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| Du rêve à la réalité (suite et fin) 2. Du rêve à la réalité Teal'c franchit la porte des étoiles un sourire aux lèvres. Ses amis lui avaient manqué pendant sa retraite sur Chulak. Les deux semaines qu'il avait passées en méditation et en prières sur sa planète d'origine lui avaient fait comprendre à quel point sa vie était maintenant intimement liée à celles de la Tauri. Il s'arrêta net. Au moment où il émergeait du vortex, une odeur âcre de poudre et de sang assaillit ses narines. Une épaisse fumée se dégageait de la salle de contrôle. A l'étage au-dessus, la salle de conférence était en flamme. Partout des cadavres jonchaient le sol. Des gémissements et des râles montaient des corps des soldats qui avaient tenté de défendre le SGC. Le jaffa engloba d'un seul regard ce spectacle de désolation. Son visage ne laissait transparaître aucune émotion. Il se baissa vers un homme pour le retourner. Ces craintes se confirmaient. Les traces de brûlures dues à des armes de poing goa'ulds ne faisaient aucun doute. Sans prendre le temps de secourir les éventuels survivants du massacre, il enjamba les corps et partit en courant dans le corridor notant au passage que les portes de sécurité n'avaient pas été forcées. Au fur et à mesure qu'il s'enfonçait dans le complexe souterrain, les signes de vie se faisaient plus rares. Au nombre de cadavres qu'il découvrait en chemin, barrant les couloirs, affalés sur les bureaux dévastés, coincés dans les portes des ascenseurs qui continuaient inlassablement à se fermer et à s'ouvrir, la quasi-totalité du Stargate Command semblait avoir été anéantie par un ennemi lourdement armé et supérieur en nombre. En arrivant à la hauteur du laboratoire du major Carter, il ralentit sans s'en rendre compte. En dépit de son apparente indifférence, les sentiments les plus violents se bousculaient dans son cœur. Il souffrait d'être obligé de constater que la jeune femme avait pu être abattue en plein travail sans même avoir réussi à se défendre. Il souffrait pour O'Neill et anticipait la douleur de son ami si jamais elle avait succombé lors de l'attaque de Cheyenne Mountain. Il poussa la porte entrouverte. Elle résista. Il poussa plus fort. D'autres cadavres bloquaient l'accès. Teal'c donna un coup d'épaule et les corps culbutèrent, libérant suffisamment d'espace pour qu'il arrive à ce glisser dans l'interstice. Son arme toujours à la main, il estima les dégâts d'un large coup d'œil circulaire et reprit sa respiration. Le major Carter n'était pas parmi les morts. Il alla jusqu'au fond du laboratoire, inspecta les placards et les recoins, regarda sous les bureaux. Sans succès. Il ferma les yeux de la petite Mary Templeton, qu'il avait rencontrée un mois auparavant, jeune recrue extatique d'avoir obtenue cette promotion au Colorado. Ses yeux remplis de terreur le fixaient avec reproche. Il sortit à pas lents du laboratoire et entreprit de visiter systématiquement tous les bureaux de l'étage. L'annihilation était totale. Renonçant à utiliser les ascenseurs, il grimpa les étages qui le conduiraient aux quartiers des officiers puis au mess. Contrairement à la salle d'embarquement où se répercutaient les plaintes des mourants, un silence de mort régnait dans les étages supérieurs. Teal'c raisonnait en soldat aguerri. L'attaque n'était pas venue de la porte des étoiles. Le personnel du SGC avait subi une attaque qui venait de l'extérieur de la montagne. A cet étage, les cadavres étaient froids, certains atteint de rigidité cadavérique. D'autres en passe de subir le même sort. Le sang séché avait changé la couleur du sol, les plaies avaient coagulé, la ventilation avait eu le temps de purifier l'air confiné des fumées et des odeurs d'explosifs. Plus il montait vers la surface, plus il voyait d'obstacles et de barricades improvisées qu'on avait vraisemblablement essayé de mettre en place en hâte. En dépit de l'ingéniosité du personnel, ces défenses dérisoires étaient restées sans effet face à la puissance de l'attaque. Le Jaffa observa de plus près les traces sur les murs et palpa un cadavre au hasard. Il se rendit compte qu'il avait été abusé par les empreintes des impacts et les brûlures qu'il avait vues en franchissant le stargate. Il était clair qu'il ne s'agissait pas d'armes goa'ulds. Dans sa précipitation, il avait négligé de vérifier certains détails qui auraient dû lui sauter aux yeux. Il s'agenouilla, hocha la tête et frotta ses doigts dans le mélange sanglant qui recouvrait le sol. Il porta ses doigts à ses narines. Il étudia l'odeur, la consistance, les narines palpitantes, les yeux fermés. Non, le SGC n'était pas tombé devant la puissance de feu des faux dieux. Un ennemi inconnu les avait surpris. Comme un enfant qui ouvre la porte à un démarcheur, en dépit des avertissements de ses parents. Teal'c se releva. A qui O'Neill et les autres avaient-ils pu ouvrir la porte ? * Daniel ouvrit les yeux. Une douleur lancinante résonnait dans son crâne. Le jeune archéologue tenta de bouger mais la moitié de son thorax était écrasé par une poutrelle métallique qui s'était désolidarisée du plafond. La souffrance et le poids de la poutre l'en empêchèrent. Il hésita. S'il appelait et que l'ennemi soit encore dans les parages, il serait repéré dans l'instant. Il tendit l'oreille. Plus aucun bruit de bataille, plus de cris ni de coup de feu. D'un autre côté, s'il n'appelait pas, il ne pourrait pas se sortir de cette situation. A en juger par l'angle incongru que formait sa jambe gauche avec son bassin, il pouvait raisonnablement affirmer qu'elle était cassée. D'ailleurs il ne la sentait plus. La circulation devait être coupée. S'il restait trop longtemps bloqué, il était bon pour l'amputation. Il posa à plat sa main libre et tenta de se déplacer. Le souffle coupé, il laissa échapper un soupir. Il se mordit la lèvre et du sang dégoulina sur son menton et inonda sa bouche. Il avala de travers et fut saisi d'une quinte de toux inextinguible. Les yeux remplis de larmes, son corps meurtri secoué par les quintes, il retomba dans l'inconscience. "Daniel Jackson ? Pouvez-vous m'entendre ?" La voix de son ami s'insinua dans son esprit embrumé. Il avait l'impression d'être dans un aquarium. Il essaya de tourner la tête vers le son, mais il en fut incapable. Une main se posa sur sa poitrine. "Nous devons quitter cet endroit, Daniel Jackson," insista la voix de basse. "Il semble impossible de trouver le docteur Fraiser. L'infirmerie a été entièrement détruite," annonça lal voix sans donner plus de détails. "Je vais vous porter jusqu'à la surface." Daniel sentit qu'on le soulevait de terre comme un fétu de paille et s'abandonna dans les bras du Jaffa. "Merci Teal'c." "Conservez vos forces Daniel Jackson. Il vaudrait mieux que vous gardiez le silence. J'ignore si des ennemis se trouvent encore dans la base bien que j'aie été incapable d'en localiser aucun. Vos assaillants ont manifestement emprunté le stargate pour s'enfuir." L'archéologue sentit qu'il allait encore tourner de l'œil. Dans un dernier effort pour rester conscient, s'accrocha à ce que venait de dire Teal'c. Ils étaient partis. Il ne voyait pas d'autre explication. "Jack ?" murmura-il. "Je n'ai pas réussi à trouver O'Neill. Je continuerais mes recherches dès que je vous aurais déposé en sûreté. J'ai pris la liberté de réduire votre fracture et de poser une attelle. En revanche je crains que les côtes n'aient en partie perforé le poumon. Je m'en assurerais à la lumière du jour," assura Teal'c. "Le général Ha…" "Je crains d'avoir aperçu son corps près de la salle de briefing. Toutefois, je ne puis affirmer qu'il s'agisse bien du général Hammond, n'ayant pas eu l'opportunité d'examiner le cadavre. Espérons qu'il aura échappé au carnage." Le jaffa serra le corps du jeune homme contre lui et commença à grimper les 24 niveaux qui le conduiraient à la surface. "Reposez-vous Daniel Jackson" dit-il à nouveau. L'écho lui répondit. L'archéologue s'était évanoui. En continuant à gravir les étages d'un pas de maréchal, Teal'c remercia les dieux, tous les dieux, que Daniel ne lui ait pas posé la question qu'il redoutait. En effet, il avait trouvé sous une table du mess le cadavre du major, le visage pratiquement entièrement carbonisé. Sur la table, vestige dérisoire des minutes paisibles qui avaient précédé l'attaque surprise, une coupe de jell'o bleue, recouverte de cendres… * Le major général Hammond écarta les livres qui le recouvraient et se débarrassa de la bibliothèque qui lui était tombée dessus au premier tir des assaillants. En revenant à lui, avant de bouger de manière intempestive, il avait fait le compte de ses abattis. Satisfait de son exploration mentale, il avait tendu l'oreille. Le ronflement de l'incendie qui se propageait ainsi que les râles d'agonie avaient remplacé les sourdes déflagrations des armes de poing. Il détailla son bureau à la lumière blafarde des éclairages de secours. Les yeux fixés sur la salle de briefing qu'il voyait en flamme de l'autre côté de la cloison, il se remémora que juste avant l'attaque, nul bruit de combat ne lui était parvenu. La surprise avait été totale. Le hasard avait voulu que sa bibliothèque le dissimule aux yeux de ceux qui investissaient les lieux en détruisant tout sur leur passage. En se relevant, il constata que le planton et les airmen qui s'était précipités pour défendre le stargate avaient eu moins de chance. A tout hasard, il décrocha son téléphone, mais laissa retomber le combiné en hochant la tête. La ligne était muette. Toute retraite lui était coupée. Il devait forcément passer par la salle qui jouxtait son bureau. Au moins il ne succomberait pas à la tentation de sauter par la fenêtre pour échapper aux flammes, songea-t-il avec cynisme. L'adrénaline ne coulait plus dans ses veines et son esprit portait les stigmates de l'agression. Comme Teal'c, il en vint rapidement à la conclusion que l'attaque, préméditée ou non, venait non pas de la porte mais de la surface. Méditant cette pensée inconfortable, il se saisit de sa table et fonça dans les flammes en se servant du plateau comme d'un bouclier. La chaleur intense le prit à la gorge et il se sentit suffoquer autant par manque d'oxygène que par réflexe, réflexe bien naturel de se refuser à respirer l'air chauffé à blanc. Sans ralentir, il parvint à traverser la pièce et lâchant enfin le bureau inutile, il continua sur sa lancée. Il emprunta les coursives qui le mèneraient à l'étage supérieur. Au passage, il ramassa une chemise à moitié carbonisée, la déchira et enveloppa ses mains atrocement brûlées. Le docteur Fraiser ne le complimenterait certainement pas en voyant ce qu'il avait fait, mais à la guerre comme à la guerre, pensa-t-il. En continuant sa course vers les étages supérieurs, il constata que plus il montait, plus les marques de l'attaque devenaient nombreuses. Il se contraignait à observer les choses de manière détachée, de manière entomologique. Eviter de remarquer les odeurs, de compter les cadavres, de reconnaître les visages. Il avait beau savoir qu'ils étaient en guerre contre les Goa'Ulds, il ne s'attendait pas à revoir au SGC les scènes qu'il avait déjà vécues en Corée ou au Vietnam. Pas sur le sol de sa patrie. Des bouffées de nationalisme irrationnel obscurcissaient sa raison. Pour la première fois depuis des années, il se retrouvait en situation d'être vraiment un soldat. Etre sur le front, respirer l'odeur de la poudre, atteindre le prochain point de rendez-vous. Il s'arrêta. Le vertige le saisit devant les pertes énormes qu'il comptabilisait malgré lui à chaque enjambée supplémentaire. Qui avait pu faire une telle abomination ? Pourquoi ? L'inanité des questions devant l'horreur du résultat le laissa sans voix. En arrivant devant la porte de l'infirmerie, il hésita à passer le seuil. D'autres scènes de tueries s'imprimèrent à jamais sur sa rétine. Les malades avaient été ligotés sur des brancards, les brancards empilés à la verticale avant d'être incendiés. Les corps des infirmiers qui avaient tenté de s'y opposer gisaient par terre, disloqués, propulsés contre les murs par la puissance des tirs. Hammond se mit à chercher compulsivement le corps du docteur Fraiser. Un craquement sinistre l'interrompit. Il se retourna pour voir les brancards s'effondrer dans un entrechoquement de métal et d'ossements. Les yeux agrandis par l'horreur, anéanti, il se laissa glisser le dos contre le mur et mettant son visage dans ses mains, laissa libre cours à sa douleur. Les larmes ne le libérèrent pas. La même question tournait encore et encore dans sa tête. QUI. * Janet rampa jusqu'à la lumière qui filtrait sous la porte. Avant qu'elle ne soit assommée, les combats faisaient rage. Un silence oppressant avait succédé aux hurlements et aux impacts de balles qui ricochaient sur les murs. Elle s'agrippa à la poignée et se hissa debout tant bien que mal. La poignée était chaude, mais pas brûlante. Elle fit jouer le pêne sans résultat. Elle avait beau pousser, la porte ne bougeait pas d'un centimètre. Elle se mit à appeler mais ne réussit qu'à emplir ses poumons de poussière. Elle frappa, cogna, tambourina, donna des coups de pieds. Toujours sans résultat. Elle était prête à abandonner quand la porte finit par s'entrouvrir. Elle réalisa qu'elle avait voulu la pousser alors qu'il aurait fallu tirer et que depuis des heures elle s'épuisait pour rien devant une porte ouverte. Elle tira sur le battant et reçut un corps flasque dans ses bras. Elle constata qu'il s'agissait d'un corps sans vie en touchant rapidement la jugulaire et se releva au milieu des décombres du mess découvrant les cadavres qui jonchaient le sol. Avait-elle échappé au massacre parce qu'elle était allée aux toilettes ? Résolue à en avoir le cœur net, elle actionna l'interrupteur mais la ligne devait être coupée. Elle ouvrit grand la porte et entreprit d'inspecter dans la pénombre les toilettes pour dames et pour hommes. Elle en était manifestement la seule occupante au moment où les combats avaient commencé. Elle alla s'asseoir à une table encore debout, les jambes flageolantes et le cœur battant la chamade. Elle avait l'impression d'être la vedette d'un mauvais film de série B, comme celui où Sidney Poitier se retrouvait seul au monde après un holocauste nucléaire. Elle ne se rappelait pas de la fin. Peut-être rencontrait-il quelqu'un finalement… Elle soupira. Pourquoi pensait-elle à un vieux film dans un moment pareil ? Elle avait travaillé dans un hôpital de campagne pendant la guerre du Golfe, mais rien ne l'avait préparée à ça. Une pensée lui traversa l'esprit au moment où elle sentait son corps s'engourdir devant tant de désolation. Où était Sam ? Est-ce qu'elle était repartie avant elle ? Est-ce qu'elle se rappelait l'avoir vu au mess aujourd'hui ? Ou était-ce hier ? Frénétiquement, elle se mit à retourner les cadavres des femmes dont la corpulence était proche de celle de Sam. Quand elle vit la coupe remplie de jell'o sur la dernière table au fond et le mur maculé de sang, le cœur lui manqua. Elle s'approcha néanmoins vaillamment. Le visage de la jeune femme était atrocement brûlé. Elle avait tenté de se protéger avec les bras et les chairs carbonisées s'étaient amalgamées. Janet prit délicatement l'avant-bras et tira. Les chairs se décollèrent avec un bruit de succion. Dieu du ciel ! Ce n'était pas Sam. Malgré elle, elle reprit espoir. Elle se releva et sortit du mess en essayant de reprendre une attitude professionnelle. Elle partit en courant en direction de la porte des étoiles, les pans de sa blouse volant derrière elle, ses talons claquant fort dans les couloirs déserts. * Quand Jack O'Neill se réveilla, il comprit tout de suite qu'il ne s'agissait pas d'un rêve. Pas cette fois. Trop de bruits, de crissements, de râles, d'odeurs. Ces odeurs caractéristiques de chairs brûlées. Effectivement, il faisait noir. Effectivement il ne pouvait pas bouger mais uniquement parce les cadavres s'empilaient autour et au-dessus de lui. La mémoire de ce qui venait de se passer au SGC lui revint doucement. Tout en repoussant les corps, il essaya de mettre de l'ordre dans ses idées. Qu'est-ce qu'il avait rêvé exactement, qu'est-ce qui était vrai ? Est-ce que Hammond quittait le SGC ? Avait-il accepté de le remplacer ? Il penchait pour la négative. Il était de l'étoffe des militaires qui restent sur le terrain le plus longtemps possible. Son grade de colonel en attestait. Il aurait dû raccrocher depuis longtemps. Hammond le savait. Pas d'excursion au Minnesota avec Carter ni de baiser dans la nuit enneigée. Là, il n'avait même pas besoin de parier. Jamais Carter n'aurait fait une chose pareille après avoir soigneusement entretenu leur absence de relation pendant des mois. C'était tout juste si elle lui permettait de lui adresser la parole en dehors des briefings et des missions. Pas de séance déchirante à l'infirmerie. Pas de héros qui se sacrifie pour le bien du plus grand nombre, il n'était ni Daniel Jackson ni Mr Spock. Alors, où était la vérité ? Il réussit à s'extraire de sa prison et se redressa, couvert de sang et de poussière. "Carter ?!" cria-t-il par habitude. Etait-il avec le major quand la bataille s'était déclenchée ? Il retourna quelques cadavres. Il jura entre ses dents. Il n'arrivait pas à se souvenir. L'éclairage limité des batteries de secours ne lui facilitait pas la tâche. Un bruit de pas précipité le fit changer d'objectif et il délesta un airman d'une grenade et d'un AK-47, et se figea en direction des pas qui se rapprochaient. Hors d'haleine, le docteur Janet Fraiser fit irruption dans la salle d'embarquement et leva les mains en l'air en voyant la mine farouche du colonel. "Colonel, ne tirez pas, c'est Fraiser !" "Qu'est-ce qui me le prouve ?" jeta O'Neill en agitant son automatique. "Rien," dit Janet en s'approchant. "Restez où vous êtes ! Je veux voir vos mains !" s'écria-il menaçant. "Colonel, vous vous rappelez ce qui s'est passé quand vous êtes revenu de Valéria ?" "Heu… Oui enfin je crois. Vous avez parlé d'un virus non ? Un virus mécanique…" "C'est ça. Le virus qui vous avait contaminé a fini par contaminer pratiquement tout le monde ici. Ceux qui avaient acquis une immunité, ne me demandez pas pourquoi, je n'en sais rien mais il y en avait, ou n'avaient pas été infectés comme Daniel ou moi…" "Les médicaments contre les allergies…" murmura O'Neill. "Oui les antihistaminiques. Vous vous rappelez ?" "Vous avez fini par en mettre dans les réservoirs de la base ?" demanda le colonel en baissant son arme et en se rapprochant du docteur en évitant de piétiner les corps. "Non, mais ce serait trop compliqué de vous expliquer maintenant. Les nanovirus ont envahi tout le SGC et les hommes infectés ont commencé à éliminer les hommes sains. Ils ont dévalisé l'armurerie et utilisé toutes les armes disponibles." "Ce qui explique les traces d'armes goa'ulds sur les murs ?" Elle acquiesça. "Les premières rumeurs ont commencé à circuler quand je suis montée au mess. Apparemment, ils comptaient annihiler le SGC et repartir par le stargate. Tout le monde est mort là-haut. Plus on descend, plus il y a de survivants. Ils voulaient sans doute faire le plus vite possible. Je venais voir si je pouvais aider les survivants. Je n'ai rencontré personne depuis le mess jusqu'ici colonel." "Carter ?" Elle secoua la tête négativement. "Désolée, je ne sais pas où elle est. Son labo est détruit. Elle n'était pas avec vous ?" "Je ne me souviens plus." "J'ai le même problème mon colonel," dit le docteur en inspectant les corps, essayant de trouver des survivants. "Je croyais que nous étions ensemble au mess avant les premiers coups de feu, mais je ne l'ai pas trouvée." "Moi je croyais que nous étions dans ma cabane," grommela O'Neill, penché sur les corps. "Qu'est-ce que vous dites ?" "J'en ai un là. Je crois que c'est Tennison." "Ne le bougez pas, je viens," répondit Janet. "Le sergent Siler est là-dessous. Il respire encore." "Je vais le dégager, occupez-vous du mien." Ils échangèrent leur place et continuèrent leur progression. Au bout du compte, dix huit hommes sur cinquante avaient survécu. O'Neill les transporta dans le corridor et ferma la porte coulissante qui conduisait au stargate. "On devrait peut-être enlever les piles, mais il faudra demander à Carter comment faire," plaisanta O'Neill. "Je vais quand même m'assurer que l'iris est ouvert. S'il reste des équipes dehors, nous risquons d'avoir des problèmes," conclut-il d'une voix sans timbre. Des victimes supplémentaires, pensa-t-il en empruntant l'escalier métallique pour atteindre la salle de contrôle. D'un autre côté, laisser la porte sans surveillance… Au point où ils en étaient, attaqués de l'intérieur par l'ennemi, ça ne changerait pas grand chose. Il n'y avait peut-être que quelques hommes valides pour défendre la base. Comme il s'y attendait, toutes les consoles avaient fondu sous l'impact des armes. Comme dans le reste de la base, des cadavres jonchaient le sol. Il enveloppa la pièce d'un regard troublé et hésita. L'incendie faisait toujours rage au-dessus, dans la salle de briefing. Il n'y avait rien qu'il puisse faire de plus dans l'immédiat. O'Neill allait rejoindre Fraiser quand un gémissement lui parvint. Il ouvrit à la volée les placards métalliques, retourna encore d'autres corps, souleva les bureaux et les tables empilés. "Mon colonel," dit la voix enrouée du major Carter. "Je crois que Walter est dans le coma." O'Neill s'agenouilla, essuya du pouce la crasse qui rendait Carter méconnaissable et posa sa main sur le cou du technicien. "Vous pouvez marcher Carter ?" "Je crois mon colonel. J'ai dû m'évanouir.." dit-elle en titubant. "Doucement Dorothée !" s'exclama le colonel en la retenant. "Allez-y doucement. Je ne peux pas vous porter en même temps que Walter !" Il s'assura qu'elle restait debout et lui tourna le dos. Il mit Walter sur son épaule. "Par ici la sortie, mauvaise troupe. Janet nous attend en bas." "C'est le nanovirus qui a déclenché ça mon colonel. Vous aviez raison de ne pas le prendre à la légère." "Je me souviens d'avoir dit quelque chose de ce genre en effet, non ? Oui, je m'en souviens bien. J'ai dit, il faudrait faire attention, docteur, on n'est pas sûr d'en être débarrassé. Oui, c'est ce que j'ai dit non ?" "Oui et vous aviez raison. Nous avons voulu raisonner et croire en nos résultats, mais cette technologie nous dépasse. C'est bizarre que vous ayez totalement rejeté ce virus après l'avoir porté pendant des semaines…" "… des semaines bloqué à la base ?" Elle acquiesça. "C'est ça… je me souviens maintenant. La quarantaine. Janet, encore un client pour vous," dit-il en posant Walter sur le sol à côté des autres rescapés. "Au fait, j'ai retrouvé Carter," ajouta-t-il en regardant les deux femmes qui s'étreignaient. Pourquoi diable ne pouvait-il pas faire la même chose ? Pourquoi est-ce que c'était une agression, une invasion de son espace personnel quand il essayait ce genre de truc avec Carter et pourquoi quand il s'agissait de Janet, ça ne posait d'un seul coup aucun problème. Il posa la main sur l'épaule du docteur. "Major, je vais vous emprunter Carter, si vous le permettez. On ne sera pas trop de deux pour faire le tour du propriétaire," ajouta-t-il d'un ton léger en montrant le plafond d'un pouce négligent. Il mit son arme en bandoulière et retourna dans la salle d'embarquement pour récupérer des armes supplémentaires pour les gars du couloir, Janet et Carter. Une voix, juste derrière lui, le fit sursauter. "Daniel ? Vous l'avez vu," demanda Sam à brûle pourpoint en l'aidant à ramasser les armes. Il entendit la nuance d'appréhension et l'urgence dans sa voix. Sans la regarder, il répondit que non. Il la sentit qui hésitait. Puis une main se posa sur son bras et l'obligea à se retourner. "Jack, vous avez vu Daniel." C'était une affirmation. Elle était en train de craquer. "Je vous jure que non," répondit-il pris d'un doute. Est-ce qu'il rêvait ? Est-ce qu'elle avait enfin laissé tomber ses défenses ? "Vous me le diriez sinon ?" insista-t-elle les yeux remplis de larmes, agitée d'un tremblement incoercible. "Evidemment Carter, pour qui me prenez-vous ?!" s'offusqua-t-il, les bras ballants, hésitant sur la conduite à suivre. "Vous croyez…" Incapable de continuer elle éclata en sanglot, essuyant précipitamment les larmes qui jaillissaient avec sa manche déchirée, se barbouillant le visage. "Je suis sûr que nous allons le retrouver Carter. Allez c'est fini," dit-il en la prenant dans ses bras, le plat de sa main lui tapotant maladroitement le dos. Il se garda bien de penser dans quel état et continua de la consoler en la berçant. Elle finit par arrêter de trembler et les sanglots se raréfièrent. Jack laissa ses bras autour d'elle et baissa la tête pour la regarder. "Je crois que vous allez rester avec le bon docteur finalement Carter," dit-il d'une voix douce, résistant à la tentation de se pencher et de l'embrasser. "Non," hurla-t-elle en s'agrippant à lui. "Je veux venir avec vous !" Elle saisit sa main et la serra convulsivement. Janet surgit dans la pièce et Jack lui fit signe qu'il maîtrisait la situation. Elle jeta un dernier regard et hocha la tête avant de reprendre son poste dans le corridor. "Carter, vous êtes en état de choc. Je vais juste faire un petit tour et vous restez ici aider Janet. Je ne serais pas long,'" dit-il d'une voix apaisante en mettant sa main en coupe derrière la tête de la jeune femme. Elle essaya de respirer doucement, totalement abandonnée contre lui. "Je ne veux pas vous quitter." "Je ne vais pas loin Sam," dit-il comme il aurait fait pour rassurer un enfant. "Je ne veux pas vous quitter," répéta-t-elle obstiné en levant la tête vers lui. Elle le regarda fixement. "Je ne veux plus jamais vous quitter. Quand je me suis retrouvée sous le feu avec Walter, j'ai réalisé que j'avais avoué que je vous aimais à une machine. Que je ne vous l'avais jamais dit en face. Je vous aime Jack O'Neill. Je me contrefous de ma carrière, du SGC, des Goa'Ulds et de tout le reste, pour l'amour du ciel ! Aujourd'hui, nous avons tous failli mourir et je ne pouvais pas penser à autre chose." "Carter, vous…" Il s'arrêta butant sur le choix des mots. Elle se mit sur la pointe des pieds et l'embrassa jusqu'à ce qu'il se laisse faire. "Je viens avec vous mon colonel." "Carter ? Est-ce que vous m'avez embrassé quand nous sommes montés à Cheyenne Mountain dans ma voiture ?" "Vous n'avez pas de voiture mon colonel, vous avez un truck." "Carter ! Oui ou non ?" "Oui mon colonel. C'était un test. Rappelez-vous." Jack hésita. "Carter, qu'est-ce que j'ai rêvé au juste ?" "Comment voulez-vous que je vous le dise !" s'exclama-t-elle. "Ce n'était pas une question Carter. C'est d'accord, nous reparlerons de tout ça plus tard." "Je préférerais qu'on arrête de parler mon colonel," dit-elle en le précédant dans les décombres de la base. Il dépassa Janet. "J'ai récupéré un talkie, docteur, je vous le laisse. Au moindre problème appelez." Il grimaça un sourire et ajusta sa casquette. Il avait failli lui demander de le pincer. Avec un petit salut, il suivit le major. * Teal'c arriva au niveau des étages occupés par le NORAD et déposa son fardeau sur un fauteuil. Il alla frapper à la première porte venue et dévisagea la jeune femme assise devant un ordinateur. "Je requiers votre assistance, madame," dit-il d'un ton cérémonieux. Elle ne réagit pas et le regarda comme s'il avait perdu la raison. "Mon ami a été grièvement blessé. Il est en grande nécessité de consulter un médecin," continua-t-il, impavide. Devant l'absence de réponse, il décrocha le téléphone et le lui tendit. "Qui… êtes-vous ?" finit-elle par dire d'une voix légèrement hystérique. "Qu'est-ce que vous avez sur le front ?" "Je ne suis pas autorisé à vous répondre," dit Teal'c sans se départir de son calme. "Nous venons des étages inférieurs. Le SGC a été attaqué. Nous avons besoin de secours médicaux et de renfort." "Vous n'êtes pas un militaire…" "En effet, je ne le suis pas. Pouvez-vous téléphoner ou dois-je demander de l'aide ailleurs ?" insista Teal'c. "Mademoiselle, excusez mon ami, il n'est pas d'ici," intervint Daniel qui entra dans le bureau en se traînant, couvert de sang et de brûlures. Il s'effondra dans le siège le plus proche. "Vous devez informer l'USAF que le SGC a fait l'objet d'une attaque surprise. La totalité des équipements a été détruite. Les pertes humaines se chiffrent certainement à 70%. Je suis le docteur Jackson. Voilà un numéro que vous pourrez appeler en toute sécurité." Il prit un stylo et écrivit le numéro de Catherine Langford-Littlefield. Il lui tendit le morceau de papier d'un air engageant, remonta sur son nez les lunettes qu'il n'avait plus et s'évanouit dans la foulée. La jeune femme ouvrit la bouche mais la referma en voyant un autre homme, assez grand et corpulent, entrer à son tour dans son bureau. "Général Hammond ?" s'écria-t-elle. "Mon dieu, qu'est-ce qui s'est passé ?" "Bonjour mon petit," dit rapidement Hammond. "Passez-moi l'Etat-Major. Nous avons un code rouge. Je ne peux pas faire le numéro moi-même," s'excusa-t-il en montrant les bandages souillés qui recouvraient ses mains. "Teal'c ? Je n'avais aucune idée que vous étiez revenu de Chulak." Hammond étreignit Teal'c puis se pencha vers Daniel. "Il s'en sortira. Il est solide." La jeune femme lui fit signe qu'elle avait quelqu'un en ligne et il attrapa le combiné maladroitement. "Général Hammond ! A qui ai-je l'honneur ? Jim ! Il faut venir dératiser en bas. Nous avons eu un gros problème. Hein ?… Non, bien pire. Le toubib avait raison." Il baissa la voix et tourna le dos à la jeune femme. "Les nanovirus ont pris le contrôle de mes hommes. Non, je ne bouge pas. Envoyez les médics. Il y a beaucoup de dégâts, Jim… Oui, la porte est intacte," soupira-t-il. Ainsi, c'était tout ce qui le intéressait. ÉPILOGUE Hammond appuya sur la télécommande et l'image des cercueils alignés sur le gazon dans le cimetière d'Arlington s'évanouit de l'écran avant que les premières salves d'honneur ne retentissent. Il avait la nausée de voir l'exploitation que faisaient les media de cette tragique histoire. "Envoyé en mission humanitaire en Afghanistan, un cargo de l'USAF s'écrase au décollage. Plus de 200 morts." Le sénateur Kinsey en avait profité pour se mettre en avant et sortir de sa manche un discours improvisé devant les caméras de CNN. Sur le modèle de celui qu'il utilisait partout. "Je n'ai pas eu le bonheur de servir mon pays sous les drapeaux mais…honneur…. courage…au service du peuple…" Du blabla. Il continuait à tirer la couverture à lui. S'ils n'y prenaient pas garde, il finirait président, même si la majorité ne votait pas pour lui. Ce ne serait pas la première fois. Les défauts du système. Il se leva, mal à l'aise dans son uniforme de parade. Après le temps des autopsies et des embaumements et autres incinérations, il avait le sentiment de vivre dans une morgue depuis plusieurs semaines. L'odeur de la peinture fraîche et des moquettes qu'on venait de coller emplissait ses narines mais elle n'arrivait pas à chasser celle dont il se souvenait dès qu'il remettait les pieds dans les niveaux inférieurs de Cheyenne Mountain. Il aperçut la haute silhouette du colonel O'Neill qui se profilait derrière la cloison vitrée, prit une profonde inspiration et ouvrit la porte. "Je venais vous chercher," dit O'Neill sans préambule. Il regarda Hammond d'un air inquiet. "Général, je vous présente le major Lyons, votre nouvel aide de camp. Il faut y aller général." Hammond hocha la tête. "Colonel, major. Nous ferons plus ample connaissance après la cérémonie." "… et je passe la parole au colonel Jonathan O'Neill," termina le major général Hammond en s'inclinant vers son voisin. Il chuchota quelque chose et l'autre sortit précipitamment. Quelqu'un se mit à applaudir intempestivement et une vague de rires se répercuta dans la salle. Des chuchotements agacés répondirent et le silence se fit. Jack monta sur l'estrade improvisée sur la passerelle et commença son discours. "Mesdames, messieurs, général, ceux d'entre vous qui me connaissent…" Il mit sa main en visière au-dessus des yeux pour se cacher des projecteurs et scruta les visages. Il fit un signe à Siler, assis sur une chaise roulante et mis le pouce en l'air pour saluer le retour de la petite aspirante Sonfeld. Il se racla la gorge. "Excusez-moi. Je ne pensais pas vivre un moment comme celui-ci, c'est extrêmement impressionnant." (rires) "Nous sommes ici pour honorer la mémoire de nos amis et collègues tombés au champ d'honneur il y a maintenant deux mois. Leur courage exemplaire, leur loyauté sans faille ont permis d'éviter le pire. Ceux qui me connaissent savent que je suis un homme qui parle peu," (nouveaux rires) "et surtout qui déteste les clichés. J'arrêterais donc ici et avant de continuer, je vous demanderais de bien vouloir faire une minute de silence." O'Neill croisa les mains devant lui et baissa la tête. Il entendit des soupirs, des froissements de tissus, un sanglot isolé. "Mesdames, messieurs, général," reprit-il, "si nous sommes réunis, c'est également pour récompenser l'abnégation et la persévérance de deux membres du SGC. Aujourd'hui, je suis heureux de décerner la croix du mérite au major Janet Fraiser, pour ses travaux sur les nanovirus." Janet s'avança, le sourire aux lèvres. Elle s'arrêta devant le colonel et fit un salut très réglementaire. Il accrocha la barrette sur son uniforme et lui rendit son salut. Elle recula d'un pas et se mit au garde à vous. "En tant que supérieur du major Carter, je ne peux que me réjouir de sa promotion extraordinaire au grade de lieutenant colonel," poursuivit O'Neill. Sam s'avança et vint se poster à côté de Janet. Elle salua Jack, des étoiles dans les yeux. Sans se départir de son sérieux et avec l'aide du général Hammond, il effectua le changement. Les deux officiers saluèrent la nouvelle promue. "Mesdames, messieurs, il est temps de passer à l'essentiel. Je vous souhaite une bonne soirée!" Le bruit des bouchons de champagne, la musique et le brouhaha succédèrent au silence tendu de la petite cérémonie. "Général, pourquoi est-ce qu'ils ont repeint en gris ? Est-ce que ce n'était pas l'occasion de décorer un peu cette salle d'embarquement ?" dit O'Neill en attrapant un verre au passage pour lui et le général. "C'est vrai," sourit Hammond. "L'inertie militaire…" "Oui, pourquoi ne pas utiliser encore une fois la référence 321-13 puisqu'il en reste plusieurs tonnes en stock. Ces gars-là ne se rendent pas compte que nous vivons enfermés là-dedans pratiquement sept jours sur sept. Enfin, surtout vous mon général, sauf votre respect. A la vôtre mon général," ajouta-t-il en levant son verre. "A la vôtre mon général," dit Janet en se joignant à eux. Sam leva son verre et embrassa le général. "Alors, pas de Asgards ce soir mon colonel ?" "Carter, ils ne peuvent pas se passer de moi mais il y a des limites ! Quoique… Vous croyez qu'ils ont reconstruit ce vaisseau le… comment déjà ?" "Le O'Neill," souffla Sam. "Ah… oui bien sûr… le O'Neill, on m'a laissé entendre que c'était un fameux vaisseau, n'est-ce pas Carter," dit-il en la prenant par le coude. "Mon général, messieurs, docteur, si vous voulez bien nous excuser. Le major m'a promis de me montrer les plans…" FIN |