back to
Sous la glace
©
Xeen - 28 juin 2002

Résumé : et si Sam avait été blessée…
Genre : épisode alternatif
Statut : complète
Spoilers : Portés disparus (Solitudes)
Disclaimer : Stargate SG-1, Metro-Goldwyn Mayer Inc./ UA, MGM Worldwide Television, Gekko Corp., Double Secret Productions, SciFi Channel - all rights reserved


*

"Ne bougez pas Capitaine, vous êtes évanouie depuis deux bonnes heures, je vais regarder votre jambe et puis j'irais faire un tour là-haut. On voit de la lumière."
Jack désigna une pâle réverbération bleutée à quelques dizaines de mètres au-dessus de leur tête. Sam essaya de se relever mais la douleur la cloua au sol.
"Daniel ? Teal'c ?"
Jack haussa les épaules.
"Pas là. J'ai cherché. S'ils étaient là, je les aurais vu. Ils ne répondent pas non plus. Pas la peine," ajouta-t-il en la voyant agripper convulsivement la radio.
"Et… la porte ?"
"Pas de tableau de commande. Je gardais le meilleur pour la fin," dit-il en s'agenouillant. "Buvez ça. Après je regarderais ce que je peux faire. Ca va faire mal."
Elle hocha la tête et parcourut du regard la cave glaciaire où ils étaient arrivés en empruntant la porte des étoiles. Elle avala quelques gorgées d'eau tiède et regarda O'Neill par-dessus son gobelet. Il était calme. Apparemment, il n'avait pas été blessé. La douleur la ramena à la réalité. Elle gémit et reposa le gobelet à côté d'elle.
"Vous êtes prête ?"
Il attendit qu'elle lui réponde d'un signe de tête. Il était presque certain qu'elle avait d'autres blessures que sa jambe cassée. Elle allait probablement garder cela pour elle, estimant qu'il ne pouvait rien y faire. Elle avait parfaitement raison. Il aurait fait la même chose à sa place. Il n'avait même pas une trousse de secours. Teal'c et Daniel portait l'essentiel de leur équipement. Sam et lui étaient restés à l'arrière pour les couvrir. Résultat, deux rations de l'armée, deux gobelets et leurs armes.
Il avait fait le compte de leurs maigres possessions pendant qu'elle était inconsciente. Le P-90 ferait une attelle tout à fait convenable. A partir de là, leur temps était compté. Sans DHD, aucun moyen de rejoindre la Terre. Leurs radios ne recevaient que de la friture. Pas âme qui vive. Ils avaient échoué sur une planète de glace. Ils mourraient sans souffrir. Le froid est anesthésiant.
C'était toujours ça de pris.
Il l'aida à se redresser et coupa la jambe de son treillis. C'était pire que ce qu'il attendait. La fracture était ouverte. La réduire leur ferait gagner un peu de temps, mais combien ?
Il lui adressa un sourire et rangea son couteau dans son étui.
"On y va ?"
"Oui. Je me disais, avec des rideaux et un ou deux tapis, un bon disque et un verre de vin, cet endroit serait parfait," dit-elle vaillamment.
Il résista à l'envie de la prendre dans ses bras. Ses yeux étaient brillants de fièvre. Il fallait qu'il s'occupe de sa jambe d'abord. Il pencha la tête sur le côté et commença à décompter avec les doigts de la main. Cinq, quatre, trois… Il tira un coup sec et elle s'effondra sur elle-même sans un murmure, évanouie sous l'effet de la douleur.
Il se dépêcha de poser l'attelle et la fit rouler sur une couverture de survie. Il lui appuya le dos contre son paquetage et alluma sa radio et celle du capitaine.
Avant de se relever, il palpa sa gorge à la recherche d'un pouls. Rapide et irrégulier. Il se releva et sans attendre attaqua l'escalade. Le Minnesota était une région réputée pour ses lacs. Cela ne voulait pas dire qu'il n'était pas capable d'escalader ce mur de glace. S'aidant de son couteau et de celui de Sam, il se mit à monter vers la surface.

*

La lumière violente le fit cligner des yeux en dépit de ses verres fumés. Autour de lui, un océan de glace, à perte de vue. Des glaciers sur le flanc sud qui dominaient le paysage. Des coulées de glace vers l'ouest, pas de moraines. Trop froid. Il mit la main devant son nez pour se protéger de la morsure du froid et courba le dos sous le vent violent qui le recouvrait de givre. Rien à faire. Il n'y arriverait pas. Autant redescendre à l'abri. Si jamais quelqu'un franchissait cette porte derrière eux, même si c'était des Goa'Ulds, il n'aurait pas abandonné son second. Il allait redescendre quand sa radio crachota.
"Mon colonel ?"
"Carter ? Du nouveau ?"
"Mon colonel, je crois que j'ai trouvé le tableau de commande," dit Sam d'une voix atone.
"Il fonctionne ?" demanda-t-il en se balançant au-dessus de la cheminée qu'il venait d'emprunter pour se retrouver à l'air libre.
"Je ne sais pas, monsieur, il est dans la glace… Je… je… je peux pas l'atteindre. Je vois des corps. Ce sont des Jaffas. Ils sont morts devant le DHD."
"C'est plutôt une bonne nouvelle ! Au moins nous savons qu'ils ne reviendront pas de sitôt," dit Jack en se propulsant dans la cheminée. "Ne faites rien sans moi, je ne veux pas rater la fête."
Si la montée lui avait pris des heures, sa chute fut rapide, brutale et douloureuse. Il atterrit dans la cavité en rebondissant sur les parois et finit sa glissade contre un mur de glace. Il jura et se releva en traînant la jambe.
"Ca va mon colonel ?" dit Sam d'un voix faible, la bouche collée contre la radio.
"Parfaitement ! J'espère que vous avez sorti votre rôti du four à temps, je meurs de faim."
Il l'entendit tousser dans la radio et se précipita en claudiquant vers la source du bruit. Affalée contre un monticule de glace, le visage sur son bras, elle lui tendit un biscuit de l'armée avec un faible sourire.
"Je vous laisserais faire le café mon colonel," murmura-t-elle.
Il la rattrapa au moment où elle s'évanouissait une nouvelle fois. Sa manche était couverte de sang, elle devait avoir un poumon perforé. Au passage, il aperçut les deux jaffas prisonniers de la glace.
Cette porte devait être en carafe depuis un certain temps. Ils n'allaient pas sortir d'ici vivants. Doucement, il la déposa sur la couverture, grignota son biscuit et s'allongea contre elle pour partager un peu de sa chaleur avec son second. Elle gémit quand il lui toucha la jambe et il posa doucement son bras en travers de sa taille et la rapprocha de lui.
"Jonas…"
"Oui Sammie, je suis là."
"Je t'aime Jonas."
"Je t'aime aussi Sammie, repose-toi."
Il ferma les yeux et trouva rapidement le sommeil.
Quand il se réveilla, il était désorienté et gelé jusqu'à la moelle. Ils mourraient bien plus vite qu'il ne l'avait escompté. Au bout de trois jours sans chauffage ni nourriture, et bientôt sans eau puisque leur réserve de gaz était presque épuisée, leur état physique était très dégradé. Il secoua le capitaine sans succès. Le rouge de ses joues tranchait sur la pâleur de son visage. Elle brûlait de fièvre. Un peu de sang avait séché aux commissures de ses lèvres. Il la recouvrit avec tout ce qu'il put trouver et remonta vers le DHD. Gratter lui prendrait des heures, alors que s'il utilisait à bon escient ses charges de C4, il avait une petite chance. Il s'attela à la tâche puis traîna Carter à l'autre bout de la grotte et finalement déclencha les charges en recouvrant son second de son corps. La caverne gronda sous les impacts et des pans de glace se détachèrent en un vacarme assourdissant. Le DHD était accessible.
"Wooohoooo !" hurla-t-il en sautant sur place faisant descendre d'autres stalactites. Il courut jusqu'au tableau de commande et appuya sur les touches. Le bourdonnement familier résonna sous la voûte et les pavés gravés s'illuminèrent faiblement au fur et à mesure. Il acheva en pressant énergiquement sa paume sur la commande centrale. La porte se mit à vibrer et à rougeoyer, mais rien ne se passa.
Il jura entre ses dents et donna un coup de pied dans la glace, regrettant immédiatement son geste. Il s'était peut-être trompé. Il refit la combinaison.
Même absence d'effet ou de réaction. Il s'appuya sur le panneau et regarda la porte d'un air troublé. Pourquoi est-ce qu'ils étaient là alors que Daniel et Teal'c n'étaient pas arrivés avec eux ? Est-ce que leur transfert avait été interrompu à cause des tirs jaffas ? Est-ce que les décharges étaient susceptibles de bloquer la porte ? "Réfléchis Jack, réfléchis !" dit-il entre ses dents. Sans l'aide du capitaine Carter, il était livré à lui-même. Pour l'instant, il avait fait à peu près tout ce qu'il savait faire. Il avait agi. Maintenant, il devait utiliser sa cervelle avant d'être transformé en statue de glace.
"Mon colonel, vous êtes là mon colonel ?" cracha sa radio.
"J'arrive Carter ! Vous voulez un biscuit ? A boire ? Profitez-en, mon eau est la meilleure qu'on puisse trouver à la ronde !"
Il dérapa à ses côtés. Ses yeux brillaient de fièvre et des bulles de sang se formaient sur ses lèvres quand elle parlait. Elle hocha la tête.
"Pas faim… Soif… Mal…"
"Je sais Carter. On va sortir de là, croyez-moi." Il l'observa en jurant intérieurement. A  partir de la prochaine mission, chaque équipier aurait un kit médical. Tant pis si Daniel rouspète. Un peu de morphine aurait apaisé son second. Il ne pouvait rien faire que la laisser souffrir. S'ils n'avaient pas été sur cette planète de glace, il aurait sûrement pu trouver de quoi la soigner. Même sur Abydos, il avait trouvé des plantes… Abydos !! C'était ça ! Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt !
"Carter, donnez-moi une minute, je veux essayer quelque chose."
Il composa l'adresse de la planète désertique à toute vitesse, ses mains volant sur les commandes. Il hésita puis enfonça le rubis central. La porte rugit et le vortex répandit sa langue bleue dans la caverne. "Il ne nous reste plus qu'à espérer que Kasuf n'a pas enterré la porte, sinon… Carter ! On rentre à la maison ! Prenez vos affaires, on ne va pas revenir les chercher," dit-il en la prenant dans ses bras. Il se précipita sans attendre dans le miroir liquide.

*

"Colonel, ce n'est pas en creusant une tranchée au milieu de mon infirmerie que vous en ferez sortir le capitaine Carter plus vite. Elle vient juste de revenir de Chicago et je vous assure qu'ils ont fait un super boulot. Mais vous ne pouvez pas la voir maintenant! C'est un ordre colonel !"
La petite docteure lui lança un regard noir. Jack se balança sur ses pieds et arrêta momentanément de faire les cent pas. Il enfonça un peu plus ses mains au fond de ses poches et s'absorba dans la contemplation de ses rangers.
"Je sais," finit-il par murmurer en jetant un coup d'œil à Fraiser. Elle le toisa, les bras croisés sur la poitrine un sourire au fond de l'œil. "Janet ?"
"Oui."
"Vous êtes amie avec Sam, n'est-ce pas ?"
"Oui."
"Vous ne sauriez pas qui est Jonas ? Je veux dire à part son petit ami…"
".. ancien, ancien petit ami."
"Oh…" Il hésita et lui jeta un regard de chien battu. "Je le connais ?"
"Peut-être. Il est au SGC. SG-12 je crois. Capitaine Hanson."
"Pourquoi est-ce que Carter ne m'en a jamais parlé ?"
"Depuis quand discutez-vous de votre vie privée avec Sam, colonel ?"
Jack hocha la tête. Elle marquait un point. Il hésita. Fraiser reprit la parole.
"Il l'a quitté il y a un an, un peu plus d'un an. Pas assez ambitieuse pour lui. Et puis le général ne le portait pas dans son cœur, je crois que Jonas n'a pas voulu s'attarder…"
"Le général ? Hammond ? West ?"
"Carter. Jacob Carter. Le père de Samantha."
"Oh," répéta Jack. Il siffla entre ses dents. "Général Carter? Vous avez raison, je ne sais vraiment rien." Il revint à la charge, sans conviction, cette fois. "Vous m'appellerez quand elle se réveillera ?"
"Colonel, vous me promettez de vous tenir tranquille ?"
Il la fixa, attendant la suite.
"Allez-y, mais ne la fatiguez pas. Elle vous a réclamé en arrivant hier soir. Elle se sent coupable."
"Coupable ?! De quoi, pour l'amour du ciel ?"
Janet haussa les épaules. "Je ne sais pas. Mais ce n'est pas demain la veille que vous allez repartir en mission," dit-elle en lui montrant sa canne. "Vous aurez le temps d'en parler. Et… colonel ? Pas un mot à qui que ce soit ! J'ai votre parole ?"
Le colonel déposa un baiser sonore sur sa joue.
"Promis," lui dit-il dans l'oreille. "Je suis votre débiteur."
Il la lâcha et entra dans la chambre de Sam.
Janet regarda la porte se refermer derrière lui et pencha la tête sur le côté. Elle commençait à comprendre pourquoi Sam craquait pour son supérieur.


FIN