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      Franck Sauvage - La neige rouge  
    
      Les nouvelles aventures de Franck Sauvage 
      La neige rouge
   
      [Mickey #830] 
        Un personnage que vous connaissez bien et que vous retrouverez 
            avec joie...

           Un canot surgit soudain sur les eaux dormantes du marais. Ses deux 
      passagers pagayaient de toute leur force en se retournant constamment, 
      comme s'ils craignaient d'être poursuivis. Quand il les aperçut, 
      l'Epervier se dissimula derrière un écran de feuillage. 
           L'expérience lui avait appris que les hommes blancs qui avaient cette 
      allure de bêtes traquées étaient des hors-la-loi venus chercher refuge au 
      coeur du fouillis de végétation tropicale recouvrant cette région 
      marécageuse de la Floride. 
           Le canot ne tarda pas à disparaître et l'Indien reprit sa chasse. Il 
      examinait des empreintes d'alligator sur la rive boueuse lorsqu'il vit, de 
      nouveau, les passagers du canot. Ils couraient aussi vite que le 
      permettait le sol spongieux. En passant à côté d'un arbre mort, tout près 
      de l'Indien, l'un d'eux s'arrêta un instant pour dissimuler dans le tronc 
      creux un petit paquet qu'il portait attaché au cou. Puis, il se remit à 
      courir. 
           Le soleil brillait dans un ciel sans nuages. Il faisait chaud. 
      Pourtant l'Indien vit subitement des flocons de neige se matérialiser 
      au-dessus des fuyards. Une neige couleur de sang. Des cris déchirants 
      tirèrent l'Epervier de sa stupeur. Il s'enfuit, terrorisé, non sans avoir 
      ramassé le petit paquet dans sa cachette. 
           Il ne s'arrêta pour reprendre haleine qu'à une distance considérable 
      du lieu où s'était produit l'étrange phénomène. Il voulut alors examiner 
      le contenu du paquet. Sous plusieurs feuilles de papier huilé, il 
      découvrit un cube de cinq centimètres de côté, rouge foncé, ayant 
      l'apparence de la cire à cacheter. Mais quel homme pressé par un danger 
      quelconque se retarderait pour mettre à l'abri de la cire à cacheter ? 
      L'Indien en connaissait le peu de valeur. Il conclut que sa trouvaille 
      devait être précieuse. Il la renveloppa avec soin et la suspendit à son 
      cou en attendant de découvrir quelqu'un qui le renseignerait sur la nature 
      du cube rouge et qui, peut-être, le lui achèterait. 
           Mais, quand il raconta l'incident de la neige pourpre, tous les 
      Indiens de sa tribu se moquèrent de lui. 
           C'est à cette époque que la police de Cleveland ouvrit une enquête 
      sur la disparition de Valdemar Svelaska. Possesseur d'une importante usine 
      de constructions aéronautiques, cet ingénieur était parti chasser le lapin 
      et n'était jamais revenu. Un fermier déclara que, peu après l'avoir aperçu 
      dans un pré, il avait vu tomber de la neige rouge, mais personne ne prêta 
      attention à son dire. 
           Summer Vane Lawinen disparut peu après. Chimiste renommé, il venait 
      d'obtenir une chaire de professeur dans une grande université. Aux 
      commandes de son avion personnel, il s'envola pour visiter la Caroline du 
      Sud. Il ne devait jamais y atterrir. Un pêcheur prétendit avoir aperçu un 
      nuage rouge qui s'était abattu sur l'avion, mais on ne le prit pas au 
      sérieux. 
           La semaine suivante, cinq autres personnalités disparurent à leur 
      tour sans laisser de traces. C'étaient un banquier, un ingénieur, un 
      sénateur, un constructeur d'automobiles et un jeune sous-secrétaire d'État 
      au ministère de la Guerre. Tous gens de premier plan. 
           C'est alors que Franck Sauvage arriva en Floride. 
           Franck Sauvage vit deux marchands de fruits s'arrêter devant le 
      Biscayne-ville Hôtel. Il y en avait des douzaines comme eux qui 
      parcouraient les rues de Miami dans leur carriole, traînée par un cheval, 
      pour vendre des noix de coco, des oranges et du raisin, aussi Franck ne 
      leur accorda-t-il qu'un coup d'oeil rapide. Il examinait un groupe de 
      journalistes qui montaient la garde devant son hôtel. Ils avaient appris 
      son arrivée par un employé de l'aéroport et s'étaient précipités pour 
      obtenir une interview. Franck leur avait expliqué qu'il était venu tenter 
      de procéder à l'extermination des moustiques grâce à un nouveau produit, 
      mais ils n'avaient pas voulu le croire. Ils étaient décidés à découvrir la 
      "vraie" raison de son voyage. Franck était victime de sa renommée : on 
      savait qu'il aimait le danger et qu'il n'hésitait pas à risquer sa vie 
      pour secourir les opprimés ou mettre des bandits hors d'état de nuire. 
      Déclarer la guerre aux moustiques paraissait une tâche par trop prosaïque 
      pour un homme doué de ses talents exceptionnels. Un article sur Franck 
      Sauvage fournissait de la bonne copie; aussi, reporters et photographes 
      guettaient-ils l'occasion de l'interroger de nouveau et plus à fond. 
           Agacé, il détourna les yeux du groupe et son regard se posa 
      machinalement sur les deux marchands. Franck sursauta, courut à sa valise 
      et en sortit une paire de jumelles. A l'abri derrière ses rideaux, il 
      braqua son instrument sur les deux hommes. Entre autres facultés, Franck 
      avait celle de lire sur les lèvres. Il reconnut une langue étrangère qu'il 
      connaissait à la perfection. 
           "Les bagages de Sauvage vont arriver" , disait l'un des marchands. 
      "Il faudra agir à ce moment-là. " 
           "Et ne pas manquer notre coup ", rétorqua l'autre. "Notre vie dépend 
      de notre réussite." 
           "Sinon, même, la destinée du monde." 
           Le visage de Franck qui semblait coulé dans le bronze ne trahit rien 
      de sa surprise, mais un étrange sifflement sortit de ses lèvres. C'était 
      une sorte de trille aigu et musical qui faisait penser au bruit du vent 
      dans la forêt ou à l'appel d'un oiseau des tropiques. Franck avait coutume 
      d'émettre ce son pour marquer son étonnement ou son contentement. Il s'en 
      servait aussi comme signal, pour avertir ses compagnons. Cette fois-ci, 
      cela marquait sa stupeur : deux misérables camelots avaient sérieusement 
      l'air de croire que le destin du monde dépendait du succès de leur 
      entreprise.. laquelle concernait ses bagages! 
           Un camion déboucha du coin de la rue. Franck le surveilla 
      attentivement. C'était celui qui devait livrer ses valises. Il s'arrêta 
      près de la carriole aux fruits. On distinguait à l'intérieur des bagages 
      couverts d'étiquettes bariolées. Le conducteur et son aide en 
      descendirent. Aussitôt, les deux marchands se précipitèrent, un revolver à 
      la main, et leur commandèrent de rester tranquilles. Les bras en l'air, 
      ils n'eurent garde de bouger. 
           Franck courut à sa mallette, d'où il sortit cinq pistolets 
      automatiques. Il en prit un, le munit d'un chargeur qui ressemblait à la 
      bobine de pellicule d'un appareil de cinéma; puis fixa au canon un tube 
      d'une trentaine de centimètres. Allant à la fenêtre, il souleva sans bruit 
      les rideaux. Les marchands tenaient toujours les livreurs de bagages en 
      respect. Franck les mit en joue. 
           Un des marchands sursauta et porta une main à sa jambe. Au moment 
      même où son compagnon s'écriait "Qu'y a-t-il ? ", Franck tira une seconde 
      fois et l'homme sursauta à son tour, puis se tâta comme s'il avait été 
      piqué par un taon. Presque aussitôt l'un et l'autre donnèrent des signes 
      d'intense fatigue et s'affalèrent soudain par terre. 
           Franck Sauvage les avait endormis avec des balles chimiques de son 
      invention lancées au moyen d'un pistolet silencieux qu'il avait 
      perfectionné lui-même. Il se pencha au dehors. Les journalistes avaient 
      disparu comme par enchantement quand ils avaient aperçu le revolver des 
      marchands. Maintenant, Franck les voyait pointer le nez, qui derrière un 
      arbre, qui derrière une voiture en stationnement. Il enjamba la fenêtre et 
      s'apprêtait à se laisser tomber sur la pelouse quand des individus, au 
      visage noirci, émergèrent des tas de noix de coco et d'oranges. Ils 
      brandissaient chacun une mitraillette qu'ils braquèrent avec ensemble sur 
      Franck suspendu par les mains au rebord de sa fenêtre. 
           Franck réagit aussitôt. Remonter dans la chambre lui aurait pris trop 
      de temps. Atterrir sur la pelouse ne valait 
           guère mieux. Il prit le parti de défoncer la fenêtre située 
      au-dessous de la sienne et de se réfugier dans cette chambre. Les balles 
      des inconnus fracassèrent ce qui restait des vitres. 
           Il se releva, courut à la porte qui était fermée à clef, la défonça 
      d'un coup d'épaule et s'élança dans le couloir en direction de l'escalier. 
      Les mitraillettes crépitaient toujours. Plus proches, des protestations et 
      des grognements ébranlèrent le couloir. Un magnifique cochon survint, 
      suivi d'un homme mince et élégant. En se hâtant tous les deux, ils se 
      gênaient et ce qui devait arriver arriva. Ils tombèrent. 
           Au bruit de leur chute, un autre homme accourut, ruisselant d'eau et 
      drapé dans un peignoir de bain. A sa haute taille et à ses grands bras, il 
      devait le surnom de Gorille. 
           "Si tu touches à Cicéron, Ted, tu auras affaire à moi !" s'écria-t-il 
      d'une voix puissante. 
           "Cette bête infernale m'a fait un croc-enjambe", protesta ledit Ted. 
      "Je crois que je me suis cassé les reins." 
           "J'ai bonne envie de te les casser pour de bon", reprit Gorille. "Je 
      t'ai entendu, tu ne cesses de taquiner cette pauvre bête." 
           Le dialogue s'arrêta là, car ils aperçurent Franck. 
           "Qu'est-ce que c'est que ce feu d'artifice?" demanda Gorille. 
           "Je n'en sais rien. Je vais aller voir", dit-il en se dirigeant vers 
      sa chambre. 
           Ted, Gorille et le cochon Cicéron lui emboîtèrent le pas. Ted et 
      Gorille étaient deux des cinq compagnons qui parcouraient le monde avec 
      Franck et l'aidaient dans les missions dont il se chargeait. Gorille 
      s'appelait en réalité le lieutenant-colonel Andrew Blodgett Mayfair et 
      était, considéré comme un des plus grands chimistes de l'époque, tout 
      comme Ted ou plutôt Théodore Marley Brooks - était l'un de leurs meilleurs 
      avocats. Les deux hommes se taquinaient sans cesse, mais étaient 
      d'excellents amis. 
        
        
            LA SEMAINE PROCHAINE:
             FEU D'ARTIFICE

      [Mickey #831] 
           Manque/ missing 



      [Mickey #832] 
        
        Résumé.  Au moment où Franck Sauvage et ses amis arrivent en 
            Floride, sous prétexte d'exterminer des moustiques, d'étranges 
            personnages s'intéressent fort à ses bagages. Dans l'une de ses 
            malles, Franck Sauvage découvre un homme assassiné. Une adresse 
            trouvée près de celui-ci permet à Franck de se lancer sur une piste.

           Ted se releva le premier. Gorille qui avait déjà commencé à se verser 
      du sable sur les paupières se redressa en trébuchant. Franck le saisit par 
      la main et l'entraîna en direction de la maison. Ted avait pris les 
      devants. 
           "Pas par là ! Va à droite ", lui cria Franck. "J'ai vu un homme avec 
      un fusil à la fenêtre." 
           Ils contournèrent la maison et se trouvèrent assaillis de toutes 
      parts. Écrasé sous le nombre, Franck Sauvage fit des ravages parmi les 
      assaillants. Ted se défendait avec sa canne-épée dont la pointe, enduite 
      d'un produit chimique, les paralysait momentanément. 
           L'homme à la tête ronde réapparut au sommet du mur. 
           Il cria : "Reprenez-leur ce qu'ils ont ramassé !" 
           Trois hommes repartirent à l'assaut de Franck. Dans le corps à corps, 
      sa poche se déchira et la bague tomba. Un de ses adversaires s'en saisit, 
      cependant que l'homme du mur s'exclamait : "Fuyez! La chlorine!" 
           Le nuage empoisonné approchait, en effet. Les assaillants s'enfuirent 
      laissant sur le terrain ceux des leurs que Franck et Ted avaient 
      neutralisés. 
           Franck courut au mur d'enceinte, suivi par Ted qui remorquait 
      Gorille. Un coup de vent éloigna le nuage empoisonné. 
           "L'homme à la tête ronde est tombé de ce côté-ci du mur. Cherchons-le 
      ", cria Ted. 
           Ils virent ses empreintes dans le sable. Elles longeaient le mur. 
      Soudain Franck s'arrêta. La voix flûtée de l'homme appelait ses acolytes 
      restés dans le jardin. 
           "C'est tout ce qu'ils avaient ?" questionna l'homme quand ils lui 
      eurent répondu. 
           "Oui, rien que la bague." 
           "Impossible. Elle n'a aucune importance." 
           "Je vois une pâte, sous le diamant, qui ressemble à de la cire rouge 
      ", cria un des hommes. 
           "Ah! voilà. Ils connaissent le secret et ils essaient de le 
      transmettre à ce Franck Sauvage." 
           "C'est la bague de la jeune fille", reprit l'homme du jardin. 
           "Naturellement. Va voir si elle ne s'est pas échappée. 
           Ted murmura "Tiens, voilà qui est intéressant. La clef du mystère a 
      un rapport direct avec cette matière et il y a une prisonnière dans la 
      maison." 
           Prenant son élan, Franck s'élança jusqu'au faîte du mur, à temps pour 
      voir une silhouette qui courait vers la maison délabrée. Il se laissa 
      tomber à son tour dans le jardin. 
           Déconcertés un instant par cette prompte action, Ted et Gorille 
      l'imitèrent avec un léger retard. Franck avait eu le temps de se 
      dissimuler dans un fourré de palmiers nains. L'homme à la tête ronde était 
      encore visible. 
           "Tâche de l'arrêter! " cria Franck à Gorille. 
           Ce dernier sortit de sa poche un pistolet à balles anesthésiantes et 
      tira, mais le fuyard disparut derrière un enchevêtrement de branches et de 
      feuilles. 
           Ted tirait - cette fois en direction d'une fenêtre. Franck se 
      rapprocha. Il entendit une voix qui appelait depuis la maison. 
           "Ark! Par ici. Par la fenêtre du rez-de-chaussée !" 
           "Ces démons tirent toujours ?" questionna Ark, l'homme à la tête 
      ronde. 
           "Ils ne peuvent pas l'atteindre. Mais dépêchez-vous." 
           Franck vit l'homme s'introduire dans la maison. Une minute plus tard, 
      un canon de fusil parut dans l'embrasure de la fenêtre et une halle écorna 
      le tronc du palmier, derrière lequel Franck s'était réfugié. Ce dernier 
      sortit de sa poche une grenade qu'il dégoupilla et lança. 
           Une violente explosion souleva un nuage de sable. Le mur de la 
      vieille maison se fendit. Un pan de mur s'effondra. 
           Puis tout redevint presque silencieux, en dépit des jurons des 
      bandits qui se trouvaient à l'intérieur. 
           Franck courut, en se baissant, jusqu'à la maison et y pénétra. Le 
      plâtre crissait sous ses pas. Il se fraya un chemin parmi les débris, 
      ouvrit une porte et se retrouva dans un corridor. A une certaine distance, 
      quelqu'un criait. La voix semblait provenir de la cave. 
           "Va chercher la jeune fille ! Ramène-les tous. Si Franck Sauvage 
      arrivait à leur parler, cela irait mal pour notre matricule." 
           "Elle est en haut. Je monte." dit une autre voix. Des pas résonnèrent 
      sur les marches. Franck se dissimula dans 
           un renfoncement à côté de la porte de la cave. Un homme gravit 
      l'escalier et s'engagea dans le couloir. Prudent, il se retourna et 
      aperçut Franck. 
           Rapidement celui-ci lui plaqua une main sur la bouche puis, d'une 
      prise particulière à la nuque, le réduisit à l'impuissance. Franck se 
      pencha dans l'entrée de la cave et, imitant la voix de l'homme, lança à 
      l'intention de ceux qui étaient restés au sous-sol 
           "Attention, Sauvage n'est pas loin d'ici !" 
           "Froussard! Dépêche-toi de ramener la jeune fille." 
            Franck monta rapidement au premier étage. il découvrit celle qu'il 
      cherchait derrière la troisième porte. 
           Elle était si petite qu'à première vue on aurait cru une enfant, mais 
      elle avait en réalité une vingtaine d'années.  
           Une chaîne attachée autour de sa taille avec un cadenas l'empêchait 
      de s'enfuir. 
           En apercevant Franck, elle chuchota " Vous avez ramassé la bague?" 
           "Ils me l'ont reprise ", répondit-il en saisissant la chaîne pour 
      tenter de la rompre entre ses mains vigoureuses. 
           "Comment ont-ils pu ! A vous, Franck Sauvage? " 
           "Vous semblez m'estimer au-dessus de ma valeur." 
           "Ils ont tous peur de vous. Quand ils ont appris votre arrivée en 
      Floride, ils ont craint que vous ne veniez pour eux et non pour exterminer 
      des moustiques comme on le disait. Je vous ai lancé la bague parce que je 
      n'osais pas crier pour vous appeler. Où est Case ? Il ne vous a pas 
      accompagné? " 
           "Vous voulez parler du professeur Casson Adams? " 
           "Oui. Nous savions que vous étiez surveillé. Aussi a-t-il pensé que 
      le meilleur moyen de vous joindre sans que ces hommes s'en aperçoivent 
      était de se cacher dans une de vos malles. N'était-ce pas une bonne idée 
      ?" 
           Franck ne répondit pas. Avec un morceau de fil de fer, il s'affairait 
      à forcer le cadenas qui retenait la jeune fille prisonnière. Une 
      détonation ébranla toute la maison. Dans la cave une voix cria 
           "En haut, les gars; si nous restons ici, nous risquons d'être 
      ensevelis. " 
           Le cadenas céda et Franck entraîna la jeune fille vers la fenêtre. 
           "Quel est votre nom? " demanda-t-il. 
           "Nona Space. Case ne vous l'a pas dit ? " 
           "Nous allons sauter par cette fenêtre. Je vous porterai pour 
      traverser le jardin. J'ai un gilet pare-balles qui vous mettra à l'abri si 
      nous sommes aperçus." 
           "Mais les deux autres ?" dit la jeune fille d'une voix inquiète. 
           "De qui parlez-vous ?" 
           "Cass ne vous l'a donc pas expliqué? " 
           "Le professeur Casson Adams a été tué quand ces bandits ont attaqué 
      le camion transportant la malle où il s'était dissimulé. Nous avons trouvé 
      l'adresse de cette maison dans un carnet que le professeur portait sur 
      lui. Qui sont ces deux personnes ?" 
        
            LA SEMAINE PROCHAINE:
             TROIS CAPTIFS DANS LA MAISON!

      [Mickey #833] 
           Manque/ missing 


      [Mickey #834] 
          
        Résumé. Venu en Floride avec ses amis, Franck Sauvage cherche à 
            percer le mystère de la disparition de plusieurs personnalités 
            importantes. Dans une maison isolée, il trouve trois prisonniers 
            séquestrés par une bande que dirige un certain Ark, et, parmi eux, 
            une jeune fille qui essaie de transmettre à Franck une bague de 
            diamant enduite d'une étrange substance rouge. Malgré tous leurs 
            efforts, Franck et ses amis ne parviennent pas à délivrer les 
            captifs et reprennent le chemin de la ville.

      RECHERCHÉS PAR LA POLICE ! 
            Une heure plus tard, Gorille s'arrêta devant une station-service 
      proche de cette curieuse demeure. Les trois amis avaient fait disparaître 
      les traces de leur lutte avec les bandits et s'en étaient allés reprendre 
      la voiture de louage qu'ils avaient laissée dans les dunes. Ils l'avaient 
      dégagée du trou de sable où elle s'était enlisée et Gorille avait pris le 
      volant. 
           Le pompiste dit aimablement, tout en commençant à remplir le 
      réservoir 
           "Vous venez de chez Hyman Space, à ce que je vois." 
           "C'est lui qui habite la vieille maison dans les dunes ?" 
           "Oui. On n'a pas idée d'aller se loger dans des endroits pareils ; 
      vous ne trouvez pas ? " 
           "L'envie ne m'en prendrait pas ", répliqua Gorille en fronçant le nez 
      avec une grimace comique. 
           "C'est vrai qu'on y respire d'assez vilaines odeurs dans leur coin. " 

           "Ils sont beaucoup à vivre dans cette maison ?  
           "Il y a Hyman Space, le professeur Casson Adams et Rat Wood." 
           "Adams et Wood, qui est-ce ? " 
           "Les employés de Hyman. Il s'est installé là, voilà deux ans déjà. Il 
      disait qu'il voulait être en paix pour travailler. A quoi, ça, je ne sais 
      pas. Je les voyais peu ces derniers temps. Depuis que le sable a envahi la 
      route, ils passent le long de la mer." 
           "Il y a aussi une jeune fille ? " 
           "Oui, la fille du vieux Space. " 
           Tandis que Gorille reprenait le chemin de Miami, Ted s'écria 
           "J'ai l'impression que nous pataugeons. Un homme est tué en voulant 
      nous rejoindre pour nous parler. C'est peut-être sur lui que nous aurions 
      trouvé la clef de l'énigme." 
           Gorille poussa une exclamation, puis se retourna vers Franck. 
           "Je viens d'avoir une idée.., mais je me demande si tu ne l'as pas 
      eue déjà ?" 
           "Tu veux parler de la pâte rouge qui enrobait à moitié le dentier du 
      professeur?" dit Franck. 
           "Exactement. " 
           Deux cars de police et de nombreuses voitures de presse stationnaient 
      devant le Biscayneville Hôtel. Franck dit à Gorille de ne pas ralentir. 
      Ils allèrent se garer dans une petite rue, à une certaine distance. Franck 
      descendit et demanda à ses amis de l'attendre. Il revint à l'hôtel 
      par-derrière. Un policier était de faction près de la grille du jardin. Un 
      journaliste bavardait avec lui. 
           "... Le valet de chambre l'a découvert en venant nettoyer la pièce. " 

           "Vous pensez que Franck Sauvage l'a amené dans cette malle depuis New 
      York ?" 
           "Probablement. Il faut attendre le résultat de l'autopsie pour 
      déterminer le moment où l'homme a été tué." 
           "Vous allez arrêter Sauvage ? Vous n'avez contre lui que des 
      présomptions et c'est un type célèbre plutôt grâce à de bonnes actions que 
      par des crimes, il me semble. " 
           "Ah! dame oui. Mais le chef de la police a envie de faire un coup 
      d'éclat. " 
           Franck en avait assez entendu. Il revint à la voiture dont il prit le 
      volant. En route, il expliqua brièvement à ses compagnons ce qu'il avait 
      appris. 
           "Alors, nous sommes recherchés par la police ? Il ne manquait plus 
      que ça", dit Gorille. "Ils vont bien s'apercevoir que le bonhomme a été 
      tué aujourd'hui même et non pas à New York." 
           "Cela ne nous innocentera pas nécessairement." 
           "Où est le corps ?" questionna Ted. 
           "A la morgue." 
           "Tâchons de reprendre le dentier." 
           "Nous allons essayer", dit Franck. 
           La morgue était située dans une rue assez calme. Franck gara la 
      voiture derrière les clous afin de pouvoir démarrer rapidement. Deux 
      agents de police faisaient les cent pas devant le bâtiment. 
           "Si nous descendons tous les trois, ils vont nous repérer ", dit 
      Gorille. 
           "Tu as raison. Attendez-moi dans la voiture ", répliqua Franck. 
           Des massifs de fleurs poussaient au pied des fenêtres garnies de 
      barreaux. Franck profita d'un moment où les agents lui tournaient le dos 
      pour courir se dissimuler dans les buissons. Il regarda à l'intérieur. La 
      salle était vide. Sortant un flacon de sa poche, il aspergea la base des 
      barreaux avec son contenu. Le liquide désagrégea le métal et Franck n'eut 
      plus qu'à dégager les barreaux de leur logement pour s'introduire dans la 
      place. Un bruit de voix le guida jusqu'à une salle dont la porte était 
      ouverte. Il vit des hommes en blouse blanche penchés sur le corps du 
      professeur Adams dont les vêtements étaient soigneusement pliés sur une 
      table voisine. Franck prit dans sa poche deux petits objets qui 
      ressemblaient à des billes de verre : ces billes contenaient un produit 
      dégageant un gaz soporifique. Il les jeta dans la salle où elles se 
      brisèrent. 
           Les hommes en blanc avaient tourné la tête au bruit du verre cassé, 
      mais avant qu'ils eussent compris ce qui se passait ils furent saisis 
      d'une somnolence irrésistible et s'assirent machinalement sur un banc où 
      ils s'endormirent d'un profond sommeil. Ce gaz était sans danger et, à 
      leur réveil, ils ne se souviendraient de rien. Franck fouilla rapidement 
      les vêtements du professeur Adams, découvrit le dentier et le glissa dans 
      sa poche. Sur la table d'autopsie, il aperçut la balle qui avait tué le 
      professeur. Après une seconde d'hésitation, Franck l'empocha aussi. 
           Le téléphone se mit à sonner. Franck regarda l'appareil posé sur une 
      tablette. A le laisser sonner, il risquait que quelqu'un vienne répondre 
      ou encore que le correspondant, surpris que son appel reste sans réponse, 
      n'alerte le personnel de la morgue. Il décrocha et dit " Allô ? " 
           "C'est le médecin légiste ? " 
           "Il est sorti pour l'instant. " 
           "Bien. Ici, le chef de la police. Nous avons découvert un revolver 
      sous le matelas dans la chambre de Franck Sauvage. Nous désirons examiner 
      la balle qui a tué Casson Adams pour vérifier si elle a bien été tirée par 
      cette arme, comme nous le supposons. Ce serait une preuve accablante 
      contre Sauvage." 
           "Il y a ses empreintes dessus ?" questionna l'intéressé. 
           "Elles ont été effacées. Mais qui êtes vous ?" 
           "Un assistant du médecin légiste. Je lui transmettrai votre appel; 
      comptez sur moi ", dit Franck en raccrochant. 
           Il plaça la balle dans sa poche de gousset pour être sûr de ne pas la 
      perdre et ressortit par où il était venu, sans être remarqué par les 
      policiers de faction. Ted et Gorille l'attendaient, impatients de 
      connaître le résultat de son expédition. 
           "Nos "amis" ont bien travaillé", déclara Franck, et il leur raconta 
      ce qu'il avait entendu au téléphone. 
           "Les démons !" s'exclama Gorille. "Ils ont fait placer ce revolver 
      par un comparse pour égarer les soupçons." 
           "Oui, mais leur ruse est éventée puisque c'est nous qui avons la 
      balle. " 
           Il n'en dit pas plus, le visage figé par la surprise. Gorille suivit 
      son regard et s'écria 
           "C'est bien la dernière personne que je m'attendais à voir ici! " 
           Une jeune fille approchait d'un pas vif. C'était Nona Space. Elle 
      demanda d'une voix angoissée 
           "Vous voulez bien m'emmener ? Je vais vous conduire à mon père." 
           "Montez", dit Franck qui prit la place de Gorille au volant, tandis 
      que celui-ci s'installait derrière avec Ted. 
           "Comment avez-vous réussi à vous échapper ?" demanda Gorille. 
           "J'ai sauté de leur voiture, juste devant une banque. Ils n'ont pas 
      osé me courir après à cause du planton." 
           Franck démarra et la jeune fille lui dit de s'engager dans une rue à 
      droite. Il obéit, tout en fourrant négligemment la main dans la poche où 
      il avait rangé le dentier. 
           "Comment avez-vous su où nous trouver ?  
           "C'est un pur hasard. Je venais à la morgue pour essayer de retirer 
      le corps du professeur Adams.      
           Voyez-vous, c'est le troisième qui cherche à vous joindre, monsieur 
      Sauvage. Il avait sur lui un peu de cette substance rouge pour vous la 
      donner. " 
           "Ah! alors rien n'est perdu, Franck l'a dans sa poche ", commenta 
      jovialement Ted. "Qu'est-ce que c'est que cette fameuse substance ? " 
           Nona Space se tordit nerveusement les mains. 
           "Mon père et Ray Wood vous l'expliqueront. Moi, je ne le sais pas. " 
           "Votre père et Ray Wood sont les deux prisonniers que nous avons vu 
      emmener par ces bandits ? " questionna Franck. "M. Space a un bandeau sur 
      l'oeil!" 
           "Oui. J'ai voulu les rejoindre dans cette maison perdue dans les 
      dunes et je me suis fait capturer." 
           "Combien d'hommes les gardent ? " demanda Gorille. 
           Nona Space parut hésiter. 
           "Ils étaient assez nombreux. Vous êtes armés ? Je les ai entendus 
      dire qu'ils avaient neutralisé vos revolvers. Ils ont trafiqué les 
      chargeurs. " 
           Elle profita de l'instant où les trois compagnons jetaient un coup 
      d'oeil à leurs armes pour sortir un revolver de son sac et mettre Franck 
      en joue. 
           "Rangez-vous le long du trottoir et arrêtez-vous. Pas un geste de 
      plus!" 
           Impassible, Franck obéit. Ted et Gorille, muets de stupeur, n'osèrent 
      pas agir. 
           "Ne bougez pas ", ordonna Nona Space. "Ne faites pas l'erreur de 
      croire que je ne vais pas tirer." 
           Plaçant le canon de son arme contre la tempe de Franck, elle fouilla 
      sa poche et y trouva le dentier. Tenant toujours le trio en respect, elle 
      sortit de la voiture à reculons, puis tira dans les pneus. 
           Des hommes venaient d'apparaître au coin de la rue. Elle courut les 
      rejoindre. C'était la bande de l'homme à la tête ronde, le dénommé Ark. 
      Franck et ses amis l'entendirent reprocher à la jeune fille de ne pas les 
      avoir surveillés jusqu'à l'arrivée de la bande les trois compagnons 
      avaient, en effet, mis à profit le départ de la jeune fille pour se 
      faufiler hors de leur véhicule endommagé et se dissimuler derrière une 
      haie. 
           Une sirène de police mugit dans une rue adjacente. 
           "Nous voilà pris entre deux feux ", grommela Gorille. "Nous ferions 
      bien de filer. Si la police nous arrête, nous perdons un temps précieux. " 

           Rampant à travers les herbes, se frayant un passage dans les haies, 
      le trio parvint dans une autre rue tranquille. Franck retourna une de ses 
      poches, recueillant le contenu avec soin dans une enveloppe. C'étaient des 
      bribes de cire rouge - ou tout au moins d'une substance d'apparence 
      similaire. 
           "Franck, tu es formidable!" s'écria Ted. "Comment as-tu eu l'idée 
      d'en garder ? " 
           "Cette charmante Nona Space a prétendu s'être échappée devant une 
      banque dont le planton a fait peur aux bandits. Or les banques sont 
      fermées aujourd'hui. J'ai compris qu'elle mentait. Je me suis douté 
      qu'elle chercherait à récupérer le dentier, aussi ai-je gratté cet enduit 
      rouge au moyen d'une pièce de monnaie. " 
           "Il n'y a plus qu'à l'analyser ", conclut Gorille. 
           "Cela risque d'être assez long. Retournons à l'hôtel chercher 
      discrètement nos bagages ", dit Franck. 
        
        
            LA SEMAINE PROCHAINE:
             QUEL EST LEUR BUT ?

      [Mickey #835] 
           Manque/ missing 
      [Mickey #836] 
           Manque/ missing 
      [Mickey #837] 
           Manque/ missing 
      [Mickey #838] 
           Manque/ missing 




      [Mickey #839] 
           Résumé. Franck Sauvage et ses amis cherchent à découvrir la 
            cause de la disparition de plusieurs personnalités importantes et à 
            déterminer la nature d'une étrange neige rouge dont la chute se 
            produit au moment de chacune de ces disparitions. Grâce à Nona 
            Space, ils apprennent que deux bandes de malfaiteurs pourraient être 
            à l'origine de ces méfaits. Une piste amène Franck Sauvage sur une 
            île où il se trouve face à face avec Ark, le chef de l'une des 
            bandes.

      LA MAISON SANS TOIT 
           Ark donna des ordres brefs. Deux de ses acolytes emportèrent Franck 
      dans la maison tandis que leurs camarades s'élançaient à la poursuite du 
      gros inconnu. 
           La pièce était à ciel ouvert et l'herbe poussait entre les dalles du 
      sol. Franck fut déposé par terre. Peu après, Ark entra. Caressant d'une 
      main son crâne chauve, il s'avança en se dandinant d'un air avantageux. 
           "Nous n'avons pas eu l'occasion d'être présentés l'un à l'autre. Je 
      suis le baron Lang Ark. Vous avez entendu parler de moi? " dit-il. 
           Franck Sauvage ne répondit pas immédiatement. Il observait son 
      adversaire et ses compagnons. Ark s'impatienta. 
           "Avez-vous entendu parler de moi ? " répéta-t-il. 
           "Non. " 
           "Cela ne m'étonne pas ", répliqua l'autre en ricanant. "Ce n'est pas 
      mon vrai nom. Trêve de plaisanteries. Qui est l'homme corpulent qui s'est 
      enfui ? " 
           "Je ne le sais pas." 
           "C'est lui qui vous a mis les menottes ?" 
           "Oui." 
           "Ce n'est donc pas un adversaire à négliger. Vous avez suivi le canot 
      pour arriver jusqu'ici? Répondez! " ajouta-t-il d'un ton menaçant comme 
      Franck se taisait. " Combien d'hommes avez-vous amenés avec vous?" 
           "Vous ne me croirez pas si je vous le dis ", répliqua ironiquement 
      Franck. "Oui, j'ai suivi l'homme au canot." 
           "Et l'homme aux menottes, c'est lui qui vous a suivi ?" 
           "Je n'en ai pas la moindre idée. " 
           "Pourquoi vous a-t-il fait prisonnier? " 
           "Je l'ignore." 
           Ark réfléchit un instant. " Mes hommes deviennent négligents. Il va 
      falloir faire un exemple. " 
           Il tira quelques bouffées d'une longue cigarette à bout doré avant de 
      se retourner vers son prisonnier pour demander: 
           "Où sont Nona Space et vos deux compagnons?" 
           "Je ne le sais pas ", répondit Franck avec une franchise qui ne 
      convainquit nullement son interlocuteur. 
           "Je connais différents moyens de faire parler les récalcitrants ", 
      dit-il. "Nous allons les essayer." 
           Sur son ordre, ses séides transportèrent Franck dans le patio de la 
      maison de corail et le déposèrent au fond de ce qui avait dû jadis être un 
      bassin. Ils enfoncèrent dans le sol un poteau auquel ils attachèrent 
      Franck par des fils de fer, puis déposèrent à côté de lui une lampe à 
      pétrole allumée, des tonneaux furent alignés autour du bassin. Ark, armé 
      d'un marteau et d'un ciseau, perça un trou dans chacun : un liquide 
      noirâtre et visqueux commença à se répandre au fond du bassin. C'était du 
      mazout. 
           "Ce n'est ni explosif ni particulièrement inflammable en temps normal 
      ", expliqua Ark à l'intention de Franck, "mais cela brûle bien tout de 
      même et cela dégage une très grande chaleur ". Il marqua un temps, comme 
      s'il attendait la réaction de Franck qui ne dit rien. "Je ne veux pas vous 
      faire mourir d'une mort particulièrement horrible. Non, je veux vous 
      inciter à comprendre qu'il vaut mieux répondre à mes questions. Vous 
      pouvez voir le niveau du mazout monter autour de la lampe et vous savez ce 
      qui se passera quand il atteindra la mèche allumée. A vous de choisir 
      votre sort." 
           Franck, le regard tourné vers le soleil éclatant, semblait n'avoir 
      rien entendu. Ark haussa les épaules et ajouta avant de s'en aller 
           "Je reviendrai dans un moment. En attendant votre décision, je vais 
      envoyer mes hommes chercher vos amis Ted et Gorille. N'oubliez pas de 
      surveiller le niveau du mazout!" 
           Puis il s'éloigna. 
           Ted et Gorille avaient de sérieux ennuis. Ils filaient à plus de cent 
      à l'heure en voiture découverte, Gorille au volant, Ted à l'avant qui 
      maintenait le bout de sa canne sur le bouton du klaxon et Nona Space sur 
      la banquette arrière en compagnie de leurs trois prisonniers et du cochon 
      Cicéron. 
           Cicéron était la cause de leurs soucis. Une cause parfaitement 
      inconsciente qui regardait défiler le paysage, le nez à la portière et ses 
      grandes oreilles flottant au vent. Les deux amis de Franck roulaient 
      tranquillement dans Miami à la recherche d'un endroit sûr où interroger 
      leurs captifs quand Gorille avait aperçu Cicéron qui trottinait sur la 
      chaussée. Il s'était arrêté "en catastrophe", avait bondi vers son ami à 
      quatre pattes et l'avait embarqué dans la voiture, puis il s'était remis 
      en route. Si rapide qu'avait été la scène, elle avait été enregistrée par 
      un policier : elle s'était déroulée devant le bureau central de la police 
      de Miami... et Gorille avait été reconnu. Leur voiture avait été aussitôt 
      prise en chasse par un car bondé d'agents. 
           Gorille pilotait d'une main sûre son bolide sur la route toute droite 
      qui longeait le fleuve. 
           "Tu aurais bien dû t'engager dans une de ces voies transversales", 
      s'écria Ted. "On peut nous repérer vraiment de trop loin sur ce ruban 
      rectiligne." 
           "Ne t'en fais pas. On ne nous rattrapera pas de si tôt ", répliqua 
      Gorille en virant sur les chapeaux de roues pour s'engager sur un pont à 
      bascule. 
           Il immobilisa la voiture près de la guérite du gardien qui sortit en 
      bâillant. 
           "Savez-vous nager ?" lui demanda Gorille. 
           "Pour ça, oui. Je suis bon nageur, mais.." 
           Il n'eut pas le loisir d'achever sa phrase. Gorille l'avait saisi à 
      bras-le-corps et s'en allait le jeter dans le fleuve, cinq mètres plus 
      bas. Le gardien remonta à la surface et se mit à nager avec vigueur. 
      Gorille ne s'en occupait plus. Revenu dans la guérite, il manœuvra les 
      leviers de commande du pont qui se releva : leurs poursuivants seraient 
      obligés d'attendre qu'un des leurs traverse l'eau pour remettre le pont en 
      place avant de continuer la chasse. Ted accueillit son ami avec un "Bien 
      joué !" retentissant quand il se glissa de nouveau derrière le volant et 
      démarra en trombe. 
           Il avisa bientôt un terrain vague envahi par les broussailles. Aucun 
      bâtiment ne se dressait dans les parages. Gorille s'engagea avec la 
      voiture dans un chemin de terre jusqu'à ce qu'elle fût hors de vue de la 
      grand-route. Ensuite, avec des branchages en guise de balai, il effaça les 
      traces de pneus dans la poussière. 
           Les deux amis sortirent leurs prisonniers du véhicule pour les 
      interroger. Ceux-ci ne semblaient pas comprendre l'anglais. Ted, qui était 
      polyglotte, utilisa toutes les langues qu'il connaissait pans obtenir de 
      résultat. Les captifs échangeaient de brefs coups d'oeil et restaient 
      muets. Au moment où Gorille se demandait quel moyen de coercition adopter 
      pour les rendre plus loquaces, un moteur d'avion ronronna au-dessus d'eux. 

        
            LA SEMAINE PROCHAINE:
             L'AMIRAL A DISPARU !




      [Mickey #840] 
        
        Résumé. Franck Sauvage et ses amis cherchent à découvrir ta cause 
            de plusieurs disparitions mystérieuses. Grâce à Nona Space, ils 
            apprennent que deux bandes de malfaiteurs peuvent être à l'origine 
            de ces méfaits. Sur une île qui semble inhabitée, Franck Sauvage se 
            trouve soudain face à face avec Ark, le chef de l'une de ces bandes, 
            qui le traite en prisonnier. Mais les amis de Franck ne sont pas 
            loin...

      L'AMIRAL A DISPARU ! 
           Aide-moi à camoufler la voiture avec des branches"! cria Gorille à 
      Ted. "C'est sûrement un avion de la police !" 
           Ils eurent beau faire diligence, le pilote les avait déjà repérés. Il 
      descendit à très basse altitude et vola en cercle. Une voix puissante 
      annonça "Vous êtes en état d'arrestation. Allez sur la route les mains 
      levées et attendez les voitures de police." 
           "Compte là-dessus ", grommela Gorille à l'intention du haut-parleur. 
      "Ted, nous ferions mieux d'embarquer tout le monde dans la voiture et de 
      filer. " 
           "Ils nous repéreront. " 
           "C'est juste. Alors, je vais partir seul dans la voiture. Pendant 
      qu'ils me suivront, débrouille-toi pour t'en aller en lieu sûr avec nos 
      prisonniers et la demoiselle." 
           Le haut-parleur hurla de nouveau. 
           "Rendez-vous ! Vous êtes accusés du meurtre du professeur Casson 
      Adams." Au moment où Gorille amorçait sa manoeuvre pour tourner, trois 
      grenades lacrymogènes explosèrent. Aveuglés, Ted, Gorille et Nona Space ne 
      purent qu'attendre l'arrivée des policiers. 
           Seule Nona gardait son entrain. Elle croyait facile de convaincre la 
      justice que ses compagnons étaient innocents. C'est ce qu'elle leur 
      expliqua d'un ton volubile dans la voiture qui les ramenait vers la ville. 
      Les policiers les laissaient parler librement avec l'espoir de recueillir 
      des renseignements intéressants. Les voitures découvertes roulaient vite 
      et ne tardèrent pas à entrer dans les faubourgs de la ville. Un feu rouge 
      les immobilisa. Pendant ce bref arrêt, un gamin vint offrir ses journaux 
      en criant "L'amiral en chef a disparu dans une tempête de neige rouge ! " 
           "Qu'est-ce que tu racontes ? Donne m'en un", dit un agent au gamin en 
      lui tendant une pièce de monnaie. 
           Ted et Gorille purent lire par-dessus son épaule  
           L'AMIRAL MARVIN FOOTE SAMPSON A DISPARU - ENCORE LA MYSTÉRIEUSE NEIGE 
      ROUGE.  
           A 8 heures du matin, une bourrasque de flocons rouges s'est abattue 
      sur le yacht Le Voyageur ancré dans la baie du Midi. Le bateau a disparu 
      corps et biens. A son bord se trouvait l'amiral en chef de la flotte 
      américaine, l'un des meilleurs professeurs de l'École de guerre, venu en 
      vacances à Miami. Il était accompagné de son secrétaire et de diverses 
      personnalités... L'article donnait d'autres menus détails. 
           Un des policiers remarqua l'intérêt que Ted et Gorille portaient à 
      cette nouvelle. 
           "Est-ce que votre Franck Sauvage ne s'occupe pas de cette histoire de 
      neige rouge"? demanda-t-il. 
           Un choc violent dispensa les deux amis de répondre deux voitures 
      venaient d'emboutir les autos de police. Au même instant, un camion se 
      mettait en travers de la chaussée. Des hommes masqués en sortirent, armés 
      de mitraillettes. Ils réduisirent les policiers à l'impuissance et 
      s'emparèrent de Ted, de Gorille et de Nona Space. Ils ordonnèrent aux 
      agents de se coucher au fond de leurs voitures et de ne pas en bouger 
      avant cinq minutes. Après quoi, ils remontèrent dans le camion, 
      s'éloignèrent d'une centaine de mètres et s'arrêtèrent. Ted se retourna 
      pour regarder les policiers qu'ils venaient de quitter. Un cri s'étrangla 
      dans sa gorge ! une avalanche de neige rutilante dans le soleil tombait 
      sur les voitures de police. Le camion se remit en marche et s'éloigna. 
           "Beau travail ", constata l'un des malfaiteurs. 
           "Qu'allez-vous faire de nous", questionna Gorille. 
           "Vous emmener en promenade", dit l'un d'eux ironiquement. 
           "Prenez garde. Franck Sauvage nous délivrera", dit Ted. 
           "Dommage que vous ne puissiez pas le voir là où il est", rétorqua 
      l'homme d'un ton sibyllin. 
           "Je le regrette encore plus que vous", grommela Gorille que cette 
      nouvelle 
           péripétie rendait furieux. 
           Gorille aurait été horrifié si son voeu s'était réalisé. Franck, 
      après des efforts inouïs, avait réussi à soulever sa tête au-dessus de la 
      nappe de mazout. Les sentinelles postées autour du bassin s'étaient 
      éloignées, craignant probablement une explosion, car l'huile lourde 
      atteignait presque le bord de la lampe. 
           Sa vie ne tenait qu'à un fil quand Ark revint auprès du bassin et 
      ordonna à ses séides de remonter le prisonnier. Ils descendirent au fond 
      en tremblant, éteignirent vivement la lampe et remontèrent Franck toujours 
      ficelé comme un saucisson, dégoulinant de mazout mais impassible en 
      apparence. Ils l'allongèrent à côté d'un autre captif en qui Franck 
      reconnut l'individu corpulent qui l'avait fait prisonnier quand il s'était 
      aventuré dans l'île. Il était ligoté mais non bâillonné. Il chuchota du 
      coin des lèvres: 
           "Ils ont fini par me découvrir. Comme un imbécile, j'avais déjà brûlé 
      toutes mes munitions." 
           "Qui êtes-vous "? demanda Franck. 
           "Un des assistants de Beech. Dès le début, nous avons commis une 
      erreur. Nous pensions que vous étiez de connivence avec Ark et sa 
      racaille. Quand Beech vous a découvert dans ce laboratoire, il n'a pas osé 
      s'emparer seul de vous. C'est pourquoi il avait imaginé cette histoire de 
      rendez-vous.... " 
           "Mais qui est ce Beech ?" 
           "Nous sommes des ... " 
           Ark s'étaient aperçu qu'ils parlaient. D'un coup de pied il fit taire 
      le gros homme, ordonna de le descendre dans le bassin à la place de Franck 
      et de conduire ce dernier dans la maison sans toit. Celle-ci avait dû être 
      abandonnée après l'un de ces ouragans si fréquents en Floride. Franck ne 
      lui accorda qu'un bref coup d'oeil. Son attention se reporta sur son 
      gardien qu'il se mit à dévisager avec intensité. 
           Le gardien qui le regardait machinalement se figea dans une curieuse 
      expression. Au bout d'un moment, Franck lui dit: 
           "Pose ton fusil." 
           L'homme obéit aussitôt comme un automate : au prix d'une 
      concentration épuisante, Franck l'avait hypnotisé. Il lui ordonna ensuite 
      de le détacher. Quand il eut ramené la circulation dans ses membres 
      ankylosés par sa longue immobilité forcée, il dit à son gardien, en lui 
      montrant la direction du sud 
           "Tu vois Franck Sauvage s'enfuir par là. Tu vas demander de l'aide. 
      Tu signaleras sa présence de temps à autre toujours vers le sud." 
           L'homme sortit et se mit à appeler à l'aide. Ark et ses autres 
      compagnons accoururent et, après ses explications, s'élancèrent vers le 
      sud. Franck s'en alla à son tour, mais en direction du nord, et se 
      dissimula dans l'herbe haute. De ce point de la clairière, il avait une 
      vue parfaite sur la maison. Une sentinelle en sortit, inspecta les 
      alentours, puis rentra. 
           Franck se faufila jusqu'au coin de la maison et se mit à imiter la 
      voix flûtée d'Ark: 
           "Vous là, à l'intérieur. Ne restez pas à ne rien faire. Allez vous 
      poster au sud de la clairière." 
           Dès qu'il eut disparu, Franck se précipita vers le bassin. L'homme 
      corpulent n'y était plus. La lampe avait été enlevée. Franck fit le tour 
      du patio et avisa une porte entrebâillée. Il se trouvait dans une pièce 
      envahie par la végétation. De là, il passa dans une espèce de vestibule. 
      Des empreintes profondes indiquaient qu'on avait traîné par là de lourdes 
      machines. Les traces conduisirent Franck à une porte fermée par un 
      cadenas. Il essaya de défoncer la porte, n'y parvint pas et cherchait à 
      ouvrir le cadenas avec ses mains nues quand une voix cria derrière lui 
           "Haut les mains! " 
           Il obéit et se retourna lentement. Il ne vit personne tout d'abord, 
      mais il remarqua une petite ouverture rectangulaire par où sortait le 
      canon d'un fusil. 
           "Franck Sauvage ! " s'exclama soudain la voix. 
           Ce dernier comprit qu'il n'avait pas affaire à un ennemi. Il abaissa 
      les bras et dit : "Venez ici." 
           "Impossible. Nos menottes sont attachées à une chaîne. Pas moyen de 
      bouger." 
           Franck s'engagea dans un corridor et atteignit une porte qui n'avait 
      même pas de serrure. Il la poussa et elle se rabattit en grinçant, 
      découvrant une pièce envahie par des cyprès. Une chaîne enroulée autour du 
      tronc de l'un d'eux retenait prisonniers un homme roux au teint blême et 
      un autre, plus jeune, à l'aspect vigoureux, qui portait des lunettes 
      noires. 
           C'étaient eux que Franck avait aperçus dans la maison des dunes - le 
      beau-père de Nona Space et son assistant, Ray Wood. Hyman Space agita la 
      carabine qu'il tenait à la main et désigna un troisième homme étendu à 
      terre, inanimé. 
           "Notre garde", expliqua-t-il brièvement. " Il ne s'est pas rendu 
      compte de la longueur exacte de la chaîne et nous avons pu le réduire à 
      l'impuissance. Malheureusement, il ne portait pas sur lui la clef de nos 
      menottes." 
           Franck examina les lunettes de Ray Wood. Elles avaient une monture en 
      métal. Il prit une des branches pour crocheter les menottes. Il ne lui 
      fallut pas plus de cinq minutes pour libérer les deux hommes. Space 
      s'écria 
           "Franck Sauvage. Dans cette maison, il faut détruire quatre machines 
      diaboliques. Il y va du salut de l'Amérique ! Elles se trouvent dans une 
      pièce cadenassée donnant sur le patio." 
           Ils s'apprêtaient à sortir quand un bruit de pas leur fit 
      précipitamment rebrousser chemin pour se cacher dans la salle aux cyprès. 
      C'était Ark qui vitupérait le garde sorti sur l'injonction de Franck se 
      poster au sud de la clairière. Il était furieux et tempêtait contre les 
      dons de ventriloque de son adversaire. 
           "Prenons les nouvelles ", conclut-il. "Nous allons peut-être savoir 
      ce qui s'est passé à Miami. Écoutons le bulletin d'information à cette 
      heure-ci. " 
           Il y eut des crachotements, puis une voix annonça : "La police 
      patrouille pour tenter de retrouver les gangsters qui ont arrêté deux 
      voitures de police. On a signalé l'apparition de neige rouge au-dessus de 
      ces autos dont les occupants ont disparu. Il s'agissait des agents de la 
      force publique, de deux amis de Franck Sauvage, Andrew Blodgett dit 
      Gorille et Théodore Marley Brooks dit Ted. "Au cours d'une interruption, 
      on annonça l'arrivée imminente à Miami du Secrétaire d'État. Quelqu'un 
      coupa la radio et la voix d'Ark s'éleva: 
           "Vous avez entendu ça ? " 
           Un de ses acolytes qui, lui, avait la voix rauque, s'enquit : "On va 
      lui faire tâter de la neige rouge ?" 
           "Exactement. C'est une occasion à ne pas manquer. " 
           Quelques exclamations fusèrent, il y eut une sorte de tumulte, puis 
      quelqu'un déclara sur un ton ironique 
           "Tiens, tiens, voilà des gens bien ambitieux. Je n'en crois pas mes 
      oreilles." 
           Franck Sauvage sursauta et se tourna vers ses deux compagnons à qui 
      il chuchota 
           "C'est le dénommé Beech." Il se tut, car l'autre reprenait 
           "Ainsi, vous en voulez à notre Secrétaire d'État. Mes compliments, 
      vous êtes une bande de beaux scélérats. Mais je suis très curieux de ma 
      nature. Qu'est-ce que c'est que cette neige rouge? J'ai vu en venant ici 
      une pièce soigneusement verrouillés. Je parie que j'y trouverai la 
      solution de ce mystère." 
           "Imbécile ! Mes hommes vont ..." 
           "... Contempler le cadavre refroidi du baron Ark ", acheva Beech pour 
      lui. "Qu'avez-vous fait de mon agent que vous avez capturé?" 
           "Nous n'avons capturé personne." 
           "Ah, vraiment ? Eh bien, je suis décidé à visiter cette pièce 
      secrète." 
           Franck s'avança près de la porte qu'il entrebâilla avec précaution. 
      Il aperçut dans le vestibule Beech casqué, vêtu d'un gilet pare-balles, un 
      masque à gaz pendu à son cou, une mitraillette braquée entre les mains. 
        
        
            LA SEMAINE PROCHAINE:
            LA CHAMBRE SECRETE




      [Mickey #841 
        Résumé. Frank Sauvage et ses amis cherchent à découvrir la cause 
            de plusieurs disparitions mystérieuses et à déterminer la nature de 
            l'étrange "neige rouge" dont se servent les ravisseurs. Une piste 
            les conduit sur une île qui semble inhabitée. A peine Frank Sauvage 
            échappe-t-il à Ark, le chef d'une bande de malfaiteurs, qu'il se 
            rend compte qu'une bande rivale a également ses repaires sur cette 
            île. Les deux groupes de bandits s'affrontent durement...

      LA CHAMBRE SECRÈTE 
           Devant cette menace, Ark et ses hommes reculaient lentement vers la 
      porte cadenassée. Soudain, Franck se baissa, ramassa une brique et la 
      lança avec vigueur par la fenêtre, atteignant un homme qui visait Beech 
      avec un fusil automatique. L'homme s'effondra en poussant un cri qui fit 
      se retourner Beech. Celui-ci n'aperçut d'abord que Franck. 
           "Pourquoi avez-voua donné l'alarme "? s'exclama-t-il. 
           Franck se pencha par la fenêtre pour regarder où en était son 
      adversaire. 
           "Un gilet pare-balles est une excellente protection", répliqua-t-il, 
      "mais voilà un lascar qui vous visait dans le cou et qui ne vous aurait 
      peut-être pas manqué". 
           Beech se pencha à son tour. 
           "Il ne recommencera pas", dit-il. "Vous l'avez sérieusement touché." 
           Franck qui n'avait pas lâché sa branche de lunettes se dirigea vers 
      le cadenas qu'il commença à crocheter en déclarant : " Je suis curieux de 
      voir ce que contient cette pièce." Hyman Space et Ray Wood s'approchèrent. 
      En les apercevant, Beech s'exclama: 
           "Space... et Wood? Pourquoi ne vous êtes-vous pas adressés au 
      gouvernement? Ce qu'il fallait faire immédiatement! " 
           "Nous avions peur. Nous avons bien tenté d'envoyer deux hommes hors 
      de ce marécage, où ils ont ... " 
           Space fut interrompu par Ark qui cria d'une voix aigre 
           "Encore un mot et vous êtes morts ! " 
           "Et vous aussi ", riposta tranquillement Beech. 
           Ray Wood demanda à Beech : "Qui êtes-vous donc ? " 
           Mais celui-ci regardait la porte dont Franck venait enfin de forcer 
      le cadenas. Au moment où ils allaient pénétrer dans la pièce, Hyman Space 
      jeta un cri d'alarme: 
           "Voilà les hommes d'Ark ! " 
           Beech se posta à la fenêtre, mitraillette braquée, et lança à Wood un 
      pistolet en lui disant de surveiller Ark. Mais avant que Ray Wood ait pu 
      se servir de son arme l'homme chauve se précipita sur lui. La bagarre 
      devint générale. Franck avait pénétré dans la salle et examinait les 
      curieuses  machines tout en acier et tubes de verre qui s'y trouvaient. En 
      entendant crépiter les balles, il revint précipitamment dans le vestibule, 
      à temps pour s'emparer du pistolet qui avait échappé aux mains de Ray Wood 
      et mettre en déroute ses adversaires. Beech arrosait méthodiquement la 
      clairière et l'on entendait au-dehors les assaillants crier. D'une 
      détente, Ark recula au fond du vestibule, hurla quelque chose dans sa 
      langue maternelle et se faufila dans la salle aux machines dont il 
      rabattit brutalement la lourde porte blindée. 
           Franck essaya vainement d'ébranler le panneau. On entendait Ark 
      lancer des ordres incompréhensibles. 
           "Que dit-il? " demanda Beech. 
           "Il dit à ses hommes de faire usage de la neige rouge ", traduisit 
      vivement Franck. Les autres objectent que sa vie est précieuse, mais il 
      leur répond que si c'est lui l'inventeur de cette neige, eux savent 
      maintenant s'en servir et, par conséquent, qu'il n'est plus indispensable. 

           "Il est brave", déclara Beech. 
           Space fut secoué de tremblements et s'exclama 
           "Vite ! Partons Cette neige va nous tuer tous !" 
           "Vous savez ce que c'est ? " questionna Franck. 
           "Non ", expliqua Space. "C'est un mélange trop complexe. Il doit agir 
      sur la structure moléculaire de la matière. C'est tout ce que je peux 
      dire." 
           "Mais le produit rouge que vous avez essayé de me faire parvenir ?" 
      reprit Franck. 
           "C'est l'un des aspects de la neige rouge. Du moins, je le suppose. 
      J'espérais que vous pourriez analyser cette matière." 
           Beech intervint : "Comment êtes-vous au courant? " 
           Space eut un haussement d'épaules découragé. 
           "Je suis un chimiste. Je cherche de nouvelles couleurs radio-actives. 
      J'emploie des quantités considérables de radium pour mes expériences. Ces 
      hommes avaient besoin de radium. Ils se sont emparés de moi pour 
      renouveler leur stock." 
           "A quoi servent ces machines ? " demanda Franck en désignant la pièce 
      close. 
           "A faire tomber la neige rouge." 
           Beech s'exclama : "Il faut les détruire." 
           "On en a mis un autre groupe dans le marais", dit Space. 
      "Malheureusement, je n'en connais pas l'emplacement exact. On m'y a 
      conduit les yeux bandés." 
           Un silence pesant était tombe sur la clairière. Franck examina les 
      alentours avec attention. Une sorte de toux assourdie retentit. Beech leva 
      la tête vers le ciel. 
           "La neige rouge!" cria-t-il. 
           Franck Sauvage regarda à son tour. Le soleil était perdu dans un halo 
      rouge d'où commencèrent à tomber lentement des flocons couleur de sang. 
           "Nous n'avons pas de temps à perdre", murmura-t-il. 
           Accompagné de Space et de Wood, suivi de Beech, il s'élança dans la 
      clairière. Les hommes d'Ark qui étaient embusqués à sa lisière se mirent à 
      tirer, mais sans les atteindre. Beech riposta avec sa mitraillette. Ses 
      adversaires appelèrent à grands cris Ark, resté dans la salle aux 
      machines. Cédant à leurs prières, il sortit de la maison et courut vers 
      ses hommes. Beech l'ajusta et le manqua. Franck cria à Beech de venir au 
      canot. Wood avançait avec aisance, mais Space ne suivait le train que 
      péniblement. Franck le souleva dans ses bras robustes et reprit la tête du 
      petit groupe. 
           "Ma belle-fille... Nona, est-elle sauvée? " demanda Space, la voix 
      étranglée. 
           Franck fit semblant d'être trop essoufflé pour répondre. Confiée à 
      Gorille et à Ted, elle ne risquait rien, mais ceux-ci avaient été capturés 
      par des gangsters s'il fallait en croire le communiqué de la radio... Dieu 
      savait ce qui avait pu lui arriver. 
           Ils atteignirent bientôt la rive et montèrent dans le youyou pour 
      gagner le canot automobile. Franck prit les rames et l'embarcation légère 
      vola sur l'eau. 
           "J'avais un homme avec moi ", dit Beech. "Je regrette de ne pas 
      l'avoir retrouvé. Je crains pour sa vie." 
           "Nous reviendrons le chercher plus tard ", répliqua Franck d'un ton 
      bref. 
           Ils embarquèrent dans le canot automobile dont Franck mit aussitôt le 
      moteur en marche. Beech coupa l'amarre et le canot s'éloigna vers le large 
      : juste à temps, car leurs poursuivants sortirent de la brousse et 
      commencèrent à tirer, heureusement sans atteindre la cible. 
        
            LA SEMAINE PROCHAINE:
            À VOL D'OISEAU




      [Mickey #842] 
        Résumé. Franck Sauvage et ses amis cherchent à découvrir la cause 
            de plusieurs disparitions mystérieuses e! à déterminer la nature 
            d'une étrange neige rouge dont se servent les ravisseurs. Ils 
            apprennent que deux bandes de malfaiteurs peuvent être à l'origine 
            de ces rapts. Sur une île qui semble inhabitée, les deux groupes de 
            bandits ont leurs repaires et s'affrontent durement. Franck juge 
            prudent de s'éloigner.

      À VOL D'OISEAU ! 
           Nous voilà sortis d'affaire", murmura Beech. 
           Il avait parlé trop vite; le moteur toussa, puis se tut; c'était la 
      panne de carburant. Le canot glissa sur son erre et s'immobilisa. Leurs 
      ennemis détachaient un canot à rames ils ne tarderaient pas à se trouver à 
      portée de leurs fusils. Franck jugea la situation d'un coup d'oeil. 
           "Tous à l'eau", ordonna-t-il. "Abritons-nous derrière la coque. Nous 
      avons une chance de nous en sortir." 
           L'eau leur parut froide au premier abord, car ils avaient été 
      chauffés par leur course désordonnée, mais ils s'y habituèrent vite. Le 
      rivage se trouvait encore à une grande distance. Beech se tourna vers 
      Franck. 
           "Vous sentez-vous de force à regagner la terre ferme?" demanda-t-il. 
      "Si oui, partez tout de suite. Nous autres, nous sommes trop épuisés pour 
      y parvenir. Qu'il y ait au moins l'un d'entre nous qui se sauve." 
           "Bonne idée", répliqua brièvement Franck qui se laissa couler au 
      fond. 
           Peu après, le bateau de leurs adversaires s'approcha. Ark était 
      debout à l'avant. 
           "Où est Sauvage "? cria-t-il. 
           "Noyé", répondit Beech. 
           "As-tu transmis des renseignements à Washington sur ce que tu sais ?" 
      Devant le silence de Beech, il comprit que oui. "Si tu me dis comment 
      intercepter ton messager avant qu'il ne parle, tu auras la vie sauve, 
      parole d'honneur." 
           "Votre parole n'a aucune valeur ", riposta Beech. 
           "Elle en a autant que ta vie." 
           "Peu importe. Je refuse." 
           Ark mit Beech eu joue et tira. Un quart de seconde avant que le coup 
      ne parte, deux mains brunes avaient agrippé le bordage et imprimé une 
      secousse au bateau. Déséquilibré, Ark tomba à l'eau avec ses compagnons. 
           Sauvage et les siens n'étaient pourtant pas hors d'affaire : un bruit 
      de moteur s'amplifia, annonçant l'approche d'un canot qui fonçait sur eux. 
      L'homme qui était à l'avant avait un fusil. C'était un des acolytes d'Ark. 

           "Sauvage, partez vite !" cria Beech. 
           Cette fois, Franck obéit pour de bon, Se coulant entre deux eaux, il 
      eut vite fait d'aborder non loin de la petite crique où il avait dissimulé 
      ses vêtements. S'étant habillé, il gravit une éminence d'où il aperçut le 
      canot et ses occupants. Au fond, étroitement ligotés, il vit Gorille, Ted 
      et Nona Space. Son expression devint farouche. D'un pas rapide, il se 
      rendit jusqu'à une maison voisine pour téléphoner et alerta les 
      gardes-côtes, puis demanda Washington. 
           Il avait de nombreux amis au gouvernement. L'un d'eux lui donna le 
      numéro du chef des services secrets. La personne qui répondit lui annonça 
      que la personnalité en question s'était rendue à Miami. Franck n'aurait 
      qu'à s'adresser à O. Garfew Beech... 
           Une heure plus tard, Franck Sauvage entrait dans les bureaux de la 
      compagnie de produits chimiques dont il était propriétaire. Les quatre 
      caisses envoyées par avion de New York par sa cousine Pat étaient 
      arrivées. 
           Franck déballa le matériel et, secondé par deux chimistes qualifiés, 
      il se mit en devoir d'analyser la matière rouge détachée du dentier de 
      Casson Adams. On lui apporta les journaux et les dernières nouvelles 
      diffusées par la radio. Il apprit ainsi que le Secrétaire d'État avait 
      retardé sa visite à Miami et que le pays tout entier était bouleversé par 
      l'affaire de la neige rouge. 
           Lorsque Franck eut terminé son analyse, il convoqua les chefs de la 
      compagnie chimique. A l'issue de cette réunion, des messages partirent 
      dans toutes les directions pour demander divers produits extrêmement 
      rares, puis Franck se remit au travail. La police avait retrouvé le canot 
      qui emportait Nona Space, Ted et Gorille, mais il n'y avait aucune trace 
      du trio ou de leurs ravisseurs. Le journal Le Globe annonçait qu'un 
      chasseur indien nommé l'Épervier avait trouvé un cube de matière rouge 
      dans un marais des Everglades et qu'il avait assisté au phénomène de la 
      neige sanglante. 
           Lorsqu'il lut l'article, Franck sursauta. Une heure plus tard, il 
      survolait en avion les marais. Il vit d'abord une nappe verte, pareille à 
      une prairie, avec, de temps à autre, un point d'eau libre ; ensuite 
      surgirent, çà et là, des squelettes d'arbres morts, pointant au-dessus 
      d'une jungle épaisse. Le village où demeurait l'Indien séminole appelé 
      l'Épervier était situé au coeur de cette brousse presque impénétrable. 
      Avec ses huttes couvertes de chaume et entourées de palissades, on 
      l'aurait pris pour un village de paillotes d'Amérique centrale. Franck se 
      rapprocha du sol. L'ombre de son appareil effarouchait les buses et les 
      corbeaux perchés sur les arbres morts. C'est en suivant machinalement leur 
      vol des yeux que Franck aperçut l'autre avion. C'était un monoplan 
      monomoteur marron. Sur le flanc, Franck lut ce nom: Globe. Il en déduisit 
      que c'était l'appareil du journal qui se réservait l'exclusivité de 
      l'article sur l'Indien et la neige rouge. 
           Quand il arriva à sa hauteur, Franck remarqua que le passager de 
      l'autre avion lui envoyait des signaux lumineux en morse à l'aide d'un 
      miroir qui captait les rayons du soleil, Il déchiffra ce message : 
      "Gorille demande de l'aide. Suivez-nous. Allons survoler sa cachette." 
           Il battit des ailes pour indiquer qu'il avait reçu et compris le 
      message. L'autre appareil reprit de la hauteur. Franck le suivit à petite 
      distance, gardant le plus possible les yeux tournés vers le marais. Pas 
      une seconde le doute n'effleura son esprit. Hyman Space lui avait dit que 
      les bandits possédaient un second repaire dans les marais, Gorille avait 
      été capturé par eux; il n'y avait donc rien d'étonnant qu'il ait envoyé un 
      message de détresse et que l'avion du Globe l'ait aperçu. C'est presque 
      instinctivement qu'il releva les yeux. Devant lui, plus d'avion mais un 
      épais nuage pourpre. 
           Il fit cabrer son appareil et se rendit compte aussitôt que l'avion 
      ne parviendrait pas à monter au-dessus du nuage mortel. Sans hésiter, il 
      sauta en parachute. Quand le dôme de soie blanche se fut déployé, il 
      regarda dans la direction du nuage. Il vit son avion en ressortir, 
      apparemment intact, puis piquer du nez vers le marais. Franck eut le temps 
      de repérer son point de chute avant d'atterrir lui-même dans la vase. 
      L'appareil de ses ennemis revenait vers lui. Il se blottit sous des 
      broussailles et attendit que l'avion se soit éloigné pour aller fouiller 
      les débris de son appareil afin d'y récupérer le précieux matériel qu'il 
      avait emporté. Le terrain était découvert. Ses ennemis l'aperçurent et 
      passèrent en rase-motte, faisant crépiter une mitrailleuse. 
           A leur passage suivant, ils constatèrent que Franck avait échappé aux 
      balles. Le pilote fonça en piqué et un engin qui ressemblait à une grenade 
      rebondit dans le fourré où Franck tentait de se dissimuler. Une nuée rouge 
      se forma au-dessus des broussailles et des flocons commencèrent à tomber. 
      L'avion continua sa ronde autour du fourré bientôt couvert de neige 
      pourpre. Un léger coup de vent survint, les flocons se désagrégèrent et, 
      au lieu d'un fourré, il n'y eut plus qu'un emplacement nu que l'eau du 
      marais envahit peu à peu. 
           Franck Sauvage avait disparu. 
           Le passager de l'avion déclara d'un ton satisfait 
           "Il ne nous a pas échappé, cette fois-ci." 
           "Non, et c'est tant mieux ", dit le pilote en virant sur l'aile. 
        
        
        
            LA SEMAINE PROCHAINE :
             SUR LES TRACES DE CICÉRON




      [Mickey #843] 
           Manque/ missing

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