| BACK LEAP OF DREAMS copyright Xeen - février 2003 J'ai toujours pensé que la série Quantum Leap (en français Code Quantum) perdrait beaucoup de sa force sans musique. j'ai donc écrit cette fic en indiquant quelles chansons accompagneraient le récit. Vous en trouverez des extraits ici (.zip). Sam Beckett, Al Calavicci, Gooshie, Ziggie et les autres ne sont pas ma propriété. Je ne fais que m'amuser avec eux le temps d'écrire une histoire et je les rends ensuite à leurs propriétaires. Les personnages que j'ai créés pour cette histoire m'appartiennent. Bonne lecture. * (01 Tornadoes – Telstar) Il pleut. J'aime bien quand il pleut. Enfin, je crois… Un crissement de pneus me sortit de ma rêverie et les livres que je tenais serrés dans mes bras tombèrent dans le caniveau en éclaboussant mes chaussettes blanches. Une main m'avait rattrapée juste à temps avant que mon saut ne se termine à la morgue. J'attendis bien sagement que le feu passe au rouge. Une voiture s'arrêta. Un coupé toutes vitres baissées. Les quatre jeunes me dévisagèrent en rigolant et poussèrent le volume de la radio. Si j'en croyais mes oreilles, j’étais revenu dans les années soixante. Ca n’allait pas recommencer : les virées en voiture à moitié bourré, les yéyés… Non mon dieu, ayez pitié !!! Quelqu'un me poussa. "Il faut pas rester là, ma petite," me dit une voix à l'oreille. Le temps que je me retourne, sa propriétaire avait disparu. Ma petite ? Les chaussettes blanches, les livres… Ma petite. J'allais à l'école. A voir les gamins qui allaient tous dans la même direction et dont le flot s'étoffait, j'étais sans doute presque arrivée. Oui. Je voyais même l'école d'ici. Je pressais le pas, la pluie me dégoulinait dans le dos. Quelqu'un me dépassa en courant et enleva avec des cris de sioux le ruban de satin blanc qui retenait mes cheveux . Je tournais dans la petite allée tête baissée et m'engouffrais dans l'école. "Connie Williams !" hurla une femme. "Où crois-tu aller comme ça ?" Sa main s'abattit sur mon épaule et commença à la broyer. Je retins à grand peine un gémissement de douleur et la regardait avec humilité. "En cours, M'am." "Non mais écoutez-la !" s'exclaffa-t-elle en prenant les autres adultes à témoin. Devant leurs visages de circonstance, j'avais du faire un truc vraiment défendu sans m'en rendre compte. "Encore une qui veut jouer à la mariole ! Tu as de la chance que ta mère travaille chez le colonel. Allez file, mauvaise graine." Elle me lâcha et me poussa sans ménagement vers la sortie. Je dévalais l'allée sans demander mon reste, mes livres trempés toujours serrés sur ma maigre poitrine. "Connie ! T'es folle ? Tu l'as pas refait ?" "Tu sais, y vont appeler les flics, si tu continues !" "Les… les flics ?" balbutiais-je en trébuchant. "Connie," interrompit une troisième fille. "Arrête de faire ton intéressante. On sait bien que ta mère connaît le colonel et M'am King mais c'est pas une raison. On va encore se faire punir si on arrive en retard. Tu t'es roulée par terre ou quoi ? Et tes cheveux ? T'as même pas mis de ruban... Pas étonnant qu'ils te veulent pas les Blancs, on dirait une vagabonde." Les autres se mirent à glousser et partirent en courant en m'entraînant au pas de course. C'est là que je remarquais la couleur de mes mains. Oh Bravo ! Tout a commencé à l'époque où je dirigeais une expérience de voyage dans le temps, appelée "Code Quantum". Lors de cette expérience, une horloge cosmique déréglée me fit passer de l'état de physicien à celui de pilote d'essai. Ce qui aurait pu être amusant si j'avais su piloter… Heureusement, je suis aidé par Al, mon ange gardien, qui me suit depuis le début. Malheureusement, Al est un hologramme et je suis le seul à pouvoir communiquer avec lui. Bref, je me promène à travers le temps, passant de la peau d'un personnage à un autre, en essayant de réparer les erreurs du passé… … et j'espère chaque fois que mon prochain saut dans le temps me ramènera chez moi et me rendra enfin mon vrai visage. LEAP OF DREAMS Mercredi 8 mai 1963 (02 The Shadows – Dance On) "Au revoir Connie !" "Heu…" Bon sang, mais où était donc passé Al ! J'étais arrivé plus de huit heures plus tôt. Cela ne lui ressemblait pas de me laisser tomber sans aucune indication. "T'es bizarre aujourd'hui, tu devrais dire à ta mère de te faire une tisane de coquelicot, t'as pas arrêté de sursauter toute la journée. Allez à demain !" "Salut Connie, à demain." Mes camarades de classe me plantèrent là sur le trottoir. Donc, j'habitais là. J'étais noire, j'avais 10 ans et j'habitais là. Avec ma mère et mes cinq frères et sœurs. C'est ce qu'elles avaient dit en tout cas. Mais où ? La maison de droite ou de gauche ? Et à quel étage… Enfin, d'être allée à l'école m'avait au moins appris quelques bricoles. D'abord, j'étais à Atlanta et on était le 8 mai 1963. Miss Millie, notre institutrice, nous avait bien recommandé de nous tenir éloignés de certaines rues d'Atlanta où les échauffourées avec la police continuaient. Le révérend King était sorti de la prison de Birmingham depuis quinze jours. Ma mère, enfin la mère de Connie, connaissait bien la femme du révérend puisque Miss Millie m'avait même demandé de ses nouvelles. Ma mémoire défaillante ne me permettait pas de situer très précisément les événements qui avaient eu lieu à l'époque mais j'avais appris à mes dépends le matin même que les noirs ne partageaient pas encore les bancs de l'école avec les blancs. Je m'engageais sur la pelouse en hésitant. La pluie avait cessé de tomber. C'était déjà çà. Une jeune femme passa la tête par la fenêtre et me fit signe. Je lui fis signe à mon tour et m'approchai en hésitant. "Connie, tu voudrais pas aller chercher de la farine chez le vieux Moe ?" "Maman ?" demandai-je plein d'espoir. "Elle va pas tarder." "Mais je sais pas où… j'ai pas d'argent…" ajoutais-je en me tortillant. "Quelle idiote tu fais ! Tu lui diras de le marquer. Qu'est-ce que t'as ma Connie ? T'as l'air drôle, reste là je vais y aller," dit-elle en se passant la main dans les cheveux. "Mais y faut que tu surveilles baby Jay." "Baby Jay ?" "Ton petit frère ? T'as pas oublié ? Mon dieu, depuis qu'ils t'ont tabassée, t'es plus comme avant ma pauv' Connie. Viens donc, je t'attends." Tabassée ? Connie avait été frappée ? Par son père ? Peut-être même qu'il abusait d'elle ? Non. Pas ça, mon dieu, pas ça. J'étais là pour faire arrêter un père qui frappait ses enfants. Je croisais ma "sœur" dans le couloir et elle me scruta avec inquiétude. "Va t'asseoir à côté de baby Jay mais le réveille pas, je t'en prie. Avec cette chaleur, il vient juste de s'endormir. Je reviens tout de suite, d'accord ? Et enferme-toi surtout." "…" Elle se retourna avant de sortir. "T'es sûre que ça va ? Je te ferais une tisane en rentrant." "… de coquelicot." Elle sourit. "Oui. Theresa te fera une tisane en rentrant. Maintenant enferme-toi. Je veux t'entendre tourner la clé. Vas-y." "Theresa ?" "Oui, mon ange." "Non, rien," renonçai-je. J'en saurais sans doute plus une fois à l'intérieur. Je poussais la porte et le verrou derrière moi. L'appartement sentait la cannelle et le gombo. Je me dépêchais me faire un inventaire de ce qui m'entourait. Des photos couvraient les murs. Des générations et des générations de visages noirs qui souriaient à l'objectif. Les meubles cirés luisaient dans la pénombre derrière les stores baissés. La chaleur était étouffante. Le bruit des pales d'un ventilateur couvrait le son de la radio pourtant réduit au minimum. Theresa écoutait encore de la musique de blancs. De la musique de blancs ?? Voilà que je me mettais à dérailler. Je me penchais de manière irraisonnée pour changer de station. (03 The Crystals – He's A Rebel) Les voix acidulées emplirent la pièce et un bébé se mit aussitôt à hurler. Je posais mes livres sur la première chaise venue et courut en direction des pleurs. "T'en as mis du temps," m'apostropha Al, penché au-dessus du berceau. Le petit Jay l'observait avec intérêt. "Comment ça ? Tu exagères ! J'ai passé une journée à me demander ce que je faisais là et tout ce que tu trouves à me dire c'est que je t'ai fait attendre ?" "Je sais Sam. Ne m'en veux pas mais en ce moment ça ne va pas fort avec Tina alors je l'ai emmenée à Vegas." "Encore ?" Même avec ma tête pleine de courants d'air, j'arrivais encore à me rappeler de quelques détails. Et il me semblait bien que Al avait emmené Tina à Las Vegas récemment. Evidemment, comme me l'avait expliqué Al, le temps passait différemment pour "eux" et pour moi. Je renonçais à demander. "Oui," continuait-il sans me regarder et en étudiant sa chevalière comme s'il ne l'avait jamais vue de sa vie. "Il viennent de rénover le Caesar Palace et je voulais lui faire essayer les bains à remous." "STOP ! Je ne veux pas en entendre plus !" Il baissa la tête, et l'ombre de son chapeau mou lui mangea le visage. Il se balança d'un pied sur l'autre et désigna l'autre coin de la pièce. Ma protestation venait de déclencher les hurlements du bébé que je sortis du berceau sans cesser de regarder Al. Baby Jay se calma comme par enchantement. Al tira une bouffée de son cigare, sortit le handlink de sa poche et fronça les sourcils. "Bon alors…" Il donna un coup énergique sur le boîtier. Mon cœur s'arrêta. A chaque fois qu'il faisait ce geste, j'avais l'impression qu'il allait disparaître à tout jamais de ma proto-existence. "Qu'est-ce qu'on a…" Cette peur irraisonnée dut se transmettre au nourrisson qui entreprit de faire une démonstration renouvelée de la capacité de ses jeunes et vigoureux poumons. Je le berçais en essayant de voir par-dessus l'épaule d'Al ce que transmettait Ziggy. "Nous sommes le 8…" "Le 8 mai 1963, oui, ça, je sais !" "Ah, 1963 ! Je me souviens quand on a défilé à Washington ! Tu aurais dû voir ça Sam !!" commença-t-il en agitant le handlink devant le bébé. "Défilé ?" "Oui. Pour les droits civiques. Contre la ségrégation. On aurait dit Woodstock. Sans les fleurs," ajouta Al les yeux dans le vague, "sans la boue, sans Country Joe MacDonald and…" "Tu es allé à Woodstock ?" "Non. Tu sais bien que non." "Comment je le saurais ?" Le visage de Al se ferma.(1) "On est le 8 mai 1963. Tu t'appelles Connie…" "… Williams. Et j'ai une sœur Theresa et un frère baby Jay." Al me toisa avec irritation. "Tu t'appelles Connie Williams et tu as une sœur et quatre frères. Theresa, Adam, Marcus, Andy et Jay. Marcus et Adam vont partir au Vietnam et ils ne reviendront pas." Son visage se ferma davantage. "Je ne suis pas là pour empêcher ça…" "Non." Le bébé suçait son pouce et regardait, fasciné, le hanlink clignoter entre les mains de l'amiral. "Theresa va se marier. Elle va aller habiter à Chicago. Elle ne reviendra plus jamais à Atlanta." "Elle va se fâcher avec sa famille ?" "Non. Elle n'aura plus de famille à Atlanta." "Al ! Est-ce que tu vas te décider à me dire pourquoi je suis là ?" "Ziggy n'est pas encore sûr." "Mais… ?" Quand Al hésitait à ce point c'est que Ziggy n'avait pas réussi à établir de statistiques satisfaisantes. Ou encore…. "Mais à 87%, il pense que tu es là pour empêcher que Nettie et le petit Jay ne soient tués pendant les manifestations d'après-demain." "Nettie ?" "La mère de Connie. Ta mère si tu préfères." "Ils ont été tués ? Al ! Comment veux-tu que j'empêche ça ? J'ai 10 ans !" Il haussa les épaules et consulta son boîtier. "Al !!" "Tu es là pour empêcher que Nettie aille à la manifestation avec le bébé après la mort de Connie," poursuivait Al sans jamais croiser mon regard. "Je vais mourir ?!" "Connie est une petite fille très en avance pour son âge. Enfin – était -, avant qu'elle ne se prenne des coups de barres de fer sur la tête l'année dernière. Mais elle continue de faire ce que son père lui avait dit de faire." "Elle essaie de rentrer avec les blancs à McGill tous les matins…" Ainsi, c'était la raison pour laquelle mes pas m'avaient conduite jusqu'à la McGill Elementary School ce matin. Al acquiesça et secoua énergiquement le boîtier qui émit plusieurs bips. Le bébé sursauta. "Oui. En mémoire de son père." "Il est mort ?" J'attendis la réponse avec fatalisme bien qu'ayant déjà une idée assez précise de la réponse. "Lui et Connie ont été laissés pour morts l'année dernière pendant une manifestation. Seule Connie s'en est tirée. Nettie a failli perdre le bébé. Bon, en attendant que Ziggy en sache plus, ne fais rien qui ne précipite les choses. Ziggy ne sait pas encore comment tu es morte." "C'est rassurant !" Al me regarda avec un air de chien battu. "Je vais voir si je peux tirer quelque chose des bases de données. Gushie me laisse un peu tomber en ce moment. Il m'en veut." Il recula et la porte s'ouvrit et l'enveloppa d'un halo étincelant. "Gushie ?" "Oui tu sais celui qui a mauvai…" "Je sais qui est Gushie !" Al me tapait sur les nerfs aujourd'hui. "Pourquoi est-ce qu'il t'en voudrait ?" "Non, Gushie, tout va bien je vous assure ! J'arrive tout de suite ! Désolé Sam, il faut que j'y aille." Et la porte se referma. Je me retrouvais seul avec baby Jay. Le bébé me sourit et ses deux minuscules quenottes brillèrent dans la semi-pénombre de la chambre. "Tu as faim ? Allons voir ce que je peux trouver dans la cuisine." Je repris le couloir en sens inverse. (04 Ray Charles – I Can't Stop Loving You) Oui, ce bébé aurait besoin de beaucoup d'amour. D'un seul coup, je réalisais qu'Al n'avait rien dit sur Andy. De tout mon cœur, j'espérais qu'il ne lui était rien arrivé. Cette famille semblait marquée par le destin. En traversant la salle à manger, je me surpris à scruter les visages qui me souriaient sur le mur. Combien de souffrances, de morts, de violences insoutenables avaient-ils eu à endurer loin de l'objectif complaisant du photographe de quartier qui les avait immortalisés dans leurs habits du dimanche ? J'arrivai dans la cuisine avec le bébé dans les bras quand j'entendis une clé tourner dans la serrure. Quelqu'un poussa un cri et une femme d'environ quarante ans, les cheveux prématurément blanchis, entra dans la cuisine et me poussa sans ménagement. "Connie, ma fille, tu ne sens pas gombo brûler ? Où est Theresa, encore en train de courir ? Tu l'as vu partir ? Oui, elle n'aurait pas laissé baby Jay tout seul… Si j'attrape ce garnement de Thomas Jefferson Jones, je vais lui faire passer l'envie d'embêter ta sœur." Je dissimulai un sourire et serrai le bébé ravi contre moi. "Comment est-ce que vous pouvez être aussi différente toi et ta sœur," soliloquait Nettie en s'affairant dans la cuisine. En moins d'une minute, elle avait rendu à la pièce un aspect rangé et propre. Sans reprendre son souffle, elle ajouta. "J'ai rencontré Miss Millie en revenant de chez le colonel. Connie, je veux que tu arrêtes d'aller à McGill. Il t'arrivera quelque chose." Elle se laissa tomber sur une chaise, tendit les bras et sourit. "Viens me dire bonjour mon petit amour…" roucoula-t-elle. "Il fait chaud aujourd'hui mon tout petit, n'est-ce pas ?" Elle ferma les yeux. "Mon tout petit, mon tout tout petit…" Elle le berçait en fredonnant la chanson qui passait à la radio, lèvres et yeux fermés, perdue dans ses pensées. Je me levai doucement, et m'apprêtai à sortir sur la pointe des pieds. "Connie," souffla ma mère. "Ne sors pas. Avec ce qui se passe en ce moment je préfère que tu ne t'éloignes pas. Viens me faire un câlin." Elle me serra contre elle et le bébé et soupira d'aise, comme une mère chatte. "Je suis passée voir Andy aujourd'hui. Les docteurs ont bon espoir qu'il y arrive," me souffla-t-elle. Les docteurs… D'un seul coup, je n'étais plus aussi sûr de vouloir apprendre ce qui était arrivé à Andy. J'avais cette boule dans l'estomac qui ne présageait rien de bon. "Si Dieu le veut…" Elle se leva sur ces mots et se mit à préparer un biberon pour baby Jay. Elle me tournait manifestement le dos pour cacher ses larmes. Je voyais ses épaules se soulever. "Va donc attendre ta sœur dehors," dit-elle sans me regarder changeant subitement d'avis. "Et ne te laisse pas embêter par Chuck et Alissia. Allez !" "Maman ?" "Oui, ma chérie." "Est-ce que je pourrais rester avec toi demain ?" Si Al avait raison, qui mieux que ma mère pouvait me protéger ? "Demain, c'est jeudi, jeune fille, et je ne crois pas que le jeudi soit chômé dans l'Etat de Géorgie," dit-elle en se retournant d'un bloc. Elle essuya ses joues d'un revers de la main. "Tu iras à l'école, à moins que les Cubains n'essaient de nous attaquer encore une fois." Elle éclata de rire. Connie devait certainement comprendre pourquoi elle riait. Alors je me mis à rire avec elle. Même le bébé gloussa. La porte d'entrée claqua et Theresa fit son entrée, écarlate et en nage, un paquet de farine à la main. Elle hésita dans l'embrasure de la porte de la cuisine. Elle était tout le contraire de Connie. Petite et ronde, un joli minois. "Ca t'en a pris du temps d'aller chez le vieux Moe," dit platement Nettie, un pli au coin des lèvres. D'où elle était, Theresa ne pouvait pas voir le sourire de sa mère. Elle inspira profondément et fit un pas en avant, prête à encaisser les reproches, son explication sur les lèvres. "Aide ta sœur à faire ses devoirs pendant que je mets la table." Theresa soupira de soulagement. Je ne protestai pas. J'arriverais plus facilement à lui tirer les vers du nez qu'à sa mère sans attirer les soupçons. * (05 Little Peggy March – I will follow him) Je me brossai les dents avec énergie en détaillant le visage de Connie dans la minuscule glace de la douche. En dépit de ses traits ingrats, elle deviendrait une jolie femme si je réussissais à éviter ce qui devait se passer demain. D'après ce que m'avait appris Theresa, Andy accompagnait Connie et son père le jour de la manifestation. Seulement Andy avait sombré dans le coma après la bastonnade. C'était par pure bonté d'âme et parce que Danny Williams avait travaillé à l'hôpital qu'on gardait son fils dans un coin de la salle commune. Nettie passait tout son temps libre à faire le ménage des salles et des couloirs pour participer à l'entretien de son fils. Elle espérait le miracle qui ne venait toujours pas après un an. Je comprenais pourquoi Al n'avait pas parlé du gamin. Le fantôme de Trudy continuait de le hanter… Si Nettie disparaissait, je ne donnais pas cher de ses chances de rester en vie à la charge de la communauté. Je refis soigneusement mes nattes pour empêcher que les cheveux ne s'emmêlent pendant mon sommeil et regagnai mon lit dans le noir. Theresa était restée sous le porche. Elle se balançait en fredonnant. Je voyais sa silhouette se découper sur les stores baissés. Je me couchais en prenant garde de ne pas réveiller le bébé. La chaleur était moite et gluante en ce mois de mai à Atlanta. J'avais oublié à quel point il pouvait faire chaud dans le Sud à cette période de l'année. Ma chemise de nuit collait et tirebouchonnait. Je me tournais et me retournais sans parvenir à trouver le sommeil. J'aurais bien rejoint ma sœur dehors, mais je doutais qu'on eût permis de telles fantaisies à une gamine de10 ans à presque 11 heures du soir. "Tu dors Sam ?" "Al !" Je sursautai et faillis déboîter le frêle cosy qui faisait le tour du lit. Une avalanche de grigris sur le drap froissé me récompensa. "Tu m'as fait une peur bleue !! Pourquoi est-ce que tu viens à cette heure-ci ?" Je chuchotais mais j'avais l'impression de hurler. "Sam, il fallait que je te voie tout de suite... et puis Gushie est parti déjeuner," ajouta Al en se passant la main sur le front. "Tu me réveilles au milieu de la nuit parce que Gushie est parti déjeuner ! Qu'est-ce que c'est que cette histoire Al ?" Je m'appuyais sur un coude et tendit l'oreille. Al chuchotait lui aussi. J'avais oublié que le bébé pouvait l'entendre… pas lui. "C'est un peu compliqué. Il prétend que je suis allé à Vegas avec sa copine." "Tu n'es pas allé à Las Vegas avec Tina ?" répondis-je malgré moi. Al avait le don de m'entraîner dans ses délires. "Si… Bien sûr… Non. Pas cette fois-ci," admit-il. "Tu comprends, Tina était allée voir sa mère alors…" "Al ! Ca suffit. Est-ce qu'il y a quelqu'un à Stallion's Gate avec qui tu n'as pas couché ?" "Oui, bien sûr !" s'exclama Al en brandissant son cigare. Le pin's lumineux qu'il avait sur sa cravate changea de couleur. "Pour qui tu me prends Sam !" se plaignit-il. "Tina et moi, c'est du sérieux tu sais, je ne vais pas compromettre…" "Je n'en crois pas un mot ! Dis-moi plutôt pourquoi tu viens me parler à cette heure-ci." Je pivotais et m'assis sur le bord du lit. Mes pieds touchèrent le sol frais et je me sentis tout de suite complètement réveillé. Une brise chaude et humide s'immisçait au travers du store. L'ombre de Theresa se leva et quitta le porche. "Connie est morte pendant la nuit," dit soudain Al, tout à trac. "Cette nuit ?" "Oui. A exactement 4 heures 21 du matin." Il désignait le petit écran rétro-éclairé, les yeux fixés sur moi. "Et Ziggy sait qui l'a tuée ?" "Non. On n'a jamais su. Ce n'est même pas sûr qu'on l'ait tuée. Selon Ziggy, elle a probablement fait une mauvaise chute. Je ne suis même pas certain que la police locale ait pris le temps d'ouvrir une enquête… Ou elle l'aura fermée après le départ de Theresa." Il fit protester une nouvelle fois le handlink et continua. "Elle a été retrouvée morte à côté de la voie de chemin de fer." "On a dû la déposer là-bas. Qu'est-ce que j'irais faire sur la voie de chemin de fer au milieu de la nuit ?" "Elle avait suivi sa sœur." "Theresa ?" "C'est ce qu'elle a déclaré à l'enquête. Elle lui avait dit de repartir mais Connie a sans doute désobéi." "Donc, il suffit que je ne suive pas Theresa ?" "C'est ce que pense Ziggy. Si tu ne fais pas comme Connie, tu devrais te réveiller dans ton lit demain matin." "Et si je reste en vie, qu'est-ce qui va se passer ?" Al haussa les épaules. "Ziggy n'a aucune donnée là-dessus. Tu auras transformé l'histoire." "Comment est-ce que je peux être sûr que je ne suis pas là pour sauver Theresa ? Après tout, c'est peut-être sa ma mission ! Elle ne risque rien ?" "Ca, je n'en sais rien mon grand." "Mais enfin je ne vais pas rester dans mon lit alors que Theresa vient de partir !" "Fais comme moi Sam, utilise tes petites cellules grises et fais au mieux. Il faut que j'y aille," s'excusa-t-il en ouvrant précipitamment la porte en jetant un coup d'œil derrière lui. "C'est Gushie ? Il est revenu ?" Al hocha la tête. "Désolé Sam…" La porte se referma avec un chuintement. Je regardai le bébé dormir du sommeil du juste et le lit vide de Theresa… et je décidai de faire la seule chose qui me venait à l'esprit. La même chose que Connie. Suivre Theresa. * (06 Steve Lawrence – Go Away Little Girl) Quelque chose me disait que j'avais raison de me fier à mon instinct. Les explications de Al sur la mort de Connie étaient loin de me satisfaire. Elle avait beaucoup de difficultés à ordonner ses idées et à parler en public, mais son caractère déterminé n'avait pas été altéré par les coups. Je savais que j'avais raison. Mes chaussures à semelles lisses glissaient sur le trottoir pendant que je courais en essayant de repérer la direction qu'avait prise Theresa. Je me rendais compte que je n'avais pratiquement aucune chance de la rejoindre. Elle était partie bien avant que ma conversation avec Al ne soit terminée. Je n'arriverais sans doute pas à combler les deux ou trois minutes d'avance qu'elle avait sur moi. La chance me sourit quand j'entrevis deux silhouettes assises sur le talus qui surplombait la voie de chemin de fer. Je devais me trouver au-dessus de l'endroit où l'on avait retrouvé Connie. Je me glissais le plus silencieusement possible entre deux containers et m'accroupit sur le gravier. Je tendis l'oreille. Le transistor qui crachotait, posé à côté d'eux m'empêchait d'entendre ce que le garçon racontait à ma sœur. A bout d'arguments, il finit par se pencher vers elle. Je la vis se raidir et se laisser embrasser. Il l'attrapa par les épaules et la serra contre lui. Elle s'abandonna contre son épaule. Bon. Je n'allais pas rester là à jouer au voyeur. Ce Thomas Jefferson Jones dont avait parlé Nettie –car c'était sûrement lui – ne ferait pas de mal à une mouche. Il semblait très épris de Theresa. Je reculai prudemment à quatre pattes et repris le chemin en sens inverse quand quelqu'un m'agrippa par derrière. Je sentis une haleine chaude et avinée dans mon cou. "Où est-ce que tu vas comme ça ma poupée ? Regardez ce que j'ai trouvé les gars !! Une petite pouliche noire. Toute propre. Ca vous dit de l'essayer ?" Une bande de jeunes hirsutes sortit de la pénombre d'un terrain vague voisin, cannettes de bière en main. Certains cachaient soigneusement des bouteilles de gnôle dans des sacs en papier kraft. J'entendis un rire gras. L'un deux se cassa la figure et un autre rota bruyamment en pouffant. "T'as raison, Little Joe, elle a l'air intacte. A toi l'honneur. C'est toi qui l'as trouvé : premier arrivé, premier servi !" Voilà donc ce qui s'était passé. La petite Connie avait surpris sa sœur et son galant et ils l'avaient renvoyée à la maison. Ils avaient dû s'éloigner la laissant à la merci de ces voyous. Elle avait été violentée par la bande et jetée sur les voies en contrebas. La donne était différente ce soir. Je me ramassai sur moi-même et serrai les poings, prêt à me défendre. Mais en dépit de leur ébriété, ils parvinrent à me ceinturer. Une vague de dégoût m'envahit pendant je commençais à me débattre. Combien étaient-ils ? Cinq, non six. Même moi, j'avais une chance sur deux de me faire dépasser par le nombre. Ce n'était pas mon aspect qui risquait de les dissuader. Je réussis à me débarrasser de celui qui s'approchait en lui balançant un coup de pied mais Little Joe resserra sa prise. "Hé, c'est qu'elle est farouche cette pouliche… Ca tombe bien. Je les aime comme ça," conclut-il en arrachant ma fine chemise. Les cris et hululements reprirent de plus belle quand les autres découvrirent que je n'avais pas de soutien-gorge. Les entendre s'exciter autour d'une gamine pré-pubère me donnait la nausée. Ils m'entouraient tandis que Little Joe me plaquait au sol en me tenant les bras. C'était maintenant où jamais. Je me lançai de toutes mes forces contre lui et je réussis à le faire tomber. Je poussai les autres et m'élançai dans la brèche mais le grand rouquin me fit un croc en jambe et je retombai sur le gravier en m'écorchant les paumes et les genoux. La douleur se répercuta dans mes cuisses sans arriver à dissimuler celle venue du coup que l'un d'eux venait de me porter au milieu du dos. La respiration bloquée, je tombais à plat ventre, tandis qu'ils s'affairaient à déchirer ma jupe et ma culotte. Je sentis quelqu'un entre mes jambes et commençais à hurler à pleins poumons. Quatre d'entre eux me tenaient, un cinquième s'affairait tandis que celui qui tenait la bouteille contemplait le spectacle la bouche ouverte en titubant d'un pied sur l'autre. Quand la main de Little Joe me souleva et m'écarta les cuisses, j'essayais de ruer mais je ne réussis qu'à lui rendre les choses encore plus faciles. Les autres continuaient de rire et de s'esclaffer, abrutis par les vapeurs d'alcool. Personne n'essayait de me faire taire. Je continuais de hurler. D'un seul coup, Little Joe s'affaissa sur moi et j'entendis le bruit mat des coups portés sur les autres qui me lâchaient au fur et à mesure. "Salopards ! Laissez-la!" hurlait Theresa tnadis que Thomas Jefferson continuait à distribuer les coups. Il avait ramassé une barre de fer et les dérouillait de bon coeur. Je me dégageai du corps flasque et inconscient de Little Joe et leur donnai un coup de main en distribuant coups de poings et coups de pieds. Quand tous furent à terre et gémissant, Theresa se jeta dans mes bras en sanglotant pendant que Tom récupérait les lambeaux de mes vêtements. Il finit par enlever sa chemise et me la tendit. Ses muscles luisaient dans la pénombre et ses yeux brillaient d'exultation. "Il faut partir," souffla-t-il en entendit une sirène de police. "S'ils viennent par ici, on va se retrouver au poste." "Mais ils ont voulu me violer !" protestai-je. Tom hocha la tête. C'était de la colère qui brillait maintenant dans ses yeux. "Même s'ils avaient réussi, tu risquerais de finir en maison de correction. Crois-moi, il vaut mieux pour nous partir tout de suite." Ils avaient blessé des Blancs. C'est tout ce que la police retiendrait. Theresa hocha la tête quand elle vit que j'avais compris et passa son bras autour de moi. Je sentis ma propre colère monter. Cette colère que Connie ressentait, Connie qui tous les jours rentrait à McGill pour poursuivre le combat de son père disparu. * (07 Ruby & The Romantics – Our Day Will come) C'est cette même colère qui plissait la bouche de ma mère quand elle revint de l'hôpital après sa visite quotidienne à mon frère Andy. Elle traversa la pelouse et alla se planter devant la vieille Mama Jordan, notre voisine, qui suçotait son cigare à l'ombre de sa véranda. "Ils m'ont demandé de le ramener à la maison," expliqua-t-elle en parlant haut et fort tout en s'éventant avec son chapeau de paille. La main en cornet, la vieille hochait la tête et ses yeux délavés se remplissaient de larmes au fur et mesure qu'elle entendait ma mère lui raconter pourquoi je n'allais pas à l'école aujourd'hui et pourquoi elle allait m'emmener chez Miss Coretta. Oui. Pourquoi elle allait m'emmener de ce pas chez Miss Coretta parce qu'il fallait en finir une bonne fois pour toute, oui, il fallait en finir, que cette fois-ci, elle en avait soupé de toute cette violence et qu'elle voulait un monde où ses enfants pourraient vivre en paix. Oh Seigneur… Je jetais un coup d'œil dans le miroir avant de sortir de la maison et lissais ma jupe avec la main. Theresa m'avait maquillée pour cacher mon œil au beurre noir et les hématomes qui commençaient à noircir ma joue droite. Mes chaussettes blanches montaient jusque sous mes genoux cagneux encore à vif. Quelqu'un avait passé au cirage le bout de mes chaussures noires vernies. Le visage de Nettie s'éclaira quand elle me vit sur le pas de la porte. "Dis à ta sœur de sortir la poussette et va chercher baby Jay. Je veux que Miss Coretta entende ça de ma propre bouche. Après ce qu'ils ont fait subir au révérend, je savais qu'on pouvait s'attendre au pire." La vieille Mama Jordan hocha la tête et dit quelque chose que je ne saisis pas. Ma mère répondit en hachant ses mots comme l'autre l'avait fait. Sans doute du créole… Si seulement Al était là, il pourrait peut-être m'aider. Il avait sûrement parlé le créole ou appris à le parler ou rencontrer quelqu'un qui le parlait. Qu'est-ce qu'il n'avait pas fait ? Mis à part la sottise de se jeter dans cet accélérateur ? Voilà que je devenais amer. La colère de Connie oblitérait mon jugement et ma capacité à réfléchir. Theresa déposa baby Jay dans la poussette et tira la moustiquaire devant la porte d'entrée. Elle avait un large bandeau blanc dans les cheveux et une robe qui dansait autour de ses jambes galbées. Ses talons s'enfonçaient dans la pelouse et elle se dépêcha de pousser baby Jay jusqu'au macadam. Ma mère dit quelques mots au vieux Tom qui passait et promit à Mama Jordan de lui rapporter du blanc manger de chez Lottie en revenant. Si le temps ne tournait pas à l'orage. Dans la poussière et sous un soleil de plomb, nous commençâmes à marcher. Baby Jay était ravi. Au fur et à mesure que le temps passait, sa bonne humeur se ternit et il se mit à remuer puis gesticuler dans sa poussette. "Est-ce qu'on ne pourrait pas prendre le bus ?" demandai-je en désignant le quatrième car qui venait de nous dépasser. "Connie Williams !! Tu veux nous attirer des ennuis supplémentaires ?" s'écria Nettie qui s'épongea le front sans ralentir. "Sam, la loi n'est pas encore passée," me glissa Al en nous emboîtant le pas. "Al !" "Qu'est-ce que tu racontes ! Ce n'est pas Al c'est Old Dexter. Tu perds la raison ma fille. Dépêche-toi. Nous allons finir par être en retard." Elle me jeta néanmoins un regard inquiet. "La loi interdisant la ségrégation," insista Al. "Ce n'est que demain qu'elle sera promulguée. Et même alors, il faudra du temps pour que tout se mette en place." Il se pencha vers moi et ajouta en fronçant les sourcils. "Le bus qui traverse le quartier est réservé au Blancs." J'entendis presque la majuscule. "Je me doute que ça ne va pas être appliqué du jour au lendemain. Mais pourquoi un bus réservé aux Blancs dans un quartier noir ?" chuchotai-je en toussotant sous l'œil inquiet de Theresa. Je lui fis signe que tout allait bien et elle se mit en devoir de rattraper Nettie qui filait devant avec la poussette. Al haussa les épaules et observa mon manège. "Tu as vu ?" "Qu'est-ce que j'ai vu Sam ? Oh!! Tu as un œil au beurre noir ? Est-ce que tu as mis une escal…" "Non… Enfin oui ! Mais tu as vu ? Je ne suis pas morte… mort… " J'écartais les bras. "Je suis toujours là !" "Arrête de faire l'andouille Sam. Si tu étais mort, je ne pourrais pas être là vu que je suis en liaison avec tes ondes céréb…" "Laisse tomber Al, je sais comment ton hologramme fonctionne. Je voulais dire que Ziggy s'est trompé. Je suis toujours là !" "Mouais…" "Ca pose un problème ? Alors, que dit Ziggie ? Al, réponds s'il te plaît, Theresa va finir par croire que je suis devenue folle." Al donna une claque à son handlink et le regarda d'un air sombre. "Ca ne change rien Sam. Sauf que tu as dû modifier quelque chose. Parce qu'aujourd'hui, vous allez toutes y passer avec le bébé." "Qu'est-ce que tu racontes ? On va chez une amie de Nettie. Une certaine Miss Coretta. Je ne vois vraiment pas ce qui pourrait nous arriver ! On est à pied, c'est un quartier tranquille, on ne prend pas le bus, non franchement je ne vois pas." "Attends Sam… Tu as bien dit Miss Coretta ?" "Oui. C'est ce que Nettie a dit. Elle veut lui parler de ce qui s'est passé la nuit dernière." "Qu'est-ce qui s'est passé ?" "Ah ! Quand même ! J'ai cru que tu ne me le demanderais jamais ! Et bien, figure-toi que…" "Tu viens bien de dire Miss Coretta ?" "Heu… oui…" "Connie ?" m'appella Theresa. "Nettie n'a pas mentionné un docteur ou un révérend ?" Al trépignait presque sur le trottoir. "Un révérend, il me semble…" "Sam ! Tu te rends compte !!" hurla-t-il en brandissant son cigare. "Tu vas rencontrer madame Coretta King, la femme de …" "… la femme de Martin Luther King ?!" J'étais incrédule. Pourquoi devrais-je d'un seul coup rencontrer des gens connus. Comment éviter de transformer l'Histoire ? "Connie ? Tu es sûre que tu n'as rien ? M'man !" insista Theresa. "Oui ! Exactement ! Oh Sam ! Si tu savais comme je voudrais être à ta place !" répondit Al en me faisant des signes cabalistiques. "Tu crois que je suis là pour empêcher qu'il soit assassiné ?" "Non," se rembrunit Al. "Ca, c'est pas possible. Il ne sera assassiné que dans cinq ans." Il désigna quelque chose du pouce en haussant les sourcils. "Bon, je vais voir ce que Ziggy a là-dessus et je reviens tout de suite !" "Qui va être assassiné ? Connie, réponds-moi, s'il te plaît, tu me fais peur !" La lumière de la porte du caisson me fit revenir à la réalité. Theresa me secouait et elle devait me parler depuis un petit bout de temps parce que Nettie rebroussait chemin avec la poussette. Je secouais la tête. "Ca va. C'est la chaleur," mentis-je en baissant les yeux. Netti posa sa main gantée sur mon front. "On est presque arrivé. Tu iras te reposer dans la chambre de Dee pendant que je parlerai à Miss Coretta. Quand le Révérend apprendra ce qui s'est passé, je suis certaine qu'il nous apportera son aide." Elle se signa et reprit sa marche en m'entraînant par le bras. * (08 The Crystals - Uptown) Je jetais des regards à la dérobée à Nettie sur le chemin du retour. Elle avait l'air tellement soulagé que sa joie en devenait palpable. J'avais pu expliquer à Miss Coretta ce qui s'était passé. Ma mère était fière de moi. La femme du révérend King l'avait plus que rassurée. Elle aussi espérait que notre communauté voyait enfin le bout du tunnel. En raison des événements des derniers jours, le révérend enchaînait réunion sur réunion dans son bureau avec ses conseillers quand il n'était pas sur le terrain à soutenir le moral des troupes ou à l'Eglise à prêcher pour l'égalité et la fin de la politique ségrégationniste du Sud. Toute la maisonnée, dernier-né compris, observait un calme olympien pour lui permettre de travailler dans la sérénité la plus totale. Quand il était venu serrer ma mère dans ses bras, j'avais cru que Theresa allait défaillir. Cet homme représentait leur plus grand espoir et à le voir, je comprenais pourquoi. Je me prenais à regretter de n'avoir pas sauté quelques années plus tard pour essayer de changer son destin. Il m'avait regardé droit dans les yeux pendant un long moment, sans parler, en me tenant par les épaules. Ses paroles de réconfort avaient été un baume autant pour mon esprit embrumé que pour celui de Connie que je sentais tapi dans les tréfonds de ma propre conscience. Il avait fini par se pencher à mon oreille. Sa voix magnétique resterait gravée à jamais dans ma tête. "Connie, ton père serait fier de toi," avait-il murmuré. "Je vois en toi une jeune fille pleine d'avenir. Tu as des yeux qui ne trompent pas. Que le Seigneur soit avec toi… toujours." Avait-il lu dans l'âme de Connie ou dans la mienne ? Encore une question à laquelle je n'aurais jamais de réponse. Yolanda, que tout le monde appelait Dee à cause de son deuxième prénom, Denise, avait insisté pour nous raccompagner jusqu'à la moitié du chemin. Elle et Connie étaient manifestement de grandes amies, en dépit de leur petite différence d'âge. Nous étions en train de sautiller devant Theresa et ma mère quand j'entendis Nettie crier un avertissement. Je lâchai la main de Dee et me retournai. Une voiture de police venait de nous rejoindre et nous suivait en roulant au pas. Le conducteur nous fixait avec un sourire qui ne me disait rien qui vaille et son assistant faisait sauter dans sa main une matraque qui n'avait pas l'air d'être en caoutchouc. Mû par un réflexe bien naturel, je vins me placer devant ma mère et la poussette. Theresa murmurait des mots sans suite, visiblement terrifiée. Il était clair que les deux policiers n'étaient pas des inconnus pour elle. Nettie parla au-dessus de ma tête, une main posée sur mon épaule. "Officer Krupke. Quel bon vent ?…" "Madame Williams… Vous ne travaillez pas chez le colonel aujourd'hui ? Pouvez-vous me dire ce que vous faites dans la rue ? Vous ne seriez pas en train de défiler par hasard ?" Je sentis ma colère renaître et une boule se former au fond de ma gorge, je m'avançai en serrant les poings. Comment ce porc osait-il venir nous narguer ? Quel courage lui fallait-il pour s'attaquer à des femmes, dont l'une presque une enfant encore, avec deux fillettes et un bébé dans une poussette ! "Mais, dites-moi, Madame Williams, est-ce que ce ne serait pas votre fille qui aurait causé tous ses troubles la nuit dernière ? Cinq jeunes gens fort appréciés de familles honorables", il insista sur l'adjectif, "sont venus déposer une plainte ce matin. D'après la description qu'ils nous ont donnée, on dirait bien qu'il s'agit de vos deux filles, madame Williams. Encore une fois…" Nettie me retint au moment où j'allais lui sauter à la gorge. Je perdais vraiment tous mes moyens. Je commençais à réaliser la portée du harcèlement permanent dont nous étions victimes de la part de la communauté blanche. Le shérif à la solde des notables. Les notables prêts à toutes les vilenies pour infliger malheur et deuil autour de nous. Provoquer et attendre. "Ma fille n'a pas quitté la maison cette nuit, officier," se défendit ma mère. "A son âge, elle n'a rien à faire dans les rues." "Je suppose qu'elle est tombée dans les escaliers," dit Krupke en calant la voiture en même temps qu'il ouvrait la portière. Il désignait mon visage tuméfié. On entendit des volets se fermer. Theresa devint livide. Est-ce que c'était le même homme qui avait battu son père à mort, estropié sa sœur et plongé son frère dans le coma ? J'en avais la quasi-certitude. Dee s'éloigna de notre petit groupe à reculons et partit en courant. "Je la rattrape chef ?" "Non, laisse-la, George. C'est la fille King. On s'occupera de ces minables plus tard. Pour le moment, c'est la petite traînée qui m'intéresse," dit-il sans me lâcher des yeux. Ma mère serra les poings mais ne bougea pas. Les larmes coulaient maintenant sur le visage de Theresa. Baby Jay se mit à renifler. Le Chef Krupke s'avança avec un rictus aux lèvres les pouces passés dans sa ceinture en cuir. "Tu n'as rien à me dire, roulure ?" siffla-t-il son visage à dix centimètres du mien. Rester impassible me demandait un tel effort que je me mis à trembler. Son collègue éclata de rire. "On l'embarque Chef, je suis sûre que je la ferais parler…" "C'est une idée… A moins que Madame Williams n'ait des preuves de ce qu'elle avance ?" "Ne le laisse pas faire Sam. Ce type est une ordure de la pire catégorie. Il a déjà violé et tué pas mal de femmes en détention en toute impunité," cria Al. "Il faut que tu crées une diversion. Dis quelque chose Sam !" "Tu as quelque chose à me dire, traînée ?" Je baissai les yeux en me dandinant et avalai ma salive dans une piètre tentative de reprendre le contrôle de mes moyens. Dieu que mon poing me démangeait. "Non, elle a rien à dire, Chef," pérora l'autre crétin, assis sur le capot de la voiture, que Al était en train de farcir de coups de poing à ma place. ".. si," murmurai-je, "… heu, je veux dire que je sais quelque chose officier." Theresa me regarda horrifiée. Ma mère fit un signe de dénégation. "Tu as parlé ?" demanda Krupke. "Oui," je répondis d'une voix plus assurée et relevai la tête. Il avait un poireau de la taille d'une batte de base ball sur la joue droite et son visage ruisselait de sueur. "Vas-y Sam ! Mouche-le !" "Officier, il faut que vous compreniez, c'est à cause de mon éducation que tout va mal. Ma mère se tue à la tâche, mon père nous a quitté, alors c'est obligé qu'on devienne des voyous." "Vas-y Sam ! Heu… Qu'est-ce que tu racontes ? Qu'est-ce qui s'est passé hier soir, on t'a tapé sur la tête ?" dit-il en se rapprochant et en m'examinant de plus près. "Sam !! Arrête de faire comme si tu n'entendais rien. Réponds-moi…" "Tout au fond de moi, je ne suis pas mauvaise…" Al se grattait la tête. Je savais bien qu'il finirait par trouver pourquoi je disais ça. En attendant, je gagnais du temps en espérant que Dee allait revenir avec la cavalerie. Le chef Krupke ne risquait pas de deviner d'où venait ma tirade. La présence d'Al qui gesticulait autour de moi ne me facilitait pas la tâche. "Chef Krupke, je suis très embêtée…" A ces mots, je vis le visage d'Al s'éclairer. Je l'avais traîné au moins deux fois à des représentations de "West Side Story" –peut-être davantage, mais je ne m'en souvenais plus. Il adorait le passage avec l'officier Krupke. Je continuais à paraphraser avec enthousiasme, maintenant que j'avais Al dans ma manche… si j'ose dire. Il gambadait autour de la voiture en faisant des entrechats et en agitant son cigare en mesure. "… on ne m'a jamais donné l'amour auquel tous les enfants ont droit…" Le policier commençait à s'énerver. Si les secours devaient arriver, il valait mieux qu'ils arrivent vite. J'étais bientôt à court de munitions. "… je ne suis pas une délinquante, c'est seulement que je suis incomprise..." "Qu'est-ce que tu racontes, espèce de…" L'officier leva la main mais s'arrêta net. Je continuais sans reprendre mon souffle. "Quelque part, je sais qu'il y a un endroit pour moi, tranquille et paisible qui m'attend…" "Tu vas arrêter de te foutre de ma gue… Quoi ?!" cria-t-il en se retournant vers son adjoint qui essayait d'attirer son attention. "Mais chef, vous entendez pas ?" C'était son tour d'être livide. Al se déchaînait sur le capot. Gushie et lui avait bien peaufiné la technique depuis mon premier saut. J'aurais presque pu croire qu'il marchait vraiment sur la voiture. (09 Four Season – Walk Like A Man) Du bout de la rue, on entendait la clameur de la foule qui remontait vers nous en grondant et en scandant sa marche avec des exhortations religieuses. Krupke hésita. Il se pencha tout contre mon visage et essaya de m'entraîner dans la voiture de patrouille. Je le repoussai sans peine. Il jura entre ses dents et se précipita au volant. Il mit les gyrophares en marche et démarra sans attendre que son adjoint ait fermé sa portière. Leur départ fut salué par une ovation. Le Révérend King lui-même conduisait le cortège. Rien que voir le soulagement sur le visage de Theresa et Nettie valait le déplacement. Al partageait manifestement mon émotion puisqu'il continuait à jouer à Monsieur Loyal pour mon seul bénéfice. J'essayai d'attirer son attention et il s'approcha finalement de moi le cigare conquérant au coin des lèvres, le handlink haut levé. Je haussai les épaules et les sourcils. "Alors ?" "Alors, mon grand, prépare-toi à sauter !! Tout est réglé. Nettie et Baby Jay restent en vie et Theresa reste à Atlanta." "Et Andy ?" "Oh… Pour lui… rien de changé. Il ne sortira jamais du coma." Je grinçais des dents avec la détestable impression que je n'avais pas rempli ma mission. Al asséna un coup supplémentaire à son handlink et m'adressa un sourire triomphant. Il désigna la manifestation qui nous rejoignait. "L'avenir en marche mon grand, l'avenir en marche !! Au revoir Saaam !" répéta Al d'un air convaincu en se rapprochant du Révérend King. J'attendis mais rien ne se passait. Quelquefois Ziggy ne voyait pas toutes les implications de mes sauts, et apparemment, cette fois-ci en faisait partie. Ne sachant quel parti prendre, je reculai de quelques pas. * (10 The Rooftop Singers – Walk Right In) La vieille Mama Jordan regarda d'un air intéressé l'officier Krupke en sueur qui s'extirpait de sa voiture de patrouille. Il la rejoignit en deux enjambées et essuya son front avec un vieux mouchoir à carreau qu'il sortit de sa poche arrière. "Mama Jordan, j'ai besoin de votre aide." La vieille leva un œil vers l'officier comme s'il avait blasphémé. "Bonjour officier, c'est gentil de venir voir si Mama Jordan a besoin de rien," susurra-t-elle en tétant son cigare froid. "Z'auriez pas le blanc-manger que Nettie devait me rapporter par hasard ?" Krupke respira bruyamment et se pencha vers elle. "Te fiche pas de moi la vieille ou tu pourrais le regretter…" "Je t'ai vu dans les jupes de ta mère mon garçon. Et c'est pas parce que tu portes un insigne que t'es devenu intelligent." Elle enleva le cigare de sa bouche et se pencha en avant pour cracher un jus de chique brunâtre. Krupke fit un bond en arrière pour éviter d'être éclaboussé. Il pâlit de rage. "Je suis sûr que tu sais ce qu'elle a fait la nuit dernière la petite traînée d'à côté ! Elle a blessé cinq Blancs. Elle l'emportera pas au paradis," cracha-t-il. "Et je pourrais t'embarquer si tu refuses de répondre !" "Pour sû', tu dev'ais embarquer Connie et sa sœu' Theresa," dit la vieille, l'œil pétillant. "C'est v'ai qu'elles sont dangereuses ces deux petites. Sinon, comment elles au'aient fait pour 'osser les missiés blancs…" Le flic se redressa, soudain rasséréné. Les bonnes vieilles méthodes avaient du bon. Même pas besoin de cogner. Les vieux savaient qui était le maître. Avec un sourire encourageant, il attendit la suite. "Et pis pou' faire bonne mesure, t'i'ais même chercher son frère Andy à l'hospice. Des fois qu'y soit complice…" "Mama, ne fais pas la maligne avec moi !" "Sinon ?" Elle agita un grigri qui pendait autour de son cou. Krupke pâlit encore d'un ton et recula. "Sinon, je t'embarque aussi !" Elle hocha la tête. "Je reviendrai," lança-t-il en retournant à la voiture. "Tu peux les prévenir !" "Oublie pas le blanc manger la p'ochaine fois…" répondit la vieille en calant son cigare entre ses deux dernières dents. La voiture démarra. "Thomas Jefferson Jones !" appela-t-elle. "Sors de ta cachette. Va dire à la mère de Theresa ce que cet imbécile de Krupke vient de me dire. Elle est chez le Révérend," ajouta-t-elle en se signant. Thomas Jefferson partit en courant. Dans le quartier, il y avait belle lurette que personne ne se demandait plus comment Mama Jones savait tout ce qu'elle savait. * (11 Jimmy Soul – If You Want To Be Happy For The Rest Of Your Life) Finalement tout le monde s'était finalement endormi dans la maison des King. J'avais beau me creuser la cervelle, je ne voyais toujours pas pourquoi je n'avais pas sauté. Ce n'était certainement pas parce j'avais aidé Miss Coretta à préparer les pains de maïs que j'avais changé le cours de l'histoire. La preuve, c'est que j'étais toujours là. J'entendis le bruit caractéristique de la porte du caisson avant même de voir l'auréole de lumière entourer Al. La respiration de Dee dans le lit voisin s'accéléra et la petite se réveilla en sursaut. "Chut !" protestai-je en la prenant dans mes bras. Je fusillai Al du regard. "Ca devient une habitude…" murmurai-je. "Désolé Sam, je n'ai pas fait attention à l'heure. Tu crois qu'elle me voit ?" Je refusais de répondre. Il fronça les sourcils et se concentra sur les données que Ziggy lui faisait parvenir. "Je sais pourquoi tu n'as pas sauté Sam. Thomas… Jeff… "Thomas Jefferson Jones !" soufflai-je, excédé. "Oui, c'est ça. Le petit ami de Theresa," ajouta-t-il en montrant ma sœur endormie sur le canapé voisin, "et bien tu me croiras si tu veux, mais il va rencontrer Ralph Abernathy et devenir un de ses adjoints." "C'est fait. Je veux dire, il l'a rencontré ce soir." J'articulais entre mes dents en continuant de bercer la petite. "Il est venu nous prévenir des manigances de l'officier Krupke." Al balaya l'obstacle avec un geste de dédain. "Cette pourriture va finir dans sa propre prison, Sam. Avec les autres pourris qui ont essayé de te violer. Nettie gagnera le procès de sa fille." Il cogna sur le handlink. "Et avec l'argent, elle t'enverra, enfin elle enverra Connie dans une école spécialisée…et … SAM !! Andy sortira du coma. Avec l'aide de Connie justement, qui a rencontré un chirurgien qui fait des miracles !" Il rayonnait. Je lui fis signe de baisser le volume. La petite se réveillait. "Alors !" dis-je d'un air entendu en désignant le plafond des yeux. "Alors quoi ?" "Alors ?" insistai-je. "Pourquoi est-ce que je suis toujours là ?!" "Ziggy n'en sait rien. Il pense que tu …." "Connie ? Tout va bien ?" demanda M'am King. En chemise de nuit, pieds nus, elle entra dans la pièce. "C'est Dee ?" Elle avança dans la pièce et son regard s'arrêta l'espace d'un instant sur Al. Nous échangeâmes un regard incrédule. "Non, M'am Coretta, il n'y a rien. Elle rêvait. C'est tout." Inquiète, elle lui tâta le front. "Elle a fait un rêve," assurai-je en la reposant dans son lit. Elle se retourna. "Oui Connie, nous avons tous fait un rêve," dit-elle, yeux perdus dans le vague. "Nous avons fait un rêve aujourd'hui, Miss Coretta, mais il faut garder la foi." Al me fixa comme si j'avais dit une énormité. "Le discours Sam ! Le discours de Mart…" Trop tard, je sentais le picotement d'énergie qui me traversait et cet oubli qui m'enveloppait comme à chaque saut me faisant partir à la dérive. La lumière crue m'éblouit et un réflexe naturel me fit lever le bras devant mes yeux pour me protéger. Je clignai les yeux. Une foule immense, assise sur des fauteuils dorés qui applaudissait à tout rompre. Est-ce que j'étais encore une fois pianiste ? En tout cas, ce n'était pas Carnegie Hall. Un rire cristallin me fit me retourner. "Alors Harold, on joue au timide ?" A côté de moi sur la scène se tenait une dame d'un âge indécis, en tout cas suffisamment âgée pour avoir eu recours aux bienfaits combinés du Botox et de la chirurgie esthétique. Ses traits cireux et tirés luisaient sous l'éclairage violent des cintres. Elle cligna des yeux à plusieurs reprises et je frémis en songeant que pour une fois je n'aurais pas à me coller des faux-cils et à me tartiner de fond de teint. "Allez, encore un geste Mesdames," roucoula-t-elle. "190 dollars, c'est tout ce que vous êtes disposées à donner pour avoir ce bel étalon ?" J'étais un cheval ? Un courant d'air me fit hésiter. Si je n'étais pas un cheval, en tout cas, je n'avais pas grand chose sur moi. Je baissai les yeux pour voir avec effroi que mes seuls vêtements face à ce parterre de jolies femmes étaient un caleçon en soie à motif cachemire et des chaussettes montantes en fil d'Ecosse bleu marine. Oh bravo…. Générique de fin !! (12 The Crystals – Da Doo Ron Ron) Martin Luther King I had a dream (extrait) Let freedom ring (extrait) Notes: (1) Le festival de Woodstock a eu lieu les 15, 16 et 17 août 1969. A cette époque, Al était prisonnier des Vietcongs. * J'ai utilisé les renseignements donnés par l'excellent site australien "The Menzics Era" (Music 1949-1972) Le contexte historique : * Le vendredi saint, 12 avril 1963, deux semaines après la naissance de son quatrième enfant, Martin Luther King est arrêté avec Ralph Abernathy par le commissaire de police Eugene "Bull" Connor pour avoir défilé sans autorisation. Dès le lendemain, commence une campagne sans précédent à Birmingham. Pendant ses 11 jours d'emprisonnement, MLK écrit sa célèbre Letter from Birmingham Jail. Le 10 mai, le Birmingham agreement est institué. C'est la fin de la ségrégation dans le Sud, aussi bien dans les magasins, les restaurants que les écoles. Les premières lois sociales vis à vis des noirs sont mises en place et toutes les accusations contre des noirs pour fait de déségrégation abandonnées. * Les extraits du générique de fin sont tirés du discours de Martin Luther King "I have a Dream", prononcé à Washington, lors de la marche à laquelle assistait Al. * MLK était marié à Coretta Scott, depuis le 18 juin 1953. Ils ont eu 4 enfants : Yolanda Denise (17 novembre1955 Montgomery, Alabama), Martin Luther III (23 octobre1957 Montgomery, Alabama), Dexter Scott (30 janvier1961 Atlanta, Georgia), Bernice Albertine (28 mars1963 Atlanta, Georgia). Extraits de WEST SIDE STORY (Paroles de Stephen Sondheim - 1957 que j'ai utilisées en les traduisant librement) Dear kindly Sergeant Krupke, You gotta understand, It's just our bringing up-ke That get us out of hand. Our mothers all are junkies, Our fathers all are drunks, Golly Moses, natcherly we're punks! Gee. Officer Krupke, we're very upset; We never had the love that every child oughta get We ain't no delinquents, We're misunderstood, Deep down inside us there is good! There is good! There is good, there is good, There's an tapped good, Like inside, the worst of us is good. TONY & MARIA There's a place for us, Somewhere a place for us. Peace and quiet and open air Wait for us Somewhere. There's a time for us, Some day a time for us. Time together and time to spare, Time to look, time to care Some day! Somewhere We'll find a new way of living, Will find there's a way of forgiving Somewhere... There's a place for us, A time and place for us. Extrait du discours prononcé au Lincoln Memorial devant les 250.000 manifestants pour les droits civils par Martin Luther King Jr. à Washington, D.C. le 28 août 1963. I say to you, my friends, we have the difficulties of today and tomorrow. I still have a dream. It is a dream deeply rooted in the American dream. I have a dream that one day this nation will rise up and live out the true meaning of its creed. We hold these truths to be self-evident that all men are created equal. I have a dream that one day out in the red hills of Georgia the sons of former slaves and the sons of former slave owners will be able to sit down together at the table of brotherhood. I have a dream that one day even the state of Mississippi, a state sweltering with the heat of oppression, will be transformed into an oasis of freedom and justice. I have a dream that my four little children will one day live in a nation where they will not be judged by the colour of their skin but by their character. I have a dream today. I have a dream that one day down in Alabama, with its vicious racists, with its governor having his lips dripping with the words of interposition and nullification; that one day right down in Alabama little black boys and black girls will be able to join hands with little white boys and white girls as sisters and brothers. I have a dream today. I have a dream that one day every valley shall be engulfed, every hill shall be exalted and every mountain shall be made low, the rough places will be made plains and the crooked places will be made straight and the glory of the Lord shall be revealed and all flesh shall see it together. This is our hope. This is the faith that I will go back to the South with. With this faith we will be able to hew out of the mountain of despair a stone of hope. With this faith we will be able to transform the jangling discords of our nation into a beautiful symphony of brotherhood. With this faith we will be able to work together, to pray together, to struggle together, to go to jail together, to climb up for freedom together, knowing that we will be free one day. This will be the day when all of God's children will be able to sing with new meaning "My country 'tis of thee, sweet land of liberty, of thee I sing. Land where my father's died, land of the Pilgrim's pride, from every mountainside, let freedom ring!" And if America is to be a great nation, this must become true. So let freedom ring from the hilltops of New Hampshire. Let freedom ring from the mighty mountains of New York. Let freedom ring from the heightening Alleghenies of Pennsylvania. Let freedom ring from the snow-capped Rockies of Colorado. Let freedom ring from the curvaceous slopes of California. But not only that, let freedom, ring from Stone Mountain of Georgia. Let freedom ring from every hill and molehill of Mississippi and every mountainside. When we let freedom ring, when we let it ring from every tenement and every hamlet, from every state and every city, we will be able to speed up that day when all of God's children, black men and white men, Jews and Gentiles, Protestants and Catholics, will be able to join hands and sing in the words of the old spiritual, "Free at last, free at last. Thank God Almighty, we are free at last." |