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Le porte-bonheur ______________________________________________________ À Gerardo "… avec des glaçons. Je n'ai jamais compris cette manie," ajouta la vieille dame. "Pourquoi noyer un honnête pur malt avec des glaçons au goût de javel qui ont traîné des lustres au fond du congélateur?" Elle haussa les épaules. "Ridicule !" Elle but une gorgée du liquide ambré et se rencogna dans son fauteuil roulant en ajustant son châle sur ses épaules rebondies. Le neveu était venu faire sa B.A. Sa sœur partie en vacances pour la première fois depuis le décès de Paul, c'était à lui de vérifier pour la quinzaine que les aides ménagères et les infirmières faisaient bien le boulot pour lequel elles étaient payées. Plus justement, le boulot pour lequel la société la remboursait de ses années à astiquer les cuivres et faire briller les parquets chez ceux de la "Haute". S'il y en avait encore, même à son époque à elle. En tout cas, ils étaient suffisamment hauts pour qu'elle n'ait jamais eu d'autre envie que celle de faire ses dix heures et de rentrer chez elle sans demander son reste. Chacun chez soi, et Dieu etc. Elle avait gardé plusieurs patrons jusqu'à la retraite. Histoire de changer d'air. Certains lui envoyaient leurs vœux et les faire-part. Elle sourit en son for intérieur. Le neveu jetait un coup d'œil maladroit pour la vingtième fois à son portable posé négligemment sur le coin de toile cirée imitation toile de Jouy. Le progrès ne rendait pas les gens plus gentils. Lui ne savait guère comment faire passer ce temps obligé avec elle. Les petites choses à dire et à répéter, sur le temps qu'il fait, la voiture ventouse qui bloquait le passage piéton, la voisine qui hurlait dans la cage d'escalier après ses gamins qui graffitaient dans la cour intérieure. Toutes ces petites choses insignifiantes qui font avancer la grande aiguille quand on n'a pas grand chose à se dire et plus rien à espérer de cette visite. Il se leva et regarda par la fenêtre. Elle attendit qu'il dise quelque chose mais décidément, rien. Pourtant, monsieur Raymond était en train d'accrocher son vélomoteur aux grilles de la fenêtre de madame Blanc. Il sortait de ses sacoches le quatrième anti-vol, celui avec lequel il fixait la roue arrière au pot de fleurs en béton façon Anduze qui garnissait la courette. La fenêtre claqua et la voix aiguë de madame Blanc transperça le brouhaha de la ville. Le neveu soupira sans tirer bénéfice de la saynète qui se déroulait gracieusement devant leurs yeux et fit le tour de la salle à manger en soulevant les souvenirs en faïence et coquillages de San Remo et de Las Palmas. Que ce garçon était lugubre. Chaque fois qu'il venait la "distraire", elle avait l'impression de rester figée dans une espèce d'espace-temps différent. Son esprit encore vif peinait à trouver la parade à l'ennui qui transpirait de cet homme encore jeune, bien propre sur soi, qui répugnait à ouvrir la bouche et ne s'y décidait que pour énoncer sentencieusement des phrases toutes faites, nourries à la sociologie des pages courrier des lecteurs de Libération. Quel raseur, pensa-t-elle. Elle fixa la pendule avec horreur. Il était arrivé à deux heures tapantes et il n'était pas encore la demie. Jamais elle ne le supporterait une heure de plus. "Elle aurait pu être ta mère, mais elle préférait les romantiques aux beaux parleurs," dit-elle tout à trac d'une voix enjouée. Il sursauta et se retourna d'un bloc, le cadre en miroir à la main. "Hein ?" "C'était une amie de la fille de la meilleure amie de ma sœur," énonça la vieille dame, ragaillardie. "Ta grand-mère Jeanne." Elle soupira. Il avait l'air d'un poisson rouge hors de son bassin. Son regard hésitait entre le cadre et la sortie. Elle eut pitié de lui et tendit la main. "Donne." Il s'exécuta de bonne grâce, soulagé de ne plus être sur la sellette. "Assieds-toi donc et sers-toi un whisky !" "Tatie, il est deux heures de…" "Tu crois que je suis sénile ? Je sais encore lire l'heure. Bien sûr, sans mes lunettes, je ne peux pas voir les petits caractères de ton portable, mais je vois parfaitement les aiguilles de la pendule derrière toi." Il rougit violemment, prit un verre en cristal sur le buffet et se versa un trait de whisky. La chaise grinça sous son poids quand il s'assit. "A la bonne heure," applaudit la tante. Elle posa son verre sur la table, prit le petit cadre à deux mains et lissa le visage du doigt avec affection. "Elle s'appelait Liliane. Ton père en était fou." Elle se gourmanda en le voyant se trémousser comme un gamin sur la chaise en face de la sienne. L'évocation des frasques paternelles l'avait toujours mis mal à l'aise. Elle pointa un doigt péremptoire sur la photo qui montrait une jeune personne souriante, au visage angélique encadré par une coupe courte et moderne, dont les yeux clairs fixaient un point sur la gauche de l'objectif. "Elle ne devait pas avoir plus de 16 ans sur cette photo. Et tout le monde l'adorait. Sa mère disait toujours qu'elle était trop belle pour être heureuse et trop intelligente pour ne pas s'en apercevoir." Son regard se perdit dans le vide. "Ton père l'avait rencontré à un bal. Tu sais, à l'époque, il y avait des bals pour tout et n'importe quoi. Toutes les occasions étaient bonnes. C'était la belle vie… Peut-être un quatorze juillet…" elle soupira. "Bref, je ne sais plus. Il avait été ébloui. Il ne parlait plus que d'elle, il voulait la revoir. Mais une année a passé avant qu'il ne se rende compte que Liliane était la meilleure amie de la petite Sylvia. La Sylvia qu'il taquinait le jeudi à l'âge des couettes et qu'il avait négligé à l'adolescence pour des filles moins farouches ou des femmes plus mûres." Elle regarda son neveu. Il s'était détendu et attendait manifestement la suite. Elle posa le cadre bien à plat devant elle et but une autre gorgée avec satisfaction. Les deux mains encerclaient le lourd verre, faisant tanguer le liquide qui se réchauffait doucement. "Un soir, au Ruhl, - attention, je ne te parle pas de ce bunker ignoble qu'ils ont appelé casino et qui défigure le bord de mer, - je te parle du Ruhl, celui on nous allions manger des petits fours et danser le dimanche après-midi." Elle reprit son souffle, le sourcil froncé, prête à enfourcher son cheval de bataille favori. "Je m'en souviens Tatie." "Je sais," dit-elle d'une voix faible, "je sais, mon petit." Elle fixa la photo. "C'était le Bal des Débutantes. Elle était bien trop jeune encore pour y faire son entrée, mais ma sœur savait que sa fille refuserait d'y aller seule et elle avait fait couper des robes pour les trois amies qui était inséparables à l'époque. Tout le gratin de Nice et de la Côte était là. On aurait dit la foire aux jambons. J'ai toujours trouvé cette pratique détestable, mais ta grand-mère et moi n'avons jamais eu les mêmes options politiques ni les même engagements. Cela ne la gênait pas le moins du monde de faire parader sa fille devant le gratin. Moi, j'appelle ça une vente aux enchères. Enfin, ce n'est pas le propos. Ta tante et Sylvia étaient resplendissantes mais dès que Liliane était dans la même pièce, toute l'attention se tournait naturellement vers elle. Les hommes étaient à ses pieds, devançaient ses moindres désirs; les femmes la jalousaient, l'ignoraient ou la calomniaient ouvertement. C'est ce soir-là que ton père l'a revue. C'est ce soir-là qu'elle est tombé amoureuse." "De papa ?" "Mais bien sûr que non, gros bêta ! Elle ne lui a jamais accordé qu'une attention amusée, au mieux. Du dédain, au pire. Liliane, c'était une chic fille. Pas bêcheuse, comme on disait. Ton père fréquentait la fille d'un ponte de la roulette à ce moment-là. Pourquoi il l'a laissé tombée, cette pauvre Judith, c'est un mystère pour moi, si tu veux le savoir. J'ai toujours pensé qu'il avait forgé son malheur par antisémitisme primaire. Mais encore une fois, c'est ce que je me suis dit à l'époque. Judith s'est suicidée quand il l'a plaquée et qu'il est monté à Paris après la Libération. Mais c'est une autre histoire. Non, Liliane est tombé amoureuse du meilleur ami de ton père. En fait, c'est même lui qui les a présentés. Le coup de foudre absolu, total, sans concession. Le coup de foudre qui aurait besoin de trois vies ou plus pour se savourer pleinement, celui dont on parle dans les livres, dans les épopées, un Tristan et Yseult à la niçoise, un amour voué à l'échec dès le départ." Elle fit une pause et but une dernière gorgée. Elle lui tendit son verre. Il se leva pour prendre la bouteille derrière lui. Il remplit son verre et le sien et se rassit, attentif. Elle sourit. "Oui, personne ne s'y attendait. Tu te rends compte qu'elle allait encore au lycée à ce moment-là. Georges avait une belle situation dans l'administration, une carrière toute tracée, une fiancée choisie parmi une liste de filles de bonne famille triées sur le volet. La famille de Georges n'avait rien négligé pour son fils unique. Vois-tu, Georges était marquis. Il devait hériter d'un grosse fortune et devenir duc ou comte, je ne sais plus. Tu imagines le tableau. Un véritable scandale. Quant à ton père, il lui a fallu des mois pour s'en remettre." Elle prit une grande inspiration et redressa le cadre. "C'est pour ça qu'elle aurait pu être ta mère." "… c'est tout ?" "Pour ton père, oui, mon pauvre garçon. Pour Georges et Liliane, le destin en a voulu autrement." "Ils se sont mariés ?" "Pas vraiment." Elle hésitait. Elle n'avait pas parlé de cette histoire depuis des années. Tout le monde avait oublié. "Ils ont attendu qu'elle soit majeure ?" insista le neveu. Elle haussa les épaules. "Oui et non." "Comment ça ?" "Comme je te l'ai dit, elle n'avait pas dix-huit ans et il était fiancé. N'oublie pas qu'on était majeur bien plus tard à ce moment-là. Vingt et un ans, tu te rends compte ? Trois ans de plus ? Ni Georges ni Liliane n'auraient pu attendre aussi longtemps. Non. Ils ont pleuré, se sont juré fidélité et il est remonté à Paris." "A Paris ?" "Il travaillait au ministère. J'aurai parié qu'il s'était fait muté pour mettre de la distance entre lui et ses parents. Il serait revenu pour le mariage en grande pompe à Sainte Réparate. Ensuite, il y aurait eu la lune de miel en Bourgogne, au château familial, les enfants, les vacances en Sologne…" Elle s'arrêta, serrant convulsivement le verre qu'elle n'avait pas touché. "Est-ce que tu veux des biscuits ? J'en ai dans la boîte en fer dans le buffet si tu veux." Il fit un geste de la main. Un peu trop ample. "Non merci, Tatie," articula-t-il finalement, conscient de sa rudesse. Elle hocha la tête. "Comme tu veux. Où est-ce que j'en étais ?" Il sourit. "Le mariage arrangé, la chasse à courre…" "J'ai parlé de chasse à courre ?" Elle hocha la tête et le regarda par-dessus ses lunettes à double foyer. "Non, mais j'imaginais bien ce genre de scène." Elle gloussa. "Oui, c'était tout à fait ça. Des gens odieux qui se prenaient pour le centre du monde. Un monde suranné et sectaire en tout cas," marmonna-t-elle. "Tu les connaissais ?" Il savait qu'il prenait le risque de la lancer sur un autre récit. Mais le whisky faisait son office et il reconnaissait dans les digressions de sa tante sa propre façon d'appréhender le monde. Il était curieux de voir où elle les emmènerait. "Oui. J'ai fait les ménages chez eux pendant 40 ans. Au noir." Elle eut un rire de gorge et se passa coquettement la main dans les cheveux. "De vrais cons, si tu me permets, mon petit." Il faillit avaler de travers et cacha un sourire derrière sa main. Sa grand-mère avait épousé un notable auquel elle avait fait huit enfants tandis que sa tante, célibataire endurcie, distribuait des tracts et vendait l'Humanité à la sortie des usines. "Mais Georges était un amour. A croire qu'il n'était pas le fils de son père et encore moins celui de sa mère, cette vipère aigrie. Personne n'avait prévu Liliane, l'adorable Liliane qui habitait Saint Paul de Vence." Il acquiesça. "Qu'est-ce que tu veux dire par ni oui ni non ?" "Excuse-moi ?" "Tu disais qu'ils avaient attendu…" "Ah oui ! Et bien mon petit, tu me croiras si tu veux, mais Liliane a tout lâché pour aller retrouver son amoureux. Au lieu d'aller au lycée, un matin elle a pris le premier train pour Paris. Georges avait une garçonnière près de la tour Saint Jacques. Tu ne peux pas imaginer le quartier, rien à voir avec ce qu'il est devenu aujourd'hui. Tout le secteur du Châtelet était un vrai coupe-gorge." Il croisa les jambes et s'appuya contre le dossier. Il sirotait son verre, totalement absorbé par le récit inattendu de la tante. "Elle est arrivée avec sa petite valise. Elle l'a attendu jusqu'au soir devant son garni, elle ne savait qu'il était en déplacement. Sans connaissances ni endroit où aller, elle a pris une chambre dans un petit hôtel de la rue des Lombards et elle a attendu encore. Elle ne mangeait pas, car il fallait choisir entre dormir au chaud ou se remplir le ventre. Quand il est rentré, huit jours plus tard, elle avait perdu dix kilos et l'espoir de le revoir." Le silence s'installa. Puis il prit conscience du bourdonnement électrique de l'horloge au-dessus de sa tête et se racla la gorge avant de vider son verre. Il décroisa les jambes et posa les mains à plat sur la toile cirée, empochant au passage son portable, vaguement déçu par la fin de l'histoire. La vieille dame regardait fixement quelque part au-dessus de son épaule, perdue dans ses pensées. Quand il se leva, elle leva la tête machinalement. "Tu t'en vas ? Tu ne veux pas savoir la fin ?" Gêné, il se balança d'un pied sur l'autre. "Si, excuse-moi. Je croyais…" "Comme tu veux," dit-elle. "Si, si, je veux bien savoir la fin ! Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants ?" Elle hésitait. "Pas tout à fait." Il se rassit. "Alors ?" "Alors, elle est restée à Paris. Ils étaient heureux. Il l'emmenait au restaurant. Elle se promenait sur le quai de la Mégisserie, remplissait leur chambre meublée de fleurs et de bibelots qu'elle chinait aux Puces le dimanche. Ils allaient manger des moules, ils se baladaient en bateaux mouche, ils déambulaient à la Samaritaine, ils se faisaient photographier devant le Palais Garnier ou sur la Tour Eiffel. Ils s'aimaient et Paris les aimait. Regarde dans le buffet, la porte de gauche, la boîte en carton. Non pas celle-là. Oui. Donne-la moi." Il lui tendit maladroitement un carton à chaussures rafistolé. Elle ôta avec précaution le couvercle marqué Bally et posa sur la table deux grosses enveloppes en papier fort. "Regarde." Elle lui faisait passer trois photos de différentes tailles, au bord irrégulier. Une petite et jaunie. Sur l'autre, un rond de verre avait laissé une marque. Au milieu de la troisième, très contrastée, deux paires d'yeux le fixaient. "Ils sont beaux, non ?" Il tournait les photos dans ses mains. Il se sentait comme un intrus devant un bonheur qui lui imposait son visage crâne et lui explosait à la figure. "Oui. Ils sont magnifiques. On dirait un photo de Doisn…." "Ssss…. S'il te plaît. Ne gâche pas tout." Elle agita la main, récupéra les photos, les remit dans la boîte, reposa dessus les enveloppes, referma le couvercle. "Elle était enceinte. Elle rayonnait. Elle disait qu'elle voulait se marier mais pas contre le gré de leur famille. Elle pensait qu'une fois le bébé arrivé… Qu'il mettrait tout le monde d'accord. Tu comprends." Il hocha la tête, la gorge nouée, pressentant le désastre. "George faisait de la moto. Je te l'ai dit ?" demanda-t-elle. Il fit un rapide signe de dénégation, saisit d'une angoisse impérieuse à la pensée qu'elle n'aille pas au bout de l'histoire, qu'elle parte sur des chemins de traverse et qu'il ne sache jamais quel épouvantable drame, il en était sûr à présent, son père lui avait caché toutes ses années. "Non." "Et bien, George faisait de la moto. Il a persuadé Liliane qu'ils devaient faire ce pèlerinage. C'est un village pas loin de Fécamp, je crois. Peu importe. C'est un village qui porte bonheur, tu comprends ? Liliane pensait que Georges ne voulait négliger aucun moyen de se réconcilier avec leurs familles respectives et de leur faire accepter une union qui leur faisait horreur. Lui n'était qu'un bellâtre qui avait séduit une adolescente rêveuse, elle une gourgandine prête à toutes les bassesses pour décrocher la timbale." Elle baissa la tête, à nouveau perdue dans ses pensées. La nuit tombait vite, l'ombre glissait sur la toile cirée, remplissait les recoins, dessinait l'ombre des bibelots sur le papier peint. Il faillit se lever pour allumer le lampadaire. Elle reprit ses esprits et leva la tête. "Ils sont partis au petit matin. Il voulait arriver en Normandie vers midi, déjeuner sur place, lui faire voir la mer, cette Manche si différente de sa Méditerranée. Ils avaient bien roulé. Le temps, couvert au départ de Paris, s'était dégagé à l'approche de la côte. Avant d'atteindre Fécamp, ils avaient bifurqué vers le village. La départementale filait entre les murets de pierres sèches. Georges sentait ses bras s'engourdir sous les chocs répétés des amortisseurs dans les nids de poule. A l'entrée du village, il a donné un coup de collier pour traverser le passage à niveau. La moto s'est cabrée, juste ce qu'il faut pour retomber de l'autre côté de la voie, de l'autre côté du dos d'âne. Quand il s'est garé sur la place de l'église, les cloches sonnaient à la volée. Il a coupé les gaz. Il a enlevé son casque." Il regarda sa tante et se surprit à retenir son souffle. Il les imaginait en cinémascope, devant le ciel bleu, les vieux qui sortent de l'église, qui sourient en les voyant si jeunes, si beaux, si amoureux. Elle avait baissé la tête. "C'est ton père qui m'a raconté cette histoire," dit-elle en le regardant droit dans les yeux. "Georges a enlevé son casque. Je te l'ai dit, il était engourdi. Il n'a pas remarqué tout de suite. Liliane n'était plus là. Elle a lâché prise quand il a accéléré pour passer la voie de chemin de fer." Elle hésitait. "Elle est morte sur le coup. Sa tête a heurté le ballast. Ou autre chose. C'est sans importance. Georges ne s'est jamais marié. Il s'est tué en avion, en Algérie. Ton père a épousé ta mère. Voilà." Elle éloigna le fauteuil roulant de la table et alluma la lumière. "Je suis contente que tu sois passé mon grand. Viens là que je t'embrasse." © Xeen Montpellier, le 16 février 2007 |