Samedi, le 21 septembre 2002
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Question de perception

   Je ne sais pas si c'est que les journées racourcissent, ou bien que la température descent de plus en plus, mais le highway me travaille.  Pourtant quand je suis revenue sur le local il y a de ça presque  un an et demi maintenant, j'étais soulagée de revenir plus proche.  Alors pourquoi, malgré ça, je repense parfois à y retourner?  Vite comme ça, ça n'a pas vraiment de sens. Mais bon, je ne voulais pas rester avec une non-réponse comme ça. 

     Donc qu'est-ce qui m'attire vers ces longues semaines parties loin de chez moi?  Je ne crois pas que ce soit comme la première fois, c'est à dire la fuite.  À ce moment là, j'avais une relation de couple qui allait de mal en pis, et je voulais être n'importe où sauf ici.  Maintenant, je suis dans une relation stable et je n'ai pas envie de fuir du tout.  Alors si ce n'est pas pour me perdre dans la nature, alors pourquoi?

    Je crois que c'est une question de perception.  Quand on est sur le local, qu'on revient chez soi chaque jour, j'ai l'impression d'être considérée plus comme une livreuse, qu'une camionneure.  Non mais c'est vrai, quand quelqu'un nous demande ce qu'on fait dans la vie et qu'on réponds qu'on est camionneure, la première question qui vient ensuite c'est : "Ah ouain, tu vas tu bien loin?" Quand on réponds la Floride ou bien Los Angeles, les yeux et les oreilles s'ouvrent bien grands, mais quand la réponse est "je me promène entre montréal et québec", on a droit a un "ahhh" et un beau changement de sujet.  On dirait vraiment que notre emploi n'a pas d'intérêt.  C'est peut-être ça qui me manque, l'impression de faire quelque chose de valorisant.

   J'ai toujours voulu faire un métier pas ordinaire.  Mais depuis que je le pratique, on dirait que je rencontre que des gens qui connaissent des camionneurs. On dirait que j'ai l'emploi la plus ordinaire au monde.  Remarquez, si j'avais continué et terminé mon droit, peut-être que ça aurait été la même chose.

    Je sais, je sais, on doit faire un métier d'abord pour soi et non pour ce que les gens vont en penser.  Oui, j'aime ma profession, mais la reconnaissance est un plus dont j'ai peine à me passer.  Question de confiance en soi?  Non je ne crois pas.  Mais à l'école j'ai toujours eut de bons scores alors je suis habituée à la reconnaissance. Je sais bien que dans le monde adulte et professionnel, les métiers où quelqu'un nous tappe sur l'épaule pour nous féliciter sont rares, voir inexistants, mais dans le temps que je fesais du U.S., le regard des gens qui trouvaient ma job "exotique" me comblait.

    Non, je ne suis pas prête à faire le choix d'y retourner, les avantages d'être proche sont trop grands. Mais si je n'avais pas le choix, au moins je retrouverais cette estime qui me manque tellement. On ne peut pas tout avoir dans le vie...