vous soyez, où que vous soyez, frères vétérans de la guerre du VietNam, sachez que vous avez du prix aux yeux de Celui qui vous a créé. Il vous aime et il est là, présent pour chacun d'entre vous avec ses œuvres qu'il vous donne généreusement et inconditionnellement. Ce qui m'est arrivé en écoutant les mélodies sur la cassette, assis près d'un petit feu de camp loin au fond des bois, avec un frère d'arme qui se souciait de moi, cela peut très bien vous arriver aussi à vous frères vétérans. Croyez-le et ça vous arrivera. Rien n'est impossible à Dieu. Ayez la foi et il vous arrivera un événement semblable à celui qui m'est arrivé.

Après cet événement, mon frère d'arme Jean-Claude et moi nous nous sommes donnés rendez-vous et il est parti en me promettant de m'apporter une autre cassette avec un exemplaire de la parole de Dieu. En partant, il m'a aussi suggéré d'écrire un petit mot à John Cassidy au Québec, le donateur de la cassette, pour lui raconter ce qui venait de se passer. Ce John Cassidy est un bon type au très grand cœur en qui, mes frères, vous pouvez avoir confiance; il donne son aide aux vétérans de la guerre du VietNam et il vit à Arundel au Québec.

Il y a quelques jours, mon frère d'arme Jean-Claude fidèle à sa promesse était présent à notre rendez-vous et comme convenu, il m'a apporté une autre cassette donnée par John Cassidy ainsi qu'un exemplaire de la parole de Dieu. Ça m'a fait grand plaisir. La Parole de Dieu est réconfortante et je la conseille à tous mes frères d'armes. Écoutez-la et vous connaîtrez, non pas le dieu dont on nous parlait à la guerre et que tous nous avons maudit après les boucheries humaines et les sanglants carnages, non pas le`` Young Bronze God of War`` qui était un officier dans les United States Marines Corps, mais vous connaîtrez plutôt le vrai Dieu qui Lui aime sans condition et qui Lui ne rejettera jamais personne, pas même le pire des pécheurs qui va à Lui.

Toi mon frère d'arme, qui a vu un compagnon donner sans hésiter sa vie au VietNam pour te sauver de la mort, je sais que tu éprouves de l'amour et de l'admiration envers ce compagnon qui s'est sacrifié par amour pour toi. Si tu écoutes la parole de dieu, tu connaîtras aussi le fils de Dieu qui Lui-même n'a pas hésité à donner Sa vie pour que tu vives heureux. Et Lui aussi tu l'aimeras et tu l'admireras. Il deviendra vite pour toi le meilleur compagnon sur qui tu pourras toujours compter, quoi qu'il t'arrive dans ton existence.

Voilà le témoignage que je donne à mes frères d'armes qui souffrent jour et nuit le martyre dans leur âme consumée par le feu et le souffle brûlant des vents de guerre. Mes frères d'armes, sachez que je reviens de très loin. Et je vous dis que vous pouvez revenir à la vie paisible et heureuse, malgré toutes vos blessures intérieures et tout ce que vous avez ramené de votre descente en enfer. C'est encore possible! J'en suis la preuve vivante.

Jacques L.
Vétérans du First Battalion
Fourth Marine Regiment
Third Marine Division
United States Marines Corps.

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