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                                                     The Clone Strikes Back
                                                                        
© Xeen – 4 septembre 2004

disclaimer : Stargate-SG1
Metro-Goldwyn Mayer Inc. / UA - MGM Worldwide Television - Gekko Corp - Double Secret Productions - Scifi Channel - all rights reserved
spoilers : There But For The Grace Of God, A Hundred Days, Unnatural Selection, The Lost City, New Order 2, Affinity, Gemini, Threads


Note de l'auteure :
il s'agit de spéculations sur les spoilers concernant les épisodes de la saison 8 qui seront diffusés en 2005 sur SciFi Channel


*

O'Neill s'agitait dans son sommeil, dérangé par un courant d'air.
Le store frémit sur le cadre en bois de la fenêtre et l'ombre qui se déplaçait silencieusement dans la pièce s'approcha du lit et du dormeur. Il reposait à plat dos, torse nu, l'avant-bras sur le front. Ses yeux bougeaient rapidement sous les paupières closes et sa respiration ample et régulière s'était accélérée. L'ombre s'immobilisa, la main crispée sur la cuisse, le souffle court.
Le couvercle d'une poubelle dégringola dans la rue. Le bruit fut couvert par le miaulement suraigu d'un chat errant qui fuyait en emportant sa pitance.
O'Neill protesta, chassant un ennemi imaginaire d'un revers de main et se recoucha pesamment sur le côté, dos à la fenêtre. Il se mit à ronfler aussitôt, doucement. La silhouette vint se poster à côté du lit, son ombre démesurée reflétée sur le mur blême. Les cuisses plaquées contre le matelas, elle se pencha lentement sur le corps sans défense. Retenant son souffle, elle glissa la main sur le drap qui le recouvrait et s'immobilisa au contact de sa jambe.
Le store claqua en même temps que O'Neill bondissait pour ceinturer son adversaire. Dans la mêlée qui s'en suivit, il se retrouva enfourchant un agresseur consentant, déclenchant une protestation toute féminine.
"Vous m'écrasez mon général !"
"Carter ?!"
"Vous me faites mal…" gémit-elle en se tortillant sous lui.
Il prit appui sur les mains et scruta le visage dans le noir, desserrant machinalement l'emprise de ses cuisses.
"Carter ?" répéta-t-il avant de s'asseoir à côté du lieutenant colonel Samantha Carter. Se drapant dans son drap et sa dignité, il alluma la lampe de chevet.
"Mon téléphone est en dérangement ?"
Elle secoua la tête négativement, palpant ses côtes.
"Naan…" finit-elle par dire, "ce que j'avais à vous dire ne pouvait pas attendre le briefing de demain matin.
"Mais Carter," soupira-t-il en consultant sa montre, "on est demain matin ! Vous ne pouviez vraiment pas attendre trois heures de plus ?"
Elle s'assit avec précaution et s'appuya sur les oreillers en désordre.
"… je…"
"Vous ne devriez pas être avec Pete à cette heure-ci ?" dit-il sèchement en se levant. Le drap autour des hanches, il se mit debout et traversa la chambre en deux enjambées.
C'était dans des moments comme ceux-là qu'il regrettait d'avoir arrêté de fumer. Rien qu'un Scotch pur malt 20 ans d'âge ne puisse régler dans l'instant mais la pensée d'allumer une cigarette et la satisfaction immédiate qu'elle lui aurait procurée… Renonçant à épiloguer, il sortit un large verre et se servit une bonne rasade. L'alcool lui brûla la gorge et lui piqua les yeux, faisant jaillir des larmes.
"Ahh…"
Il but une deuxième gorgée.
Voilà, c'était mieux.
Il avait failli tuer son second à mains nues et maintenant il était là dans le noir, nu au milieu de son salon, enveloppé dans un drap, à regretter d'avoir jeter son dernier paquet, huit ans plus tôt.
Carter était chez lui à 3 heures du matin. Assise dans son lit. Il hésita sur l'attitude à adopter et prit un deuxième verre qu'il remplit à demi. Il s'en servit un autre pour faire bonne mesure et retourna dans la chambre en faisant attention de ne pas se prendre les pieds dans le drap. Tant pis s'il avait la gueule de bois demain matin, il cuverait dans son bureau. S'il arrivait à éviter Harriman, tout se passerait bien.
Elle n'avait pas bougé.
"Je ne sais pas… Il a signé un compromis," souffla-t-elle en tendant le bras pour attraper le verre qu'il lui tendait.
"Pardon ?" dit-il en s'affalant à côté d'elle.
"Il a signé un compromis, c'est pour ça que je suis là," expliqua-t-elle en sortant de sa poche un papier froissé. "Je l'ai trouvé sur la commode tout à l'heure."
"Pour l'amour du ciel Carter, essayez donc d'être un peu plus claire. Il est très tôt, j'ai déjà bu un verre de trop et j'ai l'impression que ce n'est que le premier d'une longue série."
"Il veut acheter une maison…"
"A Denver ?" demanda-t-il en essayant de déchiffrer les caractères qui se brouillaient devant ses yeux.
"Non, ici, à Colorado Springs."
Il prit une profonde inspiration avant de lui rendre le document. La colère céda devant l'air désemparé de la jeune femme. Il lui avait promis son épaule en toute occasion, celle-ci était en or, en platine même, vue l'heure. Il s'approcha et la prit dans ses bras. Elle tressaillit mais posa la tête sur l'épaule en question.
"Et alors ? Vous auriez préféré un mobile home ?"
Elle sourit et lui donna un petit coup sur l'estomac.
"Une péniche ?" insista-t-il.
"J'aurais préféré qu'il m'en parle avant. Je sais que nous allons nous marier, ça ne signifie pas qu'il va prendre toutes les décisions seul."
Prudemment, il but une nouvelle gorgée, surpris de se rendre compte qu'il s'était fait à l'idée de ce mariage.
Monsieur et madame Peter Shanahan… Le professeur Samantha Carter et le détective Peter Shanahan sont heureux de…
Pourquoi pas après tout.  Lui et Carter ne s'étaient jamais rien promis. Ils s'aimaient comme des frères d'arme. Sauf qu'il avait accompagné Kawalski dans tous les bars à putes de la Terre, pas tout à fait le genre de Carter.
"Oui, je comprends. Il voulait certainement vous faire une surprise…"
Elle hocha la tête, le nez dans son verre.
"C'est ce que j'ai voulu croire. Jack, j'ai peur que ce soit la première surprise. Et je n'ai pas envie qu'il y en ait d'autres  comme celle-là."
"Il me semble que nous avons déjà eu une conversation de ce genre, Carter," insista-t-il, refusant de se laisser entraîner à l'appeler par son  prénom, "il y a des tas de gens mariés au SGC qui ont des gosses et une maison et qui n'en font pas tout un plat. On dirait simplement que vous refusez de vous engager !"
Elle se redressa et lui fit face, à genoux sur le lit, ponctuant ses mots de gestes brusques.
"Quelle conversation ? Je ne refuse pas de m'engager. Je veux simplement que nous soyons un couple, pas deux personnes qui ont fait le choix de vivre ensemble en continuant à se comporter comme s'ils étaient seuls dans leur coin."
Son verre vide passa à un centimètre du visage de Jack.
"Oookay…" dit-il en évitant le verre de justesse.
Comment pouvait-elle avoir oublié qu'elle lui avait pratiquement demandé sa bénédiction, quelques semaines plus tôt ?
Se rappeler de ne plus faire boire Carter.
"C'était simple de m'en parler avant. Mieux, c'était la moindre des choses !"
"Carter, il faudra bien que vous le laissiez prendre des décisions sans vous consulter le jour où vous serez sur coincée sur P5C-768."
Elle fronça les sourcils, coupée net dans son élan.
" P5C-768 ?" cracha-t-elle en se levant d'un bond. "Vous êtes bien comme lui !"
"Quoi ? Qu'est-ce que vous racontez Carter ?"
" P5C-768 ? Ca ne vous dit rien évidemment…"
Elle s'éloigna du lit et passa la main dans ses cheveux ébouriffés. Il ferma les yeux, et pensa aux dossiers qu'il aurait à vérifier demain matin pour chasser les images érotiques qui envahissaient son cerveau embrumé par l'alcool et le manque de sommeil.
"Non, je l'ai dit comme ça… pourquoi, ça devrait ?"
Il essayait de se rappeler à quoi pouvait bien correspondre le code alpha numérique qui la faisait réagir avec autant de fougue. Elle hésitait sur le pas de la porte. Son visage se radoucit et elle s'approcha du lit.
"Vous ne savez vraiment pas ?"
"Carter ! Vous savez bien que c'est moi qui ai demandé que les planètes que nous visitions aient un nom et pas un code. Hammond a refusé, sur votre recommandation et celle de Daniel, d'ailleurs. A votre avis, pourquoi est-ce que j'avais demandé ?"
"Je suis désolée, je croyais que vous l'aviez fait exprès…"
"Dites-moi ce qu'est P5C-768, je me lèverais moins bête, même si je n'ai pas à me lever…"
"Edora" dit-elle très vite sans le regarder.
"Oh…"
Elle baissa la tête, soudain consciente qu'il serait mal venu qu'elle s'obstine à faire étalage de sa jalousie.
"Venez là."
Il tendit la main et l'attira contre lui.
Elle tenait toujours à lui, il le sentait. Pete n'était qu'une roue de secours et maintenant qu'il avait choisi de s'affubler de la panoplie du parfait petit mari, Sam pétait les plombs. O'Neill n'était pas homme à profiter de la situation mais il sentait son ego reprendre du poil de la bête. Elle se laissa faire et se blottit contre lui, la tête levée. Ses yeux brillaient de larmes contenues. C'était plus grave qu'il ne l'avait pensé.
Avant qu'il ait le temps de dire un mot, sa bouche était contre la sienne et ses mains cherchaient son corps sous le drap. Il protesta pour la forme tout en déboutonnant son chemisier à fleurs.

*

O'Neill ouvrit les yeux et regarda autour de lui. Aucune trace de Sam.
Il avait rêvé.
Ce n'était pas la première fois qu'il faisait ce genre de rêve mais c'était en revanche la première fois depuis que Carter lui avait annoncé ses fiançailles. Il rejeta à regret les draps et s'assit au bord du lit, la tête lourde.
Il avait un goût âcre dans la bouche et il se sentait vanné. Il soupira en pensant pour la énième fois qu'il détestait vieillir.
C'est alors qu'il vit les deux verres au pied du lit.

*

Teal'c attendait patiemment que Daniel Jackson lève les yeux de son livre. Il observait avec intérêt la scène qui se déroulait de l'autre côté de la vitre qui séparait la salle de briefing du bureau du général de brigade O'Neill.
Quand O'Neill avait demandé au colonel Carter de le rejoindre dans son bureau, Teal'c n'avait pas montré le moindre signe d'impatience bien qu'il regrettât avoir dû lâcher ses chers agrès pour une réunion qui, une fois de plus, ne démarrerait pas à l'heure.
Il était prêt à pardonner beaucoup de choses à son ami…
… et le spectacle le dédommageait au centuple.
Carter était entrée, persuadée que O'Neill avait besoin d'éclaircissements sur sa nouvelle pile au naquadah avant de commencer le briefing. Quelques minutes plus tard, son attitude, ses éclats de voix et l'agitation croissante de O'Neill semblaient prouver qu'elle s'était méprise sur les intentions du général.
Pour finir, elle sortit du bureau en claquant la porte et traversa la salle de réunion sans même adresser un regard aux deux hommes et repartit en direction de son laboratoire.
Daniel leva la tête à temps pour la voir disparaître.
"Heu… j'ai raté quelque chose ?" demanda-t-il en remontant ses lunettes.
"Il semblerait en effet, DanielJackson," confirma le Jaffa, très pince sans rire. "Je crois que O'Neill va nous fournir une explication."
De l'autre côté de la vitre, le général leur fit un petit signe de la main et haussa les épaules. Il se mit debout en posant les mains bien à plat sur son bureau et hésita. Il ouvrit la porte à la volée.
"Le briefing est reporté… sine die !" dit-il en traversant la salle avant de sortir à son tour.
"Il semblerait en effet," répéta le Jaffa.

*

Il était écrit que ce jour serait le pire qu'il ait eu à vivre.
Depuis qu'il était général, en tout cas.
Il avait espéré expliquer à Carter les raisons pour lesquelles il l'avait fait venir dans son bureau. Après qu'il lui avait demandé ce qu'elle avait qualifié de "délire hallucinatoire indigne d'un officier de l'armée de l'air", il avait tout de suite compris qu'il faisait fausse route. Or il savait qu'il n'affabulait pas – sa gueule de bois et son tour de rein l'attestaient – et il savait avec la même certitude que Hammond avait fait détruire le portail inter dimensionnel de Daniel. Il avait joué son va-tout et parlé de "la maison". Elle avait aussitôt pris la défense de Shanahan qui n'aurait jamais osé faire une chose pareille sans la consulter et claqué la porte.
Malheureusement, le sergent Harriman ne lui avait laissé aucune chance de rattraper Carter. Un problème qui échappait à ses compétences requérait l'expertise immédiate de O'Neill et il était prêt à se sacrifier sur l'autel du devoir plutôt que de laisser le général tenter de rejoindre son second pour s'expliquer. Devant l'entêtement du sergent, O'Neill avait tenté la feinte, l'indifférence, le privilège du grade et le refus mais rien n'y avait fait. Indifférent aux menaces proférées par son supérieur de l'envoyer croupir jusqu'à la fin des temps dans une geôle infecte sur PJ9-231 et imperméables aux brimades immédiates, Harriman avait tenu bon.
O'Neill était attendu.
Vouant aux gémonies ses nouvelles fonctions, O'Neill avait fini par s'incliner pour apprendre que sa présence était requise au laboratoire du colonel Carter.
Craignant que cette bonne fortune ne dissimule un quelconque désagrément futur, le général refusait maintenant de se rendre à l'endroit qu'il voulait à tout prix atteindre quelques minutes auparavant. La voix troublée de Carter dans l'interphone du SGC le fit radicalement changé d'avis.
Il gagna le laboratoire au pas de course, maudissant ses genoux et les escaliers.

Les deux Carter le regardaient du même œil désespérément bleu. D'où diable venait cette seconde Carter ?
Le cauchemar recommençait, sauf que c'était bien plus qu'un baiser qu'ils avaient échangé, songea-t-il en les fixant. Les deux Carter étaient au courant, la principale intéressée au premier chef, l'autre parce qu'il le lui avait obligeamment appris.
O'Neill s'assit sur le premier tabouret venu, avec l'impression très nette que ses sentiments allaient être passés à la moulinette de la quatrième dimension.
"Mon général, je suis désolée de m'être emportée tout à l'heure. Je suis consciente que mes paroles ont dépassée les limites de la bienséance. Je suis prête à accepter toute…"
"Carter, taisez-vous," la coupa O'Neill avec lassitude, "expliquez-moi plutôt ce qui se passe. Je croyais qu'on avait décidé de mettre le portail à la poubelle, je me trompe ?"
Le visage des deux jeunes femmes fut éclairé d'un sourire identique.
"Non, mon général," répondirent-elles en cœur.
O'Neill les arrêta d'un geste.
"L'une après l'autre."
"Mon général…" attaquèrent-elles ensemble.
La Carter de gauche haussa les épaules et fit signe à la Carter de droite de prendre la parole.
O'Neill chercha une position plus confortable. La journée allait être très longue.
"Numéro 5 a fait quelques petites expériences," commença-t-elle.
"Nous le savions, n'est-ce pas ?"
"Oui," dit-elle sobrement. "Nous le savions. Ce que nous ne savions pas, c'est qu'il avait créé une autre moi-même… ou plusieurs autres," ajouta-t-elle plus pour elle-même que pour le bénéfice de son auditoire.
En effet, Teal'c, Daniel et le docteure Brightman avaient rejoint O'Neill.
"C'est impossible," l'interrompit le docteure.
"Vous avez la preuve devant les yeux," s'étonna Daniel.
"Vous ne me comprenez pas, docteur Jackson," expliqua Brightman, "j'ai fait établir des analyses au niveau de l'expression du gène et les deux femmes qui sont devant nous sont identiques."
"Pour l'amour du ciel ! Vous appelez ça une explication ? Je le vois bien qu'elles sont pareilles, je n'ai pas besoin de faire des analyses !" s'emporta le général.
"Excusez-moi," reprit le médecin, "je veux dire que rien ne peut les différencier l'une de l'autre. Il n'y a pas de dégénérescence comme ce serait le cas s'il s'agissait d'un clone. J'ai pris la liberté de comparer mes données aux bases précédentes établies par le docteure Fraiser. L'ADN de nos Carter est différent de celui du major Carter. Si l'empreinte de Jolinar de Malkshur est bien présente, elle est maintenant récessive au profit d'un autre gène."
"Qu'est-ce que vous essayez de me dire ?"
"Rien de plus que ce que je viens de vous expliquer, mon général. Si c'est l'œuvre de Numéro 5, nous devons considérer que le colonel Carter –la véritable Samantha Carter- a péri lors de l'attaque d'Othala et que nous sommes en présence d'une forme évoluée, ou plutôt de deux formes évoluées de Réplicateurs."

*

O'Neill contemplait sans les voir les rapports médicaux transmis par le docteure Brightman. Il lui incombait de prévenir les autorités concernées des derniers développements de l'affaire Carter.
L'affaire Carter.
Un numéro sur un dossier.
Il doutait que pour Pete ou lui-même les choses apparaissent sous cet angle.
Shanahan vivait avec un Réplicateur depuis plusieurs mois, quant à lui, il venait de faire l'expérience de la ressemblance parfaite de ces créatures avec la vraie Carter. Difficile de faire son deuil d'une amie quand on l'avait tenue dans ses bras la nuit précédente. Il ne savait plus réellement qui était qui, pas plus qu'il n'avait pu se résoudre à rendre visite aux deux femmes enfermées au niveau -25.
Il entendait le SGC bruire de la rumeur persistante de la mort de son second et il détestait ça. Surtout depuis qu'il avait pris conscience à ses dépends de l'existence des deux Réplicateurs.
Envolé l'espoir de refaire sa vie avec Sam, comme il l'avait un instant pensé quelques heures auparavant. Malgré lui, il frémissait de dégoût à l'idée de lui serrer la main. Les coudes posés sur son bureau, il se prit la tête dans les mains.
Son cœur battait la chamade et il réalisa qu'il avait dépassé le stade où il raisonnerait sereinement. Il ne pouvait s'empêcher de penser que l'arrivée impromptue de la deuxième Carter aurait fait évolué la relation complexe que la jeune femme entretenait avec son futur époux et son ancien amant. Car il ne voulait pas nier leur aventure sur P3R-118. Contrairement à ce qu'il prétendait, il se souvenait en effet parfaitement de certaines destinations. Celle-ci tenait une place particulière dans son cœur : il s'agissait du mois pendant lequel Carter et lui avaient vécu ensemble dans le complexe souterrain. S'il n'en avait gardé que des souvenirs brouillés, son corps en revanche se rappelait parfaitement ces quatre semaines. Il se doutait bien que Carter n'avait pas non plus tout oublié.
La question était désormais autre… Quelle Carter s'en souvenait…
Ces Réplicateurs avaient-elles hérité des souvenirs de la véritable Carter ? Apparemment oui, puisque nul ne l'avait prise en défaut depuis son enlèvement par Numéro 5 et son retour à la base. Que Brightman n'ait pas découvert la supercherie lui échappait, que la fausse Carter n'en est pas été davantage consciente, le sidérait.
Il tendit le bras vers le téléphone, sa main à quelques centimètres du combiné. Comment annoncer la nouvelle à Hammond, telle était sa préoccupation immédiate. Sam était sa filleule et il l'aimait comme sa propre fille. George allait sans doute refuser de la livrer aux expériences douteuses de l'USAF mais existait-il une alternative ?
La mort dans l'âme, il décrocha et composa le numéro.

*

"Mon général ! Mon général ?"
O'Neill ouvrit les yeux. On frappait. Il s'était endormi à son bureau. Il ouvrit les yeux et fixa sa montre sur sa table de chevet. 6:00 heures. Sa montre, posée à côté du téléphone portable et d'une bouteille d'eau minérale entamée.
Carter ne frappait pas à la porte. Elle tambourinait à la fenêtre. Il se leva, enfila rapidement un caleçon et un t-shirt, tira le store et ouvrit la porte fenêtre.
"Carter, quel bon vent ?"
Essayant de faire bonne figure, il plissa les yeux.
Alors, ce n'était qu'un rêve. Il se sentit soulagé et en même temps plein de regrets. Avant de réaliser que Carter venait le réveiller avec des croissants et une thermos de café.
Cela faisait une éternité qu'elle ne l'avait pas fait.
"Vous avez perdu la clé que je vous ai donnée ?"
Elle haussa les épaules. O'Neill avait insisté pour qu'elle garde une clef de chez lui au cas où les saletés qu'il avait fourré dans sa tête l'auraient finalement privé de ses moyens. Pour une raison ou une autre, elle ne lui avait jamais rendu car elle n'arrivait pas à se résoudre d'entrer par le garage, comme le faisait Teal'c.
"Je ne la retrouve plus. Quand j'ai voulu la prendre tout à l'heure, elle n'était plus accrochée au clou. J'ai dû la faire tomber derrière le meuble de l'entrée sans m'en rendre compte," ajouta-t-elle en se balançant d'un pied sur l'autre. "Je tomberai dessus au prochain déménagement…"
"Vous allez déménager ?"
Un flot de souvenirs remonta à la surface, ceux de l'été où il l'avait aidée à repeindre sa maison après la dépression qui avait suivi sa fusion avec Jolinar. Il se revoyait accrocher les rideaux et partager un repas chinois qu'ils avaient fait livrer.
Autant dire une autre vie. Une vie avant Pete.
"Oui. Enfin peut-être…"
Elle hésita.
"Pete a signé un compromis," finit-elle par dire.
Malgré lui il retint son souffle. Qu'est-ce que c'était, une mauvaise blague ? Il se pinça mentalement.
"Vous m'invitez à entrer ou vous préférez que je m'en aille ?" demanda-t-elle.
Il s'effaça pour la laisser entrer.
"Désolé Carter, je ne suis pas du matin," dit-il pour meubler. "Pardon… vous disiez… un compromis ? Un compromis de quoi, au nom du ciel ?"
Son esprit tournait maintenant à plein régime.
"Il a signé une promesse de vente, c'est pour ça que je suis là, j'avais besoin d'en parler avec quelqu'un et … Janet…"
Elle baissa la tête. Elle continua vaillamment.
"Je ai vu le document sur la commode en rentrant hier soir. Je voulais l'apporter pour vous le montrer mais je n'ai pu mettre la main dessus ce matin," avoua-t-elle sur un ton plus véhément qu'il ne s'y attendait.
"Pour l'amour du ciel Carter, essayez donc d'être un peu plus claire. Il est très tôt, je n'ai pas encore bu mon café et j'ai l'impression que ce sera le premier d'une longue série."
Il n'arrivait pas à y croire. Il lui tourna le dos et se dirigea vers la cuisine le temps de reprendre contenance. Est-ce qu'il n'avait pas déjà vécu cette scène ?
"Il veut acheter une maison…"
"A Denver ?" demanda-t-il sans la regarder.
"Non, ici, à Colorado Springs."
Il aurait pu jurer de l'avoir entendu répondre la même chose cette nuit. Même intonation, même air de petite fille perdue.
"Et alors ? Vous auriez préféré un mobile home ?" répliqua-t-il automatiquement.
Elle sourit en se dandinant.
"Une péniche ?" insista-t-il.
"J'aurais préféré qu'il m'en parle avant. Je sais que nous allons nous marier, ça ne signifie pas qu'il va prendre toutes les décisions seul."
Cette fois-ci, il en était sûr. Ca ne pouvait pas être une coïncidence. Il était toujours en train de rêver.
"Oui, je comprends. Il voulait certainement vous faire une surprise…"
Elle déboucha la thermos et servit le café fumant dans les 'mugs' qu'il venait des poser sur le comptoir.
"C'est ce que j'ai voulu croire. Jack, j'ai peur que ce soit la première surprise. Et je n'ai pas envie qu'il y en ait d'autres  de ce genre."
Jack ? C'était forcément un rêve.
"Il me semble que nous avons déjà eu une conversation de ce genre, Carter."
Il avala une gorgée de café. Il était fort et très sucré. Le café type de Carter. Il lui laissa le temps de répondre mais elle ne saisit pas l'occasion et se mit à siroter le breuvage en dansant d'un pied sur l'autre.
"Au SGC aussi il y a des gens mariés avec des gosses et une maison. Je ne vois pas pourquoi c'est tellement dramatique," essaya-t-il sans conviction. "On dirait simplement que vous refusez de vous engager," ajouta-t-il en  guettant sa réaction.
Elle n'en eut aucune. Pas de petit discours sur la vie à deux et le fait de construire et de partager. Rien.
"Vous ne répondez pas ?" finit-elle par dire.
"Hein ?"
"Le téléphone, vous ne répondez pas ?"
O'Neill décrocha le poste sur le mur de la cuisine. Il n'avait même pas entendu la sonnerie.
"Allo," dit-il sèchement en lorgnant Carter qui allait regarder par la fenêtre du living room sa tasse à la main.
"Jack ? Daniel. Vous devriez venir."
"Qu'est-ce que vous avez tous ce matin ! Venir où ?"
"Jack ? Qui ça tous ?.... heu…. Jack, vous allez bien ?" Daniel prit une profonde aspiration et il continua. "Je voulais dire venir au SGC…"
"Je suis en train Daniel, ne me brusquez pas, je sors juste du lit et mon dos me fait un mal de chien…"
"Ah bon… Maintenant Jack, ce serait bien si vous veniez maintenant, c'est urgent."
"Pas avant une heure Daniel, dans le meilleur des cas."
"Je vous passe quelqu'un qui va vous faire changer d'avis."
"Daniel !"
Il se tourna vers Carter et  fit un signe d'impuissance. Elle hocha la tête avec compréhension et se mit à feuilleter les bandes dessinées qui traînaient sur la table devant la télévision.
"Mon général ?" dit la voix au bout du fil.
"Carter ?!"
"Non, mon général, mais vous y êtes presque. J'ai essayé de vous parler cette nuit mais…"
"Carter ?..."
L'autre Carter, celle de la thermos et du café trop sucré se rapprochait. Il baissa la voix sans réfléchir.
"J'arrive tout de suite."
Il se retourna et fixa ses yeux bleus.

Il était bien écrit que ce jour serait le pire qu'il ait eu à vivre.
Depuis qu'il avait eu cette étoile, en tout cas.


FIN