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                                                                                   LA FIN ?
                                                                            
© Xeen –  5 septembre 2003


Résumé : une fin possible ?
Spoilers : Abyss, Zénith… avant la saison 7.
Disclaimers : Stargate SG-1 -Metro-Goldwyn Mayer Inc./UA, MGM Worldwide Television, Gekko Corp., Double Secret Productions, SciFi Channel - all rights reserved

*

Jack leva la tête.
"Entrez !" dit-il d'une voix forte. Il s'appuya sur le dossier de son fauteuil et regarda l'airwoman entrer dans son bureau.
Elle lui adressa un salut impeccable et se posta les jambes légèrement écartées, les bras dans le dos. Il l'encouragea d'un signe de la main. Elle rosit et le fixa.
"Mon colonel, le général Hammond et le major Carter vous attendent en salle de conférence."
"Très bien !" lança Jack en se levant.
Il tituba et prit les béquilles appuyées sur le côté de sa table de travail. Leary fit mine de lui venir en aide. Il la dissuada d'un regard et claudiqua à grandes enjambées vers la porte.
"Comment était votre séjour?"
"Heu… mon colonel ?"
"Dans le Connecticut ? C'est bien vous qui venez d'avoir un neveu, non ?"
"En effet, mon colonel, merci mon colonel," bafouilla la jeune femme.
Jack la détailla d'un regard connaisseur. S'il avait eu quelques années de moins, s'il n'y avait pas eu Sam…Elle sortit la première et ferma la porte derrière eux.
"Bonne journée airman!"
Elle rougit de plus belle et le salua en prenant la fuite. Un sourire carnassier éclaira son visage. Il allait battre le fer pendant qu'il était chaud.

*

"Major, je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée," objecta le major général Hammond, "d'après le bon docteur Fraiser, vous êtes loin d'avoir recouvré toutes vos facultés."
"Mes facultés sont intactes, monsieur," protesta Sam. "Janet donnera son accord, je peux vous l'assurer !"
"Et bien, dans ces conditions, j'attendrais cet accord pour me prononcer major," dit Hammond en se retenant de sourire.
La jeune femme qui lui faisait face n'était certes plus le corps sanglant que le colonel O'Neill avait fait passer la porte des étoiles quelques jours auparavant. Cependant, elle était loin de pouvoir reprendre ses fonctions, tout du moins de participer à des missions sur le terrain. Tant qu'elle se contentait de reprendre son travail sur le naquadah ou les réplicateurs, il ne trouvait rien à y redire. Il scrutait Sam d'un air pensif quand il vit son visage s'éclairer.
"Quel rapport, mon général ?" demanda O'Neill en entrant. Il se souleva sur ses béquilles et en deux sauts rejoignit le fauteuil voisin de celui du major. Elle baissa les yeux et sourit. C'était donc ce que disaient les deux cadets au mess. Le colonel avait inventé une façon de se déplacer plus vite en étant blessé qu'en parfaite forme physique. Il se laissa tomber lourdement sur le fauteuil et écarquilla les yeux.
Le général sortit de sa rêverie.
"Colonel, faites comprendre au major Carter que c'est pour son bien que je lui interdis l'accès à la porte des étoiles."
"C'est pour votre bien Carter. Et puis d'abord, je suis hors service. Pas de supérieur, pas de mission offworld…"
"Mon colonel, mon général, sauf votre respect, je voudrais seulement rejoindre Jonas et Daniel sur P2Z-332."
"Ca existe ça ?" dit Jack d'une voix innocente.
Sam ne put s'empêcher de glousser.
"Mon colonel ?…" ajouta-t-elle d'une voix suppliante.
"Major Carter, jusqu'à nouvel ordre, c'est encore moi qui donne les ordres ici !" tonna Hammond pour la forme.
Les lèvres de Jack formèrent les mots 'bien dit'. Sam se retourna et il lui fit un sourire désarmant.
"Mes enfants, vous pouvez disposer !  Et… major, repos absolu, est-ce que je me suis bien fait comprendre ?"
Sam hocha la tête et se dirigea vers la sortie en lorgnant vers Jack. Il fit semblant de ne pas s'en apercevoir.
"Mon général, est-ce que je pourrais vous parler un moment ?"
"Venez dans mon bureau Jack."
Le général se tourna ostensiblement vers Carter qui hésitait sur le pas de la porte. 
"Major, vous avez besoin d'autre chose ?"
Elle secoua la tête et enfonça ses mains au fond de ses poches, les béquilles calées haut sous les bras. La tête baissée, elle sortit d'un pas vif, le bruit mat du plâtre et le cliquetis de ses béquilles résonnant dans le couloir.
"A vrai dire, mon général, je voulais venir vous voir pour vous remettre…. Ça !"
Il s'appuya sur l'une des béquilles, sortit de la poche de sa veste de treillis une enveloppe chiffonnée et la tendit d'une façon emphatique à son supérieur.
"Si c'est ce que je pense Jack, je suis obligé de refuser."
"Pas cette fois, général. Si Carter a failli y rester, c'est ma faute. Je ne maîtrise plus la situation."
"Expliquez-vous mon garçon. Je n'ai rien lu de tel dans votre rapport…." dit-il, les yeux étrécis. Il tendit la main, faisant signe à son second de s'asseoir. Jack s'exécuta avec un soupir.
"Sans compter que ce n'est plus de mon âge, mon général !"
"Jack…" murmura Hammond, laissant un soupçon de reproche flotter en suspens.
"J'irais droit au but !"
"Je n'en attends pas moins de vous Jack."
Le général croisa les doigts et son regard se fixa droit dans celui de O'Neill.
"Il y a des choses que je ne pouvais pas écrire noir sur blanc. Rien ne se passait comme prévu…"


"Jonas au nom du ciel !! Quand je dis 'baissez-vous', ne vous mettez pas à courir et à gesticuler comme un malade ! Vous voulez tous nous faire tuer !?" hurla O'Neill en s'accroupissant derrière les buissons épineux. Sa manche s'accrocha sur une branche et il jura entre ses dents.
"Mais… il n'y a personne," objecta le jeune homme, à plat ventre entre Teal'c et O'Neill.
"Comment pouvez-vous en être sûr ?" cracha Jack en s'allongeant à son tour. Il sortit une paire de jumelles et scruta la vallée. Aucun mouvement visible. Ca ne prouvait rien. SG-7 avait disparu cinq jours plus tôt sans laisser de trace. Quelque chose ou quelqu'un en était responsable.
Et il était là occupé à faire la nounou pour ce mangeur de bananes ! Exaspéré, il se tourna vers Teal'c et fit quelques signes cabalistiques. Le Jaffa hocha la tête et sans regarder en arrière, partit au petit trot dans la brousse.
"Hein ? Comment pouvez-vous en être sûr ?" insista Jack.
"Je ne le suis pas," dit le jeune homme posément. "Je pensais qu'avec Sam qui surveille la colli…"
"Qu'est-ce que vient faire Carter là-dedans," dit Jack entre ses dents.
"Heu… je pensais…"
"Arrêtez donc de penser et agissez bon sang, mais pas à tort et à travers ! Vous me rappelez Daniel. Incapable de se plier à aucune directive, voyez où cela l'a mené !"
Sur cette sortie parfaitement injustifiée, O'Neill partit en courant vers la colline. Jonas avait raison. Sous prétexte qu'il ne devait pas avoir de sentiments pour son second, il l'avait laissée sans couverture à garder un défilé indéfendable. Si jamais il lui arrivait quelque chose…Il n'eût que le temps de formuler ces paroles dans sa tête qu'il tombait comme une pierre touché en pleine course par un projectile invisible.
Jonas grimaça de douleur. Des armes ultra-soniques ? Machinalement, il se laissa tomber et fit le mort. Il entendit un objet volant d'une taille respectable passer au-dessus de lui et vit du coin de l'œil l'engin survoler O'Neill en petits cercles concentriques de plus en plus rapprochés. Un mouvement sur sa gauche lui apprit que Teal'c était revenu sur ses pas.
"Tout va bien Jonas Quinn ?"
"Oui. Qu'est-ce qu'on fait ?"
"Il serait déraisonnable de tenter une attaque frontale."
"Je suis d'accord."
"Assurons-nous de l'appui du major Carter."
"OK… Sam ?" souffla Jonas dans la radio. "C'est moi. Répondez !"
Le Jaffa haussa un sourcil sans faire aucun commentaire. Contre toute attente, la voix étouffée du major lui répondit immédiatement.
"Je vous reçois haut et clair Jonas. Je vous ai dans ma ligne de feu. Ne bougez pas. Compris. Carter, terminé."
Jonas hocha la tête et s'aplatit jusqu'à rentrer dans le sol.
"Ne tentez rien, Jonas Quinn," murmura Teal'c d'une voix sourde.
Sans attendre de réaction, il se mit à ramper vers O'Neill. L'engin changea de cap et se dirigea droit sur lui. Une rafale d'arme automatique se répercuta dans la vallée.
Un bruissement traversa la vallée et une onde de chaleur frisa sur la ligne d'horizon. Presque aussitôt le major Carter s'élevait dans les airs, porté par un rayon tracteur. C'est en tout cas ce que pensa Jonas. D'où il était, il entendait les cris du major qui les exhortait, lui et Teal'c, à rejoindre la porte des étoiles.
Sans en tenir aucun compte, Jonas attrapa son P-90 et commença à arroser la navette extra-terrestre en courant vers Teal'c.
"Votre arme ne semble pas affecter le vaisseau ennemi," dit le Jaffa en s'agenouillant, son arme de poing calée sur l'épaule.
Il en actionna le mécanisme et plusieurs rafales successives vinrent percuter l'engin qui tangua avant de devenir graduellement invisible. Quand il disparut, le major Carter tomba comme une pierre.
Jack se relevait en secouant la tête quand l'impact du corps de Sam qui touchait le sol à côté de lui le fit sortir de sa torpeur. Un gémissement s'échappa de sa bouche et il rampa vers elle à toute vitesse, laissant derrière lui une traînée sanguinolente.
Contre toute attente, l'engin réapparut, entouré d'autres appareils identiques et le bombardement sonique reprit, les rendant pratiquement sourds et les plongeant dans l'inconscience. Avant de s'évanouir, O'Neill vit un halo d'une blancheur insoutenable les entourer.


"Et alors ? Rien de ce que vous venez de me dire n'est nouveau, colonel," intervint le général.
"Mon général, j'ai laissé Carter défendre seule une position intenable."
"Vous aviez un choix à faire. Celui du major me paraît le bon."
"Non," s'obstina Jack.
"Pourquoi ?"
"Sa… Carter était blessée mon général. Nous aurions dû rentrer immédiatement."
"En effet," dit le général d'un ton sec. "Même si j'ai du mal à comprendre ce qui vous a poussé à laisser votre second seule alors qu'elle souffrait d'un handicap."
"Je ne voulais pas qu'on ait l'impression que je lui réservais un traitement de faveur…"
Le silence lui répondit. Jack soupira.
"Je ne maîtrise plus la situation mon général."
"Je vois. D'où la raison de votre démission ?"
Jack hocha la tête.
"Et si je vous propose la tête du SGC ?"
"Qu'est-ce que j'y gagne ?"
"Vous rien," sourit Hammond.
"Et Carter reste mon second…" dit pensivement Jack. "Non, mauvaise solution."
"Peut-être pas," expliqua le général. "Si vous me remplacez à titre de consultant civil."
"Civil ?"
"L'autre option est que vous épousiez Sam après avoir pris votre retraite et que vous demandiez votre réintégration… et nommiez Sam responsable de SG-1."
"Je ne sais pas… Trop compliqué," trancha Jack.
"Vous ne voulez pas épouser Sam ?"
"Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Pour l'instant, j'ai surtout besoin de réfléchir."
"Prenez du repos. Vous n'êtes pas obligé de démissionner," insista Hammond. "Enfin, pas tout de suite."
Un coup discret frappé à la porte le fit se redresser dans son fauteuil.
"Entrez ! Daniel !!" s'exclama-t-il avec chaleur. "Vous retrouvez vos marques ? Je vous croyais toujours sur P…"
"Je suis revenu de Stella hier soir général. En réalité, je viens vous demander une faveur."
"Je vous écoute mon garçon."
Daniel refusa d'un signe de tête le siège que lui proposait le général et se mordit la lèvre. "Général, je crois que j'ai besoin de recul. Tout va beaucoup trop vite pour moi."
"Je comprends."
"Non," dit le jeune homme en secouant la tête, "vous ne pouvez pas comprendre, mais ça ne fait rien. Je viens demander une faveur…"
"Une faveur ? Vous voulez rire ! Vous venez de sauver mes deux meilleurs officiers en vous sacrifiant…"
"Je n'ai rien sacrifié général. J'ai ôté de mes épaules le poids que j'y avais mis en abandonnant Jack à ce Goa'Uld. Maintenant, nous sommes quittes."
"Je vois."
"Je voudrais vous demander une faveur à tous les deux. Général, j'ai besoin de prendre du recul et je voudrais emprunter la porte des étoiles. Revoir Kasuf et Skaara."
"Accordé."
"Bien," dit Daniel plus pour lui-même que pour le général. "Jack, je voudrais emmener Jonas avec moi."
"Vous avez ma bénédiction, Daniel. Tant que le général refuse ma démission, je reste maître à bord. Si vous voulez aller vous reposer dans le Minnesota, je vous donne les clefs tout de suite. Elles sont dans mon casier," proposa-t-il.
"Merci, pas cette fois Jack. Avec ma chance, je serais allergique aux moustiques, à l'eau du lac ou à la fumée de la cheminée," dit Daniel avec un petit sourire.
"Les moustiques ? Quels moustiques ? Je n'ai jamais vu un moustique de ma vie là-bas," protesta Jack.
Le sourire de Daniel s'élargit.
"Pourquoi n'emmenez-vous pas Sam ?" dit-il ingénument.
Jack fit mine de se figer et fit un signe du coin de l'œil en direction de Hammond.
"Très bonne idée, docteur Jackson. Le colonel est tout aussi éclopé que son second, je devrais les consigner à résidence au chalet !"
Jack lui lança un regard noir.
"Puisqu'on se moque de mon état de santé et des beautés naturelles du Minnesota, je ne vois qu'une parade : le mépris. Messieurs, je vous salue !!" dit-il pompeusement.
Au moment de quitter le bureau, il se retourna.
"19:00 heures chez moi ? Faites chauffer les bières !"
Il accompagna sa sortie d'un salut non conformiste et s'éloigna en bondissant.
Hammond se leva et s'approcha de Daniel.
"Laissez-le partir, George, il l'a bien mérité."
Hammond hocha la tête.
"Oui. Mais il faut bien que je le fasse tourner en bourrique, sinon qui le ferait ?"

*

"Alors Carter ? Prête pour ce soir ?"
"Excusez-moi mon colonel mais je ne vois pas ce que vous voulez dire…"
"Chez moi ?" insista Jack.
Sam rougit violemment. "Le barbecue ? J'avais complètement oublié."
Difficile de savoir si elle ment, pensa Jack.
"19:00 heures ?"
"Entendu !"
"Vous avez trouvé quelqu'un pour vous conduire ?"
"Je demanderais à Jonas," dit-elle les yeux brillants.
Un soupçon d'agacement passa sur les traits impavides du colonel.
"Jonas ? Il sait conduire ?"
"Oui, je lui ai appris," triompha Sam.
"Oh…," il pencha la tête et fit une grimace, "à ce soir alors…"
"A ce soir !"
Jack pivota sur les béquilles et prit son élan.
"Mon colonel?"
"Carter ?" dit-il sans se retourner.
"Qu'est-ce que j'apporte ?"
Jack résista à l'envie de lui dire ce qu'il avait sur le cœur. Le labo de Carter et les couloirs du SGC n'étaient pas les endroits idéaux pour déclarer sa flamme à la femme qu'il aimait. Il attendrait ce soir.
"Le dessert ?" dit-il sans réfléchir avant de se rendre compte du double sens.
"Le dessert, c'est d'accord. J'apporterais le dessert," dit-elle en se mordant les lèvres.
Il sortit sans la regarder. Décidément, il accumulait les gaffes. Pourquoi se comportait-il comme un imbécile dès qu'elle était dans la même pièce que lui ? Furieux, il alla prendre ses affaires dans son bureau et se fit raccompagner chez lui par son aide de camp. En sortant du complexe, il trouva la réponse du général dans la navette courrier : il avait accepté sa lettre de démission. Avec un pincement au cœur, il sortit sur le parking.

*

Jack tapotait les hamburgers qui grésillaient avec une spatule en bois. Il regarda sa montre.
"Hé !" dit Daniel en s'approchant.
"Hé !" répondit Jack.
Il reprit une gorgée de bière et jeta un regard en coulisse à Daniel. Il esquissa un sourire.
"Alors ?".
"Alors… pas grand chose," dit Daniel d'un ton uni en humant l'air tiède.
Jack n'avait pas changé. Toujours la même façon de ne rien dire et de tout dire. Il n'était certainement pas très bavard pour un irlandais, mais il savait diablement bien faire parler les autres. Il allait lui refuser ce plaisir ce soir.
"Mmm… pareil… Il fait bon non ?" répondit l'autre sans se compromettre.
"Oui… vous voulez une autre bière ?"
"Heu… c'est presque cuit," hésita Jack en retournant la viande, "les autres sont tous là ?"
"Je crois. Ca dépend de qui doit venir, non ?" insista Daniel, un sourire au coin de l'œil.
Jack se racla la gorge et se donna une contenance en faisant glisser les hamburgers sur un plat qu'il tendit à Daniel.
"Sam… Est-ce que Sam est arrivée ?"
"Oooohhh…" souffla Daniel en attrapant l'assiette, "vous avez fait des progrès en un an."
"Au nom du ciel, Daniel ! Je croyais que devenir un être omniscient vous avait fait réfléchir sur les faiblesses de la chair et de l'âme humaine !"
"Qu'est-ce que vous racontez ?"
"Je n'en sais rien," admit Jack. "Apportez cela à côté, je mets le reste à cuire et j'arrive."
Il jeta des lamelles de poivron et des côtelettes sur la grille du barbecue.
Daniel le regarda intensément, ouvrit la bouche, la referma et remonta machinalement les lunettes qu'il n'avait plus sur le nez depuis sa descente, sa réincarnation, comme disait Jack. Il avait abandonné l'idée de lui faire dire autre chose. Il finit par hocher la tête et se retournant, enjamba la marche qui conduisait au salon, une canette dans une main et le plat dans l'autre.
"Daniel ?" le rattrapa O'Neill.
"Oui ?"
"Merci."
"De rien."
"Non, je suis sincère. Je ne pensais pas que vous abandonneriez votre… heu…. enfin votre état, ou quelque soit le nom que vous lui donnez, pour la sauver, elle. Surtout après ce qui s'était passé entre nous."
"Je sais. Mais à ce moment-là, je n'étais pas prêt Jack, il faut que vous me croyiez. Même si je l'avais voulu, je n'aurais rien pu faire."
"Je sais."
"Non, je ne pense pas. C'est bien plus compliqué que vous ne le croyez. Quand je…"
"Merci," l'interrompit Jack. "Merci pour elle, Daniel. Si elle était… je ne sais pas ce…"
"Oui, je sais," dit Daniel qui lui tourna le dos et entra dans la lumière.
La nuit commençait à tomber. Jack gratouilla le charbon de bois en réfléchissant aux événements des dernières semaines et son sourire s'élargit. Ils étaient vivants.
Tous.
SG-1 au grand complet.
Evidemment, il avait perdu des compagnons au combat pendant ces sept ans, mais au final, s'il avait dû faire un choix, ceux qui lui importaient le plus étaient en vie.
"Vous ne venez pas O'Neill ?" dit Teal'c de sa voix de basse.
"J'arrive."
Un brûlot ardent éclata avec un craquement sec et le visage des deux hommes fut brièvement éclairé. Jack posa sa main sur le bras de Teal'c et ils échangèrent un regard plein de sous-entendus.
"Le major Carter vient d'arriver, O'Neill. Belle soirée, non ?"
Toujours cette façon que Teal'c de ne pas s'embarrasser de fioritures. Jack tendit la main vers l'interrupteur et une guirlande d'ampoules multicolore éclaira le patio d'une lumière à la fois crue et irréelle. Une adolescente élancée accourut vers eux.
"Teal'c! Oncle Jack!"
"Cassie !! Ne t'accroche pas à moi comme ça ! Tu es trop grande !" plaisanta Jack en la faisant
tourbillonner. "Où est Janet ?"
Elle désigna la cuisine d'un geste insouciant.
"Avec Greg et le major Davis."
"Greg ?"
"Tu ne veux pas savoir."
"Oh!  d'accord, je vois," dit Jack avec un clin d'œil.
D'un seul coup, il vit la silhouette de Sam passer de l'autre côté de la vitre et eut grand besoin d'un verre. Même une bière aurait fait l'affaire, mais un Jack Daniel, - ou deux…
"Je ne pouvais pas venir sans lui tu comprends ?" continuait Cassie sur un ton péremptoire.
"Je comprends Cassie," se moqua-t-il gentiment.
La cour d'admirateurs qui entourait la jeune fille était impressionnante et elle jetait ses nombreuses conquêtes comme des mouchoirs en papier.
"Tant que tu ne fais pas éclater les ampoules ou tourner les tables…"
Elle éclata de rire et baissa la voix.
"Pas avec celui-là, si tu vois ce que je veux dire," dit-elle avec un clin d'œil appuyé.
"Je vois. Qu'en pense Janet ?" murmura-t-il à son oreille.
"Elle est bien trop occupée avec le major…"
Elle fit un signe de tête appuyé en direction de sa mère adoptive qui riait d'un rire de gorge accrochée à Davis comme une noyée à une bouée.
"Elle a… un peu bu depuis notre arrivée."
Elle cligna de l'œil encore une fois.
Jack déposa un baiser dans ses cheveux et s'approcha du couple. Fraiser et Davis ? Depuis le début, il pensait qu'elle finirait avec Daniel.
"Mon colonel," dit Davis en retenant difficilement un salut.
"Je suis à la retraite. Davis, à la retraite, appelez-moi Jack, vous voulez bien ?" dit-il en lui serrant la main.
L'autre hocha la tête.
"Jack. Belle soirée, non ?"
Bon dieu, qu'est-ce qu'ils avaient tous à répéter ça ?
"Alors Janet ?" demanda-t-il en regardant autour de lui.
Où diable était donc passée Sam ?
"On a pris de l'avance ?"
Il se pencha et fit claquer deux baisers sonores sur ses joues. Janet, surprise, rougit comme une pivoine et s'accrocha encore plus à Davis qui tangua. Jack les abandonna et parcourut le reste de la maison en sautant sur ses béquilles. Une petite douleur dans le genou droit l'obligea à ralentir.
Et soudain, il la vit.
Elle avait éteint les guirlandes et s'était assise dans un des grands fauteuils en osier. La blancheur de son plâtre se détachait sur la pelouse et ses béquilles luisaient dans la pénombre.
"Une bière ?"
"Servie," répondit-elle en mettant sa main en coupelle au-dessus de ses yeux.
La haute silhouette de Jack se découpait sur la lumière crue. Il s'approcha en traînant les pieds
et se mit à attiser les braises. Un poivron fit un bruit sec. Il retourna les côtelettes et s'approcha. Le regard de Sam se perdait au loin, vers les lumières de la ville qui scintillaient dans la vallée. Il laissa son regard errer dans la même direction. Il avait toujours aimé cette qualité chez Samantha. Cette faculté qu'elle avait d'être silencieuse et de lui faire ressentir qu'elle était là, à l'écoute.
Il soupira et s'assit par terre.
Elle ne bougea pas.
Ne dit rien.
"Sam ?! Jack ?! Où est-ce qu'ils sont ?"
La voix de Janet résonnait de l'autre côté de la vitre.
Quelqu'un avait mis de la musique. Sinatra ou Dean Martin. Sûrement Jonas…
Bruits de couverts et d'assiettes.
Jack ouvrit la bouche, résolu à mettre les pieds dans le plat.
"C'est une soirée idéale. Quel dommage qu'il soit trop tôt pour les étoiles filantes," dit soudain
Sam, inconsciente de lui avoir couper la parole.
"Je ne suis pas très fan, en définitive," répondit-il, aussitôt sur la défensive, agacé par le cliché
et l'évidente provocation. Puis il vit qu'elle le fixait sans arrière-pensées.
"Pourtant…"
Elle baissa la tête et s'absorba dans la contemplation de ses mains. Puis son regard revint se poser sur les lumières en contrebas.
Le silence retomba, ponctué par les rires et les conversations des invités. Le général Hammond venait d'arriver et Siler déposait une glacière manifestement remplie de bières fraîches.
Simmons se pencha vers un jolie jeune femme et elle rit en l'embrassant.
"Vous allez faire un tour dans le Minnesota ces jours-ci ?" dit soudain Sam, presque à voix basse.
"J'ai une cabane, près d'un lac. Vous le saviez ?"
"Teal'c m'en a parlé."
"J'y vais pour pêcher. Et parler avec mon grand-père."
Elle savait ce que Jack voulait dire. Elle n'avait jamais cessé de parler à sa mère pendant toutes ces années.
"Je croyais qu'il n'y avait plus de poisson ?" éluda-t-elle.
"Qui vous a dit ça ?!" s'exclama Jack en roulant les yeux sous le coup d'une indignation feinte,
"Teal'c ? Il va me le payer !"
Il serra les poings. Il l'entendit rire et en éprouva un bonheur indescriptible.
Quand il l'avait porté dans ses bras couverte de sang et qu'il n'était pas parvenu à faire fonctionner le DHD, ils avaient échangé des paroles qui l'empêchait de dormir depuis. Mais Daniel était venu à son secours et elle était là, juste à côté; il pouvait tendre la main et la toucher, sentir son parfum.
"Apprendre à pêcher pendant ma convalescence, ce serait une bonne idée, non ?"
Une boule se forma dans sa gorge et il la regarda droit dans les yeux en hochant la tête.
"Je pourrais vous apprendre !" dit-il d'un ton léger.
"Marché conclu !" Elle posa ses bras sur les accoudoirs du fauteuil et entreprit de se lever. Il
lui tendit les béquilles et l'aida à se mettre debout. Elle le laissa faire et s'appuya légèrement
sur lui.
"Mon sac est dans la voiture," dit-elle simplement, "le général fermera la maison…"
Jack ne fit aucun commentaire et lui tendit le bras. Il la guida vers son pick-up et la porta pour
la poser sur le siège. Elle était légère comme une plume. Il alla chercher en courant le sac de
voyage qu'elle avait laissé dans le coffre de la voiture de Janet et le lança à l'arrière avant de
sauter au volant et de démarrer sans autre forme de procès.
"Et vos affaires ?" s'inquiéta-t-elle.
Il indiqua l'arrière avec le pouce. "Tout est là. Il ne me reste qu'une seule chose à régler."
"Oui ?"
"Acheter un chien."


FIN