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                                                                                   MIROIR
                                                                                
©Xeen (18 juillet 2002)

Résumé
: Jonas essaie de comprendre les mœurs des terriens, non sans mal.
Genre : humour, romance
Statut : complet
Spoilers : la 6ème saison (surtout Nightwalkers et Abyss)
Disclaimers : Stargate SG-1 -Metro-Goldwyn Mayer Inc./UA, MGM Worldwide Television, Gekko Corp., Double Secret Productions, SciFi Channel - all rights reserved
Note de l'auteure : ceux qui ont vu Nightwalkers se sont peut-être demandés comme moi si Jack verrait un jour les photos que Jonas avait prises pendant leur enquête.

*

Jack ressentait toujours les mêmes réticences en passant devant le bureau de Daniel. Quelque chose le dérangeait dans le fait que Jonas Quinn l'occupe.
Ce type est sans vergogne, plutôt sans arrière-pensée, corrigea-t-il, en fronçant les sourcils. Et même de cela, il n'était pas certain. Jonas s'était un peu lié avec Carter, mais il était difficile de savoir ce qui se passait dans sa tête. Il opposait un front sans ride et une bonne humeur à toute épreuve à leurs éventuelles remarques et leur avait déjà sauvé la mise à plusieurs reprises avec un naturel déconcertant. Sans parler de ses facultés d'observation et de déduction qui étaient proprement sidérants.
Il ralentit machinalement le pas et ne résista pas à l'envie de jeter un œil par la porte grande ouverte. Un capharnaüm digne de l'archéologue régnait dans la pièce. Un téléviseur branché sur Weather Channel, le son poussé au maximum, brillait dans un coin de la pièce tandis que Jonas Quinn, un casque sur les oreilles, les yeux fermés, se balançait en marmonnant des mots incompréhensibles.
Un vrai môme, pensa Jack en passant malgré lui la tête dans l'ouverture.
Il se demanda si c'était sa manière de mémoriser les données : comparé à celui de Jonas, l'intellect de Daniel était celui d'un gamin à peine sorti des jupes de sa mère. Jack avait été intimidé par les connaissances de l'archéologue, mais il avait mangé son pain blanc avec Jackson. Jonas était tout bonnement un monstre de foire.
Carter l'avait prévenu qu'il faisait semblant d'avoir des lacunes pour faire profil bas. Ça ne marchera pas avec moi, se dit Jack en entrant dans le bureau dans la foulée et par habitude.
Les trois moniteurs étaient allumés.
Sur le premier, la farandole habituelle des égyptiens en 2D narguait Jack et le mettait au défi de rester dans la pièce. Le fantôme de Daniel plana dans l'esprit de Jack. Il chassa cette pensée dérangeante. Après tout, il avait été le seul à le voir quand il était torturé par les sbires de Ba'al et pendant sa convalescence au SGC. Pas la peine d'en faire toute une histoire…
Sur le deuxième moniteur, s'étalait une recherche concernant les fertilisants.
Les fertilisants ?!!
Il prit un presse-papier – le presse-papier de Daniel – et commença à tourner en rond dans le bureau. Pourquoi est-ce qu'il était entré pour commencer ? Il n'avait pas l'intention d'entamer cette discussion avec Jonas tout de suite. Il fallait pourtant qu'il lui parle. Il était hors de question que…
Sur le troisième moniteur, un économiseur d'écran d'un genre nouveau attira son attention.
Il fronça les sourcils et s'approcha pour voir de plus près.
Au nom du ciel !!
Pour qui se prenait ce jeune freluquet ? Il hocha la tête en détaillant le jeune homme assis, qui continuait à psalmodier les yeux fermés, inconscient de sa présence. Grand, bien bâti, l'air ouvert, il attirait automatiquement la sympathie avec ce sourire idiot plaqué sur son visage.
Teal'c lui avait raconté qu'ils s'étaient entraînés pendant des jours avec régularité et que Jonas semblait prendre plaisir à prendre des coups. Evidemment, Teal'c n'avait pas vraiment dit les choses de cette façon, mais c'était l'idée générale.
Au moment où Jonas ouvrit des yeux candides et fixa son regard sur le sien, le gratifiant de son sourire aussi candide qu'automatique, Jack se prit à regretter de ne pas l'avoir convoqué dans son propre bureau.
Evidemment, s'il l'avait fait, il n'aurait jamais vu ÇA…
… l'impensable !
"Salut, je me disais que ça vous dirait peut-être d'aller manger un morceau ?" dit-il en posant le presse-papier.
Il désigna le couloir du pouce avant de mettre ses mains au fond de ses poches. Son regard allait du moniteur au jeune homme sans qu'il puisse s'en empêcher. Jonas enleva le casque et son sourire s'élargit encore plus.
Comme si c'était possible, se dit Jack.
Il haussa mentalement les épaules et avec un signe de tête appuyé en direction de la porte, les sourcils arqués, il continua.
"Ca vous dit ?"
"Ca me dit ? Quoi donc ? Je me suis déjà entraîné avec Teal'c ce matin…"
Jack sortit les mains de ses poches et les agita avec véhémence. Pourquoi est-ce que j'en rajoute comme ça, se maudit-il, foutues origines irlandaises.
"Je parlais d'aller manger un morceau ? De casser la croûte ? De faire un break ? Alors ?"
"Oh, je peux faire du thé si vous voulez," proposa immédiatement Jonas, " vous tombez bien, il fallait que je vous parle."
Son ton enjoué mit aussitôt Jack en rogne. Comment diable arrivait-il à retourner la situation à son avantage ? C'était déconcertant…
Il refusa d'un geste.
Comment lui poser la question simplement et sans détour ?
"Manger ? Ca ne vous dit pas ?"
"J'ai des fruits si vous voulez ! Sur Kelowna, nous avons uniquement les fruits de saison. Autant dire presque rien, comparé à l'offre sur votre monde !" s'exclama Jonas en brandissant un compotier rempli de raisins chasselas et d'abricots.
Il parlait d'une voix forte pour couvrir le son de la télévision. Une musique étrange sortait du casque.
"Motet du XIème siècle," expliqua-t-il. "Des moines de Sicile ont accepté de…"
"Teteteteu…"
"Vous vouliez quelque chose colonel Jack ?"
"Mon colonel !"
"Mon colonel."
Il va se déboîter la mâchoire, pensa Jack en le regardant , incapable d'aller plus loin.
"Heu, oui… à vrai dire, je suis venu vous parler de quelque chose, mais ça peut attendre," dit-il. "En revanche, ÇA ne peut pas attendre," ajouta-t-il en pointant un doigt accusateur vers le moniteur de droite. "Vous êtes conscient que vous risquez de divulguer des informations confidentielles en utilisant ces photos ?"
"Je ne vois pas comment," répondit l'autre.
Il arrêta la bande à regret et se tourna vers le moniteur.
"On peut raisonnablement penser que le personnel de la base susceptible d'entrer dans mon bureau serait au courant des opérations du SGC ? Non ?"
"Vous savez très bien ce que je veux dire !" s'énerva Jack.
Est-ce qu'il le prenait pour un imbécile ?

"Je peux vous montrer comment j'ai fait, si vous voulez. C'est facile ! Et puis ce n'est pas comme si j'allais le vendre sur e-Bay. Votre général Hammond ne m'a pas encore donné le feu vert."
"Pour le vendre sur e-Bay ?" demanda Jack, atterré.
"Non pour sortir. Vous savez que je suis toujours consigné à la base ? Vous ne pourriez pas intervenir en ma faveur ?"
"Ne détournez pas la conversation. Je vous ai posé une question."
"Ce truc ? C'est un tout petit programme. Il suffit de le télécharger et après vous mettez les photos que vous voulez sur le cube. Je l'ai fait pour Sam."
Pour Sam ? Depuis quand est-ce que Jonas appelait Carter, Sam ? Nom d'un chien, il semblerait que son absence avait été plus longue qu'il ne l'avait cru. Il s'apprêta à le reprendre vertement mais les images de Carter l'hypnotisaient.
Carter en twin-set, Carter en pantalon de cuir, Carter…
Oh-mon-dieu !!
D'où venait cette photo !?
Jonas, tourné vers l'écran, la main tendue, faisait des commentaires.
"Oh, celle-là c'était au motel… et celle-là…"
Jack ne l'écoutait plus. Il savait que Carter, Teal'c et Jonas avait fait une enquête en civil dans un bled perdu, mais à ce stade, on ne pouvait plus parler de vêtements civils ! Carter qui se baladait en nuisette dans un motel avec Teal'c ? Non, aucune chance !
A moins que…
Jack sentit la moutarde lui monter au nez.
"Laissez tomber la visite guidée Jonas," dit-il d'un ton rogue. "Expliquez-moi plutôt…"
Il voulut pointer un doigt accusateur vers l'écran. Son bras heurta le presse-papier qui, en tombant, entraîna une pile de documents qui glissèrent jusque sur le tapis de souris.
L'économiseur d'écran disparut.
O'Neill jurait en essayant de rattraper les documents qui cascadaient sur le sol.
"Justement les photos doivent être par ici," dit Jonas en s'agenouillant, indifférent à la vue des dossiers qui se mélangeaient par terre. "Je ne vous les ai pas montrées ? Avec tout ce qui s'est passé, (il désigna le crâne de Jack) ça m'est sorti de la tête," continua-t-il sans se rendre compte de son impair.
Jack bouillait sur place.
"Je voudrais ajouter de la musique et lui offrir," disait Jonas. "Vous croyez que j'ai des chances ? Je crois qu'elle m'aime bien mais évidemment on ne se connaît pas depuis très longtemps. J'ai pensé que ce serait un cadeau personnel pour son anniversaire…"
"Lui offrir ?"
Est-ce que j'entends bien ce qu'il est en train de me dire ? Est-ce qu'il a des chances ? Je vais… Il résista à l'envie de le soulever de terre par le t-shirt et de le secouer. Il n'allait pas céder bêtement à des pulsions inavouables. Il était surentraîné, maître de soi et de la situation.
"Lui offrir quoi ? A qui bon sang ?" aboya-t-il malgré tout.
Jack s'assit par terre, un flot continu de papier s'étalant autour de lui. A ses côtés, Jonas barbotait à quatre pattes à la recherche de la pochette de photos.
"La voilà !" dit-il en l'agitant devant  le nez du colonel. "Je veux lui offrir l'économiseur d'écran voyons ! A Sam, pour sa fête… Vous avez besoin d'aide ?"
Jack pataugeait dans les papiers en les ramassant au fur et à mesure qu'ils tombaient autour de lui.
"Non, Jonas ! Je n'ai pas besoin d'aide et à moins que vous ne puissiez m'expliquer pourquoi vous avez pris des photos de Sam… Carter en petite tenue, c'est vous qui risquez d'avoir besoin d'aide !"
Il se mordit les lèvres, regrettant d'avoir dit tout haut ce qu'il pensait tout bas. Il balança les papiers contre le mur. Jonas le regardait, embarrassé. Jack se releva avec difficulté. Entre ses genoux et les séquelles de son petit séjour chez les Goa'Ulds, prendre sa retraite n'était peut-être pas une mauvaise idée.
Régler cette histoire d'abord.
Dissiper le malentendu.
Carter était son officier en second. Pas de fantasme inconsidéré…
Oh, la revoilà…
Jack s'appuyait sur le bord du bureau, le nez à trente centimètres du moniteur. Toute velléité de se relever anéantie.
Carter en caraco, Carter en jupe fendue, Carter en manteau de cuir…
Jonas le prit par le bras et l'aida à se mettre debout.
"Ca va ?"
Ce jeune crétin veut me faire croire qu'il s'intéresse à mon sort.
"Très bien. Parlez-moi plutôt de ces photos. A moins que vous ne puissiez me montrer Teal'c en déshabillé…"
Jonas Quinn sourit à s'en décrocher la mâchoire.
"Installez-vous," dit-il sans lâcher Jack qu'il aida à s'asseoir avec un déploiement de considération exagéré.
Confusément, l'humeur de Jack le mettait mal à l'aise. Qu'est-ce qu'il avait fait pour déclencher une colère pareille chez le colonel O'Neill ?
"Nous avions fait une petite mise en scène, au cas où nous aurions été surveillés."
"Bien sûr, vous savez que prendre ces photos était une erreur ?"
Carter en jean, Carter le chemisier échancré…
"J'ai cru le comprendre à la désapprobation de Teal'c mais j'ai pensé que ce serait rigolo…"
"… rigolo ?"
"Oui, un peu comme si nous étions en vacances quoi ! Vous savez que c'est la première fois que je sortais sur votre monde ?"
"Et vous avez choisi cette planque pour faire des photos touristiques ? Laissez tomber, je plaisante," conclut Jack en ponctuant d'un geste sa déclaration.
Carter devant un miroir… ?????
Jonas Quinn avait photographié Carter nue dans la salle de bain du motel ?
Il allait l'étrangler !!
"Je suis assez fier de celle-ci," commenta Jonas. "Sam m'a demandé de prendre cette photo. Je crois qu'elle voulait l'offrir à quelqu'un. Peut-être à son père…"
Jonas plissa les yeux et tendit le bras, la photo dans la main.
A son père ? Est-ce qu'il le prenait pour un demeuré !?
"Elle est très réussie, vous ne trouvez pas ? Et vous devriez voir l'agrandissement !"
Jack s'étrangla.
"Quel agrandissement ?" croassa-t-il, au bord de l'apoplexie.
"Il semblerait que le major Carter se soit entichée de cette photographie, O'Neill. Jonas Quinn," salua le Jaffa. "Je vous cherchais O'Neill, le général Hammond désire s'entretenir avec vous, il m'a chargé de vous prévenir."
"Elle est bien, non ?" s'extasiait toujours Jonas.
"En effet. Le major Carter est une très jolie femme, bien qu'un peu maigre à mon goût," confia le Jaffa.
Jack roula des yeux et fit une grimace. Teal'c. Voilà juste celui qui lui manquait…
"Sur Chulak, nous ne possédons pas de représentation de nous-mêmes, sauf pour les occasions officielles," commenta Teal'c, impassible.
"Vraiment ? C'est très intéressant !" s'exclama Jonas Quinn. "Vous pourriez m'en apprendre plus sur Chulak, Teal'c ?"
"Bon… ben… je vous laisse alors !" dit Jack avec une grimace.
Inutile de vouloir en discuter maintenant. Pas devant Teal'c. Jonas Quinn ne lui apprendrait rien de plus.
"O'Neill," dit le Jaffa en s'inclinant. "J'en serais flatté Jonas Quinn," ajouta-t-il en s'asseyany au milieu de déluges de documents.
"Salut Jack !" jeta Jonas sans se retourner. "Attendez, je vais enregistrer ça. Où est ce DAT ?"
"C'est 'mon colonel', Jonas, 'mon colonel'…" dit Jack en sortant.
En revanche, il avait totalement oublié ce briefing avec Hammond. Depuis son retour, il se sentait un peu patraque. Pourvu que Fraiser ne soit pas là… Il frémit à l'idée que le médecin-chef soit allée se plaindre de son comportement ces derniers jours. Pourtant, transformer les seringues en fléchettes et l'infirmerie en tripot avec l'aide de SG-4 et SG-11 avait paru une sacrée bonne idée sur le coup !
Jack s'apprêtait à prendre l'ascenseur quand il se rendit compte qu'il avait laissé son rapport sur son bureau. Son aide de camp avait été détaché auprès de SG-12, pas la peine de perdre du temps à l'appeler. Il partit en petites foulées et entra dans le bureau sans ralentir.
Carter était là qui lui tournait le dos, penchée sur ses dossiers.
Elle se retourna et rougit, l'air coupable.
"Mon colonel, je suis… ce n'est pas ce que vous croyez !"
"Carter… ce que je crois ? Et je suis supposé croire quoi ?"
"Je… je suis venue vous apporter quelque chose je ne voulais pas vous le donner dans le couloir j'ai frappé mais vous n'étiez pas dans votre bureau alors je suis entrée je me suis dit que ça ne faisait rien et…"
"Doucement Carter ! Respirez. Qu'est-ce qui se passe mon petit ?"
Vas-y Jack ! Bravo ! Montre-lui que tu as le triple de son âge. Il se raidit. Cette entrevue commençait mal. Sans compter que Hammond allait l'allumer. Il avait (il regarda sa montre) 20 minutes de retard.
"Je ne veux pas vous retarder mon colonel. Je vous ai apporté ça. C'est pour fêter votre retour, monsieur."
Elle attrapa le paquet enveloppé qu'elle avait posé sur le bureau et le lui tendit. Sur l'emballage, elle avait commencé à écrire : "Bienvenue à la maison mon Col…"
"Si vous voulez m'excuser monsieur."
Avant qu'il ait le temps de réagir, elle était partie. Il retourna le paquet plusieurs fois avant de se décider à l'ouvrir.

80x140, plat…

OH-MON-DIEU !!!! 

Jonas Quinn ne lui avait pas montré toutes les photos qu'il avait prises.
Il passa la main sur le visage de Carter, dessinant le contour de la joue avec le pouce. Ses doigts descendirent le long de l'épaule… C'est alors qu'il vit la dédicace.
"A Jack, pour toujours, Sam."
La sonnerie du téléphone le sortit de sa stupeur.
"Colonel O'Neill !"
"Mon garçon ?" dit Hammond. "Vous allez bien ? Vous désirez repousser notre entrevue ? Il n'y a rien d'urgent, Jack. Allez donc chez vous vous reposer le temps qu'il faut. Voulez-vous que je demande au major Carter de vous raccompagner ? Je serais plus tranquille…"
"Oui, mon général, moi aussi. Merci mon général," dit Jack en raccrochant.
S'il avait pu deviner qu'il suffisait d'avoir un serpent dans la tête et de se faire torturer par Ba'al pour attendrir Carter, il l'aurait fait depuis longtemps.
Il remit le portrait dans son emballage, éteignit la lumière et sortit de la pièce un sourire aux lèvres.
Elle était certainement au labo.

FIN