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      Franck Sauvage - Le naufrage de l'Océanic  

      Les nouvelles aventures de Franck Sauvage 
      Le naufrage de l'Océanic

      [Mickey #769] 
           Un homme de petite taille faisait les cent pas depuis quelques 
      minutes devant la Salle des Concerts de New York. II prêtait nerveusement 
      l'oreille à la musique qui parvenait, assourdie, par la porte de l'entrée 
      des artistes : le récital du violoniste Victor Vail touchait à sa fin.  
          Un taxi surgit d'une rue latérale et s'arrêta. Le petit homme se 
      précipita pour parler au chauffeur, dont le col relevé et la casquette 
      rabattue sur le front empêchaient de distinguer les traits.  
          "Tout est prêt ?"questionna le petit homme.  
          "Oui, tu peux y aller", dit l'autre d'une voix rude.  
          Son compagnon reprit sa faction et poussa un soupir de soulagement 
      quand crépitèrent des salves d'applaudissements. Le concert était enfin 
      terminé. L'homme pénétra dans les coulisses.  
          Entouré par une foule d'admirateurs, Victor Vail se dirigeait vers sa 
      loge. D'un air las, il répondait par monosyllabes aux félicitations et aux 
      compliments. Soudain, une voix cria  
          "Monsieur Vail. j'ai un message pour vous de la part de Ben O'Gard."  
          Le visage du virtuose s'illumina. C'était un homme d'allure 
      aristocratique, grand, aux cheveux blancs comme la neige: seul un 
      observateur attentif aurait pu déceler à son expression qu'il était 
      aveugle. Il se retourna du côté d'où venait la voix, et répéta  
          "De la part de Ben O'Gard ? Parlez vite !"  
          Le petit homme qui l'avait interpellé jeta un coup d'oeil autour de 
      lui et dit :  
          "Pas ici. C'est un message confidentiel."  
          "Suivez-moi, répliqua Vail. Dans ma loge, nous serons seuls."  
          Ecartant la foule de ses admirateurs, Victor Vail se dirigea vers sa 
      loge d'un pas assuré. Seuls ses bras étendus devant lui témoignaient de sa 
      cécité. Il fit entrer l'inconnu dans la pièce. y pénétra à son tour et 
      ferma la porte.  
          "Ben O'Gard". murmura-t-il, rêveur.  
          "Voilà quinze ans que je n'ai pas entendu son nom. Je l'ai pourtant 
      cherché. Je lui dois la vie. Maintenant que j'ai acquis la célébrité, je 
      serais heureux de pouvoir lui prouver que je ne suis pas un ingrat. 
      Dites-moi vite où il est !"  
          "Dehors, dans la rue", répondit le petit homme d'une voix mal assurée. 
      "Il veut vous parler."  
          "Conduisez-moi tout de suite auprès de lui !"s'écria Victor Vail en se 
      précipitant vers la porte. "Ne perdons pas un instant."  
          L'autre le guida aussitôt avec empressement vers la sortie des 
      artistes. Au moment  il franchissait le seuil avec le musicien aveugle, il 
      croisa un homme au teint bronzé, à la carrure athlétique, vêtu avec une 
      élégance discrète: mais ce qui frappait le plus, ce n'était pas tant 
      l'impression de force qui se dégageait de sa personne que le regard 
      scrutateur de ses yeux bruns où jouaient des reflets d'acier. Ce regard 
      fit trembler le petit homme, qui dut se raisonner pour ne pas prendre ses 
      jambes à son cou.  
          "Où est donc Ben O'Gard ?"questionna avec impatience Victor Vail.  
          Son guide grommela indistinctement. Il se demandait qui pouvait être 
      l'homme bronzé. Un détective ? Trop bien habillé. D'ailleurs, il les 
      connaissait presque tous.  
          "C'est encore loin?" s'enquit à nouveau Victor Vail.  
          "Nous arrivons."  
          Le petit homme dirigeait le violoniste vers une porte cochère devant 
      laquelle stationnait le taxi conduit par le vieux loup de mer. S'assurant 
      d'un coup d'oeil que ses acolytes étaient bien dans la cour, il saisit 
      l'aveugle par le bras en s'exclamant :"Nous y voilà."  
          Aussitôt un groupe d'hommes bondit sur le musicien, qui lutta avec 
      courage pour se dégager mais vainement. Il ne tarda pas à être maîtrisé, 
      ligoté et transporté vers le taxi.  
          C'est alors qu'intervint l'inconnu au teint bronzé. Aucun des 
      agresseurs du musicien aveugle ne l'avait vu approcher. Il n'eut pas de 
      peine à en terrasser deux et à mettre les autres en fuite.  
          "Hé! les gars, allez-y! Tirez dessus !" cria l'homme du taxi.  
          Ses comparses avaient déjà disparu. L'homme bronzé voulut en finir 
      avec son dernier adversaire. Une balle siffla à son oreille et alla briser 
      la vitrine d'un magasin. Il s'abrita derrière une voiture en 
      stationnement. Le faux chauffeur de taxi continua à tirer, mais ne réussit 
      qu'à érafler la carrosserie de la voiture et à semer la panique parmi les 
      passants. Puis il démarra et disparut à toute vitesse au coin de la rue.  
          Encore étourdi, le musicien aveugle sentit des mains puissantes le 
      relever et défaire ses liens. Un inconnu était venu à son secours.  
          "Je ne sais comment vous remercier", balbutia-t-il.  
          "J'espère que vous n'êtes pas sérieusement blessé ?" demanda l'inconnu 
      avec sollicitude.  
          Victor Vail, dont l'ouïe était extrêmement sensible, fut frappé par le 
      timbre musical de la voix de l'étranger.  
          "Non. Je suis seulement un peu endolori. Mais à qui dois-je..."  
          Un bruit de pas rapides sur l'asphalte l'empêcha d'achever sa 
      question. C'étaient les policiers alertés par les coups de feu. Ils 
      allaient se précipiter sur l'inconnu quand leur chef aperçut son visage et 
      recula.  
          "Excusez-moi", dit-il, " je ne vous avais pas reconnu."  
          L'autre se contenta de sourire et conduisit l'aveugle vers une voiture 
      qui attendait. Il l'aida à y monter, et l'auto s'éloigna.  
          Les policiers relevèrent les deux malandrins qu'avait terrassés le 
      sauveteur du musicien.  
          "Ils sont bons pour la prison", remarqua l'un d'eux, qui ajouta : mais 
      avant il faudra les conduire à l'hôpital. ils ont l'air mal en point."  
          "Cela ne m'étonne pas", observa le chef du détachement. "Ils n'ont pas 
      eu affaire au premier venu."  
          Victor Vail songea soudain qu'il ignorait l'identité de celui qui 
      l'avait secouru.  
          "Puis-je savoir qui vous êtes ?" demanda-t-il.  
          "Je m'appelle Franck Sauvage".  
          "Franck Sauvage ?" répéta le musicien surpris. "Parmi les morceaux de 
      musique que j'ai exécutés ce soir, il y a une sonate signée Franck Sauvage 
      que je considère comme une des oeuvres les plus marquantes des dernières 
      années. Votre homonyme a beaucoup de talent."  
          "Mon homonyme et moi ne formons qu'une seule et même personne. Si ma 
      sonate a obtenu quelque succès ce soir, c'est uniquement grâce à votre 
      interprétation.  
          Le désir de vous féliciter et de vous remercier était d'ailleurs une 
      des deux raisons qui m'avaient incité à me rendre dans votre loge. C'est 
      ainsi que je vous ai vu sortir en compagnie d'un individu très louche. Je 
      vous ai suivi, ce qui m'a permis de vous porter secours à temps."  
          "Quelle est l'autre raison ?" demanda le musicien, intrigué.  
          "Permettez-moi de la taire pour l'instant. Voyez-vous un inconvénient 
      à ce que je vous mène chez moi ?"  
          "Bien au contraire", dit Victor". Je serai heureux de pouvoir faire 
      ample connaissance avec vous."  
          Depuis quelque temps, un taxi suivait fidèlement la voiture de Franck 
      Sauvage sans que celui-ci s'en fût aperçu.  
          Métamorphosé par une grosse moustache et un habillement différent, 
      méconnaissable, l'agresseur de Victor Vail, furieux, grommelait tout en 
      conduisant  
          "Cette fois, je l'aurai. Rira bien qui rira le dernier."  
          La voiture de Franck Sauvage s'arrêta devant un de ces immenses 
      gratte-ciel qui sont l'orgueil de New York. Le musicien et son compagnon 
      montèrent au quatre-vingt-sixième étage et pénétrèrent dans un bureau 
      somptueusement meublé. Le maître de céans avança un fauteuil confortable 
      et offrit un cigare à son invité.  
          "Vous devez avoir des ennemis implacables", dit-il.  
          "J'ignorais leur existence jusqu'à ce soir.  Je me demande ce que ces 
      gens peuvent me vouloir. De quoi ont-ils l'air ?"  
          "Celui qui vous a fait tomber dans le guet-apens semble un vulgaire 
      homme à gages. Le chef de la bande était resté dans une voiture. A 
      plusieurs reprises, il a lancé des ordres à ses acolytes. Vous n'avez pas 
      reconnu sa voix ?"  
          "Je ne l'ai pas entendue. J'étais tout étourdi."  
          Il y eut un silence. Puis une voix bourrue retentit dans le bureau 
      :"Hé, les gars! Allez-y ! Tirez dessus !"  
          Victor Vail bondit sur ses pieds.  
          "C'est Keelhaul de Rosa !" s'exclama. t-il. "Il a déjà voulu me tuer 
      une fois."  
          "Keelhaul de Rosa n'est pas ici", répliqua Franck Sauvage avec calme. 
      "C'est moi qui viens d'imiter sa voix."  
          Victor Vail se rassit ; les sourcils froncés, il réfléchissait.  
          "J'aurais juré que Keelhaul de Rosa était dans la pièce", dit-il. 
      "Vous êtes vraiment un homme extraordinaire."  
          Comme tous les êtres de valeur, Franck Sauvage était modeste. Il 
      s'empressa de changer le sujet de la conversation.  
          "J'aimerais bien savoir dans quelles circonstances vous avez connu ce 
      Keelhaul de Rosa." 
          Le musicien aveugle passa nerveusement la main dans ses cheveux 
      blancs. Après un bref silence, il murmura comme pour lui-même:  
          "Cette tentative d'enlèvement aurait-elle un rapport avec le naufrage 
      de l'Océanic ? En somme, c'est possible."  
          C'était visiblement un chapitre de sa vie qu'il n'évoquait pas 
      volontiers. Au prix d'un grand effort, il se maîtrisa et poursuivit:  
          "Cette histoire remonte à une vingtaine d'années. Cela se passait 
      pendant la Grande Guerre. Ma femme, ma fille et moi-même, nous nous étions 
      embarqués dans un port d'Afrique à destination de l'Angleterre.  
          Notre paquebot a été pris en chasse par un navire de guerre ennemi et 
      s'est trouvé refoulé de plus en plus vers le nord, où il a été emprisonné 
      par les glaces. Bientôt des querelles éclatèrent au sein de l'équipage, 
      car les réserves de vivres commençaient à s'épuiser. Certains marins 
      voulaient tenter leur chance et se risquer sur la banquise. D'autres, dont 
      Ben O'Gard et Keelhaul de Rosa, préféraient ne pas déserter le paquebot.  
          "C'est alors que la catastrophe se produisit : le bateau fut broyé par 
      les glaces. Je fus le seul passager rescapé, avec une trentaine de 
      matelots. Aujourd'hui encore, j'ignore à quoi je dois d'avoir survécu."  
          "Comment cela se fait-il ?"  
          "Quelques jours avant la perte du navire, des mutins s'étaient emparés 
      de moi et m'avaient administré une drogue qui m'avait rendu inconscient. 
      Je ne retrouvai mes esprits que le lendemain du naufrage. J'éprouvais une 
      douleur lancinante dans le dos..."  
          "Quelle sorte de douleur était-ce ?"  
          "C'est difficile à dire...J'avais l'impression de brûler..."  
          "Avez-vous des cicatrices ?"  
          "Non."  
          "C'est curieux. Et qui s'occupa de vous pendant le naufrage ?"  
          "Ben O'Gard. Quand j'ai repris connaissance, j'étais dans un traîneau 
      qu'il conduisait. Je lui dois la vie. Il m'avait déjà défendu contre 
      Keelhaul de Rosa qui, je ne sais pourquoi, m'en voulait. Ils s'étaient 
      battus farouchement à mon sujet, à la suite de quoi Keelhaul de Rosa 
      s'était enfui avec quelques hommes de l'équipage. Je ne devais plus 
      entendre parler de lui."  
          "Jusqu'à ce soir", rectifia Franck Sauvage.  
          "Oui, jusqu'à ce soir", répéta Victor Vail." C'est bien Keelhaul de 
      Rosa qui a tenté de m'enlever."  
          Le musicien cacha son visage dans ses mains. Au tremblement léger de 
      ses épaules, Franck devina qu'il pleurait.  
          "Ma pauvre femme", murmura Victor Vail." Notre petite Roxey. Elles ont 
      péri toutes les deux, malgré les efforts de Ben O'Gard..."  
          Quand le musicien se fut calmé, Franck Sauvage, qu'intriguaient 
      certains détails de ce récit, questionna:  
          "Comment se fait-il que le naufrage de l'Océanic n'ait été mentionné 
      nulle part dans la presse?"  
          Victor Vail parut stupéfait.  
          "Aucun journal n'en a parlé?"  
          "Aucun."  
          "C'est extraordinaire. En ce qui me concerne, je n'ai jamais fait 
      allusion à ces événements. Ils étaient trop pénibles."  
          Franck Sauvage se sentait de plus en plus intéressé par l'histoire de 
      l'Océanic, mais il eut la délicatesse de ne pas laisser deviner au 
      musicien les doutes que lui inspirait le personnage de Ben O'Gard. Aussi 
      bien Victor Vail était-il persuadé qu'il l'avait sauvé.  
          "Peut-être devrais-je vous raconter encore un détail qui a trait à 
      cette période de ma vie", reprit le musicien. "Parmi les rescapés, il y 
      avait un marin affligé d'un tic très bizarre. Par une curieuse anomalie du 
      système nerveux, il claquait des dents à intervalles réguliers et faisait 
      entendre un cliquetis métallique. Or, au cours de cette vingtaine d'années 
      écoulées depuis la catastrophe de l'Océanic, j'ai souvent entendu - ou 
      plutôt cru entendre - ce bruit caractéristique. Par plaisanterie, je 
      l'appelle le "sinistre cliquetis". Ce n'est probablement qu'un tour joué 
      par mon imagination, car pourquoi ce marin m'aurait-il suivi à travers le 
      monde pendant tout ce temps ?"  
          Franck Sauvage conduisit alors son hôte dans la pièce voisine. C'était 
      une immense bibliothèque contenant des milliers de volumes se rapportant 
      aux branches les plus diverses de la connaissance humaine.  
          Dans le monde entier, il n'y avait peut. être qu'une seule 
      bibliothèque scientifique privée pouvant rivaliser avec celle-ci, mais 
      Franck Sauvage était le seul à connaître son existence elle lui 
      appartenait aussi et se trouvait au "Fort de la Solitude", retraite 
      secrète où cet homme extraordinaire séjournait de temps à autre.  
          A côté de la bibliothèque se trouvait une autre pièce très vaste, 
      équipée en laboratoire. C'est là que Franck Sauvage introduisit son hôte.  

        
        
            LA SEMAINE PROCHAINE:
            VOLATILISE! 

       
      [Mickey #771] 
          Manque/ missing  



      [Mickey #772] 
       
            Résumé. - Musicien, chimiste, médecin et ventriloque de surcroît, 
            Franck Sauvage met ses multiples talents au service des faibles et 
            des malheureux. Avec quelques amis, aussi généreux que lui, il 
            essaie d'aider le violoniste Victor Vail qui a perdu la vue lors du 
            naufrage de l'Océanic et croit devoir la vie à un certain Ben 
            O'Gard. Mais Franck Sauvage et ses compagnons ont fort à faire pour 
            le sauver des attaques des bandits dirigés par Keelhaul de Rosa.

          L'ÉTRANGE RETOUR 
           Franck s'exprimait. de façon à être entendu dans le récepteur du 
      téléphone qu'une allumette maintenait soulevé. Tous les amis  de Franck 
      connaissaient le maya et utilisaient cet idiome chaque fois qu'ils 
      désiraient ne pas être compris par d'éventuels témoins. Sous le regard 
      indifférent de ses gardiens, qui n'eurent pas l'idée d'examiner le poste 
      téléphonique et ne devinèrent pas son manège, Franck donna ses 
      instructions à Gorille.  
          "Renny, Tommy et Johnny doivent être arrivés. Dis à Johnny de prendre 
      dans le tiroir 13 de mon bureau la fiole, le pinceau et les jumelles qu'il 
      y trouvera et de les apporter ici. Qu'il vienne avec l'auto équipée d'une 
      radio."  
          Franck indiqua l'adresse du repaire de la bande, puis ajouta  
          "Deux voitures stationnent devant la maison. Johnny marquera d'une 
      croix leur toit avec le liquide phosphorescent que contient la fiole. 
      Quand il aura fini, qu'il m'attende à proximité de la maison. Il ralluma 
      la lumière et téléphona à Ted pour lui demander de venir le chercher avec 
      sa voiture.  
          "Pendant ce temps-là, que Tommy et Renny aillent à l'aérodrome et 
      survolent la ville avec mon appareil. Renny pilotera et Tommy cherchera à 
      repérer les voitures marquées d'une croix lumineuse. Qu'il indique par 
      radio à Johnny le chemin qu'elles suivront. Toi, Gorille, va au poste de 
      police où ont été conduits les agresseurs de Victor Vail et tâche 
      d'apprendre où le marin que je suppose être Keelhaul de Rosa avait 
      l'intention d'emmener Victor Vail.  
          "Quant à Ted, qu'il reste au bureau. Il pourra essayer de cuisiner le 
      type que j'ai laissé évanoui au laboratoire pour savoir où se cache 
      Keelhaul de Rosa." 
          "Si tu as bien compris mes instructions, appuie à deux reprises sur le 
      crochet du téléphone."  
          Deux déclics résonnèrent dans l'appareil. Les bandits n'y prirent pas 
      garde. Ils étaient loin de se douter de ce que représentaient les 
      balbutiements de leur prisonnier. Franck se tut et son corps se figea dans 
      une parfaite immobilité. Selon ses estimations, vingt minutes étaient 
      nécessaires pour que ses amis exécutent son plan. Il leur accorda une 
      demi-heure puis, se tournant sur le côté comme s'il remuait dans son 
      sommeil, il imita la voix rauque du bandit qui montait la garde sur le 
      palier . 
          "Vite ! Filons, la police est dans l'escalier !"  
          Pris de panique, les forbans se dressèrent tous à la fois, ne sachant 
      que faire. L'un d'eux aperçut Franck qui se relevait et sortit son 
      revolver, mais, avant qu'il n'ait tiré, Franck appuya sur le commutateur 
      et plongea la pièce dans l'obscurité.  
          "Nous sommes fichus, voilà les flics !" reprit-il avec la voix du 
      bandit en brisant d'un coup de poing la vitre. "Par ici ! Par ici !"  
          Les bandits obéirent immédiatement et se hâtèrent de sauter au-dehors. 
      Un instant après, Franck entendit ronronner deux moteurs. Les voitures 
      démarraient. Il se mit alors à siffloter l'air mélodieux et bizarre qui 
      lui servait soit à se faire reconnaître de ses amis, soit à masquer sa 
      satisfaction. Cette fois, il sifflait de joie il n'avait pas espéré donner 
      si facilement le change aux amis du pauvre Honkey dont il avait si bien 
      joué le rôle.  
          Dix minutes plus tard, le jeune juriste gravissait l'escalier du 
      repaire de Ben O'Gard. L'élégance de sa tenue contrastait singulièrement 
      avec l'aspect sordide de la maison.  
          "As-tu tiré quelque chose de l'homme de Keelhaul de Rosa ?" questionna 
      Franck.  
          "A peu près rien", répondit Ted d'un air morose. "Il a été engagé sur 
      place avec ses camarades, juste pour enlever Victor Vail. Il n'a aucune 
      idée de l'endroit où joindre Keelhaul de Rosa."  
          Quand ils revinrent au domicile de Franck, ils eurent la stupeur d'y 
      découvrir Victor Vail.  
          "Je suis heureux que vous soyez de retour, monsieur Sauvage", 
      s'exclama le virtuose avec chaleur.  
          Il avait reconnu Franck à son pas.  
          "Que vous est-il arrivé? Parlez vite !"  
          "J'ai été enlevé par des hommes à la solde de Keelhaul de Rosa."  
          "Je m'en doutais", dit Franck," mais comment avez-vous pu leur 
      échapper ?"  
          Victor Vail passa sa main aux doigts fins et nerveux sur ses cheveux 
      blancs. Son visage exprimait la plus profonde perplexité.  
          "Voilà une question à laquelle je ne saurais guère répondre. J'ai été 
      chloroformé. Quand j'ai repris connaissance, je me trouvais sur le 
      trottoir d'une ruelle de banlieue. J'ai demandé à un passant de me mettre 
      dans un taxi et je me suis fait conduire ici."  
          "Et vous n'avez pas la moindre idée de ce qui vous est arrivé ?"  
          "Pas la moindre. Tout ce que je sais, c'est qu'on m'a pris ma 
      chemise."  
          "Votre chemise ?"  
          "Oui. Et comme, à en croire le dicton, l'homme heureux n'a pas de 
      chemise", ajouta le musicien avec un sourire amer," me voilà dans les 
      conditions parfaites du bonheur. Plaisanterie à part, je ne comprends pas 
      pourquoi on m'a volé mon linge."  
          Franck réfléchit un instant.  
          "Peut-être vos ravisseurs vous ont-ils déshabillé pour chercher un 
      signe sur votre corps, par exemple, et ont-ils négligé de vous remettre 
      votre chemise."  
          "Quel signe pouvaient-ils bien chercher?"  
          "Je pense à l'histoire de l'Océanic. Lorsque vous vous êtes réveillé 
      après le prétendu naufrage du paquebot, vous éprouviez des brûlures dans 
      le dos."  
          Du geste qui lui était familier, le musicien se passa la main dans les 
      cheveux.  
          "Pourquoi dites-vous "prétendu"?"  
          "Parce que rien ne prouve qu'il y ait eu naufrage, sinon les 
      affirmations de Ben O'Gard."  
          "J'ai la plus grande confiance en Ben O'Gard. Je lui dois la vie."  
          "Votre reconnaissance est un sentiment qui vous honore. Cela dit, 
      j'aimerais bien que vous me permettiez d'examiner votre dos."  
          Victor Vail ôta docilement son veston. Franck eut beau le soumettre à 
      un examen attentif, il ne découvrit rien d'anormal.  
          "C'est bizarre", dit-il à son ami Ted. "Tu ne penses tout de même pas 
      que Keelhaul de Rosa aurait enlevé Mr. Vail uniquement pour lui regarder 
      le dos ?" demanda Ted.  
          "Si, mais qui m'étonne, c'est qu'il l'ait relâché aussitôt."  
          Franck Sauvage alla à la fenêtre et contempla pensivement la ville 
      qu'assombrissait déjà la nuit. Ses réflexions furent interrompues par 
      l'arrivée de Gorille.  
          "As-tu appris quoi que ce suit sur les hommes de Keelhaul de Rosa ?" 
      demanda Franck.  
          "Non. Ce sont tous des hommes de main recrutés pour la circonstance et 
      qui ignorent jusqu'à son adresse."  
          Franck ne fut pas déçu, car il s'attendait à cette réponse.  
          "Ted, tu es avocat et tu connais pas mal de gens bien placés. Tâche 
      d'obtenir des renseignements sur le sort du paquebot Océanic."  
          Ted acquiesça d'un signe et s'en fut.  
          Peu après son départ, le téléphone se mit à sonner : une voix cultivée 
      aux expressions recherchées résonna dans l'appareil, celle de Johnny. De 
      son vrai nom William Harper Littlejohn, Johnny était un des archéologues 
      les plus éminents du monde.  
          "J'ai repéré vos hommes", dit-il. "Tommy et Renny m'avaient indiqué 
      par radio où je pourrais les dénicher."  
          Il donna une adresse proche du quartier chinois et raccrocha.  
          Après avoir confié à Gorille le soin de monter la garde auprès de 
      Victor Vail, Franck partit.  
          Non loin de la maison suspecte, un homme grand et maigre vendait des 
      journaux. Quand il aperçut Franck. il se dirigea vers lui, et annonça "Ils 
      sont toujours là. Troisième étage, première porte à droite."  
          "Bravo! Johnny. Es-tu armé ?" demanda Franck.  
          Johnny ouvrit sa pile de journaux comme un livre, découvrant une 
      petite carabine automatique.  
          "Parfait", dit Franck." Attends-moi. Je n'en ai pas pour longtemps, du 
      moins, je l'espère."  
          Arrivé au troisième étage, il écouta un  instant, l'oreille collée au 
      panneau de la porte. Puis il gagna le toit de l'immeuble et, fixant à la 
      cheminée une solide cordelette de soie, il se laissa glisser le long de la 
      façade jusqu'à la fenêtre du troisième étage. D'un coup de poing, il la 
      brisa et jeta dans la pièce une poignée de billes de verre incolores. Des 
      cris de surprise retentirent, tandis que Franck, avec l'adresse d'un 
      singe, remontait sur le toit. Une fois en haut, il enroula tranquillement 
      sa cordelette. Un silence de mort régnait, rompu seulement par les appels 
      du vendeur de journaux "Dernière édition ! Dernière !"  
          C'était Johnny qui s'égosillait pour couvrir les bruits pouvant venir 
      de la maison.  
          Au bout d'une dizaine de minutes, Franck descendit au troisième. Sur 
      le sol, il trouva quelques billes intactes les autres avaient été écrasées 
      par les malandrins dans le tumulte qui avait suivi le bris de la fenêtre - 
      elles contenaient un puissant anesthésique auquel ils n'avaient pas 
      résisté. Ils s'étaient effondrés, çà et là, dans la pièce. Franck les 
      examina l'un après l'autre et ne put retenir un geste de dépit. Pas un 
      visage n'avait le hâle caractéristique des marins. Ben O'Gard n'était pas 
      parmi les vaincus qui, tous, avaient le teint blême de la pègre des 
      grandes villes.  
          Franck revint au bureau avec Johnny, les abandonnant à leur sort, pour 
      trouver Gorille affalé sur une chaise et se tenant la tête à deux mains en 
      gémissant, tandis que Ted se tordait de rire.  
          Un coup d'oeil suffit à Franck pour découvrir l'objet avec lequel 
      Gorille avait été frappé : un presse-papier qui gisait sur le sol. Un 
      second coup d'oeil lui apprit que Victor Vail avait disparu.  
          "Que s'est-il passé ?"demanda-t-il.  
          Maîtrisant son hilarité, Ted répliqua  
          "Vail a raconté à Gorille qu'il pouvait lui prédire l'avenir d'après 
      la forme de son crâne, et notre bon ami a eu la naïveté de se laisser 
      faire..." 
          "C'est arrivé après une communication téléphonique qu'il a reçue", 
      compléta Gorille avec humeur.  
          "Qui donc l'appelait ici ?"  
          "Un certain Smith. J'ai passé l'appareil à Vail. Il s'est borné à 
      écouter en murmurant de brèves interjections, puis il a raccroché 
      brusquement. Ensuite, je ne sais comment, nous en sommes venus à parler de 
      phrénologie et il m'a affirmé qu'il avait un don pour prédire l'avenir 
      d'après la conformation du crâne. Comme j'avais l'air incrédule, il m'a 
      proposé de me le prouver..."  
          "Et il t'a caressé gentiment le crâne avec ce moelleux presse-papier 
      de bronze", commenta Ted en s'esclaffant de plus belle.  
          "Tu n'étais pas là?" lui demanda Franck. "Non", dit Ted, "je suis 
      arrivé pour trouver Gorille assis par terre et encore tout étourdi."  
          "Je me demande ce qui a pu déterminer Victor Vail à agir de la sorte", 
      dit Franck d'un air préoccupé.  
          Soucieux, il se rendit dans son laboratoire et prit sur un rayon un 
      appareil couvert d'une housse noire qu'il apporta dans son bureau.  
          "Qu'est-ce que c'est ?"demanda Gorille avec intérêt.  
          Avant que Franck ait pu répondre, des détonations retentirent. Il 
      courut à la fenêtre et aperçut une magnifique voiture de sport d'où 
      émergeaient les canons de deux carabines.  
          "C'est Tommy et Renny", s'écria-t-il en se précipitant dans le 
      couloir, suivi de près par Johnny, Ted et Gorille, ce dernier maintenant 
      un peu remis de ses émotions.  
          L'ascenseur ultrarapide de Franck les amena en quelques secondes au 
      niveau de la rue.  
        
        
            LA SEMAINE PROCHAINE:
            SUR LES TRACES DU VIRTUOSE...

       



      [Mickey #773] 
       

        Résumé. - En compagnie de ses amis, Franck Sauvage essaie de tirer 
            le virtuose aveugle Victor Vail des griffes des bandits qui le 
            pourchassent. Le musicien, qui croit devoir la vie à un certain Ben 
            O'Gard, échappe à la surveillance d'un ami de Franck Sauvage, 
            surnommé "Gorille" et prend la fuite.

          SUR LES TRACES DU VIRTUOSE 
          Renny et Tommy étaient embusqués derrière la belle voiture de sport 
      qui appartenait à Tommy. Leurs adversaires s'étaient abrités dans l'entrée 
      d'un immeuble, de l'autre côté de la rue.  
          Quelqu'un avait tiré sur les ampoules des réverbères et l'obscurité 
      régnait. Franck s'avança. Une balle siffla à son oreille. Puis une voix 
      cria:  
          "C'est l'homme de bronze! Filons !"  
          Les bandits s'élancèrent vers une puissante automobile qui démarra dès 
      qu'ils y furent montés.  
          Une silhouette menue jaillit de derrière la voiture de sport et 
      déchargea son pistolet dans leur direction.  
          "Tu perds ton temps, mon pauvre Tommy", dit Franck.  
          "Ces individus ont transformé ma voiture en écumoire !" s'exclama 
      l'autre avec dépit.  
          C'était un jeune homme de petite taille, blond aux yeux clairs, 
      rayonnant d'intelligence. Tommy, c'est-à-dire Thomas J. Roberts, était un 
      ingénieur hors ligne, spécialiste de tout ce qui touchait à l'électricité. 
      Sous ses apparences malingres se cachaient une énergie débordante et une 
      volonté de fer.  
          Il formait un contraste frappant avec Renny, colosse de près de deux 
      mètres de haut et large en proportion. Ingénieur également, Renny était 
      doué d'une force herculéenne.  
          "Eh bien, mes amis, qu'est-ce que c'est que cette bataille dans 
      laquelle vous vous étiez engagés avec tant d'ardeur ?" demanda Franck.  
          "Nous arrivions aussi innocents que l'agneau qui vient de naître", 
      répliqua Renny de sa vibrante voix de basse," quand ces coquins nous ont 
      tiré dessus puis ont tourné les talons dès qu'ils nous ont vus de près. Ce 
      n'était pas à nous qu'ils en avaient, mais nous avons pensé que s'ils 
      voulaient se battre nous en valions bien d'autres, et nous avons chargé 
      nos fusils de leur répondre sur le ton qu'ils avaient employé."  
          Franck eut un léger sourire.  
          "En tout cas, cette escarmouche m'a permis d'éclaircir un point encore 
      obscur de cette affaire."  
          Lequel?" demandèrent en chœur ses amis.  
          "Je n'arrivais pas à comprendre pourquoi Keelhaul de Rosa avait laissé 
      Victor Vail repartir sain et sauf", expliqua Franck.  
          "Je pense que Keelhaul de Rosa est en rivalité avec Ben O'Gard pour 
      une affaire quelconque dans laquelle l'aveugle est un atout.  
          Il s'est emparé de lui pour une raison que nous ne tarderons pas à 
      découvrir, puis il l'a relâché afin de s'en servir comme appât pour 
      attirer Ben O'Gard et le faire abattre par ses hommes. Ceux-ci se sont 
      attaqués à vous et ont pris la fuite en constatant qu'ils se trompaient."  

          Franck fit signe à Renny de le suivre et remonta dans son bureau, 
      laissant Gorille, Ted, Tommy et Johnny s'expliquer avec les agents 
      accourus au bruit de la fusillade.  
          L'affaire fut très vite réglée. Les amis de Franck Sauvage étaient 
      bien connus et, en haut lieu, des ordres avaient été donnés pour que rien 
      n'entrave leurs activités dont on connaissait le but chevaleresque.  
          Franck prit en main le curieux instrument en forme d'arrosoir qu'il 
      avait abandonné quand il avait entendu la bagarre.  
          "Qu'est-ce que c'est ?"demanda Renny avec intérêt.  
          "Tu vas le savoir."  
          Franck désigna le sol devant la porte de son bureau : une matière 
      translucide, à peine discernable, couvrait une certaine partie du parquet. 
       
          "Tu vois cette flaque ?"  
          "Oui", répliqua Renny," mais je n'aurais rien remarqué si tu ne me 
      l'avais pas montrée."  
          "J'ai eu la prévoyance de répandre cette préparation devant la porte 
      avant de laisser Gorille avec Victor Vail, et je m'en félicite à présent." 
       
          "Qu'est-ce que c'est ?"  
          "Je vais te l'apprendre. Retire tes souliers."  
          Renny le regarda en se demandant s'il se moquait de lui, mais comme 
      Franck, imperturbable, ôtait déjà les siens, il obtempéra.  
          Franck dirigea le jet de son appareil dans le couloir à côté de la 
      flaque. Un léger nuage de vapeur s'éleva du sol  
          "Ne remarques-tu rien? Respire un peu plus fort."  
          "Ma foi, non. Rien du tout", dit Renny en humant l'air 
      consciencieusement.  
          "Et maintenant ?"  
          "Pouah!" s'exclama Renny en suffoquant. "Ouvre la fenêtre. Je n'ai 
      jamais senti une puanteur aussi abominable."  
          Franck entraîna Renny vers l'ascenseur. Pendant qu'ils descendaient, 
      il fournit des explications:  
          "La combinaison, même en quantité infime, du produit chimique contenu 
      dans cet appareil et de la matière répandue sur le parquet provoque une 
      odeur nauséabonde, fugace mais intense."  
          "Je ne sais pas si elle est fugace", rétorqua Renny," mais pour 
      intense elle l'est, c'est sûr."  
          "Ces produits ont une telle puissance que quiconque a marché sur cette 
      matière laisse une trace susceptible d'être relevée plusieurs heures après 
      son passage. C'est pour cette raison que nous avons dû ôter nos 
      chaussures..."  
          "Je ne comprends toujours pas."  
          "Nous allons suivre la piste laissée par Victor Vail. Rien de plus 
      facile, à moins que..."  
          "Que quoi ?"  
          "A moins qu'il n'ait pris un taxi. Auquel cas nous devrons chercher un 
      autre moyen de le retrouver."  
          Mais Victor Vail n'avait pas pris de taxi. Il s'était dirigé vers la 
      plus proche station de métro en longeant les murs.  
          "Quelle malchance !"s'exclama Renny. "Pourquoi donc ?" répliqua Franck 
       
          "Nous allons simplement faire comme lui et vaporiser du liquide à 
      chaque station jusqu à ce que nous ayons repéré à l'odeur le chemin suivi 
      par Vail."  
          Renny éclata d'un rire sonore.  
          "Nous voilà passés chiens de chasse", dit-il en  s'engouffrant dans le 
      métro derrière Franck.  
          A la huitième station, Franck retrouva la piste de Vail. Elle les 
      conduisit dans la rue.  
          "Je ne comprends pas comment un aveugle a pu suivre tout seul un 
      itinéraire aussi compliqué", dit Renny.  
          "Simplement en demandant sa route aux passants. On est toujours 
      heureux d'aider un aveugle", déclara Franck.  
          Des passants, il y en avait peu à cette heure tardive, mais les 
      quelques badauds qu'ils croisèrent ne tardèrent pas à s'intéresser à ces 
      deux hommes qui se promenaient en vaporisant un liquide nauséabond sur le 
      trottoir. D'autant plus que Franck et Renny avaient une carrure hors du 
      commun. Agacé par ces curieux, Renny se tourna vers eux et leur intima de 
      déguerpir. Sa voix de stentor les mit en fuite.  
          Cinq minutes plus tard, Franck et Renny s'arrêtèrent devant une porte 
      sur laquelle était fixée une plaque de "chirurgien-dentiste".  
          Franck et son compagnon inspectèrent les alentours. Le quartier était 
      bourgeois, paisible et retiré. "Attends-moi" ordonna Franck.  
        
            LA SEMAINE PROCHAINE:
            CHEZ LE DENTISTE...

       
      [Mickey #774] 
          Manque/ missing  
      [Mickey #775] 
          Manque/ missing  
      [Mickey #776] 
          Manque/ missing  
      [Mickey #777] 
          Manque/ missing  
      [Mickey #778] 
          Manque/ missing  
      [Mickey #779] 
          Manque/ missing  
      [Mickey #780] 
          Manque/ missing  



      [Mickey #781] 
       
            Résumé - Partis à la recherche de l'épave de l'Océanic qui contient 
            un immense trésor, Franck Sauvage et ses amis doivent lutter contre 
            deux bandes de malfaiteurs dirigées par Ben O' Gard et Keelhaul de 
            Rosa. Victor Vail, un musicien qui a perdu sa femme et sa fille dans 
            le naufrage de l'Océanic, vient rejoindre Franck Sauvage mais 
            disparaît mystérieusement au moment où Franck arrive enfin sur 
            l'épave. A son grand étonnement, il y retrouve la fille de Victor 
            Vail qui lui raconte comment, en compagnie de sa mère, elle a 
            échappé au naufrage.

          AU ROYAUME DU FROID 
          "Vous ne m'avez pas dit ce qui vous a amené dans ce pays", reprit la 
      jeune fille.  
          Franck lui conta brièvement les circonstances qui l'avaient incité à 
      entreprendre cette expédition au pôle.  
          "Où est le trésor ?" demanda Roxey. Je n'en ai pas la moindre idée. 
      Keelhaul de Rosa espérait certainement le trouver dans la chambre forte, 
      d'après ce que vous m'avez dit. Il a enivré et drogué les Esquimaux dans 
      l'espoir de leur faire avouer où ils l'ont caché."  
          "Je suis persuadée qu'il n'est pas en leur possession. Le trésor a été 
      enlevé avant le départ des mutins."  
          Roxey Vail continuait à examiner Franck avec curiosité.  
          "Qu'êtes-vous venu faire ici exactement ?" demanda-t-elle tout à coup. 
      "Vous ne semblez pas en proie à la soif de l'or qui conduit tous les 
      autres." 
          Un léger haussement d'épaules fut la seule réponse de Franck. Il était 
      trop modeste pour révéler qu'il s'était donné mission de secourir les 
      faibles et de punir les méchants.  
          Ils descendirent prudemment le long de la coque verglacée de l'épave. 
      L'instinct de vigilance si aiguisé chez Franck leur sauva la vie. Il 
      plaqua au sol la jeune fille et s'allongea dans la neige près d'elle à la 
      seconde même où une grêle de balles ricochait contre le paquebot échoué.  
          Les Esquimaux étaient revenus avec Keelhaul de Rosa et quatre ou cinq 
      de ses hommes.  
          Franck fouilla dans sa veste et en sortit un petit cylindre qu'il 
      lança vers le groupe en train de recharger les armes. Une formidable 
      explosion ébranla le sol, soulevant une poussière de neige qui obscurcit 
      tout pendant un instant.  
          Des clameurs et des cris de détresse retentirent. Affolés, les 
      Esquimaux, dont plusieurs avaient été blessés, semblaient prêts à 
      s'enfuir.  
          "En avant ! En avant !" cria quelqu'un. "Ne les laissez- pas 
      échapper."  
          C'était la voix de Keelhaul de Rosa. La fusillade reprit, mais plus 
      mollement et sans danger pour les jeunes gens, car leurs assaillants, 
      terrifiés, avaient reculé hors de portée de fusil. Franck poussa la jeune 
      fille dans une anfractuosité de rocher et lui recommanda de ne pas quitter 
      sa cachette jusqu'à ce qu'il revienne la chercher.  
          "Quoi que je fasse et quoi que vous entendiez", dit-il, "ne bougez 
      pas."  
          Il lui sourit et s'éloigna, bientôt caché par le brouillard.  
          Keelhaul de Rosa, furieux, houspillait les Esquimaux, oubliant que ces 
      derniers ne le comprenaient pas.  
          "Dire que nous les tenions !"clama le bandit.  
          "Je vous répète que cet homme est un démon", murmura un des Blancs qui 
      l'accompagnaient.  
          "Sans cette maudite explosion, il était à nous", dit un autre.  
          "Mille millions de tonnerre !"lança Keelhaul de Rosa. "Nous le 
      rattraperons ou j'y perdrai mon nom."  
          Les Esquimaux s'étaient regroupés à l'écart des Blancs. L'un d'eux qui 
      formait l'arrière-garde passait près d'un monticule de neige quand un bras 
      en sortit brusquement et des doigts bronzes lui effleurèrent la joue. 
      L'Esquimau s'affaissa sans un mot.  
          Franck cria quelque chose dans l'idiome local. Le métis qui servait 
      d'interprète à la bande de Keelhaul de Rosa sursauta en entendant sa voix. 
       
          "Esquimau avoir tué homme bronzé !" traduisit-il triomphalement à 
      l'intention de Keelhaul. "Dit qu'il faut venir tout de suite.".  
          Trois hommes se précipitèrent dans la direction indiquée. ils 
      trouvèrent deux corps inertes et reconnurent dans l'un celui de Franck 
      Sauvage.  
          "C'est bien lui !"annoncèrent-ils aux autres.  
          Tout à coup le gisant se redressa d'un bond. Ses poings s'abattirent 
      avec la rapidité de la foudre, et deux des hommes de Keelhaul 
      s'écroulèrent inanimés dans la neige. Le troisième s'enfuit aussi vite que 
      le lui permettait le terrain, persuadé qu'il allait subir le même sort. 
      Franck s'apprêtait à le poursuivre quand s'éleva un cri de détresse.  
          Roxey Vail avait été découverte!  
          Franck devina aussitôt ce qui s'était passé.  
          En dépit de ses recommandations, la jeune fille était sortie 
      instinctivement de sa cachette sous le coup de l'affolement quand elle 
      avait entendu annoncer sa mort. Il s'élança. Comme une balle sifflait près 
      de son oreille, il se jeta sur le sol et rampa à quatre pattes avec une 
      rapidité qu'un lézard lui aurait enviée.  
          "Emmenons la fille sur le bateau", ordonna la voix rude de Keelhaul de 
      Rosa. "Dépêchons-nous!"  
          Franck voulut les rejoindre, mais les bandits s'éloignaient en 
      couvrant leur retraite à coups de feu. Il n'était pas de ceux qui 
      s'exposent inutilement et jugea préférable, pour le moment, de réparer ses 
      forces. La nourriture ne lui manquait pas, puisqu'il avait réussi à 
      abattre l'ours polaire. Il en dépeça un quartier et mangea la viande crue, 
      faute de pouvoir la griller sur un feu de bois.  
          Il terminait son festin primitif quand il eut conscience que quatre ou 
      cinq hommes au moins passaient près de lui. Ils ne s'aperçurent pas de sa 
      présence, à cause du brouillard.  
          Il les suivit pour écouter ce qu'ils disaient.  
          "Il s'en est fallu de peu que ce bonhomme au teint bronzé nous 
      débarrasse de Keelhaul. Sans compter qu'il a semé la panique parmi les 
      Esquimaux. Keelhaul a décidé de se retrancher sur le paquebot. Il s'y 
      croit en sûreté."  
          "Tu es certain qu'il ne se doute pas de notre présence ?"reprit un 
      autre.  
          "Absolument ! L'homme bronzé s'imagine que nous sommes noyés. Il l'a 
      dit à la fille blonde et elle l'a répété à Keelhaul de Rosa. Il a donc 
      toutes les raisons du monde de supposer qu'il n'entendra plus jamais 
      parler de nous!"  
          Un mauvais rire secoua les bandits.  
          "Nous allons le détromper de la belle manière !" s'exclama l'un.  
          "Si, toutefois, une balle ne lui casse pas la tête auparavant..."  
          "Quand commencera la danse ?"  
          "Dans une heure. Il ne faut laisser personne derrière nous. Nous 
      allons les exterminer tous."  
          Franck s'écarta sans bruit. Il en savait assez.  
          Une fois de plus, il avait sous-estimé Ben O'Gard. L'ex-capitaine Mac 
      Cluskey avait dû faire fabriquer par ses hommes une valve de rechange en 
      s'apercevant que Franck avait emporté la pièce, lors de l'épisode de la 
      fausse chasse aux phoques. Pas encore prête quand les aviateurs de 
      Keelhaul de Rosa avaient attaqué le Helldiver, elle n'avait sans doute été 
      achevée que grâce au répit obtenu par la bataille aérienne entre Franck et 
      les hommes de Keelhaul.  
          Après s'être dégagé de l'emprise des glaces en plongeant dans les 
      profondeurs, Ben O'Gard songeait maintenant à supprimer tous les êtres 
      vivants de la région...  
          Franck réfléchit avec intensité. Il fallait en finir avec cette bande 
      d'assassins.  
        
            LA SEMAINE PROCHAINE:
            TOUS VIVANTS! 

       



      [Mickey #782] 
       
            Résumé - Partis à la recherche de l'épave de l'Océanic qui contient 
            un immense trésor, Franck Sauvage et ses amis luttent contre deux 
            bandes de malfaiteurs dirigées par Ben O' Gard et Keelhaul de Rosa. 
            Ils sont rejoints par le musicien Victor Vail qui retrouve sa femme 
            et sa fille qu'il croyait disparues lors du naufrage de l'Océanic. 
            Mais au moment où Franck Sauvage et ses amis pensent enfin au 
            retour, les malfaiteurs s'emparent de la jeune Roxey Vail..

          TOUS VIVANTS 
          Il était minuit, mais le soleil luisait dans le ciel enfin dégagé. La 
      tempête s'était apaisée, laissant derrière elle un paysage complètement 
      bouleversé et méconnaissable dans son épais revêtement de neige. Sous la 
      poussée du vent, le pack s'était  disloqué et les blocs de glace étaient 
      partis à la dérive. Un vaste chenal d'eau libre brillait jusqu'à 
      l'horizon.  
          Keelhaul de Rosa arpentait la cabine principale de l'Océanic comme un 
      ours en cage. Il était furieux.  
          "Par le diable !"s'exclama-t-il." Ce trésor ne s'est tout de même pas 
      évaporé."  
          Il se planta devant Roxey Vail, encadrée par deux de ses marins.  
          "Où est l'argent ?" demanda-t-il, avec exaspération.  
          "Je n'en sais rien."  
          C'était peut-être la quinzième fois qu'il lui posait la question.  
          "Vous avez volé l'or et les diamants !" hurla le pirate.  
          Roxey ne répondit rien.  
          "Les Esquimaux m'ont parlé de votre mère. Où est-elle ? C'est elle qui 
      garde le trésor, hein ?"  
          "Vous vous trompez."  
          "Alors pourquoi se cache-t-elle et où se cache-t-elle ?"  
          Roxey serra les lèvres. Elle était visiblement résolue à ne pas 
      révéler le refuge de sa mère.  
          Le pirate tenta de l'amadouer.  
          "Dites-moi tout et, parole de marin, je vous ramène en Amérique, votre 
      mère, le vieux bonhomme et vous."  
          "Comment ferez-vous ?" répliqua Roxey. "Vous n'avez pas de bateau et 
      votre avion est détruit."  
          "Les Esquimaux nous conduiront jusqu'au Groenland."  
          "Et là, vous nous tuerez tous", dit-elle froidement.  
          Keelhaul lui jeta un regard mauvais.  
          "Il vous faudra aussi compter avec Franck Sauvage", ajouta-t-elle. 
      "Vous ne le tenez pas encore."  
          "Celui-là, il est déjà mort", riposta-t-il d'un air triomphant, sûr 
      que la nouvelle allait ébranler la résistance de la jeune fille.  
          Au même instant, une voix cria du haut du pont  
          "Attention ! Voilà Ben O'Gard et ses hommes !"  
          "Malédiction !" s'exclama Keelhaul de Rosa en pâlissant. "Que l'un de 
      vous reste ici, pour garder cette fille. Les autres, venez avec moi."  
          Il se précipita hors de la pièce. Roxey Vail tenta de s'échapper à la 
      faveur de la confusion qui s'ensuivit. Son gardien voulut l'en empêcher et 
      ils commencèrent à se battre. Bien que sa vie au pôle l'ait rendue forte 
      et agile, elle aurait eu le dessous, si une main fine aux doigts bruns ne 
      s'était soudain plaquée sur le visage du bandit, qui s'effondra inanimé.  
          "Vous !" s'écria Roxey. "Oh ! merci."  
          "Ne perdons pas de temps", dit Franck. "Allez chercher votre mère et 
      conduisez-la jusqu'à la presqu'île de glace, au nord de cette grève. Vous 
      voyez où je veux dire ? Vous m'y attendrez. N'en bougez sous aucun 
      prétexte, cette fois, vous avez compris ?"  
          Roxey acquiesça d'un sourire un peu tremblant et partit. Elle n'eut 
      aucune difficulté à quitter le navire, car tous les hommes étaient 
      rassemblés dans un coin du pont de l'Océanic où la bataille faisait rage. 
      Les deux bandes rivales de Keelhaul de Rosa et de Ben O'Gard étaient 
      décidées à s'exterminer.  
          Franck longea une étroite coursive et s'arrêta devant une cabine: elle 
      était fermée à clef. Il défonça la porte d'un coup d'épaules et apparut 
      aux yeux du violoniste stupéfait.  
          "Ils m'avaient annoncé que vous étiez mort ! s'écria ce dernier, d'une 
      voie émue.  
          "Avez-vous déjà vu votre fille ?" questionna Franck.  
          Un sourire de bonheur illumina le visage de Victor Vail. "Elle est 
      ravissante, n'est-ce pas ?" dit-il avec joie." Elle est allée chercher sa 
      mère", reprit Franck. "Nous avons rendez-vous avec elles. Dépêchons-nous 
      de sortir d'ici." 
          Franck guida le violoniste dans le dédale des profondeurs du navire. 
      Au détour d'une coursive, une porte de cabine se fendit brutalement près 
      d'eux, les morceaux brisés du panneau furent arrachés, et un géant 
      s'encadra dans l'embrasure.  
          "Renny !" s'écria Franck. "Par exemple !"  
          Il aurait voulu exprimer l'allégresse qu'il ressentait à retrouver ses 
      amis, mais il avait la gorge trop serrée pour parler. Derrière Renny 
      venaient d'apparaître Tommy, Ted et Gorille.  
          "J'ai bien cru ne plus jamais vous revoir", finit-il par dire." J'ai 
      trouvé l'épave de votre appareil."  
          "A quoi penses-tu que serve un parachute?" riposta Gorille. "Mais... 
      j'ai survolé le terrain et je n'ai aperçu aucun de vous."  
          "Le vent a déporté nos parachutes, si bien que nous avons atterri au 
      beau milieu d'un camp d'Esquimaux. Nous avions laissé nos armes dans 
      l'avion", expliqua Gorille. "Ils ont eu beau jeu de nous sauter dessus, de 
      nous ligoter et de nous amener à bord de cette épave. Nous venons 
      seulement de parvenir à nous libérer."  
          Franck tendit l'oreille. Tout bruit de lutte semblait avoir cessé sur 
      le pont.  
          "A cinq cents mètres d'ici, vers le nord, vous trouverez une bande de 
      glace qui forme presqu'île", dit vivement Franck. "Allez-y. Roxey Vail et 
      sa mère doivent déjà y être. Vous m'attendrez là-bas."  
          "Tu ne viens pas avec nous ?" questionna Ted.  
          "J'ai à intervenir ailleurs. Je vous rejoindrai bientôt." Ils 
      montèrent sur le pont, qui paraissait désert. L'un après l'autre, les 
      jeunes gens descendirent le long de la coque de l'Océanic. Gorille était 
      le dernier. Il se retourna, hésitant. Visiblement, il aurait préféré 
      rester avec Franck. Celui-ci le prit en riant au collet, et le fit passer 
      par-dessus bord avec autant d'aisance que s'il s'était agi d'une plume. 
      Gorille se retrouva parmi ses camarades avant d'avoir compris ce qui se 
      passait  
          "Dépêchez-vous !" leur cria Franck.  
          Ils se mirent à courir. Un des hommes de Ben O'Gard les aperçut, visa, 
      tira et manqua son coup.  
          Rechargeant son arme, il avança de quelques pas pour se rapprocher de 
      sa cible mouvante. Tout à coup, une main lui effleura la joue au moment où 
      il appuyait sur la détente. Ses bras retombèrent et il s'écroula de tout 
      son long sur le sol, inanimé, sans se rendre compte de ce qui l'avait 
      touché. Franck s'éloigna aussi silencieusement qu'il était venu.  
          D'un geste rapide, il ôta de ses doigts les capsules métalliques qui 
      les recouvraient. Elles épousaient si parfaitement la forme de sa main que 
      l'œil le plus perçant ne pouvait déceler leur présence. Tout au plus, si 
      ses doigts paraissaient plus longs, car chaque capsule était en fait un 
      réservoir muni à son extrémité d'une minuscule seringue hypodermique. 
      Franck avait rempli ces réservoirs avec un produit chimique de sa 
      composition, qui plongeait instantanément dans l'inconscience quiconque 
      subissait son contact.  
          Tel était le secret de ses attouchements mystérieux et foudroyants au 
      sens littéral du terme.  
          Il vit, tout à coup, les hommes de Ben O'Gard se grouper à l'arrière 
      du navire. Deux d'entre eux maintenaient d'une main ferme un prisonnier, 
      en qui il reconnut Keelhaul de Rosa. Un coup de pistolet, tiré par Ben 
      O'Gard lui-même, mit fin à sa carrière de bandit .  
          Franck poussa un cri sonore qui se répercuta d'un bout à l'autre de 
      l'épave.  
        
        
            LA SEMAINE PROCHAINE :
            SOUS LE PLANCHER DE LA CABINE

       

      [Mickey #783] 
          Manque/ missing  
       
 

Text file Source (historic): geocities.com/aberguerand


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