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                                                                           Une envie de pop corn
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Xeen -  2 août 2004



disclaimer : Stargate-SG1 appartient à Metro-Goldwyn Mayer Inc. / UA - MGM Worldwide Television - Gekko Corp - Double Secret Productions - Scifi Channel
spoilers : Héros et La cite perdue (saison 7), New Order et Zero Hour (saison 8)
résumé :  scènes manquantes entre Sam et Jack


*

"Daniel, vous en avez mis un temps ! Vous êtes bien le seul type que je connaisse qui n'arrive pas à rapporter des bières et une pizza sans rater le début... Oh... Carter."
Le colonel recula et s'appuya sur sa canne. Sa main gauche luttait contre l'envie irrépressible de claquer la porte d'entrée au nez de son second qui se tortillait en lui tendant un carton gras. A vrai dire elle ne se tortillait pas. Elle avait juste l'air tout aussi mal à l'aise que lui et il était furieux du tour que Daniel venait de lui jouer.
Jamais Tee n'aurait fait une chose pareille.
Il refusait qu'elle le voit dans cet état et pourtant sa présence sur son porche était ce qui lui était arrivé de mieux depuis des semaines. Il lança un regard au fauteuil roulant abandonné au milieu du living et baissa la tête en soupirant. Retarder ce moment était ridicule, il le savait bien. Il détestait seulement qu'on le prenne par surprise. Surtout s'il s'agissait de la personne qu'il voulait éviter le plus au monde.
"Carter," dit-il d'une voix qu'il voulait enjouée, "quel bon vent... ?" O'Neill grimaça un sourire.
Elle lui paraissait menue dans son ensemble en jean passé, un peu trop menue en réalité. Elle avait perdu du poids depuis qu'il s'était reclus loin du SGC. A voir sa silhouette adolescente, personne n'aurait pu se douter de ses ressources physiques et mentales. Carter hésitait, un pack de bière dans les bras sur lequel tanguait une pizza king size en équilibre instable.
La voix de la Callas couvrit son silence. Une pétarade éclata dans la rue voisine. Elle souffla sur une mèche de cheveu en louchant.
"Daniel..." finit-elle par dire avec un sourire engageant.
"... n'a pas pu venir ?" compléta le colonel qui n'avait pas bougé d'un pouce. "Vous êtes sûre de…?" insista-t-il en désignant le salon du bout de sa canne. Il la scruta avec attention.
Elle acquiesça. Il se poussa maladroitement pour la laisser passer. Une fragrance florale lui titilla les narines et il referma la porte sèchement tandis qu'elle allait déposer son fardeau à la cuisine.
Bon. Il faudrait bien qu'il se décide à crever l'abcès. Aujourd'hui valait bien n'importe quel autre jour.
"Je mets les bières au frigo, mon colonel. Est-ce que le match a déjà commencé ?"
"Daniel est avec Sarah ?" demanda Jack qui s'approchait précautionneusement. Ces marches étaient un véritable enfer pour sa jambe, un enfer cependant préférable au fauteuil. Il renonça à dire que le match était commencé depuis plus d'une demie heure et s'abîma dans le spectacle que Sam lui offrait. Des idées très précises sur la manière dont ils pourraient utiliser le petit plan de travail se dessinèrent dans les limbes de son cerveau et il ferma les yeux pour les chasser.
"Mmmm..." elle se léchait les doigts, inconsciente de l'effet produit sur la libido de Jack, "j'ai pris peperoni et anchois. Ca vous
va ?" dit-elle un peu trop fort. Pas si inconsciente, pensa-t-il in petto. Elle enleva sa veste. Son t-shirt à manches longues était un peu trop court et elle flottait dans son pantalon.
Il fronça les sourcils. Combien de temps ?
Six… non, huit semaines.
"Oui, il est allé la rejoindre à New York pour l'aider à emménager."
Elle posa deux bières fraîches et le carton de pizza sur la table basse et s'effondra sur le canapé face à la télévision. Il jeta un coup d'oeil. Les premiers points avaient déjà été marqués. Soudain il se sentit vieux et désabusé. Dans un coin de son esprit, se déroulaient les paroles de l'aria. Les yeux rivés sur l'écran, il s'assit à côté de Carter et posa sa canne contre le canapé. La canne glissa et le bruit sec se répercuta sur le carrelage. Carter bondit aussitôt.
"Je vais..."
Il l'attrapa par le poignet et la força à se rasseoir.
"Vous n'allez rien du tout," dit-il d'une voix douce et tendue en lui lâchant le bras. Les marques de ses doigts s'y imprimaient en rouge mais elle n'avait pas cillé. Elle se mordillait la lèvre d'un air absent, les deux mains serrées sur ses jambes et son corps oscillait lentement.
"Comment était-ce ?"
"Simple," dit-elle sans hésitation. "Juste quelques intimes. Cassandra est venue de Los Angeles."
Il hocha la tête et but une gorgée de bière au goulot.
"Daniel a dispersé les cendres sur P8X-234..." Sha're, Janet, Sarah qui revenait dans sa vie. Elle ne savait plus quoi dire sans verser dans le cliché. Le colonel ne voudrait pas ça.
"...?"
"... ils y étaient allés plusieurs fois ensemble," expliqua-t-elle avec un geste de la main.
"Oh, j'ignorais."
"Comment va Daniel ?"
Elle haussa les épaules.
"A vrai dire, je n'en sais rien mon colonel... Les choses ont changé." Il ne la quittait plus des yeux. "Il y a Sarah..."
"Et vous Carter ?" dit Jack de but en blanc. S'il n'abordait pas le sujet, il sentait qu'il en serait pour ses frais. "Vous devriez être avec Peter plutôt que de venir ravitailler un vieux colonel."
Elle sourit sans joie.
"Peter est retourné à Chicago."
Malgré lui, il ressentit une pointe de satisfaction s'insinuer dans son esprit.
"Oh, désolé Carter."
Son ton démentait ses paroles mais il préférait savoir Peter à Denver qu'à Colorado Springs.
"Il revient dans deux jours. Nous allons faire de l'escalade et un peu de rafting."
"Très bien, très bien." Coup dans l'estomac.
Un silence pesant s'installa. Les joueurs s'agitaient toujours sur l'écran quand Callas termina l'aria.

*

Carter tomba et elle sentit l'articulation de son genou craquer. Les arêtes aigues des gravillons déchirèrent le treillis tandis qu'elle se penchait sur O'Neill en hurlant. D'un geste fébrile et automatique, elle lui toucha le cou. L'artère battait faiblement, mais elle sentait un pouls, là, bien réel. Elle continua de hurler dans son walkie jusqu'à ce que quelqu'un vienne l'aider à transporter le colonel sur une civière de fortune vers la Porte.

*

"Il va venir s'installer à Colorado Springs ?"
La bouche pleine, elle se tourna à demi vers lui. Il entoura le goulot de la bouteille avec deux doigts et but une gorgée en faisant mine de se désintéresser de la réponse.
"… Non. Enfin je ne crois pas. Pas tout de suite."
Traduction, elle aimerait bien mais il ne veut pas. Il reprit une gorgée. Il se sentait bien mieux maintenant que Pete existait. Pete. Peter. Peter Shanahan. Detective Peter Shanahan. Il se plongea dans le jeu en grignotant la pizza qui refroidissait.
Silence.
"Son chef ne veut pas accepter sa demande de mutation," dit-elle tout à trac.
Elle est venue me dire qu'elle s'en va.
"Ah…"
"Oui. Il dit que si les meilleurs s'en vont, il n'a plus qu'à fermer boutique !"
Entendre les mots d'un autre dans la bouche de Carter lui fit plus de mal que le séjour forcé de Shanahan à l'infirmerie et les inévitables visites de Sam à son chéri. Il lui adressa un sourire pincé et garda le silence dans l'espoir qu'elle changerait de sujet.
"Hammond est incapable de vous refuser quoi que ce soit, Carter, vous lui avez demandé si on ne pourrait pas se serrer un peu pour lui faire une petite place au SGC ?"
Elle eut un rire convulsif et lui jeta un regard en coin.
"Sérieux ?"
Il haussa les épaules et fit la moue.
"Il est déjà au courant de tout et il est flic. Ca ne devrait pas lui poser de problème."
A lui, ajouta-t-il en son for intérieur.
"Je ne sais pas." Elle reposa sur le carton une part à peine entamée et reprit sa bière. Elle était vide. Elle se leva et passa ses deux mains à plat sur son jean. "Je vais au ravitaillement," dit-elle avec un geste du pouce et une grimace, "vous voulez profiter du voyage ?"
Il lui tendit sa bouteille vide avec un hochement de tête.
"On pourrait peut-être passer aux choses sérieuses," dit-il sans sourire, en la regardant droit dans les yeux pour la première fois depuis qu'elle s'était confié à lui. Il obtint une satisfaction supplémentaire en la voyant rougir délicatement. "J'ai un vieux malt qui dort quelque part et une chambre d'ami toujours prête. Laissez-vous tenter !"
Elle se mordit la lèvre. Elle pensait à la même chose que lui. Elle lui prit la bouteille des mains, évitant soigneusement de le toucher.
"Pas ce soir, mon colonel, je dois me lever tôt demain matin."
"Et bien ne vous couchez pas : vous n'aurez pas à vous lever ! Mon chez moi est bien plus près de la base que le vôtre et Tee ne supporte plus du tout l'alcool depuis qu'il est sous trétonine. Carter, soyez chic. Avec qui voulez-vous que je me bourre la gueule ?"
Elle hésitait. Il savait qu'elle avait dû avoir l'idée de se soûler pour oublier la mort injuste de Janet mais qu'elle ne l'avait pas fait. Il l'imaginait mal boire toute seule.
"Où est la bouteille mon colonel ?"
Il glissa la main sous les coussins du canapé et en extirpa une bouteille de bourbon  à peine entamé.
"Quelque part ?" dit Sam en souriant comme aux anciens jours, les jours avant Pete.
Il hocha la tête et dévissa le bouchon.
"J'ai un album de photos dans le coin là-bas. Vous voulez bien le rapporter avec les verres ?"

*

Elle claudiqua jusqu'au lit et s'assit lourdement sur la chaise, la jambe droite tendue. Le sifflement du respirateur couvrit son cri de douleur. Elle s'absorba dans la contemplation du visage apaisé du colonel et se mit à lui raconter sa journée au labo.
Cette blessure avait au moins un bon côté, elle lui permettait de se mettre à jour dans ses recherches. Chaque soir, se retrouver à l'infirmerie lui insufflait la force nécessaire à continuer.
Il se réveillerait, elle en était certaine. Il fallait qu'il se réveille.

*

Ils manquaient de temps et il avait  préféré ne pas leur laisser le choix.
Il appuya sur le bouton et les personnages jaunes citron se mirent à défiler en sautillant sur l'écran. Il avait déjà regardé cet épisode la veille. Il soupira, lança la télécommande sur le canapé à côté de lui et ferma les yeux. Il n'avait pas encore trouvé le chemin d'Atlantis mais il était serein. Il trouverait.
Etrangement, il n'avait pas les mêmes impressions que la première fois. Il était détaché, un peu comme si son esprit flottait à côté de son corps et qu'il était son propre spectateur. Pas de maux de tête, pas de regrets.
Il avait fini d'écrire toutes les lettres qu'il avait décidé de laisser derrière lui.
A Sara d'abord. Sara à qui il revenait toujours. A d'anciens compagnons, perdus de vue dont il ignorait même s'ils étaient encore en vie. A Hammond et Teal'c, auxquels il n'avait jamais hésité à confier sa propre vie.
Il lui restait cependant une lettre qu'il lui faudrait écrire. Celle qu'il voulait laisser à Sam. Celle où il lui souhaiterait d'être heureuse avec Peter. Celle dans laquelle il ne pourrait pas lui dire ce qu'il avait à lui dire parce qu'il était trop tard et qu'il devait l'aider à passer à la suite.
La sonnette de la porte d'entrée retentit. Il pouvait faire le mort. Il sourit. Non, il était encore trop tôt pour faire le mort. Il se leva et alla ouvrir.
Déjà vu.
Carter sur le pas de la porte, son air hésitant, son sourire gêné et maladroit.
Il la fit entrer. La laissa essayer de se justifier. La suivit dans le salon. S'assit. Il avait imaginé la scène des dizaines, des centaines, des milliers de fois. Elle viendrait, poussée par une envie irrépressible d'être avec lui, de lui dire ce qu'il avait entendu des dizaines, des centaines, des milliers de fois… dans ses rêves. Il s'appliquait à répondre de la manière la plus neutre possible à Sam. Mais elle revenait à l'assaut.
Aujourd'hui, il était trop tard.
Elle essayait de lui faire regretter son geste afin de justifier ce qu'elle allait faire. Il ne voulait pas que les choses se passent ainsi entre eux. Il ne voulait pas de sa pitié. Pourtant quand elle avait fait mine de repartir, il l'en avait empêchée.
Tant pis pour Peter.
C'était maintenant ou jamais. Elle était d'accord, il le lisait dans ses yeux.
Alors, ce serait jamais. Comme toujours, il pouvait compter sur Daniel pour arriver au plus mauvais moment.
Et Teal'c et ses donuts… Il fallait qu'il lui touche un mot sur le cholestérol et qu'il lui rappelle que Junior n'était plus de ce monde.

*

Elle entra dans l'infirmerie d'un pas guilleret. Aujourd'hui, elle avait pratiquement réussi à prouver que le naquadah…
Il était parti.
Il avait quitté l'infirmerie sans lui dire au revoir.

*

Il regardait le curseur clignoter sur l'écran de son moniteur. Dommage que ce John Prior soit retourné à Washington. Il se serait habitué à avoir quelqu'un de compétent à ses côtés. Même s'il s'agissait d'un civil. Il appuya sur [enter] et soupira.
Plus que trois cent milliards de dossiers et il serait à jour.
Il commençait à comprendre Hammond. Quand SG-1 avait été porté manquant, il avait entrevu les premiers mètres du chemin de croix de son ancien supérieur. Sauf qu'il y voyait plutôt un enfer quotidien surtout après avoir accepté la proposition de Carter de laisser SG-1 en formation réduite. Trois membres ? Il savait bien que ça ne pouvait pas marcher. Le premier aspirant venu le savait aussi, avant d'avoir eu une expérience quelconque du feu. A trois, impossible de surveiller tous les flancs, impossible de partir en reconnaissance en protégeant ses arrières, impossible de repousser le feu ennemi, impossible de porter secours aux blessés…
[enter]
[enter]
[enter]
[enter]
Le curseur le narguait sur l'écran.
Il ouvrit sa messagerie et tapa quelques lignes à toute vitesse.
[enter]
Il s'appuya sur le dossier de son fauteuil et tapota distraitement sur le bureau en regardant les secondes s'égrener sur le cadran de sa montre digital. Il était temps qu'il s'achète une montre digne de ce nom. En treillis passait encore mais en uniforme de parade, la montre tranchait bizarrement.
On frappa discrètement à la porte.
"Carter ! Vous en avez mis du temps !"
"18 secondes mon col… général."
"Ah…" Jack tapa sur le verre de montre d'un air faussement contrarié. "Mon chrono dit 22…" avança-t-il.
"Je vous ai déjà expliqué que la transmission des mémos n'est pas instantanée en raison de l'encryptage."
Une grimace.
"Je le savais colonel."
Nouvelle grimace.
"Alors ? Qu'est-ce que vous en dites ?" insista-t-il pour la forme. L'odeur lui titillait les narines.
Elle tendit un large bol d'un air triomphal. Elle savait déjà anticiper ses désirs et devancer ses besoins, un jour elle savait qu'elle arriverait à lui parler. Ou peut-être pas. Les choses étaient plus faciles maintenant qu'il n'était plus sur le terrain avec elle. Elle se sentait différente depuis quelques semaines. Plus légère, plus responsable.
"Moi aussi j'avais une furieuse envie de pop-corn," dit-elle.
"Furieuse ?"
"C'est bien ce que vous avez écrit, non ?"
Il haussa les épaules et l'invita d'un geste à s'asseoir sur le canapé. Il sortit deux bières du mini bar.
"Il manque quelque chose," dit-il en se penchant vers elle.
Elle cligna des yeux involontairement quand son visage se rapprocha du sien et qu'il tendit la main vers elle.
"Ah !" triompha-t-il. "Regardez ça Carter."
Les Simpson commencèrent à s'agiter sur l'écran de l'ordinateur.
"Je viens juste de le télécharger."
Elle ferma les yeux puis releva le menton et lui sourit. Une gorgée de bière, une envie de pop corn.
Qui sait…

FIN
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