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| Toujours la même histoire © Xeen (6 juin 2002) genre : différent spoilers : Solitudes disclaimers : Stargate SG-1 -Metro-Goldwyn Mayer Inc./UA, MGM Worldwide Television Gekko Corp., Double Secret Productions, SciFi Channel - all rights reserved note de l'auteure : merci à Stephen King * Deron tourna l'angle de Elm Street penché sur son guidon, les jambes tendues, pédalant comme un forcené. Son sac à dos bringuebalait dans son dos, rebondissant sur ses frêles épaules à chaque nid de poule. Arrivé devant la vieille maison de style colonial, il fit crisser les pneus et traîna son vélo sur le gazon mal entretenu. Il avait promis au vieux qu'il viendrait le tondre mais il n'avait jamais trouvé le temps de tenir cette promesse. Il haussa les épaules et se retourna en entendant le skate-board de Jimmy racler le bord du trottoir et retomber bruyamment sur l'asphalte après le flip. Jimmy attrapa la planche au vol et rejoignit son copain. Il résista à la tentation de bombarder de pierres le chat qui venait de se réfugier sous la maison à son arrivée et, sa planche sous le bras, s'approcha en chaloupant de l'autre gamin. "On est les premiers ?" L'autre hocha la tête tout en se décrochant la mâchoire sur un chewing-gum de bonne taille. "Ouais, les autres devraient pas tarder. Claire était juste derrière moi. Elle a du s'arrêter pour acheter des fruit loops au vieux." "Ah les filles !" s'exclama Jimmy d'un air entendu, "toujours à faire de la lèche…" "Ouais", répéta Deron, "moi, j'suis sûr que le vieux, il est trop content de nous raconter ses histoires. Il s'en branle des céréales." "P't-être pas," intervint Lance qui venait de les rejoindre en contournant la maison. Les deux autres sursautèrent. "On t'as déjà dit de pas faire ça, tête de nœud !" "Pourquoi ? T'as peur andouille ? T'es vraiment un bouffon ! J'te dis que t'as rien à craindre. Mon frère, il est venu ici pendant des années tous les jours et il a jamais rien vu. Parole !" "Ton frère y verrait pas son reflet dans une glace s'il avait pas ses lunettes !" rigola Jimmy. "Tu parles d'une preuve !" "Mon frère il est pas si miro que ça ! Et puis personne vous force à v'nir !" Un silence assourdissant accueillit cette sortie. Les garçons échangèrent des regards incendiaires. Cette discussion qu'ils renouvelaient tous les jours après la classe ressemblait à un échauffement. Il fallait qu'ils se forcent à entrer chez le vieux. Un relent diffus de mystère et de fantastique flottait à l'intérieur de la maison. Quant aux bruits qu'ils y avaient entendus… Aucun des trois compères n'était prêt à admettre que lorsque cela se produisait, s'ils ne prenaient pas leurs jambes à leur cou, c'était bien parce que Claire et Alice ne semblaient pas y accorder une attention quelconque. "Où elles sont les filles ?" finit par demander Lance. "Il est tard, je vais partir avant la fin et rater le meilleur," se plaignit-il en scrutant la rue déserte. "Mon père me tue si je rentre encore en retard !" "T'auras qu'à lui dire qu'on bossait sur un exposé !" "Ouais… tu sais, un de ces jours, il va me demander de lui montrer tous ces exposés que j'ai faits depuis le début de l'année… et là je fais quoi ?" "Ben, tu dis que tu les as laissés chez moi," répondit l'autre, "et on demandera aux filles de nous passer les leurs." "Taisez-vous, les mecs, elles arrivent…" "Alors ? Qu'est-ce que vous foutiez ? Vous avez vu l'heure ?" Ni l'une ni l'autre ne daigna répondre. Elles se regardèrent et se mirent à rire et échanger des murmures derrière leurs mains en coupe. "Monsieur ? C'est nous," dit Alice en frappant trois coups secs à la porte. Une voix leur répondit dans la maison. "Entrez les filles. Je me demandais quand vos copains allaient se décider," fit la voix d'un ton goguenard. La réflexion n'échappa pas aux trois gamins qui gravissaient les marches du perron derrière Claire. Deron donna un coup de coude à Lance et l'autre laissa échapper un cri de protestation. Jimmy les poussa en les traitant de fiottes à voix basse. "C'est pas nos copains. C'est juste des mecs," dit Alice comme tous les jours. Elle s'avança gauchement et se pencha pour embrasser l'homme qui les attendait. "Je vous ai apporté des céréales. C'est bien celles-là ?" "Oui ma belle. Tu es la meilleure." "Je vais mettre le lait au frigo," lança Claire, du pas de la porte. "Attends, je viens," dit soudain Deron, "j'ai fait vos courses m'sieur, je vais ranger tout ça." "Bill t'a pas fait d'histoires cette fois-ci ?" demanda l'homme. "Oh non, m'sieur ! Depuis que vous lui avez passé ce savon, ça roule !" "Bien. Et toi Lance ? Je croyais que tu devais aller pêcher ?" "J'ai changé d'avis." "Mon petit gars, tu devrais en profiter. Pendant des années j'ai essayé d'aller pêcher. Mais je ne trouvais jamais le temps… et quand je l'ai finalement eu ce temps, et bien c'est l'envie qui m'a manqué," sourit l'homme. "Crois pas que je pourrais pas encore te battre, même avec ce fauteuil !" "J'sais bien m'sieur." "Seulement il faudrait qu'on trouve un coin où vous puissiez descendre jusqu'au bord en fauteuil. Par ici, je vois pas…" "J'en connais un de coin, moi mon gars, pas si loin que ça. Je pourrais même vous y emmener en voiture, un de ces quatre." Personne n'osa répondre. "Je vois que cette perspective vous enchante !" dit l'homme d'un air amusé. "Vous me rappelez quelqu'un, tiens ! C'est bien simple, elle aurait préféré marcher sur des charbons ardents plutôt que de venir pêcher avec moi," sourit-il. "Alors, qu'est-ce que vous voulez que je vous raconte aujourd'hui ?" Il actionna avec dextérité la commande de son fauteuil et vint se ranger au bout du canapé, entre les deux fauteuils. Son regard se promena de l'un à l'autre des gamins qui s'installaient autour de la table basse. Ils avaient posé un plateau avec des verres et de la citronnade. Il se mit à fixer les glaçons qui flottaient dans l'eau trouble et sans attendre, commença à raconter. "C'était tout au début du programme. La Porte ne fonctionnait pas encore à plein rendement, même si les calculs de Carter nous avaient permis de trouver de nombreuses destinations. Evidemment, vous devez avoir du mal à imaginer cela, maintenant que tout le monde peut emprunter toutes ces portes… mais à mon époque, il n'y avait que cette porte-là et le gouvernement américain n'était pas décidé à dévoiler son existence au bon peuple. Du moins, c'est ce que nous avions cru. Jusqu'à ce nous manquions d'y passer parce que nous n'avions jamais envisagé une hypothèse…" Les gamins se calèrent au fond des sièges et attendirent. Le général avait l'air bien parti. "Je me suis retrouvé coincé avec le capitaine Carter dans une espèce de crevasse glacée. Nous avions été séparés des autres pour une raison inconnue… * La nuit était tombée et les gamins s'agitaient sur le canapé. S'il ne finissait pas rapidement, il faudrait attendre la semaine suivante. Et jamais le général ne se souviendrait de ce qu'il avait déjà dit. Et jamais ils ne sauraient la fin. "… au bout de deux jours, je pouvais à peine lever le bras pour casser la glace et la faire fondre. Je sentais que je n'en avais plus pour longtemps avant d'être un poids mort pour mon second. Mais elle refusait de lâcher prise et continuait à chercher des solutions pour nous sortir delà en utilisant la porte. Jamais elle n'a envisagé une seule seconde que nous pouvions nous trouver sur la Terre. Elle aurait pu composer n'importe quelle autre adresse et nous aurions été sauvés. Au contraire, elle s'obstinait et composait inlassablement la même combinaison, celle qui devait nous ramener au SGC. Evidemment, ça ne marchait pas. Le froid, le manque de nourriture et de sommeil, sans compter son désespoir à la pensée qu'elle n'arriverait finalement pas à nous sortir de là à temps, la rendait extrêmement susceptible et hyperactive. J'avais l'impression de l'entendre penser, seconde après seconde, minute après minute, heure après heure. Je l'entendais dérouler à voix basse les méandres de ses moindres raisonnements. Pendant ces quelques jours, nous étions presque en symbiose. C'est là que j'ai réalisé." Alice lui tendit un verre de citronnade qu'il prit machinalement. Ses yeux regardaient sans le voir les enfants suspendus à ses lèvres. "Daniel Jackson nous a sauvés," finit-il par dire. Des murmures de désappointement le sortirent de sa transe. "Qu'est-ce que vous avez réalisé ?" demanda finalement Claire, en voyant que le fil était rompu. Pas question de ne pas entendre de sa bouche ce qui s'était vraiment passé. "J'ai réalisé que je ne pouvais pas mourir dans ce piège de glace sans avoir parlé à Sara." "C'était votre femme ?" glissa l'un des garçons. "Oui. Ma première femme. Nous étions séparés à l'époque. Mon fils Charlie… je…" "Vous nous avez dit ce qui s'est passé monsieur," glissa doucement Claire en posant sa main sur le bras de Jack. Jack hocha la tête. "Mmm… sans doute. Il fallait que je sois sûr que Sara m'avait pardonné. J'avais besoin de son absolution. Et surtout, je ne voulais pas mourir sans avoir fait l'amour à ma seconde femme." Les garçons se mirent à ricaner et les filles le regardèrent fixement. Le général ne parlait jamais de sa seconde femme. Il n'y avait aucune photo d'elle, ni aux murs, ni sur la cheminée ou sur les meubles. Rien que des photos de SG-1, l'équipe amirale du Stargate Command, celle dont faisait partie le colonel O'Neill. Quelques photos encadrées de Asgards et de Furlings. Une photo officielle du Président Hammond avec son chef de cabinet. Une photo de ses enfants, la sénateure Léïa O'Neill-Shaye et l'ambassadeur Luke O'Neill lors de la signature du premier traité de non-prolifération des Réplicateurs. Rien que des photos plus ou moins officielles. L'identité même de l'épouse du général était inconnue du grand public. Un courant d'air traversa la pièce. "Voulez-vous que je ferme la fenêtre monsieur ?" "Non," dit-il en secouant la tête, "non, au contraire. Ca me rappelle la troisième nuit que nous avons passée dans cette crevasse. Je m'étais finalement évanoui. Ce n'était pas la première fois, mais c'était la première fois que Carter s'en est aperçue. Je la tenais aussi éloignée de moi que possible. Elle m'avait remis la jambe à peu près d'équerre, mais, dame, elle était pas docteur, enfin pas docteur en médecine ! Je n'ai jamais vraiment remarché pareil qu'avant… évidemment cela n'a plus guère d'importance aujourd'hui," plaisanta-t-il en faisant avancer et reculer son fauteuil. "J'avais commencé à cracher du sang dès le début. Mon poumon gauche avait été perforé par une côte flottante. L'odeur, en dépit du froid, me devenait insupportable. Je m'étais bourré de tranquillisants. Ce soir-là, je me suis fait un shoot de morphine. Sinon, je crois que je me serais coupé la jambe avec les dents tellement ça faisait un mal de chien. J'avais fait le con à essayer d'aider Carter à faire dieu sait quoi. A faire ce qu'elle me disait de faire. Jamais je n'aurais dû rester aussi longtemps debout avec ma patte folle. Carter était totalement obsédée par ce tableau de commande. J'étais redescendu pour me reposer, j'avais gardé la radio ouverte, au cas où. Le seul truc dont je me souviens après ça, c'est que j'étouffais. Je me suis réveillé et j'ai commencé à paniquer avant de comprendre que Carter essayait juste de me réchauffer en dormant dans mon duvet." Les gamins sourirent en réponse à son propre sourire. Il haussa les épaules. "Je peux pas vous dire grand-chose de ce qui s'est passé après. Vous savez, j'étais pas vraiment conscient. Mais Carter a continué vaillamment. Je pouvais plus du tout me déplacer et pratiquement plus parler. Je lui murmurais des encouragements dans la radio, mais je savais qu'il fallait qu'elle s'en aille. J'étais condamné de toute manière. Elle a fini par obéir à mes ordres. Je vous ai dit que Carter n'obéissait pas toujours à des ordres directs, n'est-ce pas ?" Les gamins hochèrent la tête. "Daniel Jackson non plus d'ailleurs, ni Jonas Quinn, mais ils n'étaient militaires ni l'un ni l'autre. Il faut dire que Carter avait souvent de bonnes raisons de désobéir. Ne me faites pas dire ce que je veux pas dire; sous le feu, il n'y avait pas plus dévouée qu'elle. Mais là, elle avait tort. Je reste persuadé qu'elle avait tort." Il marqua une pause. Comme la pause s'éternisait, Lance se risqua. "M'sieur, je vais pas tarder, vous pouvez pas nous dire comment ça s'est fini ?" "Oh, si mon p'tit gars. Le capitaine Carter est monté à la surface et elle a vu une mer de glace. Alors elle est redescendue mourir avec moi." "Mais vous êtes pas mort, hein, m'sieur ?" "Non, pas cette fois !" s'exclama le vieux militaire. "Pas cette fois… Il faut que vous y alliez les enfants, il doit être tard. Lance, tu salueras ton frère pour moi ?" "M'sieur, vous savez bien qu'il est en stage chez les Nox." "Oh, j'avais oublié. Je ne rajeunis pas mon gars, tu sais. Je vous reconduis pas, vous savez où est la porte," dit-il d'un air bougon en reculant son fauteuil dans l'ombre. Les deux filles se penchèrent et l'embrassèrent. Les garçons lui serrèrent la main. "A demain les enfants." "Demain c'est samedi." "Oh, décidément…" "C'est rien m'sieur. A lundi !" lança Deron. "C'est ça, c'est ça. Claquez la porte derrière vous." Jack O'Neill soupira et sourit dans la pénombre. Une main venait de se poser sur son épaule. "C'est drôle, ça faisait des années que je n'avais pas pensé à cette histoire." Il fit pivoter son fauteuil électrique et s'approcha de la cheminée. "Du coup, j'ai un peu froid. Tu veux que j'allume un petit feu ?" Il prit une boîte d'allumette et alluma sous les journaux. Ils s'enflammèrent et bien des flammes vives s'élevaient dans l'âtre. Il donna quelques coups de pique-feu et les braises s'élevèrent dans le boisseau. "Je vais me faire du thé Sam, tu en veux ? J'ai du Lapsang Souchong fumé. Ton préféré. Celui que j'oubliais toujours d'acheter quand tu étais…" Il brancha la bouilloire électrique. "Est-ce que tu étais déjà amoureuse de moi quand nous avons failli mourir en Antarctique ? Je crois que je ne t'ai jamais demandé. Je crois que j'aimais encore Sara. Je me souviens que j'ai pensé à elle, beaucoup, à ce moment-là… C'est après, à l'hôpital que j'ai commencé à penser à toi." Il sortit deux tasses du petit meuble en bois ciré et les posa sur la table à côté de la théière en fonte. Il mit trois cuillérées de thé et versa l'eau frémissante. "Je sais, j'ai encore oublié de réchauffer la théière. Pardonne-moi mon cœur. Je suis si fatigué ce soir. Sans les gamins, je crois que j'aurais déjà lâché prise." Doucement, il versa le thé dans la tasse de droite. "Je me fais chauffer mon café et je suis tout à toi." Un courant d'air le fit frissonner. "Ne me gronde pas, Sam, tu sais bien ce que je veux dire. J'ai tellement envie de te prendre dans mes bras. Ca fait si longtemps, mon amour." Il ferma les yeux. * "Moi j'trouve qu'y nous raconte toujours la même histoire," dit Jimmy en posant son skate. "Alors pourquoi tu reviens, banane ?" se moqua Deron en enfourchant son vélo. "Ben, je sais pas. C'est l'habitude." "Je te crois pas," intervint Lance. "Tu attends qu'il raconte comment il a perdu ses jambes." "Non. Ca, je le sais," dit Jimmy d'un air supérieur. "Ah oui ? Et comment ?" insista Lance. "Il a échappé à un attentat. Le président Hammond l'avait envoyé comme ambassadeur avec le colonel Carter chez un de nos alliés." "Nos alliés, les Aschens ? Tu rigoles !" "Bon, c'était peut-être pas nos alliés, mais c'est là-bas que ça s'est passé. C'est mon père qui me l'a dit. Et puis, tu sais, mon père, il fait la collection de tous ces cristaux sur l'histoire et tout… A la maison, on est branché sur History Channel à longueur de journée !" Il leva les yeux au ciel. "Enfin bref. Il dit que le vieux, il a sauté et le colonel Carter est morte en essayant de le protéger. Lui, il a perdu ses jambes. C'est après qu'il a adopté les enfants de Carter. Léïa et Luke." "T'es sûr ?" "Ouais. C'est mon père…" "Ca va, ça va, recommence pas, j'ai compris, je suis pas débile." "Tu crois que les filles elles en savent plus ?" "Tu déconnes ! Alice croyait que le vieux et Carter… tu vois ce que je veux dire ?! "Ouais, t'as raison, débile." "Bon, ben à lundi alors." "Tu vas pas au match ?" "Quel match ?" FIN |