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      Franck Sauvage - Le magicien de la mer  

      Une aventure de Franck Sauvage 
      Le magicien de le mer 

      [~Mickey #1052] 
           Manque/ missing 
      [Mickey #1053] 
           Manque/ missing 
      [Mickey #1054] 
           Manque/ missing 
      [Mickey #1055] 
           Manque/ missing 


      [Mickey #1056] 
        Résumé : Franck Sauvage a été pris en filature dès son arrivée en 
            Angleterre par un certain W. P. Wall-Samuels. Après un premier 
            échec, ce mystérieux personnage est chargé par son chef de faire 
            savoir à "l'homme de bronze" que son ami Johnny s'est embarqué à 
            destination de l'Argentine, dans le but qu'il parte lui-même vers 
            cette contrée.. 
            A Brest, un homme a été enlevé en pleine nuit, appelant à l'aide une 
            certaine Elaine...

           - Eh oui! Nous avons réussi à l'arrêter, mes enfants, dit Paquis en 
      riant.  
           Et il donna l'ordre de déposer Wehman Mills par terre. 
           Ce dernier avait repris connaissance. Il se releva, frémissant de 
      colère. Il avait un front haut, un visage marqué de rides autour de la 
      bouche, de grands yeux brillants de rêveur. Il paraissait avoir largement 
      dépassé la soixantaine. 
           Il darda sur les autres un regard furieux, et son attitude dénotait 
      qu'il ne se trouvait pas en présence d'inconnus. 
           - Quelles sont vos intentions? demanda-t-il. 
           Vous garder sous cloche, fut la réponse. C'est tout. Le reste va 
      comme sur des roulettes. 
           A ce moment, un homme fit son entrée, Il salua les personnes 
      présentes avec désinvolture. 
           - J'arrive de la poste, annonça-t-il 
           - Il y a des nouvelles du chef? 
           - Oui, tenez 
           Le nouveau venu jeta une feuille de papier sur la table. 
           Paquis et ses compagnons se penchèrent sur le feuillet. C'était un 
      câblogramme en code, que le messager avait déjà transcrit en clair entre 
      les lignes. Adresse et signature avaient été déchirées. 
           - Je les ai brûlées, expliqua le messager. 
           Tous lurent la missive déchiffrée. 
           "Elaine Mills risque gêner si veut chercher son oncle Wehman Mills. 
      Stop. Suggère lui faire croire oncle parti pour l'Inde. Stop. Bonne idée 
      si pouvez l'inciter à le rejoindre Inde. Stop. Ne regardez pas à la 
      dépense. Stop." 
           Le suave Paquis se balança sur ses talons, et sa voix doucereuse 
      avait un accent triomphant quand il déclara 
           - Messieurs, comptez sur Paquis 
           - Comment cela? dit un des Américains. 
           - J'ai une idée mirifique ! répliqua Paquis en souriant. 
           Elaine Mills était retournée dans sa chambre comme les autres 
      pensionnaires de l'auberge, mais alors que tous s'étaient recouchés, 
      Elaine avait, au contraire, fini de s'habiller; elle n'avait plus envie de 
      dormir. 
           Dans les jolies mains fines d'Elaine Mills, il y avait une liasse de 
      feuillets qu'elle ne cessait de consulter. 
           Celui du dessus émanait d'une agence française de recherches et 
      filatures qui annonçait : 
           REGRETTONS VOUS INFORMER SOMMES INCAPABLES RETROUVER VOTRE ONCLE 
      WEHMAN MILLS. STOP. DISPARU SANS LAISSER TRACES PENDANT VOTRE SEJOUR HOTEL 
      BREST. STOP. 
           Les autres disaient à peu près la même chose. Elaine Mills avait 
      engagé des détectives privés pour rechercher son oncle et ils n'avaient 
      pas réussi à découvrir le vieil homme. 
           Un coup léger fut frappé à la porte, et le patron moustachu de 
      l'auberge annonça 
           - Un M. Smith demande à vous voir, mademoiselle. Quelques secondes 
      plus tard, Elaine Mills examinait son visiteur d'un regard inquisiteur. 
      C'était un homme massif au cou épais qui répondait à l'image classique 
      qu'on se fait d'un notaire pléthorique. Son visage s'ornait d'un pince-nez 
      et il portait une serviette. 
           - J'ai à vous communiquer un message de votre oncle, Mr. Wehman 
      Mills, déclara-t-il. Je suis son notaire. 
           - J'ignorais qu'il en avait un, dit Elaine d'un ton bref. Smith 
      poursuivit, comme s'il n'avait pas entendu 
           - Votre oncle a jugé nécessaire de s'embarquer immédiatement pour 
      l'Inde... 
           - Pourquoi ? questionna Elaine. 
           - Il ne me l'a pas précisé, dit Smith. Il m'a donné simplement la 
      somme nécessaire pour que je vous envoie le rejoindre quand il m'y 
      autoriserait. Voici le câble que je viens de recevoir. 
           Il sortit de sa serviette un papier qu'il lui tendit. La jeune fille 
      lut 
           DESOLE T'AVOIR LAISSEE SANS NOUVELLES. STOP. AFFAIRE URGENTE 
      REQUERAIT MA PRESENCE EN INDE. STOP. TOUT VA BIEN. STOP. NOTAIRE SMITH TE 
      DONNERA BILLET BATEAU ET ARGENT POUR VOYAGE. STOP. VIENS ME REJOINDRE. 
      STOP. 
           WEHMAN MILLS. 
           Elaine Mills leva les yeux et s'exclama 
           - Cela ne ressemble vraiment pas à oncle Wehman. 
           Smith sourit et murmura 
           - Tout cela me paraît parfaitement régulier dans ces circonstances. 
           Il sortit de sa serviette un paquet de billets serrés par un 
      élastique et une de ces solides enveloppes bulle dans lesquelles les 
      compagnies de navigation mettent leurs cartes d'embarquement. Il les lui 
      tendit. 
           - Un billet pour l'Inde sur un paquebot qui part demain et de 
      l'argent de poche, expliqua-t-il. 
           - Mais ne faut-il pas un passeport ? demanda Elaine. Smith hocha la 
      tête. 
           - Les notaires doivent prévoir jusqu'au moindre détail. 
           Il extirpa de sa serviette un passeport. 
           Elaine l'ouvrit et contempla avec stupeur sa propre photographie. 
           - Mais c'est une photo que j'avais donnée à oncle Wehman, 
      s'écria-t-elle. 
           - Votre oncle me l'avait confiée avant son départ, dit Smith d'un ton 
      patelin. 
           Elaine manipulait d'un air interloqué le passeport, l'argent et le 
      billet. 
           - C'est vraiment très étrange. Jamais mon oncle n'a agi de cette 
      façon. 
           Smith lui tapota amicalement l'épaule. 
           - A votre place, je ne me tracasserais pas. Votre oncle n'est pas un 
      homme ordinaire, et je présume qu'il a ses raisons pour faire ce qu'il 
      fait. 
           Elaine soupira. 
           - Probablement, dit-elle. 
           - Vous allez vous embarquer pour l'Inde, je pense? s'enquit Smith 
      d'un air indifférent. 
           Elaine hésita, puis 
           - Ma foi, oui. 
            Alors je vous souhaite une bonne traversée. 
           Sur ce propos banal, Smith ramassa sa serviette et prit congé. 
           Cinq minutes plus tard, Smith rejoignit Paquis qui l'attendait à 
      quelques maisons de là dans une petite voiture de marque française. 
            Alors, demanda Paquis. Tout a bien marché? 
           - Comme sur des roulettes. 
           - Elle s'embarque pour l'Inde? 
           - Elle l'a dit. 
           Paquis poussa un soupir de satisfaction en mettant le contact. 
           - Une idée magnifique, s'exclama-t-il. Elaine Mills va s'en aller. La 
      traversée est longue jusqu'en Inde. La jeune demoiselle ne nous dérangera 
      pas pendant quelque temps. 
           Paquis était trop optimiste. 
           Elaine Mills resta figée dans le vestibule de l'auberge, l'esprit en 
      déroute, les yeux fixés sur les papiers que lui avait donnés Smith. Elle 
      avait compté l'argent et s'était aperçue qu'il y en avait à peine assez 
      pour les pourboires qu'attendrait le personnel du bateau au cours d'une 
      aussi longue traversée, mais cela n'éveilla en elle aucun soupçon parce 
      que Wehman Mills ne se montrait généralement pas très prodigue. 
           - Pauvre oncle Wehman, murmura-t-elle, Il n'a jamais gagné beaucoup 
      d'argent. J'espère qu'il a découvert maintenant une affaire qui 
      l'enrichira. 
           Elaine consulta sa montre-bracelet et découvrit que l'heure était 
      très avancée. 
           - Je ferais bien de commencer mes valises, conclut-elle, et elle se 
      dirigea vers l'escalier. 
           Un reflet métallique sous une chaise attira son regard. Curieuse, 
      Elaine se pencha. C'était une montre de gousset, un chronomètre assez 
      massif, un article d'usage. 
           Elaine retourna la montre et eut une exclamation étouffée. Elle la 
      reconnaissait. Elle ouvrit le boîtier et lut l'inscription gravée à 
      l'intérieur 
           A mon oncle Wehman Mills, de la part d'Elaine. 
           Elle comprit aussitôt ce que signifiait la présence de la montre en 
      ce lieu. 
           Renonçant à monter dans sa chambre, elle sortit pour se rendre au 
      poste de police voisin. Un agent bon enfant était de service. Il reconnut 
      sa visiteuse. 
           - Ah, c'est vous la demoiselle qui a perdu son oncle, dit-il en fort 
      bon anglais. Nous n'avons malheureusement découvert aucun indice le 
      concernant. 
           - Moi, j'en ai un, répliqua Elaine. 
           Et elle lui expliqua brièvement l'incident qui venait de se produire 
      à l'auberge. 
           - Je suis convaincue qu'il lui est arrivé malheur, ajouta-t-elle. On 
      a dû l'enlever alors qu'il essayait de me rejoindre. 
           - Votre oncle.., quelle est sa profession? demanda l'agent. 
           - Il est chimiste et inventeur, répondit Elaine. 
           L'agent prit sur son bureau quelques feuillets attachés ensemble 
      qu'il compulsa, puis il se renversa en arrière dans son fauteuil grinçant. 

           - Votre oncle n'a-t-il pas eu des ennuis aux Etats-Unis parce qu'il 
      avait vendu les actions d'une mine sans valeur? demanda-t-il avec 
      politesse. 
           Elaine rougit. 
           - Ce n'est pas sa faute. Il avait inventé un procédé d'extraction des 
      métaux. Des gens ont financé son entreprise en s'assurant les bénéfices de 
      l'opération. Malheureusement le procédé n'a rien donné de bon. Alors, ils 
      se sont tournés contre lui et ont porté plainte. Ils n'ont pas agi 
      loyalement. Mon oncle avait perdu plus d'argent qu'eux. 
           L'agent hocha gravement la tête. 
           - N'est-il pas vrai que Monsieur votre oncle a imaginé bon nombre 
      d'inventions qui se sont révélées des échecs? 
           - Je ne vois pas quel rapport cela peut avoir avec ce qui lui arrive, 
      rétorqua Elaine. 
           Le policier sourit et dit 
           - Vous pouvez être certaine, mademoiselle, que nous allons poursuivre 
      notre enquête. 
           Dans la rue, Elaine s'arrêta et se mordit la lèvre inférieure. 
           - Oh, flûte ! s'exclama-t-elle avec colère en tapant du pied. 
           Un crieur de journaux qui se trouvait à quelques mètres de là se 
      méprit sur le sens de son exclamation et crut qu'elle voulait un journal. 
      Il s'approcha aussitôt avec son éventaire qu'il vanta d'un accent 
      volubile. 
           Elaine avait assez d'expérience pour savoir que le meilleur moyen de 
      s'en débarrasser était de lui acheter un quotidien. Pas un journal de 
      Brest ou de Paris, puisqu'elle n'avait qu'une connaissance imparfaite du 
      français, mais un journal de Londres. 
           FRANCK SAUVAGE VIENT EN ANGLETERRE 
           Cela lui rappela vaguement des événements passés. Elle lut les 
      sous-titres et l'article. 
           L'HOMME MYSTERIEUX CE SOIR A SOUTHAMPTON 
           Franck Sauvage doit arriver ce soir à Southampton, à bord d'un 
      paquebot en provenance de New York. 
           C'est un homme mystérieux, ce Franck Sauvage, probablement 
      l'incarnation d'une des plus surprenantes combinaisons de science et de 
      courage que l'on puisse rencontrer dans le monde. Sa culture est immense, 
      ses connaissances en électricité, chimie, géologie, archéologie, 
      mathématiques et autres sont inégalées. C'est un esprit génial. 
           A ses facultés mentales correspondent ses capacités physiques. Un 
      entraînement scientifique suivi depuis l'enfance lui a donné une puissance 
      musculaire quasi surnaturelle. 
           Ce qu'il y a de plus étrange chez lui, pourtant, c'est peut-être sa 
      profession : il aide ceux qui sont dans l'ennui et punit les méchants. On 
      dit qu'il n'accepte aucune rémunération financière pour ce qu'il fait. 
           Franck Sauvage vient en Angleterre assister un de ses collègues, 
      William Harper Littlejohn, archéologue et géologue réputé, qui donne en ce 
      moment une série de conférences à l'Académie des sciences. 
           William Harper Littlejohn fait partie du groupe qui s'est associé à 
      Franck Sauvage dans son étrange carrière. Les quatre autres membres de ce 
      groupe sont un avocat, un chimiste, un ingénieur et un spécialiste en 
      électricité, tous célèbres dans leur profession. On dit pourtant que 
      chacun d'eux est surclassé dans son propre domaine par Franck Sauvage, ce 
      "superman". 
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1057] 
        
        Résumé :  Frank Sauvage est arrivé en Angleterre. Peu avant, un de 
            ses amis a disparu. 
            A Brest, Wehman Mills a été enlevé en pleine nuit. Elaine Mills 
            reçoit bientôt un mystérieux personnage qui prétend être le notaire 
            de son oncle Wehman. Il lui remet de sa part de l'argent et un 
            billet pour les Indes. Mais la jeune femme est sur ses gardes...

           - Bonté divine! s'exclama Elaine Mills, qui jeta un coup d'oeil au 
      nom du journal, pensant qu'elle avait pris l'équivalent anglais d'un 
      journal à sensation. Mais non, c'était un des quotidiens les plus sérieux 
      de Grande-Bretagne. 
           Que ce journal fasse un tel panégyrique de quelqu'un et d'un 
      Américain en particulier était inhabituel. Il était connu pour ne pas se 
      montrer tendre envers les Américains. 
           Elaine replia lentement le journal, absorbée par ses réflexions. 
           Elle se remémorait ce qu'elle avait entendu dire de cet homme 
      mystérieux. Les journaux mentionnaient souvent son nom. Récemment, un 
      criminel plein d'astuce avait imaginé d'utiliser un sous-marin dans le 
      port de New York pour échapper aux poursuites, et Franck Sauvage avait mis 
      fin à ses exploits. 
           Peu de temps auparavant, une révolution avait avorté dans un pays des 
      Balkans, et la rumeur en avait attribué le mérite à Franck Sauvage. Il 
      semblait toujours être là à point nommé quand tout menaçait de mal 
      tourner. 
           - Il doit être à la hauteur, songea Elaine Mills, sans quoi ce 
      journal collet monté ne lui consacrerait pas un article aussi 
      enthousiaste. 
           Elle prit une décision. Fourrant le journal sous son bras, elle 
      parcourut les rues étroites de Brest en quête d'un taxi. Vingt minutes 
      plus tard, elle était au bureau de la compagnie maritime qui avait délivré 
      son billet pour l'Inde. 
           Elle dut discuter ferme. L'employé leva les bras au ciel. Elaine 
      resta sur ses positions. Finalement, elle obtint le remboursement de son 
      billet et en acheta un autre à destination de Southampton, où Franck 
      Sauvage devait être arrivé. 
           Elaine avait résolu de demander son aide à cet homme mystérieux pour 
      retrouver son oncle. 
           Après son départ, l'employé de la compagnie maritime resta un peu 
      soucieux. Il médita un moment, et le résultat fut qu'il décrocha le 
      téléphone et appela le numéro du corpulent M. Smith, l'acquéreur du billet 
      dont Elaine venait de récupérer le montant en espèces. 
           Il voulait savoir s'il avait bien fait de rembourser cet argent. 
           Smith le remercia, puis demanda où était allée la jeune fille une 
      fois l'argent reçu. Il lui fut répondu qu'elle avait pris un passage à 
      destination de Southampton sur un vapeur qui assurait la traversée 
      régulière de la Manche. 
           Smith s'enquit du nom du bateau. 
           L'employé raccrocha en pensant que ce Smith était un bien brave 
      homme. Il se serait bouché les oreilles s'il avait pu l'entendre ensuite 
      jurer à faire rougir un corps de garde. 
           - Que se passe-t-il? demanda Paquis. 
           - Une catastrophe ! La donzelle a éventé la mèche, expliqua Smith, 
      utilisant à nouveau son argot familier. 
           Paquis ne se démonta pas. 
           - Ah ! alors il faut que j'exerce encore ma remarquable intelligence. 

           La Colombe était le nom du bateau que devait prendre Elaine Mills. Il 
      ressemblait plutôt à un malheureux corbeau qui aurait essuyé le feu d'une 
      carabine chargée de rouille en guise de chevrotines. Son étrave était 
      massive, peinte en noir, et sa superstructure avait besoin d'un bon coup 
      de peinture ou d'un lessivage à fond. 
           Son unique cheminée était très haute et semblait trop grosse pour un 
      navire de son gabarit Elle crachait une prodigieuse quantité de fumée 
      noire et d'escarbilles qui s'abattaient sur le pont et noircissaient la 
      figure des voyageurs. 
           Elaine Mills regardait, par le hublot de sa cabine, Brest qui 
      disparaissait. 
           Quand elle fut sûre de se trouver au large, Elaine se dirigea vers la 
      cabine du radio ; elle désirait envoyer un message à Franck Sauvage pour 
      solliciter son aide. 
           Elle ne l'envoya pas. Dans la cabine de transmission, elle trouva le 
      capitaine de La Colombe et deux de ses hommes qui étaient fort embarrassés 
      : pendant une absence du radio, un vandale avait démoli à coups de marteau 
      l'appareil émetteur. 
           Elaine Mills frissonna. Elle songea au petit pistolet qu'elle avait 
      laissé dans son sac à main. C'était un pistolet d'alarme qui n'était pas 
      fait pour abattre un adversaire, mais il pouvait rendre service en cas de 
      difficultés. 
           La jeune femme revenait en courant à sa cabine quand un bruit 
      derrière elle dans la coursive l'incita à se retourner. Elle pivota sur 
      ses talons et ouvrit aussitôt la bouche pour appeler à l'aide. 
           Elle avait devant elle le touriste ivre de l'auberge. Il bondit et 
      plaqua la main sur la bouche d'Elaine, étouffant son cri. 
           Elle le mordit. Il jura, sortit d'une poche un foulard de soie et la 
      bâillonna. Puis il la souleva et l'emporta dans la cabine voisine. 
           - Mordre Paquis, voyez-vous ça ! dit-il. J'ai bonne envie de vous 
      mettre K.O., mademoiselle. 
           Elaine ne l'écoutait pas. Elle regardait les autres occupants de la 
      cabine. Six ou sept en tout, dont elle n'avait déjà vu qu'un seul. Le gros 
      qui, sous le nom de Smith, avait prétendu être le notaire. 
           Ils aidèrent Paquis à l'attacher sur une chaise, sans se soucier des 
      regards glacés qu'elle leur décochait. 
           Smith avait disparu pour une mission qui cessa vite d'être 
      mystérieuse : il revint avec le sac à main d'Elaine. Celui-ci fut ouvert 
      et son contenu répandu sur le plancher. Le pistolet d'alarme apparut et le 
      journal plié. 
           Les hommes parcoururent le journal, et Paquis, justifiant set 
      prétentions de haute intelligence, fut le premier à comprendre son 
      importance. 
           - Ce Franck Sauvage ! s'exclama-t-il. Messieurs, la jeune dame ici 
      présente allait certainement demander son aide. 
           - Diable ! s'écria Smith d'une voix étranglée. 
           Il était devenu blême. Il se dirigea vers les bagages du groupe, y 
      prit une horrible valise jaune et se hâta vers la porte. 
           - Qu'y a-t-il? demanda Paquis avec surprise. Qu'est-ce qui vous 
      prend? 
           Smith fit la grimace. 
           - Vous n'avez jamais entendu parler de ce Franck Sauvage ? 
           Paquis haussa vaguement les épaules. 
           - Si, vaguement. 
           - Vaguement ! répéta Smith d'un ton sarcastique. C'est bien comme 
      cela que vous vous en souviendrez si toutefois vous êtes encore en mesure 
      de vous rappeler quoi que ce soit. 
           - Vous semblez bien connaître ce M. Sauvage, gronda Paquis de sa voix 
      féline. 
           - Un de mes amis a essayé un jour de l'estourbir. 
           L'intérêt de Paquis s'éveilla. 
           - Qu'est-il advenu de cet ami? Racontez-nous ça. 
           Smith fit passer la valise jaune d'une main dans l'autre en 
      réfléchissant. Non seulement il était blême, mais son front luisait de 
      sueur. 
           - Il lui est arrivé quelque chose de bizarre, finit-il par dire. 
      Sauvage l'a attrapé et il doit lui avoir trafiqué quelque chose dans la 
      tête, pauvre diable. Quand je l'ai rencontré ensuite, il ne m'a pas 
      reconnu. Il ne reconnaissait plus aucun de ses anciens camarades. Le 
      malheureux a pris un emploi dans une fabrique d'emballages et il y 
      travaille toujours, honnête comme pas deux. Il ne se rappelle plus rien de 
      ce qu'il a fait avant de rencontrer Franck Sauvage. 
           - Très intéressant, remarqua Paquis en éclatant de rire. 
           - Je vais vous confier un secret que notre chef n'a encore partagé 
      qu'avec moi, poursuivit-il en souriant. Un des amis de ce Sauvage, le 
      dénommé William Harper Littlejohn, à été assez fou pour se risquer dans 
      les parages du Wash à la recherche du fantôme du roi Jean. Nos hommes ont 
      jugé nécessaire de lui mettre la main au collet et il est maintenant en 
      leur pouvoir. 
           - Miséricorde! gémit Smith. Autant dire que nous sommes fichus ! Ce 
      Sauvage va... 
           - Il ne va rien faire du tout, monsieur, riposta Paquis. Franck 
      Sauvage s'est laissé leurrer par notre estimable chef. 
           - Que voulez-vous dire? demanda Smith. 
           - En ce moment même, Franck Sauvage est en route pour l'Amérique du. 
      Sud, attiré sur une fausse piste, expliqua Paquis qui recommença à pouffer 
      de rire. 
           Franck Sauvage n'était pas en route pour l'Amérique du Sud. 
           Se doutant que le bateau à destination du continent sud-américain 
      serait surveillé par ses mystérieux ennemis, il avait pris ses 
      dispositions. Un remorqueur avait rejoint le navire à bonne distance du 
      port. Franck, Gorille, Ted et Cicéron étaient montés à son bord et avaient 
      été débarqués sur un point de la côte où il y avait peu de chances qu'on 
      les remarque. 
           Toute l'affaire de ce faux départ avait été menée si rondement que 
      Ted et Gorille n'y avaient pas compris grand chose. 
           - Comment diable as-tu su que cet embarquement de Johnny pour 
      l'Amérique du Sud était simulé? demanda Gorille. 
           - Te rappelles-tu que ce bonhomme qui se faisait passer pour 
      détective, ce Wall-Samuels, téléphonait au drugstore juste avant que vous 
      ne l'appréhendiez? 
           Gorille hocha la tête 
           - Oui. 
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1058] 
        
        Résumé : Franck Sauvage est arrivé en Angleterre. Peu avant, un de 
            ses amis a disparu... 
            À Brest, Wehman Mills a été enlevé en pleine nuit. Elaine, sa nièce, 
            se trouve bientôt face à un mystérieux notaire qui lui remet de la 
            part de son oncle un billet à destination de l'Inde. La jeune fille 
            décide de ne pas s'y rendre et d'aller en Angleterre pour y 
            rencontrer Franck Sauvage. Durant le trajet, elle est kidnappée par 
            deux hommes...

           - Te rappelles-tu que je vous ai quittés après son entrée dans la 
      cabine téléphonique et que je vous ai recommandé à ce moment-là de le 
      surveiller et de l'arrêter quand il sortirait? dit Franck. 
           Gorille acquiesça. 
           - Tu as fait le tour du drugstore pendant que nous montions la garde? 

           - Exactement. Je n'ai pas eu de mal à repérer par où passaient les 
      fils du téléphone et à brancher une écoute dessus. 
           Gorille sourit. 
           - A qui parlait ce Wall-Samuels? 
           - A un correspondant qu'il n'a pas nommé et qui lui a expliqué avec 
      soin l'histoire à raconter pour nous inciter à partir vers cette lointaine 
      Amérique. 
           - Pourquoi diable se donnait-il cette peine ? s'enquit Gorille. 
           - Il s'agit d'une affaire assez mystérieuse à laquelle sont mêlés le 
      fantôme de Jean sans Terre, un homme appelé Wehman Mills et une jeune 
      fille qui est la nièce de Mills. 
           - Je ne vois toujours pas en quoi cette affaire nous concerne, se 
      lamenta Gorille. 
           - A cause de Johnny, répondit Franck. 
           - Johnny ? 
           - Apparemment, Johnny est allé se renseigner sur ce fantôme, expliqua 
      Franck. Il a été capturé. 
           - Il a été quoi ? s'exclama Gorille. Quand ? Où ? 
           - A proximité du Wash, dit Franck. Et cela a dû se produire cette 
      nuit même. 
           Il héla un taxi. 
           - Conduisez-nous au plus proche aéroport d'où nous puissions prendre 
      l'avion pour Londres, demanda-t-il. 
           Le taxi s'ébranla bruyamment. 
           - Où allons-nous? questionna Gorille. 
           - Pendant que Wall-Samuels téléphonait, on a réussi à identifier son 
      correspondant, répliqua Franck. Il avait appelé le bureau d'un certain 
      Benjamin Gilstein, dans Fleet Street, à Londres. 
           - Benjamin Gilstein, répéta rêveusement Ted. Tu le connais, Franck? 
           L'homme de bronze hocha négativement la tête. 
           L'aéroport de Southampton était déjà en pleine activité à cette heure 
      matinale, car c'est le point de départ de lignes desservant les îles de la 
      Manche. Une autre ligne assurait la liaison avec Londres et le premier 
      appareil de la journée s'apprêtait à décoller. 
           Fleet Street est une rue de Londres qui commence à Ludgate Circus et 
      conduit au Strand et dans le West End. C'est une des artères les plus 
      animées de la capitale anglaise. Sa renommée tient surtout au fait que les 
      grands journaux d'Angleterre y ont établi leur quartier général, ainsi que 
      des maisons d'édition et autres professions qui tirent leur subsistance de 
      l'imprimé. 
           L'époque moderne est l'ère par excellence des spécialistes. Benjamin 
      Gilstein appartenait à cette catégorie. Son domaine était la publicité. 
           C'était un personnage corpulent, au teint rubicond, qui portait des 
      guêtres et laissait pendre un pince-nez au bout d'un ruban. Les reporters 
      impécunieux étaient toujours sûrs de pouvoir lui emprunter quelques 
      billets de banque ; il était donc bien vu dans le monde de la presse. Son 
      métier le voulait ainsi : les journalistes qu'il aidait lui rendaient la 
      pareille en insérant sa publicité. 
           En dépit de l'heure matinale, des reporters aux yeux brouillés de 
      sommeil se rassemblaient déjà dans le bureau confortablement meublé de 
      Benjamin Gilstein, dans Fleet Street. Ils grommelaient quelque peu d'avoir 
      été frustrés de leur repos, mais il les avait convoqués par téléphone en 
      leur annonçant une nouvelle propre à ébranler la terre entière. 
           - C'est formidable, messieurs, leur dit Gilstein en les accueillant. 
      J'attends pour vous en parler que tous soient arrivés. 
           Il connaissait la plupart des grands journalistes de Londres, mais 
      deux des arrivants avaient une physionomie dont il ne se souvenait pas. En 
      outre, ils n'entrèrent pas ensemble. 
           Le premier était un gaillard aux larges épaules, rasé de près, très 
      pâle de teint, portant des lunettes en écaille aux verres épais. Il avait 
      un ventre proéminent et boitait très bas. Il fumait un gros cigare qui 
      sentait mauvais. 
           L'autre, qui survint près d'une demi-heure plus tard, était un garçon 
      maigre avec deux grosses dents en or sur le devant et une expression 
      perpétuellement agacée. Ses vêtements déformés auraient eu grand besoin 
      d'aller chez le teinturier. Il parlait avec un fort accent italien. 
           Il expliqua qu'il travaillait pour le syndicat des journaux italiens 
      et qu'il venait d'obtenir cet emploi. 
           Le premier avait dit être reporter au Crown Daily. 
        
           Benjamin Gilstein distribua d'excellents cigares, puis prit une 
      profonde aspiration. 
           - Messieurs, annonça-t-il majestueusement, je vais vous annoncer une 
      des plus grandes nouvelles du vingtième siècle Ce que je vais vous dire va 
      probablement bouleverser l'économie mondiale. C'est stupéfiant, c'est 
      colossal, comme on dit à Hollywood. 
           - Trêve de superlatifs ! s'exclama un journaliste. Expliquez plutôt 
      de quoi il s'agit. Nous verrons bien si cela vaut une ligne ou deux en 
      page intérieure. 
           Gilstein répliqua patiemment 
           - Vous mettrez cette nouvelle-là en première page. Tous les journaux 
      du monde la publieront en première page. 
           - Mais quelle nouvelle? répéta le journaliste. 
           - Messieurs, savez-vous de quels ingrédients se compose l'eau de mer? 
      questionna-t-il. 
           - D'eau, dit un plaisantin. 
           - D'eau salée, dit un autre. Avec addition de baleines, requins et 
      poissons assortis. 
           - Je vous en prie, parlons sérieusement, reprit Gilstein. L'eau de 
      mer contient en solution à peu près trente-deux corps simples sur les 
      quatre-vingts que l'on a dénombrés à ce jour. Dans l'eau de mer, vous 
      trouverez en plus du sel (chlorure de sodium), du gypse, du cuivre, du 
      zinc, du nickel, du plomb, du cobalt, du manganèse, du bromure, du 
      chlore... 
           - Nous vous croyons sur parole, interrompit un des assistants. Où 
      voulez-vous en venir? 
           - Taisez-vous et écoutez. Il y a une autre substance dans l'eau de 
      mer. C'est l'or. 
           L'assistance resta amorphe. 
           - L'or! répéta Gilstein d'une voix tonnante. 
           - Est-ce que nous devons applaudir? demanda un assistant, 
      sarcastique. 
           Benjamin Gilstein commençait à transpirer. Les journalistes se 
      montraient bien peu disposés à l'égard des attachés de presse ce matin-là. 

           - L'or à l'état naturel dans l'eau s'y trouve en suspension sous 
      forme colloïdale, reprit-il. Il y a approximativement cinquante millions 
      d'or dans quatre milliards de mètres cubes d'eau... Il y a près de douze 
      cent mille trillions de mètres cubes d'eau de mer sur la Terre. Ce qui 
      donne une valeur totale d'or de... 
           - Ne le dites pas! gémit un reporter. Pas en ma présence, je suis 
      fauché ! Où voulez-vous en venir ? 
           - Messieurs, on vient de découvrir un procédé permettant d'extraire 
      l'or de l'eau de mer. 
           Les journalistes notèrent l'information. Ayant déjà eu affaire à des 
      attachés de presse, ils prenaient tout ce qui venait d'eux avec beaucoup 
      de précautions. Leur situation dépendait en grande partie de leur 
      prudence. 
           - Pas question de publier ça, dit l'un d'eux. Si nous écrivons un 
      article là-dessus, quelqu'un en profitera pour ramasser un joli paquet 
      d'argent en Bourse. C'est le but cherché, n'est-ce pas ? 
           - Au contraire, même avec cent millions vous ne pourriez pas acheter 
      une seule action concernant cette entreprise, riposta aussitôt Gilstein. 
           - Quand sera construite l'usine pour extraire l'or? demanda 
      quelqu'un. 
           - Elle est déjà terminée. 
           A cette réponse, les journalistes dressèrent l'oreille. Elle faisait 
      passer l'affaire de la catégorie des inventions publicitaires à celle des 
      nouvelles authentiques. 
           - A quel endroit? questionna le reporter boiteux et ventripotent. 
           - Avez-vous déjà entendu parler de Magna Island ? dit Gilstein. 
           - Naturellement. C'est une île minuscule proche des côtes anglaises. 
      Elle a le statut de monarchie indépendante, mais est placée sous 
      protectorat britannique. Elle ne paie pas d'impôts et nous autres Anglais 
      n'avons pas droit de regard sur son gouvernement ou ce qui s'y passe, 
      répliqua l'un des deux journalistes que Gilstein n'avait jamais vus avant 
      ce conclave. 
           - Le bruit a couru qu'un magnat américain en rupture de ban avait 
      l'intention d'acheter cette île pour s'y établir en toute sécurité, dit un 
      autre journaliste. 
           - Magna Island vient d'être achetée, déclara tranquillement Gilstein. 
      C'est là que fonctionne dès à présent l'usine pour extraire l'or de la 
      mer. 
           - Pouvez-vous le prouver, monsieur? s'enquit le journaliste maigre au 
      visage renfrogné et à l'accent italien. 
           - J'y suis tout prêt, riposta son interlocuteur. Messieurs, si vous 
      êtes d'accord pour louer un avion, je vous accompagnerai bien volontiers à 
      Magma Island où vous visiterez l'usine. De plus, je vous garantis que 
      chacun de vous emportera comme preuve un petit échantillon de cet or 
      marin. 
           - Pouvons-nous emmener avec nous un expert? 
           - Bien entendu. 
           Un reporter resté sceptique demanda 
           - Dites donc, vous êtes vraiment sûr qu'il ne s'agit pas d'une 
      manoeuvre pour faire baisser l'or en Bourse? 
           - Absolument pas, affirma Gilstein. 
           - Quel est le savant qui extrait cet or de l'eau de mer ? 
           - Benjamin Gilstein prit la voix solennelle qui convenait pour 
      répondre 
           - Un inventeur américain nommé Wehman Mills. 
           La réunion prit fin, car les reporters voulaient téléphoner la 
      nouvelle à leur journal et obtenir l'autorisation d'aller visiter Magna 
      Island. 
           Cependant, le journaliste ventripotent et boiteux s'arrangea pour 
      retrouver son confrère à l'accent italien dans un coin du vestibule au 
      rez-de-chaussée. 
           - Cette "brioche" te va admirablement, Gorille, s'exclama le faux 
      Italien. 
           L'autre eut un sourire ironique. 
           - Ce costume te va à la perfection, Ted. 
           Ledit Ted reprit la moue qu'il avait effacée de ses traits. Son goût 
      de l'élégance s'offusquait du costume défraîchi qu'il avait dû arborer 
      comme déguisement. 
           Leurs amis et connaissances auraient eu du mal à reconnaître Ted et 
      Gorille sous leur présent aspect : Franck Sauvage les avait 
      merveilleusement grimés. 
           Gorille, abandonna ses taquineries pour demander 
           - Que penses-tu de cette histoire d'extraction d'or? 
           - De la blague! dit Ted. 
           - Pas du tout, répliqua Gorille. C'est faisable. Et cela a même été 
      réalisé en laboratoire, mais les frais ont toujours excédé la valeur de 
      l'or récupéré. 
           Ted haussa les épaules. 
           - Allons en parler à Franck. 
           Ils sortirent de l'immeuble et se rendirent dans un petit hôtel à 
      quelque distance de là, dans la même rue. Franck Sauvage y avait pris une 
      chambre. Il était assis près d'un poste de téléphone, Cicéron - le 
      porcelet de Gorille - à côté de lui. 
           - Je viens de donner quelques coups de téléphone, annonça Franck. 
      Johnny, à ce qu'il paraît, a loué un avion pour se rendre à Swineshead, un 
      village proche du Wash. Il a posé des questions au sujet du fantôme du roi 
      Jean dans les bars du pays, puis il a disparu et personne n'en a plus 
      entendu parler. 
           - C'est bizarre, murmura Gorille. 
           - Qu'avez-vous appris chez Benjamin Gilstein ? demanda Franck. 
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1059] 
        
        Résumé : Franck Sauvage, contrairement a ce qu'espérait 
            Wall-Samuels, ne s'est pas embarqué à destination de l'Amérique du 
            Sud. Il a réussi à écouter la conversation téléphonique que le faux 
            détective privé a eue avec un mystérieux correspondant au cours de 
            laquelle il etait question du fantôme du roi Jean sans Terre, de 
            Wehman Mills et de sa nièce Elaine. Benjamin Gilstein, de chez qui 
            téléphonait le correspondant de Wall-Samuels, donne bientôt une 
            conférence de presse où il annonce qu'une usine vient d'être créée a 
            Magna Island on y procède a l'extraction de l'or en suspension dans 
            l'eau de mer.

           En complétant le récit de l'autre, Ted et le Gorille  lui racontèrent 
      l'histoire de la découverte qui permettait d'extraire de l'océan le 
      précieux métal jaune et  conclurent en annonçant que ces messieurs de la 
      presse avaient été invités à se rendre dans Magna Island pour visiter la 
      nouvelle usine. 
           - Qu'allons-nous faire à propos de cette histoire d'or ? dit Ted. 
           - Continuez à jouer les journalistes, suggéra Franck, et allez dans 
      cette île. Gorille, qui est un des meilleurs chimistes de notre époque 
      verra bien s'il s'agit d'une supercherie. 
           - Mais supposons que les gens s'aperçoivent que nous ne sommes pas 
      journalistes ? objecta Gorille. 
           - Ce n'est guère probable, répliqua Franck. Je me suis mis en rapport 
      avec les journaux pour lesquels vous êtes censés travailler. Votre nom a 
      été ajouté sur la liste des employés pour le cas ou il y aurait des 
      vérifications. 
           Ted et Gorille ne marquèrent pas d'étonnement. Ils savaient que 
      Franck Sauvage pensait à tout ou presque et soignait les moindres détails. 

           - Quel est ton but, Franck? demanda Gorille. 
           - Johnny, dit l'homme de bronze. Il faut que nous le retrouvions. 
           - Nous ferions peut-être mieux de t'accompagner, dit Ted avec espoir. 

           - Non. Elucidez cette affaire d'or et d'eau de mer. Et tâchez de vous 
      renseigner sur ce Wehman Mills qui est le découvreur du procédé. 
           - Nous lui demanderons une interview, dit Gorille en riant. 
           - J'en doute, rétorqua Franck. 
           - Ah ? Pourquoi donc ? 
           - D'après la conversation téléphonique que j'ai surprise entre 
      Wall-Samuels et le mystérieux chef de son organisation, il semble que 
      Wehman Mills se soit échappé et que le gang s'efforce de le récupérer. 
      Cela s'est passé à Brest où Mills a une nièce. 
           - Veux-tu que l'un de nous aille enquêter du côté de Brest ? Ce 
      serait peut-être utile ? proposa Gorille. 
           - Nous verrons cela plus tard, répliqua Franck. Johnny est plus 
      important. Et je crois que vous obtiendrez plus de résultats tous les deux 
      en tirant au clair l'histoire de Benjamin Gilstein et de son or sorti de 
      la mer. 
           - Je me demande quel rôle joue Wehman Mills dans cette affaire, dit 
      rêveusement Gorille. Et à quoi diable tout cela veut-il aboutir. 
           A bord de La Colombe, Elaine Mills se posait la même question. Ses 
      tentatives pour appeler à l'aide avaient échoué et elle commençait à avoir 
      très peur. Elle était  étroitement ligotée et bâillonnée. 
           Bien qu'elle eût écouté ce que disaient ses ravisseurs. elle n'avait 
      pas réussi à comprendre le pourquoi de leurs manigances. 
           Paquis, l'homme à la voix féline, était absent depuis quelques 
      instants. Il réapparut soudain et cligna de l'oeil à l'adresse de Smith 
      qui était resté pour garder Elaine. 
           - J'ai trouvé la façon de nous débarrasser de la demoiselle, 
      annonça-t-il. Nous sommes maintenant des médecins, monsieur. Veillez à en 
      prendre l'allure. 
           - Vous êtes dingue ? s'exclama Smith. 
           Paquis exhiba une petite bouteille qu'il tira de sa poche. Ceci, 
      monsieur, est une drogue qui fera perdre la tête à mademoiselle. Elle 
      commencera par avoir sommeil, puis perdra conscience. 
           - Je ne comprends pas, marmotta Smith. 
           - Nous sommes médecins, répéta Paquis. La malheureuse jeune fille 
      dont nous nous occupons est atteinte de folie et nous sommes obligés de la 
      maintenir sous l'influence de sédatifs. Nous la conduisons dans une 
      institution anglaise. 
           - Vous voulez dire que nous allons la mettre dans un asile de fous ? 
           - Exactement ! dit Paquis en souriant. 
           - Ca ne marchera pas. 
           - Ce sera simple, au contraire, assura Paquis. Notre chef s'en 
      occupera. Mademoiselle sera complètement hors circuit. 
           - Smith rit à son tour. 
           - Mes compliments ! Vous avez de ces idées 
           Sous cet éloge, Paquis se rengorgea. Il plaça les pouces dans les 
      entournures de son gilet et se balança sur ses talons. 
           - Les Anglais ne se pressent jamais de libérer les personnes qu'ils 
      ont internées, monsieur, dit-il avec un large sourire. Elaine Mills ne 
      sortira de là que dans plusieurs mois... et, d'ici là, notre entreprise 
      sera terminée depuis longtemps. 
           Elaine Mills gardait une immobilité absolue, se détendant au maximum 
      pour que ses liens ne provoquent pas trop d'engourdissement musculaire. 
           Sur le moment, ce que ces hommes se proposaient de faire d'elle ne 
      lui avait pas paru particulièrement inquiétant ; mais à y bien réfléchir 
      la perspective manquait de charme. Dans un asile psychiatrique, elle 
      serait dans l'impossibilité absolue de venir en aide à son oncle. Si elle 
      racontait ce qui lui était arrivé ce soir, on prendrait son histoire pour 
      le délire d'un esprit dérangé. 
           Elle se redressa subitement, aussi droite que ses liens le lui 
      permettaient. Puis elle s'affaissa ; sa tête tomba en avant. 
           - Qu'a donc cette gamine ? grommela Smith. 
           Paquis examina la jeune fille d'un air indécis, puis il s'approcha et 
      lui tâta le pouls. Il pencha la tête, guettant un bruit de respiration. Il 
      n'entendit rien. 
           - Dépêchons-nous ! s'exclama-t-il. Vite ! Détachons-la !  
           - Que se passe-t-il ? s'enquit Smith. 
           Il faut lui ôter son bâillon, dit Paquis. Smith s'emporta. 
           - Dites donc ! Je vous ai posé une question... 
           Vous ne savez pas que les gens qui ont des végétations risquent de 
      s'étouffer quand ils sont bâillonnés ? riposta Paquis. Ils ne peuvent 
      respirer que par la bouche, et le bâillon les en empêche. 
           Smith se précipita pour l'aider à détacher le foulard. Prêtant 
      l'oreille et n'entendant pas la jeune fille respirer, il parut soudain 
      inquiet. 
           - Si elle est morte, nous voilà dans de beaux draps gémit-il. 
           - Elle n'est qu'évanouie, répliqua Paquis. Mais il faut la ranimer, 
      sinon elle mourra. 
           Et la mort de la jeune fille lancerait certainement à leurs trousses 
      les limiers de la police anglaise, lesquels ont la réputation de ne pas se 
      laisser égarer facilement. 
           Donc Elaine fut débarrassée non seulement du bâillon. mais aussi de 
      ses liens, et elle fut étendue sur une couchette. Ses gardiens lui 
      massèrent les poignets, lui tapotèrent les joues sans résultat, sinon que 
      ses membres se raidirent légèrement. 
           - Donnez-moi de l'eau ! s'écria Paquis. Non, j'y vais. 
           Il se précipita vers le lavabo et ouvrit le robinet. Une exclamation 
      de surprise derrière lui le fit pivoter sur ses talons. Ses veux 
      s'écarquillèrent. 
           Il ne s'était retourné juste à temps pour voir Elaine Mills franchir 
      le seuil de la cabine. 
           - Cette coquine nous a joués ! s'exclama Smith. 
           En se précipitant hors de la cabine, Elaine avait claqué la porte 
      derrière elle. Elle l'entendit se rouvrir. Elle n'eut pas besoin de 
      tourner la tête pour savoir que ses ravisseurs se lançaient à sa 
      poursuite. 
           Un couloir transversal débouchait dans celui qu'elle suivait. Elaine 
      s'y engouffra. Elle glissa sur le tapis usé, trébucha, faillit tomber. 
           - Au secours ! hurla-t-elle. 
           Il n'y avait personne en vue, et les machines du navire faisaient un 
      bruit d'enfer. Ses appels ne s'entendirent probablement pas. Elle continua 
      à courir sans cesser de crier. 
           Devant elle, à sa gauche, une porte de cabine s'ouvrit. 
           Elaine n'attendit pas de voir qui avait ouvert. Elle fonça tête 
      baissée dans la cabine. Elle heurta violemment quelqu'un de l'épaule. 
           La personne avec laquelle Elaine venait d'entrer en collision poussa 
      une exclamation de surprise. La voix était masculine, mais la pénombre qui 
      régnait dans la pièce empêchait de bien distinguer ses traits. 
           Elaine referma vivement la porte, tâtonna pour trouver le verrou, le 
      glissa en place, puis se recula de côté. Elle jugeait ses ex-ravisseurs 
      parfaitement capables de tirer à travers le battant. 
           - Une demoiselle en détresse? murmura une voix assez agréable. 
           C'est l'occupant de la pièce où elle avait cherché refuge qui 
      parlait, et Elaine l'examina avec curiosité. 
           Elle vit un jeune homme bien bâti, avec de grands yeux bleus à 
      l'expression étonnée, une bouche entrouverte laissant apercevoir de belles 
      dents blanches, le tout dans un visage bronzé qui respirait la santé. Sous 
      sa toison de cheveux bruns bouclés, il ne paraissait même pas avoir trente 
      ans. Il était torse nu et tenait dans une main un tube de crème à raser, 
      dans l'autre un rasoir mécanique. 
           - Qu'est-ce qui se passe? s'écria-t-il. 
           - Chut! dit Elaine. 
           Elle entendait approcher ses poursuivants. Ils longèrent la coursive 
      dans un grand tumulte de galopade, montèrent sur le pont et, à en juger 
      par le bruit, revinrent sur leurs pas et se mirent à ouvrir l'une après 
      l'autre les portes des cabines. Elaine crispa les poings avec anxiété. 
           - Ne pouvez-vous me cacher quelque part? demanda-t-elle à son hôte 
      involontaire. 
           - Je ne vois vraiment pas ce qui m'y oblige, rétorqua ce digne 
      personnage. 
           - On me poursuit! expliqua Elaine d'une voix oppressée. On me tuera 
      probablement si l'on me rattrape. 
           - Ah ! c'est différent, dit le jeune homme. 
           Il jeta rasoir et crème à raser sur la couchette, ouvrit un sac et en 
      sortit un énorme pistolet automatique noir. 
           - Nous verrons qui tuera l'autre, déclara-t-il d'un ton résolu. Qui 
      sont ces gens? 
           - Je connais seulement le nom de deux d'entre eux. Ils s'appellent 
      Paquis et Smith, dit tout bas Elaine. D'autres sont avec eux. Ils font 
      partie d'un gang qui s'est attaqué a mon oncle. 
           Elaine et le défenseur qu'elle venait de trouver écoutèrent les 
      bruits du couloir. Ils avaient changé. C'était maintenant un tumulte de 
      voix, dont Elaine ne reconnut pas certaines. Soudain elle comprit. 
           - Les officiers du navire ont entendu le vacarme et ils sont venus 
      voir ce qui se passait, murmura-t-elle avec soulagement. 
           Elle saisit la poignée de la porte et s'apprêtait à l'ouvrir, dans 
      l'intention de sortir. 
           D'un geste prompt, le jeune homme écarta sa main. 
           - Ne soyez pas stupide ! chuchota-t-il. 
           Elaine Mills le considéra avec surprise et s'écria 
           - Je veux aller me plaindre de ces individus! En quoi est-ce stupide? 

           - Sont-ils armés? 
           - Oui, bien sûr. 
           - Ne soyez donc pas sotte, reprit tout bas le jeune homme. Ils vous 
      abattront en même temps que le personnel du navire qui n'est probablement 
      pas armé. Et ils me tueront aussi. Ne bougez pas et, dans un petit moment, 
      j'irai raconter votre aventure au capitaine. Vous pouvez rester dans cette 
      cabine. 
           - Certainement pas, riposta Elaine. Je risque qu'ils m'y trouvent 
      après votre départ. 
           - Je vous laisserai mon arme. 
           - Vous êtes très aimable, monsieur, dit Elaine. 
           - Je m'appelle Henry, répliqua-t-il. Henry Trump. 
           Au-dehors, les voix s'éloignaient. 
        
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1060] 
        Résumé : Au cours d'une conférence de presse, l'attaché de presse 
            Benjamin Gilstein a révélé aux journalistes qu'une usine, où est 
            pratiquée l'extraction de l'or en suspension dans l'eau de mer, 
            fonctionne à Magna Island, île proche de l'Angleterre. 
            La nièce de Wehman Mills, l'inventeur de ce procédé, est séquestrée 
            à bord du bateau qui se dirige vers l'Angleterre, ou elle se trouve. 
            Elle parvient à fausser compagnie a ses agresseurs et trouve refuge 
            auprès d'un certain Henry Trump...

           - Vous êtes Américain, n'est-ce pas? demanda Elaine à Henry Trump. 
           Il hocha la tête. 
           - Du Missouri pour être précis. Une tante m'a aimablement légué 
      quelques milliers de dollars dans l'espoir que je me mettrais dans les 
      affaires. Je les dépense pour visiter l'Europe. 
           - Un touriste, murmura Elaine. 
           - Tout juste, dit en souriant Henry Trump. 
           Elaine écouta derrière la porte. 
           - Je crois qu'ils sont partis, conclut-elle tout haut. 
           - Attendons encore un petit peu, proposa Henry Trump. Dites-moi, 
      êtes-vous mariée ? 
           - Comment ? 
           - Etes-vous liée à quelqu'un par les liens sacrés du mariage ? 
           - Non, dit Elaine, et j'estime que cette question est parfaitement 
      impertinente. 
           - C'est vrai, reconnut Henry Trump en souriant, mais j'ai trouvé tout 
      d'un coup très important de le savoir. 
           -Y a-t-il autre chose que vous aimeriez apprendre ? questionna Elaine 
      de sa voix la plus glaciale. 
           - Je pense bien ! s'exclama-t-il. Je serais heureux que sous me 
      racontiez votre aventure. 
           Elaine ne voyait aucune raison d'en faire mystère, aussi se 
      lança-t-elle aussitôt dans son récit en commençant par l'incident de 
      l'auberge en France où, elle en était maintenant convaincue, Wehman Mills 
      était entré, l'avait appelée, puis avait été enlevé. 
           - Un mystère formidable, hein ? dit-il gaiement quand elle eut fini. 
      Elaine, cette affaire commence à me plaire. Il me semble enfin vivre. 
      C'est-à-dire si vous acceptez que je vous aide. 
           - Je ne voudrais pas qu'il vous arrive quoi que ce soit, déclara 
      Elaine. 
           - Ne vous inquiétez pas, dit Trump avec un petit rire. Voici mon 
      revolver. Je vais aller parler au capitaine. 
           Elaine prit le gros automatique, s'en fit expliquer le 
      fonctionnement, puis Henry Trump sortit de la cabine. 
           - Je reviens tout de suite, chuchota-t-il juste avant de refermer la 
      porte. 
           De retour dans la cabine, Henry Trump referma vivement la porte sur 
      lui, poussa le verrou et s'adossa au battant. Son visage jeune avait une 
      expression soucieuse. 
           - Drôle d'histoire, marmotta-t-il. 
           - Ouvrant de grands yeux, Elaine demanda 
           - Qu'y a-t-il ? 
           Au lieu de répondre, le jeune homme la regarda de haut en bas, comme 
      s'il la jaugeait solennellement, les traits toujours graves. 
           - Non, dit-il à mi-voix. Ce n'est pas possible que vous le soyez. 
           - Que je sois quoi? questionna Elaine. 
           - Folle... 
           - Alors, ça ! s'exclama-t-elle. 
           - Ne vous échauffez pas la bile, lui conseilla sombrement Henry 
      Trump. Le capitaine s'est laissé convaincre que vous étiez une dingue que 
      l'on emmène dans un asile d'Angleterre. 
           - Voilà ce que Paquis, Smith et compagnie lui racontaient ? s'écria 
      Elaine. 
           - Oui. Et ils l'ont fait avec une habileté diabolique. 
           Elaine se dirigea vers la porte. 
           - Laissez-moi sortir. Je vais m'occuper de ça. 
           - Rien à faire, dit Henry Trump. Ce capitaine est un imbécile au 
      crâne dur. Vous perdrez votre temps. 
           La sirène gémit et Elaine attendit que se fût éteint le sinistre 
      concert des échos. 
           - Il faut cependant que je prenne une décision, déclara-t-elle. 
           - Restez ici jusqu'à ce que nous abordions à Southampton, proposa 
      Henry Trump. J'attendrai avec vous que les stewards soient passés. Ils 
      vont venir parce qu'on fouillera tout le navire pour vous découvrir. Vous 
      n'aurez qu'à vous cacher dans le placard, je leur affirmerai que je ne 
      vous ai pas vue. 
           Elaine ne répondit rien. 
           - Peut-être aurez-vous une meilleure idée, reprit le jeune homme. 
      Mais, après le départ des stewards, je vous laisserai seule si vous le 
      désirez. Je m'installerai sur une chaise longue au-dehors, près de ce 
      hublot, vous n'aurez qu'à appeler si vous avez besoin de quoi que ce soit. 

           - Je ne sais pas comment je vous revaudrai jamais cela, dit Elaine en 
      souriant. 
           - C'est moi qui vous dois des remerciements, dit Henry Trump d'un ton 
      allègre. Je n'ai jamais eu l'occasion de jouer les héros en l'honneur 
      d'une aussi jolie jeune fille autrement que par procuration au cinéma. 
           Elaine s'écria précipitamment 
           - Nous devons envoyer à Franck Sauvage un message pour l'avertir 
      qu'on l'a trompé. 
           - Excellente idée, convint Henry Trump. Mais je croyais que le poste 
      de radio du navire avait été mis hors d'usage par Paquis et sa bande. 
           - Il est peut-être réparé, maintenant. Je vais à la cabine de radio. 
           - Je vous accompagne, répliqua Henry Trump, mais je crois que nous 
      courons des risques inutiles. 
           Ils ouvrirent la porte de la cabine et inspectèrent les aîtres avec 
      prudence. Ne voyant personne, ils sortirent, Elaine dissimulée dans un 
      pardessus prêté par Henry Trump. 
           Au détour de la coursive, ils virent un matelot en salopette occupé à 
      laver le sol et fourbir les cuivres. 
           - Ne laissez pas le marin voir votre visage, souffla Henry Trump tout 
      en se hâtant au côté de la jeune femme; 
           Ils passaient à la hauteur du matelot quand celui-ci plongea sa 
      serpillière dans le seau d'eau de lessive. Mais, au lieu de la 
      serpillière, c'est un revolver dégoulinant qu'il sortit du seau. 
           - Halte, vous deux ! Ces cartouches sont imperméables, dit-il d'une 
      voix menaçante. 
           Henry Trump disait qu'il aurait aimé jouer les héros. Une occasion de 
      le faire lui était maintenant offerte et il en profita. Se catapultant à 
      une vitesse surprenante, il donna un coup de pied au revolver du faux 
      matelot et l'arme fila en tourbillonnant à l'autre bout du couloir. 
           Avec une exclamation de rage, l'homme recula précipitamment en 
      plongeant la main à l'intérieur de sa chemise, si vivement que les boutons 
      sautèrent, et en ressortit un long couteau. 
           Henry Trump ramassa le seau de lessive et le lui lança à la tête. 
      Aveuglé, l'autre jura et s'efforça d'essuyer ses yeux inondés d'eau 
      savonneuse. 
           - Venez ! s'écria Trump en saisissant Elaine par le bras. Ils se 
      détournèrent pour fuir.., et se figèrent en plein élan : la porte d'une 
      cabine proche venait de s'ouvrir et Paquis surgit suivi de ses acolytes, 
      tous pistolet au poing. Henry Trump fit un geste pour prendre son arme. 
           - Non ! ordonna Paquis d'un ton menaçant. Henry Trump se ravisa et 
      leva les bras en l'air. 
           - Nous avions compris que mademoiselle devait être réfugiée dans une 
      des cabines, expliqua Paquis en riant. Une poignée de monnaie 
      judicieusement distribuée nous a permis de poster un des nôtres en 
      guetteur sous couleur de faire le ménage. 
           - Vous vous croyez malins, bandits ! s'exclama Henry Trump. 
           - Plus que vous ne le croyez, monsieur, fut la menaçante réponse de 
      Paquis. Vous allez regretter d'avoir jamais rencontré cette charmante 
      demoiselle. 
           - Vous nous le paierez, croyez-moi ! dit Henry Trump. Sous la menace 
      des revolvers, Elaine Mills et Henry Trump eurent les mains liées, puis 
      ils furent bâillonnés. 
           - Mademoiselle ne nous jouera plus de tour, dit Paquis en s'adressant 
      à la jeune femme. 
           On ne leur ligota pas les chevilles et la raison en devint évidente 
      un des hommes de la bande, qui était allé en reconnaissance dans le 
      couloir, revint dire que la voie était libre et ils entraînèrent leurs 
      deux prisonniers. 
           A cause de la pluie fine qui tombait et du brouillard, les ponts 
      étaient déserts. Personne ne vit les jeunes gens que la bande poussait 
      précipitamment vers l'arrière. 
           Paquis donna des ordres à voix basse. Des bouées furent arrachées de 
      la rambarde et attachées aux prisonniers avec des longueurs de cordage 
      prises sur un canot de sauvetage. 
           A chaque bouée était fixée une boîte métallique. 
           Elaine vit avec horreur Henry Trump empoigné, soulevé et projeté 
      pieds les premiers par-dessus la rambarde. Elle subit ensuite le même 
      traitement. 
           La jeune fille heurta l'eau avec une violence terrifiante. Le flanc 
      rouillé du navire fila sous ses yeux, l'eau l'emporta dans ses tourbillons 
      et elle faillit être attirée sous le bateau par les remous des hélices. 
      Suffoquant, à demi-étouffée par le bâillon, elle remonta à la surface. 
           Elle entendit le bouillonnement produit par le vapeur, vit s'éloigner 
      une masse noire qui était la poupe, puis tout s'effaça et elle fut seule 
      dans les flots de la Manche. 
           Elaine était ballottée dans tous les sens, car la mer était encore 
      agitée après le passage du bateau ; les remous cessèrent assez vite, mais 
      restait encore le désagréable clapotis propre à la Manche : les vagues 
      déferlaient par-dessus la bouée et lui éclaboussaient la figure. 
           L'aube devait être proche, mais la brume et les nuages de pluie 
      entretenaient d'épaisses ténèbres. 
           Un sifflement assourdissant retentit soudain et une clarté toute 
      proche l'aveugla. La jeune fille ferma les yeux et s'efforça de se dégager 
      de la bouée, mais ses liens étaient trop solide. ment assujettis. 
           Puis elle comprit ce qui provoquait cette lumière aveuglante c'était 
      la boîte métallique fixée à la bouée. Il s'agissait d'un signal d'alarme 
      moderne - des produits chimiques qui s'enflamment au contact de l'eau et 
      brûlent longtemps, cela afin de permettre de repérer les naufragés pendant 
      la nuit. 
           Elaine était secouée de frissons et, comme elle tentait de se 
      dégager, elle eut la surprise d'entendre un voix masculine toute proche 
      appeler : Elaine! 
           Peu après, Henry Trump apparut dans le cercle lumineux projeté par la 
      fusée éclairante. Il avait les mains libres et s'était débarrassé de son 
      bâillon. Il faisait avancer sa bouée en pagayant avec les mains. 
           - J'ai réussi à me détacher, dit-il d'une voix haletante. Sapristi, 
      je suis bien content de vous retrouver! J'étais inquiet,  j'avais peur que 
      vous n'ayez été happée par les hélices du bateau. 
           A cet instant, la fusée éclairante attachée à la bouée de Trump 
      s'alluma et, crachant et sifflant, produisit une clarté si vive qu'ils 
      durent fermer les yeux. Au-dessus d'eux, le tonnerre roulait et grondait ; 
      la pluie redoubla, fouettant l'eau verte qui se mit à mousser autour d'eux 
      comme du savon. 
           - Nous voilà bien mal lotis, constata Trump d'un air morose. Je me 
      demande si nous sommes loin du rivage. 
           Les grondements qui lui répondirent le rappelèrent à la réalité. Il 
      se mit aussitôt à détacher le bâillon de la jeune femme. 
           - Trop loin, dit Elaine en frissonnant. Je ne suis pas de force à 
      faire la traversée de la Manche à la nage. 
           Trump s'activait maintenant après les cordes qui ligotaient les 
      poignets d'Elaine et ne tarda pas à la libérer. Ensuite, ils relièrent 
      leurs bouées avec des cordes pour ne pas être séparés par les courants. 
           - Ils ont trouvé un moyen curieux de se débarrasser de nous, déclara 
      Trump. 
           - C'est ce que je ne comprends pas, murmura Elaine. Pourquoi nous 
      attacher à des bouées de sauvetage avant de nous jeter par-dessus bord ? 
           - Ecoutez ! cria Trump. 
           Elaine tendit l'oreille. Au début, elle ne perçut que les 
      crépitements produits par la combustion de leurs fusées d'alarme. Puis 
      elle distingua une sorte de bourdonnement qui allait s'amplifiant. 
           - Un avion, dit Henry Trump. 
           Peu après, deux phares qui semblaient jaunâtres en comparaison de 
      l'éclat des fusées se dessinèrent dans la nuit. L'appareil se posa sur 
      l'eau, exploit qui ne pouvait être le fait que d'un hydravion de belle 
      taille. Il se rapprocha des naufragés. 
           Un homme sortit de la carlingue, s'agrippa des deux jambes et d'un 
      bras à un mât et procéda au repêchage de Trump et d'Elaine avec un crochet 
      à bateau. Il était habile. En quelques minutes, ils grimpaient tous les 
      deux dans la cabine de l'appareil. 
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1061] 
        
        Résumé : Au cours d'une conférence, l'attaché de presse Benjamin 
            Gilstein a révélé aux journalistes qu'une usine où est pratiquée 
            l'extraction de l'or en suspension dans l'eau de mer fonctionne à 
            Magna Island, île proche de l'Angleterre. La nièce de Wehman Mills, 
            l'inventeur du procédé, a été séquestrée par des inconnus à bord du 
            bateau, alors qu'elle se rendait en Angleterre. Ses agresseurs ta 
            précipitent par-dessus bord avec un passager Henri Trump, qui était 
            venu à son secours. Les deux naufragés sont recueillis en pleine mer 
            par un avion...

           Trois autres hommes s'y trouvaient. Elaine les examina et fut 
      certaine de les voir pour la première fois de sa vie. 
           - Nous avons eu un mal de chien à vous découvrir, dit l'un des 
      sauveteurs. Avec ce brouillard, nous avons cru pendant un moment que nous 
      n'allions pas pouvoir repérer les fusées. 
           - Vous nous cherchiez ? s'exclama Elaine. 
           - Bien sûr 
           - Mais pourquoi? 
           L'homme sortit de sa poche un revolver nickelé, l'agita d'un geste 
      négligent et déclara 
           - Vous ne vous en doutez peut-être pas, mais vous avez simplement 
      changé de moyen de transport. 
           Henry Trump s'exclama avec colère 
           - Alors, vous appartenez à la même bande que Paquis, Smith et 
      consorts? 
           - Je n'ai pas honte de l'avouer, dit leur nouveau ravisseur en 
      souriant. Ce Paquis n'est pas moitié aussi malin qu'il le croit, mais cela 
      n'en fait pas moins un monsieur très astucieux. 
           Elaine dit d'une voix étranglée 
           - Mais pourquoi toute cette complication de nous jeter à l'eau et de 
      nous repêcher ensuite par un hydravion. 
           - Pour nous épargner des ennuis, lui répliqua l'autre en ricanant. 
      Voyez-vous, ma petite dame, le capitaine de La Colombe avait eu l'idée 
      lumineuse de demander à la police de Southampton d'enquêter sur cette 
      histoire de jeune folle. 
           Elaine et Henry Trump échangèrent un regard. 
           - Je regrette de ne pas l'avoir su, gémit Trump. 
           Un homme exhiba des cordelettes minces, mais solides, et s'apprêta à 
      ligoter les prisonniers. 
           - Où allons-nous? demanda Elaine. 
           - Rendre visite à votre oncle estimé, Wehman Mils, dit l'autre. Mais 
      vous n'y prendrez pas plaisir, je vous le garantis. 
           Un de ses compagnons gloussa de rire. 
           - Parle-leur donc du second invité qui leur tiendra compagnie... ce 
      célèbre archéologue et géologue dénommé William Harper Littlejohn. 
           - Vous êtes trop bavards, les gars ! cria sèchement le pilote. 
           L'avion amphibie courait maintenant à la surface de l'eau, dans le 
      vacarme de ses moteurs ronflant à plein régime et sautait de vague en 
      vague, chaque heurt de l'appareil sur les crêtes des lames imprimant une 
      secousse terrifiante à l'appareil, dont les ailes semblaient prêtes à 
      s'arracher. 
           L'appréhension se peignit sur le visage du pilote et des passagers. 
      Le moment était critique. L'atmosphère se détendit seulement quand 
      l'hydravion s'éleva dans l'indécise clarté d'une aube voilée de 
      brouillard. 
           L'homme aux cordelettes se remit à attacher les prisonniers. Puis il 
      sortit des mouchoirs visiblement destinés à servir de bâillons. 
           - Vous, mes cocos, ça va vous coûter cher! gronda Henry Trump. Franck 
      Sauvage s'occupe de cette affaire. 
           - Franck Sauvage est en route pour l'Amérique du Sud! rétorqua 
      l'autre, la bouche en coeur. 
           Le brouillard baignait le Wash. C'était un brouillard 
      particulièrement dense, qui déposait de grosses gouttes  sur les roseaux, 
      dont se composait en majeure partie la végétation du marais. Le soleil 
      semblait un gros oeil rouge dans le ciel. 
           De rares vols d'oiseaux étaient les seuls signes de vie animale. 
      Pourtant, quelqu'un bougeait, dans le Wash, avec précaution, comme ne 
      voulant pas se signaler. 
           C'était Franck Sauvage qui suivait la piste de Johnny. Les histoires 
      qui couraient dans le village de Swineshead à propos du fantôme du roi 
      Jean lui avaient donné une indication sur la direction probable qu'il 
      avait prise. Les empreintes de Johnny n'avaient pas été difficiles à 
      retrouver, car elles s'étaient imprimées profondément dans la boue molle 
      du Wash. 
           Elles étaient longues et étroites, ces empreintes, et révélaient 
      nettement qu'elles avaient été faites par un homme quasi squelettique. 
      Elles étaient bien reconnaissables. 
           La piste indiquait le chemin parcouru par le maigre 
      archéologue-géologue en quête du spectre du monarque anglais ou d'un être 
      moins fantastique, susceptible d'expliquer ces histoires d'apparition. 
      Puis il y eut l'endroit où Johnny avait rencontré le rôdeur nocturne. 
           Franck Sauvage examina avec grand intérêt les empreintes de ce 
      dernier. Visiblement, elles avaient été imprimées par un soulier d'un très 
      antique modèle. Franck découvrit l'empreinte de l'espadon à l'endroit où 
      il était retombé après que Johnny l'eut arraché à son adversaire et 
      projeté au loin. 
           Puis il découvrit les traces de la bagarre au cours de laquelle 
      Johnny avait maîtrisé son étrange ennemi : les herbes étaient arrachées à 
      l'endroit où l'empoignade avait eu lien. 
           Enfin, Franck trouva une troisième série d'empreintes. Celles de 
      l'individu qui avait frappé Johnny par-derrière, provoquant cette perte de 
      conscience qui lui avait semblé inexplicable. Apparemment, il existait 
      deux "fantômes" ! 
           Ce troisième larron, après avoir assommé Johnny, s'était éloigné et 
      caché non loin de là, dans les herbes du marais, peut-être pendant que le 
      premier pseudo-fantôme interrogeait Johnny puis il était revenu, et les 
      deux "spectres" avaient emmené Johnny à travers la boue et les roseaux. 
           Frank Sauvage suivit leur piste. Il marchait courbé au maximum, 
      encore que cela ne fût guère nécessaire étant donné l'épaisseur de la 
      brume. 
           Les courants avaient creusé, çà et là, des rigoles profondes dans le 
      grand marécage qu'inondait partiellement la marée. A ce moment-là, la mer 
      devait être haute, car ces ruisseaux étaient pleins ou débordaient. 
           Franck perdit la piste sur la rive d'un de ces ruisseaux. Il le 
      traversa en quelques brasses, qui dénotaient un nageur exceptionnel, pour 
      examiner l'autre berge. Il finit par se convaincre que Johnny avait été 
      emmené dans une embarcation quelconque. 
           Il se mit alors en devoir d'inspecter les berges. Comme rien ne 
      permettait de déceler la direction prise par l'embarcation, il ne lui 
      restait plus qu'à descendre, puis remonter le cours d'eau. 
           Quelque huit cents mètres de l'endroit où se trouvait Franck Sauvage, 
      une étrange silhouette était accroupie dans les joncs. C'était un homme au 
      visage envahi par une barbe noire en broussaille, qui portait un haubert 
      et une tunique de soie blanche. Un espadon était planté dans la terre 
      molle à côté de lui. 
           Cet individu offrait une image extraordinaire, un souvenir du XIIIe 
      siècle. Il ressemblait à un portrait du roi Jean sans Terre... 
           A ceci près qu'il avait ôté son heaume pour coiffer un casque à 
      écouteurs d'un aspect extrêmement moderne. Le fil du casque était relié à 
      un appareil électrique, d'où partaient d'autres fils aboutissant à des 
      micros enfouis dans le sol ou plongés dans le courant du ruisseau que 
      Franck Sauvage venait de traverser. 
           Le dispositif sur lequel se penchait le bizarre personnage était un 
      appareil d'écoute comprenant des microphones extrêmement sensibles, des 
      amplificateurs et le casque. Il permettait de percevoir les plus faibles 
      vibrations de la terre et de l'eau dont il magnifiait le volume. Le bruit 
      d'un poisson sautant hors de l'eau à quatre cents mètres de là se 
      traduisait par de violents crépitements. 
           Le guetteur débrancha son casque et mit en marche un petit émetteur 
      de radio. Il approcha sa bouche du micro. 
           - Quelqu'un vient, annonça-t-il. 
           - Vous l'avez vu? demanda son correspondant. 
           - Non, mais il semble se diriger par ici. 
           - Faites-lui le coup du roi Jean, commanda la voix lointaine. 
      Effrayez-le pour qu'il s'en aille. 
           Le roi Jean prit alors son espadon, essuya la boue qui en souillait 
      la pointe, examina le tranchant pour vérifier s'il était bien coupant 
      comme un rasoir, puis s'éloigna. Il avançait, courbé en deux, posture que 
      son armure rendait inconfortable, et il s'arrêtait souvent pour masser ses 
      reins douloureux et reposer ses muscles. Cette méthode de progression 
      était malheureusement nécessaire pour que sa tête ne dépasse pas des 
      roseaux. 
           Il s'immobilisait fréquemment pour appliquer son oreille contre le 
      sol. Il n'entendit rien. Après avoir répété cette opération à plusieurs 
      reprises, il parut soucieux. Il commença à chercher des empreintes. 
           Il finit par tomber sur l'endroit où Franck Sauvage avait traversé le 
      cours d'eau. Mais de Franck Sauvage point. 
           Le guetteur essaya de suivre sa piste. Il y réussit sur une centaine 
      de mètres. Ce qu'il découvrit lui fit pincer les lèvres. 
           Il était parfaitement évident que Franck Sauvage l'avait entendu 
      approcher... et le pistait à son tour! 
           L'homme en haubert et tunique de soie n'avait pas peur, il était 
      seulement intrigué. Fourrant son espadon sous son bras, il prit à 
      l'intérieur de sa tunique le plus moderne des pistolets, qu'il garda à la 
      main. Puis il s'appliqua méthodiquement à chercher sa proie. Il ne la 
      trouva pas. 
           S'avançant avec prudence, évitant les hautes touffes de roseaux, il 
      revint à l'endroit où était dissimulé son matériel. Il se saisit de 
      l'écouteur. Ne lui parvinrent que des bruits d'origine manifestement 
      naturelle. 
           L'homme se tourna vers son émetteur et entra en contact avec ses 
      compagnons. 
           - Il se passe quelque chose de bizarre, dit-il. Je n'ai pas réussi à 
      trouver le type, mas j'ai repéré ses empreintes. Je crois qu'il me suit. 
           - Il est seul ? 
           - D'après les traces, oui. Qu'est-ce que je fais ? 
           - Ayez l'air d'avoir peur, ordonna son correspondant. Ramassez votre 
      équipement et remontez le long du cours d'eau. 
           - Mais cela va le mener vers... 
           - Ne vous tracassez pas pour ça, répliqua l'autre. Nous nous 
      chargeons de cette personne. Vous ne l'avez pas vue? Vous n'avez aucune 
      idée de son apparence ? 
           - Aucune. 
           La conversation achevée, le roi Jean ramassa ses appareils selon 
      l'ordre reçu et s'éloigna en longeant la berge. 
           L'air devenait légèrement plus tiède et le brouillard, par 
      conséquent, plus oppressant. La brume se changea en vapeur chaude. De 
      temps à autre, un souffle de brise effleurait les basses terres du Wash et 
      faisait danser et se tordre le brouillard en masses nébuleuses. Ces 
      formes, quand on ne s'attendait pas à les voir, offraient une ressemblance 
      frappante avec des hommes en train de ramper ; le pseudo-roi Jean braqua 
      sur plus d'une sort revolver en se croyant attaqué. 
           Il n'avait pas relâché sa vigilance. Il était certain de la présence 
      d'un inconnu dans le marais, mais l'habileté déconcertante dont il faisait 
      preuve pour se dissimuler était des plus décevantes. 
           Le terrain s'éleva, s'assécha. Le ruisseau qu'il suivait coulait à 
      peine, l'eau dont il était plein était d'une teinte verte peu plaisante. 
      Un oiseau s'envola dans de grands claquements d'ailes, traînant un instant 
      ses pattes à la surface de l'eau en prenant son essor. 
           Le pseudo-roi Jean progressa encore d'une centaine de mètres en 
      trébuchant. La sueur coulait par toutes les ouvertures de sa cotte de 
      mailles, car l'armure était lourde et les boîtes de matériel électrique 
      ajoutaient encore à son poids. 
           La tension nerveuse et l'effort physique avaient presque épuisé le 
      faux revenant. Sur un dernier achoppement, il déposa ses boîtes et s'assit 
      dessus, haletant. 
           A quatre pas sur sa gauche et un peu en arrière, un coup de feu 
      claqua et la détonation se répercuta longuement sur le marais. 
        
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1062] 
        
        Résumé : Au cours d'une conférence, l'attaché de presse Benjamin 
            Gilstein a révélé aux journalistes qu'une usine où est pratiquée 
            l'extraction de l'or en suspension dans l'eau de mer fonctionne à 
            Magna Island, île proche de l'Angleterre. L'inventeur du procédé, 
            Wehman Mills, a disparu ainsi que sa nièce Elaine, cependant que 
            Franck Sauvage, alerté par un fait divers, poursuit son enquête dans 
            les marais de Wash. Il découvre un étrange personnage...

           Le roi Jean se dressa d'un bond. Il crut d'abord qu'on l'attaquait. 
      Cependant, aucune balle n'avait sifflé à proximité. 
           D'autres détonations retentirent. Une mitrailleuse cracha ses balles. 
      Les coups partaient de chaque côté de lui et derrière. Des hommes 
      s'étaient dressés un peu partout dans les herbes et les roseaux. 
           Tous étaient costumés en roi Jean et c'étaient eux qui tiraient. Sans 
      cesser de faire feu, ils couraient sur la piste que venait de croiser le 
      premier roi Jean. 
           Celui-ci comprit soudain ce qui se passait. Ses compagnons avaient 
      tendu une embuscade pour capturer le mystérieux individu qui le suivait. 
      Ils avaient dû le repérer. 
           Abandonnant son matériel, le premier roi Jean courut vers eux, sa 
      fatigue oubliée. Il rejoignit un des comparses en cotte de mailles qui 
      était armé d'une mitraillette. 
           - Vous avez repéré le type? cria-t-il. 
           - Pas nettement, rétorqua l'autre. Il était dans ces satanés roseaux. 
      L'ai juste entrevu. Mais il ne réussira pas à nous fausser compagnie. 
           Criant et tirant sans arrêt, les rois Jean convergèrent vers la 
      berge. Ils avaient encerclé leur proie. 
           Un homme s'exclama soudain. Le canon de son arme cracha une flamme 
      rouge ; le mécanisme éjecteur éparpilla des cartouches de cuivre vides. 
           Il y eut un fracas d'éclaboussures. 
           - Je l'ai eu ! proclama le tireur. 
           Ils se précipitèrent sur la berge. La pente boueuse était défoncée et 
      creusée comme si un corps avait glissé tout du long. Du fond de l'eau vert 
      sombre montait une procession de bulles qui éclataient l'une après 
      l'autre, 
           - Il est là-dessous, dit avec un petit rire le roi Jean qui avait 
      fait feu le dernier. 
           - Plongeons-nous pour le repêcher? dit quelqu'un. 
           - Avec ces carapaces de fer-blanc sur le dos? riposta un autre. On 
      coulerait comme des pierres. 
           Deux hommes se mirent aussitôt en devoir de se dépouiller de leur 
      cotte de mailles, mais c'était une tâche de longue haleine. Ils 
      grommelèrent, jurèrent, se cassèrent les ongles sans grand résultat. 
           Un autre roi Jean, plus rapide, fouilla dans la musette qu'il portait 
      et en sortit des objets qui ressemblaient à des chandelles entourées de 
      papier et attachées ensemble par une ficelle. C'était de la dynamite, déjà 
      munie d'une mèche et d'une amorce, Il se servit d'un briquet automatique 
      pour allumer la mèche. 
           - Détalez tous! ordonna-t-il. 
           Il se pencha et lâcha avec précaution le paquet de dynamite au milieu 
      des bulles qui montaient encore à la surface. L'explosif s'enfonça 
      lentement et disparut. Seul un ruban de fumée s'élevant de l'eau dénotait 
      sa présence. 
           Le dynamiteur tourna précipitamment les talons et s'enfuit. A cause 
      de son armure, il avançait par curieux bonds saccadés. Se prenant les 
      pieds dans les joncs, il tomba en dévidant tout un chapelet de jurons. 
           Une haute nappe d'eau escalada la berge et retomba sur le gisant 
      qu'elle recouvrit de la tête aux pieds. Une flamme. une bouffée de fumée 
      jaillirent dans le brouillard. La terre donna l'impression de s'enfoncer 
      de plusieurs centimètres puis de se remettre en place. 
           Le souffle de l'explosion courba les roseaux et les laîches sur une 
      étendue considérable et des oiseaux s'envolèrent, affolés. Le ruisseau 
      n'était plus qu'un bouillonnement de vase et l'eau projetée en l'air par 
      l'explosion retombait dans le lit du ruisseau en gargouillant. 
           L'homme qui avait lancé la dynamite se releva, toujours jurant, 
      l'armure dégoulinante d'eau, il courut au ruisseau. Ses compagnons le 
      rejoignirent et ils attendirent, l'oeil aux aguets. 
           - Le corps devrait remonter, marmotta l'un d'eux. 
           - Il a dû s'enfoncer dans la boue sous l'effet du choc, expliqua le 
      dynamiteur. 
           - Regardez ! s'écria un autre. 
           Le ruisseau n'était plus qu'un magma de boue, mais cette boue prenait 
      une teinte nettement rougeâtre. 
           - Du sang! dit quelqu'un. 
           - Si on s'en allait, qu'est-ce que vous en penseriez? proposa le 
      premier roi Jean. 
           Ils s'éloignèrent. 
           La végétation n'excédait nulle part la taille d'un homme mais, çà et 
      là, le terrain se haussait pour former des huttes visibles de loin. Il y 
      en avait une demi-douzaine près de la rive du ruisseau dynamité. A cet 
      endroit, son lit devenait plus large, formant presque un lac. Ces buttes 
      n'étaient pas l'oeuvre de la nature, mais il aurait fallu les observer de 
      bien près pour s'en apercevoir. Les herbes et les joncs y verdoyaient, on 
      ne peut plus normalement ils avaient été passés à la peinture verte ou à 
      une teinture quelconque, et le camouflage était parfait. Les baraquements 
      étaient bas et assez longs, ils étaient constitués par des charpentes en 
      bois recouvertes de tôle, le tout peint et recouvert d'herbes et de joncs 
      tintés. 
           Un des baraquements, en avancée sur l'eau, abritait un hydravion. 
      C'était un gros appareil robuste, construit pour faire de l'usage plutôt 
      que de la vitesse ou des acrobaties. 
           Ce qu'abritaient les autres bâtiments n'était pas apparent, mais de 
      l'un d'eux provenait un ronronnement assourdi audible seulement à quelques 
      mètres, en quoi un spécialiste aurait reconnu le bourdonnement d'un moteur 
      parfaitement insonorisé. 
           La troupe des rois Jean se dirigea vers le groupe de baraquements 
      camouflés. Ils marchaient vite et tous ruisselaient de sueur. 
           Paquis sortit de la baraque au moteur. Il s'était changé et arborait 
      une tenue impeccable veste de chasse en tweed, culotte de sport et bottes 
      de caoutchouc. 
           Smith surgit à son tour, attiré par le cliquetis des armures et le 
      tintement des espadons qui s'entrechoquaient de temps à autre. Ii était 
      couvert de vase de la tête aux pieds et tenait à la main un grand chiffon 
      avec lequel il s'essuyait la figure. 
           - Bonjour, messieurs, dit Paquis sèchement. Qu'est-ce qui vous ramène 
      ici dans un tel état d'excitation ? 
           Les rois Jean se laissèrent choir sur le sol élastique en haletant et 
      celui qui avait lancé l'a dynamite raconta leur aventure sans omettre 
      aucun détail. 
           - Qui était cet homme que vous avez fait sauter? demanda Paquis. 
           - Nous n'avons pas vu son visage, répliqua l'autre. Nous n'en avons 
      même pas vu assez pour savoir à quoi il ressemble. 
           - Vraiment? s'exclama Paquis. Vous n'avez rien examiné? Vous n'avez 
      pas recherché les restes du cadavre? 
           L'autre haussa de nouveau les épaules. 
           - Le sang... 
           - Suis-je donc le seul ici à avoir de l'intelligence ? hurla Paquis. 
      Vous deviez vérifier, messieurs. L'homme pouvait n'être que blessé. Nous 
      allons retourner vérifier, conclut-il sèchement. Dépêchez-vous! Vite! 
           Retourner sur la berge demanda une demi-heure, car les rois Jean 
      étaient épuisés. Ils maudissaient le poids de leur armure à chaque pas, et 
      certains s'arrêtèrent pour l'ôter. 
           Sur l'ordre de Paquis, donné sans aménité, deux rois Jean se 
      déshabillèrent et plongèrent en slip dans l'eau verdâtre qui n'avait 
      d'ailleurs de malsain que l'aspect, dû à sa couleur. 
           Ils ramenèrent à la surface des morceaux de verre qui, rejoints, se 
      révélèrent faire partie de deux petites fioles. 
           Ils ne trouvèrent rien d'autre. 
           - C'est impossible! murmura Paquis. Invraisemblable! Oui, il devrait 
      rester quelque chose de ce cadavre. 
           - Probable qu'il a été emporté par le courant, monsieur, grommela 
      Smith. 
           - Peut-être, admit Paquis, mais nous ne pouvons pas courir de 
      risques. 
           - Quelle importance? rétorqua Smith. Nous aurons fini ici 
      aujourd'hui, de toute façon. 
           Paquis hocha la tête. 
           - Oui, mais personne, monsieur, ne doit établir de lien entre ceci et 
      notre merveilleux arrangement à Magna Island. 
           Smith eut un geste d'agacement. 
           - Si quelqu'un soupçonne quoi que ce soit à propos de Magna Island, 
      ce sera la faute de ce type de la publicité, Benjamin Gilstein. 
           - Gilstein connaît parfaitement son métier, dit Paquis. Il s'en 
      débrouillera. 
           Ils discutèrent encore pendant un moment et, comme ils ne pouvaient 
      rien faire d'autre, ils s'en retournèrent. 
           Tout était tranquille aux alentours des ateliers camouflés. Le moteur 
      ronronnait toujours, assourdi par ses silencieux. Un homme était accroupi 
      au ras des bâtiments. Il faisait le guet, une mitraillette sur les genoux. 

           - Rien à signaler ici, monsieur, annonça-t-il. 
           Paquis entra dans un autre bâtiment, en ressortit peu après. 
           - Nous allons terminer le travail ici, ordonna-t-il en 
      réapparaissant. Je viens de consulter notre chef. 
           - Le patron se donne vraiment un mal de chien pour éviter qu'on voie 
      sa tête, commenta un des hommes. 
           - Le chef prend des précautions, messieurs, répliqua Paquis. Il est 
      intelligent. 
           Ce qui, venant de Paquis, toujours prompt à vanter sa propre astuce, 
      était certes un grand compliment. 
           Les hommes entrèrent dans la baraque camouflée et se mirent à 
      l'oeuvre. De temps à autre, on entendait tinter des outils. Les ouvriers 
      restaient invisibles, car les baraquements étaient reliés entre eux par 
      des passages couverts en paille. Une certaine animation régnait aussi dans 
      le hangar qui abritait l'hydravion. Un mécanicien s'affairait autour du 
      moteur. 
           À un moment donné, toute activité cessa : un avion survolait le 
      marais en direction du nord. Aucun bruit, aucun mouvement ne laissait 
      deviner qu'il se passait en bas quelque chose d'anormal. 
           Paquis s'installa devant un poste de radio émetteur-récepteur et se 
      mit à parler à voix basse. L'appareil était de faible puissance, et il y 
      avait peu de chances que ses émissions dépassent les limites du Wash. 
           Un peu plus tard, sur l'ordre de Paquis, survint une troupe de rois 
      Jean qui se débarrassèrent de leurs lourdes armures avec des soupirs de 
      soulagement. Il était évident qu'un nombre imposant d'hommes tous revêtus 
      du même déguisement avaient été postés dans le marais pour écarter les 
      promeneurs éventuels soit par la terreur, soit par la violence. 
           En fait, les marais n'étaient fréquentés pratiquement que pour la 
      chasse au gibier d'eau, et ce n'était pas la saison. 
           Les fausses barbes, les armures, les espadons qui composaient 
      l'attirail des pseudo-fantômes furent rassemblés en paquets compacts et 
      jetés dans une fondrière qui se trouvait à proximité et dont le sol 
      mouvant les engloutit rapidement. 
           - Il serait sage de mettre quelqu'un en sentinelle avec les 
      dispositifs d'écoute, décida Paquis. 
           Et il désigna un homme qui s'éloigna avec tout son matériel. 
           Il s'enfonça à quelque distance dans les joncs, s'agenouilla et 
      installa ses appareils. 
           Il entendit soudain un léger craquement à côté de lui. Il regarda. De 
      minuscules fragments brillants étaient éparpillés par terre; on aurait dit 
      des éclats de verre extrêmement minces et ils reposaient dans une petite 
      flaque de liquide qui s'évapora avec une rapidité magique. 
           L'homme soupira profondément et s'étendit à côté de son matériel dans 
      une immobilité presque parfaite. 
           Le brouillard ondula et un géant aux traits de bronze surgit d'entre 
      les joncs. Il s'approcha et palpa d'un geste bref le poignet du gisant. 
      Son pouls était fort. La lèvre inférieure de l'homme palpita, et le bruit 
      de sa respiration se mit à ressembler un peu à un ronflement. 
           Ce qui s'était brisé à côté de l'homme inconscient était une ampoule 
      ronde en verre contenant un produit chimique très volatil qui endormait 
      quiconque en respirait même à quelques pas. 
           Franck Sauvage portait sous ses vêtements un gilet d'une fabrication 
      assez particulière. Il se composait de légères plaques pare-balles 
      disposées comme des écailles et, sur ces plaques, étaient fixées de 
      nombreuses poches. Un rembourrage astucieux les rendait à peu près 
      invisibles. 
           Leur contenu formait un assortiment remarquable. C'étaient de 
      délicats dispositifs mécaniques, d'étranges armes scientifiques, des 
      fioles de verre remplies de mélanges chimiques calculés pour accomplir des 
      miracles. 
           Deux de ces fioles avaient permis à l'homme de bronze de feindre sa 
      mort dans le ruisseau. L'une contenait un produit qui, au contact de 
      l'eau, émettait des bulles ; l'autre renfermait simplement un colorant 
      imitant le sang. 
           Cerné, le géant de bronze qui ne désirait pas être reconnu, avait 
      plongé et nagé entre deux eaux jusqu'à ce qu'il fût en sécurité. Il avait 
      déjà regagné la terre ferme quand l'explosif avait été jeté dans le 
      ruisseau. 
           Frank Sauvage se déplaçait comme un fantôme dans le brouillard. Il 
      arriva bientôt près de l'étrange installation du marais. Il se laissa 
      tomber à plat sur le sol, disparut, puis réapparut peu après contre la 
      paroi d'un des baraquements. La peinture avait l'air fraîche, comme si 
      elle n'avait pas été appliquée depuis bien longtemps. Franck plaqua son 
      oreille contre le métal. 
           Non loin de là, le moteur ronflait avec régularité. On pouvait 
      entendre un faible bruissement, comme si des pompes étaient en marche, 
      qu'accompagnait de temps à autre un crépitement assourdi. Des allées et 
      venues ajoutaient au bruit. 
           Franck Sauvage comprit que la baraque contre le mur de laquelle il se 
      trouvait était occupée. Une ou deux fois, il entendit quelqu'un changer de 
      place. 
           Une voix déclara : 
           - Cette inaction se range dans la catégorie des états purement 
      insupportables. 
           Franck Sauvage ne broncha pas, mais alors s'éleva un petit son si 
      difficile à définir qu'on l'aurait aisément confondu avec une des bouffées 
      de brise qui agitaient le brouillard - une modulation pareille au 
      sifflement du vent dans une forêt dénudée ou encore le chant d'un oiseau 
      tropical. 
           C'était un chant propre à Franck Sauvage, qu'il émettait. souvent 
      dans les moments de tension, mais avec un tel art de ventriloque que 
      quiconque se trouvant près de lui et le regardant n'aurait pas pu dire 
      d'où le son provenait. Les lèvres ne remuaient pas, les muscles de la 
      gorge n'ondulaient pas. Franck lui-même ne savait peut-être pas comment ce 
      son étrange se formait. 
           Ce sifflement musical avait dû s'entendre dans le baraquement. La 
      voix qui avait déjà parlé retentit à nouveau. Ce qu'elle proféra 
      n'appartenait à aucun langage connu dans le monde dit civilisé. C'était la 
      langue d'une race éteinte, celle des anciens Mayas de l'Amérique centrale. 
      Une langue que connaissaient seuls quelques hommes blancs et les habitants 
      d'une vallée perdue d'Amérique centrale où Franck Sauvage était allé 
      chercher - et avait découvert - l'immense trésor des Indiens Mayas. 
           - Il y a une sentinelle ici, Franck, disait la voix en langue maya. 
           Elle avait l'accent érudit de Johnny. 
           - Qu'est-ce que vous dites? questionna son gardien d'un ton hargneux 
      en dévisageant son prisonnier. 
           - Il s'agit d'une incantation calculée pour engendrer un sourire chez 
      Dame Fortune, répliqua froidement Johnny. 
           Le garde médita cette réponse sentencieuse en faisant la grimace. 
      C'était un balourd aux sourcils en broussaille et au front bas. 
           - Mettez une sourdine! s'exclama-t-il. 
           - Je suis un individu atteint d'une superprépondérance de 
      terminologie, répliqua Johnny. Je suis un verbarien, un glossographe 
      profondément intéressé par les complexités du discours. 
           - Pfou! fit le gardien. Quel charabia! Taisez-vous un peu, s'il vous 
      plaît 
        
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1063] 
        
        Résumé : Au cours d'une conférence, l'attaché de presse Benjamin 
            Gilstein a révélé aux journalistes qu'une usine ou est pratiquée 
            l'extraction de l'or en suspension dans l'eau de mer fonctionne à 
            Magna Island, île proche de l'Angleterre. Johnny, qui s'est rendu 
            sur place pour enquêter, a été découvert et emprisonné par tes 
            hommes de Paquis. Franck Sauvage part à sa recherche et entre en 
            contact avec lui, de l'extérieur, grâce à leur signal : un 
            sifflement musical...

           L'homme agita son arme, mais sans menace définie il semblait intrigué 
      par ce flot de mots qu'il ne comprenait pas. 
           Johnny n'en continua pas moins à parler. Le trille lui avait appris 
      que Franck se trouvait à proximité. Nulle trace de l'excitation qu'il 
      ressentait n'apparaissait sur ses longs traits anguleux, mais il 
      s'efforçait de capter l'attention de son gardien jusqu'à ce que Franck ait 
      mené à bien ce qu'il avait dû entreprendre. 
           - L'art de la harangue, reprit donc Johnny, est l'essence de 
      l'érudition, une des acmés de la mentiliculture. C'est... 
           L'entrée de la baraque sembla soudain bouchée par un nuage métallique 
      qui, se déplaçant à la vitesse de l'éclair, fonça vers le garde fasciné 
      par Johnny. 
           Alerté par une ombre mouvante, le garde se retourna subitement. Sa 
      bouche béa, son arme se releva. Mais ses mouvements étaient infiniment 
      lents comparés à la rapidité de ceux de Franck Sauvage. 
           Des doigts d'acier se refermèrent sur le poignet du garde, le 
      tordirent et lui retirèrent l'arme de la main. D'autres doigts s'étaient 
      plaqués sur sa bouche, l'empêchant de crier. 
           Franck Sauvage laissa choir l'arme et, de sa main ainsi libérée, tâta 
      la nuque du prisonnier. Ses doigts se raidirent, exerçant une pression 
      formidable sur certains centres nerveux. 
           Alors se produisit un phénomène étrange. Les membres de l'homme 
      tressautèrent violemment, puis se raidirent. 
           Franck Sauvage le déposa sur le soi. Le garde, parfaitement 
      conscient, essayait de bouger mais en était empêché par une sorte de 
      paralysie. 
           Le garde ne recouvrerait pas, avant des heures, l'usage de ses 
      membres, à moins que Franck ne fasse une manipulation qui supprime la 
      pression paralysante. Cet exploit était rendu possible par la remarquable 
      connaissance de l'anatomie humaine que possédait l'homme de bronze. 
           Franck Sauvage s'accroupit vivement à côté de Johnny. saisit les 
      anneaux de ses menottes et ses muscles puissants se ramassèrent et se 
      durcirent. Sur ses larges épaules, ils saillaient comme de petits et longs 
      ballons. 
           Johnny ouvrit de grands yeux quand ses chaînes se rompirent. Il 
      savait quelle force cela demandait. Rares étaient les professionnels qui 
      auraient pu en faire autant. 
           - Que se passe-t-il ici? demanda Franck. 
           - Du diable si je le sais, répliqua Johnny. Ils ont pris bien garde 
      de me laisser dans l'ignorance! 
           Franck leva la main pour lui intimer silence. 
           - Ecoute! 
           Johnny tendit l'oreille. 
           - On vient! 
           C'était Smith qui approchait. Il avait chaussé des bottes cuissardes 
      et avait enlevé sa veste, ce qui permettait de voir le harnais soutenant 
      un automatique sous chacune de ses aisselles. 
           En arrivant à la baraque où était retenu le prisonnier, il se pencha 
      pour regarder par la porte. 
           Johnny était assis par terre, les bras réunis devant lui comme s'il 
      avait toujours les menottes aux poignets. Une clarté diffuse se reflétait 
      sur les cercles de métal. 
           Smith resta bouche bée en voyant le gardien allongé sans mouvement 
      sur le sol. 
           - Que s'est-il passé ? s'exclama-t-il. 
           - Votre garde a été victime d'un ensemble de circonstances 
      malencontreuses, dit Johnny. 
           - Allez au diable, vous et vos grands mots ! Qu'avez-vous fait à ce 
      type ? 
           - Je ne l'ai pas molesté, répondit sans mentir Johnny. 
           Smith, ne se doutant de rien et furieux contre Johnny, se précipita 
      dans la pièce en plongeant la main sous son bras gauche. Le hasard voulut 
      qu'alors il trébuche et se tourne à demi pour prendre un point d'appui 
      avec sa main libre. 
           Il se trouva ainsi face à face avec Franck Sauvage qui se tenait 
      debout près de la porte. 
           Smith poussa un hurlement. Il continua à essayer de dégager l'arme, 
      et comme celle-ci était placée du côté de Franck, il leva le bras qui la 
      recouvrait et commença à presser la gâchette d'un même mouvement. C'était 
      une erreur, car l'arme s'enraya. 
           Franck s'élança. Smith tourna les talons et s'enfuit. Son visage 
      devenait un masque de terreur, car il avait reconnu Franck Sauvage, et sa 
      peur de l'homme de bronze lui était revenue, centuplée. 
           Smith ne courait pas en direction de la porte, la paroi de tôle lui 
      barrait le chemin. Il baissa la tête, replia ses bras pardessus son crâne 
      rond pour le protéger et se précipita avec violence contre le mur. La 
      construction n'était pas solide. Les minces plaques de métal plièrent et 
      s'écartèrent, laissant s'échapper l'homme affolé. 
           Johnny se releva brusquement, l'air irrité, tel un épouvantail 
      squelettique. 
           - Qui aurait pu imaginer qu'il fuirait par-là? s'écria-t-il. Quelle 
      déveine noire! 
           Les alentours étaient en rumeur. Des hommes criaient, juraient. Smith 
      hurlait comme un homme lacéré par un tigre. Sa voix exprimait la terreur. 
           A l'intérieur de la baraque retentit soudain un bruit de grêle. Les 
      parois se percèrent de trous. Le crépitement des balles dominait le 
      rugissement lointain de la mitrailleuse au point de le rendre inaudible. 
           Le tir s'interrompit. Ils entendirent des touffes de joncs détachées 
      du toit par les balles glisser avec un petit bruit sec. 
           - Combien sont-ils ici? questionna Franck. 
           Une douzaine ait moins, répondit Johnny. 
           - Viens, dit Franck. Sortons de là, c'est plus prudent. L'homme de 
      bronze s'approcha d'une des parois de tôle, se tourna sur le côté quand il 
      fut tout près et passa au travers aussi aisément que si la cloison avait 
      été en papier. Johnny le suivit. 
           Franck Sauvage plongea la main sous sa veste, en sortit une minuscule 
      sphère de métal qu'il lança. Elle passa par-dessus le toit du baraquement 
      et atterrit au milieu des hommes qui se trouvaient derrière. Elle s'ouvrit 
      avec un claquement sec. Une fumée noire en jaillit et se répandit avec une 
      rapidité prodigieuse. 
           Paquis et ses hommes s'enfuirent en hurlant. Ils craignaient que ce 
      nuage ne soit asphyxiant. Ils s'engouffrèrent dans une autre baraque et, 
      au bout d'une dizaine de secondes, ressortirent les uns derrière les 
      autres en enfilant des masques à gaz. 
           - Ils ont l'intention de se battre, pour de bon, Franck, constata 
      sèchement Johnny. 
           L'homme de bronze acquiesça d'un signe de tête, puis se baissa et se 
      coula au milieu des hautes tiges des joncs. 
           Johnny le suivit en faisant le moins de bruit possible, car leurs 
      ennemis étaient devenus silencieux. La fumée les dissimulait pour le 
      moment. Paquis et sa bande s'efforçaient de les localiser au son. 
           Franck avançait comme un fantôme couleur de bronze. Johnny 
      choisissait avec précaution les endroits où il posait les pieds. Ils 
      parcoururent une centaine de mètres. Une bouffée de brise emporta la fumée 
      qui enveloppait les baraques camouflées. Paquis se mit à crier des ordres. 

           - Ils vont nous pister, murmura Johnny qui oubliait généralement ses 
      grands mots quand la situation devenait grave. 
           A cela, Franck Sauvage répondit en s'arrêtant pour faire un petit 
      trou du bout du doigt dans le sol. Il y enterra une de ses minces fioles 
      de verre contenant un gaz anesthésiant. Il la laissa près de la surface - 
      marcher dessus suffirait à la briser. Le gaz, étant inodore, agirait sans 
      qu'on s'en doute. 
           - Mais ils portent des masques, objecta Johnny. 
           - Ils les auront enlevés quand ils arriveront par ici, dit Franck. Ce 
      brouillard salira les verres de leurs masques, ce qui les gênera. 
           Les deux amis continuèrent leur chemin en rampant. Ils étaient 
      trempés, le brouillard ayant déposé comme des gouttes de pluie sur la 
      végétation. Franck enterra une autre fiole d'anesthésique. 
           Au bout d'un moment, ils entendirent des hurlements de surprise et 
      d'horreur. Comme Franck avait prévu, les masques avaient dû être ôtés et 
      une des fioles avait été écrasée. Ils ne virent pas combien de leurs 
      adversaires étaient ainsi neutralisés, mais la poursuite fut subitement 
      interrompue. 
           Johnny eut beau écouter avec attention, il fut incapable de deviner 
      ce que faisaient leurs ennemis. 
           - Ils s'en retournent, lui dit Franck. 
           Johnny hocha la tête, nullement surpris par ce témoignage de la 
      supériorité auditive de son compagnon. 
           Johnny s'accroupit pour réfléchir. C'est à peine si sa respiration 
      était un peu plus rapide. Il jouissait d'une endurance étonnante en dépit 
      de sa maigreur et ce n'était pas la première fois qu'il se trouvait dans 
      une situation critique. 
           - Rassemble tes souvenirs, dit Franck. As-tu entendu quoi que ce soit 
      qui puisse indiquer ce qu'ils font dans ce marais? 
           - On m'avait bandé les yeux avant de m'amener ici, répliqua lentement 
      Johnny. Ce que j'ai vu était insignifiant. 
           - Le moteur semble actionner un compresseur, déclara Franck. 
           Johnny hocha la tête. 
           - Oui. Une pompe ou quelque autre appareil du même genre. 
           - Sens-tu une odeur? questionna Franck. 
           Johnny aspira l'air. 
           - Rien que l'arôme assez peu plaisant de ce terrain inélégant. 
           - Ammoniaque, dit Franck. 
           Johnny fit travailler de nouveau ses papilles olfactives. Puis il 
      hocha gravement la tête. 
           - Très juste, reconnut-il. Je l'avais pris pour une des odeurs du 
      marécage. Y attaches-tu une signification? 
           - Il faut que nous examinions leur usine. 
           Quelques pétarades en ordre dispersé retentirent dans la direction de 
      leurs adversaires. Une oreille inexpérimentée aurait pu les prendre pour 
      des coups de feu. 
           - Des ratés de moteur, dit Franck. 
           Peu après, le moteur démarra. Un moteur d'avion, car à son ronflement 
      s'ajoutait le bruit d'une hélice qui tournait une espèce de sifflement 
      sourd. Ils entendirent des appels, des voix qui se forçaient pour couvrir 
      le bruit du moteur. 
           - Peut-être vont-ils nous pourchasser par air? dit Johnny avec 
      inquiétude. 
           - Ne te tracasse pas, répliqua Franck. J'ai assez de bombes fumigènes 
      pour nous mettre à l'abri. 
           Franck et Johnny se frayèrent un chemin vers l'étrange installation 
      de leurs ennemis, mais ils en étaient encore à une certaine distance quand 
      l'appareil partit. Il descendit le cours d'eau et disparut dans le 
      brouillard avant d'avoir pris l'air. Il semblait avoir du mal à s'élever 
      et, au lieu de revenir au-dessus d'eux, il continua à survoler l'e Wash et 
      son vrombissement ne tarda pas à s'éteindre. 
           - Que je sois superamalgamé si j'y comprends quelque chose ! s 
      exclama Johnny. 
           Franck tendit le bras. 
           - Regarde, dit-il. 
           Le brouillard devenait noir au-dessus des baraquements camouflés 
      comme si on y avait vaporisé de l'encre. 
           - De la fumée! s'écria Johnny. 
           - Exactement! 
           Franck se mit à courir. 
           - Ils ont mis le feu à leur installation. 
           Johnny allongea ses longues jambes pour rattraper l'homme de bronze. 
      Ils avancèrent vite et, bientôt, les baraquements - maintenant entourés de 
      flammes rouges - se dessinèrent dans le brouillard. Les deux hommes 
      ralentirent l'allure, s'arrêtèrent même pour écouter. 
           Mais ils auraient aussi bien pu continuer sans précaution; ils 
      découvrirent quelques instants plus tard que Paquis et leurs autres 
      ennemis étaient partis, emmenant les hommes que Franck avait réduits à 
      l'impuissance. 
           - Nous les avons fait fuir! s'écria Johnny. 
           Franck Sauvage ne répondit pas. Le moteur ne marchait plus. Il 
      s'élança vers le baraquement qui l'abritait, mais, au lieu de franchir la 
      porte, bondit vers le côté et enfonça d'un coup de pied une des plaques de 
      tôle. 
           Johnny courut vers la porte. 
           - Attention ! cria Franck. Ne passe pas par là! 
           Johnny vint rejoindre Franck. Il regarda à l'intérieur. Ses pupilles 
      se dilatèrent : la porte était légèrement entrouverte et une grenade à 
      main était calée dessous, dans une position telle qu'un mouvement du 
      battant la dégoupillerait et l'a ferait exploser. 
           - Leur cadeau d'adieu, commenta tranquillement Franck. 
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1064] 
        
        Résumé : Au cours d'une conférence, l'attaché de presse Benjamin 
            Gilstein a révélé aux journalistes qu'une usine où est pratiquée 
            l'extraction de l'or en suspension dans l'eau de mer fonctionne à 
            Magna Island, île proche de l'Angleterre. Franck Sauvage et Johnny, 
            qui se sont rendus sur les lieux, surprennent Paquis et sa bande. 
            Ceux-ci mettent le feu aux baraquements qui abritent une curieuse 
            installation avant de s'enfuir... 

           La chaleur était intense à l'intérieur de la baraque, car des flammes 
      dévoraient les joncs et les roseaux qui camouflaient la toiture. La 
      charpente en bois avait dû être aussi arrosée d'essence, car elle flambait 
      avec violence. 
           Des machines occupaient le centre du hangar. Il s'y trouvait un gros 
      moteur Diesel équipé d'un silencieux ; on y voyait aussi un compresseur. 
      L'odeur d'ammoniaque était très nette. 
           - Reculons, dit Franck. Un des tuyaux s'est rompu. 
           - Je n'y comprends goutte ! s'exclama Johnny. Cela ressemble à un.... 

           - Réfrigérateur, compléta Franck. Et c'en est un aussi. 
           - Mais pourquoi installer une usine de réfrigération dans ce marais? 
           - Voyons si l'un des autres baraquements nous donnera la réponse. 
           Le bâtiment suivant se révéla un dortoir à l'installation primitive. 
      Couchettes et tables avaient été systématiquement incendiées. Ils allèrent 
      à un autre baraquement qui était de beaucoup le plus vaste de tous. 
           Son toit et ses parois flambaient, mais un foyer infiniment plus 
      intense brûlait au centre du plancher. Des flammes sortaient en rugissant 
      d'un orifice semblable à une cheminée. 
           - Un trou, une espèce de puits, commenta Franck. 
           - Ils ont dû verser dedans un baril d'essence et y jeter une 
      allumette, ajouta Johnny. 
           Des tuyaux formaient un entrelacs compliqué autour du puits en feu. 
      Certains se dirigeaient vers l'atelier de réfrigération. D'autres allaient 
      vers le ruisseau voisin. Des tuyaux plus petits se dressaient comme des 
      piquets autour de l'entrée du puits. Ils découvrirent un autre moteur et 
      une pompe aspirante de forte capacité. 
           - Simple, conclut Franck. 
           - D'une simplicité lumineuse, renchérit Johnny. Si lumineuse qu'elle 
      me crève les yeux et que je n'y vois rien. 
           - N'as-tu jamais entendu parler de la méthode utilisée pour forer les 
      puits de ventilation du grand tunnel routier d'Anvers, en Belgique, quand 
      il a fallu traverser des sables mouvants et des poches de boue comme ici ? 

           - Je ne suis pas ingénieur, répliqua Johnny. 
           On a simplement monté une vaste usine de réfrigération pour geler la 
      boue, expliqua Franck. Ainsi a-t-il été possible de forer sans installer 
      des caissons. 
           - Tu veux dire... 
           - Que nos amis ont simplement foré un puits en utilisant les méthodes 
      les plus modernes. 
           - Mais que cherchaient-ils donc? 
           Si Franck Sauvage en avait une idée, il ne la formula pas. Dans la 
      baraque régnait une chaleur de four ; des fragments de paroi 
      s'effondraient déjà à l'intérieur. Ils sortirent à reculons. 
           - A mon avis, ils ont terminé ce qu'ils avaient à faire ici, dit 
      Johnny pensivement. 
           Les étranges yeux pailletés d'or de Franck Sauvage allaient de-ci 
      de-là, investigateurs. Sans regarder son ami, il demanda 
           - Qu'est-ce qui te fait penser ça? 
           - Des bribes de conversation que j'ai entendues, dit Johnny. A 
      plusieurs reprises, mes gardes ont déclaré que leur travail ici était 
      presque achevé. Il devait être fini aujourd'hui, d'après ce que j'ai 
      compris, Ils voulaient m'emmener ensuite dans une île où j'aurais été 
      détenu jusqu'à ce que je ne risque plus de déranger leurs projets. 
           - Tu connais le nom de cette île? 
           - Maggie ou quelque chose de ce genre, murmura Johnny. 
           - Magna Island? 
           - C'est ça, acquiesça Johnny avec un hochement de tête véhément. 
      Mais, que sais-tu de cette Magna Island? 
           - Gorille et Ted y enquêtent en ce moment même. 
           L'homme de bronze s'éloigna. Il avançait avec décision à grands pas à 
      travers les roseaux et les flaques. Johnny, que la curiosité avait 
      entraîné derrière lui, s'aperçut que Franck suivait des traces de pas. 
           - Tu crois que l'un d'entre eux est resté ici? dit Johnny qui 
      s'interrompit en voyant que les empreintes étaient doubles ; elles 
      allaient dans un sens et revenaient dans l'autre. 
           - J'ai l'impression qu'un des hommes s'est faufilé hors du camp juste 
      avant le départ, répliqua Franck. Les empreintes sont récentes. Et tu 
      verras, en y regardant de près, que cet homme a pris des précautions pour 
      ne pas être vu par ses compagnons. Comme s'il avait caché quelque chose 
      par ici et soit revenu le chercher avant de partir. 
           L'hypothèse de Franck semblait juste, car ils atteignirent bientôt un 
      endroit où la terre humide avait été creusée à la hâte. 
           - Quelle confiance ils avaient les uns dans les autres, ironisa 
      Johnny, pour que ce bonhomme enfouisse ce qu'il avait de précieux de peur 
      d'être dépouillé par ses amis! 
           Franck ne répondit pas. Il s'agenouilla et fit passer entre ses 
      doigts la terre meuble, tournant les mottes dans tous les sens comme pour 
      vérifier si une empreinte en creux ne pourrait pas lui indiquer la nature 
      de l'objet enterré. Il ne trouva pas ce genre de moulage, mais il 
      découvrit un objet probablement oublié dans la précipitation du départ. 
           L'homme de bronze le débarrassa de la glaise qui l'enrobait et 
      l'essuya soigneusement avec son mouchoir. Puis il le leva en l'air. 
      L'objet était en métal jaune brillant. 
           C'était un grand hanap de forme assez curieuse et d'une contenance 
      dépassant presque le litre. Des émaux ornaient une de ses faces selon un 
      dessin assez compliqué. 
           Johnny l'examina attentivement. 
           Les armes du roi Jean, murmura-t-il. Est-ce du cuivre? De l'or, 
      rectifia Franck. Et le métal est assez tendre pour être rayé d'un coup 
      d'ongle. Ce qui signifie qu'il s'agit d'or très pur. 
           - Un faux ancien? demanda Johnny. 
           - Non, authentique. Une pièce de musée. Tu es une autorité pour tout 
      ce qui est ancien. A ton avis, combien cela vaut-il ? 
           - Un million et demi, disons. 
           - Un peu plus, estima Franck. Tu te rappelles ce paysan qui avait été 
      blessé par un des rois Jean, l'autre nuit ? 
           - Oui, dit Johnny avec un hochement de tête prononcé. On disait qu'il 
      avait une pièce de monnaie dans sa poche. Une pièce datant du règne du roi 
      Jean. Mais comment le sais-tu ? 
           - Par les journaux. 
           - Ils ont dû cambrioler un musée, murmura Johnny. Oui, ils voulaient 
      probablement des reliques pour authentifier leur histoire de spectre. Mais 
      dans quel but ? 
           - Le fantôme était destiné à éloigner les gens du pays pour qu'on ne 
      découvre pas ces baraquements. 
           - Ce n'est pas ce que je voulais dire, répliqua Johnny. Pourquoi 
      toutes ces complications ? Qu'est-ce que cela cache ? 
           - La réponse à cette question doit se trouver dans Magna Island, 
      conclut Franck pensivement. Ted et Gorille la découvriront peut-être. 
           Pressant leurs visages contre un hublot du grand hydravion, Ted et 
      Gorille aperçurent enfin Magna Island. Une douzaine des correspondants de 
      presse en firent autant. 
           - On dirait une grande grenouille verte étalée sur l'océan, remarqua 
      Gorille. 
           - Si, si, excellentissime manière de décrire cette île s'écria Ted 
      avec son plus bel accent italien. 
           Du coin des lèvres, Gorille lui souffla 
           - Pour l'amour du ciel, ne reste pas à côté de moi. Tu vas éveiller 
      leurs soupçons. 
           - Si tu t'imagines que je tiens à ta compagnie, tu te trompes, 
      répliqua Ted d'un ton narquois. 
           Il changea de place, ostensiblement pour mieux voir l'île et prendre 
      des photographies avec l'appareil qu'il avait eu la précaution d'apporter. 
      C'était la première fois depuis leur départ de Londres que Ted et Gorille 
      se trouvaient ensemble. 
           L'affable Benjamin Gilstein était à l'avant, d'où il avait harangué à 
      pleins poumons les journalistes jusqu'au moment où Magna Island était 
      apparue. L'appareil loué par Gilstein avait une cabine assez bien 
      insonorisée, ce qui permettait les conversations à condition de forcer 
      légèrement la voix. 
           Si Benjamin Gilstein nourrissait des soupçons à l'égard de Gorille et 
      de Ted, il n'en avait rien laissé paraître. Il les traitait avec la 
      cordialité habituelle des attachés de presse à l'égard des journalistes. 
           L'hydravion décrivit un cercle au-dessus de Magna Island à une 
      altitude inférieure à deux cents pieds. L'île était basse, légèrement 
      rocheuse et ressemblait effectivement à une grenouille allongée, d'un vert 
      particulièrement bilieux. 
           Les pattes étalées s'étiraient dans la direction du courant marin 
      dominant et pouvaient assez bien faire penser à des digues. 
           Benjamin Gilstein désigna le point de jonction de ces deux curieuses 
      pattes. 
           - Regardez, messieurs ! annonça-t-il. Voici l'usine qui réalise ce 
      dont les hommes rêvent depuis si longtemps extraire l'or de l'eau de mer 
           C'était un complexe de bâtiments en brique neuve, aux toits 
      fraîchement peints. Il y en avait quatre. Le premier, le plus proche de 
      l'eau, abritait une vanne. Un canal en partait vers un autre bâtiment très 
      vaste. Les deux derniers étaient manifestement un hangar à outils et une 
      station génératrice d'électricité. 
           Du grand bâtiment, un canal emportait les eaux usées à l'extrémité 
      opposée de l'île et les déversait dans la mer à l'endroit où se serait 
      située la bouche de la grenouille. 
           Vous voyez, l'île convient à la perfection, déclara Gilstein. Les 
      courants dominants entraînent l'eau entre les deux langues de terrain et, 
      après extraction de l'or, l'eau peut s'en aller à l'autre bout de l'île où 
      les courants l'emportent. De cette façon, nous ne traitons jamais la même 
      eau deux fois. 
           Gorille ne l'écoutait que d'une oreille. Il examinait le reste de 
      Magna Island. Du côté ouest, où le terrain était un peu plus élevé, il y 
      avait plusieurs maisons de pierre d'apparence ancienne alignées le long 
      d'une rue. 
           - Qu'est-ce que c'est? demanda Gorille en posant la main sur le coude 
      de Gilstein. 
           - Le petit village qui existait autrefois dans l'île, dit l'attaché 
      de presse. Il est maintenant occupé par les ouvriers qui travaillent à 
      l'usine d'extraction d'or. 
           Le pilote de l'hydravion se posa entre les deux langues de terre et 
      immobilisa son appareil. 
           Les journalistes enlevèrent chaussures et chaussettes pour patauger 
      jusqu'au rivage; ceux qui avaient des appareils photographiques les 
      soulevaient au-dessus de leur tête. 
           Plusieurs hommes à l'expression menaçante vinrent au devant d'eux. 
      Ils étaient armés de fusils et de pistolets. 
           Tous ces hommes portaient un uniforme veste, culotte lacée, bottes et 
      béret - assez pittoresque. 
           - Pourquoi cette tenue de cérémonie ? demanda le représentant d'un 
      quotidien du soir londonien. 
           - Ce sont les gardes royaux de Magna Island, répondit Gilstein. 
           - Royaux? répéta l'autre d'un air interrogateur. 
           Benjamin Gilstein sourit. 
           - Avez-vous oublié ce que je vous ai dit? Cette île est indépendante. 
      Le roi de Magna Island est un monarque absolu : Wehman Mills. 
           - L'homme qui a découvert le procédé pour extraire l'or marin? 
           - Exact. 
           - Nous sera-t-il possible d'interviewer Sa Majesté Wehman Mills ? 
      demanda aussitôt Gorille. 
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1065] 
        
        Résumé : Franck Sauvage et Johnny surprennent Paquis et sa bande. 
            Ceux-ci mettent le feu aux baraquements avant de s'enfuir. Franck et 
            Johnny traversent d'étranges constructions et découvrent de 
            surprenantes installations. Ils atteignent un endroit où ils 
            trouvent dans la terre humide un curieux objet de valeur aux armes 
            du roi Jean. 
                 De leur Cote, Gorille et Ted, en compagnie de Benjamin Gilstein 
            et d'autres journalistes, survolent, à bord d'un hydravion, Magna 
            Island où est située la fameuse usine destinée à extraire de l'or de 
            l'eau de mer...

           - Désolé, dit Gilstein en souriant. Wehman Mills ne  reçoit pas la 
      presse. 
           - Alors posera-t-il pour une photo ? insista Gorille. 
           -Non, dit Gilstein, mais je vous donnerai tout à l'heure, messieurs, 
      un portrait de Wehman Mills. 
           Ils se dirigeaient vers le groupe de bâtiments abritant l'usine 
      d'extraction d'or. 
           Ted s'arrêta brusquement. L'élégant avocat était méconnaissable dans 
      son costume tout déformé. Il faut lui rendre cette justice qu'il portait 
      son déguisement avec un naturel parfait. Nul n'aurait pu s'apercevoir à 
      l'oeil nu que son teint bistré était synthétique ; quant à ses dents de 
      devant en or, il s'agissait simplement d'une feuille d'or appliquée sur 
      chaque dent véritable. 
           - J'ai oublié mes films ! s'exclama Ted. Il faut que je retourne sur 
      mes pas, sinon je ne pourrai pas prendre de photos. 
           Il repartit vers l'hydravion. 
           - Attendez! ordonna sèchement Benjamin Gilstein. Un des gardes royaux 
      va vous accompagner. 
           - Et pourquoi donc ? s'étonna Ted. 
           - C'est la règle au royaume de Wehman Mills, dit l'autre d'un ton 
      sans réplique. 
           Ted se retrouva escorté d'un grand gaillard à l'expression peu amène, 
      un fusil sous le bras. L'avocat fut déconfit. Il avait espéré saisir cette 
      chance d'explorer les aîtres une fois qu'il aurait été éloigné des autres. 

           Ted ne comprenait pas pourquoi les correspondants de presse avaient 
      été amenés dans l'île. Sa seule certitude était qu'on leur montrerait 
      uniquement l'usine d'or marin. Gorille, qui comptait peu de rivaux dans le 
      domaine de la chimie, vérifierait s'il s'agissait bien d'une usine capable 
      de fonctionner. Lui-même désirait examiner d'autres parties de l'île, 
      notamment le petit village qui se trouvait à l'ouest. 
           Avec son escorte il traversait maintenant une zone broussailleuse. 
      Les bruits de l'autre groupe ne leur parvenaient plus. 
           D'un geste négligent, Ted glissa la main à l'intérieur de ses 
      vêtements. Quand il l'en ressortit, il tenait une des petites bombes de 
      gaz anesthésique inventées par Franck Sauvage. 
           Il s'arrêta brusquement. 
           - Pouah ! s'écria-t-il. Vous sentez cette odeur? Le garde huma l'air 
      et répliqua d'un ton morose 
           - Je ne sens rien du tout. 
           Ted figea ses traits, ouvrit largement la bouche, chancela 
      violemment, puis se laissa choir à quatre pattes et s'étala de tout son 
      long. Ce faisant, il retint sa respiration et brisa l'ampoule de gaz qu'il 
      avait dans la main. 
           Son escorte le regarda avec stupeur. Il flaira de nouveau l'air, se 
      demandant ce qui avait terrassé Ted. Puis il s'effondra sur le dos, 
      profondément endormi. 
           Ted se releva d'un bond. Le gaz s'était dissipé en moins d'une 
      minute, et il avait échappé à ses effets en s'abstenant simplement de 
      respirer. 
           Il avait l'intention d'aller repérer un peu les environs, puis de 
      revenir s'allonger près du garde en feignant d'être inconscient lui aussi. 
      Quand le garde reprendrait ses esprits, il croirait que tous deux 
      s'étaient évanouis. 
           Le village situé du côté ouest de l'île n'avait jamais été très 
      prétentieux, mais certains signes dénotaient qu'il était à l'abandon 
      depuis plusieurs semaines. Les herbes folles n'avaient pas été fauchées, 
      ni le gazon tondu ; les fenêtres auraient eu besoin d'un bon lavage et 
      quelques vitres brisées avaient été bouchées avec des journaux. 
           Les maisons étaient en pierre, certaines avec des toits de tuile, 
      d'autres couvertes de chaume. L'unique rue étroite n'était pas pavée, mais 
      cela n'avait guère d'importance, le sol étant sablonneux. Il n'y avait pas 
      de trottoirs, seulement des sentiers de terre battue. 
           Bénissant en silence la hauteur et l'abondance des herbes folles, Ted 
      se mit à quatre pattes et avança en rampant. Sa canne-épée lui manquait; 
      mais emporter cette arme assez rare était hors de questions, car elle 
      l'aurait rendu trop facile à identifier. 
           La porte de derrière d'une maison était béante, comme pour inviter à 
      y entrer. Ted qui s'en approchait s'arrêta subitement, car une voix 
      résonnait à l'intérieur. 
           - Vous n'avez aucune raison de vous inquiéter, monsieur. Quelle 
      importance si Franck Sauvage est allé dans la région du Wash? Il n'y aura 
      rien appris. Nous avons détruit notre installation, il ne pourra donc pas 
      savoir ce que nous faisions. 
           - Moi, je n'en suis pas si sûr, Paquis, grommela une autre voix. Cet 
      homme de bronze n'est pas un être humain 
           - Je dois admettre qu'il est difficile à tromper, répliqua Paquis. 
      Oui, j'ai éprouvé une émotion sérieuse quand il est venu récupérer son ami 
      William Harper Littlejohn. Quelle honte! Quel dommage! Mais Franck Sauvage 
      ne se doute pas du lien qui existe entre cette île et le Wash. 
           Ted, qui enregistrait toute la conversation, se permit un large 
      sourire. Ainsi Johnny était maintenant sain et sauf. 
           Smith déclara 
           - Si l'un des prisonniers que nous avons ici réussit à parler à un 
      journaliste, nous en aurons de la publicité, mais pas du genre qu'il nous 
      faut. 
           - Oui, convint Paquis. Et pour cette raison je suggère que vous 
      alliez seconder le garde qui surveille nos prisonniers. 
           Un grand gaillard à l'expression soucieuse sortit de la maison et 
      s'engagea dans un des sentiers. C'était Smith. 
           Ted se faufila à sa suite au milieu des herbes. Il se remettait de sa 
      surprise. Il ignorait qu'il y avait d'autres prisonniers et était très 
      curieux de voir de qui il s'agissait. 
           Arrivé devant une maison de pierre couverte en chaume, Smith s'arrêta 
      sur le seuil pour inspecter les alentours avec attention. Ted se tint 
      parfaitement immobile dans les hautes herbes. 
           Smith entra dans la maison. 
           Ted plongea la main sous son aisselle, où se logeait un étui si 
      astucieusement entouré de rembourrage que sa présence était à peine 
      discernable. Il en sortit un des pistolets perfectionnés par Franck 
      Sauvage. Une poche près de l'étui renfermait un dispositif qui ressemblait 
      à une boîte de conserve : c'était un silencieux. 
           Ted le fixa sur le canon, puis examina le chargeur pour s'assurer 
      qu'il était bien garni de balles anesthésiantes : ces balles endormaient 
      aussitôt le sujet rien qu'en effleurant sa peau. Il régla le tir pour 
      qu'une seule parte à la fois, puis il changea de position afin de prendre 
      Smith dans sa ligne de mire. Son corpulent gibier se tenait dans 
      l'embrasure de la porte. Ted ajusta soigneusement son tir et l'atteignit 
      au mollet. 
           La détonation, grâce au silencieux dont était muni le pistolet, ne 
      résonna pas plus fort qu'un claquement de langue. 
           Smith sursauta, plaqua la main à l'endroit où la balle l'avait frappé 
      et se retourna pour tenter d'examiner la blessure. Il était encore cambré 
      en arrière quand il vacilla et s'effondra lourdement sur le soi, puis 
      resta sans bouger. 
           Un autre homme surgit à côté de Smith. Il était bâti en force et 
      portait une mitraillette au creux du bras. 
           Le pistolet de Ted claqua une fois encore ; la cartouche vide qui 
      jaillit de l'éjecteur heurta un caillou en tombant et fit presque autant 
      de bruit que la détonation. 
           Dans la maison, le grand gaillard se redressa avec raideur et porta 
      la main à son flanc. Il chancela jusqu'à la porte, se pencha pour regarder 
      dehors et sembla incapable de garder son équilibre. Il roula sur le seuil, 
      avec des gestes mous des bras et des jambes. 
           Ted courut vers la maison. S'il restait encore quelqu'un à 
      l'intérieur, il avait peu de chances de le surprendre sur place. Ted était 
      tin tireur d'élite ; en cas de besoin, il savait tirer en courant et 
      atteindre son but. 
           Mais il ne vit qu'une personne dans la maison : un vieil homme tout 
      en os et en nerfs dans un costume noir fripé qui avait connu des jours 
      meilleurs. 
           Il était retenu par un volant d'acier qui pesait bien dans les cinq 
      cents livres, attaché à l'une de ses chevilles. 
           Ted empoigna sa dernière victime par les cheveux et la tira au fond 
      de la pièce pour qu'on ne la voie pas du dehors. Puis il examina le 
      prisonnier. 
           - Qui êtes-vous ? demanda-t-il. 
           L'autre se leva. Il semblait près de mourir d'inanition.  
           - Où est ma nièce ? dit-il. Va-t-elle bien? 
           - Je vous ai demandé qui diable vous êtes ! s'exclama Ted. 
           - Wehman Mills, murmura le vieil homme. 
           Ted ne savait pas à quel nom s'attendre, mais celui-là le surprit. 
      Wehman Mills était censé être le roi de l'île en même temps que 
      l'inventeur du procédé pour récupérer l'or marin. 
           - Ma nièce, répéta avec anxiété Wehman Mills. Trouvez-là ! Ne vous 
      occupez pas de moi. Allez chercher Elaine 
           - Où est-elle ? demanda Ted. 
           Wehman Mills agita la jambe enchaînée au volant d'acier et les 
      anneaux de sa chaîne cliquetèrent. 
           - Est-ce que je le sais ? gémit-il. Quelque part par ici. 
           Ted changea le chargeur de son pistolet et leva le canon de son arme 
      curieuse. 
           Wehman Mills recula, tenta avec affolement de briser sa chaîne, puis 
      gémit 
           - Je vous en prie, je n'ai rien fait de mal.  
           Ted pressa la détente et un son bizarre retentit, comparable à celui 
      que produirait sur les piquets d'une barrière un bâton tenu par quelqu'un 
      placé dans une voiture qui roule à grande vitesse. Le plomb s'abattit en 
      grêle sur le volant. la chaîne de Wehman Mills tressauta follement. Puis 
      le cadenas qui la retenait se rompit et tomba en morceaux sur le sol. 
           - Vous auriez pu m'avertir ! s'exclama Wehman Mills. Vous m'avez 
      rendu à moitié fou de peur ! 
           - Où pensez-vous que soit cette Elaine ? questionna Ted. 
           - Ils en parlaient comme si elle se trouvait à côté d'ici, dit Mills. 
      Allons jeter un coup d'oeil. 
           Le vieil homme se serait précipité au dehors si Ted ne l'avait retenu 
      par le bras. Ted examina les alentours par une fenêtre et vit un homme 
      apparaître sur le seuil de la maison où il avait entendu parler deux 
      personnes. L'inconnu avait perçu le bruit causé par le pistolet en 
      détruisant le cadenas et sa curiosité était éveillée. 
           - Il y a quelque chose qui cloche, monsieur Smith? cria-t-il. 
           Ted était loin de posséder le don d'imitateur de Franck Sauvage, mais 
      il fit de son mieux. 
           - Parbleu, non, répliqua-t-il. 
           Il grommela tant bien que mal à la façon de Smith et l'écho de la 
      pièce masqua sa voix, si bien que les soupçons de Paquis s'apaisèrent et, 
      tournant sur ses talons, il disparut à l'intérieur. 
           Ted se dirigea vers une fenêtre à guillotine qui se trous ait du côté 
      opposé et se mit en devoir de l'ouvrir. 
           - Est-ce que cette usine pourra vraiment extraire de l'or de la mer ? 
      demanda-t-il. 
           - Oui, dit Wehman Mills. Naturellement 
           - Alors pourquoi tout ce cirque ? 
           - On est en train de me dépouiller de ma découverte, répliqua Mills 
      avec irritation. Des hommes ont pris contact avec moi et ont financé la 
      construction de l'usine. Puis je me suis aperçu qu'ils avaient intercepté 
      des lettres que j'adressais à ma nièce Elaine. J'ai prétendu que j'avais 
      besoin de matériel qu'on peut se procurer seulement en France, à Brest où 
      résidait Elaine. Ils m'y ont conduit et j'ai réussi à m'échapper. Mais ils 
      m'ont repris. Puis ils se sont emparés d'Elaine quand elle a eu des 
      soupçons et a commencé une enquête. 
           Ted avait réussi à faire coulisser un des panneaux de la fenêtre. Il 
      regarda dehors, ne vit personne et se glissa à l'extérieur. 
           - Vous vous êtes évadé à Brest, répéta Ted. Ils vous ont rattrapé et 
      ramené. Puis ils ont capturé aussi Elaine. 
           - Elaine et un jeune homme nommé Henry Trump. 
           Mills témoigna de son grand âge par la difficulté qu'il eut à passer 
      par la fenêtre. Ses jointures raidies le faisaient gémir et grimacer. 
           - Quel rôle joue le Wash dans cette affaire ? demanda Ted. 
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1066] 
        
        Résumé : Gorille et Ted sont arrivés avec des journalistes invités 
            par Benjamin Gilstein à Magna Island. Ted parvient, bien que 
            surveillé de très près, à fausser compagnie aux autres et à repérer 
            les environs. Il surprend Paquis et un homme, les anesthésient grâce 
            à une ampoule spéciale mise au point par Franck Sauvage. Il 
            découvre, attache à une roue, un vieil homme : c'est Wehman Mills 
            que les bandits ont dépouillé de sa découverte : l'extraction de 
            l'or de l'eau de mer...

           - Comment ça? 
           - Le Wash. Ces hommes fricotaient quelque à chose là-bas. Vous 
      connaissez, c'est la région marécageuse qui se trouve sur la côte est de 
      l'Angleterre. 
           - Je ne vois vraiment pas ce que ces hommes auraient eu à faire 
      là-bas, déclara Wehman Mills. L'affaire est simple. Il me volent mon 
      invention pour extraire l'or marin. C'est tout. 
           - Allons chercher Elaine et Henry Trump, dit Ted. Nous discuterons 
      ensuite. 
           Ils découvrirent Elaine dans la première maison où ils entrèrent. 
      Comme Wehman Mills, elle était enchaînée à une lourde pièce mécanique. 
           Un garde était auprès d'elle. Ted, après avoir remis des cartouches 
      anesthésiantes dans son pistolet, tira sur lui par la fenêtre et l'homme 
      ne vacilla qu'un instant avant de s'abattre sur le sol, inconscient. 
           - Oncle Wehman ! s'exclama la jeune fille d'une voix étranglée. 
           Ted la considéra avec surprise en se disant qu'elle était vraiment 
      jolie. 
           Le pistolet perfectionné crépita à travers son silencieux. Le cadenas 
      ne céda pas et Elaine Mills étouffa un cri quand des fragments de plomb 
      fins comme des aiguilles s'enfoncèrent dans sa cheville. 
           Ted enleva sa veste, la plia et en fit un tampon de protection, puis 
      il recommença sa mitraillade. Cette fois, la serrure céda. 
           - Henry Trump, s'écria Elaine, il faut que nous le libérions aussi 
           Ted fronça les sourcils. 
           - Qui est Henry Trump ? 
           - Un jeune homme qui s'est montré très serviable envers moi sur le 
      bateau, expliqua Elaine Mills. Il est emprisonné dans la maison d'à côté, 
      je crois. 
           Ted hocha la tête et regarda au dehors par une fenêtre pour voir si 
      le vacarme l'impact des balles sur le cadenas avait fait pas mal de bruit 
      - n'avait pas attiré l'attention, mais le village dont les maisons étaient 
      assez distantes les unes des autres restait désert. 
           - Qu'est-il arrivé aux gens qui habitaient ici auparavant? questionna 
      Ted. 
           - Ils ont été évacués quand le village a été vendu, répondit Wehman 
      Mills. 
           - Pourquoi cette île a-t-elle été choisie pour tirer l'or de la mer ? 
      s'enquit Ted avec curiosité. 
           - Parce qu'elle est indépendante, lui dit le vieil inventeur. 
           - Il n'y a pas d'impôts à payer, et elle n'a coûté que cinquante 
      milles dollars, répliqua Wehman Mills. Soit seulement que le procédé 
      d'extraction de l'or. 
           - A quel rythme pensez-vous que l'usine produira cet or? 
           - Elle fournira au moins cinq cent mille dollars d'or par jour, 
      déclara le vieil homme gravement. 
           Ted guettait toujours les signes dénotant que l'alerte avait été 
      donnée, mais tout était apparemment calme dans Magna Island. 
           - Pouvez-vous m'indiquer la maison où vous pensez qu'est détenu Henry 
      Trump? demanda-t-il. 
           - Là, dit-elle. 
           - Nous pouvons très bien y aller en restant à couvert, estima Ted. 
           La maison vers laquelle ils se dirigèrent avait ses volets clos et sa 
      porte fermée. 
           Ted en fit le tour en s'abritant derrière un mur bas en pierres 
      sèches et une treille qui n'avait pas été taillée depuis longtemps. 
           - Vous êtes sûre que c'est ici? demanda-t-il à Elaine Mills. 
           - Je le crois, répondit la jeune fille. 
           Ted rechargea son arme avec des cartouches anesthésiantes, la 
      dissimula sous sa veste et frappa à la porte. Elaine Mills se tenait à 
      côté de lui. 
           Oui, dit à l'intérieur une agréable voix masculine. C'est Henry 
      Trump, chuchota Elaine. 
           Ted donna un coup d'épaule dans la porte. Elle était simplement 
      poussée et non fermée à clef ; elle s'ouvrit brusquement et il fut 
      précipité à l'intérieur. 
           Les volets rabattus rendaient la pièce sombre. L'avocat regarda 
      autour de lui en clignant des paupières, son arme au poing. 
           Un cliquetis de métal monta d'un coin. 
           - Par ici, dit la voix de Henry Trump. 
           Ted aperçut alors le jeune homme. Il était assis par terre, poignets 
      et chevilles attachés avec des menottes. 
           - Vous avez une épingle à cheveux? demanda Ted à Elaine. 
           Une pince seulement, dit-elle en plongeant la main dans ses cheveux. 
           Ted prit la pince, plus pratique pour lui que des épingles 
      ordinaires, car elle était plus rigide, et se mit à l'oeuvre. Il avait 
      beaucoup étudié en dehors du droit, notamment le fonctionnement des 
      serrures. 
           - Que se passe-t-il ici ? demanda Henry Trump. Quelle est la raison 
      de toutes ces histoires ? 
           - Aucune idée, répliqua Ted. 
           - Ces hommes essaient de me voler mon procédé! s'exclama Wehman 
      Mills. Voilà la raison. 
           Les serrures des deux jeux de menottes cédèrent l'une après l'autre. 
           - Eh bien, ça alors! dit Trump en souriant. Dire que je me suis 
      esquinté sans arriver à les ouvrir 
           Il se leva. 
           Il y eut tin fracas. Des lattes tombèrent d'un volet. Un flot de 
      verre brisé se répandit sur le sol. 
           Le canon de fusil qui avait défoncé le volet et la vitre apparut. 
      D'après la forme de son magasin, il était visible que l'arme appartenait à 
      la catégorie des automatiques. 
           - Ne bougez pas ! commanda en français la voix mielleuse de Paquis. 
           L'oeil collé à la mire, le fusil braqué, Paquis donna un ordre à 
      quelqu'un qui se trouvait derrière lui. Puis la porte s'ouvrit toute 
      grande et des hommes entrèrent, qui pointèrent sur Ted et ses compagnons 
      le canon de leur mitraillette. 
           Ted agit avec sagesse. Il se rendit. 
           Gorille entendit le cri d'appel de Paquis. Le chimiste s'arrêta. Avec 
      son visage rasé de près au teint blafard, ses verres de lunettes épais. 
      sors faux ventre, sa boiterie prononcée et le gros cigare malodorant qu'il 
      fumait, Gorille était à peu près méconnaissable. Les verres grossissants 
      de ses lunettes lui gênaient quelque peu la vue, mais faisaient paraître 
      ses yeux plus grands.  
           - Qu'est-ce que c'est que ça ? s'exclama-t-il. 
           - Un des ouvriers qui exprime sa joie, probablement, dit avec un 
      sourire plein d'onction Benjamin Gilstein. Entrons dans l'usine. 
           On venait de montrer au groupe de journalistes le canal adducteur 
      d'eau de mer. Ce n'était qu'un fossé hâtivement creusé par où arrivait 
      jusqu'à l'usine un vif courant d'eau. 
           Deux hommes armés gardaient la porte de l'usine. Sur un mot de 
      Gilstein, ils l'ouvrirent. Avant d'escorter les journalistes à 
      l'intérieur, Gilstein leur fit un petit discours. 
           - Quand vous serez de retour à Londres, messieurs, vous voudrez 
      certainement expliquer le procédé utilisé dans le traitement de l'eau de 
      mer. Pour rendre vos articles intelligibles, il vous suffira de décrire la 
      méthode ordinairement appliquée dans l'extraction du brome. 
           Suivit alors un exposé technique plutôt austère pendant que le groupe 
      était conduit d'une machine à l'autre. Benjamin Gilstein démontra une 
      parfaite maîtrise du vocabulaire technique. 
           Gorille hocha la tête gravement pour lui-même. Jusqu'à présent, le 
      procédé était parfaitement viable. Il ne nourrissait aucun doute à ce 
      sujet. 
           - Où se trouve l'or, maintenant ? demanda un journaliste. Gilstein 
      désigna la vapeur qui montait comme un épais brouillard. 
           - Là, dit-il. 
           - Allons donc ! s'exclama ironiquement le journaliste. A présent, 
      j'ai la preuve qu'il s'agit d'une farce. L'or est un métal jaune et lourd. 

           - Voyez-vous de l'or dans l'eau de mer? rétorqua Benjamin Gilstein. 
           - Non, avoua l'autre que cet argument réduisit au silence. 
           - Très bien, reprit sèchement l'attaché de presse, vous ne le voyez 
      toujours pas. Mais suivez-moi et vous le verrez. 
           Le groupe entra dans une pièce qui contenait un long cylindre 
      métallique. Ce cylindre était hérissé de câbles et de tuyaux. 
           Gilstein donna un ordre et des valves furent tournées. interrompant 
      l'afflux de vapeur après quoi le cylindre fut ouvert pour que les 
      journalistes en examinent l'intérieur. Il était vide. 
           Nous voici au coeur de l'opération. dit Gilstein. Des produits 
      chimiques sont introduits, l'or y adhère et est filtré à sa sortie. 
           - Quels sont les produits utilisés ? demanda le représentant d'un 
      journal du soir. 
           - Je ne peux pas le révéler, répliqua Gilstein. C'est cela 
      l'invention, le secret. 
           Le jet de vapeur fut alors de nouveau admis dans le réservoir; peu 
      après, une valve s'ouvrit et laissa d'écouler une épaisse masse crémeuse. 
           - L'or ! s'exclama Gilstein d'un ton théâtral.  
           - Ça n'en a pas la couleur, ironisa quelqu'un. 
           L'attaché de presse ignora le sarcasme et suivit le flot crémeux 
      jusqu'à son entrée dans un creuset ardent. 
           - Les produits chimiques sont maintenant dissociés de l'or sous 
      l'effet de la chaleur, expliqua-t-il. Il reste l'or à l'état brut. 
           Alors, un homme survint avec une cuiller de coulée, une  espèce de 
      louche à long manche. Il ouvrit une valve. Une vague de chaleur intense 
      monta du creuset.  L'homme à la cuiller courut déverser sa louchée dans un 
      moule. Quelques instants plus tard, il brisa ce moule : un petit cube 
      jaune apparut. 
           L'ouvrier plongea le cube dans l'eau pour le refroidir, puis le 
      tendit Gilstein qui le passa au plus sceptique des reporters. 
           - En or, annonça-t-il. Il vaut approximativement un demi million. 
           - Bonté divine ! s'exclama le journaliste. C'est bien de l'or, ma 
      parole 
           - Ce cube est à vous, dit l'attaché de presse. Faites-le expertiser 
      quand vous rentrerez à Londres. 
           - Comment ? dit l'autre avec stupeur. Il est à moi ? 
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1067] 
        
        Résumé : Ted est parvenu à fausser compagnie au groupe de 
            journalistes qui visitaient Magna Island où se trouvent les 
            installations destinées à extraire l'or de l'eau de mer. Il a 
            délivré Wehman Mills, l'inventeur du procédé et sa fille. Plus tard, 
            ils se sont fait surprendre par Paquis, l'un des bandits et ses 
            hommes. Pendant le même temps, les journalistes assistent à 
            l'opération d'extraction de l'or...

           Gilstein eut un sourire condescendant. 
           - Il y en aura un pour chacun de vous, messieurs. Ce n'est pas l'or 
      qui manque. Les océans de ce monde sont vastes et chaque mille cubique 
      d'eau de mer en contient pour cinquante millions. 
           Gorille joua des coudes pour arriver au premier rang. Il prit le cube 
      des mains du journaliste qui le lui céda à regret. Il le gratta de 
      l'ongle, l'examina attentivement, puis le rendit, l'air un peu surpris. 
           C'était bien de l'or 
           Pendant les cinq minutes qui suivirent, ce fut un beau tapage. Les 
      journalistes n'étant pas mieux payés en Grande-Bretagne qu'ailleurs, se 
      voir offrir un cube d'or d'un demi million leur causait un choc comparable 
      à celui produit par la foudre. Finalement, ils se calmèrent et l'un d'eux 
      demanda : 
           - Dites-nous quel piège se cache là-dessous. 
           - Il n'y a pas de piège, répliqua Gilstein. Wehman Mills, le 
      propriétaire, roi et souverain unique de Magna Island, est un homme qui ne 
      tient pas à gaspiller son argent sous forme d'impôts au profit des ronds 
      de cuir du gouvernement. 
           - Riche idée, dit un des assistants avec un petit rire approbateur. 
           - Nous donnerons un tiers de notre or à des oeuvres de charité, 
      poursuivit Benjamin Gilstein. Et cela j'aimerais que vous en parliez dans 
      vos articles. 
           - Certes, acquiesça le reporter, mais cela ne nous dit pas pourquoi 
      vous désirez que les journaux s'occupent de cette affaire. 
           - Wehman Mills est inspiré en partie par un esprit philanthropique, 
      en partie par le sens des affaires, reprit son attaché de presse. 
      Voyez-vous, si nous créons un climat favorable dans le public, cela nous 
      servira puissamment au cas où le gouvernement anglais essaierait de 
      s'emparer de l'île : les gens réagiront. 
           - Le gouvernement peut-il légalement le faire ? 
           - Non, monsieur. Nous avons chargé des hommes de loi de s'en assurer 
      avant d'acheter l'île. 
           Un homme entra dans la salle. Il semblait énervé. Attirant Benjamin 
      Gilstein à l'écart, il lui chuchota précipitamment quelque chose qui resta 
      inaudible pour le groupe des journalistes. 
           Gorille l'observait avec attention. Son visage ingrat devint plus 
      blême que le fard qui lui faisait le teint blanc. Franck Sauvage était un 
      spécialiste de la lecture sur les lèvres, et Gorille avait étudié cet art 
      avec lui. Il n'avait pas acquis une maîtrise aussi parfaite que l'homme de 
      bronze, mais il n'en comprit pas moins une partie de ce que le messager 
      annonçait. 
           Et ce qu'il annonçait, c'est qu'un dénommé Ted, un des compagnons de 
      Franck Sauvage, venait d'être capturé. 
           Le reste échappa à Gorille. 
           Gorille porta prestement la main à son aisselle. Un garde qui se 
      trouvait à côté de lui sursauta et commença à redresser son arme. Il se 
      figea quand il vit devant lui le canon court du pistolet mitrailleur que 
      Gorille braquait sur lui. 
           - Les mains en l'air ! ordonna Gorille qui cracha en même temps son 
      infect cigare. 
           Benjamin Gilstein s'exclama: 
           - Qu'est-ce que cela signifie? 
           - Une averse de plomb si vous ne faites pas ce qu'on vous commande! 
      rétorqua Gorille d'une voix irritée. Je veux découvrir le fin mot de cette 
      histoire quand bien même je devrais pour cela vous transformer en 
      passoire! 
           Gorille avait une tendance dont il n'était pas toujours maître : il 
      aimait l'action violente. Quand il se trouvât pris dans une situation 
      difficile, il avait l'habitude de s'en sortir en cassant les vitres. Et 
      c'est ce qu'il avait décidé de faire maintenant. 
           Benjamin Gilstein essaya de parler, mais il était si ému qu'il ne put 
      que bégayer. 
           Gorille enleva ses lunettes aux verres épais et les jeta de côté. 
      Elles se brisèrent sur le sol en béton. 
           Un reporter ramena subrepticement en arrière la main dans laquelle il 
      tenait un cube d'or, avec l'intention manifeste de le lancer à la tête de 
      Gorille. 
           - Si vous vous croyez à l'épreuve des balles, allez-y! lui cria 
      Gorille. 
           Le journaliste frissonna et laissa choir son cube. 
           Gilstein tendit le bras vers Gorille et parvint à proférer: 
           - Cet homme n'est pas journaliste ! J'aurais dû m'en méfier dès le 
      début ! Gardes, abattez-le 
           Le pistolet de Gorille claqua. Gilstein fit un bond énorme et 
      s'affala par terre, roulant sur lui-même, la main pressée contre le côté. 
           Les journalistes virent du rouge suinter entre les doigts de 
      l'attaché de presse. Ils ne pouvaient pas savoir que la blessure était 
      seulement superficielle et provoquée par une balle anesthésiante. Quand 
      Benjamin Gilstein resta allongé sans mouvement, ils le crurent mort. 
           - Assassin ! cria l'un d'eux à Gorille. 
           Gorille aperçut un garde qui, au-dehors essayait d'ouvrir une des 
      fenêtres. Il tira à travers la vitre, mais le garde s'était baissé à temps 
      et, passant son fusil à l'intérieur, se mit à tirer au hasard. 
           Ce fut la bousculade chez les journalistes pour se mettre à l'abri 
      derrière la grande cuve de l'or marin. 
           Un autre garde voulut profiter de la confusion pour abattre Gorille. 
      Ce dernier le frappa. Le garde tourna sur lui-même comme une toupie, 
      assommé. 
           Gorille avait assez de puissance dans les doigts pour détordre un fer 
      à cheval et le coup qu'il avait assené était fort en proportion. 
           Le premier garde tirait toujours sans viser par la fenêtre. Gorille 
      courut à lui, saisit son arme par le canon brûlant, la lui arracha des 
      mains puis, se penchant au-dehors, le frappa à la tête avec la crosse du 
      fusil comme il l'aurait fait pour une boule de billard. 
           - Et de trois ! s'exclama-t-il. 
           Puis il fit tranquillement monter le total à sept en fauchant quatre 
      autres gardes d'une giclée de balles de son pistolet. Ils oscillaient 
      encore, déjà atteints par l'anesthésiant, quand le chimiste se précipita 
      au-dehors dans le soleil de l'après-midi. 
           Gorille ne s'était probablement pas attardé à supputer les chances 
      qu'il avait de s'emparer à lui tout seul de Magna Island, mais le fait est 
      qu'il se conduisait comme si telle était son intention. 
           Deux autres gardes qui veillaient à la porte l'ajustèrent avec leur 
      mitraillette. 
           Avec la prestesse de l'homme qui a l'habitude de regarder en face la 
      gueule d'un fusil, Gorille se jeta de côté. Son pistolet entra en action 
      comme il tombait. Au son, on aurait cru qu'un archet attaquait avec 
      violence la corde la plus basse d'un énorme violoncelle. 
           Le choc des balles anesthésiantes fit basculer en arrière ses deux 
      adversaires et, avant qu'ils aient repris leur équilibre, le puissant 
      produit chimique contenu dans les balles les paralysa. 
           Et de neuf! compta Gorille. 
           Il semblait n'y avoir personne d'autre dans le voisinage immédiat de 
      l'usine d'or. Gorille tendit l'oreille. 
           De la direction du village monta un appel: 
           - Pourquoi tire-t-on là-bas? 
           - Z'inquiétez pas! répliqua Gorille. Les gardes font une 
      démonstration. 
           Le chimiste se mit alors à courir vers le village, tête haute et 
      pistolet au poing. Il s'engagea dans un sentier, faisant s'envoler des 
      passereaux perchés dans les buissons et les branches basses des arbres. 
           Des broussailles se froissèrent derrière lui et une voix ordonna 
           - Hé, là ! Halte ! 
           Gorille avait trop d'expérience pour tenter d'esquiver le tir d'une 
      arme qu'il ne voyait pas. Il s'arrêta, pivota lentement sur ses talons et 
      examina l'individu qui lui adressait cette sommation. Le personnage avait 
      émergé des buissons bordant le sentier. C'était un petit homme quelconque, 
      à l'exception de son regard qui était méchant. 
           Un automatique braqué sur Gorille, il demanda 
           - Qui êtes-vous? Qu'est-ce qui se passe? 
           - Je fais partie du groupe des journalistes, répliqua aussitôt 
      Gorille. Je venais chercher de l'aide. 
           - Pourquoi? grommela l'autre. 
           - Un de ces diables de reporters a été pris d'un coup de folie, 
      déclara Gorille. Il a abattu quatre ou cinq personnes. Peut-être qu'il 
      veut s'emparer de l'or que vous avez sur l'île. 
           Ce qui n'était pas exactement vrai, mais pas, non plus, tout à fait 
      faux. Néanmoins, à la grande contrariété de Gorille, l'homme qu'il avait 
      rencontré ne parut pas le croire. 
           - Courez-y ! dit Gorille d'une voix pressante. Je vais chercher 
      d'autres renforts. 
           L'autre grimaça en agitant son automatique d'un geste évocateur. 
           - Pas fort comme invention, mon gars. Lâche cette arme! Gorille obéit 
      aussitôt. Il laissa choir le pistolet tout contre lui et leva les bras 
      avec promptitude. L'autre avança. 
           Gorille lança une ruade du pied droit: son pistolet qui avait atterri 
      sur son pied se trouva ainsi projeté en avant. 
           L'autre essaya de l'éviter, n'y réussit pas complètement et trébucha 
      de côté, étourdi par l'arme qui l'avait atteint à la tempe. 
           Quelques secondes plus tard, le poing de Gorille acheva de 
      l'assommer. 
           - Et de dix! commenta joyeusement Gorille. 
           Il reprit sa course, évitant cette fois le sentier, sourit, détacha 
      sa ceinture en se débarrassant du rembourrage qui formait son faux ventre. 
      Il enleva sa veste, son gilet et sa chemise. Puis il boucla sa ceinture 
      bien serrée autour de ses reins. 
           Un groupe venait à sa rencontre. Les hommes avançaient bruyamment et 
      rapidement. Gorille se dissimula derrière un arbre pour les laisser 
      passer. Il les examina. Il n'en reconnut aucun. 
           Gorille poursuivit sa route, résolu à découvrir Ted et à le libérer 
      mais à peine eut-il parcouru trois mètres qu'il s'arrêta. 
           Des pas rapides martelaient le sentier. Un retardataire devait se 
      hâter pour rattraper le groupe qui venait de passer. Gorille se glissa 
      dans un buisson proche et s'y tapit. 
           Le retardataire avait la bouche grande ouverte pour pouvoir respirer 
      plus facilement si bien qu'il paraissait dépourvu de menton. Il émit une 
      espèce de bêlement quand Gorille lui sauta dessus par-derrière, ils 
      roulèrent sur le sentier et, lorsqu'ils s'immobilisèrent, Gorille était à 
      califourchon sur son captif. 
           - Où est Ted? demanda-t-il. 
           - Dans la quatrième maison à partir de l'entrée du village, répondit 
      l'autre d'une voix étranglée. 
           Gorille le saisit par son menton tremblant et l'endormit d'un coup de 
      poing. 
           - Onze! compta Gorille en souriant. 
           Un gros homme était posté devant la porte, un fusil dans une main et 
      l'autre main en abat-son derrière l'oreille.  Comme il concentrait toute 
      son attention pour capter les bruits en provenance de l'usine d'or, il 
      n'entendit pas Gorille se glisser derrière lui. Quand il le voulait, ce 
      dernier se déplaçait avec une légèreté étonnante chez quelqu'un de sa 
      corpulence. 
           D'un revers de main, il fit voler au loin le fusil de l'autre qu'il 
      empoigna dans ses bras herculéens, puis il enfonça l'a porte. 
           Il s'attendait à ce que la maison soit vide. Il pensait que tous 
      étaient partis à sa recherche. 
           Il eut une surprise. 
           Plusieurs hommes se trouvaient à l'intérieur. Il y avait une table au 
      centre de la pièce et sur cette table une caisse autour de laquelle ils 
      étaient rassemblés. Ils étaient occupés à se distribuer les fusils qu'elle 
      contenait. 
           Ils se retournèrent vivement quand Gorille entra derrière son 
      bouclier gigotant. Ils béèrent de stupéfaction. 
           Gorille leva son pistolet endormeur et crispa le doigt sur la 
      détente. Il avait l'intention d'anesthésier tout le groupe avant qu'il ait 
      le temps de réagir. 
           Son captif l'en empêcha. Il saisit le pistolet à deux mains et s'y 
      cramponna comme s'il se noyait au beau milieu de l'océan et que ce fût le 
      seul objet auquel se raccrocher. 
           Gorille tenta de dégager son arme d'un coup de poing. L'un de ses 
      ennemis lui sauta sur le dos. Le choc aurait rompu la colonne vertébrale 
      de n'importe qui. Gorille ne fit que grogner et se retourna en balançant 
      son poing avec vigueur. 
           Puis il frappa de nouveau l'homme cramponné à son pistolet. 
           - Et de douze! rugit-il. 
           Il aurait voulu libérer son arme des doigts crispés de son 
      adversaire, mais n'eut que le temps de se relever car la porte d'entrée 
      s'obscurcit : des hommes se précipitèrent à l'intérieur - le groupe croisé 
      par Gorille sur le sentier était revenu en entendant le fracas de la 
      bagarre. 
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1068] 
        
        Résumé : Ted est parvenu à fausser compagnie au groupe de 
            journalistes qui visitaient Magna Island où se trouvent les 
            installations destinées à extraire l'or de l'eau de mer. Il est 
            parvenu à délivrer Wehman Mills, l'inventeur du procédé, et sa 
            fille. Plus tard, ils se sont fait surprendre par Paquis, l'un des 
            bandits et ses hommes. Gorille a pu comprendre ce qui est arrivé à 
            son camarade. Il se rend à son secours, mais tombe à son tour aux 
            mains des bandits...

           - Il faut le prendre vivant! cria quelqu'un. Il faut qu'il nous dise 
      ce que Franck Sauvage sait sur nous 
           Deux hommes jetèrent de côté la caisse d'armes et empoignèrent la 
      table, puis coururent sus à Gorille en le soulevant suffisamment haut pour 
      empêcher leur adversaire d'utiliser sa chaise-massue. Ils le coincèrent 
      contre le mur. 
           Plus le combat augmentait de violence, plus la voix de Gorille 
      prenait d'ampleur. Le volume de son émis par Gorille permettait toujours 
      de mesurer l'intensité de la lutte. Il commençait par un murmure et, quand 
      la bagarre devenait particulièrement dure, il rugissait comme un lion. 
           A l'heure présente, il était au bord de l'extinction de voix. Il 
      était enfoui sous une grappe humaine. Par un effort herculéen, il sortit 
      la tête du tas pour respirer. 
           Quelqu'un lui assena un coup de pied. Gorille tenta de rentrer sous 
      l'amas de corps à la façon des tortues, mais n'y parvint pas. Le pied lui 
      martelait toujours la tête. Ces chocs répétés eurent finalement raison 
      même de l'endurance prodigieuse du chimiste. 
           -Et de treize ! murmura-t-il en perdant connaissance. 
           Un peu moins d'une heure plus tard, le gros hydravion reprit l'air, 
      s'élevant avec aisance au-dessus de la bande d'eau relativement calme 
      qu'enserraient les deux caps qui évoquaient du haut du ciel les deux 
      pattes de derrière d'une gigantesque grenouille verte. 
           Dans la cabine, les correspondants de presse bavardaient entre eux - 
      du moins ceux qui n'étaient pas déjà courbés sur leur machine à écrire 
      portative pour rédiger un article qui serait confié à l'imprimerie dès 
      qu'ils auraient franchi la porte de leur journal. 
           Gorille et Ted, leur avait-on dit, n'étaient nullement des 
      journalistes, mais des forbans qui avaient voulu s'emparer du secret 
      permettant de tirer l'or de l'onde amère. 
           Gorille et Ted n'étaient pas dans l'appareil. Ils étaient 
      prisonniers, déclara-t-on aux journalistes, et le resteraient jusqu'à ce 
      qu'ils soient jugés par les autorités compétentes de Magna Island. 
           Benjamin Gilstein, l'aimable agent de publicité, n'avait pas pris 
      place dans l'hydravion. Les reporters croyaient toujours qu'il était mort, 
      car ce digne personnage subissait les effets de la balle anesthésiante de 
      Gorille. 
           En guise de souvenir, chaque journaliste emportait un petit cube 
      d'or, valant approximativement un millier de dollars. 
           Les journaux s'emparèrent de l'affaire. Ceux dont les envoyés 
      spéciaux avaient négligé d'emporter un appareil photographique pour se 
      rendre à Magna Island publièrent des croquis qu'ils firent établir 
      précipitamment par leurs dessinateurs. 
           Un garçon d'étage vint apporter les dernières éditions spéciales à 
      Franck Sauvage dans la chambre d'hôtel qu'il occupait à Londres. L'homme 
      de bronze était seul. Il parcourut les journaux sans que le moindre 
      changement n'apparaisse sur ses traits à l'aspect étrangement métallique. 
           Les journaux parlaient du procédé pour extraire l'or de l'eau de mer, 
      ce rêve quasi millénaire de l'humanité. Les plus rassis mettaient l'accent 
      sur ce point, ne réservant qu'une petite place à la tentative de deux 
      criminels pour s'emparer du procédé. Les journaux à sensation exploitaient 
      principalement le vol manqué. 
           L'homme de bronze posa les journaux, décrocha le récepteur et 
      téléphona à la prison de Southampton où Wall-Samuels avait été détenu. 
           Avait été, oui, car un avocat astucieux avait réussi à le faire 
      libérer sous caution quelques heures auparavant et Wall-Samuels s'était 
      empressé de prendre le large. On ignorait où il s'était rendu. 
           Franck éteignit toutes les lumières, puis s'approcha de la fenêtre et 
      regarda dans la rue. Le crépuscule était presque tombé, et il attendait le 
      retour de Johnny. Il avait éteint par mesure de précaution, une des 
      mesures habituelles grâce auxquelles l'homme de bronze était resté en vie 
      au cours de toutes ces années semées de perpétuels dangers. 
           Dans la rue, un taxi s'arrêta. Un homme de haute taille en sortit, si 
      maigre qu'il semblait n'être qu'un vêtement animé. Le corps squelettique 
      de Johnny était reconnaissable même à cette distance. 
           Johnny paya la course et entra dans l'hôtel. 
           Environ trois minutes plus tard, une main tourna la poignée, constata 
      que la porte était verrouillée et frappa vivement. 
           Franck alla tourner la clef, puis ouvrit le battant. 
           Une détonation rugit dans ses oreilles et un dard rouge se précipita 
      vers sa poitrine. 
           Pliant les bras, Franck les leva au niveau de ses épaules massives 
      pour les mettre hors d'atteinte, tout en pivotant de côté. Il portait un 
      gilet pare-balles, mais ses bras n'étaient pas protégés. Il avait reculé 
      du côté où s'articulait le battant. Il le repoussa pour fermer la porte. 
      Une épaule s'accota au panneau pour l'empêcher de se rabattre. L'homme de 
      bronze banda ses muscles et réussit à fermer la porte dont la serrure à 
      ressort s'enclencha en cliquetant. 
           De grosses échardes de bois se mirent à tomber du panneau cependant 
      que des balles s'écrasaient dessus. 
           - Imbéciles ! cria la voix de Wall-Samuels. Tirez sur la serrure! 
           Le tir se fit plus précis et « tactaca » avec violence. La serrure 
      tressauta, puis jaillit de son logement en arrachant avec elle des 
      fragments de bois, et s'abattit en tournoyant sur le plancher. 
           - Attention! cria Wall-Samuels. 
           Il ouvrit la porte d'un coup de pied et arrosa de balles de revolver 
      tous les coins de la pièce en jurant parce qu'elle était sombre. Puis il 
      tâtonna pour trouver le commutateur, le releva. La lumière ne jaillit pas 
      et il jura de plus belle. 
           Wall-Samuels inspecta la pièce. Elle était manifestement vide. 
      Finalement, son regard se posa sur la fenêtre à guillotine et il s'élança. 
      Le panneau était baissé mais non bloqué. 
           - Il est sorti par-là, constata Wall-Samuels. 
           Mais après avoir jeté un coup d'oeil au dehors, il changea d'avis, 
      car le mur était en briques emboîtées sans solution de continuité et aucun 
      acrobate, quelque habile qu'il fût, n'aurait pu y prendre appui pour 
      descendre ou monter, Wall-Samuels en était sûr. 
           Tous partirent en toute hâte. 
           Dans les étages inférieurs monta un cri de femme. 
           La femme qui criait était d'un certain âge, maigre,  avec un visage 
      chevalin. Elle ouvrait tout grand la bouche et les hurlements qui en 
      sortaient étaient rauques, haletants. Elle était l'image même d'une 
      vieille demoiselle affolée. 
           - Un homme dans ma chambre! disait sa voix aiguë. 
           - Du calme, madame, je vous en prie, répliqua Franck sans hausser le 
      ton. 
           L'homme de bronze était entré par la fenêtre; il était descendu de la 
      pièce au-dessus grâce à une fine cordelette de soie qui l'avait amené sur 
      le rebord de la fenêtre. Un grappin était attaché à la cordelette ; Franck 
      l'avait fixé à la corniche supérieure et l'avait ensuite dégagé d'une 
      saccade imprimée à la cordelette. 
           Franck enroula celle-ci autour du grappin qui était pliant et glissa 
      le tout dans ses vêtements. 
           La clef était dans la serrure. L'homme de bronze la tourna et, la 
      seconde d'après, s'éloigna dans le couloir. 
           La femme au visage chevalin se remit à crier. 
           Franck Sauvage s'arrêta près des cages d'ascenseur et prêta 
      l'oreille. Il entendit dans l'une d'elles un vacarme témoignant d'une 
      bagarre - on réduisait probablement le liftier à l'impuissance. Il 
      descendit en courant l'escalier, à une vitesse étonnante. Des coups de feu 
      retentissaient en bas. 
           Il trouva le hall en rumeur, Wall-Samuels et son gang ayant décroché 
      à coups de revolver le grand lustre central pour terroriser les personnes 
      présentes. Des voitures qui attendaient dehors avaient emporté toute la 
      bande. Franck entrevit la dernière. 
           Un ascenseur descendit et Johnny en sortit, sa haute silhouette 
      dégingandée traduisant le dégoût personnifié. 
           - Cette cruelle adversité n'a jamais eu pire caprice déclama-t-il. 
      J'ai manqué le divertissement. 
           - Ils ont voulu faire coïncider leur attaque avec ton arrivée, dit 
      Franck. Ils étaient persuadés que je t'ouvrirais moi-même et que cela leur 
      donnerait une chance de me tirer dessus. 
           - Ils l'ont fait ? questionna le maigre archéologue. 
           - Oui. 
           - Ultrarépréhensible ! s'exclama Johnny. Et ils se sont enfuis? 
           - A ce qu'il paraît, répliqua l'homme de bronze. Mais j'ai vu la 
      dernière de leurs voitures et relevé son numéro. 
           Franck sortit à grands pas, découvrit un agent de police et lui 
      indiqua le numéro de la voiture. L'agent promit de diffuser aussitôt un 
      avis de recherche. 
           Johnny lisait les éditions spéciales des journaux du soir quand 
      Franck le rejoignit. Les pensées de l'archéologue se reflétaient sur ses 
      traits anguleux pendant qu'il lisait. Les noms de Ted et de Gorille 
      n'étaient pas mentionnés, les autorités de Magna Island en parlaient comme 
      de simples escrocs, mais Johnny savait de qui il était question. 
           Il leva les yeux vers Franck et, oubliant sa manie de tourner des 
      belles phrases, dit avec lenteur 
           - Quelle histoire 
           Franck Sauvage l'entraîna vers un coin du hall qui était désert. 
           - Qu'as-tu appris? demanda-t-il. 
           Johnny tapota le journal. 
           - D'après cet article, c'est difficile à dire... 
           - Je ne parle pas de cela, coupa Franck. Avant de revenir à l'hôtel, 
      tu cherchais de la documentation sur les événements survenus pendant le 
      règne du roi Jean sans Terre. 
           - Ah, ça ! - le maigre archéologue fouilla dans les plis de sa veste 
      et en sortit une liasse de feuillets. Voici un bref résumé de son règne. 
           A cet instant, un policier vint les prévenir que la voiture de 
      Wall-Samuels avait été repérée près de Kentish Town. Des agents avaient 
      essuyé des coups de feu quand ils avaient voulu les arrêter et la voiture 
      avait disparu en direction du nord. 
           Franck Sauvage écouta en silence ces nouvelles. Puis il feuilleta les 
      documents concernant le roi Jean que lui avait apportés Johnny. 
           - Viens, dit-il à Johnny. 
           Ils montèrent prendre dans la chambre de Franck un certain nombre de 
      boîtes métalliques munies de poignées. Ces boîtes contenaient les 
      multiples inventions scientifiques de l'homme de bronze. Elles étaient son 
      "sac à malices" pour ainsi dire, et il les emportait toujours avec lui. 
           Ils prirent devant l'hôtel un taxi qui les conduisit à vive allure 
      jusqu'à un aéroport à travers les encombrements du début de soirée. Pas à 
      l'aéroport de Croydon, où atterrissent les lignes commerciales, mais un 
      autre terrain fréquenté par les sportifs et de petites compagnies qui 
      louent et vendent des avions. 
           L'homme de bronze en acheta un, un modèle récent très rapide, qui lui 
      fut vendu pour un peu plus de deux mille livres. 
        
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1069] 
        
        Résumé :  A son tour, Gorille est tombé aux mains des bandits de 
            Magna Island où est située l'usine à extraire l'or de l'eau de mer. 
            Franck Sauvage s'est fait attaquer dans sa chambre par Wall-Samuels, 
            libéré de prison sous caution, et par ses acolytes. Il est parvenu à 
            se sauver. Il a retrouvé Johnny, l'archéologue, et a décidé de louer 
            un avion...

           L'homme de bronze paya comptant sans sourciller. 
           Avant de prendre l'air, pendant que l'on faisait le plein d'essence 
      et d'huile de l'appareil, Franck téléphona à la police. 
           La voiture de Wall-Samuels avait été retrouvée.., dans un autre 
      aéroport. Et Wall-Samuels était monté avec ses quatre acolytes dans un 
      avion qui avait disparu dans la nuit. 
           - Mon hypothèse est qu'ils sont partis pour Magna Island, dit Johnny. 

           Franck essaya le moteur puissant de son engin. Il tournait à la 
      perfection. 
           - Je le pense aussi, dit-il. 
           Johnny se mit à charger leurs bagages dans la carlingue. 
           - Si j'ai bien compris, nous allons examiner le mystère de Magna 
      Island, reprit-il. 
           - Exactement, dit Franck. 
           Franck Sauvage dirigea son avion vers Magna Island à une altitude de 
      quatorze mille pieds, où l'air était clair et froid. Johnny vérifiait les 
      chargeurs des pistolets mitrailleurs sortant les cartouches et les 
      introduisant dans un appareil spécial permettant de s'assurer qu'il n'y 
      avait pas de défaut microscopique susceptible de faire s'enrayer l'arme. 
           Cette affaire reste une énigme, murmura-t-il. Le fait est que nous 
      sommes incapables d'émettre une hypothèse élucidant le rapport entre le 
      Wash et Magna Island. 
           - Les armes sont prêtes? demanda Franck. 
           - Oui. 
           - Nous allons descendre. Magna Island se trouve à quelques kilomètres 
      droit devant nous. 
           L'homme de bronze coupa le contact; l'avion s'inclina et plongea 
      comme un fantôme gémissant aux ailes déployées. 
           La masse des nuages monta vers eux. Des lambeaux de vapeur les 
      dépassèrent comme des flocons d'écume ; des pics et des gouffres plus 
      sombres apparurent, telles des gueules avides aux crocs noircis. 
           - Le projecteur aux infrarouges, demanda Franck. 
           Johnny bondit vers une des caisses de matériel, l'ouvrit et en sortit 
      un appareil massif. Un câble en partait qu'il brancha sur une autre caisse 
      contenant un générateur. 
           Une troisième caisse fournit des lunettes carrées que Franck et 
      Johnny mirent sur leur nez. Puis Johnny ouvrit un hublot, y fit passer le 
      projecteur et appuya sur un commutateur. 
           Il n'y avait eu devant et au-dessous d'eux que des ténèbres denses, 
      une obscurité extrêmement sinistre. Le rayon du projecteur opéra un 
      changement surprenant. Nuages et brouillard étaient transpercés bien plus 
      efficacement qu'avec un phare ordinaire. 
           Les rayons infrarouges, ainsi appelés parce qu'ils sont situés en 
      deçà du rouge dans le spectre, ne sont pas perceptibles à l'oeil nu. C'est 
      seulement grâce aux lunettes spéciales que Franck et Johnny avaient 
      chaussées que le faisceau du projecteur était utilisable pour inspecter 
      les environs. 
           Avec une soudaineté qui fit sursauter Johnny, ils sortirent de la mer 
      de nuages. Il se pencha. 
           - Là ! s'écria-t-il. 
           Magna Island se trouvait au-dessous d'eux. Franck  Sauvage ne la 
      survola pas. Il décrivit un large cercle autour, à bonne distance du 
      rivage. Ils distinguèrent le village, l'usine d'or marin. Celle-ci était 
      plongée dans l'obscurité. 
           Entre les deux langues de terre s'étendait une plage. En dehors de 
      cette plage, ils ne virent aucun endroit où atterrir. 
           Franck rapprocha l'avion du sol. 
           Sur l'île, il y eut un petit éclair, suivi d'une traînée d'étincelles 
      qui montèrent en l'air, passèrent à côté de l'avion et s'épanouirent 
      soudain en une boule de feu aveuglante qui plana, presque immobile, d'ans 
      le ciel nocturne. 
           - Une fusée éclairante à parachute, dit Franck d'un ton grave. Ils 
      veillaient. 
           L'avion se mit à vibrer légèrement ; à l'extrémité de l'aile gauche, 
      le revêtement fut déchiqueté tandis qu'en bas une mitrailleuse ouvrait un 
      oeil rouge. 
           - Le début d'une nuit agitée, prophétisa paisiblement Johnny. 
           Franck fit se pencher l'avion à droite, puis à gauche, à droite 
      encore et sortit du flot de balles de mitrailleuse. La fusée éclairante 
      oscillant sous son parachute s'enfonça au dessous d'eux. Ils disparurent 
      dans la pénombre. 
           Sur la presqu'île ouest figurant l'une des deux pattes de grenouille, 
      deux hydravions étaient poussés à l'eau. Ils avaient été jusque-là 
      invisibles sous les arbres qui couvraient cette extrémité de l'île. 
           Une seconde fusée s'éleva et s'épanouit en flamme blanche; les 
      mitrailleuses crépitèrent de nouveau. Leurs ennemis utilisaient cette fois 
      des balles traçantes et les plus habiles manoeuvres de Franck 
      n'empêchèrent pas que leur avion soit touché de temps à autre. 
           - J'ai un remède contre les manifestations aussi bruyantes, commenta 
      Johnny. 
           Il remplaça les balles anesthésiantes de son pistolet par un chargeur 
      portant un numéro d'identification différent, puis il se pencha, visa avec 
      soin et tira. 
           En bas, une grosse flamme jaillit, un arbre s'abattit, déraciné, non 
      loin d'une des mitrailleuses. 
           Johnny tira encore. Cette balle-là creusa un grand trou dans la 
      terre. L'explosif qu'elle contenait se révélait d'une prodigieuse 
      puissance. 
           Johnny continua à tirer et les servants de la mitrailleuse qui était 
      du type utilisé dans l'armée pour la défense antiaérienne - prirent peur 
      et s'enfuirent. Johnny dut tirer cinq fois encore avant de réussir à 
      détruire la mitrailleuse. 
           Les deux hydravions filaient maintenant à la surface de l'eau, 
      laissant derrière eux un long sillage. Franck inclina son appareil sur une 
      aile et descendit au-dessus de l'un d'eux. Johnny ajusta son tir, puis 
      lâcha une rafale de balles explosives. 
           L'eau se mit à bouillonner en avant d'un des hydravions. 
           L'appareil se souleva, se cabra. Pendant un instant, il parut vouloir 
      continuer sa course, puis il s'inclina, la pointe de son aile s'engagea 
      dans l'eau dont le poids le fit pivoter si violemment qu'il capota. Comme 
      il commençait à couler, des hommes affolés sortirent par les hublots de la 
      cabine de pilotage. 
           Le second hydravion prit de la vitesse et décolla. Le pilote vira sur 
      l'aile brutalement et attaqua son ascension selon l'angle le plus aigu que 
      l'appareil pouvait supporter. En quelques instants, il fonça droit sur 
      l'avion de Franck. Deux faibles étincelles rouges dansèrent au-dessus du 
      capot du moteur. 
           Il y eut une violente vibration, Franck pesa sur le manche à balai et 
      fit faire une embardée à son appareil. Il ouvrit la vitre du cockpit et se 
      pencha pour regarder sous l'avion. 
           Le train d'atterrissage pendait au bout de traverses mutilées. 
           - Des mitrailleuses synchronisées, dit-il à Johnny. Ce second 
      hydravion ne sera pas facile à neutraliser. 
           Dès que la dernière fusée se fut abîmée en grésillant dans la mer, 
      Franck changea de cap et inclina le nez de son appareil vers la terre. 
           - Nous sommes venus secourir Ted et Gorille, dit l'homme de bronze à 
      Johnny, et non pour nous amuser à nous battre. 
           Johnny se plaqua contre le tableau de bord et interposa sa veste en 
      tampon devant son visage. Ils n'avaient plus de train d'atterrissage et un 
      accident pouvait se produire. 
           Franck Sauvage repéra un endroit à quelques mètres du bord où le 
      ressac était faible, freina au maximum l'élan de l'appareil en se servant 
      du gouvernail, puis fit se poser l'avion. Il y eut un choc, un rebond, 
      puis une secousse terrifiante quand les vagues s'abattirent sur eux. Une 
      des ailes se détacha dans un grincement métallique et l'avion s'immobilisa 
      sur le nez. 
        
            A SUIVRE




      [Mickey #1070] 
        Résumé : Franck Sauvage a retrouvé Johnny l'archéologue. Les deux 
            hommes ont loué un avion. Ils survolent Magna Island, de où est 
            expérimenté le procédé destiné à extraire l'or de l'eau de mer, dont 
            l'inventeur est Wehman Mills. Pris en chasse par deux hydravions, 
            l'homme de bronze tente de poser son appareil...

           - Es-tu blessé? s'enquit Franck. 
           - Non, dit Johnny. 
           L'homme de bronze sortit du cockpit, constata  qu'il avait de l'eau 
      jusqu'à la taille et pataugea jusqu'au rivage. Johnny le suivit en 
      soulevant force éclaboussures. 
           Ils n'eurent aucune peine à progresser dans la direction de l'usine 
      d'or. Cependant, derrière eux, des lampes torches et des projecteurs 
      traçaient dans la nuit d'inquiètes aigrettes de lumière. 
           Devant Franck se profila un bâtiment carré. A côté, des ruines 
      fumaient et rougeoyaient les restes du hangar détruit par Johnny. 
           - Attends-moi, dit Franck à son compagnon. 
           Johnny ouvrit la bouche pour lui demander ses intentions, mais 
      l'homme de bronze avait déjà disparu. Le maigre géologue attendit, rigide, 
      l'oreille au guet, la respiration rauque et rapide. 
           Franck Sauvage s'approcha de l'usine d'extraction d'or. A la porte, 
      il vit un gros cadenas qui céda néanmoins à la pression du rossignol que 
      Franck sortit de son veston à poches multiples. 
           Une fois à l'intérieur, il prit dans une autre poche une lampe dont 
      le faisceau pouvait s'élargir ou s'amenuiser jusqu'à n'être plus qu'un 
      mince filet de clarté. 
           Au-dehors, Johnny oscillait d'un pied sur l'autre. Il commençait à 
      s'inquiéter, car il entendait leurs ennemis se rapprocher. 
           Johnny plaça son pistolet en position de tir rapide et s'assura 
      qu'une charge de balles anesthésiantes était en place. 
           Quand Franck surgit à côté de lui, il sursauta et c'est tout juste 
      s'il ne lui tira pas dessus. 
           - Qu'as-tu découvert? demanda-t-il d'une voix légèrement oppressée. 
           - On risque de nous entendre, souffla Franck. Allons au village. 
           Ils s'éloignèrent en rampant. L'obscurité était si opaque qu'ils 
      devaient avancer à tâtons. Franck passa en tête. Ses mains guidèrent à 
      maintes reprises Johnny pour escalader ou contourner des obstacles qu'il 
      n'avait pas aperçus. 
           - Ils ne nous entendront pas ici, chuchota Johnny an bout d'un 
      moment. As-tu trouvé quelque chose d'intéressant? 
           - Je pense bien ! s'exclama Franck. L'usine d'extraction d'or est une 
      blague. 
           - Comment cela ? 
           - Une blague ! répéta Franck. Ils n'extraient pas d'or de la mer. 
           Johnny suivit Franck Sauvage en silence pendant quelques instants. Il 
      ruminait ce qu'il venait d'apprendre. 
           - Mais les journalistes disaient.., commença-t-il. 
           - Ils ont été trompés. 
           - Alors, que cachent ces manigances? s'exclama Johnny avec un 
      grognement de dégoût. Ils ont dépensé un argent fou pour acheter l'île et 
      construire cette usine. 
           - Bien moins de cent mille dollars, certainement, affirma Franck. 
      Quand on traite par millions, cela ne représente pas une grosse somme. 
           - Aie donc la bonté de m'expliquer pourquoi ils ont bâti cette usine. 

           - Nous le découvrirons peut-être d'ici peu, répliqua Franck. Chut ! 
      Nous voici au village. 
           - Ils se sont préparés à soutenir un siège, ma parole, chuchota 
      Johnny. 
           Franck ne répondit rien; il observait avec attention. Un autre homme 
      apparut sur le seuil éclairé, les mains pleines de boules métalliques qui 
      étaient indubitablement des grenades. Franck en conclut que cette maison 
      faisait office d'armurerie. 
           - Attends-moi ici, dit-il à Johnny. 
           Il avança à pas feutrés, presque sans bruit. 
           Le sol de la pièce, fort vaste, était jonché de caisses d'armes et de 
      munitions. Franck força la fermeture de la fenêtre et se glissa à 
      l'intérieur. Il trouva un petit marteau qui avait servi à ouvrir les 
      caisses. 
           Des coups de marteau assenés avec vigueur rendirent les armes 
      inutilisables. 
           Il découvrit une caisse de chargeurs pour les mitrailleuses. Franck 
      les détruisit aussi à l'aide d'un canif. 
           Son intérêt fut également retenu par une caisse de dynamite, qui 
      avait dû être employée pour l'installation de l'usine. 
           A proximité se trouvaient un grand rouleau de fil électrique et un 
      détonateur d'un type ancien, muni d'une poignée verticale. Abaisser la 
      poignée déclenchait la mise en marche d'un générateur qui envoyait du 
      courant aux capsules détonantes électriques attachées au dispositif. 
           Franck Sauvage transporta en deux voyages d'abord les grenades, puis 
      la dynamite, le fil et le générateur. Tout cela se révélerait peut-être 
      utile par la suite. Aussi, les dissimula-t-il dans les buissons, les 
      recouvrant d'une légère couche de terre. 
           Johnny attendait avec anxiété. 
           - Que faisons-nous maintenant? questionna-t-il. 
           - Nous allons chercher Ted et Gorille, chuchota Franck. Mais d'abord 
      il faut que ce gang nous croie à l'autre bout de l'île. Attends-moi ici. 
           Cinq minutes plus tard, Paquis conférait avec ses séides sur la côte 
      opposée de Magna Island. L'effet des ampoules d'anesthésiant qui s'étaient 
      brisées dans la poche de Ted s'était complètement dissipé et Paquis était 
      de nouveau en forme. 
           - Non, non, disait-il avec obstination. Ils n'oseraient pas aller 
      vers ce village. 
           - Ce Franck Sauvage est capable de tout, monsieur, insistait Smith. 
           Paquis haussa les épaules. 
           - En tout cas, dans l'île il est coincé. L'hydravion qui nous reste 
      est le seul moyen de transport dont il puisse disposer pour partir d'ici. 
      Et j'ai ordonné que l'appareil prenne l'air et reste là-haut où ce Sauvage 
      ne pourra pas l'atteindre jusqu'à ce que nous en ayons terminé avec cette 
      affaire. 
           Peu après, le moteur de l'hydravion se mit à rugir. Son vrombissement 
      s'éloigna, changea de registre comme l'appareil prenait son essor, puis 
      ses phares apparurent comme deux gros yeux qui couraient à la cime des 
      arbres. L'hydravion commença à tourner lentement en cercle au-dessus de 
      l'île. 
           - Les imbéciles ! s'écria Paquis. Ils sont si près que le vacarme de 
      leur moteur va nous empêcher d'entendre ce Franck Sauvage. 
           Il se mit à vociférer en brandissant une lampe pour essayer de faire 
      comprendre au pilote qu'il devait s'éloigner de l'île. 
           Presque aux pieds de Paquis, il y eut un éclair et une détonation 
      assourdissante. Les cheveux de Paquis se dressèrent sur sa tête et il 
      perdit son chapeau en plongeant vers le sol pour s'abriter. 
           - Prenez garde ! cria-t-il. Attention ! 
           Les hommes s'égaillèrent. Certains eurent la présence d'esprit de 
      balayer la campagne avec le rayon de leurs lampes. Les pinceaux blancs, 
      trouant l'ombre et les feuillages, se posèrent sur une silhouette de 
      géant. 
        
            A SUIVRE



      [Mickey #1071] 
           Manque/ missing 
      [~Mickey #1072] 
           Manque/ missing

Text file Source (historic): geocities.com/aberguerand


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