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La malédiction de Jackson 
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Xeen - 28 mai 2002

Note de l'auteure
: les parties en italiques sont tirées de l'épisode Meridian
Résumé : "ma" suite de Meridian (les dialogues en français diffèrent des dialogues de la série en français car cet ajout a été écrit plusieurs mois avant la diffusion française de Zénith)
Spoilers : une bonne partie de la 5ème saison et des allusions aux saisons précédentes.
Genre : lacrymal
Disclaimers : les persos ne m'appartiennent pas; ils sont la propriété de Showtime, MGM, Gekko Prod., Double Secret Production, SciFi Channel, et de tous ceux qui la revendiquent.


*

Le major général Hammond leva la tête.
"Entrez!" lança-t-il d'une voix troublée.
Le colonel O'Neill, en uniforme de parade, ses décorations et ses médailles luisant sous l'éclairage blafard, entra dans la pièce d'un pas hésitant. Il se raidit, fit un bref salut et hocha la tête. Hammond lui fit signe de s'asseoir. Le colonel paraissait toujours être en état de choc. Autant que Sam Carter, pensa le général, sentant qu'il perdait lui aussi contenance.
"Quelque chose ne va pas colonel ?" essaya-t-il sans conviction. Deux heures à peine s'étaient écoulées depuis les funérailles de l'archéologue Daniel Jackson sur Abydos.
Jack lui tendit une enveloppe et s'assit. "Ma démission, mon général!" dit-il d'un ton sec en évitant de croiser le regard de son supérieur. Il se frotta le menton et posa ses coudes sur ses cuisses en se penchant en avant. Le général hésita et se racla la gorge avant de répondre.
"Vous êtes certain que c'est ce que vous voulez Jack ? Vous devriez prendre votre temps, réfléchir…"
"Permission de parler librement mon général ?"
Le général le rassura d'un regard et esquissa un semblant de sourire. Comme si c'était l'habitude de O'Neill de s'embarrasser de préambules. Il se rembrunit. La situation n'était pas inhabituelle. Ce n'était ni la première ni la dernière fois que le SGC perdait un de ses membres. Pas question de s'y habituer. Il fallait faire face.
Continuer.
Perdre Daniel Jackson était tout autre chose.
Il soupira sans s'en rendre compte. La voix de O'Neill le fit sursauter.
"Mon général, cela fait cinq ans que je réfléchis. Peut-être est-ce que je n'aurais pas dû réfléchir aussi longtemps. Peut-être est-ce que je n'aurais pas dû revenir il y a cinq ans, mais vous ne m'avez pas laissé le choix, n'est-ce pas ?" dit-il avec un soupçon de reproche. "Daniel non plus ne m'a pas laissé le choix. Je l'ai tué mon général. Aussi sûrement que si j'avais moi-même appuyé sur la détente. Excusez-moi pour le cliché, mon général. J'ai l'impression d'être une machine à débiter les clichés depuis trois jours. Je ne crois pas à toutes ces histoires d'esprit de lumière ou quel que soit le nom que vous leur donnez…"
Hammond ne cilla pas. Ce n'était pas le moment de raisonner le colonel.
"Je sais que ce n'est pas la première fois que je démissionne," continua O'Neill, "seulement, aujourd'hui, je suis certain à trois cents pour cent de ne jamais revenir sur ma décision, monsieur. Pendant toutes ces années, je me suis persuadé que si j'avais rempilé, c'était pour empêcher que des gens que j'aime, que je respecte ou que j'admire ne disparaissent," dit-il, plus pour lui-même que pour le général qui lui faisait face. "J'avais tort. J'ai sans doute sauvé momentanément le peuple d'Abydos, mais à quel prix? En mettant en danger la Terre ? En laissant Cimméria à la merci des Grands Maîtres ? La liste est longue…"
Jack se leva, le visage ravagé par le chagrin, les yeux rougis. En quelques heures, il avait vieilli de dix ans.
"J'espère que vous ne vous opposerez pas à ma décision mon général. Pas cette fois."
"Mon garçon, la disparition du docteur Jackson a été un choc pour nous tous. C'est une tragédie qui nous a frappés de plein fouet. Je veux simplement éviter que vous ne preniez des décisions hâtives. Ne vous laissez pas aveugler par votre peine. Il y a encore beaucoup de choses que vous pouvez accomplir au SGC," conclut le général. "Daniel n'aurait pas voulu que vous partiez," ajouta-t-il en assumant le caractère démagogique de l'argument.
Jack se retourna, la main sur la poignée de la porte.
"Je sais," dit-il d'une voix presque inaudible. "Il me manque général, je croyais que nous étions invincibles. SG1, le fleuron du Stargate Command! Quelle blague…".
Il eut un rire amer et regarda Hammond droit dans les yeux.
"Je ne pourrais pas, monsieur, je suis désolé," ajouta-t-il en sortant sans laisser au général le temps de le retenir.
Le général soupira, décacheta l'enveloppe et parcourut les quelques lignes manuscrites. Le visage inexpressif, il ouvrit le tiroir de son bureau et glissa le feuillet au-dessus de celui que lui avait remis le major Carter une heure plus tôt. Il sortit un gobelet et une flasque en argent.
"A notre colonel, le 1er bataillon de … Saïgon – mai 1968"
Son regard erra un moment sur le gobelet gravé, son pouce passant et repassant distraitement sur l'inscription. Il se servit une rasade de whisky et le but d'un trait, les yeux fixés sur la porte. Le sacrifice héroïque du docteur Jackson allait détruire le SGC d'une manière bien plus efficace et inexorable que toutes les tentatives du sénateur Kinsey. Il fallait qu'il y mette bon ordre.

*

Jack se passait et se repassait le film des derniers jours. Il n'y avait rien qu'il aurait pu changer.
Rien.
Daniel avait fait ce qu'il avait à faire. Son impulsivité et sa témérité l'avaient entraîné trop loin cette fois-ci. Il avait sauvé un monde de l'holocauste nucléaire. Encore un cliché. Il pesta et tapa du poing sur son bureau. Il sortit les tiroirs de leur logement et renversa leur contenu dans deux cartons qu'il entoura de ruban adhésif.
Les derniers mots de Carter lui trottaient dans la tête. Il l'avait entendu parler à Daniel bien malgré lui. Elle se croyait seule avec lui dans l'infirmerie. Il n'avait pas pu s'empêcher de l'écouter.

Vous changez les gens, Daniel. Le regard que vous posez sur le monde…  vous m'avez fait changer. Je comprends mieux la valeur des choses. Je me demande pourquoi on attend pour dire aux gens ce qu'on ressent vraiment pour eux. J'espère que vous saviez ce que je ressentais…

Il avait résisté à l'envie de la serrer dans ses bras et de l'entraîner loin de cette momie qui n'avait plus rien de commun avec Daniel. Teal'c l'avait devancé. Le Jaffa l'avait consolée tant bien que mal. Avait-il bien fait d'arrêter Jacob ? Est-ce Selmak pouvait le guérir ?
Est-ce que c'était vraiment à Daniel qu'il avait parlé?
Comment savoir ! Il avait signé son arrêt de mort… A la place de Janet, il n'aurait pas réfléchi à deux fois, déontologie ou pas. Il aurait mis fin aux souffrances du jeune homme.
Il donna un autre coup de poing dans le mur et jeta son uniforme dans sa valise ouverte. Il enfila rapidement un pantalon de toile beige et un tee-shirt noir, attrapa son blouson en cuir et partit à grandes enjambées vers le mess sans prendre la peine de fermer la porte de ses quartiers.
Il lui fallait du café. Des litres de café. Avant de pouvoir affronter le regard de Teal'c et de Carter qui ne lui avaient pas adressé la parole depuis l'ascension de Daniel. En ce qui concernait Jacob, il savait déjà que le général ne lui pardonnerait sans doute jamais. Mais ce n'était pas comme s'il allait le croiser tous les jours à Chicago ou sur les routes du Minnesota.
Avant tout, il avait besoin de se persuader qu'il avait fait le bon choix.
Pour Daniel.
Pour lui-même.

*

"Daniel ? Oui… vous voulez quelque chose ?"
"Oui, dites-leur d'arrêter."
"Pourquoi ?"
"Parce que je suis prêt à partir."
"Vous laissez tomber alors ?"
"Non. Je ne laisse pas tomber... Je vous assure. Je crois que je pourrais accomplir davantage de choses de cette façon. C'est ce que je veux. Tout ira bien. S'il vous plait Jack, dites à Jacob d'arrêter..."

"Jacob… arrêtez."
"Vous êtes sérieux?"
"C'est ce qu'il veut."
"Est-ce que quelqu'un ici peut me dire ce que je dois faire?"
"Laissez-le partir, c'est tout."


Les yeux du colonel bougeaient derrière ses paupières closes. Samantha Carter s'arrêta devant la table, hésitant à le réveiller. Le mess était presque vide, tout le personnel de la base semblait s'être évaporé depuis la cérémonie funèbre. Elle s'assit en face du colonel et lui posa la main sur l'épaule. Il grogna dans son sommeil.
"Mon colonel ? Monsieur ?"
"Daniel…" balbutia O'Neil d'une voix égarée.
"C'est moi, mon colonel. Je vous ai cherché partout."
"Oh, Carter… c'est vous… Je… je n'ai rien dit à mon aide de camp. Vous n'êtes pas fâchée alors ?" demanda O'Neill, encore groggy.
Elle secoua la tête.
"Fâchée ? Non, bien sûr que non, mon colonel. C'est sûrement ce qu'aurait voulu Daniel," ajouta-t-elle une lueur d'hésitation dans le regard mais allant néanmoins droit au but.
Elle se mit à tripoter les boutons de son blouson d'un air absent.
"Je me demandais, " commença-t-elle, retenant à grand peine les larmes qui lui montaient aux yeux, "est-ce que vous seriez d'accord pour nous aider, Teal'c et moi ? Pour l'appartement de Daniel…"
"… L'appartement de Daniel... Encore… J'ai l'impression que nous avons déjà eu cette conversation Carter, il y a des siècles..."
"Je sais mon colonel, j'y ai pensé moi aussi," dit-elle les yeux brillants, résistant vaillamment.
"Vous pensez qu'il reviendra cette fois Carter ?"
"Sincèrement ?" Elle hocha la tête et essuya furtivement une larme qui roulait sur sa joue. "Je n'en sais rien, mon colonel…" ajouta-t-elle en baissant la tête.
"Carter ?"
"Mon colonel ?" balbutia-t-elle au travers des sanglots qui la secouaient.
"Venez Carter, allons nous donner en spectacle en privé. Je ne ferais plus partie du personnel de cette base dans moins de douze heures de toute façon," ajouta O'Neill en regardant sa montre.
Elle ne fit aucun commentaire et le laissa l'entraîner par le bras jusqu'au parking.
"Vous me suivez ?" lança Jack en désignant la Volvo. Sans attendre sa réponse, il monta dans son pick-up et démarra.

*

"Général Hammond, je retournerai aider mes frères sur Chulak dès que le major Carter n'aura plus besoin de mon assistance. Notre combat ne fait que commencer et maître Bratac a grand besoin de soutien depuis la traîtrise d'Imhotep."
"Je ne vous retiendrai pas, mon bon ami. Je comprends vos réticences à rester parmi nous," commença le général, "surtout depuis que les autres membres de votre équipe ont décidé eux aussi de quitter le Stargate Command."
"Nul n'a porté ces faits à ma connaissance," s'étonna Teal'c.
"Pour l'instant, je n'ai pas encore transmis leur démission… Oui, Teal'c, le colonel O'Neill et le major Carter m'ont tous deux remis leur démission tout à l'heure."
"Etaient-ils ensemble ?" questionna le Jaffa.
"Non. Et il ne m'a pas semblé non plus qu'ils s'étaient concertés. Je suis presque sûr qu'il s'agit d'une réaction dictée par le choc plutôt que la raison…"
"Je vois. J'ai été moi-même extrêmement affecté par la disparition de Daniel."
In petto, le général nota l'emploi inusité chez le Jaffa du prénom du jeune homme disparu.

Je veux que vous sachiez que dans notre combat contre les Goa'Ulds, nous avons perdu l'un de nos plus grands guerriers. J'ai aussi perdu un de mes plus grands amis.

Le visage de Teal'c se ferma. Daniel n'avait pas répondu. Il espérait qu'il n'avait pas attendu trop longtemps pour lui parler et que Daniel avait pu l'entendre.
"Je vais me retirer, général."
"Faites donc Teal'c. Nous nous reverrons sans doute avant votre départ définitif, et vous serez toujours le bienvenu ici. Je doute cependant rester moi-même à la tête du SGC."
Hammond se leva et fit le tour de son bureau. S'approchant du Jaffa, il lui fit l'accolade.
"Prenez soin de vous, mon ami."
"Vous de même, général."
Le Jaffa s'inclina et quitta la pièce. Le général s'assit sur le coin de son bureau et se massa l'arête du nez d'un air pensif. Tapant du plat de la main sur le bureau, il retourna s'asseoir et décrocha son téléphone. Il n'avait pas encore abattu ses dernières cartes.

*

"Carter, cette… Oma… qu'est-ce que vous en pensez?" demanda O'Neill de la cuisine.
"A vrai dire, mon colonel, je suis persuadée qu'elle est digne de confiance," dit-elle en s'asseyant sur le canapé. "Orlin ne nous avait pas trompés, n'est-ce pas," ajouta-t-elle en rougissant légèrement.
Elle prit la bière que lui tendait Jack et le détailla malgré elle. Jamais elle n'avait vu O'Neill dans un état pareil. Son apparence physique trahissait sa détresse. Le visage extrêmement pâle, les yeux enfoncés dans les orbites, O'Neill accusait visiblement le coup. Son corps semblait s'être tassé. Le dos voûté, les épaules en dedans, il s'avachit sur le canapé en biberonnant sa propre bière. Il sortit de sous la table une bouteille de whisky et deux verres.
"Ca vous dit Carter ?" demanda-t-il en levant la bouteille.
"… A vrai dire, je ne suis pas sûre que ce soit la solution mon colonel."
"La solution peut-être pas, mais UNE solution certainement !" déclara Jack en buvant un premier verre d'un trait. Il se resservit aussitôt. "Allez, détendez-vous Sam ! Daniel est mort, je l'ai tué et jamais je ne me pardonnerais sa mort. N'en parlons plus !"
Il leva son verre en direction de Sam et le but cul-sec.
"Vous ne l'avez pas tué. Je ne peux pas en dire autant. Je lui ai fait plus de mal que de bien…" commença Sam.
"Vous voyez, nous avons tous les deux des reproches à nous faire ! Nous allons battre notre coulpe ensemble. C'est une excellente raison de se bourrer la gueule Carter, et je compte bien y arriver très vite, avec ou sans vous !" dit-il en se versant derechef un troisième verre.
"Je vous accompagne mon colonel," décida-t-elle en prenant le verre qu'il lui tendait. Il le remplit et elle le vida aussitôt.
"A la bonne heure !" s'exclama Jack. "Ne bougez pas, je vais chercher une autre bouteille avant de ne plus en être capable. Si on est deux, celle-ci ne suffira pas."
Sam enleva son blouson, se passa les mains dans les cheveux et remplit les deux verres.
"Pur malt ! Ca vous va ?" demanda Jack en revenant.
Il brandissait triomphalement la deuxième bouteille.
"Parfait mon colonel. Je vois que vous avez aussi rapporté des bières."
"Oui. Comme ça, plus besoin de se relever."
"Je ne crois pas que ma vessie résistera mon colonel…"
"Ne soyez pas négative Carter. Et laissez tomber le colonel. Dans trois heures, je serais revenu à la vie civile," confirma-t-il en consultant encore sa montre.
Il tapota le verre de sa montre d'un air absent. L'alcool commençait à lui donner un peu de couleurs.
"Moi aussi," murmura-t-elle.
"Qu'est-ce que vous dites Carter?"
"A la santé de Daniel, mon colonel !"
"A la santé de Daniel!"

"Mais il nous a fait travailler dans les mines Carter!!" argumenta Jack d'une voix pâteuse, plusieurs verres plus tard. "Quelle excuse vous allez lui trouver pour celle-là ?"
Assis par terre, il s'appuya sur le canapé et étendit ses longues jambes sous la table, tout en continuant à jouer avec les objets posés dessus.
"Il était sous l'influence du sarcophage…" argumenta Sam.
"Oui, c'est vrai… hummm… et quand il était allé se perdre dans cette autre réalité vous vous rappelez ? Celle où on était fiancés…" Il eut un rictus amer. "Combien de temps on l'a cherché ? Hein ! Trois, quatre jours ? Tout ça parce qu'il ne peut pas obéir aux ordres."
"Trois… je crois," hoqueta Sam. "En revenant d'Abydos la première fois, j'ai bien cru qu'il ne trouverait jamais l'adresse dans son carnet, je n'en revenais pas !"
"Ah," s'exclama Jack, "son fameux carnet ! Je me demande ce qu'il pouvait bien écrire là-dedans…"
"Tout est dans son ordinateur… Je suis allée voir," murmura Sam.
"Vous…" dit-il en relevant la tête. Il tenta de déchiffrer son visage.
"Oui, je voulais savoir," expliqua-t-elle.
"Savoir quoi ?" demanda Jack en renversant son verre.
Il le remit d'aplomb et essaya de se resservir. Le whisky coula à côté. Il soupira et entreprit de boire directement à la bouteille.
"Savoir quoi ?" répéta-t-il en s'appuyant contre la jambe de Carter.
"S'il parlait de nous…" dit Sam en tendant la main d'un air décidé vers la bouteille.
Elle avala une bonne gorgée au goulot et hoqueta à nouveau.
"De Teal'c, de vous, de moi…"
Elle s'arrêta de parler et posa la tête sur l'épaule de son compagnon.
"J'ai tellement de choses à lui dire Jack," continua-t-elle d'une voix tremblante, "c'est… c'est terrifiant. Il occupait tellement de place que je ne m'apercevais même plus qu'il était toujours là, à mes côtés."
"Je sais," soupira Jack.
Il essaya de se redresser, mais échoua lamentablement.
"Il me cassait les pieds, monsieur-plus-que-parfait-qui-va-sauver-le-monde. Avec ses nous sommes des explorateurs pacifiques… Vous souvenez quand il a dit à Anise, "je m'appelle Daniel, ça signifie Dieu est mon juge"? Je ne sais pas pourquoi, cette petite phrase me tourne dans la tête depuis qu'il est parti. Je me moquais de lui, je n'arrêtais pas de le rembarrer. Mais la vérité, la vérité c'est qu'il m'épatait Carter. Il était unique. Je n'avais jamais rencontré quelqu'un d'aussi intelligent… je crois… enfin à part vous Carter ! C'est… c'était pas pareil avec Daniel. Je comprenais ce qu'il disait. Il me donnait envie d'en savoir plus. Il me rendait plus… je ne sais pas, Carter… plus humain ?"
"Je sais, Jack," murmura Sam, "je sais."
Jack ne répondit rien. Le regard dans le vide, il réfléchit aux paroles qu'il avait échangées avec Daniel dans la salle de la porte. Est-ce que c'était possible ? Est-ce que son subconscient l'avait imaginé ?

"Vous allez me manquer," lui avait dit Daniel.
"Oui, vous aussi."
"Merci. Pour tout."
"Alors ? Quoi ? On va se revoir ?"
"Je n'en sais rien…"
"Hé !! Vous allez où ?"
"Je n'en sais rien…"


"Il m'a dit qu'il ne savait pas où il partait Carter…"
"Je crois que Daniel ne mentait pas. Il n'en savait probablement rien," le rassura Sam.
"Je vous ai dit que nous allions lui manquer et qu'il nous remerciait… pour tout… ou bien est-ce que c'est moi qu'il remerciait ? Oh, Carter… Comment est-ce que j'ai fait pour perdre Daniel aussi ? Il est mort combien de fois ? Pourquoi cette fois-ci… Si seulement Hammond m'avait permis d'aller chercher ce foutu sarcophage!"
Il la regarda d'un air complètement désemparé. Elle lui ouvrit les bras et il se réfugia contre elle. Daniel était vraiment quelqu'un de très spécial pour qu'un militaire endurci comme Jack O'Neill s'effondre de cette façon, pensa-t-elle, l'esprit embrumé par l'alcool.
"Vous n'auriez pas eu le temps, mon colonel," murmura-t-elle, les lèvres sur ses cheveux.
"Sam ?"
"Oui," répondit-elle tout doucement.
"Je ne sais pas quoi faire," dit-il à voix basse en levant son visage vers le sien. Elle se pencha.
La sonnerie de la porte les interrompit. Jack se redressa en jurant entre ses dents.
Le moment était passé.
"Entrez, qui que vous soyez !" hurla-t-il. "La porte est ouverte."
Il se tourna comme il put en direction de la porte d'entrée.
"Teal'c !? C'est vous Teal'c ? Comment avez-vous fait pour venir jusqu'ici ?"
"J'ai emprunté la voiture de DanielJackson," répondit la voix de basse du Jaffa qui déposa son chapeau sur la table de l'entrée et s'avança dans le salon. "J'ai pensé que je me joindrai à vous dans vos libations."
"Comment saviez-vous que nous étions là ?" s'étonna O'Neill d'une voix mal assurée.
"Je suis allé chez le major Carter et trouvant la maison vide, j'ai pensé qu'elle serait chez vous."
"Raisonnement lumineux Teal'c!" s'exclaffa le colonel. "J'avais oublié que vous saviez conduire…"
"DanielJackson m'avait appris."
Un silence oppressant salua cette remarque anodine. Sam sentit ses yeux s'embuer et les larmes se remettre à couler. Elle serra les dents. Jack la regarda d'un air farouche et tendit la bouteille à Teal'c.
"C'est une première Teal'c ! J'espère que Junior appréciera," dit-il avec un clin d'œil. "Il tiendra sans doute mieux l'alcool que Daniel…"
Sam se leva en courant et disparut dans l'escalier. La porte de la salle de bain claqua. Jack baissa la tête.
"A Daniel," dit Teal'c en levant la bouteille.
"A Daniel Jackson," répondit Jack en levant son verre.

*

La sonnerie insistante du téléphone sortit Jack O'Neill de son sommeil éthylique. Il jeta de toutes ses forces un coussin en direction du bruit et essaya de se rendormir. Un rai de soleil ainsi que la voix de Samantha Carter l'en empêcha.
"Nous arrivons tout de suite mon général," dit-elle d'une voix mécanique en raccrochant. "Mon colonel ?"
"Je ne suis plus colonel, Carter! Foutez-moi la paix et éteignez la lumière en sortant!"
"Je ne suis plus major non plus monsieur, j'ai démissionné hier. Et il fait jour."
"Le monde est petit ! Bienvenue dans la vie civile, Carter !" ricana  Jack en se redressant.
"Nous devons aller au SGC, monsieur. Il est arrivé quelque chose."
"Qui est mort aujourd'hui ? En tout cas je ne porterai pas le chapeau cette fois-ci…"
"Catherine Langford-Littlefield est dans le coma. Elle a eu une attaque en rentrant d'Abydos hier. Ernest a prévenu le général."
"Catherine ?" répéta Jack qui se redressa hirsute en se passant les mains sur le visage.
"Oui monsieur. Et ce n'est pas tout. Kasuf…"
"Et bien Carter, je vous écoute !"
"Abydos a été attaqué cette nuit. Il nous a envoyé un appel par le porte des étoiles."
"Attaquée ?! Par qui ?!"
"Nous n'avons pas encore de détails, mon colonel."
"Arrêtez de m'appeler comme ça Carter ! Je ne suis plus colonel ! J'ai démissionné, au nom du ciel !"
"Le général Hammond refuse d'accepter nos démissions, monsieur. Il nous attend  à la base."
"Vous avez raison ! Allons-y ! Je vais aller lui dire de ce pas ce que je pense de son attitude !" s'exclama Jack en se levant brusquement. Il pâlit et se retint à grand peine au canapé. "Vous avez fait du café Carter ?"
"Oui monsieur. Ce n'est pas tout… Je n'arrive pas à réveiller Teal'c."
"Il a sûrement eu sa dose hier soir. C'est la première fois que je le voyais boire, mais pour un coup d'essai, c'était un coup de maître !"
"Non, il y a autre chose. On dirait qu'il est en kelno'reem. Seulement la transe est si profonde que je n'arrive pas à le faire revenir."
Les derniers mots de Sam ramenèrent O'Neill à la réalité. Il se précipita en titubant auprès de son ami et commença à le secouer. Sans résultat. Tâtant son pouls, il hocha la tête et se tourna vers Sam.
"Il va falloir que vous m'aidiez à le porter à la voiture. Janet pourra sans doute y faire quelque chose. En tout cas, espérons-le. Si c'est sa façon à lui de porter le deuil, il va m'entendre lui aussi!" rugit-il en se remettant sur ses pieds. "Une douche et j'arrive Carter. Apportez-moi du café, s'il vous plaît, beaucoup de café," ajouta-t-il en se dirigeant vers la salle de bain.

*

"Théoriquement, mon général, il devrait être possible de nous inoculer le virus des bracelets d'Anise. Cela nous faciliterait la tâche."
"Devrait Carter ?" interrompit Jack avec une grimace et un geste de la main en direction du général Hammond.
"Il faut que Janet finisse ses tests et que nous ayons la certitude que nous n'avons plus d'immunité acquise au virus. En ce qui me concerne, à cause des résidus d'ADN de Jolinar, c'est pratiquement sûr à 100%," conclut Sam.
"Ce qui veut dire… ?" demanda Jack.
"Ce qui veut dire, colonel, que je ne suis pas certain de vouloir appliquer le plan proposé par le major Carter," déclara Hammond en plissant le front.
"Arrêtez de m'appeler comme ça ! J'ai démissionné, vous vous rappelez ?" s'insurgea Jack.
"Je le sais parfaitement Jack, mais je vous rappelle que je n'ai pas encore accepté…" répondit le général en défiant O'Neill d'aller plus loin.
"On verra ça plus tard," soupira Jack en agitant la main. "Carter, vous croyez que ça peut marcher ?"
"Il n'y a pas de raison, Jack," insista Sam en regardant le général droit dans les yeux, "d'après ce que Ernest Littlefield avait déchiffré sur PB2-908, il semblerait que certaines techniques des Anciens soient à notre portée. En utilisant le…" Elle hésita.
"L'entonnoir à idées ?" proposa aimablement Jack. "Pourquoi est-ce que j'ai l'impression d'entendre Daniel nous dire qu'on aurait vraiment dû adopter de vrais noms pour toutes ces planètes ?! Je n'ai aucune idée des endroits dont nous parlons la plupart du temps !" s'exclama Jack un peu trop fort. Il se racla la gorge et croisa les doigts.
"C'est un peu vrai," sourit mélancoliquement Carter. "En utilisant cet entonnoir à idées que vous aviez activé sur P3R-272, nous pourrions obtenir les informations nécessaires à la création d'une nouvelle porte des étoiles… et éventuellement trouver une solution au problème posé par la disparition du vortex entre la Terre et Abydos. J'espère seulement que c'est la seule destination atteinte par le problème. Sinon, nous courons le risque de nous retrouver complètement isolés."
"Surtout depuis que les Asgards et les Tok'ras ont du plomb dans l'aile, et je ne parle même pas de ces civilisations soit disant avancées comme les Tollans," grommela O'Neill.
Sam acquiesça. "Le seul problème sera de nous sortir tout ça de la tête une fois que nous aurons utilisé les connaissances dont nous avons besoin. Si vous vous comportez de manière aussi ingénieuse que la dernière fois, Jack, je n'ai pas d'inquiétude," sourit-elle.
"Vous voulez dire que vous ne savez pas comment nous sortir ça de la tête ?" s'inquiéta-t-il.
"Pas à 100%. J'ai ma petite idée mais en premier lieu, je veux m'assurer que je peux utiliser la machine. L'entonnoir. Vous vous souvenez qu'elle avait rejeté Teal'c ?
"A cause de son symbiote ?"
"Probablement. J'ignore quelle réaction la présence de l'ADN de Jolinar peut induire," expliqua-t-elle.
"Où en est Janet ? Est-ce que Teal'c a repris conscience ?" s'inquiéta soudain O'Neill.
"Toujours pas mon garçon. Cette situation devient préoccupante," soupira le général. "Je me retrouve avec des piles de démissions et de demandes de transfert entre les mains."
"Comment ça ?"
"A vrai dire, Jack, je n'ai pas d'explication. Vous n'étiez pas au SGC hier soir, sinon vous auriez certainement entendu les rumeurs qui circulent en ce moment," dit Hammond, d'un air sombre. De l'index, il montra les gros titres de deux quotidiens du matin étalés sur la table de conférence.

"Les rivières en crues charrient des boues toxiques. Des milliers de tonnes de poissons sont rejetés sur les rives. On craint un empoisonnement généralisé de la faune et de la flore dans différents secteurs."
"Les vulcanologues s'inquiètent des mini-séismes en cascade autour de Mount Helena."


"Mon général ?" s'impatienta Jack.
Il jeta un bref coup d'œil à Sam qui baissa la tête en évitant son regard. Elle savait. Il siffla tout doucement entre ses dents et serra les poings.
"Général ? pourquoi est-ce que je suis toujours le dernier informé ici ?"
Le général soupira une fois de plus et s'abstint de faire un quelconque commentaire sur l'attitude incohérente de son subordonné. Le moment était mal choisi pour le pousser dans ses retranchements.
"En regard des derniers événements, le personnel a donné un nom à cette cascade de catastrophes."
"Ne vous faites pas prier mon général !"
"Ils l'ont appelé la malédiction de Jackson," dit Sam d'une voix douce en tendant la main vers Jack par-dessus la table.
Il s'en saisit, la serra brièvement et lui fit un signe de tête.
"La malédiction de Jackson ? Vraiment ? Au moins le séjour de Daniel parmi nous leur aura appris quelque chose," dit-il d'une voix glaciale, "je doute qu'ils aient jamais entendu parler d'archéologie et de malédiction des pharaons avant que Danny boy ne mette les pieds ici. Je vais leur prouver qu'ils se trompent. Avec l'aide de Sam. Avec ou sans votre accord, mon général. Si Sam dit qu'elle enlèvera ce fatras de mon crâne quand nous en aurons terminé, je la crois," ajouta-t-il en se levant. "Général?"
"Vous avez carte blanche Jack. Faites attention à vous. Vous aussi maj… Samantha."
Elle acquiesça d'un signe de tête et partit en courant derrière Jack qui s'engouffrait déjà dans le couloir.
"C'est vrai ? Vous êtes d'accord ?" souffla-t-elle, les coudes au corps, dans la foulée de Jack.
"Bien sûr. Si vous me dites que ça va marcher, je vous crois." Il s'arrêta net et Sam le dépassa de quelques mètres avant de s'arrêter net. "Ca va marcher, n'est-ce pas ?"
"Oui, Jack. Ca va marcher," répondit-elle en lui adressant son plus beau sourire.
Il repartit au pas de charge.
"Voyons ce que dit Janet maintenant," commenta-t-il en se ruant dans l'ascenseur, Sam sur ses talons.

*

Jack O'Neill se frottant le bras en grimaçant et boutonna sa manche de chemise.
"Je ne sais pas ce qu'il a," soupira Janet Fraiser en désignant Teal'c du regard. "J'ai fait tous les tests possibles et imaginables sans succès. D'après les relevés, il n'y a rien d'anormal. Il devrait être conscient. Je ne comprends pas," conclut le docteur Janet Fraiser en jetant ses gants en latex et la seringue qu'elle venait d'utiliser dans la poubelle.
"Nous serons fixés quand ?" demanda Jack en se frottant le bras.
"Ce sont des mutations du virus d'origine," commença le docteur.
"Quand ?" gronda Jack.
"Ca devrait être plus rapide que la dernière fois," dit Janet avec un petit sourire. "Mais pour une durée plus longue. Une semaine, dix jours…"
"Parfait !" dit-il en se tapant sur l'estomac.
Il se leva du lit et se pencha pour regarder les relevés des moniteurs reliés à Teal'c.
"Heu… Vous dites que c'est normal ?"
Il tapa plusieurs fois sur l'écran de contrôle avec son index recourbé et secoua la tête.
"Son métabolisme est légèrement différent du nôtre Jack," expliqua Janet. "C'est un Jaffa, ne l'oubliez pas. Je suis étonnée que vous remarquiez ça. Les différences sont minimes…"
"J'ai l'œil !" dit Jack en haussant les épaules.
"Je crois surtout que vous essayez de vous faire passer pour un imbécile dans 99 % des cas mon col... Jack," plaisanta Janet.
"Oui, mais ça marche non ?" dit-il en grimaçant, ses mains s'agitant dans l'air. "Bon. Maintenant qu'est-ce qu'on fait ?" demanda-t-il en croisant les bras.
"On attend. Si le virus n'agit pas, inutile d'aller sur P3R-272."
"P3R-272, Carter ?"
"L'entonnoir ?" lui rappela Sam.
"Ah, oui! L'entonnoir…. Si on allait manger un morceau Carter ? J'ai un petit creux."
"Le virus ne peut pas déjà faire effet mon colonel," sourit Janet.
"Mais j'ai quand même un petit creux !" protesta Jack.

*

Sam et Jack entrèrent avec circonspection dans la pièce sombre. Ils n'échangèrent pas un mot mais un flot de souvenirs et d'images les submergea tous les deux par surprise. La dernière fois qu'ils étaient venus ici, Daniel les accompagnait. Ils venaient d'assister à un briefing où le jeune archéologue avait exposé dans les détails tout ce qui pouvait les aider dans leur mission avant que Hammond ne l'interrompe en riant…
Jack traversa le cercle tracé sur le sol et il s'éclaira instantanément, déclenchant le mécanisme dans le mur. Sam s'approcha et déposa son sac sur le sol.
"Nous allons être fixés tout de suite," murmura-t-elle.
"Vous êtes sûre que vous voulez le faire Sam ? Je vous assure que c'était vraiment un enfer ! Sans Daniel, je serais devenu fou !"
Son regard s'assombrit et il serra les dents. Il déposa à son tour son sac par terre.
"Cette fois-ci, je serais avec vous, Jack," dit-elle en posant la main sur son bras.
Il hocha la tête et l'étreignit. Depuis la mort de Daniel, toucher les gens était devenu indispensable à O'Neill.
"Il me manque Sam, beaucoup plus que je ne l'aurais cru. Dites-moi ce que vous voulez que je fasse."
"Rien. Je vais essayer en premier. Si ça ne marche pas, inutile d'aller plus loin. Ensuite il vous faudra attendre que je vérifie dans les données que j'ai bien la porte de sortie."
"La porte de sortie ?"
"La purge, Jack. Ce qu'il faudra pour nous enlever tout ça de la tête. Je doute que les Asgards viennent à notre secours cette fois."
Elle se détacha de Jack et se campa face à l'engin aliène.
Elle prit une grande inspiration et appuya la tête contre l'excroissance du mur, comme Teal'c et Jack l'avaient fait dans une autre vie.
Les lumières. Elle voyait les lumières. Est-ce que c'était bon signe ou pas ? Elle attendit ce qui lui sembla une éternité.
"Vous avez ressenti quoi exactement ?" demanda-t-elle sans bouger.
"Un flash et le vide. Après je me suis réveillé à l'infirmerie."
"Ca ne marche pas…" s'impatienta Sam.
"Vous en êtes sûre ?"
"Absolument."
"Vous voyez les lumières ?" dit Jack en se rapprochant.
"Oui. Mais Teal'c les avait vues aussi…"
"Il faut peut-être attendre plus…"
"Vous avez dû faire quelque chose de particulier. Essayez de vous rappeler."
"Je me suis approché de ce truc, je me suis penché, j'ai vu des lumières tournoyer et j'ai levé les bras pour m'appuyer…"
"Je suis trop petite… Attendez, j'essaie…"  dit-elle en montant sur son paquetage. Pour retrouver son équilibre, elle prit appui sur le mur et le mécanisme se déclencha, lui enserrant la tête. "Ca y est… je…. Aaahh !" s'écria-t-elle avant de tomber inconsciente dans les bras de O'Neill qui l'avait rattrapée dans sa chute.
Il s'assit doucement contre le mur en se laissant glisser sur le sol, son fardeau évanoui sur les jambes. Il s'installa du mieux possible et commença à attendre le réveil de Sam. Machinalement, il écarta une mèche de cheveux qui lui couvrait le front. "Sa respiration est régulière… son pouls aussi…" murmura-t-il, ses doigts palpant l'aorte.
Il la serra plus fort contre lui et ferma les yeux.
"Sam ? Ca va ?" dit-il doucement à son oreille dès qu'il entendit le rythme de sa respiration changer.
"… Heu, j'imagine que oui. Je suis un peu sonnée."
"Attendez de voir ! Pour l'instant, c'est juste la démo !"
Il l'entendit rire et son corps tressauta contre le sien. "Attention, je vous pose," la prévint-il.
"Wow ! J'ai la tête comme une baudruche !"
"Ne vous inquiétez pas, ça ne va pas durer. Bientôt vous aurez l'impression que c'est un dirigeable."
"Je vois ce que vous voulez dire," répondit-elle en souriant. "C'est votre tour ? Je pense que je sais comment faire pour nous débarrasser de toutes ces données. Je fabriquerais ça au labo dès notre retour; Dépêchez-vous."
"Si vous insistez !" dit Jack en se penchant avec réticence vers l'orifice du mur.
La chose lui enserra immédiatement la tête et contre toute attente, il resta conscient.
"Hé ! On s'habitue à ce truc en fait !" dit-il en montrant  le dispositif qui se fondait dans le mur comme si rien ne venait de se passer. "Cette fois-ci, ça ne m'a rien fait du tout," annonça-t-il en s'effondrant comme une marionnette dont on aurait coupé les fils.
Sam se pencha, le mit en travers de ses épaules, ramassa les paquetages et retourna au DHD. Sans poser le colonel, elle composa l'adresse et envoya le code de SG1. Elle assura sa prise sur les jambes de O'Neill et s'engouffra dans le vortex en courant.

*

"Docteur, vous pouvez m'assurer qu'ils ne courent aucun risque ?" demanda Hammond en martelant ses mots sur la table de réunion d'un index impatient.
"Pas plus que nous mon général," assura Janet. "En outre, leur vitesse et leurs capacités intellectuelles accrues leur permettront certainement de venir à bout de bien des problèmes dont la solution nous échappe," sourit le docteur en regardant le Jaffa qui inclina la tête. "Teal'c en est la preuve incarnée !"
"En effet. Je veux bien admettre que mes réticences étaient sans doute exagérées, si j'en juge par votre récupération miracle, Teal'c. Il semblerait que le major… que Sam ait également trouvé une solution pour nous permettre d'atteindre Abydos. Mais qu'allons-nous trouver là-bas, seul l'avenir nous le dira…"
"Le colonel a mis au point une bonne demi-douzaine de mécanismes qui vont nous permettre de réguler les précipitations et les crues et d'agir sur le climat dans son ensemble. Une espèce de clé de voûte. Il a expédié deux de ses parapluies, ainsi qu'il les appelle, en Asie et en Afrique," expliqua Janet. "Il a aussi inventé tout un tas de trucs dont j'ignore totalement la finalité et le fonctionnement, mais Sam supervise ses travaux. Il semblerait que le colonel soit extraordinairement habile de ses mains et fasse preuve d'une ingéniosité incroyable quand il est question d'inventer des choses utiles à partir de bouts de ficelles et de petits riens," conclut-elle.
"Je ne vous cacherais pas que savoir qu'ils font des courants d'air parce qu'ils se déplacent à une vitesse imperceptible pour l'œil humain ne me plait guère. Je vous avouerais que les savoir à la base est rassurant," avoua le général. "Les progrès qu'ils accomplissent sont néanmoins visibles à l'œil nu," concéda-t-il. "Leurs recherches et leurs avancées vont occuper les scientifiques du monde entier pendant des décennies. Il est étonnant de constater que leurs talents se complètent à merveille."
"Je ne comprends pas votre étonnement général Hammond. O'Neill et le major Carter ont toujours fait preuve de complémentarité au sein de SG1," s'interposa le Jaffa impassible en haussant le sourcil, les mains sobrement croisées devant lui sur la table de conférence. "Si ma présence n'est pas requise, je souhaiterais d'ailleurs leur proposer mon assistance. Avec votre permission, général Hammond."
"Faites donc Teal'c ! Docteur Fraiser, vous pouvez disposer. Tenez-moi au courant de l'état de santé de notre binôme."

*

"Voilà," annonça Jack. "J'ai fini."
Sam s'approcha et fit tourner l'objet entre ses doigts. "Oh… finalement vous avez préféré utiliser…"
"Oui. C'était plus commode," commença-t-il, "ça m'a permis de faire l'impasse sur…"
"Oh, je vois !" s'exclama Sam en désignant la pièce, "très astucieux !" sourit-elle en reposant le mécanisme sur l'établi. "Si nous allions déjeuner Jack ? J'ai encore un petit creux."
"Excellente idée, ma chère ! Chez moi aujourd'hui. Je nous ai préparé un petit ragoût dont vous me direz des nouvelles !"
"Vous êtes un vrai cordon bleu Jack. Si je ne vous connaissais pas aussi bien, vous me surprendriez encore." Elle baissa la tête et rougit. "Ne me regardez pas comme ça…"
"Je suis vexé ! Vous venez de dire que je ne peux pas vous surprendre…" dit Jack en attrapant sa veste. Il consulta sa montre. "Allez, je donne le top. Le premier en haut. Quatre, trois, deux…
Le sergent Siler se retourna en entendant un léger bourdonnement. Du coin de l'œil, il imagina plus qu'il ne vit deux ombres colorées le dépasser dans le corridor. Il consulta lui aussi sa montre et fit demi-tour. Le colonel avait raison. C'était l'heure du déjeuner.

"Pfttt, je n'en peux plus," murmura Carter en sortant de sa voiture. "Et quand je pense que dans une heure j'aurais aussi faim, je commence à trouver ça un peu déprimant."
"Moi aussi. Mais nous sommes presque au bout de nos peines. Combien de temps nous reste-t-il avec le virus, d'après Janet ?"
Ils entreprirent de descendre dans les sous-sols. La routine leur était presque insupportable en raison de sa lenteur. Sam salua le planton et s'engouffra dans le deuxième ascenseur, suivi de O'Neill.
"Quarante-huit heures. Peut-être douze de plus au mieux."
"Bien. Juste ce qu'il me faut. Et vous Sam ? Vous aurez terminé ?"
"Sans problème. J'aurais sans doute fini avant ce soir."
"Alors je vous propose quelque chose. Vous et moi nous bouclons tout, nous donnons tout ça au SGC, au Pentagone, à qui en veut et nous prenons une journée… Pour nous… Avant qu'il ne soit trop tard."
"Trop tard ?"
"Vous ne trouvez pas que c'est le pied vous aussi Sam ? Je vous ai regardé faire. Non seulement vous avez fini d'écrire ce deuxième bouquin et résolu tous les effets de la soit disant malédiction de Jackson mais vous m'avez secondé sur tous mes projets. Et tout cela en suivant un programme de gym digne d'un pentathlonien. Je me trompe ?"
Jack surveillait les diodes. Il fallait qu'elle dise oui avant qu'ils atteignent le niveau occupé par le PC du SGC.
"Non."
"Donc cette dernière journée est à nous."
"Je voulais en profiter pour…"
"Encore votre réacteur ? Sam ? S'il vous plaît ?!" s'exclama-t-il en levant les yeux au ciel. "Pour une fois ? Je ne sais même pas si je vous reverrais quand vous aurez retiré toutes ces âneries de ma tête."
"Moi aussi j'ai démissionné Jack…"
"Est-ce que vous essayez de me dire quelque chose ?"
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent avant qu'elle ait le temps de répondre.
"O'Neill, Samantha Carter, excusez mon intrusion," dit immédiatement Teal'c en les saluant. "Kasuf et son fils viennent d'arriver. Les nouvelles d'Abydos sont mauvaises. Le général Hammond requiert votre présence."
"Skaara ?" Jack baissa la tête. Le devoir les appelait encore une fois. Comment est-ce que le hasard pouvait aussi mal les choses et toujours empêcher Sam de répondre ? Une fois encore, il s'en était fallu d'un cheveu… Il soupira et se tourna vers Teal'c. Il avait besoin de se défouler.
"Le premier arrivé Teal'c ! Ca vous dit ?"
"O'Neill, votre condition vous donne un avantage sur moi," remarque le Jaffa en arquant un sourcil interrogatif.
"Allez Teal'c, c'est juste pour rire. J'en ai marre de battre Carter."
"Vous ne m'avez jamais battue colonel !" s'exclama Sam.
"Alors vous voulez tenter votre chance Carter ? Le premier en bas ?"
"C'est parti !" dit Sam en se volatilisant.
"Hé, vous trichez…" répondit Jack en se volatilisant à son tour.
Teal'c hocha la tête et esquissa un sourire. Dommage que Daniel Jackson ne soit pas là pour voir ce qui se passait entre les deux officiers. De son pas de maréchal, il les rejoignit dans la salle de conférence.

Le général Hammond attendait que le colonel ait fini d'étreindre le vieux chef et son fils. Sam s'était mise en retrait. Quand les deux hommes se séparèrent des larmes brillaient dans leurs yeux. Le général se racla la gorge et leur fit signe de prendre place.
"Kasuf vient de m'informer que, contrairement à ce que nous avions pensé, l'attaque lancée sur Abydos n'ait rien à voir avec les Grands Maîtres. Il semblerait que nous ayons trouvé dans la galaxie de pires ennemis que les Goa'Ulds. Des ennemis qui pourraient s'avérer bien plus intouchables," il hocha la tête en direction de Kasuf.
"Le général a bien résumé la situation. L'attaque a été foudroyante sur Abydos mais elle s'est finalement résumée qu'à bien peu de dégâts, car notre monde n'est pas suffisamment industrialisé. En pratique, les équipements fournis par la Tauri ont été détruits et la porte a cessé de fonctionner pendant plusieurs jours. Le général doit me fournir d'autres coordonnées que les vôtres, mais il semble dès à présent raisonnable de penser que seule les mondes proches du nôtre pourront être atteints. Je suis venu vous prévenir aussitôt que cela a été possible. Nous avons essayé de composer les coordonnées de la Tauri tous les jours. Aujourd'hui fut un jour faste mes amis."
"Avez-vous une idée de ce que nous devons nous attendre à combattre ?" demanda O'Neill.
"Il semblerait qu'il s'agisse d'êtres composés uniquement d'énergie. Un de mes fils affirme avoir vu un visage, mais je ne puis l'affirmer, n'ayant pas été témoin du phénomène."
"Oma Dessala ?" dit Teal'c.
"Orlin," murmura Sam.
"Daniel ?" s'exclamèrent le général et le colonel en même temps.
Le vieil homme hocha la tête. " Ces êtres correspondaient à la description que vous nous aviez donnée. C'est ce que nous avons pensé. Qu'ils venaient chercher Daniel."
"C'est impossible", dit Sam. "Quand Orlin a passé la porte des étoiles, il n'en a pas altéré le fonctionnement. Pas plus que Oma Dessala."
"C'est vrai Kasuf," confirma Jack. "Nous n'avons rien constaté. Est-il possible que ces êtres soient en conflit… entre eux, je veux dire ? Rappelez-vous ce qu'a dit Orlin. Sam, je me trompe ?"
"Non. Orlin avait été banni par son peuple. La raison qu'il m'a donnée est qu'il avait apporté son aide aux habitants d'une planète. Oma a aidé l'enfant de Shaa're et Daniel…"
"Je me demande si son but était de les réunir. Comment a-t-elle fait pour être ici à Cheyenne Mountain aussi vite ? Peut-être a-t-elle enlevé Daniel au nez et à la barbe de ses congénères," réfléchit Jack à haute voix.
"Ils sont venus sur Abydos pour se venger…" s'écria Skaara.
"Cela paraît hautement improbable," intervint Teal'c. "Des êtres dotés d'une telle puissance ne sauraient être prisonniers d'émotions aussi terre à terre."
"Pourquoi pas ?" s'énerva Jack. "Ce n'est pas parce qu'ils passent à travers les murs et qu'ils parlent comme Edward Nigma (*) qu'ils m'impressionnent. Je crois que nous faisons fausse route. Mon instinct me dit que nous devons trouver une autre explication. Ils ont peut-être désactivé votre stargate pour éviter quelque chose. Pour vous protéger, par exemple…"
"Vous tenez quelque chose Jack," dit Hammond d'un ton péremptoire. "Je veux que le SGC soit prêt à répondre à une attaque éventuelle. Monsieur Quinn, si vous voulez nous apporter votre concours…" dit le général en se tournant vers le Kelownien.
Jonas haussa les épaules. "Avec plaisir, général," dit-il d'une voix franche. "Peut-être mon approche candide vous permettra-t-elle de résoudre ce problème."
Sam le regarda fixement. La sensation était étrange. Elle se rendit compte qu'elle s'était tournée vers lui pour écouter ses explications en s'attendant à voir Daniel de l'autre côté de la table de conférence. Elle frissonna et sentit les larmes lui piquer les yeux pour la première fois depuis deux semaines. Les effets du virus s'estompaient. Jack avait raison. S'ils voulaient s'isoler, c'était maintenant. Un silence embarrassé suivit la réponse du jeune homme. Apparemment, elle n'était pas la seule à avoir pensé à Daniel.
Un grondement sourd la tira de sa rêverie. Le sergent Norman Davis entra dans la pièce en courant.
"La porte des étoiles est attaquée, mon général. L'iris ne fonctionne pas et l'ordinateur central ne répond plus. Je dois aussi vous informer que la maintenance me signale des courts-circuits inexpliqués et des baisses de tension dans toute la base. Nous avons reçu des appels du NORAD. Ils semblent faire face aux mêmes problèmes électriques."
Kasuf se leva d'un bond. "Ils ont compris que Daniel n'était pas sur Abydos. Ils viennent le chercher, ils viennent. Il faut les empêcher !"
"Daniel n'est plus ici," tenta de l'apaiser Hammond. "Major Carter, allez voir ce que vous pouvez faire."
Elle se leva et fit signe au major Siler de l'accompagner. Un hurlement les fit s'arrêter et se retourner. Skaara était debout, les mains sur les oreilles, l'air halluciné.
"Il est en train de me parler," dit Skaara d'une voix sourde. "Mon frère me parle, O'Neill !"

*

"Il dort," confirma Janet en refermant la porte derrière Sam et Jack. "Les tranquillisants ont enfin eu raison de sa résistance. J'imagine que les résidus de l'ADN de Klorel dans son système le rendent plus résistant à nos psychotropes. Quant à vos analyses, elles confirment ce que pensait Sam. Votre organisme aura bientôt éliminer le virus."
Elle leva les yeux. Le colonel avait l'air épuisé. Sam avait son air sombre des mauvais jours.
"Quelque chose dont vous voudriez me parler ?" glissa-t-elle sans espoir d'avoir une réponse.
"En fait oui Janet. J'ai besoin de votre aide," dit Sam sans hésitation. "J'ai réussi à purger nos têtes du fatras que nous avions téléchargé sur P3R-272; à vrai dire, je l'ai fait hier. Or il semble que nous gardions une mémoire tampon de la plupart des informations que nous avions à notre disposition."
"Sam veut dire qu'on est en train de péter les plombs, docteur !!" s'énerva Jack.  "Il faut que vous fassiez quelque chose, et pas seulement pour le fait que je vois des fantômes."
"Moi aussi, j'ai vu Daniel," confirma Sam.
"Ne vous inquiétez pas, je l'ai vu aussi," dit doucement le docteur Fraiser. "Il est apparu à pratiquement tout le monde dans la base, distribuant des conseils et des encouragements. En fait, il vient me voir tous les jours vers 17:00 heures, quand je prends ma pause. Il va falloir s'y habituer. Il a du mal à nous quitter…"
"Ouais," grommela Jack. "En tout cas Skaara n'a pas apprécié son petit numéro de spectre !"
"Il s'y fera," dit Janet avec philosophie. Elle glissa son stylo dans la poche de sa blouse et soupira. "Autre chose ?"
"Non," dit platement O'Neill. "Il va juste falloir que je m'y habitue aussi…"
"Qui aurait cru que Daniel puisse causer autant d'interférences avec nos systèmes," sourit Sam. "Vous croyez qu'il est là en ce moment ?"
Janet regarda sa montre. "Il est trop tôt," dit-elle très pince sans rire. "Je plaisante ! Allez tous les deux, il est temps que vous preniez des vacances. Le général m'a informé qu'il refusait vos démissions ?"
Les deux officiers haussèrent les épaules en même temps.
"Il ne peut pas s'opposer à ce que vous preniez du repos," dit Janet en achevant d'écrire une lettre sur son bloc. "Vous êtes en congé maladie. Tous les deux ! Ordre du médecin. A ça, Hammond ne peut pas s'y opposer. Ouste, je ne veux pas vous voir avant le mois prochain. Des projets ? Je dois pouvoir vous joindre…" ajouta la petite docteure l'air mutin.
"Je vais aller pêcher," dit Jack en se levant. "L'air du Minnesota, un étang, des canards, les moustiques, la corvée de bois, des perches grandes comme ça…"
""Emmenez donc Daniel avec vous !" l'interrompit Janet. "Ca me permettra de vider mon infirmerie. Je vais finir par mettre une affiche à la porte. Merci de ne pas déranger le fantôme résident (**) ! " plaisanta-t-elle. "Et vous Sam ?"
"Je vais apprendre à pêcher. Après tout, ça pourrait peut-être me servir un jour."
Elle se leva à son tour et ses doigts se mêlèrent à ceux de son officier supérieur.
"Au cas où Thor accepterait l'invitation du colonel O'Neill…"


FIN


*     Edward Nigma est le Riddler, l'homme aux questions dans Batman.
**   Jeu de mot bilingue : un "resident" est un interne aux USA